30 octobre 2122, Territoire des 12 clans, Arkadia
Bellamy Blake avait la tête prête à exploser. Cet état de dépression nerveuse était peut être dû au fait qu'il n'avait pas dormi ni rien avalé depuis plus d'une journée. Son esprit commençait d'ailleurs à divaguer vers d'autres endroits, vers des couloirs gris et rouge. Son âme se perdait dans des méandres de tunnels, de labyrinthes, de visages…
En pleine nuit il pouvait être réveillé avec une sensation horrible sur son corps comme si l'on arrachait sa peau. La brûlure était ignoble jusqu'à ce qu'il se réveille, et même à ce moment la, la lésion semblait se poursuivre.
Il savait que cela le suivrait jusqu'au bout de sa vie. Le meurtre de centaines de personnes lui avait fait mettre un genou à terre. Le fait qu'ils soient 2 pour le faire lui avait pendant un court instant atténué son implication, et finalement quand elle l'abandonna, quand elle trahit toute la confiance qu'il avait en elle, il se retrouva totalement désarmé.
Bellamy Blake s'était effondré, littéralement et figurativement. Il avait passé une matinée à l'infirmerie puis s'était décidé à son réveil à retourner à son poste.
Et toutes ces phrases. Toutes ces phrases il les avait entendus des milliers de fois. « C'était nécessaire. », « J'aurais fais pareil », « Tu n'as rien à te reprocher », « Tu nous a sauvés »… Même si elles étaient vraies dans un certain sens, elles n'avaient aucun effet sur lui, parce que ce n'est pas d'eux qu'il devait les entendre.
Elle avait abandonné. Elle l'avait abandonné.
Elle avait fuit. Elle l'avait fuit.
Cela faisait une semaine déjà et l'état mental et physique de Bellamy inquiétait ses amis. Mais ceux-ci avaient eux aussi d'autres problèmes : Jasper, Raven, Monty, Octavia. Tous étaient brisés.
Seul Kane semblait lui porter un intérêt.
« J'en ai vu des sales gueules mais la… » dit Miller, sortant Bellamy de sa torpeur.
Les traits tirés, le teint blafard, une lueur malsaine dans le fond des yeux il est vrai que Bellamy pouvait faire peur à celui qui ne le connaissait pas.
Un grognement servit de réponse et Bellamy se reconcentra sur la surveillance de la zone, la menace de Mount Weather était écartée certes, mais il y avait d'autres ennemis tapis dans l'ombre. A la suite de la libération des 100, ceux-ci avaient pris leurs aises. Les adultes les avait mis dans cette situation alors ils devraient en assumer les conséquences. Sur Terre, les 100 avaient pris les rênes, de manière informelle certes, mais chaque adulte savait quels tourments ces jeunes adolescents avaient du endurer. Les jeunes avaient ainsi retrouvé leurs occupations dans le corps de garde et l'artisanat dans une ambiance morose.
« Tu t'endors encore », et c'était vrai, la tête de Bellamy était effectivement retombée durant ce court laps de temps sans que celui-ci ne s'en rende compte. Il était dans un tel état de fatigue que son cerveau en criait et ses membres lui faisaient souffrir le martyr.
« Va te reposer, t'es complètement naze la. Tu verrais même pas un Grounder en bas du mur. » ajouta Nathan.
Bellamy releva la tête et lui fit un de ses regards les plus dévastateurs.
L'échec fut cuisant. Ils se connaissaient trop bien désormais pour que Miller soit effrayé par un regard dur. Nathan porta ses deux mains à sa bouche et siffla. Il rameuta un garde en pause et fit signe à Bellamy de décamper.
Dans ce qui draina ses dernières forces Bellamy descendit de l'échelle et se dirigea vers ses quartiers. Il était totalement aveugle à ce qu'il se passait autour de lui. C'est pour cela qu'il ne remarqua Kane à ses côtés qu'après quelques secondes.
« Pas maintenant » soupira en regardant ses pieds Bellamy.
« Je ne suis pas ici pour te parler de Clarke ou de Mount Weather ».
Le silence de Bellamy fut la seule réponse.
« Je suis venu te parler des Grounders. » Marcus énonça dans un souffle.
Bellamy s'arrêta et le regarda avec détermination. Les Grounders étaient dangereux, il en avait fait les frais, plusieurs mois auparavant. Aucune confiance ne leur était plus accordée, surtout après leur trahison récente.
Le dégout, pire la haine transpirait des pores de Bellamy.
« Ce sont nos alliés à présent. »
Bellamy voulut faire un rire sarcastique, mais sa fatigue et son manque de salive lui fit faire un bruit rauque. Kane le regarda avec compassion ce qui rendit Bellamy encore plus furieux.
« Ces gens nous ont trahis i peine une semaine et vous leur accordez encore votre confiance ?»
« Ils ne nous ont pas trahis. »
« Comment appelleriez-vous ça ? Créer un plan de bataille, lever des troupes, s'allier avec d'autres peuples pour ensuite les abandonner au début de la bataille. » Cette simple tirade lui avait coupé le souffle et il dut s'arrêter pour respirer.
« Pose-toi une question Bellamy. Si une personne de Mount Weather t'avais proposé de libérer notre peuple prisonnier en échange de la promesse de ne pas attaquer, aurais tu refusé ? Aurais-tu risqué la vie de notre peuple en attaquant le Mount avec la possibilité de très grosses pertes ? Et même si tu avais accepté le marché, aurais tu quand même brisé ta promesse et combattu aux côtés de personnes que tu considères comme des animaux pour libérer leur peuple. »
« … »
« N'espère pas que les autres fassent ce que tu ne ferais pas pour eux. »
« J'aurai fais ce qui est juste. »
« Je te connais Bellamy, mieux que tu ne le crois. Et je sais que tu n'es pas un lâche ou un homme qui se targue de pouvoir faire des choses impossibles. Ce que tu as été obligé de faire était horrible. Ce que tu as vécu sur cette planète est tout aussi horrible. Mais c'était obligatoire. Vous nous avez tous sauvés. »
A ces mots le visage de Bellamy s'enflamma et il reprit le chemin de sa tente.
« Tu es le seul maître de ton destin. » souffla Kane.
« BELLAMY ! » aboya Kane, ce qui le fit stopper à quelques mètres.
« Le chemin que tu empruntes est le mauvais. Tu le sais n'est ce pas ? » à ces mots Bellamy baisse la tête et semble perdu dans ses pensées.
A ces mots Bellamy adopta une position inhabituelle. Sa tête était penchée en avant et sur le côté de manière à pouvoir Kane. Ce dernier parcourut les quelques mètres qui les séparaient.
« La vie ne t'a pas épargnée. Elle est plus ou moins remplie de difficultés. Tu as vu plus d'horreurs pendant ta vingtaine d'années de vie que certains vieillards. Mais ce n'est pas une raison pour prendre la solution de facilité. La haine engendre la souffrance. Le chemin que tu empruntes ne te libèrera pas. »
« Ils ne sont pas dignes de confiance. »
A ces mots Kane soupira ce qui eut le don d'exaspérer Bellamy. Celui-ci ne pensait plus qu'à son lit et au fait d'abréger cette conversation sordide.
« Tu es jeune, tu réfléchis encore pour toi. Tu dois voir plus grand, tu dois réfléchir pour le bien-être de tous les humains. Abby et moi pouvons prétendre mais si un jour le Skaïkru doit suivre quelqu'un ce sera toi. La chancellerie n'a que trop duré et nous en sommes conscients. »
Bellamy fut stupéfait de cette dernière phrase. Marcus, de la famille Kane, grande défenseuse et famille historique de la chancellerie admettait son incapacité.
« Je ne l'ai pas choisi. A notre arrivée, les 100 avaient besoin de quelqu'un pour les empêcher de s'entretuer et j'avais besoin de m'éloigner mais je ne suis pas fais pour ça. »
« Je t'ai vu t'exprimer, à plusieurs reprises. Tu es transporté quand tu parles aux gens ? »
« … »
« A qui penses-tu ? »
« A ma sœur. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j'ai envie de les protéger. » Kane vit la lumière apparaitre dans les yeux de Bellamy. Il ne le coupa surtout pas, Bellamy devait faire cette réflexion de lui-même.
« J'ai envie de les voir vivre, j'ai envie de les voir profiter de ce que je n'ai pas eu.» Bellamy s'arrêta brusquement.
« Un leader né. Un héros » murmura Kane avec l'ombre d'un sourire.
Bellamy ne répondit pas, en revanche son esprit le ramena bien des années en arrière quand sa mère lui lisait des livres censurés parlant de la vie avant l'Arche. On y faisait références à des héros qui sous un prétexte de servir leurs pays et leur peuple attaquaient d'autres pays et population, il y avait à l'époque toujours un méchant et un gentil. La plupart du temps le gentil était le gagnant.
« Octavia quand elle ne joue pas à la Grounder (ce fut le premier sourire partagé par Bellamy et Kane) m'a dit que le centre névralgique des 12 clans s'appelle Polis et est situé à l'est. »
Bellamy se retourna et observa ce nuage bizarre au loin qui trouait le ciel depuis l'aube. Il se rappela aussi ce chemin large à la sortie du camp du Trikru.
« Ils rentrent chez eux. » le nuage au dessus du camp Bram commençait déjà à s'estomper, le camp devait s'être vidé.
« Je pars après-demain pour Polis. Je pense que la ville est à 2 jours de voyage à cheval. »
Bellamy haussa les sourcils, étonné que Kane ait appris à monter en si peu de temps.
« Les quelques Grounders que j'ai rencontré l'ont décrit comme le joyau des 12 clans. »
Bellamy garda le silence mais il sut immédiatement ce qui allait suivre.
«Accompagne-moi. »
« J'ai des obligations, les tours de garde et… »
« Il n'y a aucune menace, les gardes sont en surnombre par rapport à la superficie à protéger. Juste 4 hommes pourraient surveiller le camp et il y a actuellement 15 gardes. Je suis fasciné par ces gens. Et je suis persuadé que toi aussi tu veux en savoir plus sur eux. »
Bellamy émit un sifflement réprobateur. Leurs regards se croisèrent. Longuement.
« Laisse-moi y réfléchir. »
A ces mots Kane acquiesça.
« Mange et dors, tu as vraiment une sale gueule. » Bellamy émit un grognement et se remit en marche.
Après avoir fait seulement quelques mètres, il entendit :
« Tu la reverras. »
Bellamy ne ralentit pas et continua.
« Ce n'est pas de l'espoir. C'est une certitude. »
Il se retourna, paré à envoyer Kane se faire voir mais celui-ci avait disparu. En y réfléchissant Bellamy n'était même pas sur que ce soit lui qui ait parlé. La fatigue devait lui faire faire des hallucinations. Arrivant enfin dans sa tente il y trouva une assiette de nourriture, avec absolument aucune idée de la personne qui avait pu la lui laisser.
Sans même réfléchir il engloutit la totalité en quelques secondes, ne se rappelant pas son dernier repas correct. Il se déshabilla rapidement tout en pensant à sa récente conversation. Arkadia avait besoin de protection, s'il avait appris quelque chose c'est que sur Terre, tout était dangereux. Il réfléchit à tous les arguments possibles pour ne pas aller à Polis.
Mais au fond de lui la décision était prise, même s'il préféra ne pas y penser. Il s'écrasa de tous son poids sur son tas de couvertures et pour la première fois depuis plusieurs jours s'endormit aussitôt.
Quelques minutes plus tard un couple dans une violente discussion passa devant sa tente.
« Tu fais quoi la ? » demanda posément Kyle Wick.
« Tu es encore plus stupide que je l'imaginais. Je te dis que notre histoire est finie. Maintenant arrête de me suivre. » extériorisa Raven, toute essoufflée, marchant assez vite malgré sa jambe.
« J'ai eu quelques aventures (à ces mots Raven leva les yeux au ciel) et quand une fille veut rompre avec toi normalement elle te l'annonce en face au cours d'une discussion qui se veut longue mais qui en fait finira très vite. Elle t'expose tes qualités qui sont en fait des défauts à ses yeux, elle te dit que t'es sympa mais qu'elle a besoin d'une pause pour réfléchir un peu.»
« Je me rappelle pas de cette discussion. » ajouta Kyle.
« Tu t'en rappelles pas, parce que y'en a pas eu, y en a pas et surtout y en aura pas. »
« C'est dommage du coup, parce que sans conversation j'vois pas très bien comment tu vas m'expliquer les raisons pour lesquelles tu débarques un après-midi dans NOTRE labo et qui font qu'après une seconde sans bonjour, sans rien, tu puisses dire « C'est fini entre nous » et te barrer immédiatement après. »
Le chemin se poursuivit dans le silence. Kyle qui avait toujours su se contenir commençait à afficher des signes de frustration mais se retenait tant bien que mal. Raven, elle, était au bord de l'implosion, sa jambe lui envoyait des messages de douleurs à chaque fois qu'elle la bougeait ne serait ce que d'un millimètre. Bien que la douleur soit absolument innommable, ce qui faisait le plus mal était Wick marchant à côté d'elle. Là où Raven devait avancer la jambe gauche puis bouger la jambe droite qui la trouait de signaux de douleur et l'amener toute droite au niveau de l'autre jambe, Kyle lui ne faisait qu'un pas. Le visage dur et la mâchoire serrée, Raven continua sa route.
Les gens voyant cela s'écartaient tous, une colère contenue semblait planer au dessus des deux personnes et la tempête semblait prête à s'abattre d'une minute à l'autre.
« Très enrichissante cette conversation, mon cerveau va surchauffer de ton argumentation si riche et complète » lâcha Kyle, excédé par le silence de sa partenaire.
Une répartie cinglante brûla les lèvres de Raven mais elle se retint espérant que Kyle lâcherait le morceau, même si elle savait qu'il était aussi têtu qu'elle. C'était d'ailleurs pour cela qu'elle l'appréciait. Qu'elle l'avait apprécié. Qu'elle l'appréciait.
Kyle n'avait jamais touché une femme contre son gré. Mais à ce moment précis tout ce qu'il voulait c'était saisir son bras, la faire s'arrêter et la regarder dans les yeux. Mais il ne le fit pas, sa maîtrise de lui étant exceptionnelle.
« Raven ! »
Raven ne pouvait pas pleurer, si elle pleurait ça serait la fin de sa résolution. Elle ne pouvait pas non plus fuir, elle essayait depuis 5 minutes et tout ce qui en résultait était une douleur horrible dans le bas du corps. Alors de toutes les solutions pour le faire partir, elle prit la pire. Elle devait lui mentir, remettre sur lui toute sa frustration, sa colère, sa haine, son désespoir. Et pour cela il fallait crier fort, frapper, frapper là où ca fait mal.
« C'est fini, tu comprends ? Fini. Ce qu'on avait, le peu qu'on avait d'ailleurs, c'est terminé. T'as besoin de quoi pour comprendre que je ne t'aime pas. Dès le début c'était du sexe et il n'y a jamais eu rien d'autre. J'en ai rien à foutre de toi, c'est plus clair maintenant ? » le niveau de colère et le volume sonore atteint par Raven était tellement énorme que cela fit se retourner Bellamy dans son sommeil à plusieurs dizaines de mètres de distance.
Le temps sembla s'arrêter, même si le bruit avait ameuté la moitié d'Arkadia, les deux étaient dans leurs bulles. Face à face, l'une se reposant presque uniquement sur sa bonne jambe, tous les muscles contractés comme un félin près à l'attaque et l'autre la surplombant d'une dizaine de centimètre l'observant d'un regard vide.
Aucun des deux ne coupa le contact visuel.
Comme la scène était personnelle la plupart des badauds retournèrent à leurs occupations, tout en gardant quand même un œil au cas où cela dégénèrerait.
Le couple coupé du monde ne le remarqua même pas.
Aucun des deux ne semblait prendre conscience des tourments qu'ils infligeaient à l'autre. La scène dura plusieurs minutes. L'expression blanche de Kyle se transforma lentement en figure de déception tandis que la colère de Raven semblait diminuer.
Mais Kyle ne semblait pas décidé à partir.
Têtu comme moi pensa Raven. S'il ne voulait pas s'en aller et s'il n'avait pas compris maintenant, je pouvais peut-être partir.
Raven essaya de remettre un peu de son poids sur sa mauvaise jambe mais ne put le faire. L'immobilité lui avait totalement vidé sa force de sa jambe d'appui et sa tentative de mouvement lui avait en plus donné une crampe. Celle-ci d'abord minime grossit, jusqu'à en devenir insupportable. Raven résista encore pendant quelques dizaines de secondes et finalement succomba à ses tourments et se laissa tomber.
Kyle n'avait pas été blessé. Bien qu'elle ne laissa jamais entrer des personnes dans son cœur, Kyle avait fini par s'y immiscer, petit à petit et il avait alors pu voir comment fonctionnait Raven. Elle ne voulait plus souffrir, elle souhaitait par-dessus tout ne plus recevoir de nouveaux supplices. Et comme Raven faisait exactement ce qu'elle avait toujours fait, elle affrontait les difficultés insurmontables seule, refusant l'aide de ses proches. La discussion qu'ils partageaient n'avait pour lui aucun sens, les deux se remettaient plutôt bien de Mount Weather. Ou alors il voulait que cela se passe bien ?...
Kyle l'avait vu. Le raidissement de la jambe caractéristique de la crampe, l'éclair de surprise et de douleur sur son magnifique visage. Elle n'avait qu'à lui demander, elle n'avait qu'à tendre le bras, elle n'avait qu'à faire le millième d'un geste à son attention et il plongerait. Il plongerait dans la lave pour elle s'il le fallait. Mais elle ne fit rien, comme d'habitude elle affronta seule et sans aide.
Sa mauvaise jambe étant dure, et ne voulant pas risquer de se blesser encore plus, Raven se laissa tomber sur le côté de sa bonne jambe. Ne pouvant pas plier la jambe gauche, Raven allait s'écraser d'une bonne hauteur et voulu amortir sa chute avec son bon genou et ses bras. Le coude et l'épaule allaient manger c'était certain.
Une forme cacha son champ de vision et deux bras la saisirent sous les aisselles au moment où elle allait tomber. Contrairement aux vieux films où le héros retenait la belle d'un geste sans effort, rattraper un corps sans vie en chute libre n'est pas si facile. Kyle dut user de toute sa puissance pour ne pas qu'elle touche trop le sol et il failli même tomber lui-même.
Finalement il la remit sur pied, puis la considérant quelques secondes, se mit à genoux et commença à lui défaire son attelle. Raven se débattit mais Kyle ne lâcha pas prise. Après avoir totalement retiré l'attelle, ce qui libéra Raven d'une partie de la douleur, il la fit se mettre de profil et d'un coup passa sa tête devant son ventre, ses bras derrière son dos, la souleva et la mis sur ses épaules. Raven vidée ne répondit rien.
Kyle savait que cette posture le faisait passé pour un homme de Neandertal ayant choisi une femme mais il n'y pensa pas, car la femme sur ses épaules étaient la personne de sa vie, la chose la plus précieuse à ses yeux.
Ils parcoururent une centaine de mètres ainsi jusqu'à arriver à une petite rivière ombragée. Le cours d'eau n'était pas très romantique. Il ruisselait, glacial, sur les galets, engoncé dans un fossé entouré d'arbres verts qui apportait une froideur dans l'air et un ombrage conséquent. Cet endroit était à la fois beau et banal.
Mais Kyle s'en foutait. Il la déposa le plus doucement possible au bord de l'eau et la fit s'asseoir. Raven pour une fois ne dit rien et le regarda, la dureté dans son regard renouvelée.
Sans un mot il entreprit de défaire les chaussures rangers qui ne la quittaient plus. Elle tenta de gifler son bras mais celui-ci le saisit au vol et la regarda droit dans les yeux, sans colère. Ils restèrent comme cela pendant quelques secondes puis Kyle se remit au travail et Raven ne l'interrompit plus. Avec la plus grande difficulté, Kyle se demandait d'ailleurs comment elle pouvait apprécier de perdre plusieurs minutes par jour à lacer des chaussures, il libéra ses pieds. Avec un sourire en coin difficilement contenu Kyle défit la ceinture de Raven et essaya de faire glisser son pantalon. Il la regarda d'un air irrité et lui fit comprendre d'un geste de se soulever un peu. Elle roula des yeux et finalement prenant appui sur ses bras s'exécuta. Il enleva alors très délicatement le pantalon en cuir et remarqua un rictus sur le visage de Raven à certains moments.
Il adorait ses jambes. D'une couleur olive il avait pris à les vénérer dès leurs premiers ébats. Sa jambe gauche était parfaite tandis que la droite était blessée. Il y avait par endroit des tâches de couleur violette, là ou le sang qui ne pouvait pas passer à cause de la constriction avait coagulé. Les attaches de l'attelle devaient être serrées au maximum et pour cela Kyle y avait placé du coton déniché dans les ruines de l'Arche. Or aux endroits des attaches, la peau était devenue rouge à cause des frottements, puis avait coupée, puis s'était infectée. Il soupçonna que le coton au fil du temps s'était effiloché et Raven ne s'en était pas alarmée. Quand elle en avait pris conscience, elle ne lui avait FORCEMENT rien dit.
Kyle soupira et reprit une énième fois le contact visuel. Elle avait la décence de paraitre un minimum honteuse. Kyle était juste un peu déçu car il pensait que la période : « -Pourquoi tu ne m'as rien dis ? -J'suis bien toute seule » était finie. Après avoir enlevé en moins de 10 secondes ses chaussures et son pantalon, avec le petit sourire narquois qui allait bien, il souleva avec la plus grande délicatesse tel un couple marié.
Ils apprécièrent tout deux la chaleur de l'autre et Kyle fut aux anges quand elle apposa sa tête sur son torse. Ils apprécièrent beaucoup moins l'eau glaciale d'un ruisseau en plein mois d'octobre mais ils n'en eurent cure. Les deux firent des petits bruits à l'entrée dans l'eau et Kyle déposa Raven dans l'eau le plus doucement du monde. Assise avec de l'eau jusqu'au nombril, elle fut vite rejointe par Kyle qui se posta dans son dos, ses jambes de part et d'autre de son corps. Ils ne sentirent plus leurs jambes tellement l'eau était froide mais Raven se rendit compte que le froid lui faisait énormément de bien. Elle s'adossa plus profondément sur Wick qui lui se rapprocha encore plus. La tête de Wick s'apposa d'elle-même sur son épaule gauche en ayant bien sur fait très attention à sa magnifique queue de cheval. Les deux amoureux étaient frigorifiés et Kyle la serrait à l'étouffer, comme si la dispute et la peur de la perdre le faisait se tenir à elle comme un naufragé à sa bouée de sauvetage.
Pour la première fois depuis Mount Weather, Raven cessa de réfléchir. Dans ces deux moments de pur ascenseur émotionnel, où la colère et la défiance avaient fait place à la confiance la plus pure, Raven et Wick créèrent le plus beau lien de toutes leurs vies. Ce moment serait pour eux le commencement de tout.
« Tu as juste besoin que quelqu'un s'occupe de toi. » murmura Kyle en essayant d'instiller dans sa voix tout l'amour qu'il lui portait.
Raven, en réponse, se blottit encore plus contre son corps, si cela était encore possible, et pour la toute première fois se laissa complètement aller.
31 octobre 2122, Territoire des 12 clans
Elle était désolée. Elle l'avait été tout du moins. Elle était passée par de nombreuses phases. L'empathie, le déni, la haine, le pardon… Rien.
Son esprit la torturait. Jour et nuit. A chaque minute de chaque seconde.
Tout ça pour en arriver là.
Elle, elle savait pourquoi elle l'avait fait. Elle aurait pu expliquer le pourquoi de son geste et alors ils auraient pu la juger, la condamner et l'exécuter. C'était la règle sur Terre. Sang pour sang.
Mais noooon, il avait fallu que la princesse s'en mêle, qu'elle la protège et qu'elle ne fasse que celle qu'elle pensait bon.
Personne ne l'avait écouté. Personne ne l'avait laissé se justifier. Elle avait tout d'abord pensé que la Terre serait le territoire de tous les possibles comme Bellamy l'avait promit. Elle s'était vite rendu compte que comme sur l'Arche, les grands commandaient, et les petits n'avaient qu'à obéir et la fermer.
Sur le moment, sauter avait semblé la meilleure solution. Elle ne voulait plus de ces cauchemars incessants, des regards accusateurs des autres délinquants, de cette déception et de cette peur qu'elle avait vue sur le visage de Clarke après avoir appris ce qu'elle avait fait. Plus de morts par sa faute.
La chute lui avait semblé longue, bien que quand on se prépare à mourir le temps devient totalement relatif. Elle avait heurté quelque chose. Qui avait instantanément craqué, puis cassé.
Puis une autre et une autre et une autre et encore une autre. Jusqu'à ce quelle s'enfonce dans de l'eau.
Alors voila, elle avait voulu se suicider, elle avait sauté d'une falaise dont elle ne voyait pas la base et elle avait survécut.
Elle avait pensé tout d'abord à retourner auprès des délinquants, puis s'était ravisé. Ce qu'elle avait fait était difficilement pardonnable selon elle, alors elle était restée à l'écart. Dure avait été la chute, plus dure encore était le renouveau. Elle ne faisait pas partie des chasseurs chez les 100. Forcément, elle aurait gênée, évidemment… Alors elle avait fait preuve d'inventivité, pour se nourrir, se chauffer, s'abriter. Pour survivre.
Observant parfois son ancien amas de tente devenir une véritable forteresse, elle avait alors vue ses idoles s'étioler. Bellamy, le grand, avait entraîné la mort de centaines de personnes sur l'Arche. Et Clarke… Le simple fait d'y penser lui faisait faire un rictus haineux.
Clarke avait tué Finn. Elle l'avait poignardé, de sang-froid. Clarke avait tué des familles innocentes qui habitaient dans la montagne.
Elle avait vu cette colonne revenir de cette montagne vers les débris de l'Arche. Elle avait vu les blessés, les personnes éprouvées et elle avait surtout vu les personnes manquantes à l'appel. Des gens avec qui elle avait partagé une tente, un repas et dont les chefs se foutaient éperdument.
Les deux se regardant, échangeant nue embrassade et elle partant vers la forêt tandis que lui restait, l'observant s'éloigner avec une mine de chien battu.
Elle avait suivie Clarke, ce qui ne fut pas très compliquée vu le bruit que faisait la princesse, pendant plusieurs jours. Rigolant de ses manières, de ses techniques. Des cheveux rouges…franchement…des collets à lapin près d'un nid de ragondins…sérieusement…un habitat rudimentaire à base de mousse et de branches alors qu'une grotte bien plus chaude se trouvait seulement 5 mètres à côté…aaargh.
Tout ça pour en arriver là. Le jour ne s'était pas encore levé, Clarke avait encore dormie à la belle étoile adossée à une souche.
Alors elle s'approcha, tira une flèche de son carquois lentement, savourant le plus possible ce moment. Elle allait rendre justice à Finn et à tous ces morts. Elle apposa délicatement sa flèche sur sa corde et s'approcha doucement.
Clarke n'était qu'à seulement quelques mètres maintenant.
Elle banda son arc d'un geste ample, modulant sa respiration, prenant son temps. A cette distance, elle pouvait choisir le grain de peau que sa flèche percerait en premier.
Elle prit son temps.
Retenant toujours sa flèche.
Elle se fit elle-même la réflexion qu'elle aurait du décocher depuis une bonne dizaine de secondes. Son bras commençait à fourmiller par la tension qui lui était appliqué. Elle prit une profonde inspiration et se décida à lâcher la corde.
Ce qu'elle ne fit pas.
Elle en était incapable.
La fille devant elle avait beau être une génocidaire elle ne pouvait se résoudre à l'exécuter.
Ce n'était pas à elle de le faire.
Elle débanda son arc, remit sa flèche dans son carquois et se mit à genoux devant Clarke. Maitrisant ses pas et sa respiration pour ne pas la réveiller elle colla presque son nez à celle de la blonde.
« J'espère que celui qui te tuera te fera subir 1000 tourments avant de t'achever. » murmura-t-elle imperceptiblement à son oreille.
Alors Charlotte se releva un rictus empli de folie et de haine, recula doucement et disparut dans les premières lueurs de l'aube.
