Chapitre 3
J'ouvre difficilement les yeux. Je vois totalement flou, j'entends des voix mais impossible de comprendre ce qu'elles disent.
Je papillonne des yeux pour enfin distinguer Miss Martian, penchée au dessus de moi.
-Tu m'entends ?
-…Oui.
Ma voix est faible, je dois vraiment faire pitié à ce moment précis. Dean m'aurait dit de prendre sur moi et de me relever. Mais bon, il n'est pas là.
-Bonjour Bart…
-Comment est ce que tu connais mon prénom ? Je demande immédiatement.
-Je l'ai vu dans ta tête…
Je me rappelle alors de comment ça a dégénéré quand elle a forcé mes barrières.
-Qu'est ce que tu as vu exactement ?! Je la questionne, presque agressif.
-…Tout Bart… C'est le problème. J'ai vu chacun de tes souvenirs depuis ta naissance…
Mon souffle se coupe, je me redresse difficilement pour la dévisager.
-Ne dis rien à personne, s'il te plait.
-Ne t'en fais pas. J'ai juste dis aux autres qu'il fallait t'intégrer dans l'équipe et que tu venais réellement du futur.
J'hoche la tête, grimaçant par la suite à cause de la douleur que ça me cause.
-Merci Miss Martian.
-De rien Bart. Si tu as besoin d'aide je suis là.
-Je n'en aurai pas besoin.
-Bien sûr que si. Cesse de te penser seul.
-De toute façon, tu ne peux rien faire pour moi.
-Oh, tu penses ça ? Tu loges chez Blue Beetle jusqu'à nouvel ordre, j'ai réussi à le convaincre, comme tu n'avais aucun endroit où aller et que tu ne devais révéler aucune information. Je te souhaite bonne chance Bart, je ne vois pas comment vous pourriez vous entendre.
-S'entendre avec qui ? Demande une voix que je reconnais immédiatement.
Une voix distante, mais aussi enjouée. Une voix qui démontre un intérêt qui se veut camouflé. Je souris pour l'accueillir.
J'écarquille les yeux en le voyant. Il fait moins d'une tête de plus que moi, il est mince, musclé pour son âge surement mais par rapport au Blue Beetle du futur, c'est la version miniature !
-Quoi ? J'ai un truc sur le visage c'est ça ? Demande-t-il, paniqué.
Une façon de me faire comprendre d'arrêter de le dévisager. J'éclate de rire. Ca va s'avérer beaucoup plus facile que prévu. J'aime bien ce Blue Beetle. Il ne doit pas être beaucoup plus vieux que moi vu sa voix.
Finalement, il enlève son armure et me tend la main.
-Jaime Reyes pour vous servir ! S'exclame-t-il.
-B… Bart Al… Allen, je réponds en lui serrant la main, me forçant à le regarder dans les yeux, et pas ailleurs.
-Pourquoi tu bégayes ? Il me demande, penchant la tête sur le côté.
-Peut être parce que la première image qu'il a de toi c'est celle d'un mec en caleçon… Soupire la martienne, qui cache difficilement son rire.
Il se rend alors compte que, en effet, il est en caleçon.
-Et merde ! J'avais oublié que je ne me suis pas habillé ce matin, comme il y avait une urgence…
J'éclate, encore une fois, de rire. Ils me rejoignent tous les deux, c'est contagieux.
-Ton nom d'héros c'est Impulse, c'est ça ?
-Oui. Et toi Blue Beetle.
Il hoche la tête comme réponse. Miss Martian reprend la parole :
-Si tu te sens près à marcher, tu peux aller directement chez Blue. Sinon, tu peux rester jusqu'à ce soir dans l'infirmerie, c'est comme tu veux.
-Autant aller directement chez lui !
Avant de quitter la pièce, je la vois mimer un « bonne chance » avec ses lèvres. Je lui souris pour la rassurer. J'ai l'impression que je vais souvent sourire ici…
Autant sourire, ça fera croire aux gens que je suis innocent. Une fois dehors, il me regarde fixement.
-Qu'est ce qu'il y a ? Je demande.
-Je n'avais pas pensé à ça… On va devoir marcher, je suis venu ici en volant et je ne pense pas être assez fort pour te porter sur une aussi longue distance.
-C'est pas un souci ! Je m'exclame. Vole normalement, je vais te suivre ! Au pire, demande à ton scarabée de me contacter !
Il se crispe d'un coup. Puis il m'attrape fermement par les épaules, parlant à toute vitesse :
-Comment tu sais pour mon scarabée ? Et comment tu sais qu'il peut faire ça ? Lui aussi te connait, comment ça se fait ?
Je sens son ton paniqué, il me fait presque pitié. Je lui attrape doucement les poignets pour qu'il me lâche.
-On se connait dans le futur, Jaime. Et ton scarabée ne vit pas uniquement dans ce présent, il vit autant dans notre futur que dans notre passé, il est partout où il est activé.
-Je n'ai rien compris.
-C'est pas grave ne t'en fait pas. Retiens juste que je ne te veux aucun mal et que ton scarabée le sait.
-Il confirme. Il t'aime bien.
-Il y a de quoi, je ricane. On va passer beaucoup de temps ensemble tous les trois !
J'écarquille les yeux en réalisant ce que je viens de dire.
-Hein ? Comment ça ?
-Oublie ce que je viens de dire… Si je parle du futur, j'ai peur que celui-ci change.
Il fronce les sourcils, intrigué.
-On va devenir meilleurs amis ?
-Ouais, un truc du genre.
-Mon scarabée est mort de rire.
-Encore une fois, il y a de quoi, je bougonne.
Il rigole franchement devant ma mine déconfite.
-Peu importe Impulse. Tu me suis en courant donc ? Je vais voler bas pour ne pas te perdre.
J'hoche la tête puis commence à courir. Il est à vitesse maximum alors que j'ai plus l'impression de trottiner.
On arrive chez lui en moins de trente minutes. Ca vous parait beaucoup, mais on a descendu la moitié des Etats Unis, c'est donc pas mal.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il habite dans un village, assez petit je suppose par rapport à la ville que j'ai vue plus tôt. Ici, il n'y a plus de neige, je suis déçu. C'était magnifique.
Je manque de lui rentrer dedans quand on s'arrête. Il va vraiment falloir que je m'habitue à la gravité de la Terre. Je lève des yeux étonnés vers la maison. Une maison en brique rouges simple, sur deux étages. La plus petite de la rue, mais de mon point de vue la plus belle. Toutes les autres se ressemblent, d'un blanc immaculé, avec plein de fleurs dans le jardin. La sienne est rouge sombre, et son jardin est ce qu'il est : un jardin. Pas un artifice pour épater les voisins.
Je trépigne sur place. Il semble assez gêné, presque honteux. Je le rassure vite en m'enthousiasmant sur chaque détail, sans vraiment me forcer car c'est la première fois que je vois tout ça.
En quelques minutes, j'apprends que son père est ouvrier et que sa mère fait de la garde à domicile. Je n'ose pas demander ce que ce ça signifie. Elle garde la maison ? Cependant, il remarque ma tête étonnée.
-Ca veut dire qu'elle va chez les gens pour garder leurs enfants quand ils s'absentent.
Je hoche la tête avec enthousiasme.
-C'est génial ! Les enfants doivent l'adorer !
-Je suppose, rigole-t-il.
On monte ensuite à l'étage. Il y a trois portes. Je suppose que la première est celle de ses parents, la deuxième la sienne (il y a son nom dessus, écrit en lettres bleues), mais la dernière… Il y a des autocollants de fleurs sur la porte.
-Tu as une sœur ? Je demande timidement. Il ne m'en a pas parlé.
-Oui. Mais elle n'est pas là.
-Pourquoi ?
-Elle ne rentre que le week-end.
-Pourquoi ?
-Parce qu'elle est dans une école spéciale.
-Spéciale pour quoi ?
-T'es vraiment pas habitué aux relations de ce siècle toi.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Quand une personne répond froidement, il faut changer de sujet. Sauf dans le cas de Batman, là c'est juste naturel, blague-t-il.
-Désolé… Je m'excuse platement.
Je ne vois pas vraiment ce que j'ai fais de mal, honnêtement. S'il ne voulait pas en parler il n'avait qu'à le dire.
Il ouvre doucement la porte de sa chambre, qui grince faiblement. A l'intérieur, les meubles sont basiques et semblent plutôt vieux. Une armoire, un lit et un bureau se battent pour la place. La petite chambre n'a qu'une seule fenêtre, qui est ouverte. Il se précipite dessus pour la fermer.
-J'ai oublié de la refermer derrière moi quand je suis parti ce matin… Quel idiot.
-C'était quoi l'urgence d'ailleurs ?
-Un bus de jeunes enfants s'était perdu en pleine montagne… Comme tu vas rejoindre l'équipe, tu vas vite t'en rendre compte : on n'a que des missions sans importance. C'est la Ligue qui s'occupe des choses importantes. Mais en ce moment, elle est très peu présente à cause des Reach.
Mon visage se ferme quand j'entends le nom des Reach. Je dois prendre ma décision maintenant : je le tue ou je l'aide ?
Dean m'aurait immédiatement conseillé de prendre la première option. C'est sans doute ainsi que je devrai agir d'ailleurs. Mais si je fais ça, qu'est ce que je deviens ? Si ça ne sauve pas la Terre, je suis capturé et emprisonné jusqu'à la fin de ma vie. Si ça sauve la Terre, je suis recherché par les justiciers, et totalement seul puisque personne ne me connait ici.
-Bart ? Tu m'entends ?
Je secoue la tête, déboussolé.
-Qu'est ce qu'il se passe ?
-A toi de me le dire… Tu étais vraiment plongé dans tes pensées, tu m'as fais peur.
-Oh… Désolé. C'est juste… Enfin, les Reach.
-Ils inquiètent tout le monde. Enfin, tous les héros. Les gens normaux les adorent, ils sont considérés comme des génies qui partagent leur science. Ils ont apporté le remède à une maladie mortelle qui a tué plus d'un million de personnes.
-Ils l'ont crée.
-De quoi ?
-La maladie, ils l'ont importée sur Terre. Ce n'est qu'une grande machination.
-Tu as l'air vraiment au courant. C'est ce qu'on a découvert après avoir vaincu les Reach ?
Que répondre à ça ? Il lui faut juste de l'espoir.
-Oui.
-Est-ce que tu peux répondre sans mentir à une question ? Demande-t-il d'une voix assez rageuse.
-Comment ça ?
-Tu ne fais que mentir, et ce depuis tout à l'heure. Je le sens tu sais. Quand tu es dans les parages, mon scarabée se focalise sur toi. J'entends les battements de ton cœur, et ils s'accélèrent quand tu mens.
-Je suis désolé Jaime. Mais je ne peux pas dire la vérité.
C'est la première fois que je parle sans sourire. Je l'ai vu se crisper quand je l'ai appelé par son prénom, mais il s'est vite repris.
-Je finirai par le découvrir, tu le sais n'est ce pas ? Avance-t-il avec arrogance.
-N'en soit pas si sûr, je réponds sur le même ton.
On rigole ensemble, puis un grand bruit de porte qui claque retentit. Il perd directement son sourire, et me presse l'épaule avant de sortir. Je le suis comme un petit chien jusqu'en bas. C'est sa mère. Il doit vraiment tenir de son père physiquement car sa mère a la peau encore plus blanche que la mienne, et elle a les cheveux blonds. Elle se fige instantanément quand elle voit son fils. Les deux se jaugent longuement du regard, la mère a un regard presque effrayé, celui de mon futur mari est honteux, on peut facilement voir qu'il se force pour ne pas baisser les yeux.
Je toussote légèrement pour montrer ma présence et surtout pour interrompre cet échange malsain. Son regard se braque soudainement sur moi.
-Jaime, qui est-ce ?
-Un ami. Il dormira dans ma chambre pour un petit moment.
Elle hoche simplement la tête, puis il me prend par le bras et on remonte précipitamment dans sa chambre.
-Pourquoi ta mère ne veut pas t'aimer ?
-Hein ?
-C'est l'impression que j'ai, c'est tout…
Il me dévisage un long moment, puis détourne le regard et déclare en fermant la porte :
-Je t'aime bien, tu sais.
