Langues :
Normale : Neutre
Italique : Trigedasleng
Souligné : Français
Gras : Anglais
2 novembre 2122, Territoire des 12 clans, Polis
Lexa ne respirait pas, ou tout du moins ne semblait pas respirer.
Assise en tailleur dans une des salles d'entraînement de la tour de Polis, elle s'appliquait à réaliser une relaxation de tout son corps.
Se rappelant finalement que des gardes la surveillait encore elle les renvoya d'un geste et leur indiqua d'emmener avec eux les autres postés derrière la porte. Sans un signe, ils s'exécutèrent.
Ces moments bien que sporadiques étaient très appréciés, ils lui permettaient de faire le vide et de reposer un peu son cerveau en surchauffe.
Les problèmes et les questions qui reposaient sur les épaules d'une Heda étaient oppressants au plus haut point. De fait Lexa aimait ces petits moments loin de tout où elle pouvait juste fermer les yeux et se relaxer.
Lexa avait apprit très jeune à ne pas forcément se fier à sa vue.
Là, à ce moment précis, dans cette position, Lexa avait entièrement conscience de son environnement.
Le froid mordant ses bras découverts.
Les petites bourrasques de vent traversant les fenêtres éclatées et hérissant les poils de sa nuque.
L'odeur entêtante du cuir de ses vêtements et celle âcre du feu brûlant dans l'âtre.
Mais plus particulièrement son ouïe. La plupart des animaux se reposent à parts égales sur leur vue et leur audition.
Au début, on n'entend qu'une suite de son indistinct. Puis le son s'affine, se repère dans l'espace, s'atténue ou augmente.
Le son métallique de l'ascenseur descendant sa cage.
Le bruit incohérent de la population.
Le garde posté derrière la porte à droite raclant sa gorge.
Le garde de gauche qui par réflexe change sa position et fait cliqueter son armure.
Mais le vide créé dans son esprit s'estompa très vite. Les questions se rappelant très vite à elle : Le Skaïkru, l'Azgeda, la nourriture…
Dans un soupir et sachant que la recherche de paix intérieure était partie elle se redressa et fit des étirements. Commençant d'abord par les jambes puis tout le corps.
Elle entreprit alors de s'échauffer plus rapidement, augmentant son souffle et la précision de ses gestes. Elle commença par des flexions-extensions, des étirements des dorsaux, trapèzes, bras, lombaires, fessiers, quadriceps…
Tous ses noms de muscles elle les avait appris il y a bien longtemps dans un vieux livre aux images presque effacées. Le Trikru ne refusait pas le savoir, bien au contraire. Mais au fil des années les livres ayant résistés à l'Apocalypse s'abîmaient, ils devenaient de plus en plus rares et donc de plus en plus précieux. Ils étaient gardés précautionneusement dans une des salles de la tour.
Après près de 10 minutes d'un simple échauffement ses membres semblaient chauffer d'eux-mêmes.
Un tel effort aurait déjà fait transpirer et augmenter le rythme respiratoire de n'importe qui.
Mais Lexa n'était pas n'importe qui.
Sentant l'élasticité dans ses membres elle se rapprocha alors d'un sac de frappe de couleur marron dans sa partie médiane et inférieure et un dégradé de vert. Elle débuta alors une série de frappe à mains nues.
Ce que Lexa appréciait pour une raison qu'elle ignorait était l'augmentation, la montée crescendo.
De fait elle fit d'abord une frappe du poing droit, pause, deux frappes enchaînées, pause, 2 frappes et 1 esquive, pause… Lexa arriva finalement à son motif maximum où elle pouvait retenir le plus de mouvements.
Les coups secs et mats contre le sac perçaient le silence. L'agilité et la diversité des coups dont elle faisait preuve étaient surprenantes. Esquives du bassin, des épaules, des jambes, coups de pieds, genoux, poings, épaules, avant-bras, coups de pieds retournés faisaient partis de sa force brute.
Elle se perdit dans son combat imaginaire. Aucune rage ne la transperçait, aucune peur, aucune pensée, seulement le néant de la concentration.
Le temps passa sans que celle-ci ne s'en aperçoive. Quand au bout d'une heure sans interruption, elle décida de s'arrêter sa respiration n'avait pas presque pas changée. Ses phalanges étaient couvertes de sang et celui-ci s'était répandu sur le sac.
Elle prit sa gourde, s'hydrata et s'aspergea abondamment le visage.
Une douleur au ventre la tiraillait et elle se rendit compte que c'était la faim.
Le soleil était déjà haut dans le ciel, la mi-journée était passée. Se dirigeant immédiatement vers les étages inférieurs elle parcourut la tour de Polis.
Dernier vestige de la puissance de construction du monde ancien, la tour de Polis abritait tout un écosystème. A l'origine sensée représenter l'égalité, la tour avait bientôt prit la forme des anciennes coutumes. Aux soubassements et premiers étages se trouvaient les quelques artisans. Aux étages supérieurs les quartiers d'habitation et enfin dans les derniers étages, la Heda.
Ne se sentant pas de partager son repas avec ses capitaines comme à son accoutumée, Lexa entreprit de descendre la totalité de la tour et de parcourir la ville.
Polis, bien que considéré joyau des 12 clans, n'était pas la ville la plus peuplé du Trikru et certainement pas la plus jolie. N'abritant qu'une population d'à peine un millier de personnes Polis rayonnait seulement grâce à son flambeau. Ses ruelles bien qu'animées n'étaient pas des plus appréciables du fait de leur faible largeur et sans aucun système d'évacuation.
Lexa préférait de loin Restownn, la ville sylvaine. Mais situé dans l'extrême-sud du territoire, mal reliée aux autres villes et n'ayant pas la même stature imposante Polis lui avait été préférée pour servir de capitale.
Polis était très petite, seule quelques rues bordaient la tour des Hedas et les améliorations étaient prodiguées par les habitants. Situé en plein centre des 12 clans, sur une plaine sans végétation Polis était la ville de passage. Presque aucune production n'était effectuée à Polis, l'agriculture, le forgeage et l'élevage ayant été déplacés.
La ville n'avait pour ainsi presque aucun intérêt si ce n'était une halte sur la route du sud pour l'approvisionnement, la route de l'est pour la mer, l'ouest pour les contrées sauvages et le nouveau clan du Trikru et la route du nord pour les contrées froides.
Cette journée s'annonçait pluvieuse et les quelques commerçants s'étaient déjà abrités à l'intérieur de leurs magasins.
Lexa pouvait déjà voir l'impact du rationnement sur la population, une maigreur inhabituelle chez certains passants.
Les gens s'immobilisaient sur son passage, les plus fervents s'agenouillaient. Lexa n'éprouvait pas de contentement dans ces révérences mais telles étaient les traditions.
Dans des petites échoppes, la Heda put se sustenter après avoir bataillée pendant quelques minutes pour payer. Le respect de son peuple était tel qu'il ne voulait jamais la laisser payer le vrai prix.
La pluie commença à tomber d'abord par fines gouttes comme une pluie d'été, puis des cordes. Et c'est là que Polis montrait son vrai visage.
En quelques minutes l'eau ne s'écoulait plus. La poussière agglutinée sur les quelques surfaces pavées et les chemins en terre se transformaient en bourbier. Les quelques passants s'affairaient rapidement voulant se mettre aux abris.
Lexa eut une pensée pour ses fermiers qui eux travaillaient, qu'il pleuve ou qu'il neige.
D'une détermination nouvelle elle se dirigea vers la tour.
Reprenant sans s'en rendre compte le chemin de l'entraînement elle s'arrêta devant la salle d'entraînement et demanda alors à un garde de l'accompagner.
Celui-ci fut tout d'abord surprit pendant quelques fractions de secondes, puis obtempéra sans discuter.
Les deux pénétrèrent dans la salle d'entraînement, sobre dans sa décoration et spartiate dans sa composition. Le regard de Lexa engloba les murs en bétons mis à nus et perforés à de très nombreux endroits, les graffitis décennaux presque effacés et les fines tentures rouges battantes devant les fenêtres.
La pluie ricochait doucement sur les balcons avec un bruit doux, tandis que les chandeliers rouillés que les bourrasques faisaient remuer, grinçaient.
Cette sobriété et cette ancienneté était assez gênante pour un intrus et avait provoqué un malaise chez plus d'un étranger. C'était comme si l'on retournait en arrière, que l'on s'introduisait dans une parcelle du passé, une époque où l'on ne devrait pas se trouver.
Dans un coin de la salle se trouvait le sac de frappe d'où quelques gouttaient tombaient encore.
Lexa se dirigea vers le râtelier d'arme, son vassal l'imita quelques secondes plus tard et s'immobilisa derrière elle.
Il n'y avait absolument aucune raison pour se battre à armes réelles à l'entraînement mais irrépressiblement elle choisit bâtons de bois, aussi appelés tanbo, et en lança deux au garde.
Quel était son nom déjà ? Lexa s'interrogea, puis se ravisa et se dirigea vers le centre de la pièce, la surface de combat.
Là aussi le garde, Coulder !, il s'appelle Coulder , prit un temps d'hésitation puis se mit en position face à elle.
Les deux se saluèrent respectueusement d'un hochement de tête sans jamais se perdre du regard.
Ensuite sans jamais trahir la moindre émotion ils prirent leurs positions de départ.
Sans crier gare Lexa se lança en avant fit un enchaînement, dont Coulder para, avec une extrême lenteur, la première attaque et reçut une volée au sternum.
« Encore. » énonça Lexa d'une voix autoritaire. C'était les règles, une touche et le combat s'arrêtait et reprenait au début.
Et la simulation de combat reprit, encore et encore et encore.
Tous les coups étaient permis, les tanbos, n'étaient que des outils.
Au fur et à mesure des échanges, il fut clair que Lexa dominait, Coulder ne réussissait jamais à la toucher ni même à se défendre correctement.
Ce que Lexa prit pour de la retenue envers la Heda l'énerva au plus haut point. Lors d'un échange plus violent que les autres, Lexa porta un coup directement au visage en direction du nez qui se mit aussitôt à pisser le sang.
Làààà .Enfin, il va s'énerver, il va se bouger un peu pensa-t-elle.
L'échange suivant fut bien plus rude, Coulder se démenant comme un beau diable. Les attaques se voyaient parer et les estocs esquivés.
Et Lexa le vit trop tard.
Coulder avait mit son poids vers l'arrière lors de la dernière parade alors que Lexa était avancé. Il balaya sa jambe rapidement au ras du sol, déséquilibrant totalement la Heda.
Lexa se sentit tomber.
La colère et la joie de la victoire firent faire à Coulder un acte qui le dégoûta quelques secondes plus tard. Alors que Lexa tombait et allait s'écraser sur son dos, Coulder lui asséna verticalement un coup sur le front.
Le coup sec et fort la projeta immédiatement dans l'inconscience.
Lexa est bizarre.
Il lui arrive pendant ses rêves ou dans des moments où son subconscient prend le dessus de revoir des choses. Des choses qu'elle n'a pas vécues. Des choses qui se sont passées alors qu'elle n'était même pas née.
Lexa n'est à chaque fois que simple spectatrice de ses actions, c'est pour cela qu'elle comprend que se sont des souvenirs car comme le passé ils sont inaltérables. Depuis son plus jeune âge Lexa a ces sortes de souvenirs et elle croyait alors devenir folle. Ce n'est qu'avec l'aide d'Indra qu'elle réussit à s'en sortir.
Ces souvenirs ne sont pas très nombreux, ils passent et repassent tissant des actions passées il y a plus de 100 ans.
Elle est dans un corps de jeune fille, elle le sait, elle le sent et elle sait immédiatement de quel souvenir il s'agit. L'un des pires.
Lexa ne fait même pas attention à ce qu'elle voit, connaissant pertinemment chaque microseconde de ce souvenir.
Elle observe les visages crispés, elle discerne des ombres à travers la brume, elle voit la charge, elle suit le combat, elle aperçoit la lame s'abattre.
Elle entend les voix et les rires forcés, elle entend le bruit des pas, elle entend les cris d'agonie, elle discerne le souffle de l'épée.
Elle ressent la chaleur des soldats derrière elle, elle est frigorifié par le froid matinal, son corps tremble comme la terre, elle ressent le morceau d'acier aiguisé lui trancher la tête.
Tout se brouille vire au noir et elle se sent tombée jusqu'à ressentir une intense douleur dans son ventre. Elle finit par s'écraser dans l'obscurité.
Tout se brouille vire au noir. Une intense sensation de chaleur l'entoure.
Tout se brouille à nouveau et elle se rend compte que c'est un de ses propres souvenirs. Elle reconnait les hautes cimes des arbres de Restownn. Elle entend des rires moqueurs, se retourne et voit des gens plus grands.
Ce sont des adolescents, ils se moquent d'elle, pourtant la Lexa de l'époque a la sensation d'avoir la même maturité. Son corps se met à courir et après plusieurs minutes grimpe à un arbre.
Dans un cri Lexa se réveilla. Sa conscience prit du temps à se remettre du choc comme à chaque fois. Ses pensées virevoltèrent et s'entrechoquèrent.
Prenant conscience de l'attroupement de ses gardes autour d'elle, elle se ressaisit et se releva. D'un rapide tour d'horizon, elle découvrit Coulder le visage totalement tuméfiés, bosselés et coupés à plusieurs endroits. Le sang s'écoulait encore par minuscules gouttelettes de 2 blessures.
De manière incongrue, seul son visage paraissait abîmé, le reste de son corps sans traces de coups apparentes.
Lexa était totalement décontenancée. Venait-elle de tabasser un de ses gardes royaux ? Avait-elle réellement perdue le contrôle ? Les gardes la regardaient vraiment bizarrement. Depuis combien de temps ?
S'excusant à de multiples reprises auprès de Coulder, ce qui gêna encore plus ses hommes, jamais la Heda ne s'excusait elle leur intima de sortir et se rendit compte que le soleil était près de se coucher.
Elle était restée inconsciente durant plusieurs heures.
Non si elle était inconsciente longtemps, ses protecteurs l'auraient emmené à l'abri.
Non, son combat avec Coulder avait duré des heures, d'où ses blessures. Pourquoi je ne me rappelle alors que de quelques minutes ? Pourquoi au visage ? Pourquoi ai-je envoyé Indra aussi loin ?
Se prenant la tête dans les mains, elle appuya fortement sur son front malgré la douleur, comme si cela pourrait lui éclaircir les idées. Elle sortit de la salle après quelques minutes de concentration, affichant de la compassion et des paroles rassurantes à ses 4 gardes. Ceux-ci hochèrent doucement la tête.
S'orientant directement vers sa chambre, elle sentit leurs présences rassurantes derrière elle, puis se rappelant la séance nocturne de doléances, soupira et se dirigea finalement vers la salle du trône.
Les séances de doléances avaient été créées au tout début des règnes des Hedas, sous un autre nom. Elles permettaient aux gens de venir faire l'état des lieux des avancées des clans, de la fédération, des cultures…
Au fil du temps, les sujets avaient changé. Il n'était pas utile de venir toutes les 3 semaines se féliciter de l'union des clans. Alors les bonnes et mauvaises nouvelles avaient fait place aux mauvaises.
Et à chaque mauvaise nouvelle le ou la Heda devait décider une mesure, c'était la règle, débile certes, mais la règle tout de même.
Les gens venaient maintenant uniquement pour régler un conflit ou se plaindre.
La population des 12 clans, ayant une certaine fierté, avait exprimé le souhait de venir la nuit, l'obscurité garantissant l'anonymat des plaignants, les affaires étant la plupart du temps honteuses.
Alors voilà, Lexa allait devoir écouter pendant une bonne partie de la nuit, des vols de poules et de grains, des résultats de bagarres, des plaintes sur les taxes…
Et pour toutes ces affaires, Lexa mettait un point d'honneur à connaître l'entièreté des faits pour donner le jugement le plus juste.
De mémoire d'homme, jamais Heda n'avait autant pris en compte les problèmes du bas peuple.
Lexa la juste.
Souriant intérieurement elle savait aussi que d'autres surnoms moins flatteurs la qualifiait : Lexa la sanguinaire ou la morbide.
Celui qui lui plaisait et lui ressemblait le plus était « The Owl » la chouette, comme l'oiseau nocturne, qui attaque et rend justice la nuit. Qui crie quand vient l'obscurité. Qui ne dort pas dans les ténèbres.
Arrivée devant la porte de la salle du trône, elle prit quelques secondes pour prendre son visage ferme et inflexible, jeta un regard derrière pour vérifier que ses gardes l'avait imité et enfin ouvrit les doubles portes en grand.
Une vingtaine de personnes se pressaient déjà à l'intérieur.
Lexa n'avait qu'une envie c'était rebrousser chemin et aller se coucher, loin d'ici, mais elle était Heda, et elle devait faire ce qu'elle devait faire.
Elle traversa de sa plus haute stature la salle, accompagnée d'une flopée de révérences, s'installa sur son haut siège et attendit que ses gardes se soient placés de part et d'autres de la salle.
Après des salutations d'usage elle fit signe à la première personne de parler.
La longue nuit commençait.
25 mars 2017, France, 15 km au large de Biarritz
Matt Purnell était un homme de 24 ans, serveur dans un night-club huppé de la City et féru de surf. Toute la journée il dormait, toute la nuit il servait des boissons à des personnes essayant de trouver un sens à leurs vies, qui n'en trouvaient pas et qui donc venaient boire des verres beaucoup trop chers dans des bars bien trop classes.
Ça n'était pas forcément un mauvais travail, bien que son audition commençait déjà à baisser, ce job lui permettait de nourrir un train de vie assez aisé.
Côté argent Mark ne manquait pas et côté amour sa vie était assez remplie de plan cul et de filles un peu trop bourrées.
Oui, Mark n'avait pas de moral à ce sujet. Sa réponse était toujours « Pourquoi elles ont bu comme ça alors ? ».
Il soupira une nouvelle fois. « Putain de merde, c'est pas possible. » pensa-t-il pour la énième fois. Il avait claqué une coquette petite somme d'argent pour aller dans le sud-ouest de la France, d'autant plus que le Royaume-Uni ne faisait plus partie de l'UE. La livre avait dégringolé en flèche et sa richesse avait considérablement diminué.
Néanmoins il avait tenu à faire son voyage de surf annuel et quel meilleur endroit que Biarritz.
Après avoir rencontré des potes surfeurs ceux-ci l'avait amené en pleine mer pour trouver de bonnes vagues.
Rien.
Rien du tout.
Pas le moindre petit soupçon de vaguounette.
Désabusé Mark jura à nouveau sur sa planche. Plus de 1000£ pour une semaine et que dalle. Une envie soudaine de noyade lui apparut. En effet Mark ne s'imaginait pas retourner à Londres. En réfléchissant bien à sa vie rien ne le retenait là-bas.
Mais rien ne le retenait ici non plus.
Mark se sentit soudain attiré en arrière par une force inhabituelle et assez puissante, comme si on le tirait vers la mer.
A 15 km des côtes Mark eut immédiatement l'idée du tsunami comme ces 2 compagnons.
« Un tsunami ? » dit Bo d'une voir où transparaissait de la peur.
« Y a pas de tsunami ici. On est pas au Japon » lui répondit son bro, Luke.
« C'est quoi ça alors. » invectiva Bo, montrant le bateau bougeant lui aussi sous l'effet de l'aspiration sans aucun rapport avec une quelconque houle ou roulis.
« J'en sais rien. Allez on se casse. De toute façon il n'y a pas de vague » Pas de doute Luke prenait son rôle de surfeur cool très à cœur. Les petites douilles prises il y a une demi-heure devaient y être aussi pour quelque chose.
« Mark. »
« Mark ? »
Luke et Bo qui s'apprêtaient à rejoindre le bateau découvrirent que Mark ne les suivait pas.
«Ho ! »
Avec un sourire au coin des lèvres Mark commença à nager sur sa planche en direction du rivage. Doucement, appréciant le contact de l'eau sur ses bras et son torse. Il laissa derrière lui les « bros » et ne regarda pas.
C'est alors qu'il les vit. Des colonnes de fumées tombant du ciel allant s'écraser derrière l'horizon sur la terre ferme. Ce qu'il ne vit pas en revanche c'est la tête nucléaire ayant déviée de sa course et s'abimer en mer quelques km derrière lui.
Les puissances combinées formèrent un monstre. Mark la sentit derrière lui et il sourit pour la première fois depuis longtemps. Nageant comme si sa vie en dépendait….
Sa vie en dépendait mais à ce moment si rien ne pouvait plus le réjouir. Le grondement dans son dos était assourdissant. Il se risqua à regarder derrière lui.
Un monstre.
Souriant de plus belle il nagea encore plusieurs dizaines de mètres et se prépara à se relever. Trop tôt il perdrait de la vitesse et se ferait engloutir, trop tard il percerait la vague et se ferait engloutir.
L'arrière de sa planche se leva doucement. La vague était à ses trousses. Se relevant d'un bond il surfa la plus grande vague jamais vue par l'homme.
Le bruit seul de cette vague n'était même pas descriptible, et aurait suffit à remuer tout son corps.
Il prit position sur la vague et surfa, pendant plusieurs minutes avec à droite le vide et à gauche un mur d'eau.
Rien n'était plus beau, plus pur que cela.
Mark volait.
C'était comme s'il avait attendue ce moment toute sa vie.
Mais il savait que bientôt la vague s'écraserait, doucement d'abord formant un rouleau, puis totalement, engloutissant tout.
Alors il pensa seulement à profiter de ce moment, comme la dernière cigarette d'un condamné à mort.
Par un miracle que Mark ne s'expliqua pas, il réussit à surmonter la vague et fut sur le toit du monde puis se laissa descendre de l'autre côté.
Il l'avait fait.
Lui Mark Purnell avait surfé un tsunami.
S'allongeant maintenant sur sa planche et sur la mer redevenue calme, il se laissa complètement aller.
