Chapitre 14 :
Risa avait pensé avoir touché le fond. Elle avait été signaler à son patron qu'elle démissionnait, non sans Kasamatsu qui semblait s'être transformé en sangsue. Puis ils avaient fait un détour chez elle pour qu'elle récupère quelques affaires, et elle avait de nouveau tenté de négocier. En plus de refuser de vivre avec le capitaine -qu'elle ne connaissait pas si bien si on y réfléchissait quelques secondes-, c'était aussi la famille de ce dernier qui la bloquait. Elle allait s'imposer comme ça dans le train de vie des Kasamatsu, qui n'avaient rien demandé et qui allaient se retrouver avec une bouche supplémentaire à nourrir. Sans compter que, niveau caractère, on ne pouvait pas dire qu'elle était vraiment un cadeau.
Mais Yukio avait été tellement inflexible qu'elle avait été forcé d'abdiquer, chose qui -en pleine possession de ses moyens- n'était jamais arrivée. Il faut un début à tout, comme on dit, mais elle se serait bien passée de ce début là. Alors elle l'avait suivit jusqu'à chez lui, marmonnant tout au long du chemin, et elle tenta de nouvelles négociations dans les escaliers de l'immeuble, qui lui rapportèrent une bosse sur la tête.
-Je suis rentré, lança-t-il.
Risa réussit à identifier les différents bruits qui résonnaient dans la maison. Il y avait une personne qui chantait doucement depuis ce qu'elle identifia comme étant la cuisine, des bruits de casseroles qui s'entrechoquent, et des voix à la fois masculines et aigues. Les deux propriétaires de ces voix ne tardèrent pas à se manifester sous la forme de garçons d'une petite dizaine d'années qui débarquèrent dans le salon.
-Grand-frère !
Kasamatsu repoussa d'un vague mouvement d'avant-bras l'un des deux enfants qui venait de s'agripper à sa jambe, et réussit à faire quelques pas avant que le deuxième garçon ne lui saute dessus. Risa resta en retrait, à la fois mal à l'aise et à la fois amusée. Etrangement, elle n'aurait jamais imaginé Yukio comme ça dans sa vie familiale. Elle n'aurait jamais imaginé voir cette lueur amusée dans ses yeux.
-Dis grand-frère, c'est qui la fille avec toi ?
-Sa petite amie j'suis sûr !
-Dégagez les mioches. C'est juste une fille du lycée.
-C'est toi Yukio ?
La tête d'une femme apparue à l'angle d'un mur, et un léger sourire illumina ses traits. Ses longs cheveux noirs entouraient son visage fin et délicat, et Risa aurait été incapable de lui donner un âge réel tant le temps semblait n'avoir aucune emprise sur elle. Elle resta donc là, à regarder celle qu'elle devina être la mère de Kasamatsu, sans faire le moindre bruit.
-Comment c'est passé ton championnat ?
-On ne jouait pas aujourd'hui, mais ça se présente plutôt bien.
Elle hocha tranquillement la tête et ses yeux pétillèrent l'espace d'un instant quand son regard se posa sur Aoki.
-Une amie à toi ?
D'une certaine façon, Risa était subjuguée par la voix douce et mélodieuse de la jeune femme.
-Ouais. Elle peut rester ici quelques temps ? J'essaye de lui éviter des boulots pas nets.
-J'te permet pas de...
Yukio lui envoya un coup de coude dans les côtes pour la faire taire, suivit d'un regard noir.
-Bien sûr bien sûr, pas de problème.
Finalement, la mère de Kasamatsu sortit de la cuisine et s'avança vers eux. Elle était légèrement plus petite que Aoki et se déplaçait avec une grâce certaine.
-Je suis Kasamatsu Meiko, ravie de te rencontrer.
-Aoki Risa...
Elle serra maladroitement la main qu'on lui tendait et détourna la tête. Définitivement, elle ne comprenait pas ce qu'elle faisait là. Elle s'incrustait dans une famille qu'elle ne connaissait pas, elle bouleversait leur train de vie, et elle se sentait tout sauf à sa place. Pourtant, ils étaient accueillant, rien à redire là dessus. Bon, à la limite le regard des jeunes frères de Yukio pouvait la mettre mal à l'aise, mais elle s'y faisait. Elle avait vu pire.
-Tu va prendre ma chambre, on n'a pas beaucoup de place. J'vais essayer de te trouver un futon.
-Tu pourrais lui laisser ton lit, le houspilla gentiment sa mère.
-C'est pas la peine, un futon ça me convient, marmonna-t-elle, détournant le regard.
Kasamatsu était assez surpris par l'attitude de Risa, qui lui avait toujours semblé fière. Même lorsqu'elle était au bout du rouleau, elle continuait de garder une lueur farouche dans le regard, et il ne l'avait jamais vu détourner à ce point le regard.
-J'vais voir, finit-il par grogner.
Il lui fit signe de le suivre et se dirigea vers une des deux portes du salon. Elle menait à ce qui avait dû être un bureau, et qui était désormais une petite chambre. Aoki se sentait encore moins à sa place. Elle pila net au pas de la porte, son corps refusant de bouger alors que sa raison lui hurlait de se barrer en courant. Elle n'en eut cependant pas le temps : Yukio lui saisit l'avant bras et la força à entrer. La surprise l'empêcha d'émettre une quelconque plainte. Il referma la porte derrière eux, les coupant des voix de ses frères qui étaient repartis dans un jeu.
-Pose tes affaires dans un coin, je te ferais de la place plus tard.
-J'devrais pas être là, murmura-t-elle.
Sa voix était à des millénaires de celle que Yukio avait l'habitude d'entendre. Elle était plus rauque, et pourtant il y avait quelque chose de fragile dans son timbre. Il la regarda s'assoir de mauvaise grâce sur son lit simple, et il croisa les bras sur son torse. Si elle voulait la guerre, elle allait l'avoir.
-Et tu devrais être où ? Dans ton apparte miteux ? A "bosser" pour payer ton loyer ?
-Tu peux pas comprendre...
Si Yukio n'avait rien dit en découvrant l'appartement plus que vétuste de la jeune fille, il n'en pensait pas moins. Il n'y avait que deux pièce, une "salle de bain" et un salon-cuisine-chambre. Pour seuls meubles, un matelas à même le sol, et ce qui avait été laissé par les précédents locataires : les meubles de la cuisine et de la salle de bain et une armoire en bois qui semblait vouloir s'effondrer.
-C'est pas une question de compréhension, argua-t-il en fronçant les sourcils.
-Au contraire. Toi t'as toujours bien vécu, t'as toujours eu un toit où dormir et une famille. Moi j'ai plus tout ça.
Si elle n'élevait pas la voix, ses yeux traduisaient sa rage à la place. Loin de déstabiliser Kasamatsu, cette expression hargneuse donna une envie incongrue au jeune homme : il voulait l'embrasser. Sans se figurer le pourquoi du comment, c'était juste ce qu'il voulait là tout de suite. L'idée même le fit rougir, mais il fit de son mieux pour garder la tête droite et ne pas détourner le regard. Ce n'était que passager, ça ne durerait pas, cette désagréable pensée partirait aussi vite qu'elle était arrivée. Tout du moins l'espérait-il. Il n'était jamais tombé amoureux, et n'était pas réellement sûr d'être amoureux de Risa. C'était autre chose. Il le pensait, en tout cas.
-On a chacun des histoires différentes et des manières différentes d'encaisser les chocs. C'est tout. Ta vie à p't-être pas été rose, mais c'est pas une raison pour cracher sur la main de ceux qui veulent t'aider.
-Tu comprends pas !
Elle commençait à monter le ton, et devant toute la tristesse et la douleur qui inonda son regard, il fit ce que lui dictait sa raison. Elle ne comprenait pas de cette manière, il allait essayer autrement. Il fut contre elle en moins de deux pas, et agissement rapidement pour qu'elle ne réfléchisse pas, il posa ses mains sur ses épaules et la fit basculer en arrière, retenant son propre corps grâce à ses genoux qui s'étaient posés sur le bord du matelas. Il la surplombait sans problème, et il observa avec une certaine fierté les rougeurs qui commençaient à colorer ses joues. Lui-même ne savait pas pourquoi il avait fait ça.
-C'est pas une question de compréhension pauvre idiote ! Je veux t'aider, alors tu vas me faire le plaisir d'arrêter de te plaindre, et tu vas agir comme une adulte ! Tu peux pas te démerder toute seule dans la rue, c'est clair, alors maintenant tu vas rester ici autant de temps qu'il le faudra, mais je t'interdis de te plaindre !
Aoki ne savait plus comment respirer, le visage de Yukio était trop proche, son corps la touchait presque, et un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Y avait-il seulement une bonne façon de réagir ? Elle en doutait. Elle ferma les yeux le temps de reprendre ses esprits, et les rouvrit pour encrer son regard dans celui de Kasamatsu. Avait-il toujours eut les yeux aussi bleus ? Certainement, mais elle n'avait jamais prit le temps de le remarquer. Un spasme contracta ses épaules lorsqu'elle posa sa main sur l'avant-bras du garçon, sans savoir si elle cherchait à le repousser ou si c'était autre chose. Il détaillait son visage sans s'en cacher, et elle se demanda où il trouvait ce courage pour quelqu'un qui se tenait éloigné de la gente féminine. Elle repoussa rapidement la question.
-Yukio, à table !
Les deux adolescents tournèrent la tête vers la porte en même temps, les sortant de la drôle de transe dans laquelle ils avaient été plongés. Avec un soupire, Yukio se releva et se dirigea vers la porte.
-Tu viens ? lança-t-il en regardant par dessus son épaule.
Perturbée, Aoki ne pu que hocher la tête et se relever à son tour. Elle jeta un dernier regard vers le lit au moment de sortir de la pièce. Elle ne savait pas pourquoi, mais loin d'avoir peur, elle ressentait une certaine hâte. Oui, elle avait hâte de retourner dans cette pièce avec Yukio sans savoir pourquoi. En revanche elle savait parfaitement que quoi qu'elle attende, cela ne se réaliserait pas. Elle avait l'habitude désormais de voir ses espoirs déçus.
Le repas avait été étrangement agréable. Les deux petits frères de Yukio, Rei et Itomi, étaient amusants et très vifs d'esprit pour leur âge, et leur mère était incroyablement gentille. Finalement, Risa se sentait plutôt bien ici. Elle croisa plusieurs fois le regard de Yukio, mais refusa de chercher quoi que ce soit dans ces yeux. Elle ne voulait pas se donner de faux espoirs, sans pour autant savoir ce que ces espoirs étaient réellement. Déjà, elle devait faire le point sur ses sentiments. Etait-elle amoureuse ? Elle n'en savait rien. Elle savait juste qu'il avait fait plus pour elle que qui ce soit d'autre, qu'il avait de merveilleux yeux, qu'il lui apprenait à jouer en équipe, qu'il n'hésitait pas à la frapper lorsqu'elle n'allait pas dans son sens... En faisant le compte, elle se rendait compte qu'elle aimait tout chez lui. A peu près. Ou alors en avait-elle simplement l'impression. Elle n'en savait trop rien.
Lorsqu'elle revint dans la chambre après s'être rapidement douchée, elle trouva Kasamatsu assis sur son lit, un cahier ouvert devant lui. Il releva vaguement la tête à son arrivé, avant de reporter son attention sur son cours. Un futon avait été installé au pied de son lit, et elle s'y assit, regardant autour d'elle. Elle repéra une guitare dans un coin, en dessous d'une étagère de livres. La pièce était tellement étroite qu'il n'y avait pas assez de place pour plus, l'autre pan de mur étant occupé par une armoire et une fenêtre.
-Tu joues de la guitare ? demanda-t-elle en continuant d'inspecter la pièce du regard.
-Elle est pas là pour faire jolie. Et c'est une basse.
Aoki marmonna et se laissa retomber sur son oreiller. Elle était épuisée. Finalement, elle le sentait au plus profond d'elle, ses espoirs allaient encore être déçus.
-C'est à peu près la même chose non ?
-Si ça l'était, ça s'appellerait pareil.
-Retourne à tes révisions, tu me fais chier...
Elle se tourna sur le côté, lui tournant volontairement le dos. Visiblement, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle sentit quelque chose lui atterrir dessus, et elle regarda le plaid bleu qui ne la couvrait qu'à moitié.
-Tu vas avoir froid, expliqua machinalement Yukio.
Il gardait le regard vissé sur son cahier, et consciente qu'elle n'obtiendrait rien de mieux de lui ce soir, elle décida de dormir. Elle en avait besoin. Elle réfléchirait plus tard. Elle se glissa sous la couverture, la remonta sur elle en même temps que le plaid, et elle marmonna un vague bonne nuit. Elle entendit les draps de Kasamatsu se froisser, et elle se dit qu'il allait lui aussi se coucher, mais à son grand étonnement, elle le sentit s'agenouiller dans son dos. Une main chaude se posa dans son cou et la retourna sur le dos, et avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, elle se retrouva avec le front du garçon coller au sien.
-Dis rien, et laisse-toi faire.
Dire qu'il était totalement confiant et serein aurait été un énorme mensonge. Mais il laissait son instinct dicter sa conduite, sans réfléchir au fait qu'il regretterait peut-être plus tard. Il y penserait plus tard. Maladroitement, et peut-être un peu brusquement, il posa ses lèvres sur celle de la brune. Peu importe si elle ne voulait pas, il savait qu'elle le repousserait. Mais elle n'en fit rien. Elle ne bougea absolument pas, restant statique, et après la surprise, elle ferma les yeux et pencha un peu la tête pour le corriger. Ni l'un ni l'autre ne savait comment et pourquoi ils s'étaient retrouvés dans cette situation, et ce n'était certainement pas le plus important. Ils se séparèrent et se regardèrent dans les yeux, chacun pouvant clairement voir le doute dans le regard de l'autre. Leurs inquiétudes étaient les mêmes, leurs incertitudes aussi, et c'était peut-être ce qui leur fit comprendre que ce n'était pas une erreur. Qu'ils étaient tous les deux aussi perdu, et qu'ils éprouvaient tous les deux les mêmes sentiments plus ou moins contradictoires. Alors ils s'embrassèrent de nouveau. Parce que c'était logique. Ils voulaient tous les deux y croire. Ils penseraient plus tard.
-C'est rien Kirenai-chan...
Kise pressa un peu plus fortement le corps fin de Sarah contre le sien, la berçant doucement. Elle était en larme, elle peinait à respirer, et il savait que les vestiges de son cauchemar y étaient pour beaucoup.
-Ca va aller... Respire doucement... Je suis avec toi...
Il l'embrassa calmement sur le front. Il s'efforçait de garder son sang-froid, même s'il se sentait profondément mal. Il avait l'impression d'être impuissant, et d'une certaine façon c'était le cas. Il avait cru que le fait qu'ils dorment ensemble chasserait ses cauchemars, au moins pour un temps. Apparemment, il s'était planté. Il la rallongea doucement sur le dos et se mit à quatre pattes au dessus d'elle, non pas dans un quelconque but pervers, c'était juste pour être sûr qu'elle le voyait bien, qu'elle comprenait qu'elle n'était pas seule. Il se forçait à croire que c'était utile. Elle haletait désespérément, mais elle sembla se calmer immédiatement en croisant son regard. C'était une bonne chose. Il se força à lui sourire et posa son front contre le sien, écartant tendrement une mèche de cheveux qui lui barrait le visage.
-Ca va Kirenai-chan...
-Kise...
Sa voix ressemblait plus à un sanglot étranglé, volant dans des aigus improbables. Il l'embrassa sur le front, plusieurs fois, avant de descendre sur sa tempe, sa joue. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour elle. Finalement, son souffle sembla se calmer, et seules quelques larmes continuaient de couler.
-Tout va bien maintenant, je suis là...
-Il... Il... Je te jure j'ai essayé... J'ai essayé de le pousser mais...
Elle éclata en sanglot, et Ryouta se mordit la lèvre pour ne pas craquer. Il s'allongea doucement sur elle pour ne pas l'écraser et la serra contre lui. Son corps tremblant semblait encore plus fragile désormais. Il l'embrassa de nouveau sur le front, roula sur le flanc pour être sûr de ne pas lui faire mal, et la maintint contre lui.
-Tu peux te rendormir Kirenai-chan, je veille sur toi, il ne t'arrivera rien.
-J'ai essayé... Je te promets... Je te jure que je voulais pas... Mais j'arrivais pas... J'arrivais pas...
-Sht, c'est rien...
Il continua de la bercer, conscient que la fatigue l'emporterait bientôt. Et effectivement, son souffle se calma au bout de quelques minutes, ses épaules frêles n'étant désormais plus secoué que par quelques spasmes nerveux.
-Ca va aller... continua-t-il de murmurer.
Il voulait le croire, en tout cas.
Ils avaient gagné contre Fukuda Sôgô. Ce n'était pas un match spectaculaire, loin de là. Certes, Haizaki se débrouillait très bien. Certes, ses talents de voleur étaient problématiques. Et d'accord, son regard brûlant avait mis très mal à l'aise Sarah. Pourtant, pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, il n'avait fait aucun commentaire sur l'incident qui avait eu lieu dans le couloir la veille. Elle ne savait pas si elle devait lui en être reconnaissante. Cette simple perspective avait été balayée lorsqu'il avait durement écrasé le pied de Ryouta. Cela n'avait pas empêché Kaijo de gagné, mais Kirenai restait en colère. Cela dit, ce n'était rien comparé à la colère évidente qui habitait Risa. En parlant d'elle, Sarah avait bien remarqué qu'il y avait un changement dans son attitude vis-à-vis de Kasamatsu, mais elle avait préféré ne rien dire. Elle était trop fatiguée pour s'occuper des affaires de cœur des autres.
Son cauchemar l'avait empêchée de terminer sa nuit correctement, et la culpabilité d'avoir réveillé Kise l'avait d'autant plus épuisée. Mais le blond l'avait simplement gardée contre lui toute la nuit, embrassant son front lorsqu'il se réveillait ou resserrant juste sa prise sur elle. Cela pouvait paraitre insignifiant, mais Sarah avait trouvé un réconfort certain dans l'étreinte de Ryouta. Elle peinait à croire qu'elle pouvait ressentir autant de chose par un simple contact avec lui, et parfois elle se demandait si ce n'était pas son cerveau qui lui jouait encore des tours. Elle c'était tellement trompée avec Shuta...
Elle fut tirée de sa rêverie par Moriyama, qui se planta devant elle. Ses cheveux noirs étaient encore humides après sa douche, et le demi-sourire qu'il arborait sonnait horriblement faux.
-Je pense que tu as besoin de parler, se contenta-t-il de dire.
Elle ne trouva pas la force de refuser ou d'accepter, et elle le laissa l'entrainer dans les couloirs, privée de toute force. Elle trouvait cela étonnant qu'elle n'ait pas encore éclaté en sanglot à cause de la fatigue, et égoïstement, elle aurait préféré. Juste montrer qu'elle allait mal, que quelqu'un s'occupe d'elle. Elle se dégoutait pour penser de la sorte. Mais elle n'y pouvait rien. Moriyama s'arrêta dans le hall, et avec un léger sourire fatigué, elle songea que la scène était étrangement similaire à celle qu'elle avait vécue avec Kobori la veille. Elle s'adossa à une table et ne pu soutenir le regard du shooting guard.
-Alors ? demanda-t-il.
-Alors vous avez gagné, souffla-t-elle en désespoir de cause, ne trouvant rien d'autre à dire.
-Je ne parlais pas de ça.
Son sourire devenait un peu plus crédible bien qu'il reste amer, certainement à cause de leur victoire. Pourtant ils la méritaient, ils avaient tout donné pour se qualifier. Et ils avaient réussis.
-Kise s'inquiète beaucoup pour toi, Kasamatsu aussi. Et sans vouloir te vexer, tu as une sale tête.
-J'ai mal dormis cette nuit.
-Cauchemar ?
Elle hocha la tête, n'ayant pas le courage de mentir. Au point où elle en était de toute façon...
-Tu en as parlé à Kise ?
-On dormait ensemble... Je l'ai réveillé...
L'éclat d'intérêt qui brilla soudain dans le regard de Moriyama fut royalement ignoré par Sarah, qui trouva un intérêt à regarder un enfant choisir une boisson dans le distributeur à quelques mètres d'eux.
-Tu lui as raconté de quoi tu avais rêvé ?
-Non...
-Tu devrais. Si tu en parles, tu ne devrais pas le refaire.
-Je ne crois pas à ce genre de truc... soupira-t-elle avec un vague sourire.
-Essaye. Tu ne risque rien de toute manière.
Elle hocha vaguement la tête et bascula la tête en arrière.
-Je verrais bien... Je ne veux pas l'agacer avec mes problèmes...
-Si tu l'agaçais, il y a bien longtemps que vous ne vous parleriez plus.
La blonde tenta de se raccrocher à ses paroles qu'elle ne croyait pourtant qu'à moitié. Il fallait qu'elle se raccroche à quelque chose pour avancer de toute façon.
-De quoi vous parlez ? demanda Kobori en s'approchant.
A l'instar des autres joueurs de Kaijo, ses cheveux étaient humides et son sac négligemment posé sur son épaule. Ils semblaient tous fatigués.
-Rien qui te regarde, lui répondit Moriyama avec ce qui s'apparentait à un sourire joueur.
-On y va, coupa Kasamatsu.
Risa restait près de lui, lançant des regards noirs à tous ceux qu'elle croisait. Kirenai ne voulait même pas savoir pourquoi. Elle emboita simplement le pas aux autres, jetant un coup d'œil inquiet à Kise. Il semblait boiter légèrement, et elle se demanda si sa blessure était plus sérieuse ou s'il ne jouait pas la comédie. Elle se promit d'y jeter un coup d'œil dès qu'ils seraient à l'appartement.
Les séparations se passèrent à peu près de la même façon que la veille, les deux blonds restèrent très silencieux après s'être retrouvés seuls, et Sarah avait vite perdu son aplomb lorsqu'ils arrivèrent enfin devant la porte. Après tout, lui parler de ses cauchemars n'était peut-être pas une bonne idée. Et s'il ne voulait pas qu'elle regarde sa jambe, c'était son droit aussi, elle ne pouvait pas le forcer. Depuis quand doutait-elle autant déjà...?
-Ca va Kirenai-chan ? demanda soudain Ryouta en remarquant à quel point elle était pâle.
-Hm...
Elle fit quelques pas incertain dans l'appartement. Si elle posait son regard sur un objet précis, il se brouillait, sa vision de la réalité se déformait, et elle perdait pied. Elle devait s'assoir vite et ne plus bouger. D'un côté elle n'arrivait pas à croire qu'elle était à deux doigts de tomber de fatigue, et de l'autre, elle espérait que ce serait le cas. Ce serait la preuve physique qu'elle n'allait pas bien. La honte de penser de la sorte la submergea, terminant de l'épuiser. Elle sentit à peine les mains de Kise sur ses épaules, et elle nota vaguement qu'il venait de la soulever du sol. Il lui semblait que l'instant d'après, elle était allongée dans le lit.
-Ca va aller Kirenai-chan, tu es fatiguée, tu vas rester couchée et te reposer... Si tu veux manger, je vais te préparer quelque chose.
-Ca va Kise, je suis juste un peu... Fatiguée...
Il passa une main dans ses cheveux et l'embrassa sur le front. Elle se fit la remarque qu'il le faisait souvent en ce moment.
-Pas qu'un peu Kirenai-chan.
Elle hocha maladroitement la tête, plus du tout consciente de ce qu'il lui racontait. Ses paupières étaient tellement lourdes... Elle voulait dormir sans réellement le vouloir, et sa raison s'opposait farouchement à son corps.
-Kise... appela-t-elle à mi-voix.
-Hm ?
-Tu me laisses pas hein...?
-Bien sûr que non !
-Jamais... Promets que... Tu me laisseras jamais...
-Je te promets Kirenai-chan.
Il la regarda sombrer dans le sommeil, se demandant pourquoi elle lui avait fait promettre une telle chose. Il lui demanderait le lendemain.
-Tu es une incapable ! Tout est de ta faute !
Maman...
-Tu ne pourras jamais oublier ça, Kirenai...
Shuta...
-Tu es fière de toi ?!
-Alors, c'était bon non ?
-Tu es ridicule !
-Tu pourras plus t'en passer.
-Tu me dégouté Kirenai-chan...
Non Kise... Pas toi... Tu n'as pas le droit... Taisez-vous... Taisez-vous tous... Par pitié...
-Tu n'aurais pas dû naitre.
