Après tant de mois d'absence, je reviens. Je n'ai aucune excuse, si ce n'est que j'étais dans l'incapacité de poster plus tôt et que je n'en serai pas capable avant deux mois ... Merci encore une fois à toutes les personnes qui ont reviewé, suivi et mis en favoris cette modeste fiction, vous ne savez pas à quel point ça fait plaisir.
Je vous souhaite bonne lecture avec ce chapitre!
Chapitre 2 – Ici, je m'édite.
« Chez Barbe Blanche, à 19h. Jamais finit demain. »
Barbe Blanche était le tatoueur chez qui Sabo et moi étions partis. Ce géant blond, un Hulk Hogan revisité à la sauce underground de Loguetown. J'avais ressenti de la sympathie pour ce ramassis de muscle, qui se rapprochait des deux mètres de haut et qui n'avait cessé de nous gratifier de : «Mon fils» à chaque phrase prononcée. Selon le postulat Freudien de base, il avait du manquer d'affection venant de ses géniteurs, d'où son désir de combler ce supposé vide chez tout être jeune qu'il croise. Mais, son intarissable faconde était très plaisante, d'autant plus que le tatouage était très réussi, pas de gonflement de la peau si ce n'est une légère rougeur. Sabo jubilait à la vue de son tatouage. Joie de courte durée vu que Barbe Blanche le lui avait pansé. Et tandis que ce dernier expliquait à mon ami les précautions à prendre, Law s'était contenté de me fixer en souriant, accoudé contre le comptoir. Son sourire était … dérangeant. J'avais toujours cette impression qu'il me jaugeait silencieusement. J'avais soutenu son regard, espérant le forcer à détourner ses yeux, se focaliser sur autre chose que moi. Peine perdue, la situation semblait l'amuser encore plus. Sabo ne s'était pas douté de notre entrevue visuelle. Je n'avais d'ailleurs détourné les yeux qu'au moment où Sabo m'avait appelé pour attirer mon attention et ainsi partir. Ce qui ne m'avait pas empêché de lire sur les lèvres de Law «à plus tard» sans pour autant se dépérir de son sourire.
Et voilà que le lendemain matin, alors que je nageais dans les abysses du sommeil, mon téléphone décidait de m'en extirper de la manière la plus brutale. Les matinées à mes yeux étaient sacrées, me réveiller avant 11h était un blasphème. Et pourtant, j'avais daigné ouvrir les yeux vers 10h30 pour lire son message. Il me proposait de le rencontrer, déjà ? Je m'étais relevé en arrangeant l'oreiller, que j'enserrai en dormant, derrière mon dos et prendre appui contre lui. Ma chambre étant encore plongée dans l'obscurité, l'écran de mon portable représentait la seule source de lumière, ce qui m'obligea de plisser les yeux pour relire cette dernière phrase. Jamais finit demain. À quel point pouvait-il être défoncé de si bon matin pour pondre ce genre de propos ? J'avais du la relire plusieurs fois, m'imaginant une erreur de syntaxe de part son utilisation du «Jamais» comme un nom. Quant au sens, désignait-il la réticence que nous exprimons à faire quelque chose en nous écriant «Non, jamais !» ?
Décidant que j'avais fourni un effort surhumain par une heure si matinale, deux choix s'offraient à moi, me rendormir, chose qui serait sûrement impossible ou m'extirper de mon lit pour traîner je ne sais où. Je soupirais en balançant au loin le drap qui essayait de cacher quelques parcelles de mon corps nu. Je pris la peine de ramasser un boxer traînant par terre et de le mettre puis je m'étais dirigé vers le salon pour accéder à la cuisine et me réveiller grâce à une bonne tasse de café acerbe que je me préparais tous les jours. J'ouvris l'un des placards muraux priant pour trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Rien, si ce n'est une baguette de pain achetée la veille, que je pris tout de même pour me faire des tartines au beurre.
Après ce petit déjeuner fastidieux, je retournai à ma chambre où j'ouvris les portes fenêtres tâtant ainsi la chaleur cuisante qui régnait dehors puis revins allumer la télévision faisant face à mon lit, en évitant les différents obstacles qui s'avéraient être une paire de converses, mon sac à dos et une autre forme de vie étrange que je ne parvins pas à définir. Écoutant d'une oreille distraite les informations que diffusait la chaîne info, je mis les converses noires qui traînaient par terre et me plaçai sur le tapis roulant se trouvant au coin de la pièce à la droite de mon lit. Je réglai la vitesse sur 2 et commençai à courir tout en suivant le débat animé qui confrontait le candidat que l'extrême droite présentait aux présidentielles Sakazuki Gensui, surnommé par les internautes Akainu, à un député de gauche Aokiji Taishō.
« _ … Du fait d'une immigration de masse notre identité nationale se dissout. Elle se dissout sous les coups de butoir d'un communautarisme renforcé, de revendications religieuses qui mettent à mal la laïcité et plus largement notre pacte républicain. Elle ne fait que nourrir les maux qui minent aujourd'hui notre société. Elle la divise, la fragmente, la détruit… Disait Akainu adossé nonchalamment contre son fauteuil. »
C'était eux les pervertis pourris jusqu'à la moelle ! Comment pouvaient-ils déblatérer de tels propos ? Cette haine de l'homme basée sur la race, le sexe, l'orientation sexuelle, le penchant religieux était incompréhensible à mes yeux. Et pourtant, j'avais grandi dans une famille se voulant de droite. Sauf qu'à l'âge de mes 16 ans, je fus sensibilisé à Karl Marx de part une de ses thèses sur Feuerbach disant 'Die Philosophen haben die Welt nur verschieden interpretiert, es kömmt drauf an, sie zu verändern', s'en suivit alors une longue plongée dans son œuvre. J'avais ensuite commencé à m'intéresser aux écrits des grands penseurs communistes, tentant d'assimiler cette idéologie que ma famille abhorrait. Je m'étais fait charmer par les grands esprits de gauche, non pas ces opportunistes ne faisant qu'alimenter l'opposition pour l'opposition.
Maugréant contre moi-même pour avoir failli tomber, je pris la télécommande coincée entre l'élastique de mon boxer et ma peau pour mettre la première chaîne de musique lambda. Royal Blood ? Voilà un groupe qui en avait de la présence et qui me fit oublier instantanément les paroles de l'extrémiste.
Une quarantaine de minutes plus tard, j'arrêtais de courir pour aller me débarrasser de la crasse recouvrant ma peau. Je pris tout de même la peine de chercher mes tangues avant de me diriger vers la salle de bain. Je pénétrais dans cette dernière en enlevant mon boxer que j'avais lancé maladroitement dans le bac à linges sales puis j'étais passé sous la douche. J'enclenchais le jet d'eau et plaçai mes avant-bras contre le carrelage du mur tout en posant ma tête contre eux. L'eau était froide. Qu'est ce qui m'avait pris d'accepter le défi de Law ? Pour me convaincre moi-même que je pouvais dépasser mes limites ? Que je n'étais pas un gars lambda, conformiste parmi tant d'autres ? Que je pouvais réellement sortir des rangs et vivre selon mes visions et non pas accomplir ce quotidien schématisé avec virtuosité dont j'étais un sage spectateur ? L'eau était tiède. Qu'est ce qui me rattachait à la vie ? Nuance. Étais-je vivant ? Est-ce qu'on se définit 'vivant" parce que l'on ressent les émotions, les choses, les gens ? L'eau était chaude. J'avais vécu la joie, le bonheur, l'amour, la fierté. Pour résumer j'avais éprouvé toutes ses sortes d'états qui définissent l'homme. Mais dernièrement, je n'éprouvais qu'un vide creux, un ennui incommensurable, et un désintérêt total pour toute activité, toute personne. L'eau était brûlante. Qu'est ce qui me rattachait à la vie ? Est-ce que cette douleur lancinante que me procurait l'eau, qui me faisait douloureusement rougir la peau me liait à ce monde de mortels ? Pourquoi vivre pour mourir ?
« ARGH ! »
Ma peau criant à l'agonie, j'enclenchais l'eau froide et entrepris de me doucher convenablement. Cette dernière achevée, je m'étais empressé de m'habiller en enfilant un short de couleur kaki militaire et par-dessus un t-shirt gris dont l'imprimé était un ours portant un foulard autour de son museau. Au dessous du dessin était écrit : «El Gringours». Je fermais rapidement les portes fenêtres en laissant les volets ouverts, pris rapidement de la monnaie et mon téléphone portable à coté du paquet de cigarette vide qui me narguait sur mon bureau. C'était d'ailleurs le motif de cette sortie, me réapprovisionner en tabac. Heureusement que le kiosque se trouvait en face de la porte de chez moi.
Pendant que je descendais les escaliers, je sentis mon téléphone vibrer. C'était Izou. Si Sabo était suspicieux lors de mes refus de sortie, Izou était doublement collant et faisait tout pour savoir le pourquoi du comment.
« _ Tu es réveillé.
_ Pourquoi appeler si tu pensais que je dormais ? Demandai-je en soupirant.
_ Oh t'imagines pas le plaisir de te faire chier à ton réveil, bref, tu viens toujours pour le concert de cet aprèm ? »
Un concert ? Je ne me rappelais pas du tout avoir entendu parler d'un quelconque concert pour cette journée.
« _ C'est quoi comme style déjà ?
_ Je me disais que t'avais oublié, Trip-hop, tu sais la nana que se farcit Thatch ces derniers temps, c'est la chanteuse du groupe, ils feront leur première montée dans un café du coin.
_ Putain, pourquoi toutes nos sorties dépendent de lui ?
_T'as mieux à proposer ?
_ Non, et d'ailleurs, je ne pourrai pas venir.
_ Pourquoi ?» Demanda-t-il à peine avais-je fini ma phrase.
Parce que j'ai rencontré un timbré et qu'il s'avère que je suis encore plus fêlé que lui.
« _ Mon grand-père est dans la ville, répondis-je tel un automate.
_ Oh, courage vieux.
_ Tu me raconteras après.
_ Ok, salut Ace, tu lui passeras le bonjour.»
L'excuse du papi, un classique infaillible. Ce dernier sollicitait ma présence continue auprès de lui lors de ses venues à Loguetown. Trop souvent en missions, le cocon familial était quelque peu fissuré, chose qu'il tentait, vainement, de recoller lors de nos rencontres.
De retour chez moi, cigarette au bout des lèvres, j'entrepris de mettre de l'eau bouillir tandis que je cherchais mon cendrier. J'ouvris ensuite un des placards muraux de la cuisine qui contenait mes réserves en pâtes, riz, macaronis et entre autres des nouilles instantanées. Je pris deux paquets de ces dernières et vidai leurs contenus dans la casserole.
Mon semblant de repas vite fait englouti, je pris mon téléphone et y regardai l'heure : 14h13. Je soupirais. Ma rencontre avec Law n'avait lieu que dans cinq heures. J'étais las et ennuyé, qu'allais-je bien pouvoir faire d'ici l'heure fatidique ?
J'agis alors comme toute personne que l'oisiveté dévorait les entrailles : je fis une sieste. Je pris tout de même la peine de me dénuder, et ouvris les portes fenêtres. Les bras de Morphée m'enlacèrent à peine eussé-je posé la tête contre mon matelas.
La sonnerie de mon téléphone me réveilla brusquement, je plissai les yeux pour déchiffrer le mail que je venais de recevoir. « Découvrez le nouveau clip "QUELQUE CHOSE DE MAGIQUE", 2e single extrait du spectacle "La légende du Roi Arthur", interprété par Florent Mothe et Camille Lou. ». Gné ? Mon esprit embrumé ne pouvait saisir l'humour (si toutefois il existait) ancré dans ce mail. Je vérifiais l'heure : 17h17. En somme, l'heure de me réveiller et me dépêcher par la même occasion.
Je me hâtais de remettre mes habits, je ramassais mon sac à dos traînant sur le parterre de ma chambre, et y mis le livre que je lisais, «Rebecca», un roman de littérature anglaise que m'avait conseillé Sabo pour perfectionner mon anglais médiocre, une veste de jogging au cas où le froid me prendrait par surprise et mes écouteurs, priant que ces derniers aient survécu à leur accident de la veille (qui se résumait à une noyade dans une flaque d'eau dehors).
Cinq minutes plus tard, j'étais au coin de la ruelle où j'habitais me dirigeant vers la station de métro la plus proche. Y arrivant, j'accrochais mes écouteurs à mes oreilles, en priant les divinités pour qu'ils marchent et mis en route la première chanson de ma liste de lecture. Et c'est ainsi que j'embarquais dans le wagon se trouvant face à moi en savourant le jeu énergique de Queens of the Stone Age.
Une trentaine de minutes plus tard, je me précipitais à la sortie de la station d'Alabasta. Je me situais à cinq minutes de marche de notre lieu de rendez vous. Dans le même trottoir, se trouvait une cafétéria «Le Café des Initiés». Je ne pus m'empêcher de sourire face à ce nom. Une table était libre à la petite terrasse qui donnait sur la rue, je m'y assieds en sortant mon livre. Le serveur tarda à se présenter, après une énoncé rapide de ce qu'y était disponible, je commandais un Long Black et une bouteille d'eau de 30 cl. Je fumais une cigarette le temps que mes boissons soient prêtes. Elles ne s'éternisèrent pas à arriver et je pus reprendre ma lecture. De temps en temps, je lançais des regards furtifs dans la direction de l'antre de Barbe Blanche à la recherche de la silhouette de Law. Après plus d'une demi-heure dosée en romantisme bidon et querelles amoureuses dont je riais intérieurement, je fermais mon livre, satisfait de mon avancée. Cigarette vite fait entre les lèvres, je sortis mon téléphone pour y vérifier l'heure. 18h52. Soupirant, je décidais de m'occuper pour les minutes restantes sur le réseau social par excellent, Facebook. La seule personne susceptible de me divertir parmi les personnes connectées était Violet, une ancienne amie d'enfance avec qui j'avais fait presque toute mon éducation et dont les parents faisaient partie du réseau de mon grand-père. Je lui écrivis rapidement «Tu es là ?». Je détournai mon visage pour tapoter le dos de ma cigarette contre le cendrier, alors que sa réponse m'était déjà parvenue. «Oh Ace, c'est rare de te voir disponible à cette heure ! À quel point dois-tu t'ennuyer pour que je te retrouve ici ?». Je souris en voulant répondre, jusqu'à ce qu'une voix retentisse devant moi.
« _ Eh ben, on s'amuse bien ici, laisse moi deviner, ta Dulcinée ?»
Je relevais mon visage vers l'origine de cette voix. Law était debout face à moi, arborant cette expression indéchiffrable le caractérisant si bien. Il portait (ou devrais-je dire, nageait) dans un débardeur à motifs aztèque bleus sur un short de couleur fauve avec des espadrilles noires. Il tenait dans ses bras un sac en kraft qu'il posa négligemment sur mon livre. Je lui lançais un regard médusé en regardant tour à tour le paquet et ses yeux tout en essayant d'extérioriser toute mon indignation. Il en sembla amusé et ne se gêna pas de prendre une cigarette de mon paquet qui se trouvait à coté de mon livre. Cette fois-ci contrairement aux dernières, il alluma son mégot avec son propre briquet.
« _ Que de politesse, tu ne me salues même pas, finît-il par dire après s'être assis face à moi, en ramenant vers lui le cendrier.
_ Je pourrai te dire la même chose, répliquai-je en soupirant.
_ Mais tu ne le diras pas.»
Je le dévisageais de l'air le moins ennuyé que je pouvais fournir tout en écrasant ma cigarette maintenant consumée. Je regardais l'heure sur mon téléphone. 19h03.
« _ Tu es en retard.
_ Ne fais pas ton pseudo-pointilleux, trois minutes de plus, de moins, qu'est ce que ça change ?
_ Dieu créa la terre en sept jours, crois moi, trois minutes de plus et tu aurais eu des ailes et un troisième œil. Je t'offre quelque chose ?»
Law se releva en prenant son paquet dans ses bras, sa clope toujours emprisonnée entre ses lèvres.
« _ Non, merci, viens on bouge d'ici.»
Je le suivis après avoir laissé assez d'argent pour payer ma note. Nous marchions l'un à coté de l'autre, lui de sa manière naturellement enjouée et moi en le regardant avec toutes mes interrogations, qu'allions-nous faire ? Où m'emmenait-il ? À quelle heure et par quelle manière allais-je rentrer chez moi ?
Entourés du brouhaha et de la cacophonie typique des soirées d'été, nous trottinions toujours silencieusement jusqu'à ce que la voix de Law me parvienne.
« _ Mine de rien, tu en as du culot pour accepter de me suivre.
_ Tu l'as dit toi-même, je te fais confiance, tu me fais confiance, dis-je peu convaincu par moi-même.
_ C'est ça l'esprit je suppose, on va faire un truc, je vais t'avouer des choses sur moi, tu seras libre d'en faire autant ou de refuser.
_ OK, ça me semble correct.
_ Tu connais mon nom et mon prénom, crois-moi c'est plus important que tu ne le crois.
_ Ah oui ? Demandai-je, un nom et un prénom choisi avant notre naissance peut nous définir à ton avis ?
_ Si tu parles de naître dans une famille bourgeoise, là ça ne te semblerait pas important, mais bon, j'ai 24 ans et je ne peux pas dormir si je ne mets pas de coton dans mes oreilles.»
Je m'arrêtais en le regardant avec incrédulité.
« _ T'es sérieux ? Dis-je entre deux gloussements.
_ Je t'explique, à l'âge de mes 6 ans, comme je regardais quotidiennement la série "Urgences" et lors de ses épisodes, une femme s'est vu faire retirer un cafard de son oreille, cette image m'avait longtemps traumatisée, d'où cette habitude.
_ La première fois que j'ai fait un cunnilingus, commençai-je en refoulant un fou rire, j'ai vomi.
_ Oh je ne veux plus rien savoir, tu es une honte pour les hommes, mais rassure-moi, tu as su te contrôler jusqu'à arriver devant un lavabo ?
_ Hélas pour moi, ou pour elle, non.»
Je pris la peine de regarder autour de moi pour me rendre compte que nous avions quitté Alabasta, pour rejoindre l'Archipel Shabondy, un des quartiers les plus populeux et populaires de Loguetown.
« _ T'habites ici ?
_ Oui, plus vers le sud, répondît-il, viens on va se prendre un verre.»
Law s'arrêta devant la porte d'un bar qu'il traversa. Je la détaillais, elle ne permettait l'accès qu'à une seule personne, faite de plusieurs carreaux en verre entourés d'un bois noir vernis. Au dessus d'elle figurait le nom de l'établissement écrit en lettres gothiques noires «L'arnaqueur». L'arnaqueur ? Qui aurait envie de se retrouver dans un endroit ayant un nom pareil ? Je rejoins Law en descendant les escaliers menant à la salle tout en savourant ce parfum caractéristique de tabac mêlé à celle de la bière fraîche.
Le bar, qui se voulait club de jazz, avait du être une cave qui avait été rénovée en plusieurs styles, celui qui prônait était le style shabby chic dans les tons sombres. Un comptoir s'étendait tout au long du mur faisant face à l'entrée derrière lequel était disposées une centaine de bouteilles en tout genre dans des étagères qui évoquaient l'époque baroque. Une scène était improvisée au fond sur laquelle figuraient un piano à queue 3 quart noir, une contrebasse ainsi qu'une batterie. Par contre les tables et les tabourets étaient plus modestes, faits d'un bois dur, ils étaient disposés en carré tout autour d'un espace vide au milieu de la pièce, qui devait sûrement servir de piste de dance pour les plus courageux.
Le bar était bondé, toutes les tables étaient occupées. Je recherchais Law du regard pour le trouver accoudé contre le comptoir face à la barmaid. Il me fit signe de la main et je me rapprochais en détaillant la personne avec qui il conversait. C'était une femme qui devait avoir dans les 40 ans, et pourtant qui gardait son charme de jeunesse. Elle était très grande et sa silhouette très fine avec des courbes là où il faut. Son visage carré était adouci par sa coupe de cheveux carré. Ses yeux qui semblaient noirs semblaient regarder à travers moi. Arrivé à sa hauteur je pouvais distinguer ses habits, un débardeur rose sur lequel figurait une araignée au dessus d'un pantalon en toile noir.
Law lui donna le paquet qu'il transportait avec lui qu'elle plaça derrière son comptoir.
« _ Shakky, je te présente Ace, un ami à moi, dit Law en sortant une cigarette de sa poche.
_ Enchanté Ace, c'est assez étrange que je ne te connaisse pas déjà, commença-t-elle en m'offrant sa main à serrer. Tu dois savoir que les amis de Law sont mes amis, Ace, si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir.
_ Te voir ? Tes sous-entendus se font de moins en moins discrets Shakky, il faudrait innover, répliqua Law en riant.
_ Allez pour me rattraper, qu'est ce que je vous sers ? Demanda-t-elle en posant ses coudes contre le comptoir m'offrant une jolie vue sur son décolleté que je ne me gênais pas de regarder.
_ Un cosmopolitan pour moi, commença Law.
_ Un dry martini pour moi, terminai-je.
_Bien je vous sers ça. »
Je profitais cet instant pour détailler les gens attablés du regard. Je fus surpris de n'y voir que des hommes, à l'exception d'une fille se trouvant au coin du comptoir. Je fus tiré de ma contemplation par Shakky qui posait mon verre devant moi, tout en effleurant ma main par le bout de l'ongle de son index, ce qui provoqua un effet électrique à tout mon corps.
« _ Viens.»
Law était déjà devant moi et se dirigeait vers une table où n'était assis qu'un jeune homme en fauteuil roulant. Law lui demanda si on pouvait se joindre à lui, chose qu'il accepta avec un grand sourire.
En prenant place face à lui, je pus mieux le considérer. Ses cheveux étaient d'un blond virant au jaune. Une de ses mèches cachait son œil droit orné d'un sourcil pour le moins étrange, son bout formait une spirale qui, avait provoqué un léger gloussement imperceptible chez Law, tandis que moi j'essayais de contenir le mien. Law nous présenta à lui tandis que son interlocuteur lui tendit la main en disant se prénommer Sanji.
« _ Enchanté Sanji, j'espère que notre présence ne te dérange pas trop.» dis-je pour rompre le silence.
«_ Non du tout, je suis ici pour la même raison que vous.»
La même raison que nous ? Se saouler la gueule ?
« _ Toute ma vie je n'ai eu droit qu'à des regards de compassion voire même de pitié, dit Sanji, pour une fois j'ai envie d'être perçu non pas comme un handicapé, mais en tant que ma qualité d'homme. Et toi, quel est ton malheur ? Demanda-t-il à l'adresse de Law.
_ Mon malheur est celui d'être né, à ma naissance, deux êtres sont morts, ma mère et Dieu.»
Cette phrase eut l'effet d'une douche glacée sur moi. Je n'arriverai sûrement jamais à déblatérer ce genre de propos, même dans mes périodes les moins spirituelles.
Les tables étant quelques peu rapprochées (et Law un orateur dont l'intensité de la voix n'était pas à négliger), un homme se trouvant à la droite de Law, un grand brun barbu, ne cessait de le dévisager suite à sa dernière phrase. Law, l'ayant aussi remarqué, le fixa longuement avant de lui dire nonchalamment :
« _ T'as un problème Urouge ?
_ A ta place je me la fermerai, particulièrement quand ce sont des sujets qui me dépassent Law, affirma le dénommé Urouge en se levant de son tabouret.
_ Oh, on se la joue religieux ? Commença Law en souriant avec fourberie. Moi je ne me fais pas d'illusion, DIEU EST MORT !
_ Répète encore ça et je te jure que je te défonce, menaça Urouge en retroussant les manches de son T-shirt exhibant ainsi sa musculature monstrueuse. »
A peine avais-je retourné le visage pour voir Law, qu'il s'était déjà jeté sur Urouge. Ne réalisant pas ma réaction, je m'étais déjà levé pour les séparer, alors que Sanji disait calmement derrière moi «À ta place je resterai où je suis.» J'essayais de les séparer, en posant ma main sur l'épaule d'Urouge en commençant à parler, mais sans rien comprendre, je me pris tête la première le comptoir qui se trouvait à quatre mètres de moi.
Je ne sais pas combien de temps dura mon état de léthargie, mais lorsque j'avais retrouvé une part de mes esprits, toutes les personnes présentes dans le bar se battaient les unes contre les autres. Une fureur sans pareil s'éveilla au fond de moi, et alors qu'un vieux type me relevait pour me cogner, je lui assénais une droite qui le sonna plus que je ne l'étais quelques secondes auparavant. Me retournant je revis la fille réservée de tout à l'heure mordre à pleine dent les bras d'un jeune homme qui essayait de l'étrangler. Mais un coup de genou aux côtes me tira de ma torpeur en me faisant crier de douleur, un jeune homme aux dreadlocks se jeta sur moi alors que j'essayais de me débattre autant que je pouvais. Alors que mon nez craquait je lui envoyais mon poing vers sa joue la plus proche. Etait-il blanc, noir ? Le saurai-je un jour ? A cet instant-là, tout ce qui comptait c'était frapper, dans toutes les directions, pourvu que ça s'entrechoque avec une peau, un os, un corps. Un homme. Je me sentais vivre, vivre à travers cette douleur que me faisait endurer mon nez, vivre à travers ce coup de coude que je venais de recevoir au ventre, vivre à travers cette claque que je venais de faire endurer à Sanji, vivre à travers la canne qui venait de s'abattre brutalement contre mon dos. Je voulais vivre.
Et alors que je gesticulais dans tous les sens, une personne me tira par le col de mon pull qui devait faire maintenant deux fois ma taille et m'entraina dehors rapidement, alors que je remuais comme un forcené, criant comme un dératé.
« _ Mais putain ta gueule ! »
Je me calmais suite à l'entente de cette voix. Et pour la première fois depuis plusieurs minutes, je fis attention au décor m'entourant. Nous avions quitté le bar et nous étions à plusieurs mètres. Des sirènes de police se faisaient entendre au loin.
« _ Calme toi bordel, on est sorti, un salopard a prévenu les flics. Ahah, faut que tu voies ta gueule, tu ferais peur à un mort. »
Law n'avait pas de dommage sérieux, si ce n'est que son débardeur était déchiré sur le coté droit ce qui laisse entrevoir un trait d'un tatouage sur ses côtes qui conféraient à Law une fragilité que je ne lui percevais pas. Ce n'est qu'à ce moment là que je remarquais qu'il était particulièrement maigre et malgré tout cela, il s'en était sorti beaucoup mieux que moi. Ses lèvres étaient légèrement fendues et sa barbichette avait une teinte noir et rouge, surement du à du sang (lui appartenait-il ?).
« _ Tu peux marcher ? Finit-il par demander.
_ Je ne suis pas fait en porcelaine, répliquai-je en essayant de sourire, chose qui s'avéra plus difficile que prévu vu l'état déplorable de mon nez.
_ Viens on rentre chez moi.
_ Ce genre de choses arrive souvent ?
_ Plus souvent que tu ne le crois, les gens se servent de ces soirées comme d'un défouloir, ils extériorisent toute la frustration qui les consume sur une personne aussi forte et digne d'eux, m'expliqua-t-il en réajustant son paquet qu'il avait du récupérer dans ses bras. »
Nous marchâmes encore plusieurs minutes dans les ruelles qui se faisaient plus petites pour ensuite arriver au pied d'un immeuble de trois étages devant lequel jouaient plusieurs enfants à du foot de rue. Law fît signe à un des enfants, un petit roux à lunettes.
« _ Tu vas emmener ça tout de suite à ta mère, les mêmes instructions que d'habitude, lui expliqua-t-il en lui tendant le paquet.
_ Merci ! Merci beaucoup Law ! »
L'enfant s'enfonça dans l'immeuble à toute vitesse, tandis que je me retournais vers Law pour lui poser la question qui mijotait toute l'après midi dans mon esprit.
« _ Que contenait ce paquet ?
_ Des médocs, sa mère est séropositive, ce sont des immigrés, elle ne peut pas se les procurer.
_ Et toi, comment le peux-tu ?
_ Oh, fit-il malicieusement, tu ne vas tout de même pas croire que je vais te donner la source de ma félicité, ne sois pas naïf Ace. »
Je soupirais tout en appuyant le mouchoir que venait de me donner Law contre mes narines ensanglantés. Law rentra par la même porte qu'avait empruntée le gamin une minute plus tôt et je finis par le rejoindre. Son appartement se trouvait au rez de chaussée, il sortit son trousseau de clé, ouvrit la porte et m'invita à entrer en premier après avoir lancé un « Bienvenue dans mon humble palais ».
Dire que c'était petit serait un euphémisme. Je ne savais réellement si c'était un studio ou un appartement. C'était un endroit atypique, original, unique. Les murs étaient remplis de fresques en tout genre. Sur le mur faisant face à la porte, Jimi Hendrix sirotait un mojito face à une représentation bouddhiste qui se roulait un joint en souriant béatement dans un décor qui ressemblait vaguement aux jardins d'Andalousie. Sur le mur d'à coté, était écrit au milieu en italique « Le Ca, c'est Moi » à partir duquel prenait vie des formes psychédéliques étranges, regroupant des petits êtres étranges, des souris, des poussières volantes, des bombes parlantes, des poissons volants et d'autres créatures que j'avais du mal à discerner. Au dessus de la porte d'entrée se trouvait une inscription où on lisait distinctement « Connais-toi toi-même », anecdote qui me rappela Matrix. Au dessus de la paillasse de la cuisine était peint un ciel d'un bleu limpide parcouru par quelques nuages, ce mur là donna toute la luminosité à l'appartement. Deux portes se trouvaient au fond.
Reportant mon attention à la pièce dans laquelle je me trouvais, je me mis à y détailler chaque objet. Un grand tapis africain occupait la majeure partie du sol. Dans le coin à gauche se trouvait un matelas recouvert par une grande couette blanche et plusieurs coussins. Une télé ainsi qu'une PS3 était posée à terre face à son semblant de lit. Mais LA particularité de son studio était le nombre incroyable de livres. Il n'y avait aucune bibliothèques et des piles de livres étaient posées contre chaque partie libre des murs, de toutes les tailles, de tous les goûts, allant de la poésie des contemporains aux grands classiques, du Coran aux bibles sataniques, de Proust à Guillaume Musso, des manuels de bricolages aux traités d'EMC. Des livres faisaient même figure sur la paillasse de la cuisine. Avait-il pu les lire tous ? C'était inconcevable. Des photos étaient collées un peu partout, de manière aléatoire. Des CDs et des vinyles gisaient à coté d'un lecteur disque qui avait vécu de meilleurs jours, et ses habits étaient posés négligemment dans des bacs en bois repeints, chacun représentant un des quatre éléments en lettres runiques.
Il me montra la pièce d'à coté qui s'avérait être une salle de répétition improvisée contenant le strict minimum, une batterie, une basse, une guitare électrique, et deux amplis ainsi qu'un microphone et une mini table de son.
J'étais sous le charme, l'authenticité de cette endroit me réchauffait le cœur, chaque parcelle représentait Law dans ses attraits, sa façon de vivre et de concevoir la vie.
Plus le temps passait, plus je devenais pâteux et fatigué, il m'examina rapidement le nez et les quelques blessures que j'avais. N'ayant rien de sérieux, il me proposa de passer la nuit chez lui, chose que j'acceptais sans rechigner. Il m'installa un matelas et me donna des draps pour dormir. Après avoir fait ce qui ressemblait de loin à une toilette correcte, j'envoyais bouler mes vêtements au coin de la pièce, tout en ayant la décence de garder mon caleçon sur moi, et me mis sous les draps.
J'entendis Law vomir et je souris face à cela. En voilà un qui ne supportait pas trop l'alcool. Ce qui me poussa à replonger dans cette journée pleine de péripéties.
Avec mes poings, mon flot d'insulte, ma sueur, j'avais rencontré tant de personnes, j'avais palpé, touché, senti la vivacité de tant de personnes et je me suis mis à leur place. L'handicapé qui ne cherchait qu'à être perçu à sa juste valeur, l'employé maltraité par son supérieur, la féministe prônant pour l'égalité des sexes, l'homosexuel discriminé, le dépressif perdu, l'opportuniste corrompu, le père divorcé, et tant de personnes que je n'arriverai surement jamais à comprendre, mais dont j'ai pu en saisir le sens pendant une fraction de seconde.
Mais, parmi toute cette foule, toutes ces personnalités si diverses, toutes ces vies singulières, je ne cessais de me poser cette question.
Qui était Law parmi elles toutes ?
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Hit me as hard as you can, ou comment vous inciter à ne pas me louper avec vos reviews (non je ne suis pas masochiste). Merci de me lire et j'espère vous dire à très bientôt. Ce qui est sur, c'est que je terminerai cette fiction, je m'en fais la promesse. Quant à la suite, j'essayerai de la poster dès que je le peux. Merci et à très bientôt.
Réponses aux reviews anonymes :
Lisa : Avant tout MERCI pour tes commentaires et tes encouragements. Argh, pour ce qui est de la personne avec qui Law était, je visais Nojiko T_T C'est dommage qu'elle eut été difficile à reconnaître. Quant aux descriptions c'est LE point qui m'est difficile à développer, mais je me rappellerai toujours de ton conseil et m'exercerai plus à l'avenir. J'espère te retrouver bientôt !
Abybu : Pour sur, avec ces cernes, son comportement et particulièrement son sourire, comment ne pas le prendre pour un camé? (mais un camé certes trèèès attirant). A très bientôt !
Sa : On se le demande tous ! Et il est grand temps de le découvrir ! Merci pour ta review, à très bientôt !
LePouvoirDuKiwi : Merci BEAUCOUP pour ta review. Je n'arrive pas à dissocier Law du style grunge, je trouve que ça lui correspond parfaitement. J'espère te retrouver bientôt !
