Chapitre 10

Après avoir résolu son dilemme matinal, Laurence s'était levé le premier et avait laissé Avril dormir. Il s'était fait un brunch en lisant le journal, comme il le faisait d'ordinaire les dimanches matin. En arrêt forcé, il ne reprendrait le travail que la semaine suivante.

Le policier avait eu l'intention de partir quelques jours au calme pour se reposer mais la médiatisation de l'affaire l'en avait empêché. Et finalement, c'était tant mieux. S'il était parti, il n'aurait pas pu s'occuper d'Avril qui partait à la dérive. Il soupira en revenant sur leurs derniers accrochages et arriva à la conclusion qu'ils ne pouvaient plus continuer ainsi tous les deux sans aller irrémédiablement droit dans le mur.

Laurence savait qu'il fallait qu'il agisse avant qu'ils atteignent un point de non-retour. L'équilibre entre eux était précaire et il sentait Avril sur le point de sombrer irrémédiablement. Il ne pouvait pas la laisser tomber, pas quand il avait sa part de responsabilités dans leur absence de communication et dans leur mésentente actuelle. Ce n'était pas digne de lui, de l'ami qu'il croyait être pour elle.

Tout pouvait basculer très vite. La voir aller aussi mal lui laissait un arrière goût amer, un mal être qui avait raison de sa volonté de ne pas s'impliquer. La vérité, c'est qu'il en avait assez de leurs perpétuelles chamailleries, mais il ne savait pas comment s'y prendre pour revenir à plus de mesures dans leur relation, tout en restant lui-même.

Leur complicité lui manquait, ainsi que d'autres choses qu'il avait finies par accepter et qu'il avait envie de lui manifester, comme ce besoin de la protéger, d'être là pour elle, de l'aider... Comme aussi ce besoin de lui montrer qu'elle comptait pour lui, même si c'était au détriment de son indifférence. Il n'avait plus l'énergie pour maintenir les apparences surtout quand il avait déjà failli perdre Avril par trois fois. De son propre aveu à Marlène, ça l'avait anéanti, et il n'avait plus envie de faire preuve de mauvaise foi à ce sujet.

Ça n'empêcherait pas la discussion qui allait s'ensuivre quand elle serait levée d'être sans doute pénible, mais il tenterait de garder son calme… tant qu'il le pourrait !

La jeune femme fit enfin son apparition, déjà habillée, clairement pas dans son assiette. Il délaissa immédiatement son journal et ne montra aucune animosité à son égard.

« Bonjour Avril. »

Ne sachant pas dans quelle disposition il était, la journaliste bougonna :

« C'est pas parce que nous avons partagé un lit que je vous ai pardonné et que je suis votre meilleure amie. »

Le ton que prendrait la conversation était donné d'entrée. D'ailleurs, l'ambiguïté des propos d'Avril ne lui avait pas échappée. Il restait à savoir si elle parlait de la nuit précédente ou de celle qu'ils avaient passée ensemble quelques semaines auparavant. Il décida de creuser la question.

« Qu'y a t-il à pardonner ? »

« Votre attitude. »

« Je vois. Vous pensez que je suis responsable de toutes vos mésaventures ? »

« Vous y avez votre part de responsabilité, oui. »

Laurence soupira sans rien consentir et lui fit signe de venir le rejoindre à table, mais elle préféra rester debout.

« Je n'ai pas faim… »

Alors Laurence se leva et s'approcha d'elle, les mains dans les poches. Le regard fermé, la jeune femme croisa les bras sur sa poitrine, prête à recevoir un sermon.

« C'est parce que je vous ai fait arrêter que vous avez voulu vous venger ? »

« A votre avis ? »

« Je vois... Et vous comptez aller loin dans l'escalade des hostilités ? »

« Hein ? Qu'est-ce que vous racontez ? C'est vous qui avez commencé ! C'est vous qui m'avez forcée à reprendre le travail. C'est vous qui… »

Laurence leva une main pour la tempérer. La journaliste était sur la défensive, encore dans un schéma agressif.

« J'avais besoin de la publicité de votre article pour faire réagir la veuve et son amant. »

« Sans doute, mais je sais additionner deux et deux… Quand vous avez appris que je risquais de partir, vous avez eu la trouille et vous êtes empressé de me remettre en selle en m'envoyant travailler pour le journal ! »

« Parce que vous préfériez l'option des magasins de bricolage avec votre bien-aimé RoRo, peut-être ? »

Chasser le naturel, il revient au galop… Le ton que Laurence venait d'employer, était nettement sarcastique. Avril eut alors confirmation de ce qu'elle soupçonnait, de sa jalousie latente, mais elle fit la moue. Encore furieuse, elle ne voyait que le verre à moitié vide et considérait qu'il l'avait tout simplement manipulée.

« Vous vous êtes servi de moi. » Reprit-elle, accusatrice.

« Oui, et alors ?... » Admit-il avec désinvolture. « … En quoi est-ce que ça change de ce que je fais d'habitude ? »

Devant sa franchise, Alice inspira et déglutit péniblement. La voix frémissante, elle lâcha :

« Et cette nuit dont vous ne voulez pas parler ? Là aussi, vous vous êtes servi de moi ? »

Laurence se figea et ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne sorte... Ce ne pouvait pas être ce qu'elle pensait réellement...

« Je vous demande pardon ? »

« Vous êtes-vous servi de moi ? »

Il tâcha d'occulter le sentiment de révolte que cette idée faisait naître en lui pour lui répondre franchement et calmement.

« Non, Avril. »

« Je ne vous crois pas... En revanche, ce que je crois, c'est que mon amnésie vous a bien arrangé. Vous vous êtes dit : 'génial, elle a oublié ce détail, je vais pouvoir faire comme si rien ne s'était passé'… »

Cette fois, le regard de Laurence s'assombrit et il fit jouer sa mâchoire en tentant de garder son calme.

« Vous n'y êtes pas du tout, Avril. Demandez-vous plutôt pourquoi j'aurais évoqué quelque chose d'inopportun dans l'état où vous étiez. En parlant, je n'aurai fait qu'ajouter à votre désarroi. Regardez donc votre réaction hier soir : ai-je eu tort de me taire quand je vous retrouve ivre et avachie sur un comptoir, à la merci du premier inconnu qui passe ? »

« Oui, alors là, ça m'étonnerait parce que je sais me défendre, figurez-vous ! »

Laurence ne put s'empêcher d'émettre un ricanement empli de doute, ce qui eut pour effet d'exaspérer la jeune femme. Alice croisa les bras à nouveau en serrant les dents.

« Revenons plutôt à votre raisonnement... Si je vous suis bien, vous vous êtes tu pour me protéger ? »

« C'est exactement ça… »

Avril le regarda comme si elle allait lui arracher la tête…

« Espèce de salaud, je ne vous aurai pas cru aussi irresponsable… Est-ce que, pendant deux minutes, vous avez réfléchi aux conséquences de vos actes ? »

Surpris par sa véhémence, Laurence la regarda, soudain incertain. Que voulait-elle dire par là ?

« J'aurais pu tomber enceinte, Einstein ! Vous n'avez pas pensé à ça, hein ? J'aurais pu me retrouver avec un gosse que je n'aurais même pas eu le souvenir d'avoir fait avec un homme qui s'en fiche comme de sa dernière chemise ! »

Alice était furieuse comme jamais auparavant. Elle continua sur le même ton outragé :

« … Je ne suis pas assez dans la merde comme ça selon vous ?! Mais non, en bon égoïste, ça vous dépasse complètement ! Môssieur Laurence est au dessus de ça ! Môssieur Laurence ne pense qu'à sa petite personne et à sa réputation ! Je vais vous dire un truc : on était peut-être ivre, mais vous étiez là autant que je sache ! Et vous en avez bien profité, alors arrêtez de répéter que vous n'avez rien dit pour me protéger ! C'est lâche, irrespectueux et… indécent ! »

Laurence avait pâli pendant sa diatribe. Le pire c'est qu'elle avait raison. Jamais il n'avait pensé à ses responsabilités éventuelles si d'aventure… Il secoua la tête et protesta :

« Je n'aurai certainement pas renié mes responsabilités si nous avions conçu un enfant. »

« Et vous auriez fait quoi ? Vous l'auriez reconnu ? Vous auriez assumé votre rôle de père ? Vous m'auriez épousé pour éviter le déshonneur qu'une telle situation engendre ? » Demanda-t-elle de manière sarcastique.

Seul un silence éloquent lui répondit. Avril secoua la tête avant de lui tourner le dos pour filer vers la porte.

« Pff, non, bien sûr... » Continua-t-elle. « … Mais pourquoi est-ce que je place toujours autant d'espoir en vous ? »

« Avril, attendez ! Vous êtes en train de me faire un procès d'intention !... » Contre-attaqua-t-il, conscient qu'il venait de la décevoir.

Au temps pour sa volonté de rester maître de lui ! Comme Avril continuait à l'ignorer, le calme de Laurence vola en éclat dans la seconde qui suivit.

« … A moins d'avoir rêvé, vous aussi vous étiez là ! Vous aussi, vous en avez profité, à moins que vous ayez simulé tout du long ! »

Avril se retourna brutalement en serrant les poings et se mit à hurler :

« COMMENT OSEZ-VOUS INSINUER ÇA ?... »

Au-delà des regrets divers et variés, de la déception, Laurence n'avait pas le droit d'agir ainsi. Alice se souvenait d'avoir suffisamment chéri ces rares instants de bonheur pour ne pas le laisser piétiner le souvenir agréable de leurs étreintes.

« Je ne joue pas, moi ! Je ne calcule pas ! Alors, cessez de noircir et de salir un moment de faiblesse que vous avez été le premier à apprécier ! »

Laurence ne répondit rien. Avait-il déjà vu Avril autant indignée et en colère ? Elle en frémissait des pieds à la tête et le dévisageait avec un tel feu dans le regard ! Et en même temps, quel aveu elle venait de faire sans même s'en rendre compte ! Elle avait bien été elle-même cette nuit là dans ses bras, sincère et authentique, désirable et aimante. Il ne put empêcher un sourire triomphal de s'afficher lentement sur son visage.

Dans le silence soudain, Avril interpréta sa réaction de travers.

« Et arrêtez de vous moquer de moi ! Je déteste quand vous faites ça ! »

« Je ne me moque pas de vous... Je savoure le fait que vous avez agi en toute connaissance de cause cette nuit-là, comme j'étais moi-même parfaitement conscient de ce qui allait advenir entre nous deux quand nous avons quitté le bar. »

« Hein ? »

Laurence s'approcha d'Alice et posa nonchalamment la main sur la porte, à côté de celle qu'elle avait posée sur la poignée lorsqu'elle avait été prête à quitter l'appartement de Laurence.

« Ivre ou pas, Avril, je choisis toujours les femmes avec lesquelles je couche. Ça devrait répondre à toutes les questions que vous vous posez sur mes motivations, non ? »

Dépassée, Alice le dévisagea en fronçant les sourcils. Est-ce qu'elle avait bien entendu ce qu'il insinuait ?...

« Pourquoi j'ai passé la nuit avec vous, Avril ? Parce que j'en avais tout simplement envie… » Traduisit-il en répondant à sa question muette. « … Et vous l'avez fait exactement pour les mêmes raisons, sans vous interdire quoi que ce soit, parce que vous vous sentiez en confiance, et que, comme moi, vous en éprouviez le désir. »

La jeune femme en resta muette de surprise, alors qu'elle sentait vibrer une corde sensible en elle. Oui, elle avait désiré Laurence. Oui, elle l'avait voulu pour lui prouver qu'elle valait mieux que ce qu'il pensait d'elle… Pour lui montrer qu'elle éprouvait…

Décontenancée par ces révélations qui trouvaient une résonance en elle mais qu'elle n'était pas prête à admettre oralement, Avril essaya de retrouver son aplomb.

« Euh, je sais pas… Vous êtes pas en train de vous emballer, là ? »

« J'ai l'air de m'emballer ? » Demanda-t-il calmement.

Avril le regarda comme si elle n'en croyait pas ses yeux. C'était quoi ce retournement de situation ? Une part d'elle-même se réjouissait à l'idée qu'il admette qu'il avait apprécié la nuit qu'ils avaient passée ensemble, pendant que l'autre part tentait un rétropédalage stratégique de sauvegarde et lui criait de se méfier du perfide séducteur en face d'elle…

Alice s'écarta légèrement de lui et s'agita de façon inconfortable.

« Bon, d'accord… Ça va un peu trop vite pour moi... Et vous me faites flipper... »

Laurence la considéra quelques secondes en silence et – chose nouvelle pour lui - se mit à sa place. Elle était visiblement en train de perdre pied face à une situation qui devait être inédite pour elle. C'était le moment.

« J'ai une proposition à vous faire, Avril. Que diriez-vous si nous enterrions la hache de guerre pendant quelque temps ? »

« C'est vous qui me proposez ça ? »

« Vous voulez qu'on continue à se quereller pour un oui ou pour un non ? »

« Non, bien sûr, mais... »

« Mais, quoi ? »

Le ton de Laurence était redevenu incisif, symptôme d'une impatience proche de l'agacement.

« Rien... C'est que je ne m'attendais pas à ça, et j'ai des doutes sur vos intentions. »

« Vous ne me faites pas confiance ? »

Avril préféra ne rien répondre et eut un haussement de sourcils éloquent. Laurence prit sa tête des mauvais jours.

« Je suis positivement consterné par ce manque de crédit. »

Alice aperçut la lueur malicieuse dans les yeux du policier faussement outragé et eut son premier sourire de la matinée. Il profita de ce bref moment de détente entre eux pour se rapprocher d'elle à son tour.

« Il y a quelque chose que je veux que vous sachiez avant que vous ne partiez… » Murmura-t-il doucement. « … C'est que je ne regrette rien de cette nuit... » Il eut un sourire espiègle. « … Elle en valait vraiment la peine... »

Alors ça, c'était un sacré compliment ! Alice détourna le regard, à la fois gênée et heureuse. Involontairement, elle se mit à rougir et se mordit la lèvre. Elle laissa passer quelques secondes, avant de relever la tête et de lui dire bien en face :

« Il faut être deux pour jouer à ce jeu… »

Alice se rendit immédiatement compte qu'en voulant lui retourner le compliment, elle était en train de flirter avec lui !… D'ailleurs, l'expression dans les yeux de Laurence avait subtilement changé. Il l'observait désormais de façon énigmatique, supputant évidemment sur ses intentions... La jeune femme voyait déjà les rouages qui tournaient dans son cerveau et l'imaginait en train d'échafauder un plan pour qu'il la remette dans son lit… Ce qui la fit sourire… l'idée en soi n'était pas pour lui déplaire…

Avril se fustigea immédiatement. Ils sortaient à peine d'une crise, ce n'était pas pour se recréer de nouveaux problèmes parce que le chemin qu'ils avaient emprunté par erreur un soir, la tentait au point d'y retourner… Qu'est-ce qu'il lui passait par la tête ? Tout à coup, elle éprouva le besoin de partir avant qu'ils ne s'engagent tous les deux sur une pente des plus savonneuses.

Elle ouvrit la porte d'entrée, marquant ainsi sa volonté de s'en aller.

« Merci d'avoir été honnête avec moi, Laurence. »

Le policier hocha la tête, conscient aussi de la dérive dangereuse de leurs pensées.

« My pleasure… Comme disent les Anglais... »

Ils se dévisagèrent intensément, ne sachant quelle conduite à tenir, puis le moment passa. Sans un mot, elle tourna les talons et s'en alla. Avec un léger sourire, Laurence ferma la porte derrière lui et resta songeur devant le trouble manifeste de la jeune femme...

Quelques instants plus tard, il entendit toquer à la porte. Avec une pointe d'exaspération, il retourna dans l'entrée et ouvrit.

« Si vous avez encore oublié de... »

Il n'acheva pas. Avril s'élança vers lui et l'enlaça brusquement. Elle l'entendit étouffer un juron et se raidir. Immédiatement, elle se recula et vit qu'il grimaçait…

« Merde ! Pardon, pardon… J'avais oublié ! Enfin, pas vraiment, mais... Je voulais pas... J'suis vraiment désolée ! »

Laurence se frotta l'épaule en se retenant de lui dire ce qu'il pensait d'elle et de son comportement impulsif. Elle avait vraiment une façon de tout faire foirer… Envolée la petite bulle de bien être, bonjour la catastrophe ambulante et son cortège de bévues et boulettes…

« J'ai toujours attiré les emmerdeuses et les fortes têtes... mais vous… je dois dire que vous décrochez le pompon… »

« Ça va ? Dites-moi que ça va ? »

Avril était sincèrement inquiète, mais il ne put s'empêcher de dramatiser.

« Je devrais survivre… jusqu'à la prochaine fois. »

Alice le dévisagea comme si elle voulait graver ses traits dans sa mémoire avant de partir, et sentit son courage l'abandonner.

« Vous avez oublié de me dire quelque chose ? » Demanda Laurence, qui devinait qu'elle mourrait d'envie de lui faire des excuses.

Tout ce qu'Avril avait prévu de lui annoncer se bouscula dans sa tête, et elle ne sut plus par où commencer. D'une rare nervosité, elle hésita, bafouilla trois, quatre mots, soudain saisie par le doute, et sentit la panique l'envahir. Non, elle ne pouvait plus lui dire combien cette nuit avait compté pour elle aussi. Elle allait se ridiculiser et il allait se moquer d'elle. Déjà, il souriait, préparant sans doute un mauvais coup... Vite, elle se lança :

« Je vous dois des excuses, je n'aurais pas dû agir comme j'ai agi, je suis désolée, et je m'en veux, si vous saviez comme je m'en veux... »

« N'en parlons plus. »

« Je ne parle pas uniquement de ce que je viens de faire. Je veux parler des autres fois, quand je vous ai...

« Alice... »

Laurence avait prononcé son prénom avec douceur, en sachant qu'il couperait court à toute discussion et à des excuses interminables. Il pouvait être rancunier et tenace parfois, mais il savait aussi quand arrêter les velléités. Le sourire de soulagement qui s'afficha lentement sur le visage de la jeune femme valait toutes les excuses au monde. A cet instant, le policier la trouva irrésistible de sincérité et de tendresse.

« Bon, cette fois, c'est sûr, je m'en vais… » Annonça-t-elle, embarrassée par son propre comportement ridicule.

Elle n'en eut pas le temps. Laurence attrapa Avril par la taille avec son bras valide avant qu'elle ne se détourne.

« Pas si vite, jeune dame… » Dit-il en l'attirant d'autorité à lui. « … Vous me devez un baiser pour vous faire pardonner votre maladresse… »

Alors qu'elle ouvrait de grands yeux surpris, Laurence joignit le geste à la parole et pressa ses lèvres contre celles d'Avril. C'était comme si elle n'avait attendu que ce signal. Alice passa ses bras autour du cou du policier et lui répondit avec la même ferveur. Dans leurs baisers, ils mirent toutes ces choses qu'ils n'avaient pas pu se dire, et surtout toutes leurs frustrations passées. Ils ne tardèrent à s'embrasser passionnément, allumant en eux un véritable incendie.

Les lèvres d'Avril étaient douces. Sa langue faisait des miracles sur les sens de Laurence qui avait l'impression de boire à une source régénératrice et de revivre. C'était une explosion de sensations brûlantes en lui alors que les battements de son cœur s'accéléraient. Vivant, il se sentait vivant…

Alice n'était pas en reste non plus. Rarement un homme ne l'avait fait autant chavirer avec de simples baisers… La jeune femme aimait la sensation d'être écrasée contre le grand corps de Laurence, d'être entourée, en quelque sorte protégée par lui. Elle vibrait surtout littéralement de désirs sous l'action de son étreinte passionnée et laissait échapper de petits soupirs de contentement qui l'encourageait à poursuivre de la même façon possessive.

Ils durent pourtant se détacher l'un de l'autre pour reprendre leurs souffles. Pendant l'espace de quelques secondes, ils se dévisagèrent gravement, eux-mêmes surpris par l'intensité de leurs étreintes. Avril eut finalement un petit sourire et déposa un dernier baiser léger sur les lèvres de Laurence, avant de s'écarter de lui. Cet homme était bien trop dangereux et tentant.

Laurence ne put s'empêcher de sourire à son tour, pardonnant implicitement la journaliste. Souriants comme deux idiots, ils éclatèrent finalement de rire simultanément, libérant la tension des derniers jours, retrouvant leur belle complicité, plus un petit quelque chose qu'ils acceptaient enfin de partager.

Quand leurs rires moururent, ils étaient toujours aussi proches. La lueur dans les yeux de Laurence changea. Ceux d'Avril reflétaient la même faim et ils se rendirent compte que ce qui les avait poussés dans les bras de l'autre, était toujours présent. Ils se désiraient, peut-être même encore plus que la première fois, leurs appétits charnels sans doute aiguisés par les souvenirs agréables de leur nuit de folie.

Gênés, ils s'écartèrent l'un de l'autre. Alice se racla la gorge et fit un signe en direction du couloir.

« Je… J'y vais… On se voit plus tard ?... » Demanda-t-elle à la fois hésitante et pleine d'espoir… Elle se reprit nerveusement : « … Ou demain ?... Enfin, quand tu veux ?... Si tu as besoin de quelque chose, je suis là, hein ?… »

Laurence fronça les sourcils. Etait-elle… Etait-elle en train de lui donner un rencard !? Il se mit à rire doucement.

« Avril, tu sais où me trouver. Je ne bouge pas d'ici… »

« D'accord... Demain ? »

« Viens dîner demain soir… »

Alice eut un sourire éclatant une dernière fois et s'en alla. En marchant dans le couloir, elle prit un pari. Si elle se retournait et qu'il la regardait encore, c'est qu'il éprouvait quelque chose pour elle.

Avant de tourner l'angle, elle se retourna. Il n'avait pas bougé et l'observait. Elle lui adressa un signe de la main alors que son cœur bondissait de joie dans sa poitrine.

Laurence referma la porte en secouant la tête et en souriant comme un idiot. Leur conversation venait pour le moins de prendre un tour inédit. Cela voulait-il dire que tout espoir était permis ? C'était quelque chose qu'il acceptait d'envisager même si ça lui semblait complètement fou.

En même temps, le retour en arrière entre eux n'était plus possible, pas après le séisme qu'ils venaient de vivre… Une fois les murs abattus, les barrières abolies entre eux, que restait-il ? Ce n'était pas un champ de ruines, comme il l'avait toujours cru, mais un magnifique jardin dans lequel la vie était en train de renaître au printemps de leurs sentiments… Parce qu'il entrevoyait autre chose, il ne voulait plus s'attarder sur le passé, synonyme de tourments, de drames et de désillusions. Il voulait tourner la page, avoir enfin sa part de bonheur. Au diable, la raison ! Il en avait assez d'être raisonnable et malheureux. Il voulait vivre, et Alice lui redonnait l'espoir et la vie…

A suivre…

Ecrire ce chapitre a été un sacré challenge, je vous le garantis ! Il a été manié et remanié dans tous les sens jusqu'à ce que je sois enfin satisfaite du résultat. J'espère qu'il est à la hauteur de vos attentes !

La semaine prochaine, petit break montagnard et tartiflette. N'hésitez pas à déposer vos commentaires dans le carré en bas en attendant le chapitre 11 ! Bises !