Chapitre 8

Ce fut l'agitation des policiers qui attira l'attention de Marlène quand elle arriva pour commencer sa journée. Dans le hall, elle vit ses collègues s'agiter autour d'une belle femme menottée, qu'ils emmenèrent en cellule après lui avoir pris les empreintes digitales. Elle observa la scène quelques secondes, puis apostropha l'un des inspecteurs.

« Vous savez où est le commissaire Laurence ? »

« Il a été blessé pendant l'intervention. Il est parti à l'hôpital. »

« Oh, mon dieu ! » Demanda Marlène, soudain terrifiée. « C'est grave ? »

« Une balle dans l'épaule, il était conscient. »

Une voix qu'elle reconnut entre mille précéda l'arrivée de la bouillonnante Avril. Marlène la vit entre deux policiers qui la tenaient fermement et la forçait à avancer. La jeune femme était dans une colère noire et n'était pas tout coopérative.

« Alice ! Alice ! Qu'est-ce qui est arrivé au commissaire ?... » Demanda-t-elle avec inquiétude, avant de se rendre compte… « Mais tu es encore… »

« Arrêtée ! J'en ai marre, Marlène ! Je ne vais pas louper Laurence cette fois ! Il va voir de quel bois je me chauffe ! »

« Mais pourquoi ? »

« Il croit que c'est de ma faute ! »

Tricard sortit au même moment de son bureau et essaya de comprendre ce qu'il se passait.

« Alice ? Mais qu'est-ce que vous… ? »

« C'est un malade, votre commissaire ! Sans moi, la veuve allait le trucider ! Et lui, il dit que c'est de ma faute s'il est blessé ! Regardez ! C'est comme ça qu'il se venge ! »

Elle lui montra ses poignets menottés alors que les agents l'entraînaient à son tour vers les cellules en sous-sol. Marlène la regarda partir en se désespérant et entendit encore Alice crier :

« Je veux porter plainte contre lui ! Vous m'entendez ? C'est de l'abus de pouvoir ! »

La secrétaire se tourna vers un Tricard visiblement dépassé par les événements.

« Faites quelque chose, Commissaire, je suis sûre qu'Alice n'y est pour rien. »

« Désolé, Marlène, si Laurence estime qu'Avril a commis une faute, je ne peux rien faire avant qu'il ne l'interroge. »

« Mais il est à l'hôpital ! On ne sait même pas comment il va et s'il va revenir bientôt ! »

« Marlène, vous y allez et vous me tenez au courant. Quand j'en saurai plus sur l'état de santé de Laurence, j'aviserai en conséquence. »

La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois et fila sans plus attendre.

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Pendant ce temps là, Avril tournait comme un lion en cage dans sa petite cellule. Elle avait réclamé du papier et un crayon, mais était encore trop énervée pour se concentrer suffisamment sur son article. Sa décision était prise : cette fois, elle n'allait pas épargner le commissaire. Elle allait dénoncer ses méthodes de cow-boy, notamment l'initiative qu'il avait prise de reprendre l'enquête à son compte, sans autorisation officielle, et son intervention illégale sur la péniche.

Terminés les petits arrangements entre amis ! Terminés les compromis ! La fin ne justifiait pas les moyens employés pour y parvenir, surtout quand c'était elle qui en faisait systématiquement les frais. Cette fois, Laurence était allé trop loin. Il trouvait ça drôle ? Il voulait se la jouer perso ? Très bien ! Puisque c'était ainsi, elle se désolidarisait de ses agissements.

Laurence allait voir à quoi ressemblait la vengeance d'une rousse… Oh, comme il allait adorer avoir sa hiérarchie sur le dos ! Dans la coulisse, elle allait le regarder se débattre contre l'autorité qu'il aimait tant défier... Pour sûr, les Bœufs-Carottes allaient le faire mijoter en attendant quelques sanctions disciplinaires !

La journaliste se frotta les mains en imaginant le calvaire du policer… Rira bien qui rira la dernière...

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A l'hôpital, Marlène parla avec le médecin qui s'était occupé de Laurence à son arrivée. La secrétaire comprit à demi-mots qu'il était un patient difficile et exigeant, et cela la rassura sur la gravité de son état. S'il était capable d'argumenter avec un médecin, c'est qu'il n'allait pas si mal que ça.

« Le commissaire est actuellement en salle d'opération, Mademoiselle. »

« Vous savez quand il sortira du bloc ? »

« Je ne peux pas dire. Les blessures par balle sont toujours très délicates à traiter, il peut y avoir des complications. Heureusement, il est entre de bonnes mains, notre chirurgien est un homme d'expérience. »

« Le commissaire va pouvoir reprendre ses activités rapidement ? »

« Non, pas tout de suite, même s'il vous assure du contraire. »

« Combien de temps vous croyez qu'il va rester ici ? »

« Au moins une dizaine de jours. »

« Dix jours ! Ça va pas être possible… »

Tricard eut mot pour mot la même réaction quand Marlène l'informa de la décision des médecins. La secrétaire entendit ensuite le ton angoissé du Divisionnaire, qui bien évidemment devait rendre des comptes…

« Je vais devoir remettre Lambert sur l'affaire. Laurence ne va pas être content mais le préfet veut des explications. Vous pensez bien, son fils à l'origine d'une escroquerie… Heureusement qu'on a retrouvé les toiles chez lui… »

« Et pour Alice, qu'est-ce que vous comptez faire ? »

« Je vais l'interroger moi-même. De toute façon, elle est le seul témoin, d'après ce que m'a dit Bertrand... » Le divisionnaire hésita avant de poursuivre : « Marlène, vous qui côtoyez Avril et Laurence, ils étaient en mauvais termes ces derniers temps ? Enfin, plus que d'habitude, je veux dire ? »

« Non. Pas à ma connaissance. Pourquoi ? »

« Rien, euh... Rien... » Eluda Tricard évasivement. « … Merci pour votre aide. Retournez auprès de Laurence et donnez des nouvelles quand il se réveillera. »

Tricard demanda à voir Avril. La jeune journaliste semblait plus calme quand elle arriva dans son bureau, mais toujours aussi déterminée, comme il allait s'en apercevoir.

« Asseyez-vous, Mademoiselle. Je vais vous interroger. Le commissaire Laurence ne peut pas assurer ses fonctions. »

« Il va comment, la peau de vache ? »

Choqué par la familiarité d'Avril, Tricard cligna des yeux.

« Je vous en prie, vous parlez du commissaire Laurence tout de même… »

Avril croisa les bras et raffermit sa position.

« Tant qu'il ne m'aura pas fait d'excuses, je le traiterai avec les mêmes égards qu'il me réserve. »

Tricard sembla un moment perdu.

« Hum… Ses jours ne sont pas en danger. Il va s'en sortir... D'ailleurs, si vous pouviez clarifier votre rôle dans cette affaire, je vous en serai reconnaissant. »

Alice fit le récit des deux derniers jours avec le plus de détails possible. Quand elle aborda les événements de la mâtinée, il lui fit juste préciser un élément :

« A un moment quelconque, avez-vous touché à l'arme d'Hélène Darteuil ? »

« Non. Je l'ai poussée du pied quand elle est tombée par terre. »

Tricard sembla nettement soulagé. Il continua encore à lui poser des questions mais il savait qu'elle disait la vérité.

« Votre témoignage corrobore celui de Laurence. Le commissaire a laissé un rapport complet sur l'incident à la péniche, ainsi que... vos clés, que voici. »

Il les lui rendit.

« Vous allez me laisser sortir ? »

« Je ne vois pas pourquoi je vous retiendrai davantage. A priori, vous êtes intervenue quand Laurence n'était pas en mesure d'agir. Vous vous êtes défendue, Hélène Darteuil a tiré. L'absence de vos empreintes sur le pistolet devrait confirmer que vous n'y êtes pour rien... Laurence s'est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce sont des choses qui arrivent. »

Tricard eut un bref sourire.

« Je vous demanderai juste de rester à notre disposition. Lambert va vous convoquer et prendra votre témoignage par écrit. »

« Merci, commissaire. Vous êtes un chic type. »

Avril s'apprêta à se lever pour prendre congé mais Tricard avait encore quelque chose à lui dire.

« Si je peux me permettre un conseil... Laurence et vous… j'ai cru comprendre que cela n'allait pas fort. Vous devriez être plus discrets… sur votre relation. »

Avril se tendit. Le dénommé Bertrand avait parlé.

« Je n'ai aucune relation avec Laurence, du moins pas celle que vous croyez. »

Tricard leva les mains pour se dédouaner. Vue son expérience avec ces deux-là, il ne la croyait visiblement pas.

« Et je n'ai pas l'intention d'être discrète. Les oreilles de Laurence vont siffler quand mon article sera publié. »

« Quel article ? Pour l'amour du ciel, Alice, ne faites pas de vagues. L'affaire est délicate. Le ministère va avoir un œil sur nous et Laurence va encore faire l'objet d'une inspection. »

« Je m'en fiche, c'est son problème. »

« C'est le mien aussi si je dois protéger Laurence des médias que vous représentez… Ecoutez, quels que soient vos griefs à son encontre, n'en faites pas une affaire personnelle. Ça risque de se retourner contre vous et de vous discréditer. »

« Ce sont des menaces ? »

« Non. Juste les conseils d'un vieux briscard… Je sais que vous êtes en colère contre lui, mais réfléchissez avant d'agir, d'accord ? »

Avril serra les dents.

« C'est tout ? Je peux m'en aller ? »

Elle quitta le commissariat quelques minutes plus tard et fila au journal peaufiner son papier.

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Laurence ne reprit réellement conscience que le lendemain matin après une nuit agitée par des cauchemars et des réveils intempestifs dus à la douleur.

Il était loin d'être dans une forme olympique, comme Marlène put le constater quand elle vint le voir. Comme tous les matins, elle lui apporta le journal qu'il délaissa, un signe certain de fatigue.

Ils parlèrent de l'enquête jusqu'à ce qu'il s'arrête, perclus de douleur. L'infirmière lui injecta de la morphine et il s'endormit peu après. Marlène resta près de lui à le veiller.

L'après midi fut plus fructueuse. Après son premier repas en quarante huit heures, il sembla ragaillardi. Tricard et Lambert vinrent le voir et l'interroger pour avoir sa version des faits. Quand Laurence apprit que Tricard avait relâché Avril, il ne souffla pas un mot. Le policier savait qu'il n'avait rien de tangible contre la journaliste. Il espérait juste que ça servirait de leçon à Avril à l'avenir, pour ne pas qu'elle continue à se lancer dans des expéditions hasardeuses où elle ne mesurait pas tous les risques pour elle et pour les autres… C'était sans doute peine perdue…

Laurence se reposa et ce ne fut qu'en fin de soirée qu'il lut le journal apporté par Marlène le matin même. Quand il découvrit l'article d'Avril, il ne put que grincer des dents. Pour une fois, le déroulement et les conclusions de l'enquête étaient fidèlement retranscrits mais, à aucun moment, il n'était fait mention de son nom... Celui de Lambert apparaissait à la fin avec des louanges pour le "travail souterrain" qu'il avait mené, sous les ordres efficaces du commissaire divisionnaire Tricard, un formidable "meneur d'hommes"… En résumé, l'article passait totalement sous silence son rôle et mettait habilement en avant la contribution d'Avril dans la résolution de l'enquête !

Comble du foutage de gueule de la part de la jeune femme, il trouva un petit entrefilet sur quatre lignes au bas d'une autre page, qui évoquaient vaguement une blessure accidentelle et son hospitalisation urgente, le tout signé par un certain Swan Lanne… Il faillit s'étrangler rien qu'en lisant ça !...

Vexé, atteint dans son orgueil et sa fierté, Laurence jeta le journal et fulmina pendant un moment en caressant l'idée d'appeler tout de suite la journaliste pour l'insulter copieusement. La petite fouine croyait qu'elle pouvait tout se permettre parce qu'il était provisoirement hors jeu ! Qu'est-ce qu'elle s'imaginait ? Qu'elle était capable de résoudre seule une enquête parce qu'elle s'était trouvée là au bon moment ? Sans lui, elle n'était rien. Rien du tout ! Oh, il ne se gênerait pas pour le lui faire comprendre ! Promis, il n'allait pas la louper la prochaine fois qu'il la verrait !

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Après un aussi long moment sans se voir, Marlène et Alice s'étaient donné rendez-vous ce même soir pour prendre un verre. C'était l'occasion pour les deux jeunes femmes d'évoquer les événements des derniers jours. L'une cherchait surtout à apaiser ses craintes et ses doutes, tandis que l'autre ne voulait absolument pas évoquer l'origine de ces mêmes angoisses, à savoir, Laurence. Marlène ne comprenait pas la décision de la jeune femme et le lui fit savoir.

« Tout de même, Alice… Tu devrais aller le voir. »

« J'vois pas pourquoi... Tu crois qu'il est venu quand j'étais à l'hôpital et que j'avais besoin de lui ? »

« Il était à Dunkerque ! »

« C'était son excuse… »

« Tu es injuste, Alice. »

« Il a pris de mes nouvelles ? Non… Il t'en a demandé ? Non. »

La secrétaire parut gênée.

« Je suis sûre qu'il a pensé à toi. »

« Arrête de lui trouver tout le temps des circonstances atténuantes, Marlène… » Agacée, Alice fit un geste ferme et définitif. « … J'en ai assez de faire des compromis quand, lui, il n'en fait aucun. »

« Je sais qu'il est borné, mais tout de même, il t'avait mise en garde… »

« Comment tu sais ? »

« Il avait laissé un petit mot sur mon bureau avec tes clés. Il était écrit : j'ai prévenu Avril, mais autant pisser dans un violon, elle n'en fera qu'à sa tête… »

Avril fit la moue et resta silencieuse quelques secondes.

« Il me cache un truc, Marlène… Et je ne sais pas ce que c'est… »

« Ah bon ? »

« Tu n'as rien remarqué ?... »

La secrétaire secoua la tête. Il faut dire qu'elle l'avait ailleurs depuis qu'elle fréquentait Glissant.

« J'ai aussi l'impression qu'il se protège... » Reprit Alice.

« Tu crois qu'il se drogue encore ? » Demanda-t-elle avec inquiétude.

« Non… C'est autre chose. »

La journaliste parut mal à l'aise, hésita quelques secondes, lança un regard peu assuré vers son amie, puis finalement, se lança.

« Un souvenir est remonté il y a deux jours… Au début, j'ai cru que c'était juste un délire de mon cerveau perturbé, une sorte d'hallucination, tu vois ? Et puis, il y a eu le parfum de son eau de toilette, et là, j'ai fait le lien… »

« Son eau de toilette ? »

Marlène la dévisagea sans comprendre.

« Oui, son odeur ! Et ça, je ne pouvais pas l'inventer !... » La journaliste se mordit la lèvre, embarrassée, et prononça d'une petite voix : « … Marlène… Laurence m'a embrassée. »

« Hein ?... » Soufflée, Marlène la regarda avec des yeux ronds. « … Il t'a embrassée ! Quand ? »

« J'en sais rien ! Je ne me rappelle pas les circonstances, ni le lieu… Au début, il a nié et puis quand j'ai insisté, il a fini par me dire que c'était ma faute, que c'était moi qui l'avais embrassé en premier ! »

« Ohhh !? »

« Je sais, c'est délirant. D'abord, j'y ai pas cru, mais maintenant que j'y réfléchis, je le vois mal prendre l'initiative… »

Alice agita la main en signe d'incompréhension. La bouche ouverte, Marlène la regardait toujours sans y croire.

« Mais pourquoi tu aurais fait ça ? »

« Apparemment, on aurait trop picolé, du moins, c'est ce que Laurence prétend… Il peut dire ce qu'il veut, ça n'évoque rien dans ma mémoire pour l'instant… »

Marlène secoua la tête, choquée par ces révélations.

« Et dire que c'est toi qui me mettait en garde contre lui... »

« Marlène, je suis désolée de te l'apprendre comme ça, mais ça ne veut rien dire ! Je sais que tu en pinces pour lui et que tu aimerais bien… »

« C'est fini, Alice, je l'ai dit au commissaire. Maintenant, j'ai Tim… »

« Ah bon ? T'es sûre ? »

« Oui. »

« Je suis ravie pour toi. »

Marlène eut un sourire qui alla en s'élargissant.

« J'ai un amoureux ! On est tellement complémentaire ! C'est comme si on était fait l'un pour l'autre depuis toujours ! Je n'arrive pas à imaginer ma vie sans lui désormais. »

Avril se mit à rire, soulagée par la tournure des événements.

« Ouah, je t'envie… »

« Ça viendra aussi pour toi, tu verras. Un jour, tu rencontreras celui qui fera battre ton cœur et tu sauras que c'est avec lui que tu veux passer le reste de ta vie. »

« Non, c'est pas pour moi, ces trucs-là… j'crois pas à l'amour éternel. »

Marlène vit son amie baisser la tête et reprendre une mine préoccupée. La secrétaire eut un sourire malicieux.

« Alice ? Le commissaire ? Il embrasse bien au moins ? »

« Marlène ! » s'exclama Avril en rougissant sans raison. « Mais c'est pas vrai, c'est vraiment pas le moment !… »

Incapable de résister, elles se mirent à rire.

« Alors ? » Insista la secrétaire.

« Ouais, enfin… Ouais… » Admit finalement Alice. « Merde, c'est pas drôle… Laurence et moi, c'est le jour et la nuit, on n'arrive pas à s'entendre ! Je comprends pas ce qui a pu se passer ! »

« Tu comptes faire quoi ? »

« Essayer de me rappeler quand on est allé boire un verre ensemble d'abord, ça m'aiderait bien… »

Marlène sembla chercher.

« Après la résolution de l'enquête sur les ballets russes peut-être ? Tu n'as pas arrêté de flirter avec lui quand il a pris l'identité de Brigitte. Tu lui as même dit que si tu étais un homme, tu lui mettrais certainement la main aux fesses… »

Avril parut horrifiée.

« Oh, non ! J'ai pas dit ça ?... » Marlène hocha la tête en souriant. « … Merde… »

Marlène vit qu'Alice ne s'en souvenait pas et que sa remarque la perturbait. Elle posa sa main sur celle de la jeune femme pour la rassurer.

« Si ça se trouve, il a pris ça comme un défi, et de fil en aiguille, vous en êtes arrivés là où vous en êtes… »

Avril secoua la tête énergétiquement. C'était juste inconcevable.

« Alice, Il tient énormément à toi, et je sais que tu tiens à lui. Même si vous ne vous le dites pas, même si vous avez des caractères antagonistes, il y a manifestement de l'affection entre vous… J'ai remarqué qu'il vous arrive de vous agacer parfois avec des remarques qui ne sont pas si innocentes que ça au fond, juste par provocation… »

Avril dut en convenir. De ce qu'elle se rappelait, ils se titillaient souvent quand l'un ou l'autre avait une liaison ou était amoureux. La vie sociale de Laurence l'intéressait manifestement car elle était fascinée par la facilité avec laquelle il mettait des femmes dans son lit. Et lui aussi il devait se demander comment elle parvenait à ses fins, avec tous les défauts qu'il lui trouvait… Simple curiosité de part et d'autre ? Désir de comprendre ou attirance masquée ? Leurs sarcasmes et leurs moqueries étaient-elles en fait la marque d'une jalousie latente, comme si l'un et l'autre s'enviaient sans se l'avouer ? Comme s'ils se poussaient à bout pour tester le terrain sans trop en révéler sur la vraie nature de leurs sentiments ?

« Je ne sais pas, Marlène... » Alice soupira. « … Je suis complètement paumée… »

Marlène la dévisagea avec inquiétude.

« Et il ne peut pas t'aider ? Ou ne veut pas ? »

« Marlène, là, c'est un peu tendu entre nous en ce moment. »

« Je crois qu'il faut que vous passiez outre vos désaccords. Tu as besoin de lui pour retrouver tes souvenirs, c'est ta priorité. »

« Ce n'est pas la sienne à l'évidence... Et puis, je peux pas, Marlène. Pas après ce qu'il m'a fait subir. Je suis encore en colère contre lui. »

« Et si je lui parlais ? »

« Non, surtout pas… S'il sait que tu es au courant, il va m'en faire voir de toutes les couleurs… »

Elle leva une main et la laissa retomber avec impuissance. C'était terrible de ne pas savoir.

« … J'ai beau retourner ça dans tous les sens, ça m'exaspère de ne pas me souvenir ! »

« J'aimerais tellement t'aider… »

« Je sais. Ecoute, ça ne sert à rien que je me prenne la tête. La plupart des trucs qui me reviennent le font de façon inopinée, quand je n'y pense pas. Faudrait que j'arrive à me sortir ça de l'esprit… »

« J'ai une idée ! » S'exclama tout à coup la blonde. « Qu'est-ce que tu dirais de venir demain avec Tim et moi chez sa tante ? Elle a une maison au bord de la mer qu'elle met à notre disposition pour le week-end. Je suis sûre que ça va te faire le plus grand bien de t'éloigner un peu. »

« Mais, Marlène, je ne veux pas vous déranger tous les deux, surtout si vous… »

« Comment tu nous dérangerais ? Tim t'adore ! Il a fait des recherches pour toi, tu sais ? Il a une histoire glauque à te raconter, il a dit que ça fera un article du tonnerre ! Allez, viens, vous en profiterez pour discuter ! »

Avril ne put s'empêcher de rire devant son enthousiasme.

« Ok, mais tu lui demandes d'abord s'il est d'accord… Et ne compte pas sur moi pour être ton chaperon, tu te débrouilles avec ton amoureux ! »

Les deux jeunes femmes scellèrent leur décision commune par un rire.

Le lendemain, ils embarquaient tous les trois dans la voiture de Glissant pour une virée à la mer. La joyeuse équipe laissa ses soucis derrière elle pour ce qui allait devenir un week-end inoubliable entre amis…

Quand Laurence appela Avril, le téléphone sonna dans le vide. Quand il chercha à contacter Marlène, personne ne répondit. Il était remonté comme une pendule et voulait cracher son venin. Ce fut le personnel hospitalier qui fit malheureusement les frais de sa mauvaise humeur…

A suivre…

Pour celles et ceux qui s'inquiètent, je vous rassure, je terminerai cette fic. J'y prends trop de plaisir pour l'abandonner en si bon chemin ! N'hésitez pas à laisser vos commentaires, j'y réponds quand j'ai les liens vers vos comptes. Merci !

PS : Je reprendrai aussi « Les Quatre » quand celle-ci sera terminée. J'ai par ailleurs une autre fic en réserve, avec du smut et un rating plus mature… A plus.