Chapitre 11 :

Le terrain de street était désert, ce qui n'était pas spécialement étonnant puisqu'il était huit heures moins dix. Il faisait froid, vraiment froid, et lorsqu'il leva les yeux vers le ciel, Kasamatsu constata avec une grimace qu'il ne devrait pas tarder à neiger. Non pas qu'il déteste spécialement la neige, mais jouer en extérieur dans ces conditions allait être assez compliqué.

-'lut...

Il tourna la tête vers Risa, emmitouflée dans un gros sweat violet et noir et un jogging assez épais. Mais la première chose qui le frappa fut son air complètement abattu. Il se retint de lui poser des questions et se contenta de froncer les sourcils.

-Fait froid... marmonna-t-elle.

-Tu vas vite te réchauffer en jouant.

Il fit tranquillement rebondir le ballon qu'il tenait sous le bras et se tourna vers un des deux paniers.

-On s'échauffe ?

-On est obligé...? soupira-t-elle.

-A toi de voir, tu veux te choper une crampe ?

Elle grimaça à cette simple perspective et secoua la tête.

-Okay... On fait des tours de terrains j'imagine ?

Yukio hocha la tête, posa calmement le ballon par terre, et lui fit signe de la suivre. Un silence s'installa entre eux, seulement troublé par le bruit de leurs foulées. Ce n'était pas spécialement désagréable. Elle devait l'avouer, Risa avait longtemps hésité à venir. Mais comme elle n'avait pas réussit à dormir de la nuit, elle s'était simplement levée à sept heure, et elle avait pesé le pour et le contre, avant de convenir que ça ne lui ferait pas de mal de voir le capitaine de Kaijo. Ou qui que ce soit d'autre d'ailleurs. Pourquoi est-ce qu'elle avait besoin de sans cesse tout ramener à lui ? Parce qu'indéniablement c'était le cas : elle s'en était rendue compte au cours de ses nombreuses phases d'inattention au lycée. Elle se posait des questions sur lui, énormément, et à chaque fois qu'elle faisait quelque chose, même dans la vie courante, qui aurait déplu à Yukio, elle ne pouvait s'empêcher de sourire en pensant à la claque qu'il lui aurait mise.

Kasamatsu remarqua bien qu'elle était en plein réflexion, mais il refusa encore une fois de poser des questions. Ce n'était pas son problème, et il n'avait pas à s'occuper d'elle de toute manière. Et elle refuserait certainement de lui répondre... Non ? Kirenai ne lui avait-il pas dit qu'il devait faire quelque chose pour elle ? Et il y avait cette drôle de lueur dans son regard qu'il avait déjà repéré et qui l'intriguait. Il ne devait pas penser à ça.

-Bon, je pense que ça va suffire.

Il n'était pas spécialement épuisé après ces quelques tours de terrains, mais cela avait au moins eu le mérite de le réchauffer. Ca avait l'air d'être la même chose pour Aoki.

-Tu joues quel poste en général ?

-Meneuse. Ou ailier. Ca dépend de l'équipe.

-Je peux t'apprendre quelques trucs pour meneur... Et il va falloir améliorer ton travaille de passe, c'est primordial.

-Je peux me débrouiller sans ç...

Elle l'avait vu venir, mais elle ne pu s'empêcher de se sentir un peu surprise lorsque la main de Yukio s'abattit sans réelle violence sur sa tête.

-Règle numéro un : je ne veux pas t'entendre dire que les passes et le travail d'équipe sont inutiles, c'est clair ?!

-C'est quoi les autres règles...? grommela-t-elle en frottant son crâne douloureux.

-Je ne veux pas t'entendre te plaindre. Et tu me dois le respect.

-Juste parce que t'es plus vieux que moi ? nargua-t-elle avec une pointe de sarcasme.

Un nouveau coup vint amplifier la douleur de sa pauvre tête, et elle couina.

-C'est bon, pas d'autres réclamations ?!

-Non, ça sera tout.

Il sourit en la voyant ruminer dans son coin, se tenant la tête. Mais définitivement, il y avait quelque chose qui n'allait pas, sans qu'il puisse identifier la chose en question. Alors il récupéra juste le ballon et le lui envoya, se mettant en position défensive au milieu du terrain.

-Essaye de me passer.

-Sérieusement ?

Elle savait qu'il était doué, mais elle savait également qu'elle était largement capable de marquer avec lui en défense. Un sourire moqueur étira ses lèvres, et elle dribbla mollement.

-Puisque t'insiste...

Le ballon commença à rebondir de plus en plus vite, les deux joueurs se regardaient dans le blanc des yeux sans flancher, et Aoki perdit un tout petit peu de sa confiance sans pour autant le montrer. Elle avait l'impression qu'il voyait au plus profond d'elle-même et c'était dérangeant. Voire même carrément horrible. Elle serra les dents, et tenta une feinte. Passer par la droite pour finalement aller à gauche. Elle s'élança rapidement, et après deux pas, appuya sur son pied pour reculer, juste de quoi le contourner par la gauche. Elle allait vite, il n'y avait aucune chance pour qu'il l'intercepte. Et pourtant... Lorsqu'elle se retrouva sur son flanc gauche, elle n'avait plus le ballon dans les mains. Ce dernier rebondissait lentement sur le sol, aidé par la main droite de Yukio.

-Pour quelqu'un qui est persuadée qu'elle n'a pas besoin du travail d'équipe, tu n'es pas si douée que ça.

-Ta gueule !

Elle détestait qu'on la ridiculise, qu'on la rabaisse. Alors elle serra les poings, et l'envie de lui en coller une monta en elle. Il fallait qu'elle se reprenne. Elle n'allait pas le tuer tout de suite... Mais bordel s'il continuait de la regarder comme ça elle ne répondait plus de rien !

-Recommence.

Elle s'apprêtait à répliquer quand un regard noir du capitaine la fit changer d'avis. Elle ne comprenait même pas comment il faisait ça, son instinct lui disait qu'il valait mieux ne pas le chercher. Mais elle détestait ça.

La matinée s'écoula plutôt rapidement, et après un début difficile, ils avaient finis par trouver une espèce d'entente muette. Kasamatsu s'était très vite rendu compte que Aoki était foncièrement nulle pour les passes, et il avait vite comprit pourquoi : elle ne lui faisait pas confiance. Quelque chose lui disait que ce n'était pas contre lui, et qu'elle aurait fait pareil avec n'importe qui.

-On dirait que t'as peur des autres, avait-il finit par déclarer lorsqu'il avait jugé qu'il était temps d'arrêter.

Elle n'avait pas répondu, essoufflée et fatiguée, et elle l'avait juste regardé récupérer le ballon échoué au sol.

-On remet ça demain. Et tous les soirs de la semaine prochaine. Après il y aura la Winter Cup, donc tu seras dispensée d'entrainement, mais pas dispensée de venir encourager l'équipe.

-J'ai une gueule de pompom girl ?

Yukio leva les yeux au ciel et soupira. Il n'avait même plus envie de la réprimander. De toute façon, c'était comme ça qu'elle fonctionnait, il l'avait compris.

-Je serai là, soupira-t-elle. De toute façon faut bien que quelqu'un surveille l'autre idiote...

-Kirenai ?

-Hm. Si l'autre abruti blond ou toi n'êtes pas dans le coin, franchement, je sais pas ce qu'elle deviendrait...

Intrigué, le brun lui fit signe de le suivre.

-Explique.

-Bah ça se voit non ? Elle flippe à l'idée d'être toute seule. Et à la Winter Cup, il y aura sûrement l'autre équipe de psychopathes, et j'aime pas le mec qui la regardait tout le temps.

Kasamatsu hocha la tête, levant les yeux vers le ciel. Il ne neigeait pas encore, mais ça n'était plus qu'une question de minute.

-Kirisaki Dai Ichi n'est sûrement pas l'équipe la plus dangereuse...

-A qui tu penses ?

-Personne en particulier. Mais l'expérience m'a appris qu'on trouvait toujours pire ailleurs.

-Tu parles comme un vieux, pouffa Aoki.

-La ferme.

Il la raccompagna jusqu'à son immeuble, et la regarda pousser la porte sans pour autant entrer. Pourquoi l'impression que quelque chose n'allait pas était-elle encore plus forte maintenant ?

-J'imagine que je suis censée de te remercier.

-Par respect, oui.

Elle soupira avec un léger sourire.

-Toi et ton foutu respect...

Elle fit un pas dans le hall de l'immeuble, sans lâcher la porte qui se serait refermée.

-Merci, senpai.

Ce fut au tour de Yukio de soupirer en l'entendant insister sur le "senpai", mais il ne dit rien. Encore. Il la regarda juste, à moitié cachée par l'ombre régnant dans le hall, la lumière translucide se reflétant dans le verre de la porte diffusait un halo blanc à côté d'elle.

-A demain.

-Même heure.

Elle hocha la tête avec une certaine réticence. Ce soir, elle irait au travail tout en sachant qu'il y avait de nouvelles contraintes... Est-ce qu'elle serait en état de jouer le lendemain ? Rien n'était moins sûr. Kasamatsu la regarda disparaitre dans le vestibule. Un premier flocon vint s'échouer sur son nez, le faisant frissonner. Il avait un mauvais pressentiment...


Courir, toujours plus vite, toujours plus loin. Ne pas s'arrêter malgré le manque d'air et la douleur lancinante dans ses jambes. Si elle s'arrêtait, se serait pire. Le feu semblait lécher ses mollets un peu plus à chaque pas qu'elle faisait. Elle devait continuer et pourtant... Elle aurait aimé faire demi-tour, juste pour s'assurer que son frère et ses parents étaient bien sortis. La fumée lui encombrait la gorge, rendait sa langue pâteuse, brouillait sa vision... Encore quelques foulées et elle serait dehors. Juste un peu...

-Risa !

Elle se réveilla en sursaut, couverte de sueur, à moitié hors de son lit improvisée. Elle toussa vivement, comme si la fumée était encore là, à tenter de la tuer. Elle regarda autour d'elle, retrouva le décor habituel de son appartement, et se détendit un peu. Elle était en sécurité. Une douleur sournoise au niveau de son bas-ventre la fit grimacer. Les souvenir de la veille lui revinrent : sa première soirée en tant que prostituée avait été un peu moins horrible que ce qu'elle s'était imaginée mais tout aussi douloureuse. Il fallait dire qu'elle avait eu la chance de ne pas tomber sur un type trop violent. Il n'y avait pas vraiment été de main morte pour autant, mais il avait veillé à ce que ce ne soit pas une séance de torture pour elle.

-Fait chier...

Elle se leva maladroitement de son matelas posé à même le sol et étira ses épaules douloureuses. Un coup d'œil à son portable lui appris qu'il était sept heure et demi, et donc qu'elle était en avance. Elle allait jouer avec Kasamatsu aujourd'hui encore. Au vue de la douleur très présente entre ses jambes à chaque pas, elle se demanda si elle pourrait réellement jouer. Sûrement pas. Mais si elle n'y allait pas, il allait lui passer un savon dont elle se souviendrait, elle en était sûre.

Moins d'un quart d'heure plus tard, elle était dans la rue, emmitouflée dans un sweat mauve et un jogging, faisant attention à ne pas glisser sur les plaques de verglas qui encombraient la chaussée. Manquerait plus que ça... Elle était largement en avance lorsqu'elle arriva au terrain de street, persuadée de n'y trouver personne. Alors elle manqua de tomber par terre lorsqu'elle vit Yukio, tirant quelques paniers sans trop d'efforts.

-Tu campes ici ? demanda-t-elle en s'approchant.

Il sursauta un peu et darda sur elle son regard clair.

-Non, je suis juste en avance. Et toi aussi apparemment.

Elle haussa les épaules et approcha lentement, autant à cause de la douleur qui l'handicapait que sa fainéantise.

-On fait quoi aujourd'hui ?

-Des passes.

-On pourrait pas faire des tirs plutôt ?

Légèrement surprit, Yukio arqua un sourcil et cessa de faire rebondir le ballon.

-Pourquoi ?

Elle haussa les épaules et s'arrêta à deux mètres de lui. Elle ne pouvait tout simplement pas courir, et il était plus qu'évident qu'elle allait y être obligée si elle faisait des passes.

-Juste comme ça, on a bien vu que j'étais nulle en passe.

-Raison de plus pour travailler ça.

-On pourrait pas le faire plutôt demain ?

C'était de plus en plus bizarre, et Risa était consciente qu'elle n'y mettait pas du sien pour trouver des arguments. Mais le capitaine allait devoir s'en contenter, sinon elle ferait tout simplement demi-tour et retournerait chez elle. Kasamatsu était près à lui forcer la main, quitte à la frapper si nécessaire, mais il remarqua les cernes un peu plus prononcée que la veille qu'Aoki arborait, et sans se départir de son froncement de sourcil, il préféra ravaler ses paroles.

-Comme tu veux...

-Sérieux ?!

Il lui administra un léger coup de poing dans l'épaule et lui envoya le ballon.

-Si j'te l'dis.


-C'est ça la Winter Cup ? s'extasia Kirenai en découvrant le stade légèrement immense où ils venaient d'arriver.

-C'est vrai que c'est grand, admit Aoki.

-Pas l'temps de s'extasier, on n'est pas là en touriste, ordonna Yukio.

-Rabat-joie, marmonna Risa.

Kasamatsu l'avait parfaitement entendue, mais il ne dit rien et se contenta de soupirer. Ils allèrent se mettre en rang à la place qui leur était destinée et ils attendirent que la cérémonie d'ouverture commence. Et on pouvait dire qu'avec Seirin, ils étaient... L'équipe la plus bruyante. Kise ne cessait de crier qu'il avait repéré tel ou tel joueur -et il se faisait sévèrement rabrouer par son capitaine bien qu'il s'en moque royalement-, Moriyama essayait de repérer les jolies filles, Hayakawa beuglait à qui voulait bien l'entendre qu'il prendrait tous les rebonds, Kobori déprimait dans son coin à cause de la stupidité de son équipe, et Kasamatsu administrait des coups de poings à ses coéquipiers à tour de bras. Aoki essayait de s'éclipser discrètement, ne comprenant pas exactement pourquoi elle était là et pas dans les gradins ; retenue par une Kirenai qui regardait chaque membre des équipes adverses avec attention pour essayer d'évaluer une dernière fois les dangers potentiels.

La cérémonie d'ouverture avait durée pas moins d'une demi-heure, et pour Kirenai qui n'était pas sportive, ça avait été très compliquée de ne pas s'effondrer au bout des quinze premières minutes. Il lui tardait de trouver un banc d'ailleurs. De son côté, Aoki avait juste eu du mal à rester éveillée face à l'ennui total que représentait le blablatage inutile qu'elle n'écoutait pas, et elle avait pris plusieurs coups dans les côtes de la part de Kasamatsu, qui s'était stratégiquement posté à côté d'elle pour la rappeler à l'ordre. Cela faisait désormais deux semaines qu'ils se côtoyaient bien plus qu'avant, et Risa en venait à se demander si elle n'était pas masochiste pour accepter ses coups sans jamais les lui rendre. Ou alors c'était juste son instinct de survie qui lui hurlait qu'elle allait se faire démonter pièce par pièce si elle osait lui tenir tête. C'était peut-être plus ça.

-On y va.

Yukio lui agrippa le bras et la traina à sa suite, le reste de l'équipe suivant sans se faire prier. Ils avaient très vite compris que questionner leur capitaine sur la nature de sa relation avec Aoki n'était pas l'idée du siècle s'ils tenaient à rester en vie. Il y avait toujours quelques suicidaires, comme Kobori, Kise et Kirenai, qui le taquinait gentiment, lui posait des questions ou lui donnait simplement des conseils, mais les autres tenaient un minimum à leur vie.

-Aujourd'hui, il n'y a que les préliminaires pour terminer de sélectionner les équipes qui joueront entre Shutoku, Seirin, Kirisaki Dai Ichi et Senshinkan. Nous jouerons demain.

-Alors on reste regarder les matchs ? demanda Moriyama.

-Moi j'veux pas... fit savoir Aoki.

-Ca tombe bien, on te demande pas ton avis, la coupa Yukio.

Sarah nota avec un sourire que Kasamatsu tenait toujours Risa par le bras, mais elle ne dit rien. D'ailleurs en parlant de silence...

-Tu ne dis plus rien Kise-kun...

-Hm ? Ah, désolé, je réfléchissais.

Chacun s'arrêta de marcher et tous se retournèrent vers Ryouta.

-Quoi, toi, réfléchir ? nargua Yukio.

-T'es malade ? renchérit Moriyama.

-Tu veux aller te reposer ? continua Kobori.

-Oi, je sais réfléchir !

Il partit dans une crise de fausses larmes, et Kirenai sourit, amusée.

-Vous êtes tous méchants !

-Et toi tu es un abruti. On s'y fait.

-Kasamatsu-senpai... Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu m'en veuilles à ce point ?!

-La ferme, crétin.

Kirenai regarda le blond du coin de l'œil et soupira. Quelque part, elle était presque sûre de savoir à quoi il pensait : Kirisaki Dai Ichi jouait aujourd'hui. Donc Shuta serait là. Sauf si Hanamiya avait trouvé une excuse valable pour le faire dégager, mais elle en doutait. Bien qu'il n'y ait aucun mauvais joueur dans leur équipe, Sarah était plus que consciente des capacités du garçon. Il rivalisait avec Hanamiya dans plusieurs domaines, et il ne rechignait jamais à blesser les adversaires, bien au contraire. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale et elle fit de son mieux pour penser à autre chose.

-Tu resteras à côté de moi Kirenai-chan, lui souffla Kise.

Elle hocha la tête, et par automatisme se rapprocha un peu de lui.

-Si nous gagnons tous nos matchs de préliminaire, on jouera contre qui ? demanda Moriyama.

Le coach tourna la tête vers Sarah, attendant ses pronostics. Pourtant, elle ne semblait pas avoir entendu la question du shooting guard, et elle avançait juste, tête baissée, son bras frôlant doucement celui de Kise à chaque pas.

-Oi, Kirenai.

Elle releva -trop- vivement la tête et planta son regard dans celui du coach. Il était évident qu'elle était perturbée, anxieuse et terrifiée, mais il ne se mêlait jamais de ça. C'était le travail de Kasamatsu et Ryouta de comprendre ce qui n'allait pas, pas le sien.

-Qui seront nos premiers adversaires sérieux ? répéta-t-il.

Elle leva vaguement la tête vers le plafond et réfléchis. Les trois adversaires qu'ils auraient à battre en préliminaire n'étaient pas à leur niveau, donc il ne devrait pas y avoir de surprise de ce côté là. Donc en regardant vite fait les autres groupes...

-Fukuda Sôgô. Normalement. Et si je ne me suis pas trompée.

-Jusqu'à maintenant ça n'a jamais été le cas, la rassura Kobori.

Elle hocha la tête et retourna à ses pensées. Elle détestait son corps et son esprit parfois. Elle n'avait pas revu Shuta depuis le match amical, et pourtant, elle sentait déjà que s'il lui adressait la parole, elle perdrait tous ses moyens, encore, et elle serait certainement capable de le suivre sans réfléchir. Il fallait qu'elle reste avec quelqu'un, sinon elle était foutue.

-A quoi tu penses ? lui demanda doucement Kise.

-Rien d'important, mentit-elle.

Il lui fit une moue qui voulait clairement dire qu'il ne la croyait pas, et Kobori soupira.

-Tu veux marcher un peu ? lui proposa-t-il.

-Hein ? s'étonna Kise.

-Vas-y, ordonna Yukio.

-Mais senpai, je peux aller avec elle...

-Kise, tu restes là, un point c'est tout.

Il darda sur son joueur un regard qui dissuada le blond de le contredire, et il soupira.

-Allez viens, l'appela gentiment Kobori.

Il lui prit doucement la main et l'entraina vers le hall d'entrée, où se trouvaient des distributeurs de boissons.

-Tu veux sortir un peu ? demanda-t-il.

-Non ça va, merci senpai...

Il la regarda en coin et sourit.

-Ca ne me dérange pas tu sais.

Elle hocha la tête et soupira. Elle allait inquiéter tout le monde à se prendre la tête comme ça.

-Je suis désolée.

-Tu n'as pas à l'être. Personne ne t'en voudras si tu craques.

Ils allèrent s'assoir sur un banc, et Kobori acheta deux canettes de soda. Il décida que changer de sujet était une bonne chose.

-Qu'est-ce que tu penses d'Aoki et de Kasamatsu ?

-Que ce sont deux idiots aveugles.

Kobori resta statufié quelques secondes avant d'éclater de rire.

-C'est vrai, je le pense aussi.

Il lui tendit la canette et décapsula la sienne, se postant en face de la petite blonde, appuyé contre une table.

-C'était ton idée pas vrai ?

-De quoi tu parles ?

-De les forcer à se rapprocher.

-Disons simplement que j'ai fortement suggéré à Kasamatsu-senpai de faire des efforts.

-Comment tu as su qu'ils allaient bien s'entendre ?

Pour le coup, Sarah marqua une petite pause, réfléchissant à la réponse.

-En fait, je veux juste que Kasamatsu-senpai l'aide. Elle a l'air d'en avoir besoin. Et ce serait bien qu'elle l'aide à prendre confiance avec les filles.

Le pivot hocha la tête avec un léger sourire et lui ébouriffa distraitement les cheveux. Il ne pouvait pas nier qu'il s'était attaché à la petite blonde. Il la protégeait comme une sœur, quoi qu'il n'était pas aussi extrême que Kasamatsu.

-Et toi, comment ça va avec Kise ? demanda-t-il soudainement.

Elle faillit recracher son soda à la figure du joueur, qui souriait sournoisement.

-Pou... Pourquoi ?

-Je sais pas. Vous êtes plutôt aveugle, vous aussi.

Sarah déglutit difficilement et se força à sourire. Elle détestait ça. Elle avait peur de faire une énorme bêtise en se rapprochant d'avantage de Kise, elle allait le blesser, il allait s'en vouloir, et elle replongerait encore. Elle ne voulait pas ça, elle ne voulait plus faire de mal à qui que ce soit...

-Tout va bien entre nous, répondit-elle simplement.

Kobori n'insista pas, absolument pas conscient de la limite qu'il venait de franchir.

-On y retourne ? proposa-t-elle.

Il acquiesça, et ils refirent le chemin en sens inverse. Elle venait de retomber dans la phase "envie de mutilation", et le pire, c'est que cette fois elle n'avait pas du tout envie d'en sortir. Elle voulait aller jusqu'au bout, et cesser de faire souffrir les autres. N'était-ce pas ce qu'on lui reprochait depuis qu'elle était enfant ?