Je vais sûrement poster toute la fiction aujourd'hui, comme ça ce sera fait. Désolé, ça fait beaucoup à lire d'un coup... Bonne lecture quand même !
Chapitre 10 :
De toute sa vie, si on avait dit à Kasamatsu qu'il raccompagnerait une fille chez elle de son propre chef, jamais il ne l'aurait cru. D'ailleurs, il ne comprenait toujours pas comment il en était arrivé là. Risa marchait à côté de lui en silence, son sac de cours tapant mécaniquement contre sa hanche. Il se surprenait à lui jeter des regards en coin de temps à autres. L'idée de faire le point sur ce qu'il pensait de la brune lui vint. Déjà, elle jouait au basket, ce qui était honorable. Son manque de travail d'équipe pouvait être corrigé. Elle avait du caractère, et il trouvait ça aussi agaçant qu'amusant. Elle avait l'esprit de compétition, nulle doute la dessus. Et il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qu'il n'arrivait pas à identifier. Il y avait un genre de flottement dans son regard, une étincelle trouble, une lueur fragile.
-T'habites où ?
-A quelques rues. Un appart'... grommela-t-elle.
Elle était plus petite que lui de quelques centimètres, et pourtant elle semblait forte. Elle n'était pas musclée, pas vraiment en tout cas, mais elle dégageait quelque chose de presque animal. Une espèce d'aura défensive. Elle semblait vouloir tenir le monde entier à distance. Peut-être que c'était ça qui brillait dans ses yeux.
-Qu'est-ce qui a...?
Yukio sursauta en se rendant compte qu'il dévisageait la jeune fille depuis tout à l'heure.
-Rien.
Il réfléchit activement, et finalement, par un excès d'il ne savait quoi, il décida qu'il devait faire quelque chose.
-Ca te dirait pas d'intégrer l'équipe féminine de basket ?
-J'ai d'jà été refusée.
-Si tu faisais des efforts, tu pourrais réessayer l'année prochaine.
-Quoi comme effort..?
-Faire plus de passes déjà.
-Pff... J'ai pas b'soin d'ça pour gagner...
Agacé, Kasamatsu lui asséna une tape peu violente à l'arrière du crâne. Voyant qu'elle allait riposter, il s'écarta d'un pas et lui lança un regard noir.
-C'est pas une question de gagner. Sérieusement, on dirait tous ces prétentieux de la génération des miracles. Etre doué, ça veut pas dire que le travail en équipe est une option.
C'est qu'il commençait à lui taper sur le système, ce con... Elle ouvrit la bouche pour riposter, mais il l'arrêta net.
-Je sais pas ce que Kirenai à derrière la tête, mais je la connais suffisamment pour savoir qu'elle a pas l'intention de nous foutre la paix avant d'avoir obtenu ce qu'elle voulait. Alors on va chacun faire des efforts pour pas avoir une petite blonde sur le dos, parce que ça voudrait dire qu'on aurait Kise aussi à nous harceler. Donc maintenant, et ce n'est pas une question mais un ordre, tu vas ramener ton cul au terrain de street à l'angle de la rue tous les week-ends, et tu resteras avec moi après les entrainements tous les soirs. J'vais faire rentrer dans ton crâne que le travail en équipe est important.
-Et j'y gagne quoi ?
-Déjà un adversaire pour jouer. J'suis pas sûr que marquer des paniers toute seule soit passionnant. Et une plus grande maitrise.
-Ah ouais ? fit-elle, moqueuse. J'suis sûre que je suis meilleure que toi.
-Tu devrais éviter de sous-estimer tes ainés.
Bon... Peut-être que cette fille lui plaisait un peu. Pas dans le sens amoureux ni rien de ce genre, mais avec Kirenai, elle faisait partit de la très petite partie de la gente féminine avec qui il pouvait discuter sans trop paniquer. Peut-être parce qu'elle avait un côté... pas féminin. Il n'aurait su le définir autrement.
-On est arrivé, déclara finalement Risa.
Elle s'arrêta devant un immeuble quelconque d'une grande rue très fréquentée. Ce n'était pas luxueux, mais Kasamatsu n'aurait su dire s'il pouvait qualifier l'endroit de miteux. Surement pas.
-Demain on est samedi, alors...
-Tu ramènes ton cul au terrain vers huit heures. Sans protester.
Elle soupira, leva les yeux au ciel pour énerver volontairement Yukio, et poussa la porte principale de l'immeuble.
-J'serai là.
Sans plus rien ajouter, elle entra dans le bâtiment et grimpa les escaliers, consciente que l'ascenseur était certainement encore en panne. Elle se repassa vite fait la dernière demi-heure, et n'y trouva rien de logique. Pourtant, cela ne la gênait pas de passer du temps avec Kasamatsu. Bien qu'elle ait failli le frapper moins d'une semaine plus tôt, et qu'elle l'ait évité ostensiblement depuis. A bien y réfléchir, c'était même la première fois qu'ils avaient une discussion aussi longue. Elle secoua la tête, ne comprenant pas comment elle pouvait changer de comportement aussi vite, et comment elle en était arrivée là. Lorsqu'elle fut dans son appartement, elle se laissa glisser contre la porte et balança ses clefs dans un coin. Sa tête était un putain de bordel, et elle n'arrivait pas à faire le tri. Elle se faisait peur des fois.
-Connard... marmonna-t-elle dans le vide.
Elle se frappa la tête contre la porte, comme si cela allait remettre de l'ordre dans ses pensées.
-Fait chier...
Il lui restait deux heures avant d'aller travailler. Deux minuscules heures...
-Ca va mieux ? demanda timidement Kise.
Il avisa le corps avachi dans son canapé alors qu'il préparait le repas du soir. Sarah avait gardé le silence jusqu'à ce qu'ils rentrent, et elle s'était étalée là sans plus bouger ni parler. Pourtant, les spasmes qui secouaient son corps de temps à autres et ses frissons lui prouvaient qu'elle ne dormait pas. Ses yeux ouverts qui regardaient dans le vide aussi d'ailleurs.
-Hm...
-Tu veux en parler...?
-Y'a rien à dire...
Ryouta se mordit la lèvre inférieure. Dieu ce qu'il détestait la voir comme ça. A deux doigts de sombrer. Malgré lui, son regard se posa sur le tiroir où il rangeait ses couteaux. Est-ce que dès qu'il aurait le dos tourné elle prendrait l'un d'eux ? Dans son état, cela ne l'étonnerait même pas. Pourquoi ne voulait-elle pas lui parler ? Etait-ce parce qu'elle avait peur de sa réaction ? Kise avait suffisamment de recul pour savoir que lui assurer qu'il ne la jugerait pas ne servirait à rien.
-Est-ce que tu te sentirais capable d'en parler à Kasamatsu-senpai ?
-Pourquoi lui...?
-Je ne sais pas. Comme ça.
La petite blonde ne répondit pas à sa question tout de suite, et finalement elle soupira et haussa les épaules.
-Aucune idée... Je suis fatiguée, Kise...
-Je sais.
Il délaissa sa cuisine pour venir auprès de Kirenai. Il s'assit là où il avait de la place, au niveau des hanches de la blonde, et il passa une main dans ses cheveux.
-Tu veux aller dormir ?
-Tu me laisserais faire...?
-Après avoir avalé un truc, oui.
-Je n'ai pas faim...
-Mange un peu quand même. Même si c'est juste un bout de pain. On peut regarder un film si tu veux. Tu veux qu'on fasse ça ? Je peux appeler des amis pour qu'on ne soit pas seuls, ça fera de l'animation.
Sans lui laisser le temps de répondre, Kise était déjà sur son téléphone. Il chercha rapidement dans ses contacts, et colla rapidement l'appareil à son oreille sous le regard mi-amusé mi-désintéressé de Sarah.
-Kagamicchi ! Dis, tu n'as rien de prévu ce soir ?
-Si c'est encore pour que je te fasse la bouffe, c'est mort, le prévint immédiatement Taiga.
-Rien à voir. Tu veux venir avec Kurokocchi chez moi ? On va regarder un film !
-Pourquoi tu me demandes ça...?
-S'il-te-plait, c'est hyper important ! Promis je t'expliquerai !
L'As de Seirin soupira à l'autre bout du fil, mais accepta finalement pour ne pas subir les couinements suppliants du blond. Ce dernier raccrocha après une série de remerciements, et il appela de suite une autre personne.
-Vas crever.
-Mais Midorimacchi, je ne t'ai encore rien demandé !
-Quoi que ce soit, c'est non.
-Pff... S'il te plait, c'est pour la bonne cause ! Je veux juste savoir si tu veux venir regarder un film ! S'il te plait !
Un bip régulier lui apprit que le shooting guard avait raccroché sans plus de cérémonie.
-Midorimacchi, méchant... couina-t-il en regardant son téléphone comme s'il allait lui répondre.
-Tu n'es pas obligé de déranger tout le monde juste pour ça... murmura Sarah, qui se sentait mal à l'aise.
Elle n'avait rien contre les amis de Ryouta, mais elle n'était pas à l'aise avec l'idée de se retrouver entourée de personne qu'elle ne connaissait pas.
-Ne t'inquiète pas, s'ils acceptent c'est parce que ça ne les gêne pas.
Il fit rapidement défiler son répertoire, et passa un autre coup de fil.
-Kise... Si c'est encore pour un karaoke, tu peux aller te faire foutre...
-Ca n'a rien à voir Aominecchi !
-Bah voyons... T'façon j'ai pas le temps.
-Mais je t'ai encore rien demandé !
-Arrête de gueuler...
-Aominecchi !
Le bleu raccrocha aussi sec, peut désireux de perdre l'ouïe tout de suite.
-Akashicchi ne me répondra jamais et de toute façon il habite trop loin... Murasakibaracchi, pareil... Je pourrais inviter les senpai... Oui je vais faire ça.
-Ce n'est pas la peine je t'assure ! intervint Kirenai.
-Laisse-moi faire !
Le blond chercha le numéro de Kobori et attendit patiemment que son ainé décroche. Chose qu'il fit au bout de quatre sonneries.
-Kise, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
-Moi rien, mais j'essaye de remonter le moral à Kirenai-chan, alors on va regarder un film, et je voulais savoir si tu veux venir. Il y aura Kurokocchi et Kagamicchi.
-T'as demandé à Kasamatsu ?
-Non, je comptais le faire après.
Un léger silence s'installa, et finalement le pivot donna son accord.
-Je serais là dans une demi-heure, ajouta-il.
-Merci senpai !
Moriyama accepta aussi, Hayakawa ne put se joindre à eux puisqu'il devait garder ses frères et sœurs, et Kasamatsu...
-Franchement, t'as rien trouvé de mieux ?!
-Qu'est-ce que je suis censé faire ? couina le blond.
-Crétin, y'avait peut-être d'autres moyens de lui remonter le moral !
-Mais je...
-C'est bon, je veux pas d'explications. Je serais chez toi dans un quart d'heure. Tu sais à quoi t'attendre.
Yukio semblait encore plus sur les nerfs que d'habitude, et pourtant Kise ne voyait pas trop pourquoi. Ou alors c'était à cause de leur victoire trop facile... Peut-être bien.
-Bon, du coup il faut que je fasse à manger pour tout le monde.
-Kise, franchement, ce n'était pas la peine de...
Le blond fut pris d'une violente pulsion, et sans qu'aucun d'eux ne sache comment, Sarah se retrouva emprisonnée entre ses bras puissants, sa tête posée contre la poitrine de Ryouta.
-Arrête de protester, s'il-te-plait...
Elle se tut, les larmes lui montèrent aux yeux. Mais elle ne pleurerait pas. Elle était plus que consciente de la chance qu'elle avait d'avoir Kise. Parfois elle se demandait même si tout cela n'était pas un rêve. Si elle n'allait pas se réveiller un matin et se rendre compte qu'elle était toujours à Kirisaki Dai Ichi, qu'elle allait encore devoir se cacher derrière Hanamiya toute la journée pour ne pas avoir à craindre de croiser Shuta. C'était une peur qui l'étouffait tous les soirs, avant qu'elle ne s'endorme. Et tous les matins il y avait ce soulagement qui étreignait son cœur quand elle se rendait compte qu'elle était toujours dans le lit de Kise, suivit par l'appréhension que la journée passe trop vite et qu'elle se retrouve encore à douter le soir venu. Alors tous les matins, elle laissait sa main pendre dans le vide, regardant le plafond de la chambre de Ryouta, jusqu'à ce que ce dernier s'éveille et n'enserre ses doigts en une pression rassurante. Il la savait terrifiée par le futur.
-Je ne sais pas ce que je ferais sans toi... finit-elle par murmurer.
-Plein de bêtises, j'en suis sûr, s'amusa-t-il.
Il s'écarta et planta son regard doré dans celui bleu électrique de la jeune fille.
-Tu sais, j'aurais vraiment aimé te présenter au reste de la génération des miracles, mais pour l'instant c'est un peu compliqué...
-Oui, je sais.
-Mais un jour je te les présenterais, je te le promets.
Elle lui sourit et se laissa retomber contre le dossier du canapé.
-De toute façon, je connais par cœur la façon de jouer de chaque joueur de la génération des miracles. J'ai étudié leurs équipes plus que n'importe quelles autres.
-Oui, je sais, je te rappelle que c'est moi qui venais éteindre la télé à trois heures du matin parce que tu étais tombée de fatigue avant d'avoir terminé ton analyse.
Elle lui sourit et ferma doucement les yeux. Elle oubliait tout quand elle était avec lui. Il avait cette façon de parler qui chassait tous les souvenirs de sa tête. Shuta n'existait plus. Ses parents non plus. Ses problèmes semblaient n'avoir jamais vu le jour. Indéniablement, elle adorait ces moments où elle n'était pas obligée de réfléchir.
-Bon, il va peut-être falloir que je fasse à manger moi...
-Tu veux de l'aide ?
-Non, toi tu te reposes.
-Je ne suis pas handicapée...
-Ce n'est pas ce que j'ai dis. Mais tu veux toujours m'aider pour tout, alors cette fois-ci, tu me laisses gérer.
-La dernière fois que tu m'as dis ça, c'était pour le repassage, et je te rappelle que c'est moi qui ai dû terminer.
-Normal, je m'étais brûlé !
-Encore une fois, en effet.
Elle s'amusa des fausses larmes dans ses yeux et secoua la tête pour lui signifier qu'elle ne bougerait pas. Le blond lui sourit et se leva pour aller terminer ce qu'il avait commencé, mais en augmentant les portions. Surtout qu'il avait Kagami qui allait débarquer, et il devait toujours préparer pour tout un régiment avec lui dans les parages.
-Au fait, je n'ai pas pensé à t'en parler, mais tu ne trouves pas que Kasamatsu-senpai et Aoki sont un peu plus proche ? commença Sarah.
-Heu... Etant donné qu'ils s'évitent depuis une semaine, je ne trouve pas spécialement, non... Pourquoi ?
-Parce que j'en ai parlé avec Aoki.
-Ah ? Et alors ?
Elle haussa les épaules, rouvrant les yeux pour regarder le plafond.
-Je sais pas. Je pense qu'ils peuvent bien s'entendre.
-On parle toujours des mêmes personnes ?
Kise voyait mal son capitaine, impulsif et violent, avec une fille comme Aoki. En même temps, il ne la connaissait pas bien, et il ne doutait pas que ce soit une bonne personne, mais... De toute manière il ne voyait pas son capitaine s'entendre avec qui que ce soit de la gente féminine. Sauf Sarah. Mais elle, c'était une exception, il la prenait pour sa petite sœur. Tiens, en parlant de ça...
-Kirenai-chan, tu peux me faire une promesse ?
-Je n'aime pas quand tu commences tes phrases comme ça...
-S'il-te-plait, promet juste.
Elle soupira, et finalement hocha la tête.
-Je te le promets.
-Tu pourras parler à Kasamatsu-senpai ?
-De quoi tu veux que je lui parle ? s'étonna la blonde.
-De toi... Enfin je veux dire, je sais que ça peut être compliqué de me parler, on est proche, et parfois c'est plus facile avec des personnes extérieures. Alors je me disais que ça pourrait te faire du bien de lui en parler...
Les yeux de Kirenai s'écarquillèrent doucement, et elle se mordit vivement la langue pour se retenir de pleurer. Ce mec était tellement innocent qu'elle n'arrivait pas à lui en vouloir, peu importe ce qu'il disait.
-J'essayerai...
Il lui sourit, soulagé, et détourna rapidement le regard. Pourtant, Sarah ne le remarqua pas. C'était de plus en plus fréquent pourtant, sans qu'il ne sache pourquoi, Kise se surprenait à rougir en la regardant. Il s'en voulait énormément, elle lui faisait confiance, elle lui confiait petit à petit ses peurs, et lui il... Il tombait amoureux. Parce que c'était ce qui se passait non ? Ca ne lui était jamais vraiment arrivé, et il n'était pas du genre à lire des romans d'amour -pas du genre à lire tout court d'ailleurs- alors il n'était pas sûr que ce soit ça. Il demanderait à Moriyama. Ou à Kuroko. Quoi que, ce dernier n'allait certainement pas être d'un grand secours... Kagami peut-être.
-A quoi tu penses ? finit par demander Sarah face au silence.
-Non, rien.
Il termina le repas, soupira devant la masse de travail qu'il avait dû accomplir en vue de contenter un minimum l'estomac sans fond de Taiga. Niveau videur de frigo, il égalait Aomine et Murasakibara. Ces mecs étaient les pires ennemis de sa cuisine et de son porte-monnaie.
-J'ai une séance photo mardi soir, c'est Kasamatsu-senpai qui te raccompagnera je pense.
-Je peux rentrer toute seule tu sais...
-Oui, mais je préfère que tu sois avec quelqu'un.
Elle soupira et se leva doucement du canapé.
-Je vais aller me doucher vite-fait.
-D'accord.
Il lui sourit, ce grand sourire de gamin que lui seul savait faire, et elle ne put s'empêcher de le lui rendre.
Moins de dix minutes plus tard, Kagami et Kuroko étaient là. Et vu l'air contrarié de Taiga, il était clair qu'il n'avait jamais été vraiment emballé à l'idée de passer une soirée avec le bruyant Kise.
-J'te préviens, t'as intérêt à avoir une excellente raison pour me déranger un vendredi soir.
-J'ai toujours une excellente raison, Kagamicchi.
-C'est faux, Kise-kun.
-Kurokocchi, méchant !
-Bon, tu nous fais entrer ? grogna l'As.
Le blond s'écarta pour les laisser passer et leur désigna le canapé.
-J'ai quelqu'un à vous présenter !
-Ta petite-amie ? nargua Kagami.
-Rien à voir. Juste une amie que j'héberge parce qu'elle n'a nulle part où aller. En fait, c'est aussi la manager de notre équipe, et c'est pour elle que je vous ai fais venir.
Kagami voyait le plan foireux arriver à des kilomètres à la ronde, et il essayait de se promettre de ne pas s'énerver, même s'il s'en savait parfaitement incapable.
-Elle est un peu déprimée parce qu'elle a revu une personne que j'aimerais tuer si je la recroisais.
Une lueur sérieuse et hargneuse brillait désormais dans le regard d'habitude joyeux de Kise, et Kagami fronça les sourcils.
-Ah ? Et donc ?
-Je me suis dis que ça serait bien que je vous la présente, après tout on va sûrement jouer contre vous à la Winter Cup. Et comme mes senpai vont arriver, ça fera de l'ambiance, et elle n'aura pas le temps de se morfondre.
-C'est ridicule... commenta Taiga.
-C'est ce que je n'ai pas arrêté de lui répéter... intervint Sarah.
Elle débarqua dans le salon, un t-shirt bleu foncé et un bas de jogging enfilé visiblement à la va-vite et les cheveux blonds gouttant sur son haut.
-Ah, Kirenai-chan, tu aurais pu te sécher les cheveux !
-Ca va, je ne vais pas mourir...
-Mais tu vas prendre froid !
La petite blonde tourna la tête vers les deux invités et se força à leur sourire, tentant maladroitement de cacher son malaise. Pas de panique, ce n'était que des amis de Kise. Et Kasamatsu arrivait bientôt, donc pas besoin de s'inquiéter. Depuis quand comptait-elle autant sur lui et Ryouta...?
-Enchantée, je suis Kirenai Sarah, la manager de l'équipe de Kise-kun.
Kuroko se releva et s'inclina respectueusement devant la jeune fille.
-Kuroko Tetsuya, un ancien coéquipier de Kise-kun.
-Je sais, il me l'a dit, répondit Kirenai avec un léger sourire.
Kagami se remit également sur ses jambes et se planta droit comme un piquet devant la blonde. Il lui tendit la main, légèrement gêné. Dieu ce qu'elle était petite à côté de lui...
-Kagami Taiga...
-Le prodige qui a battu Kise-kun si je ne me trompe pas, s'amusa-t-elle en lui serrant la main.
Un large sourire victorieux étira les lèvres de Taiga, ce qui fit geindre ledit perdant. Encore.
-C'est méchant, Kirenai-chan ! En plus on n'a pas perdu de beaucoup.
-Perdu c'est perdu Kise-kun, intervint Kuroko, le visage impassible et la voix monocorde.
-Kurokocchi ! Pourquoi est-ce que tu es si méchant ?!
La sonnerie de la porte d'entrée retentit comme une délivrance aux yeux de la blonde, qui annonça qu'elle allait ouvrir. Théoriquement, ça ne pouvait qu'être un membre de l'équipe de basket. Elle entrouvrit la porte et tous les muscles de son corps se détendirent lorsqu'elle reconnut Kasamatsu.
-C'est quoi cette tête ? se moqua gentiment le capitaine.
-Honnêtement je me suis demandée si Kise-kun n'avait pas invité d'autres personnes pendant que je me douchais...
-Ce crétin...
Kirenai sourit légèrement et s'écarta pour le laisser passer. Elle jeta un vague regard sur le palier par pur réflexe et referma la porte.
-Kagami et Kuroko sont déjà arrivés.
-Il les a invités ? s'étonna Kasamatsu en arquant un sourcil.
-Il aussi voulu en inviter deux autres mais ils lui ont raccroché au nez...
L'un d'eux était Midorima, sans aucun doute. Yukio n'arrivait pas trop à comprendre pourquoi son As continuait de courir après le shooter alors que ce dernier lui disait constamment "d'aller crever". Si ce n'était pas du masochisme ça...
-Kasamatsu-senpai ! s'écria Kise en voyant son capitaine entrer dans le salon.
A peine eut-il amorcé un geste pour sauter au cou du brun que ce dernier lui avait déjà envoyé un bon coup de genoux dans le ventre.
-T'es vraiment un grand crétin, tu le sais ça ?!
-Mais senpai... pleurnicha-t-il. Je voulais juste remonter le moral à Kirenai-chan !
-En invitant tout le monde pour regarder un film ?! On sait tous que ça va se terminer à pas d'heure et je suis pas sûr que la priver de sommeil soit ce qu'on appelle "remonter le moral" !
Ryouta ne dit rien et se contenta d'instaurer un périmètre de sécurité entre lui et son capitaine. Sarah soupira et rejoignit le canapé. Ses jambes fatiguaient sans qu'elle ne s'explique réellement pourquoi. En fait, elle se sentait exténuée, et toutes les conversations semblaient ricocher sur elle sans pouvoir l'atteindre. Elle ne comprenait presque plus ce qui se disait.
-Kirenai-san, l'appela gentiment Kuroko.
Elle fut légèrement secouée, et rouvrit vivement les yeux. Quand est-ce qu'elle les avait fermés...?
-Je vais la porter si vous voulez, proposa Kagami.
Elle entendit à peine la voix de Taiga, et n'en comprit pas tout de suite le sens.
-Kasamatsu-senpai, tu devrais aller avec eux... Je voudrais que tu parles avec Kirenai-chan...
Elle n'entendit pas la suite de la discussion, entièrement anesthésiée. C'était comme si elle était dans la pièce sans réellement y être. La seule chose qui la maintenait un tant soit peu éveillée était la main fraîche de Kuroko qui caressait doucement son front. Elle tourna vaguement la tête vers lui, cherchant des réponses dans son regard azur. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait.
-Tu as juste fais un petit malaise, rien de grave, c'est sûrement la fatigue, lui expliqua-t-il calmement.
-Oi Kuroko, pousses-toi, faut que je la porte.
Tetsuya se poussa en soupirant et laissa Kagami passer un bras sous les genoux de la jeune fille, l'autre dans son dos, et il la souleva avec une facilité qui le déconcerta légèrement.
-Elle pèse rien ta copine, Kise...
-Ca ne se dit pas, Kagamicchi ! Et ce n'est pas ma copine, c'est ma manager !
Taiga haussa les épaules. C'était du pareil au même, non ?
-Elle est où sa chambre ?
-Elle dort dans ma chambre, Kasamatsu-senpai va te montrer.
Dans le même temps, on sonna à la porte et Kise s'éclipsa pendant que son capitaine guidait Taiga à travers le couloir de l'appartement. Il ouvrit la porte de la chambre de son cadet et laissa l'As de Seirin passer. Un futon était plié dans un coin, servant certainement à Kise -ou à Sarah suivant lequel des deux dormait par terre- et Kagami préféra opter pour le lit. Kirenai était encore à moitié dans les vapes, et après l'avoir allongée correctement, il écarta une mèche de cheveux blonds qui tombait sur ses yeux. Des yeux bleus comme il n'en avait jamais vu au Japon. Ils ressemblaient peut-être un peu à ceux d'Aomine, mais sans vraiment que ce soit la même chose.
-J'vous laisse, marmonna-t-il à l'attention de Yukio.
Ce dernier se contenta de le regarder fermer la porte, puis il s'assit à côté de Kirenai.
-Ca va mieux ?
-Je comprends pas très bien ce qui s'est passé, murmura-t-elle en fermant les yeux.
-A mon avis c'est juste la fatigue et le stress de la journée.
Elle hocha à peine la tête et se tourna sur le côté, appréciant sans se figurer pourquoi la présence de Kasamatsu. Il suffisait qu'elle tende le bras pour le toucher. Pourquoi avait-elle soudainement autant besoin de contact...?
-Kise veut qu'on parle, finit par marmonner Yukio.
-Je sais...
Il soupira, essaya d'arrêter de se prendre la tête, et dirigea son regard bleu-gris vers la manager de son équipe. Elle semblait minuscule au milieu des draps de Kise, ses cheveux blonds formaient un cercle doré autour de sa tête, et son corps était parfaitement dessiné par les couvertures qui étaient sur elle.
-Je te pose des questions j'imagine ?
-Si ça facilite les choses... acquiesça-t-elle.
-Ok...
Kasamatsu réfléchit cinq minutes. Il ne savait du passé de Sarah que ce que Kise savait. A savoir qu'elle avait été une élève de Kirisaki Dai Ichi, et qu'elle avait des problèmes avec un gars de ce lycée. Restait à savoir qui, et quel avait été le problème.
-Le mec dont t'as parlé à Kise, il était au match aujourd'hui ?
-Oui...
La voix de Kirenai ressemblait plus à couinement à peine audible qu'à une réponse franche. Elle aurait voulu enterrer ses souvenirs bien profondément dans sa mémoire, voire les annihiler complètement, mais visiblement ce n'était pas possible.
-Allonge-toi...
Le sol était loin d'être confortable, mais si Kirenai avait eu la force de résister, elle se serait déjà barrée en courant depuis longtemps. Alors elle se contenta de faire ce qu'il lui demandait, laissant le haut de son dos reposer complètement sur les genoux de Shuta. Elle refusait de croiser son regard, ou alors elle le faisait mais n'en avait pas conscience. Elle ne se rendit compte qu'il s'était penché vers sa poitrine que lorsqu'elle sentit son souffle chaud contre sa peau, et son premier réflexe fut de frissonner, puis de passer ses doigts dans ses cheveux. Peut-être qu'elle essayait de l'éloigner d'elle... Mais c'était tellement pathétique... Elle ferma les yeux, essayant de se rappeler comment elle en était arrivé là, et pourquoi elle ne s'était pas enfuit en courant plus tôt.
Kasamatsu la regarda enfouir son visage sous l'oreiller, son corps tremblant semblait d'autant plus fragile qu'elle s'était roulée en boule. Mauvais souvenirs, certainement... Il posa sa main sur son épaule et traça doucement des cercles avec ses doigts.
-Prends ton temps... Ce n'est pas grave si tu ne veux pas en parler...
Il se sentait un peu stupide de dire ça, ça sonnait presque faux lorsque ça venait de lui, mais il ne savait tout simplement pas quoi dire d'autre.
-Shuta... réussit-elle à articuler entre deux sanglots mal étouffés.
Pour avoir ordonné à Kise de marquer ce joueur, Yukio se souvenait parfaitement de lui. Et après mûres réflexions, ça ne l'étonnait pas plus que ça que ce soit ce type à l'origine d'une bonne partie du mal-être qui envahissait Kirenai. Il lui avait paru malsain dès qu'il l'avait vu. Il jeta un autre regard à la jeune fille tapie sous les draps, et soupira.
-Je pense que ça va suffire pour ce soir... Tu devrais te reposer, t'en as besoin. Si tu nous cherches, on sera sûrement dans le salon.
Elle ne hocha pas la tête, le visage toujours caché sous l'oreiller. Et pourtant elle détestait ne rien voir. Trop oppressant. Mais elle ne voulait pas voir l'extérieur non plus. Elle ne comprenait pas pourquoi. Elle était juste terrorisée, par ce qui était dehors comme ce qui était en elle. Elle ne voulait plus de tout ça. Si il n'y avait pas eu autant de monde dans le salon, elle se serait précipité dans la cuisine et aurait prit le premier couteau bien tranchant qu'elle aurait trouvé. Dans ces cas là, la meilleure solution était toujours d'en finir, non ?
-J'vais peut-être rester avec toi jusqu'à ce que tu t'endormes finalement...
Par il ne savait quel sursaut de raison, Yukio s'était dit que la laisser seule dans cet état n'était peut-être pas l'idée du siècle. Alors il resta assis sur le bord du lit, retira doucement l'oreiller qui couvrait le visage de la jeune fille, et se força à lui sourire. Il n'était vraiment pas doué avec les filles... Et pourquoi est-ce qu'il rougissait comme un con ?!
-Repose-toi. On réfléchira plus tard.
Obéir était la chose qu'elle désirait le plus. Le sommeil la couperait du monde, agissant comme le meilleur des boucliers. Mais avec lui venait la peur qu'au réveil, tout ça n'ait été qu'un rêve, qu'elle soit encore à Kirisaki Dai Ichi... La main somme toute puissante de Yukio passa timidement dans ses cheveux, et elle s'en voulu de lui imposer ça. Elle savait qu'il n'était pas à l'aise avec les filles, et pourtant il était là, à prendre soin d'elle, alors que...
-Je t'ai dit d'arrêter de réfléchir, grogna Kasamatsu.
Il se retint de la frapper, se souvenant que ce n'était pas Kise qu'il avait en face de lui, et il soupira. Faire des efforts était bien plus compliqué que ce qu'il ne s'était imaginé.
-Je suis désolée... murmura-t-elle.
Le sommeil la faucha avec une aisance telle qu'elle ne le vit pas venir. En espérant que ce serait Kise qui serait auprès d'elle le lendemain, qu'elle ne se retrouverait pas dans sa chambre de pensionnat de Kirisaki Dai Ichi. Elle n'avait plus la force de croiser Shuta.
Vingt-trois heures. Elle venait tout juste de terminer son service, et pourtant Risa avait comme l'impression qu'elle n'avait pas encore finit. Elle devait aller récupérer sa paye auprès du patron, et pour une raison où une autre, elle avait un mauvais pressentiment. Et elle détestait avoir des mauvais pressentiments parce qu'elle avait toujours raison.
-C'est moins que la dernière fois, fit-elle remarquer en comptant les billets dans l'enveloppe blanche.
-Parce que les clients veulent aut'chose.
Son patron n'était pas la personne la plus aimable au monde, ni celle qui inspirait le plus confiance, loin de là. Il avait presque des airs de chien de chasse, avec ses yeux qui brillait d'une lueur animale, ses cheveux noirs ramené en arrière... Ou peut-être qu'il ressemblait plus à un yakusa. Elle n'arrivait pas à se décider.
-J'vais pas pouvoir payer mon loyer longtemps avec ça, fit-elle remarquer en s'empêchant de grincer des dents.
-Va falloir faire des efforts, chérie. La plupart des autres filles sont majeures, elles peuvent faire ce qu'elles veulent et elles veulent tellement leur fric que je suis sûr qu'elles vont accepter leur nouvelle tâche sans rechigner. Mais toi va falloir que tu te plies aux nouvelles règles sans grogner, sinon c'est la porte directe.
Elle n'aimait pas ça du tout. Déjà elle n'appréciait pas les règles, mais encore moins quand il s'agissait de son travail.
-Et c'est quoi les nouvelles règles ?
-Les clients ont le droit de toucher. On va ouvrir les chambres à l'étage, et si un client veut que tu montes avec lui, tu obéis. L'argent qu'il te donne, tu le gardes pour toi.
-En gros je vais...
-Ecarter bien gentiment les cuisses pour les clients si tu veux garder ton job et payer ton loyer, oui.
Elle fut mise à la porte du bureau sans plus de cérémonie, et elle traversa la grande salle du bar sans s'en rendre compte. Arrivée dehors, l'air glacial lui fit l'effet d'une gifle, et tout devint plus clair dans sa tête.
Elle allait se prostituer si elle voulait survivre encore un peu.
