Chapitre 5 : La cérémonie de répartition.
Le soleil était en train de se coucher. Quelqu'un frappa à la porte du compartiment et entra sans attendre de réponse.
C'était un garçon assez âgé, qui portait un écusson similaire à celui de Percy.
« Salut, je suis un des préfets de Poufsouffle. »
Harry et Ron la saluèrent d'un mouvement de tête.
« On va bientôt arriver, reprit-il, et il faut que vous soyez en tenue. Et laissez bien vos bagages dans le compartiment, ils seront acheminés séparément au château. D'accord ?
– D'accord, répondit Ron. »
Le jeune homme repartit aussitôt. Les deux garçons sortirent leur uniforme de leurs bagages, et commencèrent à les enfiler.
Après un peu plus d'un quart d'heure, le train commença à ralentir.
Harry et Ron ne purent pas voir où ils étaient : dehors, il faisait nuit noire, et la vive lumière de leur compartiment se reflétait donc sur la vitre comme s'il s'agissait d'un véritable miroir. Les deux garçons s'approchèrent donc de la vitre et placèrent leurs mains de chaque côté de leur visage. Cependant, on pouvait seulement apercevoir quelques lumières au loin, témoignant de la proximité d'un village ; rien de plus. Le ciel, faiblement éclairé par la lune au travers de quelques nuages, ressortait d'une nuance bleutée légèrement plus claire que le paysage, et Harry et Ron purent ainsi distinguer la silhouette d'une forêt qui se découpait dans le ciel et s'entendait à perte de vue.
Le train s'arrêta dans un crissement extrêmement désagréable, et peu après des bruits de portes qui s'ouvrent et des voix se firent entendre. Harry et Ron sortirent du compartiment.
Le couloir était déjà plein d'élèves en robes. Ils s'amassaient dans le couloir, les plus éloignés de la porte pressant les autres pour descendre du train. Harry et Ron, derniers de la queue, s'intégrèrent tant bien que mal à la file d'élèves, et tout ce beau monde sortit en une vaste bousculade.
Lorsque les élèves descendirent sur le petit quai, ils furent plongés dans la pénombre, car le quai n'était éclairé que par les lumières intérieures du train. Leurs yeux durent donc s'habituer avant qu'ils ne puissent discerner correctement les détails.
Si la plupart des élèves semblaient savoir quoi faire, et commençaient à se diriger vers une des extrémités du quai, les élèves de première année étaient perdus. Certains suivirent alors le mouvement, mais une lourde voix résonna, les faisant sursauter.
« B'allez, les pr'mière année y viennent 'vec moi, mâchonna la voix. Les aut'es v'savez c'qui faut faire. Et magnez-vous. »
Perdus au milieu d'élèves plus grand qu'eux, Harry et Ron cherchèrent tant bien que mal à discerner l'homme qui avait dit cela.
Ils l'aperçurent bientôt. C'était une sorte de géant : il était deux fois plus haut que Harry, et cinq fois plus large. Il avait de longs cheveux et une longue barbe, aussi noirs et broussailleux l'un que l'autre, à tel point que l'on ne pouvait pas savoir là où se finissaient les cheveux, et là où commençait la barbe. Il portait de grandes bottes en cuirs et une tenue de chasse en toile, et avait à sa ceinture plusieurs couteaux à dépecer le gibier. Il tenait dans sa main droite une énorme lampe-tempête, qui apportait enfin un peu de lumière au quai.
Les première année, intimidés, s'assemblèrent autour du géant hirsute en chuchotant. Harry parvint à saisir quelques bribes de conversation, et apprit ainsi qu'il s'agissait de Hagrid, le garde-chasse de Poudlard. Les élèves les plus proches du géant baignaient dans d'infâmes relents de pétrole brûlé, et toussotaient à cause de la fumée noirâtre qui s'échappait de la lampe. Harry, sur les couteaux, aperçus d'affreuses traces de sang séché.
« C'bon ? demanda le géant en mangeant ses mots. V's êtes tous là ? Peut y'aller ? »
Il jeta un dernier regard au quai, qui s'était vidé des élèves d'années supérieures, puis se mit en route.
« M'perdez pas d'vue, dit-il en marchant. Pas envie d'en paumer en route. »
La quarantaine d'élèves le suivit, en rang de trois ou quatre. Hagrid les fit longer le train jusqu'au bout du quai, puis s'engagea en direction d'un petit sentier qui s'enfonçaient dans l'obscure forêt ; Harry réprima un frisson.
Bientôt les lumières du train ne furent plus visibles, masquées par la densité des bois, et malheureusement pour les enfants en fin de file, la lampe-tempête n'éclairait pas au-delà de la troisième ou quatrième rangée. Nombre d'entre eux ne voyaient donc même pas leur pieds, et glissaient et trébuchaient sur le chemin sinueux et escarpé que Hagrid leur faisait emprunter.
Harry et Ron, par chance, s'étaient placés assez près du géant, et pouvait donc profiter de la lumière. Pour autant, cela ne rassurait nullement Harry : la faible lueur de la lampe-tempête faisait, au gré de ses mouvements, apparaître des ombres menaçantes entre les arbres. Il avait beau essayer de se convaincre qu'il ne s'agissait que de branches et de feuilles, il croyait discerner des bêtes monstrueuses à chaque pas.
Au loin, de nombreux bruits se faisaient entendre : hululements de chouettes et de hiboux, hurlements de loups, bruits de pas sur la mousse et les feuilles, bruits de branches qui craquent. Les élèves se serrèrent un peu plus les uns aux autres.
Parfois, en plus des fausses silhouettes qui apparaissaient puis disparaissaient fugacement, des paires d'yeux s'illuminaient au passage de la lueur. Harry espérait qu'il ne s'agisse que de lapins ou de biches…
Quelques minutes après leur départ, un vent glacial commença à souffler dans la forêt, s'insinuant en sifflant entre les arbres, et glaçant à la fois de froid et de peurs les élèves de première année.
Après une petite demi-heure de marche qui parût durer des heures aux élèves, le sentier déboucha près d'un immense lac. Devant eux se révéla alors une scène somptueuse et lumineuse, qui contrastait fortement avec l'obscurité et la dureté de la forêt.
La lune, en l'absence totale de nuages, illuminait tout le paysage et se reflétait avec grâce sur la surface de l'eau. Par-delà, en contre-jour par rapport au clair de lune, la silhouette féerique du château de Poudlard se dessinait au-dessus d'une colline rocheuse. De hautes tours s'élevaient vers les cieux, reliées entre elle par d'innombrables murailles et de lourds corps de bâtiments. Certaines fenêtres du château laissaient passer une douce lumière orangée.
Le calme plat de l'eau permettait au château de se refléter presque parfaitement dessus, et les élèves poussèrent des « oh ! » et des « ah ! » d'émerveillement face au spectacle qui s'étalait sous leurs yeux. L'espace d'un instant, ils oublièrent le froid et les bruits effrayants de la forêt, pour succomber à la béatitude de l'instant.
Tout le monde s'était arrêté. Hagrid, habitué à cet effet, les laissa à leur contemplation durant quelques minutes.
Mais bientôt, il fallut se remettre en route : Hagrid leur désigna un petit chemin qui descendait jusqu'au bord du lac. Certains élèves, incapables de détacher leurs yeux du château, commencèrent à avancer sans regarder où ils mettaient leur pieds ni ce qu'il y avait devant eux ; ils se bousculèrent ainsi les uns les autres.
Hagrid mena les élèves jusqu'à un petit embarcadère, en contre-bas, où étaient amarrées une douzaine de barques. Les élèves s'avancèrent prudemment sur les planches vermoulues, qui grinçaient sous leurs pieds et menaçaient dangereusement de céder sous leur poids pourtant faible.
Contre toute attente, les planches tinrent bon, et même Hagrid pu passer sans problème. Harry nota cependant que ce dernier, imperceptiblement, prenait bien soin de toujours prendre appui sur trois planches à la fois, ce que ces pieds lui permettaient sans trop de peine.
« Tous à bord, tonna le géant. Pas p'us d'quatre par canot. »
Les élèves montèrent précautionneusement, ayant peur de glisser, mais cela n'empêcha pas l'un d'entre eux de tomber à l'eau entre le ponton et la barque dans laquelle il tentait de monter. Hagrid le repêcha et le plaça dans la barque comme s'il ne pesait rien.
« 'Tension » dit-il un peu tard.
Harry et Ron prirent place dans l'une des barques avec deux filles qu'ils ne connaissaient pas, visiblement sœurs jumelles. Elles ne paraissaient pas très rassurées par la situation ; leur frêle esquif, en effet, semblait sur le point de chavirer à chaque mouvement de l'un des passagers. Ron leur lança un sourire qu'il voulait rassurant.
« Y'a beaucoup de jumeaux chez les sorciers, chuchota Ron à Harry. En tout cas beaucoup plus que chez les moldus. »
Lorsque tous les élèves furent installés, Hagrid monta dans une barque vide, qui s'enfonça dans l'eau sous son poids à tel point qu'un simple petit roulis aurait suffi à faire rentrer de l'eau dedans et ainsi à le faire chavirer.
« Comment qu'on fait pour avancer ? cria un élève un peu téméraire. Y'a pas de rame !
– Pas b'soin d'rame mon gars » répondit le géant.
En effet, Hagrid n'eut qu'à crier « en avant ! », et la flottille commença à glisser sur l'eau, mue par une force invisible. Une faible brise soufflait sur le lac, mais plus personne ne semblait s'en inquiéter.
Les élèves restèrent silencieux durant le trajet, continuant de contempler le château et priant pour que leur barque ne verse pas. Certains, plus courageux que les autres, trempèrent une main dans l'eau glacée du lac, qui s'infiltra agréablement entre leurs doigts.
La petite flottille arriva finalement à proximité d'une petite crique, sorte de petite échancrure qui avait été formé par l'effondrement d'une partie de la falaise des siècles auparavant. Les barques s'échouèrent doucement sur le rivage de galets, et Hagrid donna l'ordre de mettre pied à terre.
Les élèves descendirent tant bien que mal de leurs barques, et plus de la moitié d'entre eux se trempèrent les pieds et le bas de la robe. L'un d'eux glissa même sur des pierres couvertes de vase et plongea tête la première dans l'eau.
Après s'être assuré que tout le monde était prêt, Hagrid désigna du doigt un étroit passage creusé dans la roche.
« Il veut qu'on passa par là ? » s'étrangla Ron, moitié chuchotant moitié gémissant.
Les élèves regardèrent le passage d'un œil médusé.
« Allez, on monte ! s'écria Hagrid dans l'espoir vaine de leur donner de l'entrain. Pas d'tracas. »
Ils se mirent en route à contrecœur.
Durant un bon quart d'heure, le groupe grimpa péniblement le long de ce passage boueux et rocailleux. Au cours de l'ascension, de nombreux élèves dérapèrent sur la pierraille, se cognant les genoux et se blessant les mains en essayant de se rattraper, et souillant leur uniforme de terre humide. Pour autant, malgré l'apparente dangerosité de ce chemin de chèvre, aucun élève ne se blessa véritablement. Harry, cependant, était convaincu qu'au moins un élève était déjà tombé dans le précipice : il n'y avait aucune protection, alors un accident ne pouvait que se produire un jour ou l'autre.
Arrivés en haut, les élèves étaient exténués. Devant eux se tenait la silhouette froide et dure du château, immense construction de pierre de taille plusieurs fois centenaires.
La majesté de l'édifice, cependant, n'émerveilla plus personne : les première année avaient froids, et ils étaient éreintés ; la situation était inconfortable même pour ceux qui avaient pu rester secs et propres. Ceux-là n'étaient d'ailleurs pas nombreux, et même Drago Malefoy n'en menait pas large, avec le bas de ses robes et ses coudes maculés de terre.
Hagrid, cependant, ne leur laissa pas une minute de repos : il leur fit emprunter un petit sentier de gravier qui menait jusqu'à l'entrée principale du château. Celle-ci faisait face à l'immense pont qui permettait de rejoindre la route. Les élèves d'années supérieurs avaient dû passer par là en coche, bien au sec et au chaud…
Les élèves cheminèrent jusqu'au perron de la grande porte, devant laquelle Hagrid les fit s'arrêter. Il se tourna alors vers eux et inspecta la troupe, comme pour évaluer les dégâts.
Harry parcouru lui aussi le groupe d'élève du regard. Si les garçons étaient vêtu de la même manière que lui (à savoir les robes noires ouvertes, la longue tunique écrue ainsi que le gilet et le pantalon noirs), les filles portaient quelque chose de très différent : sous leurs robes de sorciers, elles avaient simplement une chainse écrue descendant jusqu'aux pieds.
À côté de lui, Harry aperçu le garçon au crapaud, qui grelottait de froid ; de la morve sortait d'une de ses narines. Plus loin, la fille aux cheveux ondulés avait la mine renfrognée ; elle avait les mains sales et écorchées, les cheveux ébouriffés, et s'était même malencontreusement étalé de la boue sur la joue.
Harry jeta un regard au reste de l'assemblée : les mines déconfites de la quarantaine d'élèves en disaient long, et sans doute se souviendraient-ils de ce jour jusqu'à la fin de leur vie… Peut-être était-ce le but recherché, d'ailleurs.
Hagrid monta une volée de marche et frappa trois fois contre l'immense porte en chêne massif.
Après un temps qui sembla long à Harry, mais qui pouvait n'avoir duré qu'un instant, les battants de la porte s'ouvrirent lentement vers l'intérieur, accompagné dans leur mouvement par le long murmure d'un grincement métallique de gonds et de quelques craquements secs de bois.
Dans l'ouverture, apparut une sorcière à l'âge incertain, grande et svelte, qui se tenait parfaitement droit. Elle était habillée comme au Moyen-Âge, pensa Harry, et très richement. Elle portait en effet un surcot de brocart rouge broché de motifs dorés, avec des manches pagodes et une bordure de fourrure gris-brun. Elle était coiffée d'un hennin assorti à sa tenue.
Elle regarda les enfants épuisés d'un air sévère, les toisa du haut des marches.
« V'là les z'lèves de pr'mière année, m'dame 'Gonagall, lui annonça le géant en s'inclinant.
– Merci Hagrid » répondit-elle d'une voix lente et assurée, marquée par un accent écossais prononcé. « Je m'occupe d'eux à partir d'ici. »
Le professeur McGonagall fit alors signe aux élèves d'entrer dans le château. Après une hésitation, ils grimpèrent les marches et passèrent la lourde porte.
Le vestibule était immense : on aurait pu y faire entrer la maison des Dursley en entier. Les murs de pierre sombre étaient décorés par des centaines de tableaux et de tapisseries, dont les personnages étaient animés : ils semblaient s'intéresser aux élèves tout piteux qui venaient d'entrer, les fixant d'un air curieux, et certains commencèrent même à passer d'un cadre à un autre pour se rapprocher.
Face à l'entrée, un gigantesque double escalier de marbre conduisait directement au deuxième étage, tandis que le premier étage était accessible via deux plus petits escaliers situés sur les côtés de la pièce. Le long des trois murs opposés à l'entrée, une galerie ouverte donnaient sur des portes et des couloirs au niveau du troisième étage, mais Harry eut beau chercher, il ne vit rien qui permette d'y accéder directement depuis le vestibule.
McGonagall guida les élèves sur un des côtés de la salle, et ils s'engouffrèrent dans un des quelques couloirs étroits qui débouchaient sur le vestibule.
Ils marchèrent ainsi durant quelques minutes, bifurcation après bifurcation. Leurs pas résonnaient dans les couloirs. L'ambiance était moins inquiétante que lors de leur cheminement dans la forêt, même si les personnages des décorations les observaient toujours avec insistance, les suivant du regard et parfois même les accompagnants sur plusieurs tableaux. Par contraste, Harry était désormais intrigué plus qu'inquiété. Il ne semblait pas y avoir un seul mur nu, et Harry avait lu que chaque personnage représentait bel et bien un sorcier ayant véritablement existé.
Finalement, ils arrivèrent dans une antichambre où ils firent halte. Sans qu'ils puissent déterminer d'où cela venait, les élèves entendirent alors la rumeur de centaines de voix qui parlaient vivement.
« Votre attention s'il vous plaît, déclara McGonagall. Dans quelques instants, nous allons entrer dans la Grande Salle, où sont déjà tous les autres élèves. Mais avant d'entamer le banquet qui célébrera la nouvelle année scolaire, va avoir lieu la cérémonie de répartition. Chacun d'entre vous, lorsque son nom sera appelé, viendra mettre sur sa tête le Choixpeau, qui décidera de la maison dans laquelle vous serez envoyés en fonction de votre caractère. »
Elle fit une pause.
« Chaque maison est comme une fraternité : solidarité en son sein, rivalité avec les autres. Pour autant, ne perdez jamais de vue que nous formons une grande famille. »
Elle quitta alors l'antichambre en leur enjoignant d'attendre son retour en silence.
Alors que les élèves commençaient à peine à reprendre du poil de la bête dans cet environnement chaud et sec, un cri sortit alors du groupe de première année. Les élèves se tournèrent vivement vers celle qui venait de le pousser : elle montrait du doigt un des murs de la salle, d'où étaient en train d'émerger une vingtaine de fantômes…
Un vent de panique gagna certains élèves, qui s'agitèrent ou au contraire restèrent figés sur place. Harry, sans être vraiment effrayé, était très impressionné.
Les fantômes, d'un blanc nacré et légèrement translucides, s'approchèrent du groupe d'enfants. Hormis leur apparence éthérée, ils ressemblaient pour la plupart à des êtres humains normaux. Seuls quelques-uns avaient le regard vide, le visage émacié et les mains presque squelettique, comme les morts-vivants auxquels s'était attendu Harry en lisant dans son livre que Poudlard était hanté.
« Voilà donc les nouveaux élèves, dit l'un d'eux, un gros fantôme vêtu d'un froc de bure et à l'air presque jovial.
– Ils n'ont pas l'air bien vaillants, ajouta un autre, vêtu d'un haut de chausse, d'un pourpoint et portant une fraise autour de son cou. »
Les fantômes inspectèrent les élèves, certains commentant leur allure et les comparant à ceux des années précédentes.
« Que certains m'ont l'air apeurés… dit l'un d'eux.
– Des sang-de-bourbe à coup sûr ! répondit violemment un autre, dont l'aspect était le plus terrifiant de tous.
– Ils n'ont jamais vu de fantôme ! s'amusa un troisième. »
Pour autant, la plupart restaient silencieux, se contentant de scruter les élèves en tournant autour du groupe, qui se resserra.
Harry aperçu alors Drago un peu plus loin ; il avait l'air parfaitement serein. Il n'entendit pas ce que le garçonnet raconta en riant aux deux garçons très costauds placés à côté de lui, mais il semblait se moquer des enfants nés-moldus figés d'effroi.
McGonagall revint alors, et lorsqu'elle frappa dans ses mains, les fantômes s'en allèrent comme un seul homme en continuant tranquillement de discuter.
« Allons-y, dit-elle sèchement aux élèves. »
Ils reprirent leur route, et après quelques mètres seulement, ils arrivèrent devant une porte à double battant presque aussi immense que celle du vestibule.
Les battants s'ouvrirent sur un signe de main de McGonagall, et les élèves firent leur entrée.
La salle était grandiose. Elle avait les dimensions et la grâce de la nef d'une cathédrale de style gothique. Les murs n'étaient qu'arcades et colonnades, et de grandes baies vitrées occupaient les espaces. Dans le mur du fond, il y avait également une immense baie centrale flanqué de deux plus petites de chaque côté. Toutes ces ouvertures contenaient un vaste ensemble de vitraux que Harry ne pouvait détailler d'aussi loin de nuit, mais qui semblait détailler toute sorte de personnages et de scènes.
L'éclairage provenait de centaines de chandelles qui flottaient à trois ou quatre mètres de hauteur, et qui donnaient à la salle une ambiance presque tamisée.
Harry leva alors les yeux. On aurait cru qu'il n'y avait pas de toit, car la voûte céleste et son infinité d'étoiles étaient visibles. Ce n'était cependant qu'une reproduction : un enchantement permettait de reproduire le ciel sur le plafond, en lieu et place de la charpente. Cette reproduction du ciel paraissait parfaite, et Harry en fut époustouflé. Il ignorait qu'il existait en réalité une légère différence avec le vrai ciel : le plafond ne prenait pas en compte les nuages, la pluie ou la neige, si bien que le ciel de la Grande salle était toujours dégagé et les étoiles lumineuses.
Dans la longueur de la salle, il y avait quatre immenses tables, sur les côtés desquelles étaient assis deux ou trois cents élèves installés sur d'innombrables bancs. Quoique portant tous les robes et le chapeau de cérémonie (un grand chapeau pointu noir), chaque table resplendissait d'une couleur portée en-dessous : rouge, vert, jaune ou bleu. Les filles, par-dessus leur chainse, portaient un long surcot de l'une des quatre couleurs ; quant aux garçons, ils avaient autour du cou un accessoire différent pour chaque table : jabot en dentelle verte, cravate courte rouge, fouloir noué jaune et lavallière bleue à grandes boucles.
Sans même considérer l'état des élèves de première année, ils avaient bien moins fière allure que leurs aînés.
Tout au fond, sur une estrade, il y avait une cinquième table positionnée dans la largeur ; c'était visiblement la table des professeurs, et une quinzaine de personnes y étaient installées, dont environ un tiers de femmes et deux tiers d'hommes.
Lorsque les portes de la salle s'étaient ouvertes, tout le monde s'était retourné pour fixer avec attention le groupe de première année qui venait d'entrer, détaillant et dévisageant chaque élève. La rumeur de murmure s'éteignait peu à peu, accentuant encore l'aspect accablant de la situation. Tout piteux, tête nue et dévisagés, la situation était différemment mais tout aussi désagréable que leur marche de nuit.
Abandonnant les nouveaux élèves terrifiés au milieu de l'allée centrale, McGonagall traversa la salle, et s'arrêta devant la table des professeurs, à côté d'un tabouret sur lequel avait été installé un chapeau pointu noir, passablement élimé et incrusté de poussière.
Le silence était désormais absolu.
« Le choixpeau va parler » annonça McGonagall.
Une sorte de bouche difforme s'ouvrit dans les replis du chapeau. Une voix lente, rauque et feutrée en sortit.
« Une nouvelle année commence de nouveau à Poudlard. Encore une fois, des élèves arrivent alors que d'autres ne sont pas revenus. Il en est ainsi depuis le commencement, et il sera ainsi encore longtemps. »
Il fit une pause.
« Comme chaque fois, j'ai la lourde tâche de répartir les nouveaux élèves dans les quatre maisons de Poudlard.
» Si vous êtes envoyé à Poufsouffle… »
Il y eut une salve d'applaudissements à la table à droite de l'année centrale, où les élèves portaient du jaune.
« … c'est que vous êtes juste et loyal, que vous portez les valeurs de l'entraide, de la tolérance et de l'indulgence.
» Si vous êtes envoyé à Serdaigle… »
Nouvelle vague d'applaudissement, à gauche de l'allée centrale cette fois, en bleu.
« … c'est que vous êtes sage et réfléchi, que vous admirez l'érudition et avez soif de connaissance.
» Si vous êtes envoyé à Gryffondor… »
Applaudissements nourris tout à droite, en rouge.
« … c'est que vous êtes courageux, que vous cultivez la force de caractère et la hardiesse.
» Enfin, si vous êtes envoyé à Serpentard… »
Applaudissements tout à gauche, en vert.
« … c'est que vous êtes ambitieux et déterminé, que vous désirez la puissance et le pouvoir. »
La bouche se referma, et toute la salle applaudit. McGonagall prit alors un parchemin posé sur la table, et appela les élèves dans l'ordre alphabétique.
« Abbot, Hannah » dit-t-elle d'une voie forte, qui résonna dans la salle et se perdit en écho.
Le souffle coupé, une jeune fille à nattes blondes s'approcha timidement. McGonagall souleva le choixpeau, et invita Hannah à s'asseoir sur le tabouret. Elle posa ensuite le chapeau sur sa tête ; il était suffisamment grand pour lui tomber jusqu'au niveau du nez.
« Poufsouffle ! » beugla le choixpeau.
Alors Hannah se leva et alla s'asseoir à la table des Poufsouffle sous les applaudissements de ses nouveaux camarades.
« Bones, Susan ! appela ensuite le professeur McGonagall.
– Poufsouffle ! » beugla une deuxième fois le choixpeau.
Et la cérémonie continua de cette manière. Parfois, le chapeau criait directement le nom d'une maison ; parfois, il se passait quelques secondes avant qu'une décision ne vienne.
Le groupe de première année fondait au fur et à mesure de la répartition, et Harry appréhendait son tour, de plus en plus angoissé. Parmi les élèves qui passèrent, Harry reconnu les deux camarades de Drago, qui furent tous les deux envoyés à Serpentard. Les autres, il ne les connaissait pas.
« Granger, Hermione. »
C'était la fille du train. Le menton relevé dans une attitude conquérante, elle s'avança et s'assis sur le tabouret.
« Serdaigle ! » cria rapidement le chapeau.
Elle se leva d'un air satisfait, et alla rejoindre les autres Serdaigle.
Il y eut quelques élèves de plus. Du groupe du départ, il ne resta alors plus qu'une moitié. Autour des tables, les élèves nouveaux déjà répartis, quoique perdus au milieu des autres, étaient parfaitement visibles : ils étaient les seuls à être nu-tête et à ne pas porter de couleur.
« Londubat, Neville » appela McGonagall.
Le garçon qui avait perdu son crapaud dans le train s'avança en chancelant. Tout le monde le regardait, et cela semblait le terrifier à un point tel que Harry cru qu'il allait tourner de l'œil.
« Poufsouffle ! » cria le chapeau.
Neville poussa un soupir de soulagement. Il se leva et se précipita vers la table des Poufsouffle, tellement pressé qu'il en oublia de rendre le Choixpeau. Il dut faire demi-tour sous les rires de dizaines d'élèves, ce qui manqua de l'achever, et il alla se rasseoir, la face rouge et la tête baissée, parmi ceux qui seraient désormais les siens.
Harry se dit que Neville serait bien à Poufsouffle, là où le soutien de ses camarades lui permettrait de tenir le coup. Et justement, il remarqua qu'à côté de celui-ci, un garçon plus âgé lui tapota l'épaule et lui souffla quelques mots, qui firent relever sa tête au garçonnet.
« Malefoy, Drago. »
Il avança d'un air assuré, soit qu'il eût déjà récupéré de sa terrible marche, soit plus vraisemblablement qu'il se donnât une prestance.
À peine sa tête eut-elle frôlée le chapeau que celui-ci s'écria « Serpentard ! ». Il alla s'asseoir avec ses camarades, un sourire en coin sur les lèves.
Il y eut ensuite quelques autres élèves, puis le professeur McGonagall entama les noms en P. Ils n'étaient plus qu'une douzaine.
Le tour de Harry arrivait à grand pas. Il ne savait pas combien d'autres élèves restaient avant lui, mais savait qu'ils seraient peu. Il se promit d'être fort, en s'avouant cependant qu'il était intimité.
« Potter, Harry. »
Alors qu'après autant d'élèves, l'intérêt pour la cérémonie était retombé, toutes les têtes se tournèrent brutalement vers lui, et les chuchotements furent si nombreux qu'un grondement se fit rapidement entendre.
« Quoi ? parvint à saisir Harry.
– Harry Potter ? Le Harry Potter ?
– C'est vraiment lui ? »
Auparavant aussi invisible que les autres, Harry devint la cible de toutes les attentions. Les élèves, pour le voir par-dessus leurs camarades, essayèrent de lever la tête le plus haut possible, de se pencher en avant ou en arrière, et certains se levèrent même carrément. Les élèves assis le long de l'allée central s'étaient retournés et Harry sentit leurs regards braqués sur lui alors qu'il s'avançait jusqu'au tabouret.
Le professeur McGonagall somma les élèves de se taire et de se rasseoir, mais même en criant, le bruit des chuchotis de centaines d'élèves la surpassait en intensité. Le regard de Harry croisa celui du professeur Quirrell, qui hocha la tête d'un air rassurant. Harry s'assit, et McGonagall attendit le chapeau à la main jusqu'à ce qu'un silence parfait s'installe.
Comprenant cela, les voix se turent une à une ; tout le monde voulait connaître la maison de l'élu.
Les élèves des bouts de tables situées devant l'estrade fixaient Harry avec curiosité, le dévisageaient, découvrant et jaugeant celui qu'ils n'avaient jamais vu mais connaissaient déjà tous.
McGonagall posa alors le chapeau sur sa tête.
Harry, surpris, entendit comme une étrange voix. Elle était similaire à celle que le chapeau avait durant son discours, mais semblait cette fois-ci venir de l'intérieur même du crâne de Harry, et semblait y résonner un peu comme dans une caverne, avec un effet d'écho qui la dédoublait.
« Hum… dit-elle. Je sens en toi des qualités. Je sens que tu veux réussir, et devenir puissant, mais je sens aussi que tu ne veux pas réussir pour toi, mais pour les autres. »
Il y eu un silence.
Face à lui, le temps semblait s'être arrêté, mais Harry n'aurait pas su dire si l'assemblée des élèves s'était figée à cause de la magie du Choixpeau, ou simplement parce que tout le monde retenait son souffle en attendant sa réponse.
« Il y a en toi un grand potentiel, et Serpentard serait la maison idéale pour cultiver cette envie légitime de grandeur ; mais je sais que tu mettras tout ton pouvoir au service des plus faibles, et Gryffondor serait la maison idéale pour te permettre d'accomplir cette volonté. »
Rien ne bougeait. Harry se sentait lui-même incapable d'esquisser le moindre mouvement. Il se sentait confus, ne comprenant pas les enjeux de ce qui se tramait juste au-dessus de sa tête. Il y avait en lui un mélange d'espoir et d'appréhension, mais tout comme le Choixpeau, il n'aurait pas été capable à cet instant de déterminer ce qu'il voulait.
« Voilà un intéressant dilemme. Chacune de ses deux maisons semble faite pour toi, mais dans un objectif différent. Aucune des deux solutions ne semble préférable pour toi, car toute deux t'apporteraient un accomplissement égal. Hum. Il vaut donc mieux t'envoyer à…
– Gryffondor ! hurla la voix du chapeau. »
À la table des Gryffondor, les élèves hurlaient de joie et tapaient dans les mains. Certains scandaient même son nom, et Harry entendit crier « l'élu est avec nous ! ». Encore sonné, Harry se dirigea vers eux comme s'il traversait une brume de confusion. Reprenant peu à peu ses esprits, il repéra les jumeaux Weasley, les seuls que Harry connaissaient un tant soit peu, et se dirigea vers eux. À son passage, des élèves lui donnèrent de grandes claques amicales dans le dos. Harry se sentit gêné de tant d'attention. Le voyant arriver, Fred et George l'attrapèrent sans ménagement et l'installèrent entre eux deux.
« Alors, petit cachottier… dit celui à sa droite.
– Tu nous as caché que tu étais le Grand Harry Potter ! » continua celui à sa gauche.
Ils avaient un air ravi.
« Ça ne se fait pas, de dissimuler ce genre de choses aux vieux amis ! reprit celui de droit en lui ébouriffant les cheveux.
– Ça suffit vous deux, laisser-le respirer ! »
C'était Percy, leur frère préfet, qui était assis en face. Il calma avec vigueur les élèves les plus proches, répétant qu'il fallait laisser Harry tranquille.
Il fut obéit, et Harry fut heureux de ne plus être assailli de toute part. Pour autant, les élèves le dévisageaient toujours, avec enthousiasme concernant les Gryffondor, avec curiosité et peut-être jalousie concernant les élèves des autres maisons. Et le brouhaha restait assourdissant.
Encore une fois, McGonagall dut intimer aux élèves de se taire. La cérémonie pu reprendre dans un calme relatif après quelques minutes.
Après plusieurs élèves, dont un autre garçon Gryffondor, arriva le tour de Ron.
Malgré toutes ses craintes, il fut envoyé à Gryffondor, à la grande joie de Harry, et il vint s'asseoir à sa droite. Il paraissait soulagé : puisque toute sa famille avait été à Gryffondor, il aurait été dévasté de ne pas y être.
La cérémonie se termina avec Blaise Zabini, qui fut envoyé à Serpentard.
« Trente-neuf élèves ont été répartis aujourd'hui, annonça le professeur McGonagall. Huit dans la maison Gryffondor, dix dans la maison Poufsouffle, onze dans la maison Serdaigle, et dix dans la maison Serpentard. »
Ensuite, elle replia le parchemin et emporta Choixpeau & tabouret.
Alors un personnage auquel Harry n'avait pas encore fait attention, se leva. Il s'agissait du directeur, Albus Dumbledore. Il portait de longs cheveux blancs et une longue barbe blanche tressée, et Harry aurait juré y voir des reflets argentés. Ses vêtements consistaient en une sorte de pyjama matelassé beige, et d'un bonnet de nuit. Chez les moldus (et surtout chez ses parents), un tel accoutrement aurait été considéré comme ridicule ; ici, non seulement cela ne semblait choquer personne, mais en plus Harry constata que parmi les autres professeurs, certains étaient tout aussi extravagants. Et, pour tout dire, il avait vu bien pire sur le chemin de Traverse.
« Bienvenue, dit-il. Bienvenue à tous pour cette nouvelle année à Poudlard. Avant que le banquet ne commence, je voudrais vous dire quelques mots. Les voici : nigaud ! gras-double ! bizarre ! pinçon ! Je vous remercie. »
Et il se rassit. Tout le monde se mit à applaudir ; Harry se pencha vers le jumeau de gauche.
« Il est un peu fou, non ? »
Le garçon fit la moue.
« Oui, dit-il simplement. »
Alors, tout à coup, le repas apparût. Là où il n'y avait que des plats et des cruches vides, apparurent viandes en sauce, légumes frits et jus de fruit. Harry n'avait jamais vu autant de nourriture en même temps, et n'avait jamais vu une telle diversité de mets et de boissons. Puisque tout avait l'air succulent, il se servit de tout ; à côté, Ron fit de même, le visage plein d'envie. Leurs assiettes débordantes, ils attaquèrent avec appétit.
La salle fut bientôt emplie des bruits des discussions et des couverts qui cliquetaient. Partout, des élèves d'années supérieurs (reconnaissables en raison de leur chapeau pointu et de leur accessoire de la couleur de leur maison) attiraient à eux ou envoyaient à d'autres des plats et des cruches, qui lévitaient d'un bout à l'autre de leur table. Ces sortilèges télékinésiques, associés à ce repas sorti de nulle part et à cette salle incroyable, émerveilla Harry plus encore que tout ce qu'il avait vu.
Pour autant, il fut submergé de questions, tous les élèves proches de lui à table essayant d'en apprendre un peu plus sur le fameux Harry Potter. Le flot de question cessa lorsque Percy, d'un air très autoritaire, leur ordonna une nouvelle fois de le laisser tranquille. Harry put alors manger sereinement. Tout comme dans le train, il sentit que l'année ne serait pas de tout repos.
C'était un festin grandiose, aliments en abondance et boissons coulant à flot, et toute l'inquiétude et la fatigue de la forêt semblait s'être envolée : Harry était confiant, enthousiaste, et même euphorique.
Peu à peu, des sujets de conversation emplirent la salle. Les élèves se racontaient leurs vacances, se plaignaient de devoir recommencer à étudier.
« Mais au fait ! lança soudain un élève assez âgé. Pour la coupe des quatre maisons, c'est dans la poche cette année !
– Ah bon, pourquoi ? s'étonna un autre.
– Ben parce que cette année, on a l'élu ! »
Un certain enthousiasme se répandit alors.
« Mais c'est vrai ! dit une fille en souriant.
– Carrément ! »
Harry ne savait pas trop quoi répondre : la coupe des quatre maisons était une récompense remise chaque année à la maison la plus méritante. Elle récompensait surtout les résultats scolaires, et Harry n'était pas certain d'être à la hauteur des espérances de ses camarades.
« Ben, heu… bredouilla-t-il lorsqu'on lui demanda s'il était confiant.
– C'est la dernière fois que je le dis : ça suffit ! s'écria Percy. Laisser-le tranquille. »
Les élèves se turent, mais lancèrent encore de petit clin d'œil à Harry, ainsi que des pouces levés, d'un air entendu.
Le calme revint à nouveau.
« T'inquiète pas, Harry, lança un des jumeaux. George et moi on va tellement rapporter de points que tu n'auras même pas besoin de nous montrer l'intégralité de ton colossal talent de mage surpuissant. Il suffira pour toi d'en faire le minimum, histoire de dire.
– Ouais, reprit George. Préserve toi pour quand tu seras ministre. Ne te sens pas obligé de faire mieux que tout le monde dès maintenant. »
Percy leva les yeux au ciel, ce qui voulait en dire long sur les capacités réelles des jumeaux, mais l'humour de leurs remarques rasséréna Harry. Il n'avait pas envie que tout le monde en attende trop de lui, et les jumeaux lui avait fait comprendre que ce n'était pas leur cas.
Lorsque tout le monde fut rassasié, les plats disparurent avec leur contenu, tout comme les restes présents dans les assiettes. Arrivèrent alors les desserts : tartes aux pommes et aux myrtilles, gâteaux divers, flans, riz au lait, salades de fruits, crèmes brûlées, charlottes aux poires, frangipanes, soufflés, clafoutis, pains perdus, etc.
Harry, qui avait déjà trop mangé, fut trop gourmand pour résister et prit, là encore, de tout ce qu'il put. Près de lui, Ron mit un chou à la crème entier dans sa bouche.
« On mange toujours aussi bien ici ? demanda Harry aux jumeaux.
– Oui et non, annonça l'un d'eux. Disons que d'ordinaire, tout est aussi bon mais qu'il y a moins de choix. Aujourd'hui, c'est la rentrée, donc c'est un peu exceptionnel ! »
Lorsque le repas fut terminé et que toute trace de nourriture eut disparu, Dumbledore se leva à nouveau.
« Maintenant que nous avons rassasié notre appétit et étanché notre soif, je voudrais encore dire quelques mots. »
Harry s'attendit à une nouvelle série absurde de mots. Ce ne fut pas le cas.
« J'aimerais tout d'abord saluer le retour parmi nous du professeur Quirrell, qui nous revient d'une année sabbatique. »
Il y eut des applaudissements dans la salle. Quirrell s'inclina sur son siège en souriant, visiblement touché.
« Le professeur Burbage, qui l'avait remplacé à la chaire d'Étude des moldus durant son absence, restera cependant en fonction cette année, car le professeur Quirrell sera désormais chargé des cours de magie de combat. »
Il y eut à nouveau des applaudissements, et une femme s'inclina à son tour.
« Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une bonne nuit. Nous nous retrouverons demain, premier jour de cours. »
À cette annonce, les applaudissements furent mous. L'idée de retourner travailler n'enchantait pas les élèves outre mesure. L'excès de nourriture et le sommeil n'aidaient pas.
Tout le monde se leva et commença à sortir de la Grande Salle. Percy, assisté de celle qui devait être sa collègue féminine, ressembla les première année de Gryffondor.
« Venez avec nous les nouveaux Gryffondor, nous allons vous guider jusqu'à notre salle commune et vous montrer vos dortoirs. »
La dizaine d'élèves les suivirent dans les couloirs tortueux de Poudlard. Sur leur chemin, ils furent de nouveau épiés par les personnages présents dans les tableaux et les tapisseries, certains passant là encore d'une œuvre à une autre pour les suivre. Ils montèrent quelques escaliers de services et en descendirent un autre, passèrent derrière des tapisseries ou des panneaux coulissants pour emprunter des passages dérobés et tournèrent à droite ou à gauche de nombreuses fois.
Poudlard paraissait être un véritable dédale, mais Harry suspecta Percy de faire tout cela uniquement pour impressionner les nouveaux élèves. Il était évident que ce n'était pas le chemin le plus court ; au contraire, même, ils devaient avoir fait des détours assez sérieux.
Finalement, ils s'arrêtèrent devant l'immense portrait d'une femme obèse vêtue d'une robe de satin rose.
« Le mot de passe ? demanda-t-elle.
– Caput draconis, répondit Percy. »
Alors le portrait pivota, découvrant un passage dans le mur. Cela les mena jusqu'à la salle commune de Gryffondor, où le petit couloir débouchait dans un angle.
La pièce était grande, et de jour elle devait être bien éclairée : il y avait de grandes baies vitrées sur les deux côté situés face à eux. Sur chacun des deux autres de part et d'autre de l'entrée, il y avait un immense âtre de cheminée, autour duquel étaient disposés des fauteuils, des canapés, des reposes-pieds et des tables basses. Au centre, il y avait des tables et des chaises. Il y avait en outre une mezzanine de bois ancien sombre qui courait tout autour de la pièce, à mi-hauteur, offrant un tiers de surface en plus, accessible par deux escaliers du même bois. Visiblement, c'était un lieu de vie habité, où les Gryffondor pouvaient tout aussi bien travailler que discuter.
La salle était déjà occupée par une quarantaine d'élèves, qui visiblement avaient non seulement eu le temps d'arriver mais aussi de se changer. Cela confirma les craintes de Harry au sujet des détours.
Percy les mena au travers de la pièce.
« Voilà les entrées des dortoirs » dit-il en désignant quelque chose devant lui.
Harry, absorbé par la vue, remarqua alors que dans l'angle opposé à l'entrée, entre les baies vitrées, il y avait deux ouvertures, menant chacune à un escalier de service.
« Ces escaliers mènent aux différents étages de la tour qui sert de dortoirs aux Gryffondor. Chaque étage est divisé en deux parties, avec un dortoir pour filles et un pour garçons. Il y a sept étages, un pour chaque niveau d'étude. »
Chaque année, les nouveaux élèves recevaient donc l'étage de ceux qui avaient quitté Poudlard l'année précédente.
« Il y a un escalier pour les filles et un pour les garçons, et il n'existe donc aucun passage entre les deux moitiés de la tour. »
Il avait dit cela en jetant un regard insistant aux quatre garçons.
Alors que la préfète menaient les filles dans leur dortoir, Percy conduisit Harry, Ron, et deux autres élèves nommés Dean et Seamus, jusqu'au dortoir du quatrième étage. L'escalier était étroit et raide.
Leurs bagages étaient déjà installés dans la petite pièce semi-circulaire, à côté de magnifiques lits à baldaquin à rideaux de velours rouge bordé de dentelle dorée. Chacun des quatre lits était accompagné d'une grande armoire, d'un bureau et d'une chaise, faits de bois patiné par les ans.
« Il est largement l'heure de vous coucher, prévint Percy. Je viendrai vous chercher demain matin à la première heure. »
Et il sortit. Tous épuisés, les garçons entreprirent d'enfiler leurs pyjamas pour se coucher. Ils ne réfléchirent même pas au choix des lits : ils se contentèrent de prendre celui à côté desquels on avait mis leurs affaires. Ouvrant leur valise, ils les découvrirent vides : tous leurs vêtements avaient déjà été rangés dans leur armoire respective. Quant aux affaires de cours, elles étaient elles aussi rangées : les livres dans l'armoire, le reste dans le bureau.
Harry se coucha dans le vieux lit, qui grinça beaucoup. Contrairement à son sommier de lattes, assez dur, celui-ci était fait de mailles métalliques et était très mou. Harry était repu et exténué. Tous soufflèrent leur bougie, sur leur table de chevet.
« C'est grand » annonça Harry les yeux mi-clos.
Par rapport à sa chambre de Privet Drive, c'était peu dire.
« Il aurait pu y avoir genre deux ou trois fois plus de lits, non ? »
Pendant un instant, il n'eut pas de réponse. Les autres dormaient-ils déjà ?
« Ouais, répondit finalement Ron. À l'époque de mon père, ils étaient beaucoup plus par dortoir. Mais il a toujours dit qu'avec la guerre, y avait eu des classes creuses et que du coup il y avait peu d'élèves à Poudlard ces temps-ci.
– Ah, dit Harry. »
Puis il s'endormit.
Version 1 du 22 mars 2015.
