Pas d'action ou presque ici, mais une introspection douloureuse... Du moins si j'ai réussi à le faire passer dans mes mots.

Comme vous le verrez, le scénario diffère désormais des films, bien qu'y restant attaché.


Chapitre 5 : Ecorché vif

La crise de Géonosis à peine terminée, une nouvelle vient m'assommer. Anakin n'est pas rentré de Naboo et a quitté l'ordre jedi, pour Padmé. J'ai échoué. Dix années à essayer de faire de mon mieux, à tenir cette promesse faites à mon père de cœur pour ce résultat. J'avais des réserves, à cette époque. J'aurais aimé que le destin me donne tord. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait pu prendre cette décision. Sans même m'en parler avant ! Je n'ai rien vu venir. Et pourtant, c'était prévisible. Anakin a toujours été attaché à Padmé depuis qu'il était enfant. J'ai eu espoir que le temps détruirait ce lien. Mais l'attaque de Géonosis n'a fait que précipiter les choses. Je n'aurais pas dû les laisser seuls, sur Naboo. Je voulais lui faire confiance. Cette planète a un attrait dangereux. Ainsi, Anakin devient le Vingt-et-Unième Egaré. Et cela par ma faute. J'ai tout donné pour lui, il était mon but. Ma vie prenait sens parce que j'avais une raison de vivre en plus de mon engagement jedi. Maintenant, je ne sais plus ce que je dois faire. L'amour a eu raison de lui.

-Maître Kénobi ?

J'entends à peine la voix qui m'appelle. Je commence à penser que ce qu'il arrive n'est pas du fait d'Anakin, mais de moi. J'ai mis trop d'espoir en lui. Oui, c'est cela, le poids sur ses épaules était trop lourd. On lui a trop demandé…

-Obi-Wan !

Je réagis enfin à mon nom autant qu'à la voix. Je me retourne doucement. La seule personne que j'aurais aimé ne pas avoir en face de moi mais que mon cœur attend de revoir depuis Géonosis. Sabé.

-Je viens vous dire adieu.

Elle part ? Mais où ? Pourquoi ? J'essaie de contrôler mes pensées mais tout se mélange. Et le Conseil ? Et les jedi ? Ils vont me blâmer d'avoir échoué. Ils auront bien raison. L'amour… perfide sentiment et faiblesse des hommes. Le plus grand ennemi des jedi.

Qui-Gon… mon cher maître… Je suis tellement désolé…

-M'avez-vous entendu ?

-Le saviez-vous ?

Je ne me rends même pas compte que j'ai posé ma question sèchement.

-Quoi ?

-Pour Anakin et Padmé ?

-On ne me l'a rapporté que récemment. Vous semblez déçu. Cette décision n'est pas de votre fait pourtant.

Alors de qui ? Puis-je rejeter la faute sur mon padawan ?

-Je rentre sur Naboo pour le mariage. Anakin serait heureux de vous y voir.

En évoquant le mot « mariage », je tourne le dos à Sabé.

-Sûrement pas ! Je ne peux pas !

Elle n'arrivera pas à me faire changer d'avis.

-Vous n'avez rien à vous reprocher, Obi-Wan.

Bien sûr que si ! Anakin est l'élu ! Il devait…

Je comprends soudain que si je suis déçu je suis aussi désemparé. Et perdu. Il va me manquer. Sabé va me manquer. J'ai aimé travailler avec elle. J'ai aimé sa compagnie. C'est pour cela que je ne dois plus la revoir.

-Veillerez-vous sur lui ?

-Quand votre colère sera passée, venez nous voir.

Cela me sera impossible. Je ne pourrais pas le revoir après cela. C'est comme s'il me trahissait. Si encore il était venu me voir et me demander conseil ? Sabé ne peut pas comprendre. Je ne suis pas en colère. J'aime trop Anakin pour voir sa déchéance en public.

-Prenez soin de vous, dit-elle en me prenant le bras.

Je ne la savais pas si proche de moi, trop occupé à tourner mes idées et mes interrogations dans ma tête. Alors, je reçois le plus beau des cadeaux et le pire des supplices : un baiser sur la joue. Mon cœur s'est allumé tel un brasier et s'est aussitôt étouffé. Je n'aurais pas dû la laisser faire. Elle quitte la pièce et ma vie. Je sens que quelque chose s'est brisé au fond de moi. Je me dois de l'oublier, au nom de mon engagement. Pourtant rien n'est pire que d'oublier d'aimer. Car c'est cela qui m'arrive. L'amour s'est doucement emparé de moi, se faufilant dans mon cœur tel un serpent venimeux. Je m'en aperçois trop tardivement.

Les rêves s'effacent avec le temps.

Je l'ai moi-même dit à Anakin. Si seulement les paroles étaient aussi faciles que les faits.

Que la Force me vienne en aide ! J'essaie de me plonger dans la Force. Je n'y arrive pas. Je n'y arrive plus. Rien ne pourrait me briser plus.

Je continue ma route. Du moins j'essaie. J'ai cependant cessé de regarder vers l'avant. L'avenir me déteste et je le lui rends bien. J'ai perdu la foi. Le départ d'Anakin m'a anéanti et celui de Sabé m'a détruit. Si je l'avais laissée me parler, que m'aurait-elle dit ? M'aurait-elle fait espérer ou désespérer ? Les deux à la fois sans aucun doute. Je m'engloutis dans mon propre désespoir. Si elle l'avait fait, je sais que cela aurait encore plus terrible. J'ai réussi à ignorer ce qu'elle faisait naître en moi depuis Naboo. Je dois pouvoir continuer. Je suis un jedi. Je ne peux changer cela.

La guerre des clones fait rage dans toute la galaxie. Anakin en aurait sûrement fait partie, lui qui aimait tant l'action. Je donne mes ordres sans foi ni conviction. Rex et Cody, mes deux fidèles officiers clones sont mes seuls amis. Je les écoute parfois plus que je ne le devrais. Je me repose trop sur eux, je le sais. Et ils me sauvent la vie bien trop souvent, car c'est à peine si je fais attention à moi. Que je meurs ou que je vive, après tout, qui s'en inquiète désormais ? Je prends conscience que j'ai sombré au-delà de l'imaginable lorsque je mets la vie de mes hommes en danger, inutilement. Si j'avais pris la peine de réfléchir, de penser en jedi, cela ne serait pas arrivé. Alors, je me rends compte que je n'ai qu'une seule issue possible. Je choisis sans doute la facilité, mais il arrive un moment dans sa vie où l'on doit cesser de se poser des questions.

J'ai disparu sans laisser de traces. Je ne supportais pas de voir leurs regards, de sentir leur appréhension. Comme il serait si doux de ne rien ressentir du tout ! Je me suis isolé et les jours ont passé, puis les semaines. Le temps n'a plus d'emprise sur moi. Dexter me dit que je devrais voyager. Le seul lieu cher à mon cœur m'est inaccessible. Je me suis tout de même mis au courant de ce qu'il se passait. Anakin s'est bien marié et se consacre à la protection de la République avec Padmé. Il n'est que l'époux de la sénatrice, mais il ne compte pas rester impassible. Cela me donne un peu de baume au cœur. Il n'a pas abandonné toutes ses convictions. Il est retourné sur Tatooine et a racheté la liberté de sa mère. Ainsi, les personnes qu'il aime sont près de lui. Et moi, il ne me reste rien. Rien que l'amertume de l'échec. Le Conseil ne sait pas où je me trouve. Yoda doit être dans tous ses états. Il avait tellement confiance en moi. Je m'en veux un peu. Apres la mort de Qui-Gon, il était devenu très proche de moi. Qu'est-ce qui m'a poussé à fuir ? Qu'est-ce que je fuis ?

Je me reprends un verre de cette boisson un peu trop alcoolisé besalisk et m'affale sur le fauteuil.

Voilà à quoi je passe mes journées. Me lamenter sur mon sort. Si Yoda me voyait… Si Qui-Gon me voyait…

Je sens la Force en moi et autour de moi, énervante et envoûtante. J'occupe mon temps à lever des objets dans la pièce, juste pour être sûr que la Force est toujours avec moi. Je ressasse le passé. J'imagine ce que j'aurais pu faire, les conseils que j'aurais pu donner. Anakin. On ne peut mélanger les sentiments et la raison. Voilà ce que j'aurais dû te dire. Regrettes-tu d'être parti ? Bien sur que non, Padmé est femme à te faire oublier les regrets. Je reprends une gorgée et décide d'aller me laver. Habituellement, prendre une douche m'est bénéfique autant pour le corps que pour l'esprit. Mais ce temps-là aussi est révolu. Je ne le fais juste… parce qu'il faut le faire. Et encore…

Je n'ai pas le temps de mettre tous mes vêtements propres que je sens la présence de quelqu'un. Je la reconnais avant même de la voir. J'imagine que Dexter a avoué ma cachette. En la voyant, je me dis que j'aurais peut être dû prendre une douche un peu plus rapidement. Elle ne me découvrirait pas ainsi, à demi nu. Mais après tout, je m'en fiche. Je n'ai plus goût à rien. Même mon cœur est desséché. La revoir ne me fait ni chaud ni froid. C'est du moins ce que j'aurais espéré parce que mon rythme cardiaque me fait mentir. Je prends une chemise et passe à coté d'elle.

-Vous avez tout abandonné.

-C'est ma vie. Pour une fois que je décide quelque chose pour moi.

-Quelle décision ? Etre un jedi, c'est une chance.

-C'est aussi une malédiction.

-Vous avez changé.

Elle remarque la bouteille à coté du canapé.

-Et pas en bien, ajoute-t-elle déçue.

-Vous ne me connaissez pas. Vous ne pouvez pas comprendre.

-Alors voilà ce qu'est devenu le grand maître jedi Obi-Wan Kénobi, le héros de Naboo et de la République ? La vie peut vous désœuvrer mais vous ne pouvez pas…

Elle s'arrête soudain en apercevant le collier autour de mon cou, celui qu'elle m'avait offert. Et que je n'ai jamais quitté. Je ne le comprends qu'en suivant son regard. Je suis gêné qu'elle le voit, bien plus que le fait de n'être qu'en pantalon.

-Vous l'avez gardé depuis tout ce temps ?

-Je n'aurais pas dû ?

-Si ! Enfin … je ne le pensais pas.

-Il… Il représente beaucoup pour moi.

Mon aveu la fait réagir autant que moi. A repenser autant à mes erreurs, réelles ou imaginaires, je me sens étrangement mieux. Elle s'approche doucement de moi et effleure le bijou.

-Tu es toujours si courageux et si calme. J'oublie que tu as souffert.

Je suis surpris qu'elle me tutoie, autant qu'elle me comprenne aussi bien. C'est mesquin de me l'avoir envoyé. A moins qu'elle ne soit venue… que pour moi ?

-De l'or ou de l'amour, on a tous quelque chose à donner Obi-Wan.

-Et moi ? Qu'ai-je à donner ?

-L'espoir ?

-Ce n'est pas grand chose.

-Ha oui ? Mais sans espoir, on est rien. On meurt.

Je m'écarte d'elle quand elle tente de me toucher. Je ne suis pas prêt à faire tomber mon armure. Je sais qu'elle est dangereuse. Elle est comme Padmé. Les jedi ne devraient pas approcher les femmes.

-Tu peux me repousser Obi-Wan, mais tu ne peux pas tuer ce que je ressens pour toi ! Pourquoi ne veux-tu pas accepter d'être aimé ? s'enflamme-t-elle soudain.

Son aveu me brûle et me consume à la fois. Est-ce cela qu'elle voulait me dire sur Géonosis ? Si je n'étais pas celui que je suis, tout serait différent. La vie est un enfer. Et l'amour un abyme sans fond. C'est tellement douloureux. Comment peut-on supporter cela sans sombrer dans la folie ? Je commence à saisir ce qu'a dû éprouver Anakin.

-Parce que c'est…

-Interdit ? Anakin l'a accepté lui !

Les erreurs de mon padawan ne sont pas les miennes. Je ne suivrais pas ses pas. La comparaison avec lui me met hors de moi et pourtant les fautes sont partagées. Je ne veux pas l'admettre.

-Ne me compare pas à Anakin !

-Pourquoi ? C'est toi qui l'as formé ! Il a suivi tes conseils !

Sabé ne peut pas dire que c'est ma faute. Pourtant son ton est sans équivoque. Ce n'est pas à moi qu'elle devrait en vouloir C'est moi qui saigne..

-Il a abandonné les jedi !

-Et toi avec ? C'est cela ?

Quelle plaie ! Elle lit trop facilement en moi.

-Oui !

Qu'est-ce que je suis en train de dire ? Anakin ne m'appartient pas. Mon rôle était seulement de lui montrer le chemin à suivre. Je me rends compte que c'est ce que j'ai fait. Je n'ai peut être pas été aussi mauvais tuteur que je ne le crois. Je lui ai donné les armes, il a choisi sa bataille.

-Anakin a fait un choix difficile. Il savait qu'il allait décevoir quelqu'un, d'un coté ou de l'autre. Mais il l'assume quels qu'en soient les obstacles. C'est en cela que je te compare à lui. Toi, tu refuses de choisir et de t'assumer. Tu refuses d'accepter les choses comme elles sont. Tu as préféré fuir comme un lâche !

Un lâche ? Moi ? Je voudrais la congédier alors qu'elle ne fait que me cracher la vérité au visage. J'entrevois ses yeux briller et elle commence à partir. Ma carapace se brise d'un coup. Si seulement elle voyait les blessures cachées derrière ! Elle ne peut pas me dire tout cela, me poignarder le cœur et partir sans même un regard. Je la retiens en lui agrippant le bras et je l'attire à moi. J'ai besoin de sa chaleur. Elle se débat un peu, encore en colère. Comment lui faire comprendre qu'elle a raison mais que je n'arrive pas à l'admettre ? Ce n'est pas mon corps qui est à moitié nu, c'est mon âme. Elle n'attendait qu'à être consolée et soignée.

-Soit. J'accepte d'être aimé.

Je prends plaisir à lire dans ses yeux en lui annonçant cela. Pourtant, il y a encore une barrière que je n'ose pas ouvrir.

-Mais c'est quelque chose que je n'ai jamais appris.

-L'amour ne s'apprend pas. Cela se vit, c'est tout.

J'aurais tout de même aimé apprendre cela. J'aurais l'air moins gauche et surtout j'aurais moins peur. J'ai fui, elle a raison. Mes responsabilités, mes sentiments, ma vie. J'ai essayé de me fuir moi-même. En réalité, j'attendais. J'attendais l'inattendu.

Je la laisse poser ses mains sur mon torse et m'embrasser. Les battements de mon cœur se sont-ils arrêtés ou battent-ils tellement vite que je n'arrive plus à les sentir ? Cela ne dure pas longtemps pourtant j'ai l'impression que le temps s'est arrêté. Ce que j'attendais est venu.

-Plus rien ne sera pareil, Obi-Wan. Je devrais m'éloigner de toi, une fois revenue à Coruscant. Je devrais peut être retourner sur Naboo.

-Non ! Non… Je suis prêt à supporter l'absence. Mais pas l'éloignement.

Suis-je en train de la supplier ? Je lui touche la joue, les cheveux. Je voudrais être certain de ne pas être dans un rêve. Le réveil n'en serait que plus brutal.

-Ils ne te laisseront pas me voir, c'est cela ?

-Il faut beaucoup de persuasion pour faire fléchir le Conseil. Sur ce sujet… Je doute même que l'on puisse aborder la question. Surtout après l'histoire d'Anakin.

Anakin… Mon frère, mon meilleur ami. Il ne m'a pas abandonné. C'est moi qui l'ai fait.

-Alors tu n'es pas au courant ? Le Conseil jedi a rappelé Anakin.

Le destin a décidé ma mort, c'est sûr. J'enfile chemise, veste, bottes, retrouve ma ceinture et mon sabre-laser avec joie et attrape ma bure. Pour la première fois, je laisse Sabé me conduire.