Chapitre 16 :

Toute sa vie, elle s'était demandée comment elle mourrait. Sa mère n'avait de cesse de lui rappeler qu'elle n'aurait pas dû naitre, ainsi pensait-elle plus à la façon dont elle finirait qu'à la vie qu'elle allait mener. Et quelle vie... Un ramassis de conneries toutes plus monumentales les unes que les autres. Elle aurait pu s'en sortir pourtant. Elle était bonne élève, elle avait tout pour réussir, et elle commençait enfin à voir le bout du tunnel. Shuta l'avait privé de cette porte de sortie. Il l'avait enfoncé plus bas qu'elle n'avait jamais été, et désormais, à chaque fois qu'elle apercevait la lumière, elle baissait les yeux. Parce que c'était un point qu'elle n'atteindrait jamais. Quelque chose d'impossible. Oh elle n'avait pas de doute sur le fait que Kise aurait pu la sortir de là. Mai cela lui faisait peur. Et comme à chaque fois qu'elle avait peur, elle avait fuit le problème de manière stupide. Elle avait sauté, s'enfonçant plus profondément encore dans l'obscurité. Et ainsi, elle avait vu une nouvelle porte, une porte de sortie, mais qui menait vers la fin de sa vie. Et elle avait posé sa main sur la poignée sans plus réfléchir.

Aujourd'hui, elle allait mourir.


-Sérieux, vous pouvez pas faire quelque chose ?!

-Jeune homme calmez-vous, les médecins vont s'occuper d'elle.

-Ouais bah elle respire pas des masses là quand même !

L'ambulancier soupira et jeta un vague coup d'œil au corps de la jeune fille qui était en train d'être posée sur le brancard.

-Votre nom ? demanda-t-il en sortant un calepin.

-Aomine Daiki... grommela l'adolescent.

-Vous allez venir avec nous, il va falloir qu'on fasse une batterie de test, juste pour vérifier que vous allez bien.

-Moi j'ai rien, c'est d'elle qu'il faut s'occuper !

-Vous avez plongé dans une eau glaciale, il est possible que vous soyez en hypothermie.

-P'tain, j'vous dis qu'j'ai rien !

-Et pendant qu'on discute l'ambulance ne peut pas partir, ce qui retarde les soins de cette jeune fille.

De mauvaise grâce et en continuant de jurer comme un chartier, Aomine monta dans le véhicule et s'assit sur la banquette qu'on lui désignait. Il regarda la fille qu'il avait sortit de l'eau, et même si ses cheveux avaient virés au châtain foncé avec l'eau, il n'eu aucun mal à la reconnaitre : il l'avait croisé pendant le match opposant Seirin à Kirisaki Dai Ichi, alors qu'elle était avec Haizaki. Lorsque l'ambulancier lui demanda s'il la connaissait, il répondit qu'elle était la manager de l'équipe de basket de Kaijo. Chose qu'il savait pour avoir vu la fille au match de Kise contre Fukuda Sogo.

Une petite dizaine de minutes plus tard, ils arrivaient aux urgences, et il regarda avec une mine renfrognée les brancardiers emmené la blonde vers un bloc opératoire pendant que lui-même était conduit vers un lit entouré d'un drap blanc pour délimité l'espace.

-J'vous dit qu'j'ai rien... gronda-t-il à l'intention du médecin qui venait d'arriver.

-Si c'est le cas vous serez vite dehors, lui répondit-il avec un sourire.

Pour une raison ou pour une autre, Daiki voulait lui faire bouffer son stéthoscope, et il eu tout le mal du monde à ne pas lui sauter à la gorge lorsqu'il lui demanda de retirer son t-shirt.

-Vous pouvez prévenir Momoi Satsuki que j'suis là ?

-Vous avez un numéro de téléphone ?

Le métis grommela la suite de chiffre correspondant à son amie d'enfance et posa sa tête sur l'oreiller blanc. Il en avait pour un moment de toute manière... Tout ça parce qu'il avait un peu trainé dehors... Il se demandait encore pourquoi il avait plongé pour la récupérer, alors que rien ne l'y obligeait. Bon, d'accord, ça aurait été franchement dégueulasse de la laisser se noyer. Il se demanda comment Kise prendrait la nouvelle, et espérait sincèrement qu'il n'était pas trop proche d'elle. Si elle ne s'en sortait pas, déjà il s'en voudrait à mort, et il ne savait pas comment le blond réagirait. Pas que ça lui fasse grand chose, mais bon...


-Kise.

Ryouta releva vivement la tête, et lorsqu'il croisa le regard de son coach, il su qu'il n'allait pas lui annoncer une bonne nouvelle.

-On a retrouvé Kirenai.

Si le regard de son entraineur n'avait pas été aussi dur, Kise aurait certainement sauté de joie. A la place, un poids comprimait sa poitrine, l'empêchant de respirer et le faisant paniquer. Il serra les poings, et malgré la main de Moriyama sur son épaule, il avait l'impression de perdre contact avec la réalité. Un tas de scénario tous plus horribles les uns que les autres défila dans sa tête, et au bord des larmes, il supplia son coach du regard de continuer.

-Elle est à l'hôpital, lâcha-t-il alors. Elle a sauté du haut d'un pont. Normalement, sa vie n'est plus en danger.

Ryouta écarquilla les yeux, à tel point qu'il en avait mal. Une larme solitaire glissa le long de sa joue, avant que la colère pure et simple ne prenne le pas sur tout le reste. Il se leva, tremblant de rage, et partit en courant malgré les appelles de ses coéquipiers. Cette idiote allait l'entendre. Il s'en voulait quelque part, et se sentait affreusement désespéré à l'idée qu'elle ait pu se sentir à ce point au bout du rouleau, mais la colère l'empêchait de raisonner. Il n'arrivait pas à croire qu'elle ait eu envie d'en finir. Pas comme ça. Parce que sauter d'un pont, ce n'était pas la même chose que se tailler les veines -chose qu'elle avait arrêtée de faire d'ailleurs. Parce que lorsqu'elle se scarifiait, elle pouvait toujours plus ou moins s'arrêter, elle était encore un peu maîtresse de la situation, mais lorsqu'on saute d'un pont, on n'a pas l'intention de revenir. Sans compter qu'il lui avait confié l'aimer, et elle, tout ce qu'elle trouvait à faire, s'était d'essayer de se tuer. Il avait essayé d'être gentil avec elle, mais visiblement la méthode douce n'avait pas fonctionnée, alors il allait passer à la méthode forte. Mais il jurait que Kirenai allait l'entendre.

Lorsqu'il arriva aux urgences, sa colère était légèrement retombée, il était trempé, encore en tenu d'entrainement, mais il s'en foutait royalement. Il s'avança vers l'accueil, et tentant de maitriser la colère dans sa voix, il demanda à l'infirmière où se trouvait Sarah.

-Elle est encore au bloc opératoire, elle devrait bientôt passer en salle de réveil. Vous pouvez l'attendre dans le couloir du troisième étage.

Il hocha la tête, marmonna un vague merci, et se dirigea vers l'ascenseur. Au moins, elle était en vie. Mais il avait beau essayer de relativiser, il ne parvenait pas à se sortir de la tête qu'elle avait essayé de mourir. Pour de bon, alors que tout semblait aller plutôt bien. S'il ne pouvait pas se targuer de la comprendre parfaitement, jusque là il avait au moins été capable d'anticiper certaines de ses réactions. Celle là, il ne l'avait pas vu venir, et plus que de s'en vouloir, il en voulait à Kirenai.

La sonnerie légère de l'ascenseur lui apprit qu'il était arrivé, et il marcha sans grand entrain dans le couloir au mur trop blanc.

-Yo, Kise.

Il releva mollement la tête, sans chercher à mettre un nom sur cette voix que peut-être il connaissait. Alors il fut légèrement surpris en croisant le regard bleu-rois de Daiki.

-Aominecchi... Qu'est-ce que tu fais là ?

-J'ai empêché ta manager de s'noyer.

-Merci... souffla le blond, loin de savoir comment il était censé remercié son ancien camarade.

-Elle va s'en sortir ? Les médecins m'ont juste dit qu'elle était encore au bloc...

-Normalement elle va bientôt être transférée en salle de réveil.

-C'est bien...

-Qu'est-ce que tu fais encore là ? demanda prudemment le blond.

-J'voulais vérifier qu'elle allait s'en tirer. Et j'étais pas sûr que ce soit bien ta manager, alors au cas où j'me s'rais planté, elle aurait eu quelqu'un avec elle en s'réveillant.

C'est ce moment que choisit le portable de Ryouta pour vibrer dans sa poche de short, et il l'en tira sans grande envie, sa colère lui tordant doucement l'estomac.

De : Kasamatsu Yukio

J'arrive, bouge pas, et si l'autre idiote se réveille, dit lui de s'attendre à prendre un bon coup de pied au cul.

Même ce message ne réussit pas à lui arracher un sourire, et il se laissa tomber sur l'une des nombreuses chaises qui courraient contre le mur. Il prit sa tête dans ses mains et essaya de calmer sa respiration.

-Dai-chan !

-Ca va Satsu, j'suis pas mort !

Il accueillit presque avec fatalisme l'étreinte poulpesque de son amie d'enfance, qui resta pendue à son cou pendant un long moment.

-Tu n'imagine pas à quel point tu m'as fait peur ! L'hôpital qui m'appelle pour me dire que tu étais aux urgences... Me refais jamais un coup comme ça Dai-chan !

-J'te dis qu'j'ai rien Satsu...

Il soupira et laissa une de ses mains passer dans le dos de la rose, la maintenant encore un peu contre lui. Il pouvait comprendre qu'elle ait eu peur, il aurait certainement réagit pareil si les rôles avaient été inversé.

-Ki-chan...? s'étonna Momoi.

Elle allait dire autre chose, mais Aomine la retint avant en lui faisant signe de se taire. Le copieur avait l'air tellement au bout du rouleau qu'il préférait ne rien dire. Mais il ne pouvait pas partir maintenant, parce qu'il ne pouvait pas se résigner à le laisser seul dans cet état. Un autre membre de son équipe allait bien finir par débarquer non ?

-Elle va s'en sortir... finit-il par marmonner, autant pour Kise que pour lui-même.

-C'est pas le problème, Aominecchi... souffla Ryouta en guise de réponse.

Aomine jugea bon de ne pas rétorquer, ce n'était pas ses affaires après tout. Momoi restait à la fois surprise et attristée par la tête qu'avait son ami. Elle l'avait toujours vu avec de grands sourires ou de fausses larmes, mais jamais il n'avait eu l'air aussi abattu. Et elle n'aimait pas le voir comme ça. Elle se dégagea de l'étreinte de Daiki et alla s'assoir à côté du blond, passant une main douce dans le dos de ce dernier. Il la laissa attirer son visage dans son cou, et il frissonna, conscient qu'il n'allait pas tarder à pleurer. Mais il ne se démontrait pas, il allait d'abord engueuler correctement la blonde, et après seulement il se permettrait de lâcher quelques larmes. Alors en attendant, il appréciait simplement les caresses dans ses cheveux que lui administrait Satsuki, profitant de son odeur qu'il connaissait depuis quelques années maintenant. Momoi était, en quelques sortes, la petite sœur qu'il n'avait jamais eue. Pourtant, elle faisait plus figure de mère que de sœur actuellement.

-Comment elle va ?! s'écria soudain Kasamatsu, déboulant comme un taré dans le couloir.

Il était en sueur et trempé, grelottant vaguement de froid, et Ryouta releva la tête vers lui. Ses yeux devaient être brillants, de larmes ou de colère, mais il ne cilla pas.

-Elle va bientôt être transféré en salle de réveil.

-Elle va m'entendre cette idiote...

-Moi aussi.

Yukio alla s'assoir à côté de son joueur, reprenant doucement son souffle. Il ne prit même pas la peine de demander à Aomine et Momoi ce qu'ils faisaient là, il s'en foutait royalement dans l'instant. Il ne savait pas encore de quelle manière il allait s'y prendre, mais il jurait que la blonde allait s'en prendre plein la gueule. La sonnerie de l'ascenseur troubla le silence qui s'était installé, et deux infirmiers poussèrent le lit dans le couloir avant d'ouvrir la deuxième porte du couloir. Kise fut le premier debout -si on omettait Aomine qui ne s'était pas assis- et il se dirigea immédiatement vers les deux employés. Il aperçu le visage fin de Sarah, ses lèvres étaient encore quelque peu bleuie par le froid, et sa colère se calma un peu. Pour autant, il comptait bien lui faire comprendre sa façon de penser dès qu'elle serait réveillée.

-Vous êtes de la famille ? demanda le premier infirmier en fronçant légèrement les sourcils.

-Oui, mentit immédiatement Ryouta.

Il ne quittait pas Sarah des yeux, et lorsqu'elle fut entièrement dans la chambre, il entra sans demander la permission à quiconque. Il reçu des coups d'œil suspicieux, qui furent bien vite balayé lorsqu'il s'assit sur le fauteuil près du lit et prit la main de Kirenai avec une douceur certaine. Kasamatsu était resté à la porte, et il regarda son joueur de loin. Est-ce qu'ils étaient réellement obligés d'en arriver là ? Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi Sarah avait sauté, et à la limite, il arrivait à concevoir qu'il ne pouvait pas se mettre à sa place. Mais même sans ça, il était profondément énervé par l'égoïsme de la jeune fille. Elle avait simplement décidé d'en finir, de laisser Kise seul, alors qu'il s'était attaché à elle. Il serra les dents, adressa un vague signe de tête aux infirmiers lorsqu'ils sortirent, mais resta tout de même sur le pas de la porte.

-On va y aller... annonça nonchalamment Aomine.

Il jeta un coup d'œil par dessus l'épaule de Yukio, juste pour voir une dernière fois le visage de Kirenai, puis il commença à se diriger vers l'ascenseur.

-Vous pourrez dire à Ki-chan de nous appeler dès qu'elle sera réveillée ? demanda Momoi.

-Bien sûr.

Satsuki le remercia à mi-voix et trottina pour rejoindre Daiki. Yukio décida finalement d'entrer dans la chambre, et il referma derrière lui.

-Les autres s'inquiétaient pour toi, finit-il par dire.

-C'est pas pour moi qu'il faut s'inquiéter...

-Moriyama m'a dit que tu étais partit sans rien dire à personne.

Un vague rire désabusé échappa à Ryouta, qui releva la tête vers son capitaine. Ses iris miel brillait sans que le brun ne sache pourquoi.

-Comment est-ce que j'aurais dû réagir senpai ?

-Je ne dis pas que tu as mal fait.

Le blond haussa les épaules et reporta son attention sur la jeune fille. Pour l'avoir regardé dormir de nombreuses heures durant, il discernait sans mal la pâleur excessive de sa peau. Ses lèvres fines étaient bleu, presque violette par endroit, mais étrangement, elle ne grelottait pas. Peut-être était-ce à cause -ou grâce- à l'anesthésiant.

-Tu comptes passer la nuit ici j'imagine... soupira Yukio.

Un vague hochement de tête lui répondit, alors que Kise ne détournait pas le regard de Sarah. Comme si elle allait se réveiller dans la seconde suivante.

-Je préviendrais les profs que vous ne serez pas en cours demain.

-Senpai... appela Ryouta à mi-voix.

-Hm ?

-Je... Je participerais quand même au match de ce week-end.

-Evidemment idiot.

Kasamatsu tourna les talons. De toute manière, Kirenai n'allait pas se réveiller tout de suite, et il aurait tout le loisir de lui faire la morale plus tard. En attendant, il allait retourner chez lui. Il se demanda vaguement si Risa serait déjà à l'appartement, et convenu que oui. De toute manière, elle n'avait aucun autre endroit où aller. Il quitta l'hôpital avec un drôle de poids sur le cœur, et il n'était pas sûr de pouvoir mettre un nom dessus. Avec un soupire, il envoya un rapide message à Kobori pour rassurer les autres joueurs, et il entama la marche du retour. Ses journées étaient devenues fatigantes depuis que deux certaines idiotes avaient croisés son chemin.


-Alors ? Comment elle va ?

-Elle était pas encore réveillée quand je suis partie. Mais j'imagine que ça ira. Kise est avec elle.

-Hm...

Aoki n'était pas convaincu, mais elle ne dit rien de plus. Elle était assise en tailleur sur son futon, relisant vaguement un cours d'histoire qu'on pouvait facilement qualifier de tout sauf passionnant. Elle jeta un coup d'œil à Kasamatsu, qui s'étalait de tout son long sur son lit. Malgré tout ce qu'elle voulait bien montrer, Risa n'était pas insensible à l'état dans lequel était Kirenai. Loin de là. Mais elle refusait de verser une larme. Rien. Après tout la blonde s'en sortirait. Peut-être que quelque part au fond d'elle, elle était en colère contre elle. Parce qu'elle avait encore ses parents, parce qu'elle avait Kise, parce qu'elle avait beaucoup de chose qu'elle même n'avait pas. Ou plus. Et elle, elle tenait bon. Sarah jetait sa vie par la fenêtre comme si elle ne possédait rien. Sûrement ne comprendrait-elle jamais.

Elle referma sèchement son cahier et le poussa hors du futon, avant de se laisser basculer en arrière. Elle essaya de se concentrer sur autre chose que Kirenai, et elle ne trouva rien de mieux que de réfléchir à la relation qu'elle avait avec Yukio. Elle aurait été incapable de mettre un mot dessus. Il s'était embrassé une fois, et n'en avait plus reparlé. Peut-être par peur de rejet, elle n'en savait trop rien, et elle préférait ne pas se poser la question. Pourtant, il y avait des moments, quand elle se réveillait en pleine nuit, où elle aurait tout donné pour rejoindre le brun dans on lit et juste se serrer contre son corps. Chose qu'elle ne faisait jamais. Elle se trouvait comme excuse qu'il allait la frapper, mais cet argument était tellement pathétique qu'elle peinait de plus en plus à y croire. Elle soupira profondément et se demanda à quoi pouvait bien penser Kasamatsu. S'il réfléchissait comme elle ou si toutes ses pensées étaient tournées vers Sarah. Une pointe de jalousie lui serra le cœur, et elle grimaça.

Peu importe comment elle essayait, elle avait l'impression d'être inférieure à la blonde dans le cœur de Yukio. Non pas que cela lui aurait posé un quelconque problème un mois auparavant, mais désormais s'en était un. Parce qu'elle était jalouse, tout en refusant d'admettre qu'elle était amoureuse. Ils s'étaient embrassés, et alors ? Ca ne voulait pas forcément dire quelque chose. Alors pourquoi une partie d'elle-même espérait-elle que ça ait un quelconque sens ?

-A quoi tu penses ? marmonna-t-elle finalement, parce que le silence commençait à sérieusement jouer avec ses nerfs.

-Pas à grand chose, grommela-t-il en réponse.

La mère du capitaine n'était pas encore rentrée, et ses frères étaient chez leur tante pour la soirée.

-Ton père est jamais là ? se risqua-t-elle à demander.

-Pas souvent. Il boss loin. Il revient de temps en temps quand il a des vacances.

Risa peinait à s'imaginer une vie de couple à longue distance. Elle était sûrement parano, mais pour elle, si un mari s'éloignait trop de sa femme, il finissait par demander le divorce parce qu'il avait rencontré quelqu'un d'autre. Pourtant, la voix de Yukio ne trahissait aucun doute. Il semblait vouer une confiance sans borne à son père. Son regard noisette se posa finalement sur la guitare -pardon, la basse-, qui n'avait pas bougé de son socle depuis qu'elle était arrivée.

-Tu joues jamais ? demanda-t-elle.

Kasamatsu arqua un sourcil interrogateur et se redressa sur un coude pour observer Aoki. Il suivit son regard et comprit finalement qu'elle parlait de musique.

-Si. Quand j'ai l'temps après les cours.

-Bah t'as le temps là.

Il grommela vaguement quelque chose qu'elle ne comprit pas, et finalement il soupira et se redressa sans grande envie, presque au ralentit, comme s'il retardait le plus possible ce moment. Et Risa ne pu manquer les légères rougeurs sur ses joues. L'envie de se moquer de lui fut plus forte que tout le reste.

-T'es si mauvais qu'ça ? nargua-t-elle.

-La ferme !

Il saisit l'instrument, se mit vaguement en tailleur sur le lit, et prit le médiator coincé entre les cordes. Il vérifia consciencieusement les accords, et Aoki le regarda faire avec un mélange de curiosité, de fascination et d'incompréhension totale. Elle ne s'était jamais vraiment intéressée aux instruments bien qu'elle aime la musique, et de ce fait, voir Yukio régler consciencieusement sa basse lui fit tout drôle sans qu'elle ne comprenne vraiment pourquoi. Elle se rapprocha, assise sur ses talons, et se fit la remarque qu'elle ressemblait à une gamine devant un magicien. Elle chassa l'imagine incongrue et se concentra sur le brun, qui fuyait tellement son regard qu'elle ne put s'empêcher de sourire.

Elle ouvrit la bouche pour se moquer, mais l'ayant vu venir, Kasamatsu commença un peu trop rapidement à jouer, sans pour autant faire de fausses notes. Toute envie de rire disparu. Aoki était littéralement en extase devant la maitrise de Yukio. Elle regardait se doigts pincer les cordes pour changer d'accord avec une facilité qui la fascina, et elle en oublia presque de respirer. Elle n'aurait su dire si elle connaissait cette musique, ni la classer dans un genre musical, et peu à peu, sans le vouloir, elle ferma les yeux pour simplement écouter. Elle oublia que Kirenai était à l'hôpital, elle oublia qu'elle était actuellement chez un adolescent qu'elle ne connaissait presque pas, elle oublia qu'elle avait un contrôle d'histoire le lendemain... Elle oublia tout jusqu'à sa propre existence, et le retour à la réalité fut compliqué. Elle regretta presque que Kasamatsu n'ait pas continué de jouer. Il la fixait désormais sans ciller, et elle ne su pas trop s'il attendait une quelconque critique. De toute manière elle aurait été bien incapable d'en fournir, aussi préféra-t-elle détourner la tête, les joues gonflées.

-Tu devrais jouer plus souvent... se contenta-t-elle de murmurer.

Il arqua un sourcil, et un léger sourire étira ses lèvres. Il remit le médiator à sa place et reposa précautionneusement sa basse sur son socle. Le téléphone se mit alors à sonner, et grommelant vaguement des insultes, Yukio alla dans le salon décrocher. Se retrouvant seule, Risa se remit à réfléchir un peu plus sérieusement. Est-ce qu'elle était amoureuse de Kasamatsu ? Elle n'en savait rien. Est-ce qu'elle avait aimé le moment où ils s'étaient embrassés ? Assurément, oui. Est-ce qu'elle aimerait recommencer ? Oui. Pourquoi ne le faisait-elle pas ? Parce qu'elle avait juste peur de se faire rejeter. Et c'était bien la dernière chose qu'elle voulait. Elle commençait à trouver un semblant de routine chez les Kasamatsu, et cela aurait mentir que de dire qu'elle était vraiment frustrée d'avoir dû arrêter de travailler. Elle ne l'avouerait sans doute jamais, mais elle remerciait Yukio de l'avoir tiré de là. Pour le reste... Elle ne savait tout simplement plus quoi faire.

-Ma mère rentrera tard ce soir, alors on va manger sans elle, annonça Yukio en pensant la tête par l'entrebâillement de la porte.

-Okay.

Il retourna dans le salon, sans doute pour aller dans la cuisine préparer le repas, et elle resta seule une nouvelle fois. Elle se laissa retomber sur son oreiller et soupira. Elle verrait comment tout ça évoluerait, et improviserait. Ca, elle savait faire normalement.


Elle avait beau chercher, elle ne retrouvait pas la porte de sa chambre. La panique brouillait ses sens, mais pas autant que la fumée qui l'empêchait de voir à trente centimètres devant elle. Elle frappa presque désespérément chaque mur à la recherche de la foutue porte, et elle cru mourir lorsqu'enfin elle la trouva. Elle actionna vivement la poignée et fit un brusque pas en arrière en découvrant le feu qui rongeait le couloir. Elle plaça par réflexe une main devant sa bouche et regarda à droite et à gauche. Comme si elle allait apercevoir son frère ou ses parents. Dans un vague sursaut de raison, elle se pinça durement le bras, histoire d'être bien sûre qu'elle ne rêvait pas. Mais la chaleur des flammes continuait de lui coller à la peau. Alors elle fit ce que son instinct lui hurlait de faire : elle se mit à courir. Où était la sortie, elle ne savait plus, mais elle finirait bien par la trouver. Et de toute manière ses parents étaient déjà dehors, avec son frère. C'était obligé. Il ne pouvait pas en être autrement.

Elle se réveilla en sueur, mais sans avoir crié. Elle s'était juste empêtrée dans ses draps, avait peut-être couiné, mais jamais elle ne criait. Elle se redressa, à la recherche de fraicheur et surtout de l'oxygène qui lui faisait défaut. Elle n'était présentement pas capable de réfléchir, aussi fut-elle soulagée lorsqu'au bout d'une petite minute elle reconnu la chambre de Yukio. Elle jeta un coup d'œil au lit à côté d'elle, juste pour s'assurer qu'elle n'était pas seule. Kasamatsu était étendu sur le flanc, lui tournant le dos, mais au moins il était là. Sans vraiment comprendre ce qu'elle faisait, prenant pour excuse son cauchemar et sa fatigue, elle se hissa tant bien que mal et sans bruits dans le lit du capitaine, et se roula en boule sans pour autant le toucher. Si elle le réveillait, elle était foutue...

-Qu'est-c'tu fous...?

Raté...

-Mauvais rêve... se força-t-elle à articulée, alors que sa langue semblait s'être changée en plomb.

Yukio grogna vaguement et se tourna pour lui faire face, les sourcils froncés et les yeux à moitié ouverts. Il soupira et essaya d'analyser calmement la situation, mais même s'il avait l'impression d'être parfaitement conscient, il savait aussi qu'en réalité il était encore à moitié endormis. Il observa Risa, nota vaguement qu'elle semblait réellement sortir d'un cauchemar, et il lui fit signe de se pousser.

-Mets-toi au moins sous les draps, idiote...

Elle le regarda avec des yeux ronds, presque sous le choc, et la fatigue aidant son temps d'adaptation, elle se contenta de se lever le temps qu'il pousse les couvertures pour lui faire de la place. Elle se rallongea sur le matelas et le laissa remonter les draps. Il referma presque immédiatement les yeux, et elle se demanda s'il dormait. Dans son cas, ça risquait d'être compliqué...

Pourquoi personne n'était-il dehors ? Ils étaient forcément sortit, ils ne pouvaient pas être... Encore à l'intérieur...

Un frisson désagréable la secoua, et elle se recroquevilla un peu, tendue au maximum.

-Rendors-toi... lui grogna Yukio.

Elle allait dire qu'elle aurait bien aimé l'y voir, mais la main de Kasamatsu passa autour de ses hanches et la surprise l'empêcha de parler. Il la rapprocha de lui sans trop de difficulté -elle n'avait pas opposé une grande résistance non plus...- et il ajusta sa tête sur l'oreiller.

-Dors maintenant... marmonna-t-il.

Elle cessa de respirer, peut-être parce que si elle le faisait son souffle irait s'échouer dans le cou de Yukio, et elle n'arrivait pas encore à l'accepter. Elle n'en savait rien. Et il y avait la cuisse du garçon qui pressait doucement la sienne -contact plutôt agréable, elle devait l'avouer- et finalement, sans trop réfléchir, elle se blottit un peu mieux contre lui et ferma les yeux. Elle le sentit frissonner, peut-être était-il en train de se demander ce qu'elle fabriquait, et elle sourit légèrement. Parce qu'elle ne savait pas quand elle aurait encore une telle opportunité d'avoir un contact physique avec Kasamatsu, parce qu'indéniablement elle aimait ça, et parce que peut-être que oui elle l'aimait plus que comme elle était censé le faire. Elle marmonna vaguement un "bonne nuit" sans se rendre compte que c'était ridicule, et elle essaya de se vider l'esprit. Même si elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas se débarrasser de la chaleur qui lui nouait délicieusement l'estomac, ni de l'image de Yukio qui ne semblait pas vouloir partir tout de suite.