Chapitre 4
On était le trois août, et Rose Thorn s'occupait de son jardin fleurit, où voletaient quelques papillons colorés. Le ciel était bleu et il faisait lourd un nuage noir mêlé de gris profilait au loin sur la mer, signe d'un orage qui allait faire cesser toute activité extérieure sur l'île de Dawn. Elle habitait en haut d'une colline et sentit le vent qui se levait soudainement.
« Et zut. » fit la femme en poussant un soupir.
Elle entendit soudain un lourd fracas devant sa maison. La femme essuya ses mains pleines de terre et ouvrit prudemment la porte d'entrée; et c'est ainsi qu'elle eut le bon réflexe de rattraper la personne qui chancela et lui tomba à moitié dans les bras. C'était une jeune femme rousse au visage ravagé par la fatigue, et elle reconnu sans peine le regard plein de hargne de la femme de son fils bien aimé, disparu il y a quelques mois de cela en mer.
« Eva ! Que se passe-t-il ? Qu'est ce que- »
La jeune femme tenait, enveloppé dans ses bras, une petite fille avec des grands yeux foncés, qui devait être âgée d'un peu plus d'un an.
« Rose, je vous présente votre petite-fille, Emmanuelle » dit Eva avec un sourire fatigué sur les lèvres.
Rose réalisa à quel point la fillette ressemblait à son père, et se gifla mentalement pour ne pas l'avoir reconnue plus tôt. L'enfant s'accrochait fermement au cou de sa mère, toujours en fixant Rose avec un regard curieux.
« Rose, il faut se mettre à l'abri et vite... laissez moi entrer je vous en prie! Lança Eva avec une voix suppliante.
- Bon sang que se passe-t-il Eva ?
- Je vais tout vous expliquer. »
La tempête approchait encore, le ciel noir et grondant. Une fois à l'intérieur, Eva s'affala dans un fauteuil, et Emma descendit des genoux de sa mère, se campant sur ses solides petites jambes. Rose amena un grand verre d'eau à sa belle-fille, et du jus de fruit à l'enfant qui engloutit la boisson rapidement. Elle était plutôt petite pour son âge, mais se tenait bien debout, et n'avait pas prononcé ou une syllabe depuis qu'elle était là elle se contentait de fixer son environnement avec intérêt.
« Rose... je vais devoir repartir. C'est trop dangereux pour vous si je reste là. Je ne peux pas garder Emma avec moi. Je vous en prie, prenez soin d'elle et élevez la... » Eva souffla un coup, les mains tremblantes, de la sueur perlant sur son front.
- Qu'est-ce qui est dangereux, Eva ? Demanda Rose en croisant les bras.
- Ce sont des hommes dangereux, des esprits malfaisants qui en ont après mon don. Et s'ils remarquent Emma, ils voudront lui faire du mal aussi en pensant qu'elle a aussi des pouvoirs. Je vais partir pour les éloigner d'ici, et les combattre, trouver leur chef ou la source de leurs pouvoirs maléfiques, même si cela me prend des années. Et... je peux essayer de retrouver Ethan. Je suis persuadée qu'il est en vie.
- Des pouvoirs maléfiques... Tu m'avais parlé de ton don, Eva. Et si ta fille développe aussi des dons ? Comment pourrais-je les canaliser ? Tout cela est dangereux, Eva. Es-tu sûre de ce que tu fais ? »
Eva ravala un sanglot et fronça les sourcils. Sa décision était prise. Oui elle était consciente de ce qu'elle faisait, et ce serait de l'inconscience pure de rester ici et mettre en danger les deux femmes de sa vie ils sentaient son aura magique, ils la retrouveraient bien à un moment où à un autre.
« Je m'en vais, Rose. Je suis désolée. Prenez bien soin d'Emma. »
Sur ces dernières paroles elle se leva brusquement, chancela un moment et se dirigea vers la porte d'entrée, puis s'arrêta la main sur la poignée. Elle tourna la tête et croisa le regard de sa fille qui marchait vers elle tranquillement.
« Non, Emma, je... ma chérie, tu vas rester ici avec grand-mère, d'accord ? Maman reviendra, c'est promis. Même si cela me prend des années, je reviendrais, ok ? Sois sage ma chérie.
- Tu vas chercher papa ? Fit l'enfant, qui n'avait pas prononcé un mot depuis son arrivée.
- … J'espère le retrouver. »
Elle embrassa le haut de la tête d'Emma, et se retourna, ravalant ses larmes.
« Merci, Rose »
Puis elle partit alors que la pluie se mettait à tomber, laissant une Rose tremblante et Emma, dont les grands yeux se remplissaient de larmes.
« Maman ! »
La femme enveloppa sa petite-fille de ses bras et la serra contre elle afin de la calmer. Elle passa toute la soirée à regarder l'enfant qui découvrait la maison avec une curiosité qui l'empêchait de penser au brusque départ de sa mère, lui donna un bon repas et un autre verre de jus de fruit et la coucha après l'avoir lavée, afin de la débarrasser de la poussière.
Rose se rongea les ongles le reste de la soirée, et alla se coucher vers deux heures du matin, alors que la tempête faisait encore rage dehors. Qu'allait-elle faire avec cette petite ? Elle avait largement les moyens de s'en occuper. Mais il allait être difficile de l'élever, alors qu'une partie de son éducation était déjà faite. Qu'elles étaient ses habitudes ? Comment avait-elle vécu avant son arrivée ici ? Une vie de nomade avec sa mère pour échapper à ces « esprits malfaisants ? » Cela l'angoissait, provoquant comme un nœud dans son estomac vide. Mais Emma avait l'air d'être une enfant assez flexible, et déjà intelligente pour son âge. Elle avait compris que sa mère partirait pour longtemps, et ses pleurs avaient cessé au bout d'une heure, laissant place à cette curiosité incroyable qui l'obligeait à fouiller un peu partout.
« Qu'est-ce que tu veux déjeuner, Emma ?
-Des of...oeufes et du jus de fruit ! Répondit la petite en butant sur les premiers mots.
- Ça se dit des œufs, ma chérie. Des œufs. »
Emma mangea avec appétit, ne laissant rien dans son assiette, dévorant le pain avec gourmandise. Elle avait un visage bien rond, des cheveux bruns qui bouclaient un peu coupés courts dans sa nuque. Et ses yeux. Les mêmes que ceux de son père.
« Je vais te présenter à une très bonne amie à moi. Tu verras, elle est très gentille, et puis tu pourras voir des autres enfants aussi. Tu veux ? » S'enquit la grand-mère en se mettant à la hauteur d'Emma.
La fillette hocha la tête, et Rose la prit dans ses bras.
« Allons-y. »
O~o~O~o~O
Eva s'était abritée dans le creux d'un arbre pour la nuit, dans le Mont Corvo. A l'aube, elle se leva, s'étira, réchauffant ses muscles endoloris. Elle marcha une partie de la matinée, au qui-vive, regardant sans cesse partout, jusqu'à apercevoir une maison en bois, au beau milieu des arbres. Elle s'en approcha, frissonna à cause de l'humidité et frappa à la porte. Elle avait besoin de provisions avant de reprendre la mer. La porte s'ouvrit brusquement sur une énorme femme rousse avec la clope au bec.
« Quoi encore ?! Hurla-t-elle, faisant pâlir Eva de peur.
-E-excusez-moi, mais pourriez vous me donner q-quelques provisions ? Je suis juste une pauvre voyageuse et je n'ai rien à me mettre sous la dent. » quémanda Eva avec honte, rougissant.
La femme la fixa avec dédain, ses yeux ahuris par la demande, puis lui cracha la fumée de sa clope au visage.
« Non mais ça va pas ? J'ai rien à t'donner, alors vas-t-en avant que j'm'énerve ! »
Eva toussa et des pleurs et cris d'enfant se firent entendre dans la bâtiment, faisant rougir la bonne femme de colère qui lui claqua la porte au nez en hurlant un truc du genre « bon sang, ce foutu gosse.. et ces maudits mendiant aussi, j'en ai marre ! ». Eva resta bouche-bée devant tant de véhémence, haussa les épaules et partit vers les falaises quand on l'interpella discrètement. Elle tourna la tête et vit un homme assez rondelet avec une coiffure en forme de crête de coq, qui avait passé une partie de son corps par la porte, tenant un baluchon rempli.
« C-c'est de la nourriture, prenez... Dépêchez, si la chef me voit ici je suis mort... »
Eva se reprit et attrapa le baluchon, lançant un regard plein d'incompréhension à l'homme-coq.
« Heu, merci beaucoup, mais... »
Et la porte se ferma de nouveau devant son nez, et elle resta un instant à fixer le baluchon, puis s'éloigna de nouveau vers sa destination à travers les arbres, et découvrit dans le tissu du fromage, du pain et des morceaux de viande séchée ainsi que deux pommes. Quand elle arriva à la falaise, elle descendit par un petit chemin escarpé qu'elle avait repéré plus tôt lors de sa fuite en effet, son ancien bateau avait échoué sur une petite crique en bas de la falaise, et elle avait tout laissé dedans en s'enfuyant. Il était encore en bon état et supporterait le voyage, enfin c'est ce qu'elle pensait.
Elle partit deux jours après avoir rafistolé deux trois broutilles sur son bateau, et prit le large en début de matinée, laissant couler ses larmes dans son cou. Elle avait abandonné sa fille, et elle ne se le pardonnerait jamais, même si c'était pour la protéger. Même si c'était nécessaire.
