Chapitre 4

PDV Tadashi

Je mets une bonne minute à me remettre de ce qu'il vient de se passer. Il vient de m'embrasser. Pas un vrai baiser bien sûr, juste une pression de lèvres mais c'est assez pour me retourner complètement l'esprit.

Si on m'avait dit, il y a une semaine, que Hiro m'embrasserai, je pense que j'aurais explosé de rire.
Mais pourtant c'est arrivé. Comme ça, sans prévenir. Quand je pense que tout ça est parti de ma monstruosité. Aimer un enfant est une chose. Le désirer en est une autre. Vouloir couvrir son frère d'affection est une chose. Le vouloir dans son lit en est une autre. Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai pu faire ça. Le toucher pendant son sommeil, violer son innocence. Et même si ça a permit ce que j'ai aujourd'hui, je m'en veux vraiment.

Finalement, je me lève pour aller accueillir le nouveau, chassant mes idées noires de ma tête.

Je rejoins le groupe dans le labo, chacun explique sur quoi il travaille. Evidemment il n'y a pas que nous cinq (six avec Hiro) dans le labo, nous sommes une vingtaine. L'étudiant est grand (mais plus petit que moi, je fais 1m79), mais très mince. J'avoue que la première chose que l'on remarque chez lui n'est pas son physique mais ses cheveux : il les a teints en rouge. Ce que je remarque aussi, c'est son sourire : il semble faux. Je ne l'aime pas, mais comme le disait Maman, il ne faut jamais juger les gens à la première impression. Je lui laisse donc une chance.

Le professeur Callaghan le présente à toute l'équipe du labo. On apprend donc qu'il s'appelle Akinori, qu'il a 16 ans et qu'il vient du sud.
Il est très social apparemment car il parle à tout le monde et tout le monde semble l'adorer. Enfin, tout le monde… Sauf nous car il ne vient pas nous parler. Ce qui a le don d'énerver Fred.

-… C'est vrai quoi, on n'a pas la peste non plus ! On a l'air gentils quand même ! Râle-t-il pendant le dîner (chez Gogo et Honey qui vivent ensemble).

-C'est ta tête ca donne pas confiance, lui répond la brune entre deux bouchées de nourriture.

-Gogo, c'est méchant ! La réprimande Honey.

-Mais totalement vrai ! Rigole Wasabi.

Je donne un coup de coude à Hiro qui n'a pratiquement pas parlé de la matinée. Il me répond par un haussement d'épaule et continue à manger. Je lui donne un coup de pied sous la table pour le faire réagir, mais je rate et je tape Gogo.

-Qu'est ce que tu viens de faire là ?

-C'est pas toi que je visais désolé !

Entre les deux, le cadet ne prête même pas attention à ce qu'il se passe.

-Tu t'y prends mal aussi, regarde c'est comme ça qu'on fait.

-AIE ! Nan mais ça va pas ?! S'écrie Hiro.

C'est là que je suis content de ne pas avoir amené Baymax, il se serait réveillé pour mon plus grand malheur. Le châtain reprend la conversation du début, énervé :

- Et puis sérieusement, ce n'est pas normal de sourire tout le temps comme ça ! Je suis sûr qu'il cache quelque chose.

-Il vit dans le coin en tout cas je l'ai souvent vu dans le quartier, nous informe GoGo.

-Il vit dans le coin ou il fait quelque chose dans le coin ? Demande Wasabi.

Nous sommes dans un des quartiers disons… Pas très fréquentables de la ville. Et c'est là qu'ont lieu les combats de robots. Je lance un regard à Hiro, qui soudain semble très intéressé par son assiette.

-Sûrement les deux, admet la brune. Mais tu sais les combats de robots ce n'est pas comme tu te l'imagines. C'est surtout du spectacle.

-Ca reste de la violence gratuite pour de l'argent, je commente.

Un silence s'installe. Vite rompu :

-Enfin bref, le nouveau là…

Tout le monde soupire sauf Hiro qui rigole. La conversation va bon train (chacun essayant de détourner Fred de son obsession), un sujet finit par arriver, et loin d'être de ceux qui me plaisent.

-Sinon, les amours ? Demande la blonde.

-J'ai fais trop d'erreurs maintenant c'est mort, déclare la brune d'une voix à glacer le sang.

-Bah, j'sais pas pourquoi mais ça marche pas trop de mon côté… Se lamente Fred, le seul que la voix de Gogo n'atteint pas.

-Peut être parce que tu portes le même caleçon une semaine ? Se moque Wasabi. Moi, j'attends ma princesse. Et toi Honey ?

-Je crois que j'ai rencontré quelqu'un, on a un rencard demain soir, s'extasie-t-elle.

- Tu ne le ramènes pas à la maison, interdit Gogo, dégoutée. Et les Hamada alors ? Je vous trouve bien silencieux.

Je me cache la tête dans les mains. Il fallait que ça arrive évidemment.

-J'ai rien à dire en fait, je suis jamais sorti avec quelqu'un, avoue Hiro sous les « awwwn » de Honey.

-Ah c'est pas de famille alors ! Rigole Fred.

-Comment ça ? Questionne mon cadet, intrigué.

Je n'ai qu'un seul souhait : disparaitre. Tout le monde autour de la table rigole sauf Gogo et Hiro.

-Disons que Tadashi sait comment s'y prendre avec les filles… Plaisante Fred sans aucune finesse.

Je lui lance un regard meurtrier. Un rapide coup d'œil m'apprend que mon frère est rouge vif.

-Il a eu combien de copines ? Questionne-t-il, curieux malgré tout.

-Stooop ! J'essaye de donner un bon exemple !

Mais Fred veut lui répondre quand même, il ne semble pas se rendre compte de la situation extrêmement gênante. Même Wasabi essaye de l'arrêter, et y arrive.

- Qui a parlé de copines ? C'étaient des coups d'un soir, commente Gogo, qui semble vouloir mettre les choses au clair le plus vite possible pour passer à autre chose rapidement.

-Pourquoi tu me l'as jamais dit ? Me demande Hiro, accusateur.

- Je ne voulais pas que tu aies cette image de moi, j'ai honte d'avoir été comme ça.

-AIE ! Gogo ! Se plaint Fred.

-Tu l'as mérité, répond cette dernière.

Un blanc prend place. J'essaye de capter le regard de mon petit frère adoré mais il m'évite. Gogo me lance un regard compatissant qui me prouve qu'elle est au courant.

-Bravo Fred, commente Wasabi, moqueur.

Celui-ci ne semble absolument pas désolé :

-Ouais bref le nouveau…

Je vais faire un meurtre.

A peine deux heures plus tard, nous sommes de retour à la maison. Hiro ne m'a toujours pas accordé un mot.

-Tu m'en veux à cause des filles ?

-Non, hormis le fait que ça me stresse que tu sois connaisseur en la matière et pas moi quand on fera… Enfin tu vois. Non ce qui me dérange c'est Akinori, je le connais.

Mais je n'écoute même pas la fin de sa tirade. On va le faire ? Je ne peux pas faire ça ! C'est un enfant ! Il est trop innocent pour ça.

- On ne fera pas ça.

Il met du temps avant de comprendre de quoi je parle.

-Pourquoi pas ? Non en fait, oublie. Je ne veux pas entendre une de tes tirades sur mon innocence. Tadashi, dit il en se rapprochant de moi, tu penses vraiment, il penche sa tête sur le côté, que je vais me contenter d'une relation platonique ?

Je ne sais pas quoi répondre. Je sens mes joues surchauffer. J'arrive à peine à articuler deux mots :

-Pas question.

-Parce que je suis trop jeune ? Demande-t-il en s'approchant. Parce que je suis « innocent » ? Je suis acculé à la porte, lui à un mètre de moi. Ou parce qu'en réalité tu as peur ?

J'avale difficilement ma salive. Il a ce genre de sourire en coin que j'adore tellement. Mais sur le coup, ce sourire m'excite et je n'aime pas ça du tout.

-Ca suffit Hiro, je déclare d'une voix posée mais tremblante.

-Hum… Non.

Il enlève son t-shirt.

-Hiro, qu'est ce que tu fais ? Je bégaye.

Il se colle à moi, je peux sentir son souffle dans mon cou, je peux sentir son corps contre le mien, je peux sentir ses cheveux chatouiller mon nez. Il passe sa langue sur mon oreille puis me murmure, d'une voix remplie de promesses :

-Je vais te faire craquer, et tu vas me faire l'amour.

Sur ce, il enlève le bas aussi, me laissant une magnifique vue qui achève de me tuer, se met en pyjama et va dormir sans un mot, juste un sourire en coin aux lèvres.

Je l'imite sans même me rendre compte de ce que je fais, avec une solide érection et l'esprit en compote. Je n'arrive pas à croire que c'est arrivé. Oh mon dieu.

Ce n'est que quinze minutes plus tard, le temps de me calmer, que je repense à ce que m'a dit Hiro.

-Attends, tu connais Akinori ?

Il rigole un peu puis se décide à me répondre :

-Oui, il participe à beaucoup de combats de robots. C'est pour ça qu'il n'est pas venu me voir. Je lui fais peur.

-Toi, faire peur à quelqu'un ? Je me moque.

-Les gens ne sont pas les mêmes là bas et ici. Là bas, c'est un homme couvert de chaine, blouson en cuir, on l'appelle cheveux de sang… Il est très impressionnant. Ici, c'est un étudiant tout maigrichon.

-Et toi ? Comment tu es là bas ?

Il soupire puis me réponds d'une voix faible :

-J'espère que tu n'auras jamais à voir ça.

-Je ne vois pas comment toi, tu peux être impressionnant.

-T'inquiète pas, je voyais pas non plus avant de me retrouver là bas. Mais une fois que tu y es, tu ne peux plus en sortir.

-Tu l'as bien fais toi.

-…Je reçois des menaces de morts. Certains disent qu'ils vont me retrouver et me montrer « comment ça marche ».

-Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ? Je l'interroge.

-Je voulais pas t'inquiéter. Et puis, ça risque pas d'arriver. Tu me protègeras quoi qu'il arrive.

Sa confiance me touche. Je tends une main hors de mon lit, il l'attrape et la serre.

-J'ai peur, avoue-t-il.

-Il ne t'arrivera rien. Je ne les laisserai jamais te faire du mal. Je te le promets.

Je l'entends pleurer. Mais je sais que c'est de joie alors je ne fais rien d'autre que de caresser sa main avec mon pouce.

-Merci Tadashi, pour tout.

-Je n'ai rien fais…

-Tu m'as emmené à ton labo, tu m'as présenté à tes amis, tu es revenu et je ne pourrais pas t'être plus reconnaissant. Je t'aime.

C'est à mon tour de pleurer, silencieusement. Il ne s'en rend pas compte. Je ne pense même pas à lui répondre.

-Tu fais pas ça juste pour me faire plaisir hein ? T'as des sentiments pour moi ? Même juste un début ? Tu fais pas ça juste pour jouer, s'il te plait…

Est-ce qu'il a vraiment peur de ça ? Soudain, les mots sortent sans que je l'aie voulu, un flot de vérité pure.

-Hiro, évidemment que je t'aime aussi. Ca fait trois an que je suis amoureux de toi.

Il serre ma main un peu plus fort. Il a l'air de ne pas savoir quoi répondre, car il finit simplement par s'écrier :

-Attends, c'est pour ça que tu m'évitais ?!

-Et pour ça que j'ai couché avec ces filles…

-Idiot.

-Comment j'étais sensé savoir que ça allait finir par arriver ?

-Pas faux…

On laisse encore un silence passer, un silence apaisant comme on en a l'habitude.

-On verra demain pour Akinori, d'accord ? De toute façon ce n'est pas très important qu'il soit là.

-Il a peut être prévenu la Boss que j'étais là. Je veux pas vous mettre en danger.

-La boss ?

-Celle qui gère tous les combats de robots… Elle est redoutable.

-Quoi qu'il arrive, je serai là.

-Je sais, tu me l'as promis.

Après une dernière pression, on sépare nos mains et nous endormons, en même temps.