PARTIE 2 - Discution
- Je suis désolé Barry. Je ne voulais pas faire de bêtises. Etcetera.
- Je ne veux pas que tu te donnes le droit d'effacer mes messages. Je croyais que les choses étaient claires.
- Ne sois pas si dur avec lui, le coupa Patricia. Il pensait peut-être bien faire.
- Bien faire ? En quoi est-ce que c'est « bien faire » ?
- Il nous a peut-être protégé. Il a même peut-être protégé ta petite amie, ajouta Dennis, l'air grave et sérieux.
- Ne recommence pas avec ces histoires. Je n'aime pas ce que tu insinues là.
Barry décida d'écourter cette conversation. Hedwig se sentait mal et n'aimait pas être disputé. Patricia arborait un sourire qui aurait même faire peur à Dennis. Ce dernier, quant à lui, leva les yeux au ciel en passant sa main sur son crâne. Jade n'osait pas intervenir mais elle avait peur.
- Monsieur Dennis, j'ai fait quelque chose de mal ?
Patricia répondit à sa place.
- Mais non Hedwig. Tu sais, éloigner cette jeune fille de Barry n'est peut-être pas une mauvaise chose.
- A cause de la bête ?
- Oui Hedwig, entre autre.
- Pourquoi ce gosse est au courant ? Demanda Dennis, visiblement furieux.
- Parce que, le moment venu, il sera très utile. Il commence à s'affirmer. Et il faudra bien en parler aux autres.
- Comme si ils allaient nous soutenir.
- S'ils ne nous soutiennent pas, au moins, ils nous craindrons.
- Ou ne nous croirons pas.
- Moi, je vous crois Monsieur Dennis. La bête va venir et elle nous protégera, n'est-ce pas Mademoiselle Patricia ?
- Oui Hedwig. Elle nous protégera.
Lorsque Barry parvint enfin à reprendre le contrôle du corps de Kevin, il était l'heure de son rendez-vous avec le docteur Fletcher. Il allait commencé à paniquer avant de s'apercevoir qu'il était en réalité devant l'immeuble de sa thérapeute. Il n'avait aucun souvenirs d'avoir marcher jusqu'ici. Ce n'était donc pas lui qui s'y était rendu.
Il hésita à entrer pendant quelques minutes. Il prit le temps de réfléchir. Il ne voulait pas inquiéter le docteur Fletcher mais il était lui-même très inquiet. La seule explication était que l'un des autres s'amusait à prendre le contrôle pendant son temps de lumière. Mais lequel ? Et surtout, comment ? La plus grande crainte de Barry était de perdre sa capacité à contrôler la lumière. Il tenta donc de faire bonne figure devant la psychiatre pendant sa séance mais il bouillonnait intérieurement.
Barry.
« Voici mon journal du jour. J'ai de plus en plus peur de la situation. J'ai comme l'impression que je perd le contrôle et je ne sais pas quelle en est la raison. Je crains de m'effacer peu à peu et j'ignore qui prendra ma place. Est-ce que tout ceci est prémédité ? Ou involontaire ? Dennis me semble de plus en plus instable et Patricia semble le suivre dans son délire de « bête ». Je ne sais pas ce qu'ils cherchent à prouver mais j'ai l'impression qu'ils manipulent Hedwig et j'en ignore totalement la raison. La cohabitation s'avère de moins en moins simple pour tous le monde. Ils ne prennent pas encore trop de places mais je ne pourrais pas m'opposer à eux s'ils essayent. Je n'en ai pas parler au docteur Fletcher. Cette femme est adorable, elle essaye de nous aider au mieux, je ne voudrais pas trop l'impliquer. Mais peut-être que je devrais en parler à Milla. Quoique, je ne voudrais pas l'inquiéter. En revanche, je crains qu'il y ait des impacts sur notre relation. J'ai peur pour nous, peur pour la suite. Peur des autres ? Cela dépend lesquels et malheureusement, je ne suis pas tout puissant. Ainsi s'achève mon journal d'aujourd'hui. Tchao. »
Dennis n'aimait pas particulièrement sortir mais ces derniers temps, il profitait de son temps de lumière pour s'aventurer parmi la foule. Son visage grave et sérieux aurait décourager n'importe qui voulant l'aborder. Ses yeux s'agitaient et son comportement laissait penser qu'il cherchait quelque chose. Il souhaitait par dessus tout profiter de ces moments de solitude pour s'atteler aux tâches qu'il jugeait importantes. Tous le monde s'inquiétait quand Dennis décider de sortir et il détestait cette méfiance permanente. Il parcourait les rues de la ville en réfléchissant. Il lui arrivait de prendre quelques notes mais la plupart du temps, ses poings étaient serrés dans ses poches. Il passa par le parc ou Barry et Milla avaient pour habitudes de se retrouver. Il s'arrêta devant un banc gravé de leurs initiales. Il trouva ça rebutant. Son visage grimaça nerveusement et fut consterné par l'état du banc. Il décida de rentrer au plus vite. L'endroit ou Dennis et les autres vivaient était plutôt à l'écart. C'était le genre d'endroit caché ou personne ne pensait s'aventurait. Ce n'était d'ailleurs pas très accueillant. Mais Dennis savait qu'ils n'avait que cette solution et ça lui convenait. Les autres aussi se contentaient de rester là. Chacun avait sa chambre. Chacun faisait sa vie. Dennis s'installa devant un ordinateur situé dans la pièce où une majorité de vêtements étaient entreposés. Cette pièce faisait passage entre le grand couloir et une petite chambre dont Dennis voulait se servir pour son intérêt personnel. C'est ce qu'il avait dit aux autres pour l'instant. Patricia connaissait la vérité. Dennis activa la caméra de l'ordinateur et débuta son journal.
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« Les autres… ils nous prennent pour des fous. Ils se moquent de nous. Mais Patricia et moi, nous connaissons la vérité. Ils ont peur de l'entendre mais pourtant, tout ceci est bien réel, ils devront bien l'admettre le moment venu. Je sais que nous sommes qui nous pensons être mais nous sommes aussi bien plus. Nous sommes la prochaine étape de l'évolution. Nous avons grandis dans la souffrance et nous grandissons encore. Mais les gens autour de nous, ils ne nous acceptent pas. Nous leur sommes supérieurs et ils ont peur de ça, je le sais. Je déteste ces gens qui se croient mieux que nous. Ils n'ont jamais souffert et elle n'aime pas ça. C'est pour ça qu'elle arrive. Elle est réelle. Et quand elle sera là, elle nous protégera. Elle est bien plus forte que nous tous réunis. Ils ne savent pas qu'elle me parle mais elle l'a fait. Elle veut que je lui amène de la nourriture. C'est grâce à cette source de puissance qu'elle pourra nous protéger. Je sais ce qu'elle veut et je lui procurerai. Patricia est d'accord pour m'aider. Nous sommes sur la même longueur d'ondes et nous ferons face aux autres. Nous sommes la horde. »
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Patricia sortait lors de rares occasions. Uniquement pour aller acheter des fleurs, qu'elle aimait disperser un peu partout dans leur cachette. Elle confirmait sa présence par ces quelques plantes éparpillées à la vue de tous. Parfois, elle se demandait si Barry avait déjà offert des fleurs à sa dulcinée. Elle aimait imaginer ce couple si particulier. De quoi pouvaient-ils bien parler ? Que pouvaient-ils bien faire lors de leur retrouvaille ? Elle aurait été capable de conseiller Barry si tous ces événements s'étaient passés sous de meilleures hospices. Mais elle avait choisi Dennis. Elle savait qu'il désirait la même chose qu'elle et qu'ils pouvaient s'entraider mieux que quiconque. Elle avait même commencé à nettoyer la pièce dont Dennis avait interdit l'accès aux autres. Mais Patricia n'était pas les autres. Elle et Dennis avaient des projets ensemble et ils étaient prêts à beaucoup pour pouvoir les réaliser. La cohabitation n'était pas leur objectif premier. Chaque fois qu'elle venait dans cette pièce, elle s'apercevait que Dennis avait encore avancé dans son aménagement. Et à chaque fois, elle déposait une fleur quelque part, comme un message de félicitations et d'encouragements. Elle regarda cette petite chambre souriante d'un air innocent, comme une grand-mère s'apprêtant à accueillir ses petits enfants en visite. Du haut de ses talons, elle fit demi tour et ferma la porte à clé. Elle se retrouva alors dans cette pièce où chacun d'entre eux enregistraient leurs vidéos. Elle passa devant l'ordinateur, se demandant si elle aussi devait transmettre ses pensées à la machine. Alors qu'elle était sur le point de sortir, elle finit par s'asseoir face à l'ordinateur et déclencha la caméra. Son visage paraissait serein, comme toujours. C'est d'ailleurs ce qui, le plus souvent, faisait peur à tout le monde.
« Ces temps-ci, j'ai l'impression que Dennis est de plus en plus énervé. Ou impatient. On ne sais jamais avec lui. J'essaye de le calmer comme je peux. Heureusement, il m'écoute. Je ne sais pas si c'est du à une certaines formes de respect mais… je dois en profiter pour le conduire sur la bonne voie. Pour tous nous conduire sur la bonne voie. Enfin… je suis contente d'avoir quelques moments pour sortir. Je deviendrais folle ici. Je sais m'adapter mais… cet endroit n'est pas fait pour une dame. D'ailleurs, on est tous un peu à cran mais que voulez-vous, une si importante cohabitation n'a pas toutes les chances de réussir. C'est pour cela que Dennis et moi faisons tout pour trouver une cohésion de groupe. Une entente mutuelle autour d'un même objectif, d'une même grandeur. Nous ne devons pas nous contenter du misérable, de la simplicité. Non. Nous méritons bien mieux. Et cela, quelqu'un peut nous l'apporter. Ils le verront tôt ou tard. »
Lorsqu'il jouait seul dans sa chambre, Hedwig était toujours sur ses gardes. Il avait peur d'être surpris en train de faire une bêtise, ou qu'on vienne lui reprocher quelque chose. L'innocence et la naïveté qui dégageait de ce jeune garçon était de plus en plus affecté par son désir de s'attirer les faveurs de la horde. Hedwig s'était découvert un côté aussi curieux que vicieux. Il faisait de moins en moins confiance à tous le monde mais s'accrocher de plus en plus à sa relation avec Dennis et Patricia. Il les craignait autant qu'il aurait craint ses parents lors de disputes se concluant par des larmes. Mais il les croyait quand ils lui promettait de la reconnaissance. Remplie de jouets en tous genre, de dessins plus ou moins bien fait et de photos découpées dans divers magasines, cette pièce pouvait sans doute paraître la plus conviviale de toute, la plus normale aussi. Une chambre d'enfant de neuf ans, oscillant encore entre son monde de rêve et son envie de devenir adulte. Bercé d'illusion, Hedwig dessinait tous ce qui lui passait par la tête. Ces temps-ci, ses dessins prenaient la forme d'une ombre menaçante que le docteur Flether n'avait pas encore réussi à décodé. Évidemment, elle n'avait jamais parlé avec aucun d'entre eux. Seul Barry pouvait lui transmettre différentes informations sur ces camarades. Dernièrement, il avait pris l'habitude de récupérer certains dessins du garçonnet, qu'il jugeait dérangeant. Hedwig n'aimait pas que l'on rentre dans sa chambre et un jour, il se disputa vivement avec Barry. « Pourquoi tu as toujours l'air de tout contrôler ?! » lui hurla-t-il avec le visage d'un enfant empli de rage, le nez dégoulinant et les yeux rougeoyants. Il était si en colère qu'il voulu le frapper aussi fort qu'il pu. Le choc ne fut pas extrêmement violent pour Barry mais Hedwig, furieux, bouillonnait si brutalement qu'il déchaîna une agressivité vraiment intense pour sa faible constitution. Il passa le reste de son temps de contrôle, recroquevillé sur lui-même dans un coin de la pièce en tentant de se calmer. Mais ce fut comme si quelque chose se brisa. Pour lui, comme pour Barry. Après cela, plus jamais ce dernier ne rentra dans la chambre de l'enfant. Il tenta même de ne plus être en contrôle lorsqu'il passait à côté. La seule chose dont il avait peur, c'était que quelqu'un profite de la vulnérabilité d'Hedwig. Il était triste quand il pensait à lui.
« Je sais que Monsieur Dennis aime pas qu'on fasse toutes ces vidéos mais moi, moi j'aime bien quand je parle à l'ordinateur. C'est comme si je parlais à des gens ou comme si j'étais dans une émission. C'est bien parce que ça me rend presque important. Les autres, ils pensent que je suis idiot et ils m'aiment pas beaucoup. Je sais pas si c'est parce que je fait trop de bêtises mais j'essaye d'être bien. C'est pas facile. J'ai toujours l'impression d'être tout seul. J'aimerais bien pouvoir inviter des gens mais j'ai pas d'amis. Mademoiselle Patricia, elle essaye de me rassurer et me pousser à faire des choses. Je fais de mon mieux, et j'aimerais bien qu'elle et Monsieur Dennis m'accepte dans leur groupe. On serait plus fort tous les trois, et les autres, ils m'embêteraient plus. Barry, il m'embête plus. Il m'a jamais embêté mais j'aimais pas ce qu'il faisait. En plus, il pouvait décider de qui avait la lumière et ça, ça me plaisait pas trop. Je suis sur qu'il faisait tout pour que je l'ai pas souvent. Mais depuis qu'il m'embête plus, c'est comme s'il ne décidait pas pour la lumière et ça c'est trop bien. C'est même comme si c'était moi qui décidait des fois. Pas tout le temps et pas souvent, mais des fois, quand je suis triste ou en colère et que j'en ai vraiment envie, bah j'arrive à avoir la lumière. J'espère que ça va mettre personne en colère. Et puis, je veux pas trop le dire aux autres. Monsieur Dennis est au courant et Mademoiselle Patricia dit que c'est une bonne chose. Du coup, c'est trop bien. Ils sont contents mais ils veulent pas que Barry soit au courant. J'aime pas les secrets, ça attire toujours des problèmes et j'aime pas les problèmes non plus. De toute façon, Barry me parle plus trop. Bon, je vais retourner dans ma chambre. »
La caméra s'éteint. La lumière aussi.
