Chapitre 6 : Le tout premier jour.

Le lendemain, lorsque Harry se réveilla, il faisait déjà jour. Encore un peu vaporeux, il se redressa dans son lit, et scruta la pièce autour de lui. Ni baldaquins à tenture, ni camarades de chambre ; simplement une armoire, un bureau, des étagères… Il était chez lui, au 4 Privet Drive. Dans sa chambre.

Il se frotta les yeux énergiquement, croyant qu'il dormait encore à moitié. Mais non : lorsqu'il les rouvrit, sa chambre était encore là.

Alors quoi ? Tout cela n'avait-il été qu'un rêve ? Son adoption, la magie, Poudlard, tout cela, il l'aurait simplement rêvé ? Il sentit de l'amertume dans sa bouche. Poudlard promettait d'être une magnifique aventure, et voilà qu'il s'avérait que ce n'était qu'un rêve, qu'une chimère qu'il ne vivrait jamais !

Harry s'assis sur le bord de son lit, le temps de se remettre les idées en place. Tout paraissait si réel, si vrai… Comment cela était-il possible ?

Il tenta de se lever…

… et chuta lourdement, tête la première.

Lorsqu'il se releva, un visage couvert de tâche de rousseur le fixait avec inquiétude.

« Ron ? s'écria Harry, incrédule.
– Et qui d'autre, patate ? lui lança celui-ci. Tu t'es pas fait mal au moins ?
– Non, non… J'ai juste fait un mauvais rêve. »

Ils étaient dans le dortoir, encore en pyjama. Dean et Thomas étaient en train de s'extraire de leur lit, visiblement avec difficultés.

Percy entra brusquement.

« Débout tout le monde ! lança-t-il avec entrain. Habillez-vous en vitesse, il est grand temps d'aller déjeuner ! »

Il était manifestement plus matinal qu'eux. Harry et ses camarades, il fallait le dire, en était encore à un âge où il est absolument nécessaire de faire une grasse matinée pour espérer être en forme après s'être couché si tard.

« Il est quel heure ? demanda Harry.
– Sept heures ! Il est plus que temps de se lever.
– Plus que temps… grommela Seamus, manifestement pas convaincu. »

Les quatre enfants s'habillèrent, et Percy les conduisit jusque dans la Grand'Salle. Le trajet dura nettement moins longtemps que la veille au soir.

L'immense salle paraissait moins impressionnante que la veille. Le fait qu'il fasse désormais grand jour, déjà, la rendait plus claire. La lumière tamisée de la veille, accompagnée de ses ombres, avait donné à la pièce un aspect mystérieux qu'elle n'avait désormais plus. Et puis la veille, la fatigue, la nouveauté, et ces centaines de regards lorsqu'ils étaient entrés… tout cela avait contribué à la magie du lieu.

Au-dessus de sa tête, un magnifique ciel bleu se projetait sur le plafond. La salle était pleine de vie : les élèves allaient en venait pour manger et boire, et il n'y avait qu'un peu moins d'une centaine d'élèves assis lorsque les enfants entrèrent. De chaque côté de la salle, ainsi qu'au fond, Harry pouvait admirer les vitraux qui irradiaient désormais. Harry ne comprenait pas le sens des scènes représentées, faute d'en reconnaître les personnages et les situations, mais elles étaient époustouflantes. C'était comme un lieu différent de la veille.

« Asseyez-vous, dit Percy. Après le déjeuner, il y aura une présentation du déroulement de l'année et des locaux. Après le dîner, vous aurez votre premier cours d'introduction.
– Comment ça, après le dîner ? s'inquiéta Harry »

Ça paraissait tard pour un cours.

« Oui, chez les moldus vous n'appelez pas les repas de la même manière, se rappela Percy. Ici, chez les sorciers, on a gardé les anciens noms : déjeuner pour le matin, dîner pour le midi et souper pour le soir. À la base, déjeuner, ça veut dire rompre le jeûne de la nuit. Disjejunare en latin. Enfin, vous verrez cela en cours.
– On a des cours de latin ? s'étonna Harry.
– Et de grec. Oui. »

C'était nettement moins intéressant que d'apprendre la magie…

« Allez, je vous laisse. J'ai déjà mangé, et j'ai encore des choses à faire. »

Sur ce, il tourna les talons et sortit.

« Mais il s'est levé à quelle heure ? demanda Harry à Ron.
– Cherche pas, tu te fais du mal, répondit celui-ci en se tartinant une épaisse tranche de pain. »

Harry s'intéressa alors à la table. Dean et Seamus s'était déjà copieusement servi.

Il y avait de tout, et Harry se trouva bien embêté de devoir choisir. Mais malgré le gargantuesque repas de la veille, il avait fait.

Alors il se servit un grand bol de céréales et une copieuse assiette d'œufs brouillés et de saucisses.

Quand ils eurent fini, la Grand'Salle s'était déjà peu à peu vidée de ses élèves, qui avaient quitté leurs bancs par groupes en l'espace d'une dizaine de minutes, partant plus ou moins tôt selon la distance qui les séparait de leur salle de cours. Il devait être huit heures moins cinq, et il n'y avait désormais plus qu'une dizaine d'élèves de première année à chaque table.

À la table des professeurs, le professeur Dumbledore, sur son trône, et le professeur McGonagall, à sa droite, étaient en pleine discussion. Harry ne pouvait pas percevoir le moindre mot de leur échange, même si tous les élèves s'étaient tus.

Lorsque le directeur se leva et quitta la salle en empruntant une porte dérobée située dans un angle, la sous-directrice sembla d'un seul coup s'apercevoir de leur présence.

« Eh bien, dit-elle, nous y voilà une fois de plus. »

Elle se leva, contourna la table et s'installa sur le devant de l'estrade, face à eux.

« Cette journée sera la première de votre scolarité. La première des cinq à sept ans que vous passerez dans cet établissement. Après cela, trois à cinq ans d'apprentissage vous attendent encore. »

La durée évoquée avait de quoi donner le tournis : ils n'avaient que onze ans, et n'entreraient véritablement dans la vie active que d'ici près d'une dizaine d'années.

Harry avait du mal à se le figurer.

« Dans l'heure qui suit, je vous expliquerai le fonctionnement de notre école. Ensuite, Mr Rusard, notre concierge, vous détaillera le règlement intérieur. Vous finirez la matinée avec vos préfets respectifs, qui détailleront l'organisation pratique de chaque maison. »

Elle fit une pause, balayant du regard l'assemblée éparse d'élèves.

« Mais tout d'abord, approchez-vous. »

Les élèves, dispersés dans la salle, se tassèrent au bout haut de la table de leur maison. Harry se retrouva entre Ron et une fille dont il ne connaissait pas encore le prénom.

« Bien. Déjà, passons rapidement sur les trophées, puisqu'il n'y a que cela qui semble vous intéresser. »

La coupe de quidditch et la coupe des quatre maisons étaient des prix remis chaque année, et chacune des deux était une grande fierté pour la maison qui la remportait. Il y avait un classement des quatre maisons, et arriver dernier était une honte.

« Tout d'abord, la coupe de quidditch. Il y a dix-huit matches dans l'année, soit environ une toutes les deux semaines. Le calendrier des rencontres est d'ores et déjà affiché dans les salles communes. Dix-huit matches en tout, cela fait neuf par équipe, et chaque équipe rencontre trois fois chacune des autres. Le trophée se remporte au nombre de victoire, et en cas d'égalité aux points. Le score maximal est donc de neuf victoires, ce qui n'arrive pratiquement jamais. »

Harry avait déjà lu tout cela dans ses livres. Il avait hâte d'assister à sa première rencontre de quidditch. Un sport de voltige pareil, ça devait être fantastique.

« La coupe des quatre maisons récompense la maison qui obtient le plus de points d'étude. Les points de chaque maison correspondent à la somme des points de chaque élève de cette maison, et ces derniers sont attribués selon plusieurs critères : réussite absolue – c'est-à-dire de bonnes notes, des réponses aux questions pendant le cours, etc. – et la réussite relatif – c'est-à-dire le progrès au cours de l'année, l'effort fourni, etc. Les élèves méritant rapportent ainsi des points même s'ils ne sont pas très bons. Il est cependant possible de perdre des points : des comportements inacceptables, en plus des habituelles corvées et punitions corporelles, peuvent faire perdre des points. »

Apparemment, les bêtises des élèves pouvaient, du moins dans certains cas, pénaliser toute leur maison…

« Concernant les horaires. Déjeuner de six à huit heures – dix heures les jours non travaillés. Cours du matin de huit heures à midi. À midi trente le repas est servi, et dure un peu moins d'une heure. Les cours reprennent l'après-midi de quatorze heures à dix-huit heures. À vingt heures trente le souper est servi. Les cours pratique d'astronomie ont éventuellement lieu ensuite. Si vous n'avez pas cours durant les tranches horaires que je viens de donner, vous aurez étude. En première année, ces études sont encadrées par les étudiants de cinquième année. »

Cela représentait beaucoup de travail…

« En dehors des horaires de cours et des repas, la bibliothèque est accessible à tous, et des salles de classes peuvent être allouées à des groupes d'élèves pour travailler. Les samedis, dimanches et jours de fêtes, il n'y a aucun cours. La bibliothèque et des salles de travail restent accessibles. »

Harry ne comprenait pas : ils étaient censés travailler en permanence ?

« La plupart de vos cours se feront en commun : deux maisons en même temps. En première année, vous aurez beaucoup de cours avec les professeurs eux-mêmes. Mais au fur et à mesure des années, vous aurez de plus en plus cours avec des assistants plutôt qu'avec les professeurs, et globalement vous aurez de moins en moins de cours… »

Des « ouais ! » résonnèrent.

« … et de plus en plus de devoirs » finit McGonagall.

Un « oooooh ! » général s'ensuivit.

« Pour rappel, il y a douze chaires à Poudlard. Donc douze professeurs qui assurent une trentaine de cours différents en fonction des années. Certains ont des assistants pour assurer une partie des cours. Les douze chaires sont, dans l'ordre alphabétique : apothicairerie, astronomie, athlétisme, botanique, étude des moldus, histoire, incantation, langues anciennes, magie de combat, métamorphose, occultisme, zoologie. »

McGonagall regarda ses élèves, comme pour vérifier qu'ils assimilent bien ce qu'elle disait.

« En plus des cours avec les professeurs et des cours avec les assistants, il y a les séances de monitorat, qui sont encadrés par les élèves d'années supérieures. Là encore, ce sont les cinquième année qui s'occuperont de vous. Ces monitorats seront l'occasion de travail en groupes autonomes, notamment. »

Une main se leva. C'était un garçon de Poufsouffle, si Harry avait bonne mémoire.

McGonagall lui donna la parole.

« Pourquoi on a pas des cours normaux ? »

La vieille dame leva les yeux au ciel.

« Chaque année, on me pose cette même question. Je vais y répondre. »

Elle se racla la gorge.

« Il n'y a en effet pas de cours de grammaire ou de calcul. Tout ce dont vous aurez besoin à ce niveau-là vous sera inculqué, si je puis dire, sur le tas. Des notions de géographie seront abordées en histoire, des notions de géométrie et de trigonométrie en astronomie, et cætera, et cætera. »

Elle fit une pause.

« Cette école est surtout là pour vous enseigner ce dont vous aurez besoin dans votre vie personnelle et professionnelle. Apprendre à maîtriser la magie, mais aussi des choses plus terre à terre. Mais du concret. Le reste importe peu, et vous aurez tout loisir de vous y intéresser si le cœur vous en dit. Nous serons là pour épauler toutes vos envies de connaissance, mais je le dis et je le répète : notre conviction est que l'on apprend mieux par l'expérience et la pratique. L'école élémentaire vous a déjà enseigné les rudiments de la grammaire et du calcul, et vous n'aurez désormais plus de cours spécifique là-dessus, mais uniquement une mise en pratique quotidienne qui sera sanctionnée par des pertes de points en cas de faute d'orthographe ou d'erreur de calcul. »

Elle regarda sa montre.

« Bien. Cela étant dit, il est grand temps de vous confier à Mr Rusard, qui vous expliquera les bases de notre règlement intérieur. »

Elle fit se lever les élèves, et ils la suivirent à l'extérieur de la Grand'Salle. Ils marchèrent un bon moment, et débouchèrent finalement sur l'immense vestibule par lequel ils étaient entré la veille.

Au milieu du vestibule, le concierge les attendait.

Rusard était un homme passablement âgé, un peu voûté, avec de longs cheveux filasse noués en catogan. Il portait une livrée à l'ancienne, avec une veste brun et beige à col relevé descendant jusqu'aux genoux, une tunique blanche, un pantalon court assorti à la veste, des chaussettes atteignant le haut du mollet, et des chaussures de cuir.

Il n'y avait sur son visage aucune ride de sourire, mais de nombreuses rides au niveau de son front et des coins de ses yeux, un peu comme s'il n'avait jamais eu d'autres expressions dans sa vie que du mécontentement et de l'irritation.

Et justement, il jetait un regard noir aux élèves.

« Il est arrivé à Poudlard quand mes parents y étaient, chuchota Ron à Harry, et il paraît qu'il était déjà vieux à l'époque. »

McGonagall confia les élèves à Rusard.

Après avoir tourné autour d'eux, la chatte de l'homme, Miss Teigne, vint s'asseoir à côté de son maître. Elle avait l'air tout aussi revêche que lui. L'animal semblait d'ailleurs tout aussi âgé que son maître : elle était décharné et son poil grisâtre.

« Je me présente : Argus Rusard. Je suis, entre autres fonctions, chargé de la discipline à Poudlard. Il est de mon ressort d'assurer le calme et l'ordre dans l'enceinte de l'école. Aujourd'hui, je vais tenter de vous inculquer les règles qui régissent Poudlard. Et durant toute votre scolarité, je traquerai le moindre écart et punirait sévèrement tout manquement. Est-ce clair ? »

Personne ne répondit.

« Je vais maintenant vous lire le réglèment intérieur. »

Il sortit d'une poche de sa veste un vieux morceau de papier usé par le temps, le déplia et se racla bruyamment la gorge.

« Article 1. Le règlement intérieur de Poudlard est lu à haute et intelligible voix le premier jour de la scolarité de chaque élève. Il est également affiché dans chaque des salles communes. Nul élève n'est censé ignorer son contenu, et chaque faute sera punie même en cas de bonne foi manifeste. »

Harry n'avait pas compris la moitié de l'article.

« Article 2. La classe dure depuis huit heures du matin jusqu'à midi, et le soir depuis deux heures jusqu'à six. En l'absence de cours durant cette période, les sorties du bâtiment ne sont pas autorisées et les élèves sont tenus de rester à la bibliothèque ou dans les espaces communs. »

Jusque-là, il s'agissait surtout de redite de ce que la directrice adjointe leur avait dit.

« Mes frères George et Fred disent toujours que Rusard détestent les élèves, chuchota Ron.
– C'est vrai qu'il a pas l'air commode… admit Harry.
– En même temps, concéda Ron, ils arrêtent pas de faire des bêtises et sont tout le temps punis. Presque toutes les semaines, ma mère reçoit une lettre de Poudlard pour lui annoncer qu'ils sont punis.
– Sérieux ? s'étonna Harry. »

Il avait intérêt à se tenir à carreau : si les Dursley recevaient ce genre de courriers, ça risquait de mal se passer.

« Ouais, ouais. Des fois j'étais là quand elle les recevait. Ben chaque fois elle gardait la lettre dans un placard, elle pendant les vacances elle ressort toutes les lettres en leur lit à haute voie avant de les engueuler. Ça prend la journée, presque. »

Pendant ce temps, Rusard continuait sa lecture.

« Article 8. Il est défendu d'apporter à l'école aucuns livres que ceux qui seront en usage dans l'école. Article 9. Il est défendu aux élèves de parler ou de sortir de leur place sans permission. »

Harry commençait à trouver le temps long. Il regarda les autres élèves, qui s'ennuyaient également. La plupart n'écoutaient plus, et certains chuchotaient épointement.

« Silence ! beugla Rusard. »

Tous les élèves sursautèrent et se turent.

« Article 12. L'indiscipline, l'inapplication et la mauvaise conduite seront punis chez tous les élèves. Article 13. Les punitions qui peuvent être infligé aux élèves sont : la mise à genoux pendant une partie de la classe ou de la récréation, la privation de sortie en dehors des heures de cours pour une durée de plusieurs heures voire plusieurs jours selon la nature de la faute… »

Un tumulte se fit alors entendre, et le concierge s'arrêta au milieu de sa phrase.

« Ah non, pas encore ! » cracha-t-il entre ses dents.

La quarantaine d'élèves se regarda d'un air d'incompréhension, cherchant l'origine du bruit et tentant de repérer si l'un des élèves semblait savoir ce qui se passait.

Le tumulte se transforma en hurlements et en bruits de métal frappé.

Tout à coup, de plusieurs couloirs, surgit une nuée d'élèves masquant leur visage à l'aide de foulards, cagoule ou accessoires divers, et frappant divers objets les uns contre les autres pour faire le plus de bruit possible. Certains avaient même des trompettes ou d'autres instruments de musique.

Avant que les élèves de première année n'aient pu réagir, la nuée était sur eux. Alors les projectiles fusèrent : certains reçurent des œufs, de la farine et de l'eau, d'autres du miel et des plumes.

L'attaque dura un éclair, et la nuée disparut aussi vite qu'elle était arrivée.

Rusard, stoïque, faisait face aux élèves, encore sonnés par le bruit et médusés par l'attaque, qui étaient tous recouverts de nourriture collante et visqueuse.

Harry, reprenant seulement ses esprits, s'aperçut cependant qu'il était presque propre : il n'avait, apparemment, reçu que quelques bouffées de farine destiné à d'autres élèves. Personne, semble-t-il, n'avait osé prendre pour cible l'Élu…

Rusard, lui, était immaculé. Peut-être que les assaillants avaient trop peur pour s'en prendre à lui. Et peut-être aussi qu'il ne s'agissait que d'un bizutage auquel le concierge n'avait évidemment pas droit.

Immaculé mais manifestement furieux.

« Je me demande parfois pourquoi je continuer à m'escrimer. »

Il sortit d'une poche un sifflet.

« Je vais abréger tout ceci. J'avais presque fini, de toute façon. Rappelez-vous que le réglement est placardé sur chaque panneau d'affichage de cette école et que nul n'est censé ignorer son contenu. »

Il siffla.

Rapidement, les huit préfets de cinquième année, un garçon et une fille de chaque maison, arrivèrent pour récupérer les élèves de leur maison respective. La plupart ne purent retenir en sourire en voyant le piteux aspect dans lequel ils étaient.

Chaque binôme de préfets appela sa maison, et chacun partit dans une direction différente.

Alors qu'ils longeaient un couloir, Percy se pencha vers son frère.

« Les jumeaux ? demanda à voix basse Percy, qui souriait jaune.
– Oui, reconnu Ron. Ils étaient masqués, mais j'ai bien vu leurs cheveux roux.
– Rusard les a reconnus ?
– Je pense pas.
– Tant mieux. »

Ils arrivèrent devant la salle commune, et après avoir donné le mot de passe, Percy fit entrer les huit élèves. Ils s'installèrent dans un coin. À côté d'eux, un immense panneau d'affichage croulait sous les mots placardés.

« Bien. Nous allons vous expliquer comment fonctionne l'école. Le professeur McGonagall a déjà dû vous expliquer les horaires de cours. »

Les élèves acquiescèrent.

« Rassurez-vous, il y a également des pauses. Vous aurez aux alentours de dix heures le matin et de seize heures l'après-midi une récréation de durée variable. Cela dépendra de l'heure à laquelle vous lâchera le professeur. »

Des élèves assez âgés passèrent en rigolant. L'état lamentable des enfants semblait amuser tout le monde, mais eux étaient plutôt dépités.

« En dehors des cours et des repas, vous avez quartier libre. Vous pouvez aller où vous voulez, y compris dehors. En première année, le couvre-feu dure de dix heures du soir à six heures du matin. Il faut alors être dans les quartiers communs, même si vous n'êtes pas obligés de rester dans votre chambre. Vous pouvez vous coucher et vous lever aux heures que vous voulez, à condition d'être à l'heure en cours et de ne pas trop y bailler. »

La préfète, dont Harry ignorait le nom, prit la parole.

« Si vous avez des questions sur quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir voir Percy ou moi. Nous sommes là pour ça. Au début nous allons vous guider, pas d'inquiétude, et tout le monde sera assez gentil avec vous.
– Disons pendant le premier mois, coupa Percy. Ensuite, vous n'aurez plus d'excuse.
– Tout à fait. Maintenant, passons à une partie qui va vous plaire : l'hygiène. Les filles avec moi, les garçons avec Percy. Vous allez pouvoir vous débarbouiller, finit elle avec un sourire affectueux. »

Les élèves se dirigèrent vers les escaliers. Les chambres étaient toutes situées vers le haut, mais cette fois ils descendirent. Garçons et filles chacun de leur côté.

Percy et les quatre garçons suivirent le petit escalier en colimaçon.

« Vous avez déjà vu qu'il y avait un pot de chambre sous vos lit, j'imagine. Et il y a dans les chambres de quoi faire des ablutions chaque matin. »

Ils débouchèrent dans une salle assez basse. Il y avait au milieu des bacs en bois, et dans le fond un système de chauffage à charbon pour l'eau. Contre les murs, toute sorte d'objets nécessaires aux bains.

« Deux fois par semaine, vous aurez droit à un vrai bain ici même. Consultez le panneau pour les horaires : chaque niveau a droit à une matinée et une soirée réservées dans la semaine. »

Il désigna le poêle tout au fond.

« De l'eau chaude est à votre disposition, et si besoin vous pouvez en faire chauffer plus. »

Percy claqua dans ses mains, et des vêtements propres apparurent.

« Nous nous étions préparés à une nouvelle attaque à la farine. Changez-vous, lavez-vous un peu la figure, et rejoignez moi ensuite en haut. »

Il commença à partir.

« Ah oui, hormis tout cela, des latrines sont disséminées dans tous le château. »

Il sortit.

Les quatre garçons se déshabillèrent, nettoyèrent leurs mains et leur visage, et enfilèrent avec satisfaction les vêtements frais et propres qui avaient été descendus de leur chambre.

Lorsqu'ils remontèrent, il fallut encore attendre quelques minutes les filles.

« Elles doivent se laver les cheveux, lança Percy. »

Lorsqu'elles arrivèrent, le groupe se dirigea vers la vitrine à trophée. Elle était pleine de nombreuses coupes et médailles, ainsi que de photos d'époque. Au moins un siècle s'étalait sous leurs yeux.

« Nous allons finir la matinée en vous donnant vos attribut. Vous porterez fièrement, à partir de maintenant et jusqu'à votre sortie de Poudlard, les couleurs or et rouge de Gryffondor. »

Percy distribua à Harry et à ses trois camarades leur cravate courte rouge, identique à celle que portaient tous les autres garçons de la maison.

Pendant ce temps, leurs camarades filles reçurent leur surcot rouge. Une sorte de grande tunique sans manche qu'elles enfilèrent par-dessus leur tunique blanche.

« Vous voilà prêts ! » affirma Percy en souriant.


Après le dîner (c'est-à-dire le repas de midi), la quarantaine d'élèves de première année avaient été rassemblés dans un une sorte de petit amphithéâtre. Il y avait une huitaine de rangé d'une douzaine de place, avec deux couloirs perpendiculaire traversant les rangés. Les bancs étaient faits d'un bois massif, ciré d'un marron assez foncé.

Tout en bas, au niveau d'une estrade vers laquelle étaient tournés tous les bancs, il y avait un petit bureau. Le professeur était debout sur ce bureau.

Filius Flitwick, professeur d'incantation, devait mesurer à peine plus d'un mètre de haut. Il portait des robes de sorcier vert foncé qui étaient suffisamment grandes pour cacher complètement ses mains et ses pieds. Cela, ajouté à sa grande barbe blanche touffue et son bonnet assorti, faisait qu'on ne voyait de lui que le nez, les yeux et les oreilles.

« Bienvenue à tous ! » s'exclama-t-il d'une voix fluette mais cependant forte et enjouée.

Les élèves s'installèrent. Harry, qui ne voulait pas sentir sur sa nuque le regard de toute une classe pendant deux heures, se mit le plus au fond possible. Ç'aurait été trop pesant : même sans les voir, il aurait su tous les regards braqués sur lui une fois encore.

« Bienvenu à ce petit cours d'introduction. Vous n'aurez rien à faire. Seulement à m'écouter, sans même prendre de notes. »

Cela tombait bien, Harry ne savait pas prendre de notes.

« Je vais tenter de vous faire appréhender ce qu'est la magie, durant ce cours. De vous faire toucher du doigt ce qu'elle est. »

Il détailla les élèves.

« Je crois bien reconnaître certains d'entre vous, ou du moins je devine qui sont certains. Mais peu importe. Vous avez tous déjà vu de la magie : même ceux qui sont nés dans une famille sans pouvoirs en ont fait eux-mêmes un peu. Mais sans le savoir, sans vraiment le vouloir. Sans le contrôler, sans le comprendre. Il est nécessaire de comprendre cette énergie qu'est la magie. Cette force est en vous, mais il faut la comprendre pour réussir à s'en servir. »

Il frotta ses doigts contre ses pouces.

« Il faut toucher du doigt ce qu'elle est. Lorsque vous parviendrez à sentir cette puissance, vous pourrez la contenir ou la libérer à loisir. »

Il se déplaça d'un côté à l'autre du bureau.

« La magie spontanée, reprit-il, celle que vous faite déjà tous, de temps à autre, doit être canalisée pour pouvoir être utiliser quand nécessaire et tut dans le cas contraire. Actuellement, vous ne contrôlez pas vos pouvoirs : c'est notre rôle à nous, professeurs, que de vous enseigner à le faire. Il faudra beaucoup de temps avant que vous ne parveniez à votre plein potentiel, mais votre travail sera récompensé, soyez en sûr. Très bientôt, vous n'aurez plus de ces accidents magiques qui surviennent en cas de forte émotion. Vous parviendrez à juguler votre pouvoir. Ensuite, vous parviendrez progressivement à libérer votre magie à loisir. »

Il sortit, comme de nulle part, sa baguette magique. De sa manche, pensa Harry, mais il n'en était pas certain.

« Cet instrument vous aidera. La baguette, ainsi que d'autres objets dont nous reparleront un jour, agit en tant que canaliseur. Mais gardez bien en tête ceci : seule une volonté d'acier vous permettra de réussir. C'est la volonté du sorcier qui lui permet de faire de la magie. La baguette n'agit que comme un aide, un guide, qui n'est pas absolument nécessaire. »

Harry ignorait qu'on pouvait faire de la magie sans baguette. Il pensait que cela était obligatoire.

« Il est tout à fait possible de faire de la magie sans le moindre instrument. »

Rangeant sa baguette, il agita son index droit et fit s'envoler la chaise de son bureau.

« Voyez comme j'utilise mon simple doigt comme une baguette. Et je n'ai même pas réellement besoin de l'agiter ainsi, puisque tout est question de volonté. Le mouvement, tout comme l'incantation, ne servent que comme d'une aide. Vous pouvez vous en passer. »

Il mit ses mains dans son dos, et fit redescendre la chaise jusqu'à sa place. Elle se posa en douceur sans le moindre bruit.

« Néanmoins, la baguette est plus qu'un objet symbolique. De par sa composition, elle apporte quelque chose en plus. Elle permet de faciliter l'usage de la magie, et même de le renforcer. D'ailleurs, chaque baguette est en cela différent : selon sa composition, les résultats pourront varier légèrement. Par exemple, les baguettes contenant des barbes de plumes de phénix sont plus propices aux sortilèges de construction ou de réparation, alors que celles contenant des fibres musculaires de dragon sont plus propices aux sortilèges de destruction. »

Il ressortit sa baguette.

« Ainsi, vous ne verrez jamais un sorcier se battre sans elle – à moins qu'il n'y soit contraint par la force des choses, bien évidemment. Parce que se battre sans baguette, c'est partir avec un léger handicap qui peut cependant faire la différence. »

Devant Harry, les étudiants semblaient boire les paroles du vieux professeur. Surtout les élèves que Harry avait repérés comme étant comme lui issu de familles non-sorcières.

En fait, Harry décrochait un peu. Tout cela lui paraissait bien théorique. Il avait hâte de s'y mettre vraiment, concrètement.

Il détailla à nouveau le petit professeur.

« Il ressemble un peu à un gobelin » remarqua-t-il tout à coup.

Il n'avait pas fait attention, c'était sorti tout seul. Mais heureusement, il l'avait dit à voix basse.

« Mes frères disent qu'il a du sang gobelin, ouais, confirma Ron. C'est un peu contre-nature, mais ça expliquerait sa taille et ses oreilles. »

Et en effet, Flitwick ressemblait beaucoup à un gobelin. Avec cependant les trais moins marqués, moins caractéristiques (notamment en ce qui concernait le nez et les doigts). Il était également un peu plus grand.

Et puis il portait la barbe, ce qu'aucun gobelin que Harry n'avait vu à Gringott ne faisait.

« Le chemin est long avant de parvenir à maîtriser la magie. Il nous faudra tout un bon mois avant que vous ne parveniez à déplacer le moindre objet à distance. »

Harry fut déçu. Il espérait des progrès rapide. Mais cela était logique, quelque part.

« Et il faudra encore plus de temps avant que vous parveniez à contrôler finement la trajectoire d'un objet. Pour tout vous dire, il vous faudra cette année entière avant d'être capable de déplacer un verre sur plus d'un mètre sans le casser en le laissant échapper à votre esprit ou simplement en le reposant trop violemment. »

Cela risquait d'être long, mais le résultat en valait la chandelle ! Lorsque Harry voyait ce dont étaient capables certains, il était prêt à patienter pour atteindre un tel résultat. Quoi qu'un an pour ne pas casser un simple verre…

Le cours arrivait sur la fin.

« Après ce petit cours d'introduction, nous commencerons véritablement les cours demain. Il n'y donc évidemment pas de devoirs pour le moment. Je vous reverrai pour ma part mercredi, pour mon cours sur les sortilèges et les enchantements. Je vous expliquerai tout d'abord la différence entre ces deux types d'incantations, puis nous passerons directement à la pratique des sortilèges – nous n'aborderons pas les enchantements cette année. Mon cours d'incantation, vous le constaterez, est très peu théorique et fortement pratique. »

Harry sortit de ce cours dépité. Il était très décevant de comprendre qu'il n'arriverait à faire de la vraie magie qu'après de long mois… En deux heures, le professeur Flitwick avait douché ses espoirs de grandeur.

Il lui faudrait de la patience.

Et peut-être qu'il y avait des choses plus simples que de faire voler des objets. Au repas de midi, Harry avait vu les jumeaux faire des flammes, et ça n'avait pas l'air bien complexe, même s'ils avaient failli mettre le feu aux cheveux d'une fille.


Version 1 du 1er août 2016.