Chapitre 11

Laurence savait avant même qu'Avril arrive que ce dîner avait toutes les chances de tourner court. En toute honnêteté, Alice ne venait pas pour lui parler de ses dernières mésaventures, de la vie sentimentale de Marlène, de l'avancement de son livre ou pour s'enquérir de sa santé. Non. En réalité, toutes discussions ne seraient que des prétextes pour retarder l'inévitable entre eux… ou sonner le glas d'une relation naissante.

Il se sentait nerveux, ce qui était plutôt inhabituel pour un homme accoutumé à parvenir à ses fins sans trop de difficultés. La vérité, c'est qu'il ne voulait pas précipiter les choses entre eux et décevoir Avril. Il savait d'expérience que la jeune femme n'était pas sensible à ses flagorneries et lirait dans son jeu s'il se montrait trop flamboyant ou entreprenant. Il ne voulait pas en faire trop.

D'ailleurs, était-ce vraiment nécessaire de lui faire la cour et de la séduire ? Il aimait cette étape mais il avait l'impression que cela avait été chose faite lors de cette première nuit. Il avait même la sensation que c'était lui qui avait succombé au charme énergique d'Avril quand il avait accepté de se laisser entraîner. Sans doute avait-il ensuite participé à sa façon en lui montrant qu'il pouvait être un compagnon agréable et à l'écoute de sa partenaire ? Il lui suffirait de reproduire ce même comportement… Plus facile à dire qu'à faire, en ce qui le concernait.

Quand Alice sonna, elle était vraiment nerveuse. Elle avait fait des efforts vestimentaires en piochant dans la valise laissée par Francine à son attention et avait passé une petite robe bleue pâle qui la mettait en valeur. Elle s'était aussi maquillée légèrement et avait attaché ses cheveux indisciplinés du mieux qu'elle avait pu. Après de longs moments indécis devant son miroir, elle avait finalement opté pour de la simplicité. Après tout, elle ne serait jamais Marlène ou les femmes ultra-féminines qu'il aimait tant.

Comment plaire à Laurence ? Cette question l'avait taraudée toute la journée et elle en était arrivée au point où elle se disait qu'il était impossible qu'il s'intéresse à elle. Elle faillit tout annuler, ne pas y aller pour éviter un échec cuisant, mais ce n'était pas dans sa nature de se dérober. Qui ne tente rien, n'a rien était son proverbe préféré. Pas question de faire machine arrière donc.

Elle attendait donc devant la porte, le cœur battant, ne sachant où se mettre quand elle entendit la clé tourner dans la serrure. Laurence ouvrit le vantail. Il était devant elle en chemise blanche ouverte au col et il l'observait avec curiosité.

« Bonjour Swan… » Hasarda-t-elle de façon inconfortable.

Comme ça sonnait faux tout à coup ! Elle s'en voulut immédiatement. Elle aurait mieux fait de s'en tenir au Bonsoir Laurence habituel et gouailleur, ou à rien du tout, comme c'était souvent le cas.

Le sourire de Laurence s'élargit et il comprit immédiatement combien la jeune femme était nerveuse et mal à l'aise. D'un simple coup d'œil, il l'avait jaugée. Elle avait fait des efforts pour lui plaire. En temps normal, et même si elle avait été parfaite, il aurait raillé sa tenue, histoire de la rabaisser. Elle n'avait visiblement pas besoin de ça, même si la tentation était grande de lui faire une remarque.

« Entre. »

Elle passa devant lui en se disant que c'était décidément la plus mauvaise idée qu'elle ait eue. Elle allait se ridiculiser et il allait s'en donner à cœur joie pour la démolir. Elle s'apprêta à ouvrir la bouche pour lui dire qu'elle regrettait d'être venue, quand deux mains se posèrent sur ses épaules et la débarrassèrent de sa veste. Elle se figea, pas du tout habituée à ses manières de gentleman.

« Très simple... » Se contenta-t-il de dire doucement dans son dos. « J'apprécie beaucoup. »

Alice se sentit rougir. Elle se tourna vers lui, le dévisagea en souriant de façon crispée, mal à l'aise, pendant qu'il riait doucement.

« Détends-toi, Avril, je ne vais pas te manger… »

Quoique… elle était à croquer. Il s'imagina en train de lui ôter cette jolie petite robe tout en la dévorant de baisers et il se rappela à l'ordre immédiatement. La soirée promettait d'être longue pour lui si de telles pensées germaient de cette façon…

« Euh… Ton épaule va mieux ? » Demanda-t-elle par politesse.

« Je commence à retrouver de la mobilité. Viens… »

Il l'entraîna vers le salon où il avait préparé une bouteille de champagne et deux verres. Alice l'avait tellement vu pratiquer ce rituel avec d'autres femmes qu'elle n'en fut pas étonnée.

« Tiens, tu veux bien l'ouvrir ? »

Alice fut surprise par sa demande et s'attela à la tâche en n'ayant qu'une seule crainte : échouer. Elle parvint à l'ouvrir sans faire de bêtises et il lui présenta un verre, puis l'autre.

« A quoi boit-on ? » Demanda Avril, quand elle trinqua avec lui.

Laurence la regarda droit dans les yeux.

« A nous deux, sauf si ça te semble présomptueux de ma part. »

Ils étaient entrés directement dans le vif du sujet. Avril secoua la tête, soulagée par sa réponse. Il n'avait pas changé d'avis en vingt quatre heures. Elle décida de tester le terrain.

« Ça me fait bizarre de sortir avec quelqu'un qui est avant tout un… » Avril hésita. « … un ami ?… »

S'ils ne parvenaient pas à admettre ce premier postulat, comment comptaient-ils évoluer vers quelque chose d'autre ? Elle eut la réponse immédiatement.

« Nous sommes plus que ça maintenant. Et sans doute étions-nous déjà amis avant même d'en avoir réellement conscience et de savoir vers quoi allait évoluer… » Ce fut lui qui hésita cette fois. « … notre relation ? »

Ainsi, Laurence tâtait aussi le terrain, finalement pas aussi sûr de lui qu'il n'y paraissait. Il est vrai qu'ils naviguaient désormais sur des eaux étrangères sans savoir exactement à quoi s'attendre. Secrètement, chacun espérait qu'aucune limite imposée par l'autre ne viendrait bloquer le processus d'ouverture.

« Nous avons une relation tous les deux ? » Reprit Alice avec curiosité.

Laurence hocha lentement la tête.

« Reste à définir de quelle nature elle est… » Repondit-il doucement.

Les yeux de Laurence se promenèrent sur le visage d'Avril et s'arrêtèrent sur ses lèvres. Alice eut soudain chaud et déglutit sous l'intensité de son regard. Il avait vraiment une façon très particulière de faire sentir quand une femme lui plaisait, et en même temps, il lui laissait le choix. Si Alice voulait en rester à un rapport amical, elle n'avait qu'à le lui dire maintenant et tout arrêter. Elle savait qu'il accepterait sa décision.

Avril n'en avait aucunement envie. Elle posa son verre, s'avança crânement d'un pas vers lui et entra dans sa sphère privée, marquant ainsi sa volonté de poursuivre l'aventure. La tension monta délicieusement d'un cran entre eux, alors que la lueur dans les yeux de Laurence changeait, reflétant un plaisir évident. Il n'en attendait pas moins d'elle.

Alice eut un sourire devant l'effet qu'elle produisait sur lui, mais il ignorait encore l'effet qu'il produisait sur elle. Il n'était surtout pas question de le lui dire ! Elle avait l'impression d'avoir décroché complètement par hasard le premier prix d'un concours, celui du plus prestigieux mâle, et en était fière ! Pensez donc, mettre Laurence, le séducteur par excellence, dans son lit une première fois et l'y faire revenir une seconde fois !

« Toi, tu as la tête de quelqu'un qui prépare un mauvais coup… » Lui dit-il tout bas, avec sa perspicacité habituelle.

« Mais, pas du tout… » Protesta-t-elle, en se reprenant bien vite.

Laurence se mit à rire doucement. Décidément, il la connaissait trop bien. Il secoua la tête et lui prit le menton entre le pouce et l'index, puis se pencha au dessus d'elle en la dominant de toute sa taille.

« Tu as la tête d'une femme qui meurt d'envie d'être embrassée, mais qui ne fera pas le premier pas… » Chuchota-t-il.

Alice le défia du regard, refusant d'être aussi transparente.

« Je ne fais jamais le premier pas… » Se défendit-elle. « … Sauf quand j'ai trop bu. »

« Je fais toujours le premier pas… » Affirma-t-il. « … Sauf quand je suis ivre. »

Ils s'observèrent en silence, en sentant l'atmosphère changer entre eux. Laurence hésitait-il ou voulait-il jouer avec les nerfs d'Alice ? La rousse eut un sourire goguenard.

« Alors, qu'est-ce tu attends ? »

« Tu es bien pressée, Avril. Sais-tu ce qu'est un baiser ?... » Comme elle ne répondait pas, il poursuivit : « … Un baiser, c'est la promesse charnelle de ce qui va advenir entre un homme et une femme... Un baiser, ce n'est que le prélude d'une symphonie où s'exprime une harmonie de désirs et de plaisirs. »

Un à zéro pour lui… Alice apprécia la comparaison qui la fit sourire.

« Je vois que j'ai affaire à un expert en musique... tant que ce n'est pas du pipeau… »

Un partout… Laurence eut un sourire arrogant et s'approcha des lèvres d'Avril qu'il effleura, la titillant, refusant d'être à l'initiative de leur baiser. Alice ferma les yeux et se laissa faire, sans bouger.

« J'attends toujours… » Dit-elle, déterminée à ne pas céder aussi facilement, malgré son cœur qui battait sourdement et sa voix qui tremblait.

« C'est à toi de prendre l'initiative, cette fois. »

Son baryton vibra en elle et elle entendit l'excitation dans le ton qu'il employait. Il n'était pas autant de marbre qu'il voulait le faire croire…

« Je ne crois pas... » Eut-elle encore la force de murmurer, sur le point de chavirer.

« Nous sommes dans une impasse, alors. » Souffla-t-il.

Le jeu du chat et de la souris continuait entre eux, troublant et sensuel. Laurence lui effleura à nouveau les lèvres. Cette fois, elle céda et l'embrassa avec possessivité. C'était comme s'ils venaient d'ouvrir les vannes du barrage qui retenait toutes leurs émotions. Il répondit avec la même avidité et ils oublièrent tout, à part leurs lèvres et leurs langues qui se livraient un combat acharné pour la dominance de l'autre. C'était une exacerbation de leurs sens, une escalade de désirs, la nécessité de combler enfin des appétits trop longtemps insatisfaits.

Leur étreinte devint désespérée. Alice se mit à gémir de frustration alors qu'elle tirait sur la chemise de Laurence pour la lui enlever. Des boutons sautèrent sans qu'il s'en soucie, il était bien trop préoccupé par sa tentative de lui retirer sa robe, alors qu'elle s'acharnait et qu'elle parvenait à le déshabiller partiellement… Abandonnant sa bouche, elle déposa des baisers sur son torse, sur ce carré de peau qu'elle mourait d'envie de dévorer, pendant qu'il embrassait son cou, suçant, léchant, caressant, suscitant en elle toute une série de frissons qui la rendaient folle…

Oublié le dîner, oubliées les bonnes résolutions de chacun de ne rien précipiter, de garder la tête froide… Laurence entraîna Avril vers sa chambre, où, très vite, leurs soupirs et leurs gémissements trahirent l'incontrôlable désir qu'ils avaient l'un de l'autre...

oooOOOooo

Alice ne pouvait s'arrêter de sourire béatement en regardant le plafond. Le cœur encore battant, le souffle court, elle ne pensait qu'à ce qu'elle venait de vivre, qu'à la tornade sensuelle qui venait de tout balayer sur son passage et à son bien-être post-coïtal.

A côté d'elle, son amant récupérait lui aussi. Laurence était encore secoué de petits soubresauts qui attestaient de l'intensité de son plaisir. Incapable de s'appuyer sur son épaule, il s'était couché sur le dos et avait attirée Alice sur lui, pour lui permettre de le chevaucher. Elle avait adoré avoir l'initiative et dicter le rythme... Lui aussi apparemment…

La jeune femme tourna la tête vers Laurence et ne put s'empêcher de rire alors qu'il faisait de même. Alice s'étonna de le trouver aussi juvénile et bascula sur son flanc pour l'embrasser. Ils échangèrent quelques baisers, avant de se dévisager longuement. Toujours sur le dos, Laurence passa lentement une main dans les cheveux d'Alice, fasciné malgré lui par son épaisse toison.

« Tu sais d'où vient la réputation sulfureuse des rousses ? » Demanda-t-il en jouant avec l'une de ses boucles élastiques.

« Je croyais que tu n'y étais pas sensible. »

« C'était avant d'être la victime de tes agissements, ensorcelante créature de l'enfer. »

« Victime ! Tout de suite, les grands mots ! »

« Avril, tu m'épuises… »

Alice se mit à rire.

« Décidément, je n'ai qu'une mauvaise influence sur toi… Il n'y a jamais rien de positif dans mon attitude ? »

Laurence fit non de la tête, un sourire aux lèvres. Alice ne l'avait jamais vu aussi joueur, ni aussi insouciant.

« Pff, menteur… »

Laurence se mit à rire doucement. Un gargouillement sonore se fit entendre soudain dans le silence qui suivit. Alice porta la main à son estomac et rougit.

« On dirait que ça creuse de se livrer à de la gymnastique en chambre… » Se moqua Laurence. « … Allez viens, tu vas goûter à ma cuisine… »

« Tu cuisines ? »

Il se leva et passa un peignoir, puis lui en tendit un autre avec un sourire.

« Je suis un perfectionniste en tout et un hédoniste. Ça te suffit comme réponse ? »

oooOOOooo

Après le dîner qui s'était révélé délicieux, ils avaient refait l'amour, en prenant leur temps cette fois, chacun attentif aux réactions de l'autre, chacun notant mentalement ce que l'autre préférait. Alice retrouva le Swan Laurence attentionné et tendre qu'elle avait découvert lors de leur première nuit ensemble. Sous ses mains habiles, Avril redevint un merveilleux instrument dont il pouvait jouer à volonté. Il l'entraîna vers des sommets de volupté, révélant à nouveau la féminité d'Alice et son caractère passionné…

Leurs étreintes les laissèrent comblés et vidés. Couché contre la jeune femme, Laurence faisait de petits cercles hypnotiques sur sa peau. Un silence confortable s'était installé entre eux. La jeune femme se sentait merveilleusement bien et détendue. Elle n'en revenait pas de leur compatibilité physique. Laurence révélait quelque chose en elle de terriblement affolant et addictif. Sous ses caresses, elle s'abandonnait et n'arrivait plus à penser. Dans ses bras, sous ses doigts, ses baisers, elle oubliait tout, pour ne plus être qu'elle-même et lui appartenir avec une urgence jamais égalée.

Laurence se faisait les mêmes réflexions, le premier surpris et fasciné par ce qu'il découvrait et suscitait chez elle. Quand il la regardait dans les yeux, il ne voyait que la confiance qu'elle plaçait en lui, que le désir qu'elle avait de lui. Quand elle criait son prénom au comble de l'extase, il se sentait prêt à tout donner pour elle, à se surpasser, à révéler ce qu'il y avait de meilleur en lui…

Qui l'eut cru ? Avec Alice, Laurence se sentait aspiré par une spirale sans fin de désirs et de joie. Il se sentait aimé et c'était totalement nouveau pour lui, lui qui ne s'appréciait guère. Il n'était plus le sale type égoïste et arrogant, Alice le sublimait. C'était déjà vrai dans le cadre de leur amitié. Ça l'était encore plus maintenant quand elle pénétrait dans son intimité. Et ça lui convenait parfaitement.

Ce fut Alice qui brisa le silence.

« C'est dingue ce qui nous arrive, non ? »

« Tu regrettes déjà ? »

« Non ! J'essaie de comprendre. »

« Avril, parfois les choses sont ce qu'elles sont, il n'y a rien à comprendre. »

Alice se tourna vers lui et le dévisagea.

« Tu n'as pas envie de savoir pourquoi on en est là, tous les deux ? »

« On en est là, parce qu'on le veut bien. »

« Mais sur le papier, on n'a rien à faire ensemble ! »

« Oui et non. Il semblerait bien que nous ayons trouvé un terrain d'entente qui nous convienne mieux qu'un simple rapport amical. »

Elle voyait parfaitement de quoi il parlait.

« Le sexe… » Finit-elle par dire tout doucement.

Laurence hocha la tête avec un sourire.

« … peut être incroyablement salvateur et constructif pour une relation comme la nôtre. »

« Ou toxique et destructif par sa férocité… »

En silence, ils s'observèrent, appréhendant la nouveauté de la situation, mesurant les difficultés qui les attendaient.

« Qu'est-ce que tu veux vraiment, Swan ? »

« Qu'on se fasse du bien, rien de plus. »

Alice décela sa peur de s'engager qui répondait comme un écho à la sienne. Voulaient-ils la même chose tous les deux ? Sans doute que non, mais c'était un saut dans l'inconnu qu'elle était prête à faire, pour vivre à fond quelque chose qui la faisait vibrer.

Alice soupira, en mesurant le pas de géant qu'elle venait de faire. Comment Laurence, en l'espace de deux nuits, était-il devenu l'être le plus important dans sa vie ? Le désir qu'il éveillait maintenant en elle était trop fort pour être ignoré. Ce qu'elle avait connu dans ses bras, elle n'était pas prête à le vivre avec un autre homme. D'ailleurs, elle ne le concevait même pas. Laurence était devenu sa drogue, son addiction. Jamais un homme ne l'avait fait se sentir aussi dépendante et exposée, aussi vivante et passionnée.

Etait-ce cela d'avoir quelqu'un dans la peau ? Se demanda Alice avec inquiétude.La jeune rousse dévisagea Laurence avec gravité :

« Dis-moi de ne pas tomber amoureuse de toi… »

« Ne tombe pas amoureuse de moi, Avril. »

Comme s'il était conscient du cheminement des pensées d'Alice, Laurence posa son front contre celui de la jeune femme et soupira.

« Dis-moi que, nous deux, c'est juste la plus mauvaise idée du monde. »

« Nous deux, c'est la plus mauvaise idée du monde. »

Alice eut un sourire crispé. Elle savait que Laurence agissait contre sa nature raisonnable et posée. Combien de temps durerait cette addiction pour lui aussi ? Pendant combien de temps le satisferait-elle avant qu'il ne se lasse et aille voir ailleurs ? Elle eut un rire sans joie.

« Au moins, ça a le mérite d'être honnête… »

Laurence secoua la tête, comprenant parfaitement ce qui traversait l'esprit d'Avril.

« Je ne suis pas un lâche. Le jour où je ne voudrais plus de toi, je te le ferai savoir. »

« Plutôt deux fois qu'une, hein ?... » Ricana-t-elle. Elle soupira. « … Ceci dit, j'en ai assez des gens qui n'osent pas dire ce qu'ils ressentent parce qu'ils ont peur de détruire les personnes qui comptent pour eux. »

«Tu comptes pour moi, Avril. »

« C'est vrai ? »

« Tu ne serais pas là ce soir avec moi, si ce n'était pas le cas. »

Alice eut un grand sourire devant son admission finale.

« Alors, on n'est pas là par hasard… »

« Non. Et ça répond à toutes tes questions. »

Elle se tut quelques secondes, avant de reprendre.

« Swan, tu comptes aussi pour moi. »

« Je n'en doutais pas un seul instant ! »

L'arrogant refit son apparition. Pourtant, quelque chose dans le ton de Laurence retint toute l'attention d'Alice. Elle comprit en un éclair qu'il était soulagé par sa déclaration.

Laurence n'était jamais aussi touchant que lorsqu'il se montrait vulnérable comme ça. Alice se contenta de poser sa main contre sa joue en un geste rassurant, fascinée par la douceur de sa peau et sa barbe naissante. Sous la caresse, il ferma brièvement les yeux et déposa un baiser appuyé au creux de son poignet, un geste sensuel et tendre qui remua profondément Alice.

Quand il la dévisagea à nouveau, il lui sourit et demanda :

« Tu veux bien rester ? »

Laurence avait prononcé ces mots doucement. La jeune femme ouvrit des yeux ronds en comprenant ce qu'il impliquait. Il ne parlait pas seulement de cette nuit, mais de toutes les nuits à venir…

« Tu es sérieux ? »

« Je n'ai jamais été aussi sérieux. »

« Tu veux qu'on continue à se voir ? »

Laurence soupira et sembla agacé.

« Ne me fais pas regretter de te l'avoir demandé. »

Malgré son calme apparent, il attendait anxieusement la réponse de la jeune femme. Alice semblait perdue. C'était un scénario qu'elle n'avait pas envisagé.

« Mais… Mais qu'est-ce qu'on va faire ? Comment on va s'organiser ? Et qu'est-ce qu'on va dire à Marlène ? Qu'est-ce qui va nous arriver si… »

Cette fois, il posa un doigt sur ses lèvres pour stopper son flot de questions et répondit calmement :

« On va prendre les choses comme elles viennent et on improvisera au fur et à mesure. »

« Mais… »

« Pas de calculs. Pas de plans sur l'avenir. Aucune promesse. Juste toi et moi, ici et maintenant, d'accord ? »

Elle le regarda tellement surprise qu'elle en oublia qu'elle était ravie de cette proposition. Jamais elle n'aurait cru que ce serait lui le déraisonnable, celui qui laisserait finalement parler son cœur plutôt que sa tête. Elle lui sourit.

« D'accord. »

« C'est la première fois qu'on est d'accord sur quelque chose. C'est un jour à marquer d'une croix blanche, hein ? »

Avril écrasa ses lèvres contre celles de Laurence avec possessivité et il lui répondit avec la même ardeur. Quand ils se reculèrent, ils reprirent leurs souffles en se serrant l'un contre l'autre.

« Alice ? »

« Oui ? »

« J'adore quand tu m'appelles Swan dans les feux de la passion… »

Elle se mit à rougir. Il l'embrassa doucement sur le bout du nez.

«J'ai envie que ça demeure notre secret. Personne ne comprendrait de toute façon. »

« Swan, on s'en fout des autres. »

Il leva des yeux étonnés.

« Deux fois d'accord dans la même soirée, mais c'est la fête du slip ! »

Alice éclata de rire.

« Mais c'est quoi, cette expression ? »

« Au service militaire, les chambrées devaient toujours être rangées impeccablement. Dans les armoires, pas un vêtement ne devait dépasser. Quand la quille arrivait, les soldats suspendaient leurs sous-vêtements partout, de préférence dans les couloirs des officiers et se baladaient avec leurs slips sur la tête… »

Elle se mit à sourire en imaginant la scène.

« Dis donc, en parlant de culotte, la dernière fois, ou plutôt la première fois qu'on a… couché ensemble, je n'aurai pas laissé ici un petit quelque chose m'appartenant ? »

« Si, mais ne compte pas sur moi pour te la rendre. »

« Mais, pourquoi ? »

« Parce que c'est un souvenir qui m'est très cher et je ne te le rendrai sous aucun prétexte. »

« J'y crois pas ! Tu es fétichiste ! Le commissaire Laurence est fétichiste ! »

« Absolument, et fier de l'être. »

Alice le regarda, sidérée, non pas par ce défaut mais par le fait qu'il acceptait pour la première fois qu'elle découvre une faille - aussi petite soit-elle - et se moque de lui.

« Je savais que tu étais un pervers… »

La lueur dans les yeux de Laurence changea et Alice gloussa d'anticipation quand il l'attira à lui.

« Tu ne sais pas encore jusqu'à quel point… »

A suivre…

Il y aura un chapitre 12, car vous imaginez bien que je n'ai pas l'intention de les laisser en route comme ça… Laissez-moi vos commentaires. Bon week-end !