Bonjour !

Comme convenu, voici le quatrième et avant dernier chapitre de cet épisode.

Un grand merci à Guest, reviewer anonyme, pour tes encouragements par reviews, j'espère que tu apprécieras tout autant ce chapitre.

Bonne Lecture !

Disclaimer : L'univers et les personnages de Stargate Atlantis sont la propriété de la MGM, Brad Wright et Robert C. Cooper. Et s'ils les veulent, je leur file même mes OCs à condition qu'ils relancent la série (bande de feignasses, je vous aime quand même) Je ne tire aucun bénéfice pour la publication de cette fiction.


Élie Caldwell

Invisible Touch

Chapitre 4

— « Allez, Élie, un petit effort. Réveillez-vous, lui commandait une voix douce. »

Caldwell avait l'impression d'être dans du coton. Sa tête était embrumée et elle se sentait faible, incapable même d'ouvrir les yeux ou de prononcer une parole. Elle percevait cependant l'agitation autour d'elle. Des pas lourds qui se déplaçaient sur un sol tendre près d'elle. Une main qui venait doucement caresser son visage pour la tirer de sa torpeur. Quelque chose qui lui comprimait le bras. Et puis, ce bip lancinant qui devenait plus rapide et régulier de minute en minute.

Élie ne sut pas combien de temps exactement elle était restée inconsciente, mais progressivement, elle reprit ses esprits. Elle grogna quand une aiguille perça la peau au creux de son coude, et serra aussi fort qu'elle le put la main qui tenait la sienne.

— « Elle revient à elle, fit la voix du major Ewing.

— C'est très bien, Élie, allez, encore un petit effort, l'encouragea Carson. Ronon, redressez là un peu, ordonna-t-il. »

C'était donc le Satédien qui la tenait toute contre lui, réalisa-t-elle. Elle semblait être allongée à même le sol, tandis que Dex la remontait suffisamment pour qu'elle s'appuie contre le torse musculeux de l'homme.

— « Élie, vous m'entendez ? questionna Beckett. »

Encore trop faible, Caldwell se contenta de grogner pour toute réponse. Mais cela parut satisfaire son médecin qui approuva d'un claquement de langue. Caldwell fit un effort qui lui sembla surhumain et ouvrit les yeux. Elle les referma immédiatement en maugréant, agressée par la clarté du jour. Puis à travers ses paupières closes, elle perçut une ombre et s'obligea à nouveau dessilla. Elle battit des cils quelques secondes, la lumière l'aveuglant un peu. Puis quand elle y fut de nouveau habituée, elle vit le major Ewing debout juste au-dessus d'elle, lui cachant le soleil et son vif rayonnement.

La jeune négociatrice mit un temps infini à réaliser où elle était. Brijnar. Elle était de retour sur Brijnar. Et de nombreux Atlantes l'avaient aussi accompagnée. Elle nota que Sheppard et Mc Kay étaient un peu plus loin, apparemment lancés dans une passionnante discussion scientifique. À sa grande surprise, elle s'aperçut que Shahin devisait également avec eux. Le docteur Beckett, agenouillé près d'elle, prenait sa tension. Ronon Dex, assis à même le sol, la tenait fermement contre lui. Et puis elle remarqua Brenner, juste à côté, les traits défaits par l'inquiétude. Un air qui n'avait rien à envier à celui qu'arborait le visage dur et fermé du major Ewing.

— « Bon retour parmi nous, très chère, dit Carson en arborant un air bienveillant. Vous nous avez flanqué une sacrée frousse, jeune fille, la gronda-t-il moqueur. Ah voilà qui est mieux : dix-cinq ! Votre tension s'améliore chaque minute, constata-t-il satisfait en jetant un œil au tensiomètre qui lui serrait le bras. Cette fois encore, le docteur McKay avait vu juste ! s'exclama-t-il.

— McKay ? demanda Élie d'une voix rauque.

— Oui, c'est lui qui a deviné qu'en vous ramenant ici vous iriez mieux, lui expliqua le médecin.

— Je… je ne suis plus invisible ? l'interrogea-t-elle, pleine d'espoir. »

Le silence qui lui répondit fut éloquent. Brenner, tout à côté d'elle, baissa la tête, l'air malheureux, et Élie émue prit doucement sa main comme pour le consoler.

— « Bon, je suis en vie, c'est déjà ça ! affirma-t-elle en tentant de paraître enjouée. Mais si je suis toujours invisible, comment est-ce que vous avez pu me retrouver ? s'étonna-t-elle. »

La dernière chose dont Élie se souvenait, c'était les couloirs de la zone sud. Tout n'était plus très clair dans sa mémoire. Elle se rappelait très bien s'être rendue à l'observatoire et avoir fait la rencontre de trois narvals lantiens. Également, elle se revit déambuler dans les allées dans l'intention de retourner à l'infirmerie, et puis… Élie frissonna. Il y avait eu quelque chose là-bas. Quelque chose qui lui avait fait vraiment très peur. Seulement, elle ne parvenait plus à mettre le doigt dessus.

— « C'est Ronon et le major Ewing qui ont réussi à vous retrouver, lui raconta Beckett. Grâce à votre ami, le docteur Ouazid, d'ailleurs. »

Élie remercia chaleureusement ses sauveurs, mais s'excusa aussi platement pour le désordre que sa disparition avait pu causer. Si tous ceux qui se trouvaient autour d'elle lui assurèrent qu'elle n'avait rien fait de mal, le major Ewing, lui, ne tint pas le même discours. Ce dernier lui affirma qu'ils auraient tous les deux une conversation à ce propos lorsqu'elle serait remise. Et quand le colonel Sheppard lui adressa un regard sévère, Ewing s'éloigna en maugréant. Caldwell était sûre d'une chose : elle allait passer un très mauvais quart d'heure.

— « J'espère que ce n'est pas trop inconfortable. Mais figurez-vous que depuis qu'il vous a ramené ici, Ronon a catégoriquement refusé de vous lâcher afin que nous vous installions sur un brancard, l'informa Brenner qui masquait mal, dans sa voix, une pointe de jalousie.

— Je suis très confortable, grogna Dex qui tira un rire discret à ses coéquipiers.

— Je vous confirme que Monsieur Dex a de l'avenir en tant que fauteuil, répliqua Élie, amusé. Vous êtes en effet très confortable.

— Monsieur Dex, répéta pensivement John Sheppard. Y'a pas, ça fait vraiment bizarre.

— Dans mon peuple, c'est comme ça qu'on fait avec les bébés qui ont un cœur trop faible, s'expliqua le Satédien. On les garde contre nous pour qu'ils profitent de notre chaleur et que leur cœur batte contre le nôtre.

— Je comprends, fit Élie. Cependant, Ronon, vous en conviendrez sans doute : je suis un bébé plutôt imposant.

— Ça tombe bien, je suis un homme imposant moi aussi, rétorqua-t-il sans la moindre malice. »

Cette fois, Élie ne put retenir un éclat de rire sincère. Décidément, Ronon Dex était un homme qui ne cessait de l'étonner. Soucieuse néanmoins de ne pas vexer son sauveur, elle reprit :

— « Je vous remercie d'avoir pris soin de moi, Ronon. Mais je me sens mieux, j'aimerais essayer de faire quelques pas, suggéra-t-elle en cherchant l'approbation de Beckett. »

Celui-ci hocha la tête, manifestant son accord. Aussitôt, avec une douceur surprenante pour un homme de cette carrure, Ronon la souleva du sol avec une facilité déconcertante, puis la remit délicatement sur ses pieds.

Immédiatement, Simon vint se poster auprès de la jeune femme pour la soutenir, tandis que Dex lui prenait l'autre bras. Élie dût patienter quelques secondes pour amorcer le premier pas, tant sa tête lui tournait. Puis quand elle se sentit mieux, elle commença à avancer. Et chancela à peine deux mètres plus loin.

Là encore, le Satédien fut le plus prompt à réagir, et à nouveau porta la militaire dans ses bras.

— « Ce n'était pas une bonne idée, grommela Brenner en posant un regard jaloux sur l'alien. Allez l'installer sur le brancard, ordonna-t-il à Dex. Elle n'a plus besoin de vos remèdes ancestraux, Ronon, gronda-t-il en voyant que le Pégasien hésitait. Elle a besoin de repos et de confort.

— Elle est invisible, on va la perdre, répondit simplement Ronon sans s'émouvoir du ton peu cordial du médecin.

— Elle sera branchée à cette machine, riposta Simon que l'agacement rendait méchant, en désignant le moniteur cardiaque. Donc non, on ne va pas la perdre. Allez la mettre là-bas, acheva-t-il en soupirant. »

Ronon haussa les épaules, puis obtempéra sans plus de questions. Prudemment, il déposa la jeune femme sur le brancard, puis s'éloigna après que cette dernière lui ait murmuré quelques paroles de remerciements.

Le visage fermé et dur, sans un mot, Simon s'employa à brancher sa patiente au moniteur, puis fit un rapide rapport à Carson.

— « Très bien. Voilà qui est parfait, approuva le médecin en chef. Je vais accompagner, Sheppard, McKay et Ouazid jusqu'au laboratoire lantien. Nous attendons juste le major Lorne pour nous guider. Je vous laisse avec notre patiente et le major Ewing. S'il y a quoi que ce soit d'alarmant, prévenez-moi, dit-il à Brenner. Quant à vous Capitaine, je veux que vous vous reposiez jusqu'à ce que Rodney et moi trouvions une solution pour vous rendre votre charmante apparence, ordonna-t-il à la jeune femme.

— Docteur Beckett ! l'interpella Élie tandis qu'il s'éloignait. Les autres, les choses invisibles que j'ai vues l'autre fois, ils sont comme moi n'est-ce pas ?

— C'est la théorie du docteur McKay, en effet.

— Alors ça va se reproduire ce soir ! s'alarma Élie. Ils vont faire une offrande à Brijnar ce soir, il faut les en empêcher.

— Justement, il faut qu'on étudie ce truc avant qu'ils n'y viennent ce soir. Si nous voulons le désactiver, fit remarquer Rodney. Alors, on doit se dépêcher, exigea-t-il.

— Et si vous n'y arrivez pas, Docteur ? supposa Caldwell.

— Alors nous irons au village pour les avertir, répondit Sheppard. Le major Lorne est arrivé avec le Jumper, nous devons y aller, messieurs, insista-t-il.

— Major Ewing, vous devez aller avec eux, fit remarquer la jeune femme. Vous êtes le seul qu'ils accepteront d'écouter.

— Je dois rester ici pour assurer votre protection, c'est ma priorité, Caldwell, rétorqua sèchement Ewing.

— Je sais me défendre, affirma fièrement la jeune femme.

— Permettez-moi d'en douter, ma chère, la contredit Carson avec bienveillance. Dans votre état, vous n'êtes pas apte au combat.

— Je suis d'accord avec Carson, intervint Sheppard. Mais le raisonnement de Caldwell se tient, nuança-t-il. Ewing, vous venez avec nous, ordonna-t-il.

— Sauf votre respect, Monsieur… commença à protester Jackson.

— C'est un ordre, Major, s'obstina John. Ronon, vous restez avec Brenner et Caldwell ? demanda-t-il à son équipier. »

Le Pégasien hocha la tête pour signifier son accord, et Ewing, résigné, suivit son supérieur à l'arrière du Jumper. Élie eut cependant le temps de l'entendre recommander à Ronon de veiller sur elle.

La jeune femme eut un sourire triste. Décidément, elle ne comprendrait jamais cet homme. Lui qui se montrait toujours si dur et virulent avec elle, pouvait pourtant faire preuve à son égard de beaucoup de sollicitude, tant qu'il était certain qu'elle ne pouvait pas le voir ou l'écouter. Un jour, songea-t-elle, il faudrait vraiment régler ce problème.

En regardant le vaisseau s'envoler, Élie dut s'avouer avoir un peu fanfaronné en prétendant pouvoir se défendre par elle-même. Elle se sentait encore très faible, et si elle avait dû faire face maintenant à une attaque, elle était rassurée de savoir que Ronon pourrait garantir le combat.

Ce dernier justement, pas dupe de l'attitude hostile de Brenner envers lui, leur annonça qu'il allait inspecter les alentours, mais était joignable par radio.

Restée seule avec le médecin australien, Élie en profita pour lui reprocher son manque de cordialité évidente.

— « Allez-vous donc arrêter de vous comporter comme un crétin, Simon ! le gronda-t-elle sévèrement. Ne faites pas l'innocent, ajouta-t-elle tandis que le docteur bougonnait. Tout le monde a pu être témoin de votre ridicule petite crise de jalousie contre Ronon. C'était vraiment déplacé, regretta-t-elle. Vous me décevez, Simon. »

Ces dernières paroles eurent l'effet escompté sur l'Australien. Celui-ci tourna un visage penaud vers la jeune femme, semblant chercher ses mots. Aussi, fouillant le lit pour s'assurer qu'il ne risquait pas de l'écraser, le docteur Brenner s'assit près de sa patiente, tâtonnant à l'aveuglette pour trouver la main invisible et serrer dans la sienne.

— « Vous savez, Élie, ricana-t-il doucement, c'est vraiment perturbant de ne pas vous voir quand vous parlez. Drôle d'expérience. »

Puis il se tût, tâchant de rassembler ses pensées avant de pouvoir répondre à son amie. Ce matin-là, Simon avait été vraiment bousculé par l'état de santé de la femme avec laquelle il avait passé une si agréable soirée la veille. S'étant levé d'une superbe humeur, l'Australien avait vite déchanté en comprenant que la personne qu'il courtisait était devenue invisible.

Vraiment, avait-il alors songé, on lui avait déjà inventé toutes sortes d'excuses farfelues pour éviter un second rendez-vous, mais le coup de l'invisibilité, c'était une première.

Simon avait dû prendre sur lui, à l'infirmerie, quand McKay s'était mis à exulter sur cette toute nouvelle découverte, sans même s'inquiéter de la santé d'Élie. Et puis, ils avaient tous assuré que les effets étaient temporaires, et qu'il ne semblait y avoir aucune conséquence sur la condition de la patiente. Alors, Simon avait accepté de juste prendre son mal en patience. Mais quand il avait entendu l'annonce de Weir, il avait cru devenir fou.

Même s'il la connaissait depuis peu, le jeune praticien éprouvait une affection sincère pour cette militaire douce et énergique. Et l'idée qu'il puisse déjà la perdre lui avait fait oublier toute lucidité.

Quand enfin, il avait appris qu'on l'avait retrouvée, il s'était précipité dans la salle de la Porte, et à l'instar de Ronon, sans attendre la permission de qui que ce fut, il avait plongé au cœur du vortex à la suite du Satédien.

Pendant les deux heures qui avaient suivies, Élie était restée inconsciente, et il avait dû faire appel à toute sa maitrise pour s'empêcher de coller son poing dans la figure de l'alien. Celui-ci avait fermement refusé de lâcher la jeune femme évanouie, qu'importait alors l'inconfort de sa position, affirmant que son remède ancestral marcherait. Alors oui, Élie s'était réveillée en bien meilleure forme, mais en bon scientifique rationnel qu'il était, Simon attribuait plutôt cette rémission aux soins médicaux apportés, qu'aux bercements satédans.

Aussi, malgré les reproches de sa nouvelle amie, il ne regrettait en rien son attitude à l'égard de Ronon, justifiant que les agissements de ce dernier auraient pu mettre la santé de sa patiente en péril.

— « C'était idiot de sa part de ne pas vouloir qu'on vous installe confortablement. Cela aurait pu vous mettre en danger, se défendit le médecin blond face aux reproches de la militaire.

— Bien, si cela n'avait rien à voir avec une éventuelle jalousie de me voir dans les bras d'un homme – enfin, voir c'est une façon de parler, bien sûr – alors tout va bien, rétorqua Élie avec malice.

— Oui, bon, ça va, admît finalement Brenner, de mauvaise grâce. Peut-être bien qu'en effet ça aussi, ça a pu jouer un peu sur mon attitude.

— C'est très mignon, reconnût la jeune femme. Crétin, mais mignon, ajouta-t-elle en souriant. »

Le docteur Brenner lui adressa une grimace, à la fois vexé et touché par ses propos.

— « Mais je ne cautionne pas votre attitude, Simon, lui fit-elle tout de même remarquer. Je pense que vous devez des excuses à Ronon. Comme vous, il ne souhaitait que mon bien, même si vos méthodes divergeaient.

— D'accord, d'accord ! finît par abdiquer l'Australien. J'irais m'excuser. Mais soyons clairs, je ne le fais que pour vous.

— C'est déjà ça ! s'exclama Élie, victorieuse. Ce sujet étant réglé, et tant que nous sommes seuls, je voulais vous remercier pour hier soir : j'ai vraiment passé une superbe soirée en votre compagnie. »

Se sentant totalement pardonné, Simon adopta un visage bien plus enjoué, et les deux jeunes gens reprirent leur conversation, là où elle s'était arrêtée la veille, avec encore plus de plaisir.

OoOoOoOoO

— « Bon, à un moment, il faudra bien qu'on entre, fit remarquer Sheppard à ses comparses. »

Depuis près d'une demi-heure, Sheppard, McKay, Beckett, Lorne, Ewing et Ouazid se tenaient devant l'entrée du laboratoire atlante, sans se décider à y pénétrer. Et pour cause, comme l'avait fait remarquer le docteur McKay, si Élie avait dit vrai, l'appareil s'était activé de lui-même. Aussi, Rodney supposait que l'engin se mettait en marche dès qu'il détectait le gène ancien. Or chacun de ceux qui étaient présents ici possédait ce fameux gène. Qu'il fut inné ou inoculé.

— « Combien de temps vous êtes restés là-dedans avant que ce truc se mette en route ? demanda John à Lorne.

— Je dirais dix minutes, pas plus, répondit le major.

— Non Sheppard, ce n'est pas assez pour que je le désactive, répliqua immédiatement Rodney sous le regard interrogateur de son ami.

— Alors, enfilez la combinaison antiradiation, proposa Sheppard.

— Et si cela ne les arrête pas ? supputa McKay, effrayé par cette idée.

— Dans ce cas-là, Docteur, vous n'aurez pu vraiment à vous soucier des effets de cet appareil, et vous pourrez y travailler tranquillement, fit remarquer Shahin avec justesse.

— Ah oui, et imaginez que je ne trouve pas comment inverser le processus ! s'alarma l'astrophysicien. Je vais rester invisible toute ma vie, coincé au moyen-âge sur cette fichue planète !

— Vous avez plutôt intérêt à trouver la solution, Docteur, le menaça Ewing. Et si je dois vous enfermer moi-même dans cette foutue caverne pour vous motiver, je le ferais !

— Major Ewing ! le héla fermement Sheppard. Je peux vous voir cinq minutes ? Lorne, trouvez un moyen de faire entrer McKay là-dedans, ajouta-t-il avant d'entraîner Ewing avec lui, un peu plus loin.

— Bon, donnez-moi une de ces combinaisons, finît par exiger le docteur Ouazid. Je me débrouille pas mal avec l'écriture lantienne, expliqua-t-il au major Lorne qui l'interrogeait du regard. Je vais entrer là-dedans et voir s'il n'y a pas des instructions sur cette machine, comme ça, le docteur McKay pourra gagner du temps s'il doit entrer.

— Mais vous êtes fou ! s'écria Rodney. Et si la combinaison ne vous protégeait pas ?

— Alors tant pis ! s'exclama Shahin avec rage. Je ne resterai pas là à ne rien faire. La femme invisible là-bas, et dont vous semblez faire si peu de cas, est mon amie la plus chère. Alors si pour la sauver, cet appareil doit m'atteindre moi aussi, je suis prêt à prendre le risque.

— Docteur Ouazid ! l'interpella Sheppard que les cris de McKay avaient attiré par là. Qu'est-ce que vous faites avec cette combinaison ?

— Je vais entrer, Colonel, répondit l'anthropologue, sûr de lui. Je vais essayer de trouver des instructions sur cet engin pour que le docteur puisse le désactiver.

— Sheppard, empêchez-le de faire ça, c'est de la folie ! protesta Rodney.

— Il faut faire quelque chose, asséna Shahin avec force. Alors si je deviens moi aussi invisible, vous devrez trouver une solution pour nous sortir de là tous les deux, Élie et moi. Sans quoi, je refuse de laisser Élie ici, affirma-t-il avec conviction. Si elle doit finir ses jours sur cette planète, parfaitement invisible, je ne la laisserais pas seule. Et je vous déconseille d'essayer de m'en empêcher ! les prévint-il tous. »

Les cinq hommes considérèrent le jeune anthropologue avec surprise. Il était petit et plutôt chétif, et il n'avait pas vraiment de quoi impressionner trois soldats rompus au combat. Et pourtant à cet instant, Shahin Ouazid parut grand et imposant, tant la détermination dans sa voix était vindicative.

— « C'est moi qui irai, docteur Ouazid, intervint Ewing.

— Ah oui, et quel niveau avez-vous en lantien ? répliqua Shahin. Et nous perdrions trop de temps si vous nous transmettiez les runes, une par une. C'est à moi d'y aller, colonel Sheppard, insista-t-il, conscient que c'était son approbation qui comptait vraiment. »

Sans un mot, Sheppard opina du chef puis aida le jeune homme à s'équiper. Pour dernière touche, McKay posa sur la tête de Shahin un casque à visière teintée. Une fois paré, le docteur Ouazid se faufila par l'ouverture et pénétra dans le laboratoire.

— « Rassurez-moi, Rodney, murmura Sheppard. Vous vous sentez un peu mal quand même ? »

Penaud, Rodney baissa les yeux sur ses chaussures. John avait fait mouche. Après la diatribe enflammée du jeune anthropologue, l'astrophysicien maudissait sa couardise.

OoOoOoOoO

— « Et vous l'avez laissé faire ! s'énerva Caldwell en parlant dans son intercom. Est-ce que vous avez perdu l'esprit ?

Capitaine ! la rappela Sheppard à l'ordre.

— Désolée, Monsieur, s'excusa Élie. Mais Shahin n'est pas un homme de terrain, il devrait être dans un labo.

C'était son choix, Caldwell, lui répéta Sheppard.

— Est-ce que l'appareil s'est déclenché ? demanda-t-elle, anxieuse. »

Le silence qui s'en suivit en dit long sur la réponse que le colonel ne formulait pas.

— « On ignore si les combinaisons ont pu stopper les effets de la machine, expliqua le docteur Beckett. Il est trop tôt pour pouvoir le dire.

— Et comment avance le docteur McKay ? demanda Élie, tâchant de contrôler son inquiétude grandissante.

Il est entré dans le laboratoire, il y a presque une demi-heure maintenant. L'appareil ne semble pas s'être déclenché une deuxième fois, précisa Sheppard. Pour l'instant, votre ami et lui continuent d'essayer de comprendre le fonctionnement de la machine. Mais rien de concluant. McKay n'arrive pas à la désactiver.

— Est-ce que vous avez des nouvelles des majors ? »

Lorne et Ewing étaient tous les deux partis vers le bourg. En voyant que les choses n'allaient pas aussi bien qu'ils l'auraient tous espéré avec l'appareil, les deux hommes avaient tenté leur chance à Raddka. Ils devaient essayer de convaincre les dirigeants du village de renoncer à leur offrande annuelle, ou au moins de la remettre à plus tard.

— « Pas terrible pour eux, non plus, se désola le colonel. Les Brijnatrucs ont eu l'air plutôt choqués par leur demande et Lorne craint que nous ayons perdu leur confiance. En tout cas, ils ont préféré ne pas leur dire qu'on était en train de traficoter leur autel sacré.

— C'est plutôt judicieux, en effet, convint Élie. Il y a fort à parier que s'ils vous trouvaient là, ils vous en chasseraient manu militari. Espérons que quand tout cela sera réglé, nous pourrons arranger les choses entre nos deux nations, soupira-t-elle.

Je vais être honnête, Caldwell : s'ils décident de nous faire la tête, je m'en fiche un peu, affirma Sheppard. Ce qui m'importe maintenant, c'est de vous sortir de là.

— Il n'y a pas que moi, mon Colonel. Ces choses invisibles dans la forêt… commença-t-elle. Ils sont comme moi.

Nous essaierons de les sauver, si nous le pouvons, Caldwell, lui assura le colonel.

— On doit les sauver, Monsieur, insista-t-elle avec ferveur. Ce ne sont que des enfants, ou du moins l'étaient-ils quand c'est arrivé.

OK, mais comment on les retrouve ? argua Sheppard. Si on ne peut pas les voir…

— Laissez-moi aller les chercher, mon Colonel ! supplia Caldwell. Je suis comme eux, je suis sûre qu'ils viendront à moi. »

John ne répondit pas tout de suite, pesant le pour et le contre dans sa tête. Puis, Élie l'entendit murmurer quelque chose à Beckett, et ce fut ce dernier qui parla dans l'intercom.

— « Docteur Brenner, que disent les résultats du capitaine ? demanda-t-il à son homologue.

— La tension est remontée à onze sept, l'informa l'Australien en adressa un sourire complice à Élie. Les réflexes sont bons, elle a récupéré l'ensemble de ses facultés.

Vous n'êtes pas armée, Caldwell, fit remarquer John.

— Ce ne sont que des enfants, Monsieur, lui rappela-t-elle. Je n'ai pas besoin d'être armée.

Certains sont grands maintenant, si vous avez raison, et ils vivent à l'état sauvage depuis longtemps, rétorqua le colonel.

— Mais moi je suis armé, intervint simplement Ronon. »

La peste soit de ce maudit Satédien, songea Sheppard. Si Ronon se mettait du côté de la négociatrice, il avait déjà perdu. Parce que si Ronon pensait que quelqu'un devait être sauvé, alors Ronon irait le sauver, sans poser de question. Et personne ne pourrait l'en empêcher. C'était ainsi qu'était fait son ami alien. Depuis qu'il le connaissait, John n'avait pu que contacter la grande droiture de ce Pégasien survivant. Ronon faisait toujours ce qui était juste, même si pour cela il devait désobéir aux ordres. Ou risquer sa vie.

Aussi, Sheppard abdiqua et donna l'autorisation à Caldwell et Brenner de partir en expédition en compagnie de Ronon, leur recommandant au moins trois fois de bien rester proches de ce dernier. Puis il mit fin à la communication.

Élie eut une furieuse envie de sauter au cou du Satédien, mais se retint, peu pressée de voir à nouveau Simon s'embarquer dans une fronde jalouse contre le puissant alien. Si les relations entre eux n'étaient pas non plus teintées de franche camaraderie, elles étaient néanmoins redevenues cordiales depuis que l'Australien était allé présenter ses excuses.

Il leur fallut un petit quart d'heure pour être prêts à partir, une fois l'essentiel du matériel rangé et chacun équipé. Ce fut Élie qui prit joyeusement la tête, familière des lieux, avant que Brenner ne la dépasse en lui rappelant que puisqu'elle était invisible, elle devait demeurer entre le Satédien et lui. À l'horizon, le soleil commençait à décliner, et elle estimait n'avoir pas plus de deux heures avant qu'il ne se couche et que la nuit ne tombe. Aussi pressa-t-elle le pas, pleine d'une toute nouvelle énergie à l'idée de retrouver ces pauvres âmes perdues.

Ce fut Ronon, le premier, qui donna l'alerte en apercevant du coin de l'œil des buissons bouger. Élie leur murmura de rester immobiles, puis s'exprima d'une voix claire :

— « Vous n'avez rien à craindre de nous, affirma-t-elle d'un ton doux. Je sais que vous avez peur. Moi aussi, j'ai peur. Comme vous, plus personne ne peut me voir, expliqua-t-elle avant de se taire, espérant une réponse. »

Le silence tomba lourdement, simplement troublé par le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux. Après cinq minutes, les Atlantes en vinrent à considérer qu'il n'y avait finalement personne quand soudain :

— « Vous n'êtes pas de notre monde, s'éleva une petite voix quelques mètres devant eux.

— C'est vrai, admit Caldwell. Mes amis et moi venons d'une cité que l'on nomme Atlantis. Vous n'avez pas à avoir peur de nous, nous pouvons vous aider.

— Si tu n'es pas d'ici, pourquoi Brijnar t'a-t-il punie, toi aussi ? demanda voix plus mûre, juste derrière eux. »

Ronon commençait à être nerveux. À en juger par les chuchotements tout autour d'eux, les Invisibles les avaient encerclés.

— « Ce n'est pas Brijnar qui… commença Simon avant que son amie ne l'interrompe.

— Ils ne comprendraient pas, lui chuchota-t-elle, avant de reprendre d'une voix forte. Je suis entrée dans son temple, mais nous savons comment apaiser sa colère et redevenir comme avant, argua-t-elle.

— Alors pourquoi es-tu toujours un fantôme ? répliqua une autre voix juste à côté d'elle. »

Ils avançaient, au grand dam de Ronon qui, maitrisant de plus en plus mal sa fébrilité, jouait avec son blaster. Pourtant, Élie souriait : s'ils s'approchaient, cela signifiait qu'ils commençaient à leur faire confiance. Ou qu'ils allaient leur sauter dessus, songea-t-elle, avant de chasser cette pensée. S'ils avaient dû le faire, ils n'auraient pas dévoilé leurs positions en s'adressant aux Atlantes.

— « Parce que cela prend du temps de s'adresser à Brijnar pour implorer sa clémence, répondit-elle.

— Ce soir, il y aura un autre enfant de notre peuple qui subira le courroux de Brijnar, reprit l'enfant le plus âgé.

— Pas si nous pouvons l'empêcher, protesta Simon avec conviction. Et nous ferons tout ce que nous pouvons pour que cela n'arrive pas.

— Lequel d'entre vous a pris mon sac ? demanda Élie, malicieuse. »

Un frémissement se fit entendre dans l'un des buissons alentour, puis son sac en émergea, trainé par un petit bras invisible. Le paquetage s'arrêta devant Ronon, puis fut ouvert et un emballage de barre énergétique vint se poser au pied du Satédien.

— « C'est bon ça, fit alors une toute petite voix. La coque autour, elle colle aux dents, mais l'intérieur est vraiment bon. J'en veux encore, exigea l'enfant avec aplomb. »

Ronon resta stupéfait quelques secondes puis éclata d'un rire sonore. Amusé, il interrogea Brenner du regard, puis celui-ci tira de son propre sac deux encas protéinés. Aussitôt, ce fut la cohue. Un véritable essaim d'abeilles invisibles se rua autour du médecin, quémandant leur part à grands cris.

Un sourire joyeux sur le visage, Brenner ordonna aux enfants de se mettre en ligne devant lui et déballa les friandises, en coupant de petits morceaux, qu'une main invisible après l'autre venait chercher du bout des doigts. Pendant quelques minutes, l'on n'entendit que le bruit de la mastication et des soupirs de contentement.

— « Seigneur tout puissant, depuis quand n'ont-ils pas mangé à leur faim ? se désola Élie.

— Nous ne mangeons jamais à notre faim, lui répondit une voix d'adolescent, tout près d'elle. »

Elle sentit une main effleurer la sienne, comme pour signaler sa propre présence autant que pour percevoir la sienne.

— « C'est toi le chef ? demande Ronon.

— Depuis un an, oui, approuva l'adolescent. Avant moi, c'était Dita, la plus vieille d'entre nous. Mais elle a disparu en partant à la recherche de Tilde, il y a un an. Elles ne sont jamais revenues. Elles sont sans doute mortes quelque part, expliqua-t-il sans la moindre émotion. »

Si Élie fut troublée par l'absence de sensibilité dans la voix du jeune homme, Ronon en revanche ne s'en formalisa pas. L'enfant invisible avait sans doute vécu l'enfer pendant toutes ces années, et Ronon ne pouvait que comprendre à quel point le cœur pouvait s'endurcir face aux épreuves. Seuls les plus forts survivaient. Il en avait toujours été ainsi.

— « Ils ont toujours faim, reprit-il. C'est dur pour les plus petits, surtout au début. Mais après, on finit par s'y faire, lâcha-t-il, fataliste.

— Quel est ton nom ? demande Élie.

— Otger.

— Je m'appelle Élie, lui c'est Ronon et là-bas, c'est Simon, lui indiqua-t-elle en désignant ses compagnons. Otger, nous allons vous sortir de là, je te le promets.

— Personne ne peut défaire ce que Brijnar a fait, déclara l'adolescent solennellement. »

Puis elle le sentit s'éloigner et entendit sa voix s'élever près de Simon, demandant s'il en restait un peu pour lui, maintenant que les plus petits avaient été servis.

Tandis que Caldwell regardait Simon laisser tomber dans une main invisible le dernier morceau de barre énergétique, la voix de Sheppard résonna dans les oreillettes des Atlantes.

— « On a un problème, chuchotait John.

— Colonel ? l'interrogea Élie.

Les Brijnariens arrivent au temple, répondit-il.

— Il faut les empêcher de s'approcher, s'alarma la jeune femme. Sinon un autre enfant sera touché.

Ce n'est pas aussi simple que ça, Caldwell. Ils ne sont pas tout seuls, riposta le colonel d'un ton sec.

D'ailleurs, deviner quand les gens mentent, ce n'est pas votre boulot, Caldwell ? intervint Rodney, visiblement contrarié.

Il y'a des Géniis, avec vos super copains, Caldwell, grinça John.

— Des Géniis ? s'écria le Capitaine. C'est impossible, Monsieur ! Les Brijnariens les détestent.

— Des hommes en uniforme ? demanda Otger qui était revenu près d'Élie. Ils ont passé l'Anneau, il y a deux lunes, les informa-t-il. Mon peuple les déteste, c'est vrai, mais leurs armes peuvent nous tuer. Ils se sont installés à Mijonir, un village un peu plus à l'est. Ils veulent qu'on les approvisionne en brisjns1.

— Vous avez entendu, Monsieur, questionna Caldwell dans l'intercom.

Affirmatif, Caldwell. Qui est-ce ?

— Nous les avons trouvés, mon Colonel. Les enfants, précisa-t-elle. Celui qui est avec nous s'appelle Otger, c'est leur chef. Les enfants doivent être une bonne dizaine.

— Quatorze, rectifia Otger. Il manque Wido. Il est parti essayer de voler des vivres pendant les fêtes de Brijnar, il y a deux nuits. Il n'est pas rentré. Probablement mort, lui aussi.

Eh ben, il est gai votre nouvel ami… marmonna Sheppard. Écoutez Caldwell, on se replie. Trouvez-nous un endroit sûr pour la nuit, on ne peut pas prendre le risque d'ouvrir la Porte vers Atlantis avec les Géniis dans le coin, l'informa-t-il.

— Monsieur, les majors Ewing et Lorne ?

On est là, Capitaine, affirma la voix du major Ewing, ce qui fit pousser un soupir de soulagement à sa subordonnée. Hedda2 nous a fait quitter le village quand Baldrick a appris l'arrivée des Géniis. Elle nous a donné des vivres et nous a conseillé de nous cacher. Ils essaieront d'empêcher les Géniis de fouiller les bois.

— Donc, j'avais raison, Baldrick et les siens sont de notre côté, réagit Élie, soulagée.

Caldwell, ils savaient que les Géniis étaient là… corrigea Ewing. »

Cela fit l'effet d'un coup de massue à la jeune négociatrice. Elle qui se vantait d'être si perspicace, comment avait-elle pu se laisser berner ainsi ?

— « Colonel, que fait-on des enfants ? demanda Élie dans un murmure, essayant de ne pas être entendue par Otger.

Emmenez-les avec vous, on ne peut pas les laisser dans cette forêt en pleine nuit avec des Géniis armés¸ décida rapidement son chef. Mais dites-leur d'être discrets. Faites-nous connaitre votre position, on vous rejoint.

Quoi ? Encore des enfants ? eût-elle le temps d'entendre McKay râler, avant que le colonel ne mette fin à la communication. »

Brenner, qui n'avait rien manqué de la conversation avec le chef militaire, s'occupait déjà de rassembler les enfants autour de lui et leur demanda de se tenir par la main pour ne perdre personne sur le trajet. De leur côté, Ronon et Élie informèrent le jeune Otger de la situation.

L'adolescent fit preuve d'un calme olympien pour son âge. Sans attendre, il suggéra que les Atlantes passent la nuit dans leur campement. Là-bas, leur avait-il affirmé, ils ne risquaient pas d'être découverts. Ronon et Élie acceptèrent sans hésiter la proposition, et une fois qu'Otger eût expliqué le plan au reste de sa troupe, il entraîna Élie par le bras.

Étant invisible, c'était elle qui avait été désignée pour repérer le terrain, tandis que Ronon, Simon et les enfants, les suivraient de loin.

Il fut évident que la vie en forêt était devenue une seconde nature pour Otger, qui courait et sautillait à travers les bois, sans paraître nullement gêné par l'obscurité. Ce n'était malheureusement pas le cas d'Élie, bien loin s'en fût. Après deux chutes pathétiques qui l'entraînèrent, elle et son guide, dans de formidables roulades, ce dernier consentit à réduire la cadence.

En un peu plus de dix minutes, ils eurent atteint l'entrée d'une grotte habilement camouflée. Élie fit une rapide inspection de celle-ci, puis des alentours et décréta que la position était vraiment idéale. À moins de savoir précisément où chercher, les Géniis n'avaient aucune chance de les trouver.

Par radio, elle informa Ronon et Simon que la voie était libre, puis communiqua leur localisation à Sheppard et son équipe.

À peine une heure plus tard, tout le monde était rassemblé dans le refuge, et l'avis fut unanime : la cachette était parfaite. La caverne était spacieuse, bien qu'on y fût à l'étroit pour vingt-trois personnes, Atlantes et enfants confondus. Les petits avaient habilement aménagé l'endroit, des paillasses disposées çà et là pouvaient accueillir jusque quatre bambins chacune, et des pierres et rondins étaient posés en cercle pour servir de sièges. Otger expliqua qu'ils pouvaient faire du feu, car une cheminée naturelle, creusée en travers de la montagne évacuait la fumée de l'autre côté de la roche. Aussi, tous purent apprécier une bonne flambée qui réchauffa leurs corps et leurs âmes.

John instaura tout de même des tours de garde auxquels les enfants insistèrent pour se joindre, arguant que leur invisibilité leur permettrait de jouer les éclaireurs en cas de mouvements suspects. Bien que le colonel fût réticent à l'idée de voir des enfants patrouiller dehors en pleine nuit, plutôt que de dormir, il eut grand peine de résister à leurs mignonnes suppliques, et céda.

Les vivres que leur avait donnés Hedda étaient minces pour nourrir autant d'affamés, aussi, les Atlantes préférèrent se priver et laisser les petits se partager le repas avec délice. La première bouchée de pain tira un soupir de ravissement aux enfants, et ils engloutirent les brisjns si vite qu'ils s'en brulèrent la langue.

S'il fut difficile pour les Terriens et Ronon de se faire à cette multitude de petits êtres invisibles qui s'agitaient autour d'eux. Les enfants eux, surent rapidement les apprivoiser. Et plus tard dans la soirée, la plupart des Atlantes tenaient dans leurs bras des enfants repus et assoupis.

Élie avait demandé à Sheppard d'assurer le premier tour de garde avec Otger. Elle sentait le jeune homme sur la défensive et était bien décidée à creuser le sujet. Aussi, les deux Invisibles étaient perchés sur un rocher quand ils aperçurent au loin une lueur familière.

— « Et voilà, demain, un autre se réveillera effrayé et apeuré, chassé de sa maison par ses propres parents, convaincus qu'un fantôme hante les lieux, déclama-t-il avec un fatalisme cruel. »

Élie eut une pensée triste pour Rikke qui devait ce soir-là porter l'offrande au pied de l'appareil des Anciens, mais aussi pour tous les autres. Quelle horrible épreuve pour un petit être si fragile ! Elle interrogea Otger sur la vie qu'il avait menée après être devenu invisible.

Sans pudeur, l'adolescent livra sa détresse quand il avait compris que lui aussi il avait été puni par Brijnar pour les fautes de son peuple. Son chagrin, quand il avait erré en pleurs dans les rues du village en appelant sa mère. Son incompréhension, lorsque celle-ci avait brulé son lit et tous ses effets pour chasser l'esprit. Et puis, il avait été trouvé par Dita. Elle lui avait tout expliqué. Avait pris soin de lui : il était si petit alors, tout juste six ans. Dita lui avait enseigné tout ce qu'elle avait appris pour survivre. Et comme une seconde mère, elle l'avait bercé la nuit quand il faisait des cauchemars.

Et puis, presque tous les ans, ensemble, ils avaient recueilli un nouvel enfant victime du courroux de Brijnar. Parfois, disait Otger, leur Dieu était clément et l'enfant restait visible, heureux et sauf auprès des siens. Certains n'avaient pas le gène, songea Élie.

Otger était une boule de colère à l'état brut. Il ne comprenait pas pourquoi ils avaient à subir tout ça pourquoi cette divinité était-elle si cruelle avec eux ? Alors Élie décida de tout lui avouer, certaine que la vérité l'apaiserait un peu.

Otger était un garçon à l'esprit vif. Il comprit vite quand elle lui expliqua que l'appareil avait été conçu par les Ancêtres, alors qu'ils cherchaient à créer des armes dans leur guerre contre les Wraiths. Il fut ravi de savoir – du propre aveu d'Élie – que le docteur McKay était l'homme le plus intelligent de son peuple, et que s'il y'avait un moyen d'inverser les effets de la machine, il le trouverait. Il fut soulagé en apprenant que les habitants d'Atlantis ne quitteraient cette planète que quand ils auraient rendu un corps visible à chacun d'entre eux.

Cette promesse, Élie la fit en son âme et conscience, car elle savait que même si cela devait lui prendre des années, Rodney McKay ne laisserait jamais tomber. Parce qu'un terrien ne laissait jamais personne derrière lui.

Ce fut Lorne, accompagné d'un jeune garçon nommé Harmot, qui vint mettre un terme à leur conversation, tandis qu'ils venaient les relever de leur garde. Aussi, Otger et Élie redescendirent de leur perchoir, et à l'instar de tous les autres, chacun trouva un coin tranquille dans la grotte pour prendre un peu de repos.

Élie s'installa près de Shahin, et se laissa rapidement sombrer dans un sommeil réparateur que seule vint troubler une main timide qui cherchait sa présence. Sans bruit, un autre corps tout aussi invisible s'allongea à ses côtés puis vint se blottir contre elle. Quand Otger lui souhaita bonne nuit, l'espace d'un instant, Élie songea à l'inconvenance de la situation, alors qu'elle tenait l'adolescent dans ses bras. Puis se rappelant qu'après tout, il n'était qu'un enfant trop tôt privé de l'amour de ses parents, elle le serra plus fort contre lui. Elle sentit Otger s'assoupir doucement dans son giron, tandis qu'elle caressait ses cheveux en murmura une vieille berceuse.


1 Brisjn : sorte de pomme de terre Brijnarienne.

2 Hedda : Pour rappel du chapitre 1, il s'agit de l'épouse de Baldrick.


Et pour m'encourager à me mettre activement à l'écriture d'un troisième épisode, j'attends de vous très chers lecteurs tout un tas de reviews !

On se retrouve vendredi prochain pour le tout dernier chapitre de cette histoire !

Bon week-end !