Chapitre 2 : Le secret révélé.
Mardi 16 juillet 1991, Little Whinging.
Harry, en sortant de cours ce jour-là, ne rentra pas à Privet Drive. Il se dirigea vers la rue de Wisteria Walk, située non loin. Traînant les pieds, son sac sur l'épaule, il arriva finalement devant une maison que rien ne distinguait des autres.
La mort dans l'âme, il emprunta la petite allée, s'arrêta sur le seuil, respira un bon coup et frappa.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit sur une vieille dame, grande et maigre. Son dos était étonnamment droit et raide.
« Bonjour, Harry, dit-elle d'une voix neutre.
– Bonjour, madame Figgs, répondit Harry à contrecœur. »
Elle s'écarta alors et lui fit signe d'entrer. Le vestibule était une petite pièce comportant un porte-manteau bien garni, ainsi qu'un pot à parapluie qui en contenait une demi-douzaine.
Harry quitta ses chaussures et enfila des patins pour ne pas abîmer le parquet. Mme Figgs le mena à la cuisine, pièce d'un autre âge contenant une table à toile cirée et de l'électro-ménager vieux de trente ans. Si Harry trouvait la décoration de sa propre maison vieillotte, ce n'était rien en comparaison avec celle de Mme Figgs.
Harry s'assit sur une chaise en osier, et Mme Figgs lui apporta un verre de lait et quelques biscuits secs.
« Ton goûter, commenta-t-elle.
– Merci. »
C'était spartiate, mais Harry appréciait de pouvoir se restaurer un peu avant de se mettre au travail.
Une bouilloire placée sur la gazinière émit un sifflement strident, et Mme Figgs se servit un thé, auquel elle n'ajouta ni sucre ni lait.
Un chat tigré blanc et roux fit alors son entrée, et regarda Harry d'un œil torve avant de repartir vers le salon. La vieille dame vivait avec une huitaine de chats, qui n'aimaient pas Harry et que Harry n'aimait pas.
« Aujourd'hui, tu t'occuperas du boudoir » lui annonça Mme Figgs qui s'était assise en face de lui.
Harry ne savait même pas ce qu'était un boudoir.
« C'est la petite pièce à l'étage, au fond, ajouta-t-elle. »
La pièce du fond, Harry n'avait jamais su à quoi elle servait. Il y avait simplement quelques meubles, ainsi que des chaises matelassées et une table basse.
« Tu y feras la poussière et tu cireras le buffet et le vaisselier. »
Harry soupira.
« Et ne soupire pas, jeune homme, dit-elle durement. Il te reste à peine plus d'une semaine, ne fais pas ta mauvaise tête. »
Harry, à cause de l'incident du zoo, avait été punis jusqu'aux vacances par ses parents. Il avait ainsi été mis au service d'Arabella Figgs, une vieille fille du quartier, et faisait ses corvées tous les jours en sortant de l'école, et ce pendant deux longues heures. Il dépoussiérait, récurait, brossait, lavait, décrassait et astiquait tout dans la maison. Elle lui faisait aussi rincer, éplucher et découper des légumes. Et pire que tout, il lui fallait éliminer des recoins de la maison les incroyables quantités de poils que les nombreux chats perdaient. C'est bien simple, Harry avait l'impression de passer le balai presque en permanence. Insupportable. Il n'aurait jamais cru que des chats puissent perdre tant de poils.
Quoi qu'il en soit, le mardi 23 juillet, c'est-à-dire le mardi suivant, était le dernier jour de cours, et serait donc le dernier jour de sa punition. Cela représentait malgré tout un mois complet… Un mois à faire le ménage et les courses, un mois à entendre tous les ragots et quartier, mais aussi un mois sans télévision ou jeux vidéo. Un mois terrible pour Harry, fait de corvées harassantes et de frustration. Malgré tout, il ne pouvait que reconnaître une chose : un mois sans événement anormal. Il en avait conclu que cela lui avait été profitable, qu'il avait su canaliser ses émotions négatives.
Mme Figgs ignorait précisément la cause de cette punition. En fait, seuls Harry et ses parents la connaissait, et même Dudley n'en savait rien : Vernon et Pétunia avait expliqué à leur autre fils que Harry avait été punis car il avait permis au serpent de s'échapper par imprudence de sa part.
Une fois son goûter avalé, Harry récupéra son matériel et monta à l'étage.
Le « boudoir » était une petite pièce richement chargée de bibelots. Il y avait quelques meubles exposants de la porcelaine, assiettes et plats divers, quelques commodes chargées de cadres à photos, de lampes et d'objets décoratifs divers, et de nombreux cadres étaient accrochés aux murs, essentiellement des peintures de natures mortes. Des paysages à l'huile. Certaines zones de la tapisserie étaient plus foncées et moins ternes : c'était manifestement des endroits où des tableaux avaient été présents, et où ils avaient empêchés la lumière du jour de délaver les couleurs.
Harry s'attaqua aux deux meubles qu'il avait identifiés comme étant le « buffet » et le « vaisselier », commençant par les épousseter pour ensuite les cirer.
Il n'était pas mécontent d'en avoir bientôt fini : il n'en pouvait plus de faire ces tâches ménagères et de supporter la conversation de Mme Figgs, qui menait une vie ennuyeuse de vieille fille, s'occupait de ses chats et commentait la vie de tous les habitants du quartier en jugeant et critiquant. Harry trouvait sa mère commère, mais là encore ce n'était rien en comparaison.
Les relents de cire lui envahir le nez. C'était presque nauséeux, mais cela avait le mérite de masquer l'odeur de vieillerie qui régnait dans toute la maison, odeur qui faisait penser à un mélange de vieux choux cuit et de moisissures.
En travaillant, Harry remarqua que de l'un tiroir d'une des commodes dépassait quelque chose. Il s'approcha : visiblement, le tiroir avait été refermé sur un journal. Harry tira sur la poignée, pour le remettre en place, mais eut la curiosité de regarder plus en détail. Il le sortit donc, et s'étonna de son titre : La Gazette. Il n'en avait jamais entendu parler… La Une annonçait : « Victoire de Fudge face à Croupton ! », et il y avait une photo d'un petit homme à chapeau melon dont la légende indiquait qu'il s'agissait du « nouveau ministre ».
Harry n'y comprenait rien. Était-ce un vieux journal ? Il n'avait jamais entendu parler de ces deux hommes-là. Il commença à lire. Ce Fudge avait gagné l'élection à une voix près, mais de quelle élection s'agissait-il ?
« Que fais-tu ? » demanda sèchement Mme Figgs.
Harry sursauta. Il ne l'avait pas entendu arriver.
« Je… Heu, eh bien… »
Avec une vivacité étonnante, elle lui arracha le journal des mains, le fourra dans le tiroir et referma.
Harry s'attendit à ce qu'elle le sermonne pour avoir fouiller ses affaires, mais il n'en fut rien.
« Remets-toi au travail, dit-elle simplement. »
Harry, tout penaud, n'osa rien dire et se remit à cirer. Il jeta encore quelques regards en coin au tiroir, mais n'osa pas retourner voir ce qu'il contenait.
Quant au comportement de Mme Figgs, il ne s'en inquiéta pas plus que cela : la vieille femme, à force de vivre seule avec ses chats, était devenue à moitié folle.
Mercredi 24 juillet 1991, Little Whinging.
Au matin du 24 juillet, une semaine tout juste avant son anniversaire, il était enfin libre. Il se réveilla avec satisfaction, heureux de pouvoir retrouver ses jeux vidéo, et surtout heureux de ne plus avoir à réaliser des tâches ingrates chez Mme Figgs.
Lorsqu'il arriva dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner, il n'y avait personne. Dudley faisait la grasse matinée, comme tous les jours de vacances (c'était un vrai lève-tard comparé à Harry), et son père était déjà parti pour son travail. Quant à sa mère, peut-être était-elle sortie faire une course. Quoi qu'il en soit, Harry se servit un bol de céréales et alla allumer le poste de télévision du salon.
Au bout d'une demi-heure, Harry entendit le facteur glisser le courrier dans la boîte aux lettres de la porte d'entrée. Puisque c'était la coupure publicitaire, Harry se leva et alla le chercher.
Il y avait trois enveloppes.
La première contenait une carte postale de Marge, sa tante paternelle, qui était en vacances sur l'île de Wight et qui se plaignait du temps « exécrable » qu'il y faisait. Elle était aussi acariâtre qu'à l'habitude.
La deuxième devait être une facture, ou quelque chose du genre.
La troisième était plus singulière : l'enveloppe était faite d'un épais parchemin jaunâtre sur lequel s'étalait une écriture cursive faite d'une encre vert émeraude, et qui ne comportait pas de timbre. Elle avait sans doute été déposée directement par son expéditeur. Mais ce qui étonna le plus Harry, c'était que cette lettre était adressée à un certain Harry Potter.
Une erreur, pensa-t-il… Pourtant, l'adresse était bonne : « 4 Privet Drive, Little Whinging, Surrey ».
Il y avait deux explications possibles, pensa Harry. Soit l'erreur était dans l'adresse, soit elle était dans le nom. L'expéditeur ne s'était en tout cas pas trompé uniquement dans le numéro : il n'y avait aucun Potter dans la rue. Harry chercha alors dans l'annuaire placé sous le meuble du téléphone du vestibule : à sa grande surprise, il ne trouva aucun Potter dans tout Little Whinging. Comment l'auteur de la lettre avait-il pu se tromper de ville alors qu'il était venu lui-même déposer la lettre dans la boîte ?
Il ne restait qu'une seule explication, selon Harry : la lettre lui était adressée, mais pour une raison ou pour une autre, l'auteur s'était trompé en copiant son nom de famille. Peut-être, pensa-t-il, qu'une même lettre avait été adressée à plusieurs personnes, et que celui qui les avait envoyé avait intervertit deux noms. Quelqu'un avait donc dû recevoir une lettre au nom de Dursley…
Harry retourna l'enveloppe : elle était scellée par un cachet de cire rouge, qui en négatif représentait un p majuscule entouré de lignes entrelacées. Harry hésita à l'ouvrir, car il n'était pas tout à fait certain que cette lettre lui fût vraiment adressée…
Perdu dans ses réflexions, Harry sursauta lorsqu'il entendit une clef tourner dans la serrure. Sa mère entra dans le vestibule, étonnée d'y trouver Harry et ses trois lettres. Après un instant de flottement, elle lui sourit.
« Ah, tu as pris le courrier mon chéri. Qu'y a-t-il d'intéressant, aujourd'hui ? »
Harry hésita. Il tendit finalement l'étrange lettre à sa mère.
« On a reçu ça, commença-t-il, et je crois que… »
Mais il ne put pas finir sa phrase. En lisant ce qui était inscrit sur l'enveloppe, Pétunia devint blême. Harry ne savait même pas qu'il était possible d'être aussi pâle, et encore moins de le devenir aussi vite.
« File dans ta chambre, s'écria-t-elle tout d'un coup sans décrocher ses yeux de la lettre.
– Que… Quoi ? réagit Harry, sans comprendre.
– File dans ta chambre ! hurla-t-elle en jetant à Harry un regard effaré. »
Et elle le chassa précipitamment vers l'étage avant d'aller s'enfermer dans la cuisine.
Harry, depuis les dernières marches du haut de l'escalier, compris qu'elle venait de décrocher le téléphone car elle s'était mise à débattre vivement avec un interlocuteur inaudible. Mais les bruits étaient étouffés par la porte fermée : il ne pouvait pas même saisir le quart de ce qu'elle disait. Et puisqu'il n'entendait évidemment pas les réponses, il ne comprenait absolument rien à la conversation.
Malgré sa curiosité, il se dirigea donc vers sa chambre. Il s'allongea dans son lit avec sa GameBoy, et commença une partie.
Une heure plus tard, tout au plus, il entendit frapper à sa porte. Il se redressa pour s'asseoir au bord du lit.
« Oui ? demanda-t-il. »
La porte s'ouvrit. C'était son père. Harry resta stupéfait.
Vernon entra dans la chambre, suivi de Pétunia qui referma la porte derrière elle. Mais pourquoi diable son père était-il là ? Harry eut peur : qu'est-ce qui avait bien put le pousser à rentrer en plein milieu de la journée ?
Sans un mot, Pétunia s'assit à côté de Harry, et Vernon prit la chaise du bureau pour s'installer face à son fils. Ses parents avaient un air inhabituellement grave, ce qui alarma encore plus Harry.
« Fiston, dit-il alors, ta mère et moi-même avons quelque chose de très important à te dire. Quelque chose que nous voulions attendre le plus possible avant de t'avouer…
– Nous savions, continua sa mère, qu'un jour tu aurais des soupçons, et qu'il faudrait alors tout te raconter. Nous espérions pouvoir attendre encore un peu, nous espérions pouvoir reporter cette discussion jusqu'au jour de ta majorité. Mais la lettre de ce matin nous a fait réfléchir. Nous pensons qu'il est temps. »
Harry resta immobile, ne sachant quoi dire ou quoi faire, attendant avec inquiétude ce qui allait suivre. Il sentait comme une boule qui lui obstruait la gorge, l'empêchant de déglutir sa salive et le gênant même pour respirer.
« Harry, reprit son père, j'espère qu'un jour tu nous pardonneras de t'avoir caché la vérité. J'espère que tu comprendras que nous l'avons fait pour ton bien, que nous l'avons fait pour toi et pas pour nous. »
Vernon prit un moment pour chercher ses mots.
« Harry, ne t'es-tu jamais demandé pourquoi toi et ton frère, vous ne vous ressemblez pas ? demanda finalement Vernon. Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi Dudley me ressemble tant, et toi aussi peu ? »
L'horrible vérité commença à se dessiner dans l'esprit de Harry. Il avait peur de comprendre.
« Je… J'ai été adopté, c'est ça ? demanda Harry timidement.
– Oui, répondit son père en hochant la tête. Tes parents biologiques sont morts lorsque tu avais un an, et nous t'avons recueilli et élevé. Ta véritable mère était la sœur de Pétunia, et nous sommes donc, en réalité, ton oncle et ta tante. »
Harry essaya d'encaisser. Son monde s'écroulait autour de lui. Il avait déjà vu beaucoup de films ou de séries télévisées sur le sujet, mais il n'avait jamais imaginé que cela était aussi difficile à vivre.
Tout n'était donc qu'un mensonge ? Il regarda alternativement ses parents, plusieurs fois. Ceux-ci restaient silencieux et le regardaient d'un air soucieux. Harry essaya de les imaginer autrement que comme ses parents, mais n'y parvint pas…
Comment cela pouvait-il être possible ? Peut-être s'était-il endormi en jouant à sa console portable ? Mais tout paraissait si réel, hormis cela.
Vernon se racla la gorge.
« Et, hum… Il y a quelque chose qu'il faut que tu saches à propos de tes parents biologiques, ajouta Vernon. »
Harry ne comprenait pas. Son père était son oncle. Sa mère était sa tante. Cela n'avait aucun sens.
« Harry, commença Vernon. Tu sais, tes, heu, capacités ? »
Harry essaya de répondre, mais rien ne semblait pouvoir sortir. Sa gorge restait figée.
Alors il hocha simplement la tête.
« Eh bien, ce… ce don – enfin cette aptitude – que tu as, tu le dois à tes parents.
– Tes véritables parents, corrigea Pétunia. »
En entendant cette malheureuse expression, Harry cru avoir été frappé au visage. Il sentait bourdonner sa tête.
« Tu as hérité cela de tes parents, qui tout comme toi étaient capables de… de réaliser certaines choses qui paraissent impossible. »
Pétunia inspira en frissonnant.
« C'étaient des sorciers, annonça-t-elle. »
Harry la regarda sans comprendre.
« Des sorciers ? couina-t-il.
– Oui, reprit Vernon. Ce ne sont pas vraiment des personnes fréquentables. Ces… heu, ces gens… ne sont pas normaux. Si nous t'avons caché la vérité, c'est justement pour éviter que tu ne finisses comme eux.
– Nous pensions qu'en te cachant cela, nous empêcherions ta vraie nature de se montrer. Nous espérions que tu pourrais vivre parfaitement normalement. »
Harry n'en croyait pas ses oreilles. Pourtant, il était désormais certain de ne pas être en train de rêver.
« Nous t'aimons, Harry, continua Pétunia. Nous ne voulions que ton bien.
– Nous ne voulions pas que ton anomalie te gâche la vie en produisant des incidents comme celui du zoo. Tu comprends ? En te cachant la vérité non seulement sur ta condition mais aussi sur tes vrais parents, nous pensions te permettre une vie normale. »
Vernon baissa les yeux en signe d'impuissance.
« Malheureusement, déclara-t-il, tous nos efforts n'ont pas suffis.
– Alors tout à l'heure, au téléphone, nous nous sommes dit que, peut-être, en t'avouant tout, tu comprendrais mieux les choses, que tu pourrais faire face à tout cela, et mieux te contrôler. »
Harry n'écoutait déjà presque plus. Il avait l'impression d'avoir été brutalement plongé dans une piscine d'eau froide.
« Je… Je… »
Vernon et Pétunia lui adressèrent un regard mêlant crainte et espoir, attendant sa réponse.
« J'ai besoin de réfléchir, je crois. »
Les Dursley échangèrent un regard et, sans un mot, sortirent de la chambre, laissant Harry seul avec ses méditations.
Samedi 27 juillet 1991, Privet Drive.
Harry était cloîtré dans sa chambre depuis trois jours, à digérer toutes ses révélations. Durant ces trois jours, il n'avait vu personne : sa mère lui déposait ses repas sur un plateau, devant la porte de sa chambre, et Harry ne s'en saisissait qu'après avoir entendu ses bruits de pas descendre jusqu'en bas des escaliers.
Ces derniers jours avaient été très éprouvants pour Harry. Il avait appris coup sur coup que ses parents n'étaient pas ses parents, et que ses véritables parents étaient des sorciers. Cela faisait beaucoup à assimiler en une seule fois, et Harry avait encore du mal à se faire à ces idées.
Le fait que Harry soit un sorcier avait peut-être été le plus facile à accepter : cela expliquait les événements étranges qu'il provoquait depuis sa naissance. Cela expliquait l'épisode au zoo, cela expliquait pourquoi les lois de la physique semblaient lui obéir lorsqu'il se mettait en colère ou lorsqu'il était triste.
Mais que ses parents ne soient pas ses parents, cela avait été très difficile à avaler. Il n'arrivait pas à les voir autrement que comme ses parents, il n'arrivait pas à les voir comme un oncle et une tante. Après tout, se disait-il, ils l'avaient élevé comme un fils. Ils l'avaient nourrit et changé lorsqu'il était bébé, ils l'avaient bordés dans son lit, ils lui avaient appris à faire du vélo, ils l'avaient consolé lorsqu'il avait du chagrin ou qu'il avait peur, ils l'avaient aidé à faire ses devoirs… Bref, ils avaient fait tout ce que des parents font. Ils avaient été des parents.
Et puis, durant ses méditations, il avait fini par comprendre pourquoi ils lui avaient caché la vérité. Il leur en avait voulu pendant deux jours de lui avoir menti à la fois sur ses origines et sur les événements étranges qu'il causait, puis avait compris leurs intentions. Ils ne voulaient que son bien, en vérité, et il ne pouvait donc que leur pardonner.
Depuis longtemps, et plus encore depuis les révélations de ses parents, Harry était effrayé par l'idée de constituer un danger pour les autres et pour lui-même ; chaque fois il appréhendait la prochaine survenue d'un événement anormal. Ces manifestations semblaient plus intenses à chaque fois, et il avait donc souvent peur de ce qui pourrait suivre. En cela, il comprenait parfaitement la discipline imposée par ses parents depuis toujours. Elle fonctionnait partiellement, mais fonctionnait tout de même un peu.
Harry avait l'impression d'être atteint par une grave maladie, et voyait les actions de ses parents non pas comme une volonté de lui nuire en lui mentant, mais comme une volonté de l'aider à guérir, à se soigner, en faisait tout ce qui était possible.
Ses parents… Même après trois jours, il les appelait toujours ainsi dans sa tête. Papa et Maman. Quoi qu'ils aient pu dire et faire, ils étaient ses parents. Ils ne l'avaient peut-être pas engendré, mais ils étaient ses parents !
Alors pourquoi, se demanda-t-il finalement, pourquoi ne pourraient-ils continuer leur vie comme auparavant, tout simplement ? C'est cette question que Harry s'était posé après des heures et des heures de réflexion. C'était la solution la plus facile à choisir, et Harry avait donc décidé que ses parents resteraient, dans son cœur, ses parents, et que rien ne changerait. Ce couple de sorciers qui lui étaient parfaitement inconnus n'étaient que ses parents biologiques, ses géniteurs, et il resterait donc Harry Dursley. Tout serait plus simple ainsi, à la fois pour lui et pour sa famille.
Lorsque cette décision fut prise, Harry sentit que le poids qui l'écrasait depuis plusieurs jours venait de s'envoler. Il était à nouveau en paix avec lui-même, après avoir été rongé par l'incertitude à ne plus pouvoir en dormir.
Harry, finalement, se décida à sortir sa chambre. C'était le début d'après-midi.
Il avait peur. Peur de retrouver ses parents après trois jours, peur de ne pas trouver les mots, peur de flancher. Il appréhendait ce moment et avait hésité durant des heures même après avoir pris sa décision.
Il descendit les marches une à une, lentement. Il n'osait pas faire de bruit et une grande partie de lui lui criait de faire demi-tour et de retourner dans sa chambre. Il fallait qu'il soit fort.
Il était arrivé en bas, dans le vestibule, sans même s'en être rendu compte. La porte de la cuisine était entre-ouverte, et il entendait ses parents qui discutaient.
Ils échangeaient des banalités d'un ton peu convaincu. Sa mère avait une voix anormalement faible. Son père n'avait pas son entrain habituel.
Lorsqu'Harry entra dans la cuisine, sa mère eu un violent hoquet et lâcha de stupeur la poêle qu'elle s'apprêtait à ranger après l'avoir séchée. Le tintamarre n'arrangea rien au trouble palpable qui régnait désormais dans la pièce.
Pétunia ne fit pas même un geste pour ramasser la malheureuse poêle. Vernon, assis à table, se leva.
« Harry, je… Ça va ? »
Harry ne répondit pas immédiatement.
« Oui, dit-il enfin. Je, j'ai bien réfléchi, et euh… »
Vernon et Pétunia le fixait désormais, attendant la réponse de Harry avec un mélange de peur et d'envie. Ils n'osaient pas parler, ne voulant pas couper son élan.
« J'ai bien réfléchi, répéta Harry. Je… Vous êtes toujours mes parents, c'est vous qui m'avez élevé, et je vous aime comme avant. »
Pétunia plaqua une main sur sa bouche, et immédiatement ses paupières se remplirent de larmes.
L'émotion de Vernon, quoi que moins expressive, était manifeste.
Alors Pétunia s'avança vers Harry et l'enserra avec force. Vernon se joignit à eux en une grande embrassade.
« C'est formidable, murmura Pétunia d'une voix tremblotante. »
Ils restèrent ainsi un long moment, puis Vernon s'écarta, comme s'il venait de se rappeler d'un coup de la faiblesse que représentait pour lui le fait de montrer ses émotions.
« Hum… Eh bien, tout semble arrangé, dit-il d'un ton faussement assuré. »
Sa mère le lâcha elle aussi, mais uniquement pour aller chercher un mouchoir en papier avec lequel elle s'essuya les yeux puis se moucha.
La vue de Harry était trouble ; il se passa la main sur les yeux, et remarqua qu'il avait pleuré sans s'en rendre compte.
Pétunia, quoi qu'il fût un peu tôt encore, prépara un copieux goûter pour Harry ainsi que du thé pour elle et Vernon, et tous les trois s'installèrent à table.
Ils restèrent silencieux, ne sachant pas quoi dire de plus. Pétunia se contenta de jeter quelques sourires à Harry entre deux gorgés de thé, semblant lutter pour ne pas sangloter.
« Et Dudley ? demanda finalement Harry.
– On ne lui a rien dit, répondit Pétunia.
– Nous lui avons fait croire que tu étais souffrant, ajouta Vernon. »
Cela n'était pas tout à fait faux.
« Il n'est pas là ?
– Non, confirma Vernon. Il est allé jouer avec quelques copains.
– Tu voudrais sortir toi aussi ? demanda Pétunia. Tu pourrais aller voir ton ami Piers.
– Non, pas aujourd'hui.
– Tu aimerais faire quelque chose en particulier ? essaya-t-elle encore.
– Je ne sais pas. Une partie de Monopoly ? »
Harry n'avait pas vraiment envie de jouer au Monopoly, mais il savait que faire quelque chose avec ses parents leur ferait du bien à tous.
Harry espérait pouvoir reprendre une vie normale. Recommencer comme auparavant.
En fin d'après-midi, son frère rentra. Harry était alors seul dans le salon : sa mère taillait ses rosiers dans le jardin, et avait embauché son père pour faire de même avec la haie.
Dudley eut un mouvement de recul en l'apercevant.
« Je croyais que tu étais malade ! s'étonna-t-il vivement.
– Ça va mieux, dit Harry avec un sourire triste. Bien mieux. »
Et cela ne pouvait pas être plus vrai.
« Et t'es plus contagieux ? »
Pour justifier l'isolement de Harry, le couple Dursley avait non seulement dit à Dudley qu'il était malade et devait garder le lit, mais qu'en plus il ne fallait pas aller le voir car il était très contagieux.
« Non, je suis plus contagieux, t'inquiète pas. »
Alors Dudley, rassuré, s'autorisa à approcher.
« Malcolm m'a prêté ça » annonça-t-il en sortant une cartouche de jeu de sa poche.
Sonic the Hedgehog sur Megadrive. Leurs parents leur avaient offert la console au Noël précédent, mais ils n'avaient encore qu'une poignée de jeux.
« Paraît que ça vient de sortir. T'es un hérisson et tu cours super vite. J'ai joué chez lui, c'est trop bien. Tu veux essayer ?
– Carrément ! »
Alors ils installèrent la console et lancèrent le jeu, jouant alternativement à chaque game over.
Dudley ne pouvait pas s'en rendre compte, évidemment, mais Harry appréciait comme jamais le fait de jouer avec son frère. Sentant l'émotion le regagner à cette pensée, il toussa et se reconcentra sur le jeu.
« Au fait, tu sais ce que c'est que ces lettres ? » demanda Dudley après une bonne heure de jeu.
Harry tiqua. Il y en avait plusieurs ?
« Nan. Quelles lettres ? demanda-t-il.
– Ben chais pas, répondit Dudley sans lâcher la manette et l'écran des yeux. Hier matin, je me suis levé tôt pour aller chez Dennis, et quand le facteur est passé, Papa a dit « Encore une ! » en colère. Maman lui a dit de tout de suite la mettre avec les autres. Ça avait l'air de pas leur plaire du tout. »
Il n'y avait pas de doute possible : d'autres lettres étaient arrivées, similaires à celle du mercredi matin.
« Ah, heu… Et il l'a mise où ? » demanda Harry d'un ton faussement détaché.
Dudley mis le jeu en pause.
« Dans le tiroir à serrure, là, tu sais. Celui de l'armoire, au milieu. »
Puis il reprit le jeu.
Harry, curieux, voulu en savoir plus. Plus tard dans la soirée, il profita d'un moment durant lequel il n'y eut personne dans le salon, et ouvrit le tiroir (la clef était en permanence dans la serrure). Il y avait quatre lettres ; une par jour depuis le mercredi. Il les prit, referma le tiroir et fila discrètement en direction de sa chambre, cachant les lettres sous ses vêtements et espérant ne croiser personne.
Une fois dans sa chambre, Harry ouvrit la première enveloppe, ce que ses parents n'avaient manifestement pas fait puisqu'il dû faire sauter le seau.
Il lut alors la lettre, rédigée avec la même encre et de la même écriture manuscrite que l'adresse.
Chez Mr Potter,
Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription à l'école de sorcellerie Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et des fournitures nécessaires au bon déroulement de votre année scolaire à venir.
La rentrée est fixée au 1er septembre, et nous attendons votre réponse le 31 juillet au plus tard.
Veuillez croire, cher Mr Potter, en l'expression de nos sentiments distingués.
La lettre était signée par Minerva McGonagall, directrice adjointe, et elle avait tout d'une lettre type. Harry ignorais l'existence d'une telle école, mais il ne s'en formalisa pas : puisqu'il existait des sorciers, il était logique qu'il existât des écoles de sorcellerie. Ce qui le gêna, cependant, c'est que ses parents ne lui aient rien dit à ce sujet lors de leur discussion sur ses « pouvoirs ». Et puisque son père avait caché les lettres, cela signifiait qu'ils ne l'auraient sans doute jamais mis au courant.
Cela était logique : si les sorciers étaient moitié aussi étranges que ce que les Dursley semblaient croire, ils n'avaient sans doute aucune envie d'y envoyer Harry.
Harry ouvrit alors les autres enveloppes.
La deuxième lettre n'était pas un texte type. Apparemment, la directrice adjointe s'était aperçu que même si les parents adoptifs de Harry connaissaient l'existence des sorciers, ils n'était pas eux-mêmes sorciers et ne savaient donc vraisemblablement pas comment répondre à une lettre venu de nulle part. Elle y donnait donc une adresse postale située en Écosse, ainsi qu'un numéro de téléphone leur permettant de joindre un professeur afin de voir avec lui les détails de la rentrée scolaire.
La troisième s'étonnait de l'absence de réponse, et incitait les parents de Harry à téléphoner s'ils avaient la moindre question supplémentaire ; Harry ne fit que la survoler.
La dernière, cependant, promettait une grande frayeur aux parents de Harry : elle annonçait la venue d'un professeur de magie. Il lut la date : le sorcier devait venir le lendemain matin. Il viendrait pour voir avec les Dursley ce qui n'allait pas, voir si tout allait bien pour Harry.
Même s'il savait qu'il se ferait réprimander pour avoir ouvert les lettres en cachette, Harry décida d'aller prévenir ses parents : il valait mieux qu'ils sachent, eux qui détestaient tout ce qui sortait de l'ordinaire, qu'un mage allait venir frapper à leur porte… Un homme averti en vaut deux lors d'un tel événement.
Dimanche 28 juillet 1991, Little Whinging.
Les parents de Harry étaient assis dans le canapé, côté à côté, main dans la main, et attendaient. Harry, installé dans le fauteuil, pouvait sentir leur angoisse monter d'un cran à chacun des battements de la vieille horloge. Il serait bientôt là…
La veille, lorsqu'il leur avait annoncé qu'un sorcier viendrait leur rendre visite, Pétunia et Vernon avaient hésité à fuir. À fuir où, peu leur importait ; ils voulaient simplement échapper à ce professeur qui comptait venir sous leur propre toit, avec toute sa magie…
Ils avaient aussi tenté de convaincre Harry que les sorciers étaient des gens parfaitement infréquentables, qu'ils étaient tous à moitié fou et qu'ils représentaient un danger pour la société. Mais Harry n'y avait pas vraiment cru : selon lui, ce qui effrayait ses parents, ce n'était pas le comportement des sorciers, mais leurs pouvoirs magiques. La peur et l'incompréhension des Dursley à l'égard du monde magique provenaient surtout de leur peur de la magie elle-même, de leur peur de tout ce qui sortait de l'ordinaire et qu'ils ne comprenaient pas.
Pétunia avait ensuite décrit à Harry quelques traits de caractères de ses parents biologiques et de certains de leurs amis qu'elle avait rencontrés. Cela confirma l'intuition de Harry : bien qu'un peu marginaux, les sorciers n'avaient pas l'air dangereux. Et de toute façon, Harry était bien décidé à en apprendre plus sur ses capacités ; alors dangereux ou pas, il ressentait le besoin de rencontrer ce professeur Quirrell que Poudlard voulait leur envoyer.
Mais finalement, après toutes ces tergiversations, ils étaient là, dans le salon, à entendre cet homme.
Ses parents l'imaginaient déjà : un vieil homme doté d'une longue barbe grise, vêtu d'une robe noire et d'un chapeau pointu, et muni d'un bâton de marche noueux duquel il pourrait faire sortir des éclairs et des jets de flammes.
On sonna à la porte. Vernon et Pétunia se regardèrent dans les yeux, terrifiés, puis le couple se tourna vers Harry.
« Je... Je vais aller ouvrir, balbutia Pétunia. »
Elle se leva, et se dirigea d'un pas hésitant vers la porte d'entrée. Elle agrippa la poignée, et après avoir pris une grande inspiration et s'être affublé d'un sourire de circonstance, elle ouvrit.
L'homme qui se tenait devant elle n'avait rien de l'adepte des sciences occultes qu'ils avaient imaginé. En réalité, il tenait plutôt du jeune dandy, avec son costume trois pièces, sa cravate en soie, son chapeau de feutre et ses richelieus impeccablement cirés. Il était même très élégant, et Pétunia cru tout d'abord qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre, tellement il lui paraissait impensable qu'un tel homme soit un sorcier.
« Bonjour madame Dursley, dit-il. Je suis le professeur Quirinus Quirrell, de l'école Poudlard. »
Il tendit le bras pour lui serrer la main, ce qu'elle fit mécaniquement d'un air éberlué.
Elle lui fit alors signe d'entrer, sans être capable de prononcer un mot, ce qu'il fit après avoir pris soin d'ôter son chapeau. Elle lui fit traverser le vestibule et le fit entrer dans le salon, toujours sans être capable d'ouvrir la bouche et d'émettre le moindre son.
Harry fut fortement impressionné par la vue de cet homme. Vernon, lui, fut agréablement surpris : un homme aussi distingué ne pouvait pas être totalement mauvais. Il se leva pour serrer la main à leur hôte, et l'invita à s'asseoir dans le fauteuil situé à côté de celui de Harry.
« Harry, lança-t-il au passage en le saluant d'un signe de tête.
– Professeur, répondit celui-ci. »
L'homme s'assit.
« Avez-vous fais bon voyage ? demanda Vernon par politesse.
– Excellent, répondit le sorcier. Je vous remercie. »
Puis il se tourna vers Harry.
« Je vais en venir directement au but de ma visite, si cela ne vous dérange pas. »
Vernon approuva de la tête.
« Je crois comprendre ce que vous ressentez, continua-t-il. Vous avez reçu les lettres, mais vous n'y avez pas répondu parce que tout cela vous fait un peu peur. Et c'est parfaitement compréhensible. Vous auriez préféré que Harry soit un petit garçon tout ce qu'il y a de plus normal, mais malheureusement pour vous, en grandissant, il a développé certaines aptitudes. Des aptitudes qu'il est incapable de contrôler… »
Il s'arrêta et regarda le couple, comme s'il attendait une quelconque réaction.
« Je… oui, dit enfin Vernon. C'est un peu ça. »
« Et vous avez peur de laisser Harry aller dans cette école, repris Quirrell, car vous pensez que sa propension à l'étrangeté s'y aggravera. Vous avez peur qu'il n'y devienne encore plus différent de vous. Me trompé-je ? »
Harry était ébloui : ses parents tombaient progressivement sous le charme de ce professeur Quirrell. Il fallait reconnaître qu'il avait de bonnes manières, qu'il parlait bien, et qu'il paraissait être quelqu'un de posé et de raisonnable (indéniablement un bon point pour lui aux yeux des Dursley). Et surtout, pensa Harry, il ne prononçait aucun mot qui fâche : il ne parlait de la magie et des sorciers que sous la forme de périphrases. Il ne disait rien qui puisse heurter les Dursley.
« Non, répondit Vernon. C'est tout à fait cela.
– Eh bien, reprit alors Quirrell, c'est justement le rôle d'une école comme Poudlard que d'aider les enfants comme Harry à se maîtriser, afin qu'aucun événement fâcheux ne puisse se produire sans qu'ils ne le veuillent. »
Quirrell fit une pause, pour que les Dursley puissent assimiler sa phrase et en comprendre les implications.
« Je vais être franc avec vous, monsieur et madame Dursley : si Harry ne va pas à Poudlard, ses capacités seront de plus en plus incontrôlables. Et bientôt il ne sera plus possible de cacher sa situation aux autres enfants, à ses professeurs, à vos proches. Tout le monde saura. »
Les Dursley semblaient pétrifiés d'horreur. Harry aussi, mais sans doute pas autant que ses parents.
Puis Quirrell se tourna vers Pétunia, la fixant droit dans les yeux.
« Poudlard accueille de nombreux enfants qui ont commencé à développer d'étranges facultés alors qu'ils étaient normaux jusque-là et que leurs parents avaient toujours été normaux. Et l'école leur vient en aide. Vous saisissez de quoi je veux parler, n'est-ce pas ? »
Pétunia tressaillit.
« Je… Oui, je…
– C'était le cas de votre sœur, n'est-ce pas ?
– Elle… Oui, elle… C'était son cas. Des choses étranges ont commencé à se produire quand elle était petite, et… »
Les mots lui manquaient.
« Et après son entrée à Poudlard ? demanda Quirrell.
– Plus rien. Elle a été capable de se contrôler, je crois, et plus rien ne s'est produit d'anormal chez nous ensuite. »
Quirrell se tourna à nouveau vers Vernon.
« Quoi que vous puissiez faire, Harry ne sera jamais un enfant comme les autres, il ne sera jamais normal. Si vous l'envoyez à Poudlard, cependant, il sera capable de se contrôler, et donc de donner le change. Il pourra paraître normal aux yeux du monde. »
Vernon et Pétunia réfléchissaient : les désagréments causés par Harry s'intensifiaient depuis qu'ils l'avaient recueilli. Années après années, les problèmes se faisaient de plus en plus fréquents et de plus en plus visibles. Ils avaient pensé pouvoir juguler la chose, mais manifestement ils s'étaient trompés : ils en étaient incapables, et un jour ils ne pourraient en effet plus dissimuler la nature de Harry aux autres…
Vernon regarda sa femme d'un air interrogateur, et elle hocha la tête. Il prit alors son courage à deux mains, et annonça :
« Bien. Si cela peut l'aider, il ira. »
Version 1 du 23 novembre 2014.
