Bonsoir les gens ! Je sais, j'ai mis un temps fou pour sortir ce chapitre mais projets scolaires + révisions de partiels + partiels + repos = pas une seconde à moi depuis novembre... Le retour de la série dans peu de temps m'a sans doute aussi donné un petit regain de motivation. (Même si sans Lincoln et Lexa...).
J'espère que ce chapitre vous plaira. Comme d'habitude The100 et ses personnages ne m'appartiennent pas.
ATTENTION la troisième partie de ce chapitre aborde des sujets difficiles.
Langues
Normale : Neutre
Italique : Trigedasleng
Souligné : Français
Gras : Anglais
3 novembre 2122, Territoire des 12 Clans, à mi-chemin entre Arkadia et Polis
« Aucun problème ! Aucun problème !»
Bellamy essayait vainement de calmer les Grounders.
Ils se trouvaient dans une clairière, bien dégagée, bordée par la forêt de tous les côtés. Bellamy et Kane avaient décidé de la traverser rapidement, (pas assez rapidement au goût du plus jeune). Les herbes hautes leurs montaient jusqu'aux genoux, une mer verte dont l'abondance en était presque incongrue.
Les terriens les avaient immédiatement vus, postés par malchance à la lisière des bois. Ils avaient instantanément fondus sur eux.
Kane avait empiré la situation puisqu'il s'était avancé à leur rencontre, signe de défi. Bellamy lui avait pourtant dit de rester silencieux, discret et de le suivre sans discussion.
Il allait les faire buter tous les deux pensa Bellamy. Cela faisait maintenant trois jours qu'ils avaient quitté Arkadia et le voyage avait été calme jusqu'alors.
Kane parlait en anglais et les chevaux terriens hennissaient ce qui s'ajoutait à la cacophonie des plaintes.
Les cinq Grounders s'agitaient sur leurs montures, l'allure menaçante, les mains s'approchant dangereusement des épées à leurs ceintures ou des lances sur leurs dos. L'un d'eux avait même une flèche bandée, son arc reposant sur sa cuisse, prêt au moindre geste suspect.
Leurs hauteurs et leurs proximités oppressaient Bellamy.
Ils portaient tous des armures légères dans des teintes marron et vert foncés, presque aucuns bijoux ou autres babioles pour éviter les bruits nocifs. Des chevaux normalement silencieux.
C'étaient forcément des chasseurs.
Pour du gros gibier.
Et ils venaient de tomber sur des proies faciles.
Ils entouraient Kane et Bellamy, se regardant et se répondant agressivement.
Dans une position faible et en infériorité numérique, Bellamy n'eut même pas l'idée de combattre. Ils n'étaient pas venus pour ça de toute façon. Les convictions de Marcus devaient commencer à déteindre.
Bellamy désigna Kane de sa main gauche et toucha sa poitrine de sa main droite.
« Skaïkru. Skaïkru. », la dénomination de leurs appartenances n'eut pas l'air de rassurer les Grounders qui visiblement n'avaient rien compris lorsque les deux s'étaient présentés en anglais.
« Lui, chef, Skaïkru » baragouina Bellamy dans un Trigedasleng naissant. Les terriens s'étaient tus, toujours méfiants, mais sensiblement à l'écoute. Kane l'observait du coin de l'œil.
« Nous… » putain, comment Octavia avait dit déjà. « Arbrees..Heda, Polis ». Bellamy sut que ce n'était pas le bon mot mais presque. Les Grounders se regardèrent un moment puis un, sensiblement plus maigre mais à qui revenait sans doute le commandement releva la tête.
« Conseil » énonça-t-il d'un ton condescendant. Bellamy le trouva tout de suite antipathique.
C'est ça, les arbres se disent Trion, un conseil, une assemblée se disent Triona pensa Bellamy.
Le responsable maigre, puisqu'apparemment c'était lui le responsable maintenant, fit un signe de tête hargneux en direction du M16 que Bellamy portait sur son dos.
« Paix » dit Bellamy, montrant ses mains comme s'il présentait une offrande invisible, signe de soumission chez le Trikru.
Les Grounders les regardaient maintenant avec défiance, deux membres du Skaïkru se dirigeant vers Polis armés, dont l'un commençait à comprendre les coutumes et parlait comme un enfant de 2 ans, pour s'entretenir avec la Heda. La chasse était définitivement interrompue.
Un des chasseurs tenta de parler anglais «….armes…p….Polis… ». Bellamy et Kane n'eurent pas besoin d'exprimer leurs incompréhensions, leurs visages en disaient assez.
La situation bien que dangereuse était cocasse. Deux nations adverses dans un dialogue de sourd.
La seule terrienne présente s'avança un peu, et capta immédiatement l'attention.
«Armes interdites Polis. » réussit elle à dire dans un effort apparent. Elle indiqua alors à Bellamy par un geste agressif de donner son arme au chef de l'escouade.
Octavia avait prévenu Bellamy qu'aucune arme n'était autorisé dans la capitale du Trikru mais celui-ci avait essayé de gruger, ce qui n'était pas du goût de Kane.
Ce dernier hocha de la tête vigoureusement en direction des Grounders espérant que ce signe était toujours d'actualité sur Terre puis se tourna vers Bellamy
Celui-ci n'avait toujours pas fait mine de donner son arme.
« Donne lui ton M16. » le ton était dur et loin d'être amical.
Les quelques secondes qui suivirent furent cruciales.
La forêt ne faisait plus un bruit. Les deux Grounders derrière eux avaient commencé à dégainer, doucement. Le chef avait tendu sa main.
Bellamy souleva doucement sa bandoulière et la fit passer au-dessus de sa tête et après quelques secondes de regard noir envers les Grounders (pour la forme) il présenta son arme à la terrienne.
A la grande surprise des membres du Skaïkru, la terrienne la prit parfaitement et la plaça sur sa selle.
Les Grounders ne savaient pas utiliser des armes à feu. Non ?
« Polis est par là. » Les Grounders indiquèrent la direction initiale du duo sans toutefois faire un seul mouvement.
La tension ne semblait pas s'être atténuée, les visages peints continuaient d'afficher des allures menaçantes.
Les deux Skaïkru avancèrent doucement, sans faire de gestes imprudents et bientôt les cavaliers leurs emboîtèrent le pas.
Les Grounders parlaient avec insistance dans leurs dos.
Kane et Bellamy n'en menaient pas large, totalement sans défense.
« J'en compte 5. Je ne pense pas qu'il y en ait d'autres. » Bellamy marchait la tête droite, observant du coin de l'œil la lisière de la forêt.
Le silence lui répondit.
Kane n'avait visiblement pas envie de répondre, Bellamy avait juste omit de lui parler de l'interdiction des armes. Ce n'était pas grand-chose. Si ?
« Tu veux nous faire tuer ? » Kane l'avait juste murmuré dans le vent mais Bellamy l'avait parfaitement entendu. Il ne put s'empêcher de remarquer qu'il s'était fait la même réflexion sur son partenaire seulement quelques minutes auparavant. Bellamy supposa qu'ils étaient tous les deux sources de déception.
Ce n'était pas souvent que le jeune homme éprouvait de la honte, mais ce sentiment semblait prendre de plus en plus possession de lui dernièrement. Il ne faisait rien pour l'arranger non plus : la tentative d'assassinat de Jaha, le suicide collectif sur l'Arche, la radio de Raven, Mount Weather, cette tentative minable de fraude d'armes… Bellamy garda la tête basse, sa mauvaise conscience prenant le dessus.
Un des Grounders rapprocha son cheval, Kane et Bellamy ralentirent et observèrent le jeune homme qui les surplombait. Plutôt grand, mince, les cheveux en une crête rappelant Lincoln et une morphologie digne d'une crevette ce Grounder ci n'était pas très effrayant.
Ses peintures faciales en revanche avaient été soigneusement préparées et sa façon désinvolte mais experte de tenir sa lance ne laissait aucun doute sur le fait qu'il savait s'en servir. Du plat de la lame de sa lance il tapota l'épaule de Marcus puis indiqua d'un geste vindicatif l'horizon, à peu près à 50° à droite de leur direction actuelle. A travers la forêt.
C'était les Grounders qui leur avait indiqué la direction initiale, quel était le problème maintenant soupira Bellamy. Un autre cavalier les avait rattrapés, un autre jeune.
Les 3 autres Grounders : le chef, la terrienne et un guerrier d'un certain âge une dizaine de mètres plus loin en grande discussion, menaient leurs chevaux d'une main solide et gardaient Marcus et Bellamy dans leurs champs de vision.
« ..ter…fo..qa »
Bellamy n'avait strictement rien compris et Kane n'allait pas être d'une grande aide non plus.
Le maquillé réitéra sa tentative de communication mais rien n'y faisait Bellamy n'avait jamais entendu ces mots, Octavia ne lui avait enseigné que les bases du Trigedasleng.
Le Grounder maquillé soupira et se redressa sur son cheval, le deuxième fit de même et eut un geste d'agacement.
Marcus secoua la tête légèrement pour signifier son incompréhension.
Les 2 cavaliers se rapprochèrent doucement et dans une synchronisation non voulue se reculèrent tous deux d'une vingtaine de centimètres sur la croupe de leurs chevaux. D'un geste dédaigneux ils tendirent leurs mains à un Bellamy sidéré et à un Marcus imperturbable.
Ils voulaient qu'ils montent sur leurs chevaux. Avec eux. Juste devant eux.
Voilà d'où venait l'agacement sur leurs visages, monter à deux sur un cheval n'était pas signe de force.
Monter à deux avec un membre du Skaïkru en prime, c'était une honte qui prendrait du temps à disparaître. Mais les 3 autres Grounders qui les avaient à présent rejoins avaient du estimer que le temps pressait et qu'un moment de non-virilité était un mal nécessaire.
Contrairement à ce que le Skaïkru semblait croire, les terriens étaient loin d'être idiots. Ils avaient évidemment vus les réserves de nourriture s'appauvrir, ils savaient aussi que l'arrivée du Skaïkru ouvrait une nouvelle page d'histoire et qu'ils en faisaient partis.
Marcus avait déjà accepté la main tendue, d'un petit saut et avec beaucoup d'adresse pour son âge (quel âge avait-il d'ailleurs), il se tenait déjà à califourchon sur son destrier.
Bellamy savait qu'il n'aurait pas du les titiller. Les Grounders faisaient un effort pour les amener plus vite à Polis. Ils s'abaissaient à les accepter sur leurs montures avec eux.
Mais Bellamy ne put résister, il observa la main tendue juste devant lui, releva les yeux vers le maquillé qui commençait à s'impatienter.
Non seulement c'était le déshonneur d'accepter un ennemi sur son cheval mais en plus il prenait son temps.
Bellamy se tourna alors vers la terrienne et lui fit un sourire en coin peu intelligent mais sans équivoque sur son sens. 'Pourquoi me faire monter avec ce psychopathe, je préférerai monter avec toi.'
C'était odieux et gratuit mais parfois les gens font des choses inconsidérées.
A la grande surprise du jeune homme, la Grounder lui fit son plus beau sourire et approcha son cheval. Ses dents étaient impeccablement blanches, le sourire carnassier.
Une seconde ce fut le silence.
La seconde suivante Bellamy criait et appuyait sur sa joue ensanglantée.
La coupure pissait le sang au rythme des battements de son cœur. Il n'avait rien vu venir. Vive comme l'éclair, elle avait dégainée, fait faire un arc de cercle à son épée et entaillée profondément, horizontalement, sa joue droite sur une dizaine de centimètres.
Le liquide rouge continuait de couler et Bellamy appuyait maintenant de ses deux mains pour atténuer le saignement. La coupure était très profonde, la où les mains du jeune homme ne couvrait pas, on pouvait apercevoir la chair.
Il aurait une cicatrice pour le reste de sa vie.
Le silence s'était de nouveau fait sur la clairière, le soleil descendait rapidement dans le ciel désormais. Dans une heure, deux tout au plus il ferait nuit.
« Monte sur son cheval » Calmement, sans émotion et d'une voix froide la Grounder avait montré du menton le Grounder aux peintures devenues effrayantes.
Il obtempéra cette fois ci. Bellamy enleva sa main droite ensanglantée de sa joue et saisit celle du terrien qui le souleva violemment de terre. Les cavaliers n'attendirent pas plus longtemps et prirent la direction de la forêt dans un trot soutenu. Bellamy n'osait même pas regarder Marcus, honteux, encore une fois.
Une heure auparavant, le Grounder maquillé que l'on appelait Ash s'était coupé la main avec son couteau. Il dépeçait tranquillement un lièvre, un moment d'inattention et une entaille était apparue dans la paume de sa main.
Bellamy avait vu sa paume lacérée.
Ash avait vu sa main pleine de sang.
Et pourtant tous deux avaient enserré leurs mains mêlant le sang, la boue et la sueur.
Sans arrière-pensée, sans haine, sans même le savoir, ils venaient de fonder une alliance qui les dépassaient tous deux.
Mois de Novembre 2122, Territoire des 12 Clans, Territoire Azgeda
Il avait été capturé errant dans les plaines glacées du nord. A sa vue les sentinelles Azgeda l'avait directement emprisonné et amené à leur village. Ne répondant pas et ne réagissant pas, l'individu avait été enfermé puis transporté vers la cité royale.
L'Azgeda était le clan le plus en marge de la fédération, géographiquement et culturellement. Issus des survivants du Nada, ceux-ci avaient préférés restés en bon terme avec les autres clans et entretenir des échanges commerciaux mais ne faisaient rien de plus.
Ne se sentant pas proches culturellement des tribus vertes ou bleues, et carrément opposés aux tribus orangées la fédération proposée jadis n'avait été acceptée qu'à contrecœur et les lois instaurées depuis par les Heda successives n'étaient que partiellement suivies ou même totalement ignorées. La mort par écartèlement était par exemple toujours d'actualité dans le nord.
L'Azgeda était donc l'exception confirmant la règle dans la fédération. Le clan avait même été le premier sécessionniste de la révolution qui avait été sévèrement réprimée par Lexa quelques années auparavant.
Le clan du nord était donc rentré dans le rang mais une haine de toute la fédération s'était installée dans tous les cœurs et les tensions entre les partisans de la guerre totale et ceux de l'attente faisaient rage. Bien que les membres de l'IceClan en ancienne langue fussent très résistants au froid, ils adoraient les fortes chaleurs c'est pourquoi jamais ils n'auraient quittés la cité royale.
Celle-ci était construite à l'intérieur d'un ancien bâtiment, que leurs ancêtres avaient baptisés Ticity. Toute une ville fourmillait sous cette ancienne construction et s'enfonçait même profondément dans le sol par de larges galeries. Celles-ci étaient toutes perpendiculaires et bien organisées de fait, Ticity était comparable à un Iceberg. Le minage ne s'arrêtait jamais et les étages les plus profonds atteignaient le 54ème niveau.
Situé sur un bassin chaud, l'ancienne centrale géothermique abritait une population indéterminée, même les dirigeants l'ignoraient. Contrairement à ce que l'on pourrait penser l'Azgeda était le clan le plus avancé technologiquement des 12.
Le clan du froid, grâce à la géothermie, avait gardé des connaissances dans l'électronique basique, la culture hors-sol et sans lumière, les sciences médicinales issues des thermes, et la plupart des métiers de l'artisanat nécessitant la mécanisation : la métallurgie lourde, le minage à grande échelle et le maçonnage. Étant aussi (secrètement) amoureux des arts ils étaient restés maîtres dans la soufflerie du verre et la ferronnerie d'art…
Situé à une très grande distance de Polis, la raison pour laquelle l'Azgeda faisait partie des 12 Clans était son alliance avec la tribu du Fleuve, Sikru. Ceux-ci par un marché devenu tacite, assurait le transport de toute personne Azgeda, en échange l'Azgeda fournissait nourritures et produits.
Après être avoir vogué pendant plusieurs jours, les guerriers et le prisonnier furent débarqués à quelques encablures d'un bâtiment colossal. Sur plusieurs kilomètres ils durent suivre des tranchées et des boyaux interminables qui amenaient à cette construction d'un autre temps.
On pouvait d'ailleurs entendre un bruit sourd en continu et le sol tremblait sous les pieds du prisonnier.
L'excavation de milliers de m3 de roches et de terres avait donc apporté un volume important en dehors de terre. L'Azgeda avait tout d'abord pensé faire un terril extérieur circulaire pour se protéger des envahisseurs, mais étant donné la configuration, les pièges et les tranchées aménagées, aucune armée ne les attaquait jamais et des guetteurs patrouillaient en permanence. Cette idée fut donc vite abandonnée.
Cela fut la cause de leur perte lors de leur révolte mais cela n'est pas le sujet d'aujourd'hui. En revanche pour des raisons thermiques l'Azgeda avait prit la décision de faire un mur à l'intérieur de l'usine pour l'isoler du froid mordant de l'hiver.
Les fours tournaient jour et nuit et à partir de la terre miné, créaient des briques en terre cuite. La terre du nord était pleine de carbone ou d'anthracite ce qui lui donnait une couleur homogène entre gris et noir. L'excavation apportait un tel volume de terre que le roi avait décidé de construire le mur et le plafond en recouvrant même les vantaux. Aucune lumière naturelle ne baignait plus la centrale.
Le volume extrait fut tel qu'un deuxième mur parallèle à l'autre fut créé et l'espace entre les deux remplis ce qui avait nécessité la création de plusieurs portes monumentales pour entrer et sortir de la cité. La situation devint préoccupante puisque le minage continuait et le deuxième mur fut bientôt achevé.
En aucun cas le peuple Azgeda ne voulait sortir et créer un mur extérieur ou faire une digue et le besoin d'espace issu de l'augmentation de la population devenait impératif. C'est pourquoi le peuple du nord décida de créer un simple terril adossé à la centrale.
Celui-ci devait être une solution temporaire mais faute de mieux devint la solution permanente.
Le terril devint si énorme que sa hauteur dépassa bientôt la centrale et ce fut la deuxième raison de la défaite de l'Azgeda lors de leur révolte contre les 12 Clans mais ce n'est toujours pas le sujet d'aujourd'hui.
Ce que les dirigeants Azgeda n'avaient pas envisagés était que de tels murs étaient beaucoup trop isolés, en effet la terre était argileuse et totalement imperméable. La terre cuite qui en était retiré gardait elle aussi les mêmes propriétés, Ticity n'ayant aucun système d'évacuation d'air ou de ventilation, l'atmosphère intérieure était tout simplement irrespirable.
La respiration de plusieurs milliers d'humains, l'industrie, l'agriculture et l'élevage à l'intérieur d'un endroit confiné avec aucun moyen pour l'air de s'échapper à cause d'un mur imperméable rendait la situation ignoble à tout être non habitué.
L'humidité était toujours égale à 100%, les murs suintaient de l'eau en permanence et le débit était tel que l'Azgeda avait du créé un caniveau sur tout le pourtour de la cité au pied du mur et avait créé, puis maçonné un égout dans le mur qui débouchait de l'autre côté et continuait en une rivière artificielle.
La pression et l'humidité était telle que les portes restaient obligatoirement ouvertes et des colonnes de fumées s'échappaient continuellement. Ticity était parfois comparé à une cocotte-minute qui fuyait et menaçait d'exploser à tout moment.
Devant de tels risques pour la santé les autorités avaient créé des tunnels verticaux reliant la surface aux galeries souterraines pour évacuer le trop plein : la surface autour de la centrale qui normalement était recouvert de neige avait rapidement fait place à la terre car des geysers de vapeur s'échappaient sans arrêts.
Quand Emerson fut amené de force au pied de Ticity à travers un gigantesque jet de vapeur il eut tout d'abord peur que se soit une torture puis en voyant que les hommes l'accompagnaient se radoucit.
En pénétrant dans Ticity Emerson crut qu'il allait s'évanouir. La chaleur et l'humidité était étouffante, il suffoqua immédiatement et les gardes lui expliquèrent dans un anglais déplorable la méthode.
Il devait se calmer et respirer par petites inspirations. Dans les secondes qui suivirent, ils se remirent en route et traversèrent entièrement la porte. Les vêtements collèrent immédiatement au corps d'Emerson et ses membres furent recouverts d'une pellicule d'eau. Il se considérait comme un homme, un vrai bonhomme, mais ce qu'il découvrit le fit frissonner.
La cité était terrifiante, les parois noires amenaient une sensation de claustrophobie malsaine, la respiration était difficile et le bruit était tout simplement assourdissant. Les sons n'ayant aucun moyen de sortir, le moindre bruit se répercutait encore et encore dans tout le bâtiment. La cacophonie ambiante était emplie de bruits divers.
Si l'ancien habitant de Mount Weather avait pu parler l'Azgeda il n'aurait pas pu comprendre la moindre conversation de toute les personnes présentes. La partie centrale et de plain-pied avait une surface énorme dédié à un seul but, le trône. Celui-ci avait été réalisé avec toutes les pierres précieuses amassées lors du minage centenaire.
Toutes les pierres précieuses rencontrées étaient amenées sur le trône lorsque le roi n'était pas la et recouvertes de sable. Après une intense combustion les pierres étaient consolidées dans le verre. Le trône qui normalement avait été imaginé à taille humaine avait grandi au cours des 100 ans. Il était perpétuellement agrandi, élargi et prenait de plus en plus de surface au sol.
A chaque agrandissement la surface centrale devait être polie pour que le roi ou la reine puisse s'asseoir dessus. La combustion du sable créait un verre transparent au départ mais la couche suivante brûlait l'ancienne ce qui faisait changer la couleur vers l'ambre. Les couches inférieures n'étaient donc plus visibles et le tout était d'une laideur inimaginable. La lumière ne parvenait pas à percer la troisième couche de verre c'est pourquoi le centre paraissait noir ou vide.
Disproportionné, le trône était comparable à un volcan, où des marches avaient été pratiquées et le sommet avait une surface plate et un tant soit peu lisse avec un minuscule dossier. Le trône devait atteindre les six mètres de haut, ce qui le rendait imposant mais amenait une situation ridicule.
En effet avec le bruit ambiant un tel éloignement rendait toute conversation entre le dirigeant et le sujet impossible.
C'est pourquoi lorsqu'Emerson fut trainé jusqu'au trône, il dut en gravir la moitié, aidé des sentinelles. Ses pieds lui firent soudain mal et il se rendit compte que le trône était l'acteur de ses tourments. Les pierres n'étaient pas toutes recouvertes de verre et ce dernier était parfois saillant et coupant.
La conversation qui suivit ne l'intéressa pas, on devait sans doute décider de son sort mais celui-ci était sans importance à ses yeux. Seule la vengeance importait maintenant. Il n'y avait que deux échappatoires désormais : la revanche ou la mort.
Après que celle qui surmontait ce trône ridicule, dont le nom devait être Nia, Mia ou Miyah, Emerson s'en fichait, se soit exprimé un peu plus fort les sentinelles le prirent de nouveau par les épaules et le firent descendre de cette horreur de mauvais goût.
Les guerriers se parlaient entre eux, semblaient nerveux et excédés. Deux autres personnes les rejoignirent chargées de sacs et ils ressortirent de la cité et reprirent le même chemin qu'à l'aller.
Emerson eut envie de rire. Ces guerriers l'avaient amenés sur tout ce chemin, l'avait trainé pendant des jours, pensant qu'arrivé à Ticity ils en seraient débarrassés. Et en 2 minutes montre en main ils repartaient vers leur point de départ.
L'ancien garde fut soulagé de sortir de cette ville mais le froid le glaça immédiatement. En écoutant la conversation des guerriers, il crut comprendre un mot : Polis.
On l'emmenait vers la cité des Hedas. Une certaine personne devait s'y trouver.
Parfait.
12 juin 2016, Australie, Brisbane
Eva Rollio n'était pas une force de la nature, mentionner son nom et force dans la même phrase lui aurait sûrement arraché un sourire. C'est pourquoi ce qu'elle allait entreprendre était une mission suicide.
Ayant des origines italiennes, elle était née et avait toujours vécu en Australie. Son grand-père ayant été débarqué en tant que prisonnier sur cette terre aride pendant la Seconde Guerre Mondiale avait décidé de rester à la fin des hostilités.
Eva avait gardé la beauté et la finesse de l'Italie dans ses gènes.
Elève modèle, passionnée dès le plus jeune âge par les animaux et la biologie, elle avait tout d'abord envisagé de devenir vétérinaire puis avait embrassé une carrière plus atypique. Après un bachelor en biologie moléculaire elle avait ensuite continué sur un Master puis sur un PhD dont la thèse incompréhensible pour les profanes avait quelque chose à voir avec les cellules cancéreuses.
Elle, Eva Rollio, avait réussi, elle avait rendu ses parents fiers et elle était sûre que si ses grands-parents étaient encore vivants ils pleureraient de joie pour elle.
Ce qui pouvait frapper chez Eva au premier abord était sa presque bipolarité. Pendant 3 semaines elle pouvait rester chez elle, réviser, sécher des dizaines de cours, regarder des séries et oublier totalement le monde autour d'elle sans le moindre souci. Elle faisait preuve pendant ces périodes d'un détachement assez impressionnant et quand ses amis arrivaient enfin à la joindre après des douzaines d'appels ce n'était pas leur amie qui répondait.
C'était une copie, vide, répondant dans le vague, avec une voix manquant toute sympathie.
Et le lendemain, première heure, elle débarquait en cours tout sourire, le sang chaud, prête à sortir le soir même, ayant de vague souvenirs des jours passés.
Ses amis ne s'y étaient pas habitués. On ne s'habitue pas à ça.
Ils s'en étaient accommodés, la couvrant lors de ses « crises ». Le terme de crise n'était pas le plus pertinent pour décrire son état mais ils n'avaient pas trouvés mieux.
Comment ses amis auraient-ils pu l'expliquer ? Que le deuxième côté d'Eva était la plus grosse fainéante jamais vue ? Que sa voie détachée et glaciale était terrifiante ? Excuses difficilement acceptables à la faculté…
Mais en cette journée d'été 2016, tout allait pour le mieux. Elle venait de recevoir son doctorat, la plupart de ses amis avaient eux aussi finis leurs études et trouvés un travail ou en passe d'en trouver un. Ses parents avaient souris sans discontinuer toute la journée.
Il y a des instants dans une vie où tous les éléments coïncident parfaitement et forment, le temps d'un moment, la perfection. Eva pensait que cette journée était parfaite et il ne manquait plus qu'une chose.
Une soirée et une nuit parfaite.
Quand elle se réveilla le lendemain, complètement nue, enroulée dans son rideau de douche, dans sa baignoire avec le Vésuve prêt à exploser dans son ventre Eva fit un rapide bilan. Elle n'avait pas fait quelque chose pendant la nuit qu'elle aurait pu regretter, son portable était là (fonctionnant), son portefeuille était là avec sa carte, un peu moins remplie certes mais c'était le jeu et enfin elle ne se souvenait d'absolument RIEN de la veille.
Une. Super. Soirée !
Après avoir bue plus de 2 litres d'eau et mangée la moitié d'un paquet de céréales comme si elle avait 8 ans, Eva avait été dérangé dans sa gueule de bois par deux personnes d'apparence assez banale.
D'ailleurs elle n'aurait pas su les décrire après coup, ils avaient des physiques si communs qu'elle les avait oubliés. La conversation qui suivit fut intense et il ne lui resta que des bribes. Parmi les mots revenant à sa mémoire il y avait : secret, 200 000$, clonage, doctorat, cancer, réfléchir, oui, non, non, oui, je ne sais pas, c'est un interrogatoire ?...
Après avoir décuvé et pris plusieurs jours de réflexion, elle décida d'accepter cette offre d'emploi à responsabilité rêvée.
Deux journées parfaites !
C'est comme cela qu'Eva Rollio fut insérée dans une équipe de chercheurs, pour la totalité masculine, pour la plupart biologiste, pour une très grande partie vieux et pour un nombre conséquent assez ennuyeux.
D'après ce qu'Eva avait compris et d'après ce qu'elle pouvait voir sur le bas de son bulletin de paye, elle était salariée d'une petite entreprise australienne, succursale d'un grand groupe américain, détenu par des sociétés de holding réparties partout sur le globe mais qui en fait était étroitement lié au gouvernement australien.
Depuis son plus jeune âge Eva cherchait le pourquoi, c'était sa raison d'être. Ne pas savoir qui la payait réellement l'avait dérangée au tout début puis quand elle avait relu le nombre de zéros sur son bulletin elle s'était ravisée. Rien ne pouvait payer plus que ça. 'Et en plus ça ferait fermer sa gueule à Chad, qui soi disant gagnait des fortunes en travaillant dans les assurances. Rentre chez toi avec ta Porsche pourrie' avait elle pensé à de nombreuses reprises.
L'équipe ultra-polyvalente travaillait en priorité sur la guérison et la lutte agressive des cellules cancéreuses. Dans un complexe très isolé, enterré dans le désert australien à Nyirripi et hermétique de l'intérieur comme de l'extérieur, Eva formait le seul membre féminin du projet VINCI.
Elle était entouré de personnes, que l'on aurait pu surnommer de savants à une certaine époque, qui avaient femmes et enfants et pour la plupart grands-enfants. Mais il lui arrivait d'entendre la fin d'une blague à son sujet ou un petit commentaire machiste. Cela la dérangeait bien sur mais elle avait apprit à ignorer les brimades au cours de sa vie.
Parmi les chercheurs qu'elle appréciait le plus se trouvait Robert Gant, éminent chercheur de plus de 70 ans, qui était autrefois météorologiste. Il avait tout du papy gâteau; de la barbe au sourire rassurant. Après leur période de travail de 2 semaines où l'équipe travaillait d'arrache-pied, les membres avaient le droit à 72h en dehors de l'abri.
Cette permission de sortie était obligatoire, d'un point de vue légal, mais aussi scientifique, la fatigue atténuant la concentration.
Eva et Robert s'étaient vus de nombreuses fois en dehors du travail, Eva avait fait découvrir le monde de la nuit à Robert et lui, lui avait présenté sa grande famille. Des fous rires, des pintes, des parties de cricket, des photos et des souvenirs à la pelle.
Mais lorsque le 25 mars 2017 une vibration tellement forte qu'elle fit tomber Eva de son lit superposé du laboratoire fit trembler la terre, toute cette vie parfaite vola en éclat.
Les communications avec l'extérieur avaient été coupées. Ce qu'on pouvait voir à travers le hublot de la porte principale était apocalyptique.
Pour les gens normaux, l'équipe VINCI était le savoir, la sagesse, la raison. Dans les jours qui suivirent, ils la perdirent.
Les semaines suivantes ne seront pas décrites.
Il est insupportable de voir ce que l'être humain peut faire quand il n'a plus de limites et qu'il perd foi en lui-même. Il est d'autant plus insoutenable d'être victime de sévices par des gens que l'on a très bien connu.
Le 6 juin 2017, après avoir échappée à ses tourmenteurs Eva sortit de l'abri avec une combinaison antiradiation et plusieurs bonbonnes d'oxygène. Elle tenta alors l'impossible : rejoindre la ville de Darwin, située sur la pointe nord de l'Australie soit 2000km à travers le désert. Les quelques bonbonnes d'oxygène sur un brancard de fortune elle prit la direction qu'elle pensait être le Nord.
A sa sortie Eva ne se sentit pas dépaysée. Australienne de naissance elle était habituée à la poussière et à la terre rouge. Ce à quoi elle n'était pas habituée en revanche était le fait que le ciel soit orange en permanence. Le spectacle était irréel.
En effet il n'existait plus aucun point de repère, le Soleil n'était plus visible, la luminosité ne variait pas au cours de la journée et le magnétisme était devenu fou. Les boussoles étaient devenues inutilisables. Sans s'en rendre compte elle se dirigea vers l'Est.
Son trouble bipolaire ne l'avait pas gêné lors de ses mois de travail. Elle était restée la même, enthousiaste et travailleuse à l'excès.
Les viols et la maltraitance avaient fait pencher la balance. Son deuxième soi avait prit le relais, subissant sans broncher comme si son subconscient connaissait la suite. Comme si la finalité avait toujours été leurs morts.
Il semblait désormais que sa deuxième partie serait la seule. Il n'y avait nul besoin de sourire dans ce nouveau monde.
Elle marchait, vidée, dans l'Outback. Sur la terre orange, ses chaussures s'enfonçant dans le sable orange, à travers l'air orange et sous le ciel orange.
Elle était un fantôme, n'ayant même pas l'idée d'essuyer le sang sur ses mains des 10 salopards qu'elle avait massacré au scalpel.
Elle n'était plus rien, se raccrochant à ce fol espoir d'arriver à une ville offrant des laboratoires de qualité suffisante pour entreposer de l'oxygène et des combinaisons.
Elle s'enfonçait dans le vide, laissant le néant derrière elle.
