Bonsoir les gens.

Il y a quelques OC dans ma fanfiction certes, mais AUCUN n'est un self-insert, et aucun personnage n'est un Mary Sue ( que je déteste profondément d'ailleurs).

J'espère que ce chapitre vous plaira. Etant donné que j'avais déjà écrit 20K mots d'avance, la cadence d'update va peut être un peu ralentir à l'avenir. Sachez juste que j'ai vraiment envie de faire une belle histoire. J'ai déjà mon plan pour cette fanfiction et elle fera environ 200K mots. Voilà, j'arrête d'écrire !

Bonne lecture !


Langues :
Normale : Neutre
Italique : Trigedasleng
Souligné : Français
Gras : Anglais


31 octobre 2122, Territoire des 12 clans, Forêt entre Arkadia et TonDC

Clarke s'était surestimée.

Ou alors elle avait sous-estimé les environs. Il n'empêche que la faim la dévorait. Littéralement. Elle sentait son corps, criant désespérément à manger, phagocyter ses muscles. Elle n'avait pas vu la moindre trace d'un quelconque animal si petit soit il. Elle n'y connaissait rien à la chasse. Elle avait étudié la médecine, l'art de sauver une vie, pas la prendre. Le spécialiste de la traque c'était Finn…

Ne pas y penser, ne pas y penser. Si elle y pense alors elle va se mettre à réfléchir, puis à douter, puis à reconsidérer. Non elle a prit la bonne décision.

La soif lui déchirait la gorge et la fatigue était telle que le moindre mouvement demandait un effort considérable.

Petit à petit sa volonté faiblit. Petit à petit ses convictions se voilèrent.

Elle ne pouvait assumer la mort de toutes ses personnes elle le savait. Mais devait-elle mourir pour cela ? Pouvait-elle être désigné responsable alors qu'elle n'avait jamais voulu cette place de leader ? Lexa était-elle heureuse d'avoir récupéré son peuple prisonnier ? Se moquait-t-elle du Skaïkru qu'elle avait enfumé ? Souriait-elle diaboliquement devant un feu, les flammes se reflétant sur ses prunelles maléfiques ? Se faisait-elle couler des bains avec le sang des familles de Mount Weather ?

Clarke s'arrêta en plein cœur de la forêt et se mit une claque intérieure. Elle se pinça le nez et ferma les yeux. N'importe quoi…

Son esprit divaguait de plus en plus, elle ne pouvait retenir sa concentration en alerte que quelques minutes avant de replonger dans ses pensées et de marcher à l'aveugle de nouveau.

Elle n'avait pas mangé de viande depuis plusieurs jours, se nourrissant exclusivement de fruits ou d'herbes dont elle reconnaissait les vertus. Alors elle s'économisait, marchant peu dans une journée et essayait de reconnaitre les environs.

Elle se disait qu'à force de tourner en rond, de bien repérer le terrain elle finirait par trouver quelque chose. Mais durant toutes ses occupations : dormir, manger, poser des collets, boire, se laver ses pensées étaient ailleurs.

Son esprit revenait inlassablement vers la mort. Et quand ce n'était pas la mort, c'était Lexa.

Alors elle voulait penser à autre chose, quelque chose qui la réconforterait. Son père : mort à cause d'Abby, son meilleur ami : mort, son petit ami : mort, son partenaire : au fond du gouffre, ses amis : en perte de repère, désabusé, estropié, passé à l'ennemi. Penser à ces personnes ne pouvait la rasséréner.

« Absolument rien » marmonna-t-elle. Elle avait commencé à parler toute seule dès son troisième jour d'exil.

L'être humain est un être social. Il n'est pas fait pour vivre en solitaire tel un loup. Pour palier à cet absence d'interlocuteur et pour éviter de devenir folle elle avait prit l'habitude de se réciter tout et n'importe quoi. Des poésies enfantines apprises plusieurs années auparavant aux différents moyens d'opérer une blessure par arme blanche.

Elle s'était tout d'abord sentie honteuse de se parler à elle-même comme une vieille sénile puis elle s'était rendu compte qu'elle était seule. La honte n'était plus un problème maintenant.

Clarke avait sa fierté et elle avait espéré être suivie, être pistée. Elle n'avait sentie aucune présence à ses trousses, preuve que la Heda s'en foutait de la princesse Skaïkru.

« Il doit être midi. J'ai faim, j'ai soif et je me sens sale » énonça-t-elle tout haut. Fermant les yeux, elle se dit qu'il faudrait qu'elle perde cette nouvelle habitude si elle devait retrouver la civilisation. Quoi ?

Elle n'avait jamais décidé ça !

Dans son esprit tout était clair, elle ne pouvait pas retourner à Arkadia ni à TonDC. La culpabilité était trop grande.

Et tout d'un coup elle s'assit, au milieu d'une mer de feuilles mortes. Et elle réalisa la puérilité de son geste.

C'était une fugue.

Un simple acte de lâcheté.

Mais elle se morigéna une énième fois. Elle avait tué des centaines de personnes. A TonDC, au Mount Weather, chez le Skaïkru et le Trikru. Il n'y avait rien pour elle nulle part.

Alors elle se releva, et reprit sa marche à l'aveuglette.

Moins d'une minute plus tard une petite forme silencieuse la suivit par un chemin parallèle.

Quelques dizaines de secondes plus tard une forme les suivit toutes deux.


31 octobre 2122, Territoire sauvage, une centaine de km à l'ouest du Territoire des 12 clans

Sa respiration était lente et bien maitrisée. Cela faisait maintenant 3 jours qu'il était parti chasser et celle-ci était loin d'être bonne. Il avait bien attrapé quelques lapins mais ceux-ci ne pouvaient nourrir durablement. Il fallait du gros gibier.

Cela faisait plusieurs heures qu'il traquait cette biche, celle-ci ne l'avait toujours pas senti ce qui était incroyable vu les détours que chacun avait pris se croisant et se recroisant à des moments différents laissant derrière eux traces et odeurs.

Quand tout espoir sembla perdu un bruit de craquement le surpris. La devant lui, la biche qui le narguait depuis le début de la matinée cherchait sa pitance dans les herbes à quelques dizaines de mètres. Pestant intérieurement, le jeune homme évalua la configuration en quelques secondes. La biche était située un peu en contrebas à sa droite, dans un taillis assez dense, empli non seulement de grands arbres nécessitant beaucoup de lumières mais aussi d'arbres mineurs. Parmi ronces et noisetiers entremêlés, il aperçut le museau gratter la terre.

Sans bruit et le plus doucement du monde, il s'approcha centimètre par centimètre de ce qui serait son prochain repas. Descendant en ligne droite en ayant auparavant évalué le sens du vent il se retrouva à la même hauteur que la biche à encore plus d'une vingtaine de mètres. Il n'y avait nul besoin de s'approcher davantage, l'adolescent était très bon archer et le moindre faux pas ferait fuir la bête.

Sans geste brusque il sortit une de ses meilleures flèches de son carquois et banda son arc. Cible et pointe se confondirent, sa respiration devint silence. Le jeune homme adorait ce moment et en même temps le détestait. Le meurtre d'un animal restait toujours quelque chose de difficile.

Après une grande inspiration, il retint son souffle, paré à lâcher sa corde…

Le 6ème sens, l'instinct du guerrier, la mort qui tend les bras vous pourriez appeler ça comme vous voulez, il sut instantanément que quelque chose clochait. L'air semblait plus lourd, sa vision plus étrécie. Regardant à droite et à gauche il rechercha des signes de menace et il ne vit rien.

C'est ce qui l'alarma. S'il avait vu un puma ou un ours qui aurait exceptionnellement échappé à sa vigilance, alors il aurait été rassuré. Quelques bonnes flèches et le gibier aurait été double. Mais pas de menace…

Il débanda aussitôt son arc et ne prit même pas la peine de remettre sa flèche dans son carquois. D'un geste habituel il remit son arc sur son dos et se mit à courir dévalant la pente.

La forêt devenait oppressante, les feuillages semblaient créer une prison au dessus de lui, l'obscurité semblait tomber de plus en plus rapidement sur le bois. Il accéléra encore si cela était possible. Atteignant le bas de la colline il enjamba sans difficulté le minuscule cours d'eau d'un bond.

La rivière en pente douce était enfoncée dans une petite vallée créée par une multitude de petites collines. Celle-ci serpentait un tout petit peu avant d'atteindre le fleuve.

Le chasseur apeuré eut 4 choix : 1. S'arrêter, il n'y avait pas de menace.

2. Suivre la rivière vers la droite pour atteindre le fleuve

3. Remonter la colline en face pour atteindre la forêt

4. Remonter la rivière

Il dut faire ce choix très vite mais il sut que ses assaillants connaissaient ses chances et savaient sa décision. Il feinta de partir à droite pendant quelques secondes et revint dans sa direction initiale.

Un sifflement caractéristique transperça l'air et un bruit d'enfoncement suivit. L'esprit du guerrier prit le dessus. C'était une hache de jet, lancée à moins de 50 mètres, piètre lanceur.

Il obliqua aussitôt à droite et accéléra. Sa tête commençait à chauffer, ses poumons et son cœur surpris par l'effort soudain étaient au maximum. Courant à perdre haleine, puisant dans toutes ses forces il ôta et jeta même son arc. Celui-ci le ralentissait et devenait inutile en combat rapproché. Chacun de ses pas faisaient voler des mottes de terre meuble.

Aux deux serpentins que faisait la rivière, le jeune homme ne ralentit point et continua tout droit courant les montées et descentes à perdre haleine.

Il était à bout, il ne saurait dire depuis combien de temps il courait, mais il était sur que ses poursuivants suivaient son rythme et peut être même accéléraient.

Le delta apparut. La végétation passait d'arbres conifères et feuillus à de la bruyère et des herbes folles, la terre devenait du sable.

Bordel ses bras et ses jambes pesaient des tonnes, ses poumons le brûlaient et plus une seule pensée cohérente ne sortait de son cerveau. S'il atteignait le fleuve il pouvait nager fort et vite et passer en territoire Yelgeda. La végétation laissa place au sable et aux cailloux, plus aucun obstacle, plus aucun refuge avant le fleuve. Ce dernier le moquait calme et serein, coulant tranquillement et clapotant même de son bruit familier.

Alors il commença à zigzaguer, il se projeta même à terre quand il entendit une hache passer au dessus de sa tête. Se relevant aussitôt il ne reconnut ni la forme ni le métal utilisé. Il était arrivé, le fleuve était à 20 mètres. Aucune personne ne pouvait le battre à la nage, ses bras forts et des années d'entraînement lui avaient conféré une certaine aisance dans l'eau. Ses pieds touchèrent enfin l'eau et il se prépara à effectuer un plongeon.

Un bruit claqua dans l'air et sa jambe gauche se déroba, il s'étala de tout son long et son corps entier plongea dans l'eau. Encore sonné il se mit néanmoins à battre des bras avec frénésie et s'éloigna le plus possible de la berge.

« Une ancienne arme, ici ? » fut sa première pensée cohérente. Enfin non, sa première pensée cohérente fut la joie d'être vivant et après la question de l'arme. Sa jambe le faisait atrocement souffrir et il s'expliqua sa fatigue soudaine par la perte de sang. Avec l'aide de sa bonne jambe et de ses bras il nagea et se laissa dériver. Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant lesquelles un combat perdu d'avance se déroula, malgré tout ses efforts il était impossible qu'il puisse traverser le fleuve avec une jambe inutilisable, le courant le ramenant toujours du côté du fleuve où il venait.

Se mettant en position d'étoile et vérifiant les alentours il put enfin se reposer et réfléchir. Ses poumons et son cerveau le remercièrent vivement.

On l'a attaqué à une centaine de km du territoire des 12 clans par des hommes utilisant les anciennes armes. Seules deux tribus étaient connues pour les utiliser : -les visiteurs du ciel, ou Skaïkru, bien que cela soit hautement improbable, ceux-ci ne s'étaient jamais aventurés aussi loin et la période n'était pas aux expéditions.

La deuxième…, la deuxième il préféra ne pas y penser.

Il réfléchit à la marche à suivre. Le saignement semblait s'être arrêté ce qui était une bonne nouvelle. La première chose à faire était de traverser le fleuve, il resterait ensuite à rejoindre le village le plus proche et demander à envoyer un message. Il ne pouvait pas traverser à la nage cela était certain mais il existait encore un pont, tenu par un vieux et sa famille. Se remettant sur le ventre il essaya de se repérer mais vue du fleuve tout semblait différent.

Se maudissant de connaître chaque recoin de cet endroit par cœur et de ne pas voir un seul signe particulier il se remit sur le dos.

Le pont de Mottonwood avait gardé son nom ancien, en effet une plaque indiquait toujours fièrement le nom, comme une gloire passée et les premiers survivants s'étant installés tout près avait finis par adopter le nom. Le pont ancien construit en dur était le seul encore debout dont la véracité était connue. La famille Motton n'était pas considérée comme amicale. La traversée du pont était évidemment payante, mais ils ne prenaient jamais cher, juste une babiole ou de la nourriture.

Il n'y avait rien à plus d'une dizaine de kms à la ronde. Juste un pont et une maison. Devant s'auto-subsister la famille avait son propre four, sa forge et utilisait bien sûr l'énergie hydraulique grâce à un moulin à aube. Contrairement à ce que l'on pourrait penser ce trou perdu était traversé par au moins une personne par jour.

Toute sorte de chasseurs traversaient à la recherche de nouveaux gibiers, les boulangers venaient chercher la farine, les aventuriers partaient pour la plupart du temps ne jamais revenir et quand ils revenaient la famille Motton copiait leurs récits. Parfois vrais, parfois embellis, parfois faux donc ne méritant pas de gâcher du papier la famille Motton avait engrangée au cours des années des étagères entières de récits d'ici et d'ailleurs. Pour des clans non guerriers, marier son enfant à un Motton était une promesse de réussite et de prospérité.

Considéré comme les personnes les plus intelligentes des tribus la famille Motton n'avait jamais vraiment prit part à la fédération. Promesse était faite de laisser traverser les guerriers en cas de guerre et d'obéir aux lois (inutiles puisqu'aucun crime ne survenait jamais), en revanche aucune taxe ne leur était imposée.

Familier de la famille Motton depuis son plus jeune âge, le chasseur était sûr que ceux-ci l'aiderait. Apercevant enfin un signe particulier et faisant un rapide calcul il sut que le pont approchait rapidement. Ce qui lui aurait pris plus d'une journée était passée en… en… en y réfléchissant bien il ne savait pas combien de temps il s'était écoulé. Commençant à se rapprocher de la berge, au détour d'un dernier virage il aperçut le pont et la maison.

En flammes. Des hommes en masses traversaient le pont dans un désordre évident.

Cette vision confirmant ses premières pensées, il attendit le tout dernier moment et plongea. Bouger sa jambe lui fit de nouveau mal mais il ne s'en occupa pas. Au pied des piles des carcasses de « voitures » préservées étaient renversées. Il passa sous les arches puis se laissa porter le plus loin possible. Il ne remonta que quand ses poumons semblèrent prendre feu.

Le vent apportait encore une odeur de bois et de chair brûlée.

Après s'être assuré de ne plus être vu du pont il se rapprocha de la berge et s'y échoua.

Se hissant très péniblement hors de l'eau il se mit à réfléchir à haute voix : Je ne peux pas traverser à la nage, je ne peux pas non plus traverser par le pont ni par aucun autre pont de connu.

Sa tête lui tournait, se hissant un petit peu il observa sa jambe et découvrit que ce qu'il avait pris pour une blessure s'étant arrêté de saigner était en fait toujours un trou d'où le liquide rouge si précieux s'échappait.

N'ayant jamais vu les dommages que pouvait provoquer ce genre d'armes, il avait considéré sa blessure comme celle d'une flèche.

Il perdait beaucoup trop de sang maintenant. Il avait froid et était fatigué.

Se forçant à se remuer il essaya de se relever mais n'y parvint pas. Se disant qu'il allait se soigner après un repos celui-ci posa sa tête sur le sable jaune et tomba dans l'inconscience. La balle ayant traversé l'artère fémorale, sans attention médicale, la blessure fut mortelle.

Enri de la tribu Trikru s'endormit pour ne plus jamais se réveiller.


25 mars 2017, Los Angeles USA, 14 mètres sous la ville

Emy Blake était heureux. Pour la plupart des gens de son âge, Emy Blake aurait été le symbole de l'échec : mauvaise éducation, père à 17 ans, échec scolaire et échec à sa graduation, obligé de faire deux petits boulots sous-payés pour subvenir à sa famille. A 18 ans Emy Blake était préparateur de burgers dans une chaîne de fast-food du sud de Los Angeles le midi et éboueur de grande profondeur la nuit.

Ces deux métiers étant considérés comme extrêmement ingrats, lors de soirées la plupart des personnes étaient étonnées de voir qu'Emy n'en avait pas honte. Il devait faire ce qu'il avait à faire pour nourrir sa famille. Alors oui il devait mettre la main le midi dans de la nourriture qui deviendrait ce dans quoi il marchait la nuit mais la simple pensée de sa fille dans son berceau suffisait à le combler de joie.

Emy habitait seul avec sa fille dans un tout petit appartement dans le sud de L.A, dans un des quartiers les moins bien famés de la ville. Il avait fini par abandonner l'idée d'un vélo quand son 3ème s'était encore envolé. Il devait maintenant faire des heures de bus par jour pour aller au travail et en revenir. Le superviseur du Burger King dans lequel il travaillait lui avait accordé le droit d'amener son enfant du moment que celui-ci soit le plus discret possible. Les ennuis étaient maximaux lors des premières années de l'enfance.

Pour subsister le jeune Blake avait du prendre un boulot de nuit et celui qui payait le plus, sans qualification était éboueur de grande profondeur. Avant d'arriver à ce poste Emy n'avait jamais su comment fonctionnait toute cette tuyauterie.

Une ville de la taille de Los Angeles possédait un réseau souterrain comparable à un gruyère : entre : le métro, les tunnels routiers et ferroviaires, les fondations des buildings, le service d'eau, d'électricité et Internet il fallait faire passer des conduites capables de charrier toutes les immondices de 17 millions d'habitants.

Raccordés par différents tunnels les tuyaux étaient tous envoyés dans LE tunnel. Faux nom puisque cela ne représentait pas un seul tunnel mais des dizaines de kilomètres de galeries LE tunnel était composé d'une rivière d'immondices bordées de part et d'autres de trottoirs glissants. L'odeur les premières fois était insurmontables et Emy vomit le contenu de son estomac un nombre conséquent de fois.

Le travail des éboueurs de grandes profondeurs étaient de contrôler les arrivées et sorties d'eaux. C'était ce qui était marqué sur son contrat en tout cas.

Pour illustrer la réalité de ce travail Emy pouvait raconter qu'il avait plusieurs fois dû nager dedans pour retirer des objets pris dans les grilles. De la même manière il avait un jour sauvé la mise à plusieurs collègues en resserrant des tuyaux verticaux d'arrivée. Sans son aide un phénomène ventouse inverse se serait produit et tous les lavabos et toilettes d'une rue auraient débordés.

Emy modeste ne racontait cette histoire que quand il était forcé et préférait des histoires d'autodérision. D'un naturel assez taciturne, il était loyal, sympathique et aidant.

Laisser sa fille seule dans son appartement était toujours un déchirement pour Emy, il savait qu'il devait trouver une solution mais il n'avait pas les moyens pour une baby-sitter. Alors il partait le plus tard possible de son appartement et revenait toujours en courant.

Comme d'habitude Emy était dans la merde jusqu'au torse cette aube du 25 mars. Il essayait avec l'aide de plusieurs collègues de retirer un caddie, (sérieusement comment un caddie avait pu finir ici ?), d'une bouche principale. Ils n'entendirent rien tout d'abord puis les conduites verticales commencèrent à vibrer, la rivière augmenta bizarrement, les eaux ne sortaient pas au bout de la conduite, et au contraire Emy sentait un flux chaud au lieu de froid venir dans le sens inverse.

Après s'être concerté avec ses collègues dans un vocabulaire riche tel que « The fuck was that » Emy reporta son attention sur la bouche devant lui car un grondement semblait en provenir.

En quelques microsecondes un flux d'air poussa la grille, la déchaussa du béton, percuta le caddie qui lui-même percuta Emy. Sous le choc celui-ci se retrouva immédiatement sous l' «eau » et peina à retrouver ses esprits. Il se releva péniblement, sorti la tête des immondices et constata que ces collègues escaladaient déjà les échelles à l'autre bout du tunnel. S'apprêtant à les imiter, il rencontra une force contraire, empêchant ses mouvements. Sans rien pouvoir faire Emy assista au flux contraire typique d'un effet ventouse.

Il fut littéralement aspiré par la bouche principale et sombra une nouvelle fois. Brinquebalé de gauche à droite et ne faisant que sombrer Emy sut que s'il ne s'arrêtait pas vite, ce serait la fin. LE tunnel se finissait obligatoirement par une des centrales de retraitement. Il battit des pieds et nagea dans un sens, espérant que c'était celui de la surface.

Émergeant enfin, il s'aperçut qu'il ne reconnaissait pas l'endroit. C'était un autre embranchement du tunnel certes mais il fut étonné car Emy, malgré sa courte carrière, connaissait le réseau comme sa poche. Il s'aperçut alors que les trottoirs n'étaient plus visibles.

Le niveau avait augmenté à une allure phénoménale, s'il restait ici il allait mourir noyé.

Les ampoules qui éclairaient le tout d'une lueur blafarde rendirent l'âme. Emy se retrouva dans le noir complet.

Nageant perpendiculairement au sens du courant il essaya d'atteindre une paroi. N'ayant aucun repère, étant dans le noir complet et totalement emporté par un flux gigantesque Emy se découragea rapidement jusqu'à ce que l'image de sa fille apparaisse dans son esprit. Résistant à son envie de vomir et se disant qu'il en était déjà couvert, Emy plongea et nagea de toutes ses forces. Il sentit enfin une paroi qui glissait à une vitesse folle.

Bien que ce ne fût surement pas le moment, Emy sourit intérieurement. Ce n'était pas le mur qui glissait, c'était lui qui le longeait rapidement.

Ses doigts touchèrent des câbles fixés au mur il s'y accrocha de toutes se forces. Son corps se déporta immédiatement à l'horizontal.

C'était bien une échelle, alléluia. Alors à la force des bras il se hissa de barreau en barreau et quand il fut hors de l'eau, put enfin poser ses pieds sur une surface solide.

Il apposa sa tête sur les barreaux et eut un rire nerveux, mélange de pouffements et de hoquets. Il était sauvé.

Elle apparut soudain dans son esprit, et à toute vitesse il grimpa l'échelle inter-niveau. Qu'est ce qui avait pu provoquer ce phénomène ? Rien n'était comparable à ce qui venait de se passer. Pas même les histoires des vieux briscards.

Il arriva au niveau -12. Plus il remontait les niveaux plus les bruits s'amplifiaient et plus la chaleur augmentait. Ce mélange était absolument ignoble, l'odeur exacerbée par la chaleur ambiante rappelait les enfers.

L'aménagement des souterrains avaient été prévus de façon homogène dans toute la ville. En dessous du niveau -13 était LE tunnel, de -13 à -6 des tuyaux d'injections et de -6 à la surface les tuyaux d'évacuations.

De fait le niveau -6 était un gigantesque local technique permettant la maintenance des niveaux supérieurs et inférieurs. Ce niveau suivant toutes les routes et infrastructures de la ville était une ville souterraine de plusieurs hectares de superficie.

Il était connu et Emy l'avait même vu à l'époque, que certaines personnes habitaient dans les égouts. Ces personnes, marginales, blasées de la vie ou même de simples travailleurs n'ayant plus les moyens pour un logement, avaient choisis la ville dans la ville.

Mais pour le moment Emy ne pensait qu'à sa fille, laissée là haut, toute seule.

Ses mains touchèrent une plaque coulissante et il se hissa immédiatement au niveau -6. Il n'aperçut toujours rien puisque la encore les ampoules avaient grillé.

« Mais quel con. » Emy chercha aussitôt, à l'intérieur de sa cotte, son petit sac étanche contenant son portable. Il défit l'emballage précautionneusement dans le noir complet et le sortit de la veille.

Il ne se passa rien.

Ne se rappelant pas l'avoir éteint il essaya de l'allumer.

Et rien ne se passa.

Alors Emy sut. Il avait vu assez de films et joué à assez de jeux vidéo pour savoir ce qui pouvait entraîner le grillage d'un appareil électrique à distance.

Refusant d'y croire il tâtonna de part et d'autre à la recherche du mur. Quand il le trouva celui-ci était tiède.

Se refusant à y penser, il longea pendant plusieurs minutes la cloison jusqu'à trouver de nouveau une échelle.

Les barreaux étaient chauds. Par conduction la chaleur avait du se transmettr…

« Non, non, non » se répéta-t-il sans arrêt. Et plus il grimpait à l'échelle, plus les barreaux devenait incandescents et plus Emy accélérait.

Il fallait qu'il sorte. Vite. Il fallait qu'il retrouve sa fille.

Ses mains étaient en sang et étaient devenues insensibles tellement la brûlure était intense. Et il grimpa encore plus vite si c'était possible.

Tellement vite que sa tête heurta la bouche d'égout. Il fut étourdi pendant quelques secondes, se raccrocha aux barreaux où il laissa des lambeaux de peau carbonisés par ce bref contact et poussa la bouche sans résultat.

La surface terrestre était la, à quelques centimètres. En 45 minutes de sprint il serait chez lui.

Il poussa de nouveau, hurlant de rage.

Dans sa fureur il s'arc-bouta posa ses mains et sa joue sur la plaque et poussa de tout son corps. Ses mains hurlaient de douleur, sa joue aussi, sa bouche aussi, il ressentait l'ardeur sur son visage. Il pouvait sentir l'odeur de sa chair calcinée.

Rien n'y ferait, la chaleur si intense avait fait fondre le métal et soudé la bouche d'égout à ses montants.

Emy criait, criait à en perdre ses cordes vocales dans une frénésie qui ne lui ressemblait pas. Pour la première fois de sa vie Emy, terrassé par la douleur, abandonna. Il se laissa tomber, son corps frôlant les parois de la conduite. Ses jambes rencontrèrent le sol du niveau -6 et tinrent bon malgré sa chute de plusieurs mètres.

Affalé sur le sol dans le noir complet il ne sut quoi faire. Il se rendit vite compte qu'il criait toujours.

Son esprit se rappela alors d'une citation de film : « N'entre pas docilement dans cette douce nuit. Le vieil âge doit gronder, tempêter, au déclin du jour. Hurler, hurler à l'agonie de la lumière. »

Pourquoi pensait-il à cela maintenant ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi sa fille ?

Alors il resta dans le noir, vociférant jusqu'à ce que sa gorge saigne elle aussi.

Une lumière de torche apparut dans son champ de vision après un temps indéterminé.

Dans ce qui resta et reste son jardin secret, Emy cacha tout au long de sa vie ce qui advint durant les semaines qui suivirent.


Citation du film Interstellar.
Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !