Chapitre 2

J'ouvre difficilement les yeux, ébloui pas la lumière qui parvient du hublot. Où suis-je ? Je tâtonne autour de moi jusqu'à trouver l'ouverture de la porte, assez facilement à vrai dire. Je sors doucement, avant de lâcher une exclamation de surprise : je m'enfonce dans le sol ! Heureusement, pas de beaucoup. Je touche prudemment cette couche blanche qui recouvre le sol. Qu'est ce que c'est ? Un produit pour améliorer la qualité du sol peut être ? Puis ça me revient d'un coup : de la neige ! J'en avais vu mais une seule fois, ça avait bloqué le commerce au niveau de la Terre et ils ont dû venir trouver les terriens pour savoir comment l'arrêter. Et je me rappelle aussi leurs têtes dévastées quand ils ont compris qu'il n'y en avait pas.

Je rigole tout seul à ce souvenir, avant de me figer. Est-ce qu'il y a des caméras cachées ici, comme sur le vaisseau ? Au cas où, je vais me changer dans la machine hein. J'enfile le costume de héros et cache mon uniforme de prisonnier dans le fond de l'appareil. Je remarque une chaîne, glissé dans le costume à côté de sortes de lunettes de ski, un sport très privilégié par les riches touristes qui viennent sur Terre. Quoi de plus amusant qu'un loisir d'une espèce disparue ? Mon visage se ferme alors que je passe la seconde bague le long de la chaîne avant de la passer autour de mon cou puis sous le costume. Je place les lunettes sur mon front, après tout elles doivent bien servir à quelque chose.

Green m'a dit de me faire repérer par les héros. Comment ? Est-ce que je suis sensé faire un crime ? Ou peut être juste si je vais très vite en traînant dans une grande ville… Oh, en parlant de ville… Je vais par où ? Parce que c'est bien beau tout ça mais je n'ai aucune idée de où je suis. Bon, déjà, cacher la machine, après on verra. Je la déplace avec difficulté jusqu'à un amas de rocher, je la place derrière des plantes entre deux rochers. Ni vu ni connu. Sur ce, je prends une direction au hasard, en espérant que les héros viendront vite. Malheureusement, à pleine vitesse, je me prends plein de saletés dans les yeux. Ah, voilà l'utilité des lunettes. Même si on dirait un skieur bariolé. C'est vrai que le costume rouge et jaune ça passe pas partout. Mais bon, le but est de se faire remarquer, non ?

Je cours à toute vitesse. Contre toute attente, j'arrive plutôt rapidement à une ville. Et grande apparemment. Je m'arrête pour prendre à manger, mais je me rends alors compte que je n'ai pas d' « argent ». Une sorte de… Monnaie ? Oui, voilà, c'est ça ! Je l'avais lu mais je ne voyais pas du tout ce que ça pouvait être, à quoi ça pouvait ressembler. Il faut travailler pour en avoir. Bon sang, je n'ai aucune idée de comment faire. Est-ce que je suis sensé demander aux gens qui passent où trouver du travail ?

Je secoue la tête pour me concentrer. Revenons à la mission : se faire repérer par les héros. Je me remets à courir dans tous les sens, faisant plusieurs fois le tour de la ville. Finalement, j'entends des coups de feu. Un son malheureusement plutôt familier, associé à ceux qui essayaient de se révolter et finissaient fusillés. Une arme est une arme, elles font tous le même bruit. Je m'approche, peu sûr de moi. Des hommes habillés de noir sortent d'un grand bâtiment avec de gros sacs. Je m'approche lentement. Il y a des caméras autour, les trois hommes tirent en l'air pour effrayer les policiers et les faire reculer. Ils passent juste devant moi.

Sans réfléchir, j'attaque celui de derrière, lui retire son arme, lui brisant le poignet au passage. Puis, je tire près des jambes des deux autres, et je profite de leur surprise pour leur enlever leurs armes. Aussitôt, les policiers se ruent sur les trois braqueurs et leurs passent des menottes. Je frissonne : je sais à quel point c'est désagréable.

Alors que je m'apprêtais à partir, lâchant les pistolets au sol, une main se pose sur mon épaule, m'arrêtant brusquement dans mon élan. Je me retourne lentement.

-Je peux savoir qui tu es ? Demande-t-il.

Je me retourne lentement, pour voir un héros. Reconnaissable par son costume bariolé. Il ressemble à celui de mon père, avec un éclair sur la poitrine.

-Tu as un lien de parenté avec Flash ?

-C'est mon oncle. Mais comment est ce que tu peux ne pas être au courant ?

Je fais un sourire gêné, mal à l'aise. Il est le neveu de mon père, ce qui fait qu'il est mon cousin. C'est dur de se dire ça, je suis habitué à me dire que Mamy est ma seule famille.
Enfin, il a les cheveux roux aussi, ça me rassure c'est de famille ! Mais les miens le sont moins, tout de même.

-Kid Flash, qu'est ce qu'il se passe ? Demande un gamin à ses côtés.

Oui, un gamin. Il doit avoir dans les 14 ans. Bon, ce n'est que deux ans de moins que moi mais ça me laisse le droit de l'appeler « gamin ».

-Encore un gamin irresponsable qui pense pouvoir être un héros Robin, répond mon cousin.

Bien tiens, en parlant de gamin…

-Gamin d'accord, irresponsable d'accord. Mais, sûrement pas un héros.

-Ah oui ? Se moque le brun nommé Robin. C'est pour ça que tu es habillé comme ça ?

-Non, c'est juste pour le fun ça, pourquoi ? J'ironise.

-Qu'est ce que tu fais là bon sang ? M'interroge le premier, qui semble beaucoup moins patient.

D'accord, il vaut mieux que je parte et me fasse repérer par de VRAIS héros. Je n'ai jamais entendu parler de ceux là. Je me dégage brusquement de sa poigne et part en courant.

J'avais peut être oublié une chose… Lien de parenté avec Flash… Veut dire superpouvoirs, lui aussi. Il me rattrape et se met à ma hauteur.

-Pas mal. Mais un troisième comme ça, ça fait trop ! Il va finir par poser des droits d'auteur !

Je rigole à sa blague, il a le même humour que moi cet idiot.

- Il n'oserait pas faire ça à sa famille !

-Comment ça ? Je t'ai jamais vu, t'es pas de la famille ! Tu t'appelles comment ?

-Je suis dans ta famille, mais je dois avoir quatre ou cinq ans, je marmonne, trop bas pour qu'il puisse entendre. Au sens général du terme, je dis ça parce qu'on a les même pouvoirs, j'explique plus haut. Je m'appelle Impulse.

Il hoche la tête, reprenant son grand sourire, auquel je réponds bien sûr. De toute façon, je souris en permanence. On s'arrête de courir en plein milieu du centre ville. Il est essoufflé, ça se voit à sa respiration rapide. Mais il fait tout pour le cacher et reste bien droit, fier.

-Pas mal pour un gamin, il sourit. Tu viens d'où ?

J'hausse les épaules, il ne me croira pas, c'est sûr. Je dois inventer très vite un mensonge. On je peux mentir par omission.

-Je viens pour arrêter les Reach.

Ses sourcils se froncent brusquement.

-Qu'est ce que tu sais sur les Reach ?

-Plus que toi. Plus que tout le monde. Je viens pour empêcher le futur.

-Tu ne m'as toujours pas répondu, d'où viens-tu ?

-…Du futur justement.

Il éclate de rire alors que je soupire fortement : j'en étais sûr. Il finit par arrêter de rire quand il voit que je suis sérieux.

-C'est quoi ton problème ? Il demande.

-On est quel jour ?

-Mardi…

-La date.

-15 mars 3006.

-Les Reach sont déjà arrivés sur Terre, ils font actuellement une promotion pour leur nouvelle boisson. Boisson qui va rendre l'humanité inoffensive si on y ajoute un autre produit qu'ils vont cacher dans des biscuits.

Il soupire fortement en passant une main dans ses cheveux.

-Ecoute, n'importe qui pourrait savoir ça et inventer pour les gâteaux, tu n'as aucune preuve !

Je pourrai lui proposer de faire des analyses sanguines pour prouver que je suis le fils de Flash mais je ne tiens pas à ce que qui que ce soit le sache.

On se regarde longuement, une des premières fois où je suis sérieux et où je ne souris pas. Il finit par déclarer :

-Je peux demander à Miss Martian de lire dans tes pensées pour prouver ton histoire.

-C'est la martienne ?

Il hoche positivement la tête.

-Kid ! L'interpelle le gamin de loin.

Il a l'air d'être énervé d'avoir été laissé de côté, ce qui me fait éclater de rire, je suis vite rejoint par Kid. Le brun me lance un regard noir avant de demander, rageur :

-Donc, on en fait quoi de cet attardé mental ?

-On l'emmène au QG, répond mon cousin, amusé.

Robin ne dit plus un mot, de tout le trajet. Il semble vexé mais il a trop de fierté pour le dire clairement, il bougonne dans son coin, ce qui me fait bien rire.

Nous arrivons finalement au palais de justice, un grand endroit qui contient une sorte de musée des héros pour assouvir la soif de connaissance des curieux. Cependant, la vraie base est en orbite autour de la Terre. Mais Papy ne savait pas comment ils faisaient pour aller de l'un à l'autre.

Ils m'emmènent au sous-sol. Sur le chemin, je pense à ce que je vais faire quand je croiserai Blue Beetle. Deux options : celle de la raison, je le tue pour réduire les chances des Reach au minimum, ou celle du cœur, je l'aide à vaincre les envahisseurs. Je ne sais absolument pas comment agir ou comment réagir, les gens ici sont tellement impulsifs, ils agissent selon ce qui leur plait et non selon les règles des Reach. Et la Terre est tellement belle, c'est exactement comme les vidéos que j'ai vues.

On arrive devant un portail. C'est comme ça que j'appelle ça car il n'y a pas de nom pour ça en language terrien. Une machine qui téléporte si on veut, mais en beaucoup plus scientifique.

Voilà donc comment il passe du palais de justice à leur QG, c'est vraiment bien pensé. Mais je me demande d'où vient cette technologie, car ce n'est pas terrien.

-Tu n'es pas surpris, remarque Kid une fois dans la machine.

Ce n'est pas une question mais une affirmation, je le comprends.

-Je sais déjà tout ça.

- Promets-moi de parler du futur.

-Je ne peux rien te promettre. Je ne sais pas si je dois le faire ou pas.

-Comment ça ?

-Je ne viens pas par hasard. Tout est calculé, je ne suis qu'un pion. Et je n'ai aucune idée de ce que je dois faire.

-Un pion de qui ?

Un pion de la personne que je viens sauver ici, un monstre au service des Reach que je vais épouser.

J'hausse les épaules pour ne pas avoir à répondre. Puis je reprends mon habituel sourire pour déclarer :

-Peu importe, le futur est à construire de toute façon !

Les portes s'ouvrent. J'avale difficilement ma salive. Tout va se jouer maintenant. J'agrandis mon sourire, je dois paraitre inoffensif. Etre le gentil petit héros. Pas le tueur surentraîné depuis sa naissance, formé à renverser un empire.

La salle principale contient déjà une dizaine de personnes, là pour s'entraîner apparemment. Je reconnais NightWing, le chef de l'équipe, Batman, le chef de la ligue, Superman, Red Tornado, Miss Martian… Oh, et Flash, mon père. Reste naturel mon vieux, tu peux le faire. Je ne reconnais absolument pas les autres, ils ont dû mourir dans l'invasion. Ca fait assez bizarre de se dire que ceux qui sont autour de moi sont en réalité morts.

Il y a un long silence quand ils s'aperçoivent de ma présence. Finalement, Robin raille, partant au pas de course :

-Je te laisse leur expliquer pourquoi tu as ramené un inconnu au QG !

Puis il s'enfuit par une des portes latérales. C'est bizarre d'ailleurs ces portes. Il faudrait que je regarde ça de plus près.

Kid se passe une main dans les cheveux, gêné.

-Bien… Comment dire… Ce gamin vient du futur pour arrêter les Reach.

Malheureusement, sa seule réponse est des éclats de rire. On échange un regard désespéré.

-Kid, depuis quand tu crois ce genre de conneries ? Demande un grand brun très musclé.

-SuperBoy, c'est sérieux ! Il a des super pouvoirs. Le notre, ajoute-t-il pour Flash.

Mon père hoche lentement la tête avant de me dévisager. Je ne vois que sa mâchoire et je peux déjà dire que ça ne me ressemble pas. Je dois tenir ça de ma mère.

-Kid Flash, ça suffit. C'est juste un hasard. Cependant petit, si tu as besoin d'enseignement et que tu veux rejoindre nos rangs, tu es le bienvenu, déclare Batman d'une voix très grave et posée.

-Non, s'il te plait ! Je peux le prouver. C'est pour ça que je l'amène ici. Miss Martian, si tu veux bien regarder dans son esprit…

Celle-ci hoche la tête et s'approche rapidement de moi. Je me force à garder mon sourire, mais je me fige. Les Reach fouillaient régulièrement les esprits des humains pour éviter les rebellions. Ceux qui y pensaient… Ils sont devenus totalement fous, hurlant de douleur ou pleurant de rire d'une seconde à l'autre. Je me force à ne pas bouger. Elle ne me veut aucun mal, tout va bien se passer.

Elle pose deux doigts sur ma tempe puis m'interroge du regard pour avoir mon approbation. J'hoche la tête. L'enfer commence.

La première chose qu'elle voit, ou plutôt sent, c'est ma peur. Elle tente de savoir pourquoi, je résiste vivement. La bloquer est très facile par rapport aux Reach. Elle ne cherche pas vraiment à comprendre et passe rapidement à la suite. J'essaye de flouter au maximum mes pensées. Elle voit juste que le Blue Beetle et le Green Beetle du futur m'ont aidé à m'échapper du vaisseau des Reach. Elle voit aussi Mamy un bref instant mais ce n'est rien de grave. Cependant, elle est loin d'être idiote. Elle se rend vite compte que je lui cache quelque chose et me contre. Bien que doué dans ce genre de pratiques, je ne résiste pas longtemps. Les souvenirs défilent bien trop vite, et je m'écroule quand elle coupe le lien télépathique.