Chapitre 3 : À la découverte d'un nouveau monde.
Lundi 29 juillet, Little Whinging.
Le professeur Quirrell revint chez les Dursley le lendemain à huit heures précises. Il portait toujours son impeccable costume, mais avait changé de cravate et de pochette : elles étaient rouges, cette fois.
Comme promis la veille, il venait chercher Harry pour l'emmener faire ses courses de rentrée à Londres. Il n'avait pas donné de précisions, et les parents de Harry n'en avaient pas demandé.
Pétunia l'invita à prendre le café au salon, ce qu'il accepta en souriant. Vernon était déjà parti travailler.
Pendant que sa mère et le professeur Quirrell parlaient de la pluie et du beau temps en sirotant leur café, Harry attendit silencieusement dans un fauteuil, impatient de découvrir les lieux incroyables dans lesquels le professeur ne manquerait pas de l'emmener. Harry avait jeté un œil à la liste de ses fournitures, et il n'osait même pas imaginer les étonnantes boutiques dans lesquelles il pourrait les trouver ; des lieux pleins de magie, à n'en pas douter, des lieux certainement très différents de ceux dans lesquels les gens normaux vont faire leurs courses de rentrée scolaire.
Harry se sentait euphorique.
Après un moment qui lui sembla durer des heures, les deux adultes se levèrent, et Harry bondit instantanément de son siège. Pétunia accompagna Harry et le professeur Quirrell jusque sur le seuil, et recommanda à Harry de bien se tenir, et au professeur Quirrell de bien veiller sur son fils.
Une voiture était garée juste devant la maison des Dursley. Quirrell sortit une clé et déverrouilla les portières.
Harry fut déçu : c'était un moyen de transport bien banal. Trop banal pour un sorcier.
Depuis la veille, il ne savait pas trop à quoi s'attendre, mais en tout cas il s'attendait à quelque chose de magique, pas à cela. Malgré tout, il ne désespéra pas : peut-être la voiture avait-elle quelques caractéristiques intéressantes…
Lorsqu'ils furent montés, Quirrell fit démarrer le moteur puis prit la parole.
« Je te sens déçu. Tu t'attendais à mieux qu'une simple automobile, n'est-ce pas ? »
Harry acquiesça.
« Comprends bien que je fais tout cela pour tes parents : dans notre monde, il y a bien évidemment des moyens de transports autrement plus efficace, utilisant la magie.
– Ah, je comprends… souffla Harry, dont le regard s'éclaira. Vous voulez paraître le plus normal possible à mes parents, pour pas les effrayer. C'est ça ?
– Tout à fait. »
Harry hésita.
« Et le costume ? demanda-t-il finalement.
– Je ne le mets que pour aller voir les moldus – c'est comme ça que l'on appelle ceux qui n'ont pas de pouvoirs, comme tes parents – mais tu verras tout à l'heure comment s'habillent les sorciers. »
Le voyage ne serait peut-être pas aussi excitant qu'il l'aurait voulu, mais Harry en comprenait la cause, et se fit donc une raison. Et il se consola en pensant à ce chemin de Traverse, qui semblait regorger de sorciers, et qui serait donc sûrement un endroit exceptionnel.
Ils restèrent silencieux durant le reste du trajet, qui les mena en plein Londres. Ils tournèrent dans les rues de la capitale pendant un long moment, avant de finalement s'arrêter devant un bar en partie délabré, dont l'enseigne s'était décrochée depuis longtemps, et qui pour autant que Harry puisse en juger était fermé depuis des lustres. C'était pourtant bien là qu'ils allaient.
« L'aspect est voulu, commenta Quirrell alors qu'ils descendaient de voiture. Il a pour but d'éloigner les moldus.
– Eh ben c'est réussi, ajouta Harry. Personne de sensé aurait l'idée de rentrer là-dedans… »
Cela fit sourire Quirrell, qui poussa la porte vermoulu et fit entrer Harry.
« Bienvenu au Chaudron baveur » dit-il.
L'intérieur avait un côté très rustique. En fait, le temps semblait même s'y s'être arrêté depuis des siècles. Le sol était en terre battu ; les tables, les tabourets et les bancs étaient faits d'un bois mal dégrossi, et la décoration murale se résumait à quelques trophées de chasse qui donnèrent froid dans le dos à Harry. La clientèle était du même acabit : elle se composait de quelques buveurs isolés vêtus à la mode d'avant-guerre et d'un groupe de vieilles femmes qui débattaient en fumant de longues pipes.
Harry et Quirrell s'assirent à une table. Harry n'était pas rassuré : le monde des sorciers ne paraissait pas très reluisant… Il s'attendait à mieux.
« Avant toute chose, il faut que je te parle de la famille Potter et du drame qu'elle a vécu. »
Le tenancier s'approcha. C'était un homme à la mine patibulaire, assez gras, mal rasé et le crâne dégarni et luisant. Il portait un tablier de cuir crasseux et chiquait bruyamment du tabac.
« Qué ce s'ra ? demanda-t-il d'un ton bourru.
– Un verre de rhum pour moi, et un lait frappé à la fraise pour le petit » répondit Quirrell.
Il s'éloigna, crachant une partie de sa chique à même le sol.
« Ne t'inquiètes pas, Harry, tous les sorciers ne sont pas aussi rustaud. Le Chaudron baveur offre un aperçu peu amène de notre monde, mais tu verras que le chemin de Traverse est charmant, et que la plupart des sorciers sont des gens très chaleureux. »
Le patron était revenu avec deux timbales ; il les posa avec rudesse sur la table et repartit.
« Bien, Harry. Je vais aller à l'essentiel. »
Il prit une gorgée avant de reprendre la parole. Harry commença à siroter son verre.
« Il y a de cela dix ans, un homme qui se faisait appeler Voldemort a essayé de renverser le gouvernement sorcier. Les raisons qui l'ont poussé à cela, lui et ses partisans, seraient trop complexes à t'expliquer aujourd'hui. Mais sache que de nombreuses personnes se sont élevées contre lui. Tes parents en faisaient partie, et comme beaucoup d'autres ils ont été assassinés pour cela. »
Harry sursauta.
« Assassinés ?! Mais… Mes parents – enfin, les Dursley – m'ont pourtant dit l'autre jour qu'ils étaient morts accidentellement !
– C'est ce qu'on leur a fait croire, en tout cas, mais la vérité est différente… Et leur assassin – Voldemort lui-même – n'était pas venu pour eux, ce jour-là : c'est toi qu'il était venu tuer.
– Moi ? s'étonna Harry, qui n'y comprenait rien.
– Oui. En raison d'une prophétie, il a cru devoir t'éliminer. Mais après avoir abattu tes parents, il a échoué avec toi, et c'est lui qui mourut ce jour-là. »
Il marqua une pause. Harry, qui croyait avoir eu son lot de surprises ces derniers jours, accusait toujours le coup.
« Aux yeux de tous les sorciers du Royaume-Unis, Harry, tu as terrassé l'un des plus puissant mage qui soit. Tu es considéré comme une sorte d'élu du ciel, dans notre monde. Non seulement en raison de ce qui s'est passé le jour de la mort de tes parents, mais aussi en raison de cette prophétie, à laquelle beaucoup croient. »
Harry en resta bouche-bée. La mâchoire pendante et les yeux écarquillés, il en oublia un instant de respirer.
« Moi ? Mais c'est impossible !
– J'ai bien peur que si. D'ailleurs, ajouta Quirrell, cette cicatrice que tu as sur le front, on raconte que tu la tiens de Voldemort : la légende dit qu'il s'agit de la trace laissée par son sortilège de mort lorsqu'il a ricoché sur toi avant de venir le frapper. »
Harry dégagea sa franche et caressa sa cicatrice pour en sentir la rugosité.
« Mais pourtant, je me rappelle m'être fait cette cicatrice en tombant de vélo, il y a des années. Je revois très bien la scène…
– C'est sûrement ce que t'ont raconté les Dursley, et tu as fini par assimiler cela. »
Quirrell prit une autre gorgée.
« Notre esprit est empli de faux souvenirs, de souvenirs qui ont été déformés au fil du temps, voire qui ont été construits de toutes pièces. Notre mémoire n'est pas infaillible : elle oublie et elle invente. Mais je peux t'assurer d'une chose : cette cicatrice date effectivement du jour où tes parents sont morts. »
Harry acquiesça : il comprenait.
« Mais comment c'est possible ? Je veux dire… Comment j'aurais pu survivre et le tuer ?
– Je l'ignore. De tous ceux qui étaient là-bas ce jour-là, tu es le seul à avoir survécu. Nous ne pouvons donc que spéculer sur ce qui s'est passé, et il faut bien reconnaître que cela nous dépasse. La plupart de ce que les gens racontent là-dessus est dénué de tout fondement, comme le fait que le sortilège de mort de Voldemort ait rebondi sur toi. »
Harry commença à faire tourner son verre, le regard perdu dans le tourbillon de lait à la fraise. Tout cela paraissait tellement fou…
« Et… Et cette prophétie ?
– Elle annonçait la venue d'un homme qui bousculerait l'ordre établi dans le monde des sorciers. Et cela, Voldemort ne l'aurait accepté sous aucun prétexte. Selon lui, le monde sorcier doit au contraire se protéger de la décadence moderne et s'ancrer aussi fermement que possible dans ses valeurs ancestrales. La prophétie annonçait la naissance à venir de cet homme, et Voldemort décida donc de l'éliminer avant même qu'il ne puisse faire quoi que ce soit.
– Et cet homme, c'est moi ?
– C'est en tout cas ce qu'il pensait. Et depuis sa mort, de très nombreux sorciers le pensent aussi : selon eux, seul un élu des dieux aurait ainsi pu échapper à la mort. »
Harry, lui, en doutait. Il devait s'agir d'une erreur.
« Quoi qu'il en soit, repris Quirrell, il te faut bien comprendre que tu es une célébrité ici, et que tu dois donc éviter de montrer cette cicatrice si tu ne veux pas être reconnu et attirer l'attention sur toi. Tu comprends ?
– Oui, dit Harry. »
Quirrell vida le fond de son verre. Harry, lui, était loin d'en avoir fini avec le sien.
« Et… commença Harry, d'un ton hésitant.
– Oui ? demanda Quirrell pour l'inciter à finir sa phrase.
– Euh, que sont devenus les partisans de Voldemort après que, heu…
– Eh bien, pour tout te dire, le coupa Quirrell, ils se sont en quelques sortes dispersés. L'Ordre des chevaliers de Walpurgis – le parti politique et religieux fondé par Voldemort – a été fortement ébranlé par la disparition de leur meneur, et il s'est en grande partie effondré sur lui-même. Nombre de ses membres ont été arrêtés et emprisonnés pour leurs crimes, d'autres se sont évanouis dans la nature. Certains, cependant, ont réussis à échapper à la justice, car ils ont pu prouver que même s'ils avaient soutenus Voldemort, ils ne s'étaient eux-mêmes rendus coupables de rien.
– Alors ils courent toujours ? s'étonna Harry, presque outré.
– Oui. Il existe désormais un Ordre tout ce qu'il y a de plus légal. Ses membres reprennent l'essentiel des idées de Voldemort mais affirment rejeter toute forme de violence. C'est en quelque sorte une branche modérée de l'ancien mouvement qui, plutôt que de tenter d'imposer son idéal sociétal par la contrainte, affirme vouloir convaincre les gens du bien fondé de ses opinions politiques par la seule force des arguments. »
Devant le regard interloqué de Harry, Quirrell se reprit.
« Hum… Ces choses-là sont rudes à comprendre pour un enfant de ton âge. Disons que certaines personnes partageaient le point de vue de Voldemort, mais qu'ils ne partageaient pas ses méthodes criminelles. Après sa chute, ces personnes-là ont même aidé notre police à arrêter les membres extrémistes de leur organisation, afin de l'épurer de ses éléments néfastes. Je n'irai pas jusqu'à dire que les membres de l'Ordre d'aujourd'hui sont des gens respectables, mais au moins ce ne sont plus des meurtriers. »
Harry avait du mal à suivre. Non pas que ce soit particulièrement difficile à comprendre : en réalité il y avait surtout trop d'informations nouvelles en même temps.
Ils restèrent un moment silencieux.
« Et mes grands-parents ? Je veux dire, du côté de mon père biologique ?
– Hum, lâcha Quirrell. Ils sont morts peu après ta naissance. »
Cela pouvait expliquer pourquoi il avait été confié aux Dursley…
« De mort naturelle, ajouta Quirrell avant que Harry n'ait eu le temps de lui demander confirmation. Ils ont eu ton père sur le tard, et étaient donc assez âgés. »
L'explication n'était pas convaincante, mais Harry cru le professeur sur parole. Il ne finirait que bien plus tard par apprendre la vérité sur la mort de ses grands-parents paternel.
Harry et Quirrell sortirent du Chaudron baveur par une porte grinçante qui donnait sur une petite cours où pourrissait un vieux tonneau moisi et où poussaient quelques herbes folles. La cours faisait tout au plus deux mètres sur trois et était délimitée par un vieux mur de briques rouges.
C'était un cul-de-sac. Devant l'air interrogateur de Harry, Quirrell prit la peine d'expliquer.
« C'est, là encore, une ruse pour empêcher les moldus de trouver le chemin de Traverse. »
Puis il appuya du bout de son index sur une des briques, et soudain une ouverture se dessina dans le mur, jusqu'à former une large arcade permettant le passage de deux hommes de front.
Par-delà l'arcade, une rue filait vers l'horizon.
La première chose qui frappa Harry en arrivant sur le chemin de Traverse, c'était cette foule si étonnamment hétéroclite : la façon de s'habiller des sorciers ne semblaient obéir à aucune règle, et toutes les modes de toutes les époques se côtoyaient en un même lieu.
Il aperçut ainsi un homme vêtu d'une grande tunique médiévale beige, mais dont les manches pendaient presque jusqu'au sol, accompagné d'une femme dont la robe à crinoline s'évasait jusqu'à faire deux mètres de diamètre en une cascade de frou-frou mauve et blanc. Son attention se porta alors sur un homme portant un grand manteau de cuir tanné malgré la chaleur estivale, puis sur un autre habillé comme au XVIe siècle, avec de grandes bottes noires, une cape bleue et un jabot. Ce denier croisa une femme dont les manches bouffantes gênaient les mouvements au point qu'elle ne devait pas pouvoir joindre les mains, et encore après, d'autres personnes suivaient sans se ressembler : les femmes portaient des jupes et des robes de tout genre, les hommes des costumes tous aussi différents qu'improbables.
En fait, la seule chose que ces personnes semblaient avoir en commun était l'extravagance (à la fois dans les formes et dans les couleurs) ainsi qu'un goût certain pour l'excès de tissu. Le pratique était manifestement sacrifié à l'esthétique.
« Il faut cependant noter, ajouta Quirrell comme s'il avait lu dans les pensées de Harry, qu'il s'agit là de tenues de sortie : les sorciers sont biens plus extravagants lorsqu'ils arpentent le chemin de Traverse que lorsqu'ils restent chez eux. L'habillement quotidien et bien plus simple et sobre. »
Ce qui frappa alors Harry, ce fut la rue elle-même : on aurait cru être retourné plusieurs siècles en arrière. Le sol était recouvert de pavés grossiers, dont la déclivité formait une rigole centrale. De chaque côté de la voie, il y avait une succession disparate de bâtiments à colombages.
Harry n'avait jamais vu cela : ils étaient mal alignés, certains s'avançant beaucoup sur la rue tandis que d'autres étaient très reculés, et leur étages ne coïncidaient pas, car même si tous comportaient trois niveaux, il semblait y avoir parfois deux ou trois mètres de différence de hauteur entre deux bâtiments successifs. En ajoutant à cela le fait que chaque étage s'avançait plus que le précédent, au point que certains toits se rejoignaient presque au milieu de la voie, on obtenait un paysage qu'Harry n'aurait pas même pu imaginer.
Chaque rez-de-chaussée abritait une boutique, et on pouvait apercevoir les produits vendus mis en valeur dans des vitrines à petits carreaux. Des étals étaient souvent disposés contre la devanture, comme si le bric-à-brac des échoppes débordait jusque dans la rue.
Harry s'approcha de la première boutique à droite ; c'était une chaudronnerie. Même si le verre de la vitrine était de mauvaise qualité et déformait les objets disposés derrière, Harry put admirer la marchandise avec enchantement. Il y avait toutes sortes de chaudrons, de marmites, de casseroles, et d'ustensiles divers, le tout fait de cuivre et parfois d'étain.
« Viens, lui dit Quirrell. Nous allons tout d'abord aller à Gringotts, pour que tu retires un peu d'argent.
– J'ai un compte en banque là-bas ? demanda Harry, surpris, alors qu'ils avançaient dans cette foule bruyante et colorée.
– Oui, tes parents t'en ont ouvert un à ta naissance – tes parents biologiques, j'entends. Et puisque tu as hérité de tout ce qu'ils possédaient, il y a certainement beaucoup d'argent dessus. Sans compter les intérêts sur dix ans. »
Harry n'avait pas réfléchit à cela avant, mais il lui sembla logique que ses géniteurs lui ait laissé quelque chose.
« Mais ma mère m'a donné de l'argent, ce matin, pour acheter mes fournitures, se rappela-t-il. »
Quirrell sourit.
« Ton argent moldu n'a aucune valeur ici. Nous utilisons notre propre monnaie.
– Ah, souffla Harry, dépité. Et quelle est cette monnaie ?
– Pour tout te dire, il s'agit d'un système monétaire à l'ancienne, composé de trois types de pièces : la noise, la mornille et le galion. Une mornille vaut douze noises, et un gallion vaut vingt mornilles soit deux cent quarante noises. »
Harry tiqua.
« Il faudra que j'le note pour m'en rappeler, dit-il.
– Je te comprends. Même si ce système est très pratique pour la division, il nécessite un temps d'apprentissage pour les non-initiés. »
Sur ces entrefaites, ils étaient arrivés devant Gringotts. La banque se distinguait de tous les autres bâtiments du chemin de Traverse, puisqu'elle était entièrement construite en pierre de taille. D'immenses pierres blanches formant un vaste monument d'allure classique. La colossale porte d'entrée, cloutée et à deux battants, était flanquée de deux colonnes à chapiteaux de type corinthien.
« Une dernière chose, Harry. Il vaut mieux que je te prévienne : Gringotts est tenu par des gobelins. »
Harry fronça les sourcils. Des gobelins ?
Ils gravirent les quelques marches qui menaient au palier.
« Les gobelins sont méprisants envers les autres espèces, mais font d'excellents orfèvres et joailliers. Et surtout, ils sont les seuls à faire le commerce de banque et se sont organisés en une seule et unique structure couvrant toutes les îles britanniques.
– Ah oui ? demanda Harry.
– Oui. Les nombreuses autres banques gobelines ont fait faillites ou ont été absorbés par Gringotts au fil du temps. »
En franchissant le seuil, Harry pu constater que l'intérieur était tout aussi immense : il devait y avoir six ou sept mètres de hauteur de plafond. De ce fait, et même si le bâtiment était deux ou trois fois plus haut que les autres et comportaient cinq rangées de fenêtres, il ne devait y avoir qu'un seul étage au-dessus d'eux. Sur chaque côté de la salle, il y avait un long comptoir derrière lequel s'affairaient deux douzaines de gobelins montés sur de hauts tabourets, occupés à écrire dans des registres, à peser des pièces d'orfèvrerie, et à examiner des pierres précieuses à la loupe oculaire. En face de l'entrée, tout au fond, il y avait un autre comptoir, où les clients étaient reçus ; Quirrell se dirigea vers celui-ci, et Harry le suivit en dévisageant les gobelins.
Les gobelins ne mesuraient qu'un mètre, tout au plus un mètre vingt. Leur nez et leurs oreilles étaient allongés et pointus, leur bouche étonnamment large était pourvue de petites dents pointues, leurs arcades sourcilières étaient proéminentes, et leurs doigts étaient trop longs pour être réellement pratiques. Abstraction faite de tout cela, ils ressemblaient vraiment aux êtres humains. Plus que ne l'aurais imaginé Harry, en tout cas, qui les aurait cru bien plus monstrueux, et surtout qui les aurait cru verts. Chaque gobelin portait une chemise blanche, un gilet gris et un nœud papillon noir, ce qui se voulait élégant mais était grotesque aux yeux de Harry.
Quirrell s'avança jusque devant le comptoir, salua un des gobelins présents (qui ne répondit pas), et demanda à retirer de l'argent au nom de Harry Potter.
« Autorisation d'un des deux parents ou d'un éventuel tuteur ? » demanda le gobelin pour toute réponse, avec un timbre de voix particulièrement gutturale.
Quirrell sortit une feuille de papier pliée en quatre et la tendis au gobelin, qui la déplia et la lut en silence.
« Très bien » dit-il enfin.
Il partit alors en direction d'une porte située derrière lui, et en revint quelques minutes plus tard, un livre de compte sous le bras. Il posa le livre sur la table et l'ouvrit à la première page. Seules six ou sept lignes étaient déjà écrites.
« Combien ? demanda-t-il.
– Trente gallions, annonça Quirrell. »
Pendant que le gobelin notait le montant et faisait la différence, Quirrell s'adressa à Harry à voix basse.
« Trente Gallion, c'est plus que nécessaire. Mais ainsi tu en garderas un peu, au cas où. »
Le gobelin était désormais en train de compter les pièces. Il remit les trente gallions à Quirrell.
Harry et Quirrell partirent alors, après avoir salué le gobelin (qui ne répondit pas, une fois encore).
« Bien, dit Quirrell sur le perron de Gringotts. Allons maintenant acheter ton uniforme, chez Mme Guipure. »
Mme Guipure tenait une boutique de prêt-à-porter pour homme tout près de la banque. La façade n'était pas une vitrine contenant des modèles, comme les magasins de vêtements que connaissait Harry, mais ressemblait à celle d'une maisonnette, avec des bacs à fleurs sous de petites fenêtres aux rideaux fermés.
L'intérieur du magasin ressemblait plus à une immense penderie qu'à un vrai magasin, car de grandes quantités de vêtements étaient suspendues un peu partout, au point de gêner le passage.
Harry bascula quelqu'un.
« Oh pardon ! s'écria-t-il. Je ne… »
Mais il s'aperçu qu'il ne s'agissait que d'un mannequin. Il en remarqua de nombreux autres dans la boutique, habillés des pieds à la tête et placés dans des postures inhabituels.
Mme Guipure, arrivant de l'arrière-boutique, les accueillit chaleureusement. C'était une petite bonne femme replète sans âge, vêtue d'une robe comme on en portait à l'époque victorienne, et elle confia Harry à une de ses assistantes pour qu'elle prenne ses mesures pendant qu'elle-même se mettait à discuter avec Quirrell d'un air enjoué.
L'assistante mena Harry dans une autre pièce, plus petite, où il y avait un garçon blond au teint pâle qui patientait, debout sur un tabouret et déjà habillé.
En plus de sa robe de sorcier (une ample robe noire ouverte à l'avant), il portait une tunique écrue s'arrêtant à mi-cuisse, ainsi qu'un gilet et un pantalon noirs.
« Salut, dit le garçon. Toi aussi, tu vas à Poudlard ?
– Oui, répondit Harry.
– En première année ?
– Oui.
– Tout comme moi ! Et tu sais déjà dans quelle maison tu seras ? »
Harry n'avait aucune idée de ce que pouvait être une maison…
L'assistante, pendant ce temps, était en train de prendre les mesures de Harry à l'aide d'un mètre de couturière.
« Dans quelle maison ? Eh bien je ne sais pas…
– Oui, évidemment, on ne peut pas savoir à l'avance. Mais toute ma famille a été à Serpentard, alors il est impensable que je n'y aille pas. »
Il disait ça comme si c'était une évidence.
La jeune femme se tourna alors vers une grande armoire ouverte contenant des pilles de vêtements impeccablement pliés, et d'un signe de main de sa part, des vêtements en sortir pour venir jusque dans ses mains en planant.
Harry en resta abasourdi.
« Tiens, j'ajusterai après » lui dit-elle en lui donnant son uniforme, et sans remarquer son trouble.
Elle retourna alors auprès du garçon blond pour établir les retouches nécessaires. Puisque l'uniforme était simple et ample, il ne devait pas y en avoir beaucoup à faire, une fois la bonne taille trouvée, et le seul véritable ajustement d'importance devait être obtenu en serrant plus ou moins la ceinture de cuir.
Harry se remettait à peine de cette première manifestation magique à laquelle il venait d'assister. Il avait déjà accompli des choses inhabituelles, certes, mais sans assimiler ces actes à de la magie. Et de toute façon, voir quelqu'un d'autre réaliser ce genre de choses était différent, et donc bizarre. Il enfila son uniforme pendant que le jeune garçon blond retirait le sien. Il descendit alors de son tabouret et vint serrer la main de Harry.
« Au fait, moi c'est Drago.
– Moi c'est Harry.
– On se reverra à Poudlard, Harry. »
Il sortit.
L'assistante ajusta rapidement l'uniforme à Harry à l'aide d'épingle. En fait, les uniformes de Poudlard n'étaient pas entièrement faits sur mesure pour la simple et bonne raison qu'ils devaient pouvoir être gardés durant toute l'année scolaire, et qu'une poussée de croissance devait être possible sans les rendre immettables.
La jeune couturière mesura ensuite le tour de crâne de Harry, et alla mettre de côté un chapeau à sa taille.
« Je ne l'essaye pas ? demanda tristement Harry en voyant le chapeau pointu noir.
– Surtout pas ! dit-elle comme s'il avait dit une bêtise. Pas avant la cérémonie, jamais. »
Elle lui fit alors retirer son uniforme et le laissa partir.
« Revenez dans une heure, annonça Mme Guipure avec un grand sourire. Tout sera prêt. »
Ils sortirent.
« Bien, la prochaine étape, c'est Fleury et Bott, pour acheter tes manuels scolaires. Tu as la liste ? »
Harry déplia la liste qu'il avait trouvée dans la première lettre. Une huitaine de volumes dont un Précis d'incantation, un Abrégé d'histoire depuis la création jusqu'à nos jours, ainsi qu'un Traité sur l'usage des simples.
« Oui, c'est bon. »
La boutique de Fleury et Bott était bien plus grande que la plupart des autres. En fait, une communication avait été percée des décennies auparavant au travers du mur séparant deux bâtisses, réunissant ainsi deux boutiques en une seule plus grande. Les deux imprimeurs-libraires, à l'époque, avaient en effet achetés deux bâtiments mitoyens pour y ouvrir un immense lieu de vente. D'autant plus immense qu'il s'agissait d'un des rares endroits sur le chemin de Traverse où le premier étage servait aussi à la vente, au lieu de servir d'habitation au commerçant.
L'intérieur embaumait un parfum de vieux livres qui charma Harry. La grande pièce contenait de nombreuses bibliothèques, et chaque rangée de chaque bibliothèque croulait sous d'imposants livres reliés de cuir. Il y avait une marche au centre, à l'endroit où le mur avait été abattu, car une fois de plus les niveaux ne coïncidaient pas entre les deux bâtiments d'origine.
Pour saisir les livres les plus hauts placés, les clients les faisaient descendre par magie, un peu comme l'avait fait l'assistante couturière. Le même sentiment d'étrangeté saisissait chaque fois Harry, qui se demandait s'il s'y habituerait un jour.
Les manuels scolaires étaient entreposés à l'étage, dans un coin. Puisque ce genre de fournitures n'étaient vendues qu'une fois par an, ils n'étaient évidemment pas mis en évidence. Harry, dans la partie basse de l'étage, dégotta donc ce dont il avait besoin, et remercia Poudlard de ne pas exiger de livres ni trop épais ni trop larges, car cela lui semblait déjà largement assez lourd : les pages étaient plus épaisses que celle auxquelles il avait l'habitude, et chaque livre était relié à l'aide d'une épaisse couverture de cuir. D'autant plus lourd que le professeur Quirrell lui fit acheter deux livres supplémentaires : Histoire de Poudlard et Le Quiditch à travers les âges.
« Cela te permettra de combler certaines de tes lacunes, et cela te permettra surtout de ne pas passer pour un imbécile auprès des autres élèves. Je te conseille de les lire pendant le mois d'août. »
Harry ne savait même pas ce qu'était le Quiditch, mais cela semblait important…
Ils redescendirent et allèrent payer au comptoir.
Le gérant prit l'argent et, sans que Harry comprennent, les fit tinter près de son oreille en les frappant une à une, puis les pesa à l'aide d'une très vieille balance en métal.
« Que fait-il ? chuchota Harry à Quirrell.
– Il vérifie qu'il s'agit bien de monnaies sonnantes et trébuchantes, c'est-à-dire qui possèdent un son et un poids bien particulier, différent de ceux des fausses pièces.
– Il n'existe pas de moyens magiques pour le savoir ?
– Si, il existe des sortilèges. Mais c'est une tradition qui est encore suivie par bien des gens. »
En sortant de la librairie, Quirrell amena Harry dans une papeterie proche, où il fit une provision de papier, de plumes d'oies et d'encre.
Harry ne savait pas qu'il était aussi complexe d'écrire à la plume : non seulement il fallait des pots d'encre et de nombreuses plumes, mais en plus tout un attirail était nécessaire alors qu'Harry n'en connaissait même pas l'existence. Il fallait ainsi un taille-plume, sorte de canivet à l'aide duquel on devait régulièrement couper, tailler ou fendre l'extrémité de la plume qui s'usait, mais aussi un essuie-plume, destinée à nettoyer la plume de son encre en fin d'utilisation, ainsi qu'un poudrier, contenant une poudre destiné à faire sécher l'encre, et enfin une brosse, destinée à essuyer la poudre.
Harry, voyant le nécessaire à écriture, qui emplissait une sacoche entière et semblait bien trop complexe à utiliser, se promit d'emporter des stylos à bille à Poudlard.
La boutique vendait aussi toute sorte d'autres choses, comme du parchemin, de la cire à cacheter et des sceaux, ou encore des tampons, mais Harry n'en avait pas besoin.
« La dernière étape, Harry, est la boutique de baguettes magiques de Olivander. Il s'agit d'un objet d'une grande importance, puisqu'elle te permettra de canaliser tes pouvoirs. C'est grâce à elle que la magie deviendra pour toi un outil utilisable à volonté et non quelque chose de subi. »
Avoir une baguette magique, le rêve de tous les enfants de onze ans…
« Je n'ai vu personne qui en avait une… déclara cependant Harry, prit d'un doute. »
Il n'en avait pas vu une seule, en effet, même s'il avait pu assister avec émerveillement à quelques actes magiques dans les boutiques, notamment des clients ou des vendeurs qui déplaçaient des objets à distance.
« Tu es observateur, c'est bien. En fait, lorsqu'un sorcier parvient à maîtriser suffisamment ses pouvoirs, il peut se passer de sa baguette pour les actes magiques les plus élémentaires. Mais pour autant, la baguette rend plus puissant, et s'avère donc toujours utile, même pour le plus grand des mages. »
La façade ne payait pas de mine : les vitres étaient devenues opaque de poussière avec le temps, et le grand panneau surplombant la façade ne laissait qu'à peine deviner un « Ollivander » presque entièrement effacé.
« Tu verras : Mr Ollivander est un peu fou, mais il est très sympathique. Plus important encore, il est très talentueux : il existe différentes qualités de baguettes, évidemment, et en réalité tout dépend du prix que l'on est prêt à y mettre. En cela, Ollivander est certainement le plus cher. »
L'intérieur de la boutique était miteux, et très poussiéreux, comme le laissait supposer la devanture décrépie, mais contrairement à ce qu'on pouvait en attendre au vu de la réputation de ce Ollivander.
Partout, contre les murs mais aussi en plein milieu de la pièce, s'amassaient de grandes piles de boîtes, longues comme des boîtes à chaussures mais moitié moins larges. Elles contenaient certainement les fameuses baguettes, se dit Harry. C'était un vrai capharnaüm.
Le propriétaire des lieux apparût. C'était un petit homme voûté auquel il ne restait que quelques cheveux blancs sur les côtés et l'arrière du crâne, et qui semblait atteint par une cataracte. Une chaînette sortait du gousset de son gilet, et venait se fixer à l'un des boutons.
« Bonjour, professeur Quirrell, bonjour monsieur Potter. »
Harry sursauta. Cela fit sourire Quirrell.
« Vous connaissez mon nom ?
– Bien sûr, bien sûr. »
Sans plus d'explications, Ollivander se retourna, et partit en direction d'une pile branlante de boîtes. Il parvint à en retirer une à mi-hauteur sans faire s'écrouler le tout, et revint vers Harry, un sourire incertain sur les lèvres.
« Je crois que cette baguette vous sierra à merveille, monsieur Potter. Si vous êtes aussi fougueux que l'était votre père, elle sera même parfaite pour vous. »
Même si la baguette doit être adaptée au porteur pour être efficace, il ne s'agit que d'une spécificité partielle : à une même personne peuvent correspondre plusieurs baguettes selon le tempérament, et inversement. D'autre part, l'incompatibilité n'est elle aussi que partielle : un sorcier peut utiliser n'importe quelle baguette, la seule différence étant que certaines seront moins efficaces que d'autres.
Le vieil homme ouvrit la boîte pour présenter la baguette. Elle était posé sur un petit coussin rouge comme l'aurait été un bijou, mais Harry aurait juré n'avoir affaire qu'à un simple bout de bois inerte.
« Vingt-sept centimètres et demi, commenta Ollivander. En bois de houx et contenant une plume de phénix. »
Il fit un signe de tête à Harry.
« Essayez-la, pour voir. Prenez-la en main. »
Harry attrapa le bout de bois, et ressentit dans l'instant comme un sentiment de puissance qui coulait en lui. Cela le surprit tellement que la baguette lui échappa des mains et tomba sur le sol.
« Oh, je… Je suis désolé, je… »
Il la ramassa promptement, craignant de l'avoir abîmée. Heureusement, ce ne semblait pas être le cas.
« Ne vous inquiétez pas, répondit Ollivander, ce n'est pas grave. Réessayez. »
Harry répéta l'expérience. À nouveau, il sentit une force naître en lui.
« Agitez-la, allons. »
Harry s'exécuta, et tout à coup une gerbe d'étincelles rouges et or s'échappa de l'extrémité de la baguette.
« Parfait, parfait, commenta le vieil homme. Cette baguette semble vous convenir. Comme c'est ironique. »
Harry regarda Quirrell, qui haussa les épaules.
« Pourquoi, ironique ? » demanda Harry, craintif.
Ollivander posa la boîte sur le comptoir avec un sourire en coin.
« Pour rien, pour rien… »
Harry n'en sut pas plus. En payant, il s'aperçut que la baguette avait coûté plus cher que toutes les autres fournitures réunies…
Harry ressortit de la boutique avec un sentiment d'étrangeté.
« Ce monsieur Ollivander était vraiment bizarre…
– Je t'avais bien dit qu'il était un peu fou, lui répondit Quirell. »
Harry soupira.
« Et maintenant ? demanda-t-il.
– Je crois que tu as tout, nous allons rentrer. »
Il était temps : Harry était chargé comme une mule.
Mercredi 31 juillet, Little Whinging.
Après une période difficile pour la famille Dursley, l'anniversaire de Harry fut une bonne occasion pour recréer des liens. Harry n'avait pas souhaité faire de sortie, de peur de semer une fois encore la panique. À la grande satisfaction de ses parents, il avait donc demandé à faire une fête d'anniversaire à la maison le jour même, avec simplement les quatre Dursley, ainsi qu'une fête avec quelques amis le samedi suivant, toujours à la maison.
Pour compenser le fait de ne pas aller au restaurant ce mercredi soir-là, comme Harry aurait pu le demander, Pétunia fit un effort particulièrement important et passa la journée entière derrière ses fourneaux. Elle avait demandé à Harry ce qu'il voulait pour le repas, et il avait eu le malheur de dire qu'il mangerait volontiers italien, en s'attendant à quelque chose de simple, comme des pâtes ou des pizzas. C'était sans compter sur sa mère, qui concocta un savant menu composé d'osso bucco, de risotto à la milanaise et de tiramisu…
Vernon devait rentrer tôt du travail pour l'occasion, et Harry ne pourrait déballer ses cadeaux qu'à son arrivée. En attendant, il feuilletait les livres que Quirrell lui avait fait acheter. Plutôt que de les lires du début à la fin de manière linéaire, il survolait les deux ouvrages, lisant par-ci par-là un passage intéressant. Le livre retraçant l'histoire de l'école de sorcellerie Poudlard couvrait une période de près de mille ans, et au récit historique se mêlaient de nombreuses légendes et anecdotes. Quant au livre sur le « quidditch », Harry apprit qu'il s'agissait d'un étonnant sport pratiqué par les sorciers, et qui paraissait aussi populaire chez eux que le football chez les « moldus ». C'était un sport d'équipe consistant à lancer des balles dans un but pour marquer des points, comme bien des sports, mais tout cela se faisait sur des balais volants !
« Harry, Dudley ! appela sa mère depuis le rez-de-chaussée. »
Harry ferma son livre sortit de sa chambre.
Comme pour son frère le mois précédent, un amas de paquets avait été préparé par Pétunia. Les parents de Harry avaient toujours trouvé plus réjouissant de faire beaucoup de petits cadeaux qu'un seul gros.
« Bon anniversaire mon chéri, déclara joyeusement sa mère en l'embrassant chaleureusement. »
Elle lui avait déjà souhaité à son levé, mais qu'importe.
« Bon anniversaire, fiston, ajouta son père en lui faisant une accolade. »
Harry, moins dynamique que son frère à qui on offrait des jeux vidéo, des accessoires de sport et des jouets téléguidés, avait reçu comme souvent des livres et des jeux de construction, ainsi que quelques gadgets amusants.
Harry fut bouleversé de voir que certaines choses, en définitives, ne changeaient pas. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'à peine une semaine auparavant, il ignorait encore tout du monde de la magie et de ses véritables parents ; cela lui semblait pourtant être déjà une époque lointaine… Mais pour autant, cet anniversaire s'annonçait similaire aux autres, voire identique, et Harry considéra cette vie de famille qui reprenait comme si de rien n'était comme son plus beau cadeau.
Il remercia ses parents avec émotion, et tous passèrent à table.
Le repas se déroula normalement. Cette monotonie qui déprimait un peu Harry auparavant
« Bon, dit son père. Pour samedi, la météo devrait être bonne, donc on devrait pouvoir le faire, ce barbecue dans le jardin avec tes amis. Je ferais des grillades et ta mère a prévu un taboulé. Ça te va ?
– Parfait, décréta Harry.
– Et évidemment, le gâteau ! ajouta sa mère. »
Alors qu'ils finissaient le repas en se délectant du tiramisu, un étrange son se fit entendre, comme si quelqu'un toquait à une vitre.
« Qu'est-ce que c'est ? se demanda tout haut Vernon.
– On dirait que ça vient de la cuisine, dit Pétunia. »
Il se leva et se dirigea vers la cuisine.
« Oh ben ! » s'exclama-t-il en s'arrêtant brutalement.
Les autres le rejoignirent.
Derrière la vitre, une chouette blanche continuait de frapper contre les carreaux de la cuisine avec son bec, comme si elle voulait entrer.
Intrigué, Vernon alla ouvrir la fenêtre ; elle déploya alors ses ailes et vint se poser sur la table. Toute la famille s'approcha, sans savoir trop comment s'y prendre avec cet invité inattendu.
Vernon remarqua alors qu'un petit bout de papier plié était attaché à une de ses pattes par une ficelle nouée.
« Il y a quelque chose, déclara-t-il. Ça nous donnera peut-être un indice. »
Il tenta de le récupérer, en espérant y trouver une quelconque information. Mais l'animal se débattit avec vigueur, car il n'appréciait apparemment pas qu'on essaye de lui agripper la patte.
Après quelques griffures, Vernon sortit victorieux. Il déplia le bout de papier, et lu ce qui y était écrit. Au fur et à mesure de sa lecture, ses sourcils se froncèrent.
« Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ? maugréa-t-il. »
Il tendit sèchement la note à Harry.
« C'est un cadeau pour moi… dit-il après avoir lu.
– De qui ? demanda Dudley.
– Je ne sais pas, ce n'est pas signé. »
Le mot précisait que les chouettes et les hiboux servaient en quelque sorte de pigeons voyageurs aux sorciers, et que celle-ci pourrait donc être très utile à Harry pour échanger du courrier.
Cela fit très plaisir à Harry ; beaucoup moins à ses parents. Mais les Dursley avait toujours dit qu'on ne doit pas refuser un cadeau, alors ils autorisèrent Harry à garder l'animal.
Le lendemain, Vernon revint du travail un peu plus tard que d'habitude, avec une grande cage sous le bras, de la nourriture pour oiseau et un manuel sur les rapaces nocturnes. Il fit cependant bien comprendre à Harry que ni lui ni Pétunia ne s'occuperait du volatile, et qu'il serait donc sous son entière responsabilité.
Cela convenait parfaitement à Harry, qui s'empressa d'installer la cage dans sa chambre et de commencer la lecture du livre. Il y découvrit notamment qu'Hedwige (comme il avait décidé de la nommer) était un harfang des neiges, un genre de chouette polaires.
Version 1 du 22 mars 2015.
