Notes de l'auteure (toujours toujours): voilà pour l'avant dernier chapitre et le dernier des vacances! Oui, je m'excuse d'avance mais le prochain ne sortira que samedi prochain!

Réponse aux reviews: Merci à l'anonyme qui a laissé un commentaire stimulant! Et aussi à Baka-NH. Mais surtout à vous qui lisez depuis de début -oui je sais ça fait pas longtemps - ^.^' Bref! :D

Musique conseillée: Partie assez triste du point de vue de Levi, donc je pense Omake Pfalib en français ou en anglais c'est comme vous voulez! :) bonne lecture!


4.

Levi leva les yeux au ciel : putain, il avait oublié de poser un bout de colle sur le bandage du gamin pour que celui-ci tienne. Il avait aussi oublié la bouteille d'alcool en lui rappelant bien d'en mettre tous les soirs. A quoi pensait-il donc ? Si la cinglée aux lunettes venait à le savoir, elle le harcèlerait en lui demandant s'il ressentait quelque chose pour le gamin !

Il leva les yeux au ciel, il s'imaginait déjà ses petits commentaires énervants – elle les faisait spécialement pour cela. Il soupira, prit la bouteille d'une main, la colle de l'autre avec un rouleau de bandage au cas où – le gamin n'est pas dans le genre calme – et se dirigea vers la chambre du blessé. Décidément, il ne savait pas ce qui lui avait pris de proposer à ce gosse de le soigner, il n'avait jamais vraiment été doué là-dedans. Tout ce sang salissant… pas trop pour lui.

Alors pourquoi bon sang il avait insisté ?

Il ne comprenait toujours pas non plus pourquoi Jaëger n'avait pas voulu enlever sa chemise quand il le lui avait demandé. Surtout que remonter la manche avait dû être bien douloureux. Mais bon, ça, il ne préférait pas chercher non plus : le gosse était décidément bien trop compliqué pour qu'il tentât de comprendre quoique ce soit dans son raisonnement – s'il en avait un et ne se contentait pas d'agir sur des coups de tête consécutifs…

Dans le couloir – presque désert comme tous mangeaient normalement – il croisa uniquement Mikasa qui se dirigeait vers la cantine. Elle le foudroya du regard sur le passage et cela le fit sourire : décidément elle était très rancunière, tout ça pour une blessure dont elle aurait aimé s'occuper… C'était assez ridicule. Enfin, s'il avait réfléchi un peu plus, il lui aurait volontiers laissée. S'il n'avait pas agi à la Er… Jaëger : un coup de tête. Il soupira, aussi, elle était bien trop protectrice, le gamin n'avait pas besoin de ça… Ce dernier avait quand même bientôt dix-sept ans.

Bon, OK, après tout, ils se débrouillaient : ils étaient de la même famille et géraient leurs différents ensembles. Ce n'était pas à lui de mettre le nez dans leurs affaires. Il n'en avait rien à ciré de ce semi-titan, c'était juste un subordonné comme tous les autres. « Est-ce que tu soignes tous les soldats sous tes ordres ? » souffla une voix moqueuse dans sa tête. Il la repoussa, de quoi se mêlait-elle ? Oui… sans doute… ou… peut-être pas, non… Bref !

Il secoua la tête et regarda le couloir vide. Son pas était lent et posé : il ne voyait pas pourquoi il devrait se dépêcher… Le gamin n'allait pas mourir à cause d'un bandage mal fermé et sa plaie n'allait pas s'infecter d'un instant à l'autre. Même si, le connaissant, ce dernier avait déjà rouvert sa plaie et arraché son bandage, voir s'était peut-être fait encore plus mal dessus. Levi soupira un grand coup, vraiment qu'est-ce qu'il se passait chez le gamin – chez lui aussi mais il préférait l'oublier – ces temps-ci : il n'était jamais concentré, semblait avoir diminué même de niveau alors qu'il avait atteint un stade que le caporal jugeait de "passable". Et en plus, il se trompait aussi tout le temps.

A tout bien réfléchir, Levi passait tous ces souvenirs en boucle pour en comprendre l'origine et la date. C'était depuis qu'ils étaient rentrés de leur dernière expédition, après cette mission sauvetage qui avait foirée… Jaëger n'était quand même pas bête à ce point : il ne se sentait quand même pas responsable de la mort de tous ces gens… Quoique… ça expliquerait plusieurs choses. Peut-être même la présence des marques sur ses hanches : une bataille avec Jean, sans doute parce qu'il se sentait coupable et que l'autre l'avait remis à sa place. Putain, mais combien de fois lui avait-il répété : les soldats étaient prêts à se sacrifier. Il hocha tout seul la tête, juste pour lui-même : c'était à cause de ça que le stupide gamin était distrait.

Mais pourquoi alors n'y croyait-il même pas lui-même, pourquoi en son profond intérieur quelque chose lui soufflait qu'il se mentait et qu'il le savait très bien ? Cette voix insolente lui murmurait d'arrêter de se mentir… Il n'arrivait pas à repousser cette douloureuse impression et cela l'énervait. Si seulement il pouvait être un peu tranquille.

Il accéléra rageusement le pas, comme pour s'échapper de ses pensées. Plus vite il serait arrivé, plus tôt ses doutes seraient envolés : il allait demander à Eren des explications.

Mais même en accélérant, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer des scénarios : le gamin s'étant fait blessé par quelqu'un ? Non, et puis quoi encore ? Il était assez fort pour se débattre et rameuter tout le quartier, alors… Alors ce n'était pas comme ça qu'il avait eu ces marques. Et puis merde quoi ! Levi ne se considérait pas comme un papa poule, et il n'avait pas la moindre intention de le devenir ! Il n'allait pas demander à l'idiot des explications si celui-ci ne voulait pas lui en donner ! Chacun ses secrets aussi ! Et il le comprenait très bien – il ne pouvait pas dire qu'il n'en avait pas, loin de là. Non mais quelle idée stupide qui lui était venue !

« Mais ça se trouve, il a besoin d'aide… Ça se trouve, c'est peut-être grave et il n'ose pas appeler… » souffla cette même voix en lui. Il la repoussa avec agacement. Elle ne pouvait jamais rester à sa place, celle-là. Le problème – il en avait plusieurs fois fait l'amère expérience – c'était qu'elle avait souvent raison. Foutu corbeau de malheur et annonciateur de mort.

Enfin : il était arrivé devant la chambre du gamin, il allait pouvoir arrêter d'écouter sa schizophrénie vraiment insupportable. Elle était vraiment pire que la barjot à lunettes, c'était dire !

Par constance, il toqua respectueusement à la porte – par constance seulement, car souvent il n'attendait même pas la réponse. Cette fois-ci pourtant, il l'attendit – sans doute après son débat avec lui-même sur les secrets. Mais elle ne vint même pas. Le caporal leva les yeux au ciel : pour une fois qu'il faisait un effort, le gamin pouvait bien en faire un, non ? Sauf s'il ne prenait pas la peine de répondre comme il savait que de toute façon, il ouvrirait.

Il râla, se tourna légèrement par rapport à la porte, afin de pouvoir appuyer sur la poignée avec son coude. Il ne pouvait pas faire autrement avec ses bras chargés. Il s'attendit à ce qu'elle s'ouvre et commença donc à avancer d'un pas sur le côté. Mais elle ne bougea pas, et son épaule heurta le bois. Il grimaça, rattrapa de peu la bouteille d'alcool et son visage se ferma encore plus. Ses yeux gris foudroyèrent le gamin à travers le battant, l'ombre menaçante était tombée dessus. N'avait-il pourtant pas déjà prévenu cet idiot ? Et il récidivait ?! Il appelait ça le mettre au défi, ou tester son autorité. Et le caporal n'aimait pas ça du tout.

Surtout qu'il avait les mains chargées et que la clef était soit dans sa poche arrière, soit dans son bureau. Dans les deux cas, il allait devoir poser son chargement et cela ne lui plaisait pas du tout. Encore moins au milieu du couloir vide – sinon il aurait pu exploiter quelqu'un pour porter ces trucs en attendant. Il hésitait sérieusement à faire demi-tour et le laisser se démerder : tant pis pour lui si ça se rouvrait ou si ça s'infectait. Et surtout tant mieux si ça faisait bien mal. Mais ce stupide gamin le testait lui.

Alors le caporal n'allait pas laisser passer ça !

Les bras chargés, il prit son élan en reculant d'un pas et balança son pied gauche dans le battant de porte, près de la poignée. Un coup puissant qui fit trembler tous les murs du bâtiment – il s'en foutait c'était assez solide normalement, sinon il dirait qu'il y avait eu un séisme local ! La porte gémit et s'ouvrit en grand fracas – au moins ça réveillerait le gamin – elle était presque entièrement dégondée, pendouillait sur le côté. Mais Levi s'en foutait : de toute façon, le gamin n'en aurait plus : il lui avait désobéi et il mettait toujours en place ses menaces. En plus, cela ferait moins de travail pour les soldats : elle était déjà défaite.

Le caporal râla une fois de plus en voyant que le rouleau de bandes blanches était au sol. Il posa la bouteille d'alcool sur la table de nuit et ramassa son deuxième chargement, le posant à côté. Au moins, n'avait-il rien cassé. Il leva alors un sourcil suspicieux : le gamin n'était pas venu vers lui et le tiroir de la table de nuit, pendait ouvert. Comme s'il avait fait quelque chose dans la précipitation.

« Jaëger, abruti de gamin, je t'avais prévenu : plus de porte dans ton espace. T'iras te faire voir pour ton intimité. Maintenant, ramène ton petit cul pour m'expliquer pourquoi t'as fait ça. Et magne-toi, sale gosse, j'ai pas tout mon temps pour tes beaux yeux ! »

Toujours rien. Il ignora la petite voix à l'intérieur de lui qui lui soufflait le pire – encore elle, elle ne pouvait pas se la fermer parfois ? –, il calma aussi son cœur qui commençait déjà à s'accélérer et ferma un peu plus son visage. Le gamin voulait lui faire un sale coup, il allait voir de quoi il en retournait ! Il serait de corvée de ménage et de vaisselle pour la semaine à venir !

Le caporal se dirigea alors vers la salle de bains en entendant l'eau couler abondamment – putain les économies, il ne connaissait pas – et remarqua une tâche rouge au sol. Du sang ! Le sien ne fit qu'un tour dans son corps : le môme était blessé, non se devait être sa blessure qui s'était rouverte. Il ne regarda même pas s'il était sec, il avait la désagréable certitude que non. Il passa la tête dans la salle de bains et se figea.

Son cœur démarra au quart de tour, sa respiration devint difficile, son corps ne pouvait plus bouger, tandis que sa bouche bafouillait. Pourquoi ses muscles ne voulaient pas lui répondre ? C'était à ce moment qu'il en avait le plus besoin !

Au sol, Eren était étendu, un bras plié dans le prolongement de son épaule, et l'autre placé le long de ses côtes. Blessées, lacérées même. Ses jambes étaient repliées et de travers, comme s'il s'était effondré d'un coup. Comme s'il s'était évanoui brusquement.

C'était sans doute ce qui était arrivé. Vu tout le sang à ses côtés et qui coulait toujours. C'était ce sang qui le pétrifiait. Une large tâche rouge qui grossissait et imbibait les vêtements de ce dernier. Une véritable flaque. Le pantalon blanc était déjà rosé. Et le gamin avait aussi un couteau dans la main. Tout ce vermeil… il eut un déclic – trop long à son gout – : Eren faisait une hémorragie ! Levi retrouva alors ses esprits, il fallait sauver cet abruti ! Il le retourna pour le mettre sur le dos. L'arme tomba de la main molle du jeune homme et ricocha avec un bruit atroce. Un sourire niais et… satisfait était étendu sur les lèvres du jeune homme. Son supérieur frémit d'horreur, les yeux écarquillés.

« Eren ! Réponds-moi, Eren ! Putain, gamin, qu'est-ce que tu as foutu, bon sang !? »

Il arracha alors précipitamment une longue bande de tissu de sa chemise et la pressa sur les flancs lacérés du brun. Il serra avec tout son désespoir, appuyant de toutes ses forces, les mâchoires douloureusement serrées. Il ne pouvait pas y croire, il ne le laisserait pas crever comme ça ! Il hurla alors le prénom de la scientifique folle, de toutes ses forces. Il hésita un instant puis se leva d'un bond, sortit dans le couloir qui se remplissait comme tous revenaient de la cantine. Il s'arracha alors une nouvelle fois les cordes vocales pour attirer leur attention. Les mains souillées de sang, il leur hurla, les supplia même, d'aller chercher de l'aide. Quelqu'un s'était fait mal et était très mal en point. Il n'avouerait pas à ces inconnus – du Bataillon soient-ils – que son "protégé" s'était lui-même blessé.

Il retourna aux côtés de ce dernier – en priant que son état ne se soit pas dégradé entre temps –, il le supplia de lui répondre, au bord de la crise de nerfs. Le froid caporal allait céder et ce n'était pas beau à voir. Ses cheveux étaient totalement en désordre, ses yeux gris scintillaient d'horreur et étaient écarquillées. Ses pupilles étaient totalement dilatées et sa respiration était saccadée. Il se foutait du sang partout, cela maculait maintenant son uniforme pourtant toujours impeccable. Il s'en fichait totalement : il gardait la main sous la nuque du garçon aux yeux fermés. Ces blessures qu'il avait vues sur ses hanches, elles avaient été bien trop parallèles pour une dispute. Trop régulières. Mais il n'avait pas voulu le voir, et voilà où ils en étaient.

A ce drame. Avec le gamin qui allait sans doute mourir ! Putain…

Hanji débarqua, essoufflée, rougie, les lunettes de travers. Son regard était aussi paniqué que le sien, ses yeux bruns étaient grands ouverts en voyant la scène. Elle poussa son supérieur sur le côté d'un coup d'épaule lui disant de la laisser faire. Elle se plaça immédiatement aux côtés d'Eren, appuyant sur les plaies, et ordonna d'amener un brancard. Tout de suite, c'était une question de vie ou de mort. Levi n'aima pas du tout ce qu'il vit dans ses yeux quand elle se tourna vers lui.

D'ailleurs elle détourna le regard et appuya de plus belle sur les plaies –il avait eu un bon réflexe.

« ― Hanji, paniqua le caporal, dis-moi qu'il va s'en sortir ! Je t'en prie, dis-le-moi ! Hanji, dis-moi que le gamin va rester vivant ! C'est censé être un semi-titan, il est censé cicatriser rapidement ! Pourquoi ce n'est pas le cas, bordel ?!

― Levi, calme-toi, ça ne résoudra rien.

― Comment je peux me calmer, il est à deux doigts de crever ! Bordel mais y a que moi qui suis conscient ou quoi, merde !? J'aurais dû l'en empêcher, putain ! TU COMPRENDS ? J'AURAIS DÛ !

― Ça suffit, Levi ! Tout cela n'est pas de ta faute, OK ? C'est une erreur, grave, mais une erreur. Maintenant, il peut cicatriser vite comme il l'a déjà montré, mais seulement s'il le désire. (Elle s'adresse alors aux infirmiers.) Voilà, prenez-le doucement. Pas de mouvements brusques ! Continuez de presser sur les blessures, voilà, c'est ça. »

Le cœur de Levi avait manqué un battement. Seulement si le gamin le désirait… Ça voulait dire que ce dernier ne voulait pas en ce moment. Qu'il avait désiré être dans l'état dans lequel il le trouvait. Que ce sourire étrange sur ses lèvres était vraiment ce qu'il ressentait. Une délivrance. Le caporal tomba à genoux dans la flaque de sang, totalement déstabilisé. Sa tête pendait mollement sur sa poitrine. Il n'arrivait plus à respirer correctement avec cette boule coincée dans sa gorge.

Comment est-ce que tout cela était possible ? C'était un cauchemar, il allait se réveiller ! Oui c'était cela, juste un putain de rêve de merde ! Ce n'était pas possible autrement ! Ils n'avaient pas pu en arriver là, hein ? Le gamin allait s'en sortir malgré le regard désespéré de la scientifique ! Il allait vouloir se reprendre, il allait savoir qu'il y avait des gens qui voulaient qu'il s'en sorte !

L'agitation suivait le brancard blanc – déjà taché – et sortit de la chambre, mais Levi ne pouvait pas bouger. Il ne pouvait pas réagir. Il ne faisait que suivre les personnes floues des yeux. Il était en état de choc. Il mit sa main tremblante sous ses yeux. Son regard était vitreux, totalement perdu, ailleurs. Il était presque en train de faire de l'hyperventilation. Il n'arrivait pas à se calmer. Pourquoi Eren avait fait ça ?

Et puis, il aurait dû être là pour le gamin. Il aurait dû comprendre que quelque chose n'allait pas chez lui, ne pas être aussi aveugle qu'il l'avait été. Tous ces indices qui l'avaient montré, il n'avait pas voulu les voir. Et voilà le résultat. Quoiqu'en dise son amie, c'était de sa faute. Il aurait dû lui parler, et il s'en mordrait définitivement les doigts.

Il passa une main désespérée sur son visage. Ses doigts laissèrent des sillons sanglants sur ses joues, mais il s'en moquait. Si cela pouvait lui rendre son abruti, il se barbouillerait le visage. Il… oh putain, il n'arrivait pas à y croire ! Pourquoi lui ? Eren ne lui avait pourtant jamais paru si sensible !

Il devait aller voir ce gamin, il serait à ses côtés. Pour son réveil. Ou sa mort.

Il se leva, chancela, gardant toujours son visage hagard, prit appui sur ses mains souillées de sang et trempées dans la flaque et se releva. Il trébucha, manqua de tomber et se raccrocha au chambranle de la porte d'entrée, ignorant les regards stupéfaits dans sa direction. Ce n'était pas commun de le voir dans cet état pour ceux qui le connaissaient. Il s'en fichait, une seule pensée obsédait son esprit torturé. Eren et sa survie en danger.

Oui, il serait là, à ses côtés pour la suite ou la fin. Puisqu'il ne l'avait pas été pour le début…


Voilà encore un petit chapitre de fini! J'espère que ça vous plaît et que vous attendrez la fin et le possible retour d'Eren dans le Bataillon!

Enfin bref! A la semaine pro, et laissez moi une petite review, svp: ça fait toujours plaisir! :3