Mayunaise le 15 novembre 2016

Bonsoir bonsoir ! Rien de spécial à dire, sauf merci pour vos follow, fav, reviews et lectures. Ce chapitre est la suite directe du précédent. Ha si ! Je fête mon troisième anniversaire d'écriture de fanfictions :D

Précédemment : Harry est retenu prisonnier au Manoir Malfoy à la place de l'Auror Lewis Caldwell, qui a commis l'affront de toucher à une fleur mystérieuse. Il compte bien profiter de ce séjour forcé pour lever le voile sur les secrets de la demeure et de son propriétaire, tous deux dans un mystérieux désordre. Pour le moment, Draco, qui lui a volé sa baguette, doit raccompagner Lewis aux grilles du Manoir...

En réponse à Milkagirl26 : Salut ! Contente que ce début t'intrigue, j'espère qu'il restera encore tout plein de mystère par la suite :) Merci pour ta review.

En réponse à himechu95670 : Ce pseudo ne m'est pas inconnu, dis donc :) heureuse de te retrouver ! Comme tu le fais remarquer, tout le défi pour moi est de créer quelque chose d'intéressant avec du matériau connu de tous et ce sans trahir ni Harry Potter ni La Belle et la Bête... Merci pour tes compliments et bonne lecture !

En réponse à Muntittra : Héhé, que de questions et de suppositions... Oui oui, Draco est un loup-garou et comme l'intrigue ne m'obligeait pas à en faire un mystère pour les lecteurs, j'ai décidé de l'annoncer clairement :) Mais Harry ne s'en apercevra pas de suite, ce serait du gâchis ! Malfoy était bien suivi par un tuteur mais celui-là ne s'est rendu compte de rien... patience, tout est encore en train de se mettre en place. Merci pour tes commentaires et ta présence, très chère.


LE MONSTRE DE L'AURORE

Chapitre 2 : Un sac de plumes et une ceinture de liège


– Attends-moi là, Potter, et ne t'avise pas de t'enfuir. Crois-moi, si tu as bougé des cachots pendant mon absence, je le saurai, dit Malfoy, menaçant, avant d'empoigner Lewis par le bras et de le traîner vers les escaliers en colimaçon.

Oh, comme Malfoy avait changé ! songea Harry pour la énième fois. Plus jeune, le blond était un genre de prince capricieux, un enfant qui, sans sceptre ni couronne, se comportait en roi et attendait qu'on le traite comme tel. Orgueilleux, raffiné, sournois, il possédait toutes les qualités que Salazar Serpentard recherchait chez un élève et en tirait alors une grande fierté. Nombreux étaient ceux qui auraient parié qu'il deviendrait en grandissant un sorcier de la même trempe que son père qui, à son heure de gloire, incarnait le Sang-Pur aristocrate à la perfection.

Mais l'adulte que Harry venait de rencontrer était brutal, quasiment sauvage. Sa démarche, auparavant fluide et aérienne comme celle d'un éphèbe ou d'un fantôme, était aujourd'hui lourde et irrégulière – il semblait faire trois fois son poids. Ses phrases étaient courtes et sèches, comme s'il n'avait plus l'habitude des longs discours ou des banalités sur le dérèglement climatique et la tectonique des plaques. En bref, Draco Malfoy n'avait jamais autant ressemblé à Crabbe et à Goyle.

Qu'avait-il bien pu se passer ces deux dernières années ? Quel genre de tragédie est capable de briser et transformer ainsi un homme ? Quelle horreur innommable peut créer un tel chaos sur un visage et dans un regard ?

Harry regretta de ne pas s'être intéressé plus tôt au sort de son ancien camarade de classe. S'il avait lu les compte-rendus du tuteur de Malfoy ou s'il avait demandé autour de lui, au détour d'une conversation, des nouvelles de lui, il aurait sûrement déjà une piste, un soupçon de réponse, il aurait au moins su par quoi commencer... mais pendant que Malfoy purgeait sa peine, Harry n'avait que très rarement pensé à lui. Il n'était même pas certain d'avoir prononcé une seule fois son nom à voix haute.

En août 1998, il s'était rendu deux fois au tribunal. Il avait dit ce qu'il avait à dire, non pas par bonté de cœur, mais par obligation morale ou par amour de la vérité et de la justice. Il avait expliqué comment Narcissa Malfoy, en mentant à Voldemort et en lui sauvant la vie, avait directement contribué à la défaite du Mage Noir. Il avait aussi raconté comment son fils, Draco Malfoy, l'avait lui aussi protégé des Mangemorts et de Voldemort en refusant de l'identifier.

Mais son devoir fait, Harry était retourné à ses deuils et à ses affaires. Et il avait tant eu à faire pendant les deux années suivantes, et il avait encore tant à faire actuellement, qu'il n'aurait sûrement pas eu une seule pensée pour Malfoy avant longtemps si Robards ne l'avait pas envoyé au Manoir ce jour-là. Tout cela pour dire que Draco Malfoy venait de réintégrer sa vie de façon inattendue mais qu'il aurait pu tout aussi bien être un parfait inconnu.

xXx

La porte en haut des escaliers claqua derrière Lewis et Malfoy, plongeant Harry dans le noir et le silence. D'ici quelques minutes, Lewis aurait passé les grilles du Manoir et il serait enfin en sécurité, sauf si Malfoy ne tenait pas parole... Mais il n'y avait pas de raison que Malfoy lui fasse un faux plan, n'est-ce pas ?

Le blond allait libérer Lewis et Lewis allait courir au Ministère pour avertir Robards de la situation et Robards prendrait immédiatement les mesures nécessaires, voilà comment les choses allaient se passer. Et Lewis rentrerait chez lui, prendrait une douche, mangerait un morceau et se coucherait dans des draps propres et frais.

Pourtant, Harry ne pouvait s'empêcher de se faire du mouron pour son collègue. Il savait qu'il avait envers lui une attitude anormalement protectrice, quelques rumeurs scandaleuses avaient même circulé un temps à leur propos. C'était absurde, bien entendu.

D'une part, Lewis, en plus d'être hétéro, n'était absolument pas son genre. D'autre part, le sentiment que Harry éprouvait à son égard relevait moins de l'affection que de la culpabilité. Car Lewis Caldwell lui rappelait cruellement Colin Crivey, qui n'avait pas survécu à la bataille de Poudlard, et c'était à cause de cette ressemblance que Harry l'avait pris sous son aile.

Il avait trouvé en la jeune recrue un moyen de se racheter et de se donner bonne conscience. Et bien qu'il sache que sa bienveillance était hypocrite, il continuait à s'occuper de Lewis, espérant un jour finir par l'apprécier pour ce qu'il était vraiment et plus parce qu'il retrouvait en lui un petit blondinet amateur de photographie.

Mais vivrait-il assez longtemps pour voir ce jour arriver ? L'obscurité, la solitude et le mutisme des cachots du Manoir Malfoy excitaient ses doutes. Qu'est-ce que Malfoy avait prévu de faire de lui ? Allait-il simplement l'enfermer dans une cellule ou allait-il le tuer avant l'arrivée des renforts ? Et pourquoi Harry ne tentait-il pas de s'enfuir ? Pourquoi est-ce que son instinct le suppliait de ne pas désobéir au blond et de l'attendre sagement ?

Fatigué, à bout de nerf, l'Auror se serait bien assis par terre, mais il ne s'adossa même pas contre un mur. Il resta debout, le dos droit et les muscles bandés, à scruter le peu qu'il distinguait du haut des escaliers. Les minutes passaient lentement dans l'humidité déprimante du sous-sol et, si sa montre lumineuse ne lui avait pas affirmé le contraire, Harry aurait juré qu'il patientait depuis bien qu'un quart d'heure.

Enfin, un grincement de porte, ainsi que la lumière bleutée d'un Lumos lui signalèrent le retour de Malfoy.

– Si tu as effacé ses souvenirs, c'est un grave délit, Malfoy ! cria l'Auror, en guise de salutation.

– Je n'ai pas touché à sa mémoire, Potter. Je lui ai même rendu sa baguette, si tu veux tout savoir, répondit l'ancien Serpentard. Il pourra raconter ce qui lui chante au Ministère, je n'en ai rien à cirer. Allez, monte, je vais te montrer ta chambre.

Sans se poser de question, Harry s'empressa de le rejoindre.

xXx

– Je croyais que j'étais ton prisonnier. Je croyais que j'allais dormir dans une cellule, comme l'Auror Caldwell, souffla Harry, suspicieux, en courant derrière l'autre sorcier pour le rattraper.

Malgré son apparence maladive, le blond marchait à un rythme soutenu et ce n'était pas ses cinq centimètres de jambes en plus qui expliquait le fait qu'il distance aisément son prisonnier. Il fallait que Harry se penche aussi sur ce mystère.

– C'est comme tu veux, dit Malfoy en ralentissant, prêt à rebrousser chemin.

– Une chambre, ça me va ! balbutia Harry.

Il ne comprenait plus rien. Que manigançait l'ancien Serpentard ? Pourquoi n'avait-il pas modifié la mémoire de Lewis ? Pourquoi était-il allé jusqu'à lui rendre sa baguette ? Ne craignait-il pas de recevoir, d'un instant à l'autre, la visite d'une dizaine d'Aurors très en colère ? Et pourquoi, plutôt que dans une cellule ou un placard, était-ce dans une chambre qu'il allait l'installer ?

La curiosité de l'Auror était trop piquée pour qu'il pense sérieusement à fausser compagnie à son hôte. Il laissa donc filer plusieurs occasions de semer Malfoy ou de récupérer sa baguette, se contentant de le suivre docilement comme son ombre.

Harry s'attendait à tourner un nombre aberrant de fois à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, à monter des escaliers pour en redescendre d'autres, à parcourir des couloirs, traverser une multitude de salons et passer devant un millier de fenêtres aux rideaux tirés, tout cela dans le silence le plus pesant qui existait, tout cela dans un noir profond troué seulement par un Lumos, jusqu'à ce qu'éventuellement l'un d'eux déclare forfait ou meure d'épuisement, mais le chemin fut extraordinairement simple et rapide.

A peine trois minutes plus tard, Malfoy s'était arrêté devant une porte, au premier étage de l'aile Est.

– Ta chambre, dit-il en désignant la pièce fermée d'un mouvement de tête. Tu y trouveras normalement tout ce dont tu as besoin. S'il te manque quelque chose, tu n'auras qu'à demander. Tu es libre de circuler comme tu le veux dans les jardins et dans le manoir, sauf dans l'aile Ouest, je t'interdis d'y entrer. Je te préviens, Potter, si tu me désobéis, je le saurai.

Il plissait des yeux comme il avait tant l'habitude de faire quand il était étudiant et, devant cette expression au demeurant désagréable, Harry faillit soupirer de soulagement. Même si Malfoy était très différent de l'adolescent qu'il avait connu, il ne s'était pas transformé en une tout autre personne. Il n'était pas tout à fait un étranger et c'était rassurant.

– Qu'est-ce qu'il y a de si spécial dans l'aile Ouest ? s'enquit l'Auror d'un ton faussement poli, en se promettant d'aller fouiner dans cette partie du manoir dès qu'il en aurait l'occasion.

– Mes quartiers, grogna Malfoy en s'éloignant.

Il était déjà au bout du couloir quand Harry lui cria, sans beaucoup d'espoir, mais qui ne tente rien n'a rien :

– Et ma baguette, Malfoy ?

Contre toute attente, Malfoy se retourna et revint vers lui, un sourire amusé flottant sur ses lèvres.

– Donne-moi d'abord ton sac... et ta ceinture, susurra-t-il, en tendant une main aux ongles longs et durs comme des canines.

xXx

Harry allait protester. Sa bandoulière et sa ceinture contenaient son équipement professionnel de base. Il ne les quittait jamais, en tout cas, pas quand il était en service. En plus des potions médicales les plus courantes et des gadgets dignes de romans policiers de bas étage, on pouvait y trouver un Parchemin de Communication, objet bien pratique pour échanger des messages instantanés.

Hermione affirmait souvent que l'aire de la chouette serait révolu dès lors que cette nouvelle technologie serait accessible au grand public. Ron, qui avait aidé George à développer le Parchemin de Communication, n'était guère enchanté à l'idée que leur invention soit utilisée par les civils. Il disait que les jeunes ne savaient plus attendre et qu'il regrettait déjà l'époque où une lettre prenait plusieurs jours pour arriver. Hermione, dans ces moments-là, fronçait des sourcils, mécontente, car elle jugeait les opinions de son compagnon trop conservatrices.

Cependant, c'était facile, pour elle. Tout comme Harry, elle avait grandi dans un monde qui avançait à toute allure, de plus en plus vite. Elle était habituée à ce que les choses changent sans cesse, à ce que tout soit remplaçable et remplacé. Ni elle ni Harry ne doutaient que d'ici quelques années, peut-être même moins, le Nokia 3210 que ses parents venaient de se procurer, téléphone mobile qui connaissait un véritable succès, depuis son lancement l'année précédente, serait un modèle de portable totalement dépassé.

En revanche, Ron appartenait à un monde qui aimait la tradition et la stabilité. Le moindre ajustement lui demandait des efforts, la moindre réforme dont les conséquences n'étaient pas encore déterminées le mettait mal à l'aise. Ce n'était pas sa faute. S'il y avait un point commun entre les vieilles familles de sorciers, quelque soit leur orientation politique, c'était qu'elles avaient une crainte irrationnelle du changement.

Harry Potter, lui, n'avait rien contre la commercialisation à grande échelle du Parchemin de Communication. Il reconnaissait son utilité et son efficacité, surtout dans les situations d'urgence, comme celle, justement, dans laquelle il se trouvait.

Pourquoi n'avait-il pas rédigé tout-à-l'heure un court rapport à Robards, au lieu d'attendre bêtement le retour de Malfoy ? Oh, cela ne servait à rien de se répandre en regrets, mais comme il allait se sentir vulnérable, sans ses accessoires de travail et sans moyen de communiquer avec l'extérieur !

Pourtant, l'Auror ne tergiversa pas longtemps avant de se séparer de son attirail. Tout son matériel était certes fort pratique, fort ingénieux, mais il ne faisait clairement pas le poids contre sa baguette magique, qui était comme une extension de lui-même.

– Tiens, Malfoy, dit-il en faisant la moue et en lâchant sa ceinture et son sac dans la main tendue de son bourreau.

Si le bras de Malfoy avait eu un peu de respect pour les lois de la physique, il aurait dû s'affaisser sous le poids inattendu, mais il n'en fut rien. Le blond balança nonchalamment le lourd équipement sur son épaule, comme s'il s'agissait d'un sac de plumes et d'une ceinture de liège.

Harry eut une pensée pour Graup, le demi-frère de Hagrid, qui arrachait les arbres avec autant de facilité qu'un être humain cueille une fleur.

– Ma baguette ? demanda-t-il, en se blâmant pour son manque de concentration.

Malfoy lui tendit silencieusement une baguette qu'il venait de sortir de sa poche mais même dans la semi-obscurité, Harry sut aussitôt que ce n'était pas la sienne. Pas besoin de grandes capacités de déduction pour s'en apercevoir. Après tout, la fidèle baguette de houx du Survivant était déjà dans la main droite de Malfoy.

– Je crois que tu fais erreur, Malfoy, dit Harry avec prudence et incertitude, car il n'en revenait pas. Ma baguette est dans ton autre main. Celle-là, c'est la tienne.

Il lui avait suffi d'un regard pour reconnaître la baguette de Draco Malfoy, dont il s'était servi pendant des semaines qui avaient semblé des mois, à l'époque. C'était avec cette baguette qu'il avait vaincu le Seigneur des Ténèbres, c'était celle-là qu'il lui arrivait d'utiliser, encore tout récemment, quand il ne parvenait pas à mettre la main sur la sienne.

Mais une semaine plus tôt, avant de remettre la baguette en bois d'aubépine à Malfoy, l'expert du Ministère s'était assuré qu'elle avait retrouvé son allégeance originelle. Ce qui impliquait qu'elle ne lui obéirait plus aussi facilement qu'auparavant. Et il ne fallait pas oublier qu'elle était...

xXx

– … brimée ! s'exclama Harry pour lui-même, en claquant violemment la porte de sa chambre.

Aveuglé par la colère, il ne se rendit pas compte que la porte ne fit aucun bruit en se refermant, comme si une personne invisible l'avait retenue au tout dernier moment.

Même s'il avait suivi tout un séminaire sur la maîtrise de soi et la gestion des émotions, le sorcier se jeta sur l'immense lit à baldaquin qui trônait au milieu de la pièce et tambourina de toutes ses forces sur les oreillers extra moelleux et extra larges, avec la rage d'un Dudley puni de dessert.

Cinq minutes plus tard, Harry Potter avait retrouvé son calme. Il s'était levé, avait ouvert grand les rideaux et s'était lancé dans l'inspection de ses nouveaux appartements.

Le lit double était flanqué d'une table de chevet avec lampe et d'une grande armoire qui refusait de s'ouvrir. Le coin nord de la pièce faisait office de salon, avec son canapé, son fauteuil, sa table basse et son étagère qui n'attendait que d'être remplie de livres et de magazines à caractère scientifique ou pornographique. Devant la fenêtre, qui donnait sur une petite fontaine desséchée du jardin, était placé un grand bureau verni, dont les tiroirs étaient remplis de plumes, de parchemins et d'encriers de toutes les couleurs.

Il y avait deux portes. L'une menait à une salle de bain si dorée que Harry crut être entré par mégarde dans le coffre-fort de Bellatrix Lestrange et l'autre à des cabinets si brillants que l'Auror cligna plusieurs fois des yeux quand il en sortit.

Sa nouvelle chambre puait le luxe et la décadence. Le plafond, la moquette, le mobilier, le linge, tout était rare, beau et précieux mais, en même temps, tout paraissait malade et corrompu.

La chambre était confortable et il n'y avait pas de vis-à-vis. Pourtant, on s'y sentait mal-à-l'aise comme si, à l'abri des regards, sous la moquette bleu nuit, derrière ou dans les murs, quelque chose pourrissait en dégageant une odeur légère mais tenace, qui s'était insinuée dans tous les tissus et avait contaminé jusqu'au bois des meubles.

Et cette moisissure avait beau être invisible et impalpable – Harry s'en était assuré, il avait soulevé plusieurs lattes du plancher et il n'avait trouvé ni champignon ni cadavre –, elle n'en était pas moins toxique. C'était son petit doigt d'Auror qui le lui avait dit mais, malheureusement, l'ingénieux appendice ignorait ce que ses poumons risquaient, à trop respirer cet air nauséabond...

Après avoir fait trois fois le tour de la pièce, le sorcier s'assit au bord du lit et entreprit de récapituler les différentes péripéties de la journée, essayant d'y trouver du sens.

xXx

Il finit toutefois par se rendre à l'évidence : il était tout bonnement retenu prisonnier pour un crime que Lewis avait commis. Et quel crime ! Qu'est-ce que c'était que cette histoire de fleur, nom d'une gargouille mal lunée ? Et s'il n'y avait que ça... Mais non, depuis qu'il avait transplané devant les grilles du Manoir Malfoy en début d'après-midi, les bizarreries n'avaient cessé de se succéder, au point où il avait désormais un mal fou à les classer par degré d'anormalité.

Est-ce que ces idioties à propos d'une fleur sacrée étaient plus étranges que le silence mortuaire du manoir ? Est-ce que l'inexplicable désordre de la demeure était plus inquiétant que la densité et la profondeur de ses ombres ? Est-ce que la soudaine force physique de Malfoy était plus alarmante que sa maigreur et son teint cadavérique ?

Tant de mystères à élucider, tant de curieux détails à analyser, tant d'indices à relever... et Harry n'aurait peut-être ni le temps ni le droit de mener son enquête !

En effet, selon le Code des Aurors, un Auror sans baguette n'est ni plus ni moins qu'un civil. S'il se fiait aux lois, il devait donc rester enfermé dans cette chambre jusqu'à ce que les secours arrivent. Mais les secours auraient déjà dû arriver depuis longtemps, désormais...

Il pouvait toujours déroger au Code en faisant valoir son droit ponctuel au freestyle. Auquel cas, le plus logique serait de tenter de s'infiltrer dans l'aile Ouest pour remettre la main sur sa baguette et sur le reste de ses affaires, et ensuite de mettre les voiles illico presto.

Mais Malfoy l'avait plusieurs fois mis en garde contre son "omniscience" : il ne fallait pas être devin pour comprendre qu'il n'avait tout simplement pas attendu pour mettre à profit la baguette de Harry. A l'heure qu'il était, tout le domaine, y compris l'aile Ouest, était sans doute paré de tous les sortilèges défensifs qu'il connaissait.

S'il ne pouvait ni compter sur des renforts, ni sur sa baguette, il pouvait toujours se plier au jeu de Malfoy et se montrer coopératif, dans l'espoir de découvrir, doucement, presque fortuitement, ce qui se tramait au Manoir. Mais le gros défaut de ce plan était qu'il impliquait d'être courtois avec l'ancien Serpentard. Et Harry n'était pas sûr d'en être capable.

Finalement, ne ferait-il pas mieux de sortir discrètement de sa chambre et d'improviser ? C'était l'idée qui le séduisait le plus, et c'était, évidemment, la plus casse-gueule. Car s'il tombait nez à nez avec Malfoy, ce n'était pas sa baguette de pacotille qui allait le défendre.

L'expert du Ministère n'avait en effet pas exagéré, quand il avait dit qu'elle ne ferait pas de mal à un papillon ! La baguette d'aubépine était si brimée, ses réactions si lentes et si laborieuses qu'elle n'aurait pas trop de difficultés à se faire passer pour un bâton de réglisse. Moins d'une demi-heure avait suffi à Harry pour constater sa prodigieuse inefficacité.

xXx

Tout à l'heure dans le couloir, il avait jeté un sortilège de désarmement à Malfoy, histoire de tester la baguette brimée et, dans le cas où le sort fonctionnerait, de récupérer en passant la sienne. Toutefois, il ne s'était strictement rien passé. Malgré la litanie d'« Expelliarmus ! » murmurés, chantonnés, criés à voix basse dans son dos, Draco Malfoy, la baguette de son prisonnier reposant mollement dans la paume de sa main, avait continué à s'éloigner comme si de rien n'était.

Un instant, l'Auror désespéré avait songé à se jeter sur le blond pour lui arracher la baguette de houx des mains mais il s'était ravisé et s'était retiré dans sa chambre sans broncher. Malgré ce que prétendait son ego, cette déroutante prudence ne devait pas être confondue avec de la sagesse. En réalité, Harry s'était incliné. Il avait battu en retraite devant Draco Malfoy, comme un chien qui grogne et montre les dents le plus clair de son temps mais baisse la tête quand il croise plus fort que lui.

Cependant, dans le silence douillet de ses nouveaux appartements, l'Auror eut tôt fait d'oublier sa peur – non, son instinct de préservation – et fut de nouveau saisi par la vive envie de casser la gueule à Malfoy. Enfin, à quoi est-ce que tout cela rimait ? Pourquoi l'avoir installé dans une chambre ? Pourquoi lui avoir donné sa baguette d'aubépine ?

Un plan d'action. Sans plan d'action, Harry Potter était perdu, voilà une chose qu'il avait retenue de sa formation. Avec son tempérament, il ne vivrait pas très vieux s'il ne se forçait pas à adopter une stratégie, simple, modulable, à chacune de ses missions.

Maintenant qu'il avait compris que sa spontanéité était un aimant à problèmes, il abordait ses enquêtes avec une liste d'objectifs et, dans la mesure du possible, il se débrouillait pour en respecter l'ordre. Quand toutes les cases de son tableau mental étaient remplies, il considérait sa mission terminée.

Le premier objectif de sa mission actuelle était de retrouver Lewis et de le libérer. C'était fait. Le second était de découvrir pourquoi est-ce que son collègue avait été fait prisonnier. C'était fait. Le troisième était de reprendre la mission tout d'abord attribuée à l'Auror Caldwell, c'est-à-dire d'enquêter sur la raison des sortilèges défensifs qui enveloppaient le manoir du Wiltshire.

Si en prime l'Auror pouvait en apprendre plus sur le mal dont Draco Malfoy était atteint, il ne serait pas peu fier de lui. En effet, bien que l'apparence chaotique du blond l'intriguait à titre personnel, Harry était aussi persuadé que son état maladif avait quelque à voir avec l'atmosphère sinistre du manoir.

Il était certain que la résolution d'un des deux mystères entraînerait nécessairement celle de l'autre, comme quand un homme avance et que son ombre est contrainte d'avancer avec lui, comme quand Janus lève la tête vers le soleil et que ses deux visages sont aveuglés.

Il existait entre Malfoy et l'endroit où il vivait un lien si étroit, il y avait une telle résonance entre leurs auras et leurs allures, que l'on était en droit de se demander lequel, au juste, était le reflet de l'autre.

xXx

Une demi-heure plus tard, l'Auror Potter faisait les cent pas dans sa chambre et il hésitait toujours entre deux angles d'attaque. S'il voulait connaître les raisons qui avaient poussé Malfoy à protéger si précipitamment ses terres, il ne pouvait pas rester éternellement cloîtré dans sa chambre, à attendre des secours qui ne viendraient jamais. Il devrait aller à la rencontre de son hôte.

Mais devait-il y aller en ami et obtenir, au fil des jours, des confessions au compte-goutte ? Ou devait-il risquer le tout pour le tout et se présenter en full mode Auror, tenant d'une main une baguette brimée et brandissant de l'autre un oreiller en guise de bouclier ?

Bien entendu, ces questions ne se posaient que s'il restait plus longtemps au Manoir. La raison le poussait plutôt à chercher un moyen de s'évader...

– Monsieur Potter est attendu à sept heures dans la salle à manger, dit soudain une voix, de l'autre côté de la porte.

– Merci, répondit Harry sans enthousiasme, en se laissant tomber dans le canapé.

Il essaya pour la énième fois d'envoyer un Patronus au Ministère, puis à Ron, puis à Hermione, puis à Hagrid, puis à n'importe quelle personne dont le visage traversait son esprit. Sans succès. La vapeur blanche qui s'échappait du bout de sa baguette était plus fine que du papier à rouler et plus translucide encore.

Ses essais de transplanage s'étaient eux aussi soldé par de cuisants échecs. Alors qu'il visualisait distinctement chaque recoin de son appartement londonien et de son bureau au Ministère, il ne bougeait pas d'un iota.

Il ne s'était jamais senti aussi impuissant et il accusait alternativement la baguette de Malfoy, les sortilèges qui entouraient le Manoir et sa propre nullité. A quoi bon être un sorcier, si l'on ne peut pas faire de magie ?

– Merde ! gueula-t-il avec éloquence.

– Monsieur a dit un vilain mot, commenta quelqu'un, d'un ton réprobateur.

Avant que l'intrus ait fini de parler, Harry était debout, tous sens en alerte, sa baguette en carton braquée devant lui.

– Qui a parlé ? demanda-t-il, tendu.

Il tourna plusieurs fois sur lui-même mais ne vit personne, ni être humain, ni Elfe de Maison.

En parlant d'Elfes de Maison... maintenant qu'il y pensait, il n'en avait pas un seul depuis son arrivée au Manoir. Il y avait bien celui qui l'avait averti plus tôt de l'heure du repas mais il était resté derrière la porte et...

– C'est moi, Monsieur, dit la voix, qui provenait indubitablement de l'armoire près du lit.

Harry s'approcha, les aisselles collantes de transpiration. Depuis quand est-ce que cette personne était cachée là-dedans ? Comment avait-elle pu échapper au Sortilège de Détection de Présence Humaine, que la baguette brimée n'avait a priori pas de problème à jeter ? Était-ce un ennemi, un espion ? Un Elfe de Maison ou un être humain ? Ou est-ce que c'était autre chose ?

L'Auror s'apprêtait à enfoncer une des portes de l'armoire qui avait obstinément refusé de s'ouvrir tout à l'heure, mais avant qu'il ait atteint trois, les deux battants s'ouvrirent d'eux-mêmes. Il n'y avait rien à l'intérieur du meuble, hormis quelques cintres rouillés et d'épais moutons de poussière.

– Monsieur n'est pas poli, couina la voix.

xXx

Harry sursauta et sortit immédiatement la tête du meuble, estomaqué. Il venait de comprendre. C'était incroyable, c'était absurde, il n'avait jamais entendu parler de cela, mais avec la magie, tout était possible, non ? N'avait-il pas vu de ses propres yeux un fauteuil se transformer en Horace Slughorn ?

– Vous êtes l'armoire, c'est ça ? demanda-t-il, en s'attendant à moitié à ce que la voix le traite de fou.

– La penderie, Monsieur, le corrigea la penderie d'un ton pédant, avant de refermer sèchement ses portes.

– Je... je ne voulais pas vous offenser en vous... en mettant la tête dans... désolé, bafouilla Harry.

Il n'était pas né de la dernière pluie. Il était un Auror entraîné mais aussi le garçon-qui-a-survécu-et-qui-en-a-vu-des-vertes-et-des-pas-mûres. Pourtant, pendant quelques secondes, il était de nouveau un petit garçon de onze ans qui venait d'apprendre l'existence du monde des sorciers. Une armoire – une penderie – qui parlait !

Cela faisait des années qu'un phénomène magique ne l'avait pas laissé aussi pantois. Lui qui pensait s'être enfin intégré à la communauté, lui qui pensait être devenu un sorcier, un vrai...

– Monsieur n'a pas fait de mal, répondit le meuble. Mais Monsieur est attendu pour dîner, n'est-ce pas ? Il faut que Monsieur soit bien habillé pour manger avec le Maître.

– Oh, je ne descendrai pas dîner ! protesta vivement Harry, pressentant que son discours allait être insupportable mais incapable de s'arrêter. Malfoy m'a confisqué mes affaires et ma baguette, tout ça pour me refiler une camelote aussi utile qu'une horloge qui tourne à l'envers. Je ne vois pas pourquoi je devrais me plier aux caprices de sa seigneurie et manger avec lui !

Pendant qu'il se lamentait à voix haute, un petit Dudley Dursley en plein crise de nerfs parce qu'il a reçu pour son anniversaire un cadeau de moins que l'année précédente se rappela à son beau souvenir. Mais son énervement à lui était légitime. Donner une baguette brimée à un sorcier majeur, c'était un manque total de respect... et Harry réalisa soudain que c'était exactement ce que le Ministère avait fait avec Malfoy.

– Je suis trop bête ! s'exclama-t-il, tout excité par sa découverte. Cette histoire de rose, c'était n'importe quoi, comment ai-je pu y croire ? En retenant Lewis prisonnier, Malfoy espérait pouvoir l'échanger contre une rançon, comme une baguette non-brimée ! Ce salaud a peut-être même fait exprès d'attirer l'attention des Aurors, avec ses sortilèges de protection... Tu m'étonnes qu'il ait accepté si facilement ma proposition d'échange, je lui rapporterai beaucoup plus que Lewis... Tout concorde ! Si son but est de marchander avec le Ministère, il a tout intérêt de me traiter correctement... d'où la chambre, d'où la baguette, d'où l'invitation à dîner. Oh la sombre charogne ! Oh la pestilentielle ordure !

Harry s'était trompé, il n'était pas un prisonnier. Il était un otage.

– Monsieur devrait surveiller son langage, le réprimanda la penderie, quand l'Auror eut terminé son petit monologue. Monsieur préfère-t-il le bleu ou le noir ?

Mais Harry ne l'écoutait pas. Sa récente illumination venait de le convaincre que plus loin il serait de Malfoy, mieux il se porterait. Il n'avait pas besoin de faire ami-ami avec lui pour percer les secrets de la demeure ou pour briser les barrières magiques du Manoir. Il se débrouillerait tout seul. Et il ne serait pas un prisonnier facile.

Il regrettait déjà de s'être inquiété pour la santé de Malfoy. Et dire qu'il avait eu pitié ! Il avait même senti poindre, à un moment donné, le désir de lui porter secours. Oh, ce fumier ne méritait décidément que son mépris.

xXx

A sept heures tapantes, une voix familière, celle que Harry avait assignée à tort à un Elfe de Maison une heure plus tôt, dit d'une voix grinçante :

– Le dîner est servi, Monsieur.

– Vous êtes la porte, n'est-ce pas ? demanda Harry, en fixant des yeux la poignée dorée, comme si elle allait soudain se métamorphoser en bouche.

– Je suis la porte, Monsieur, répondit la porte. Le dîner est servi, Monsieur.

– Je suis désolé de vous avoir claquée tout à l'heure, s'excusa Harry. Je ne savais pas. Que vous étiez la porte.

– Monsieur ne doit pas s'inquiéter pour la Porte, Monsieur. Monsieur est un bon sorcier, roucoula la porte, en faisant cliqueter sa serrure. Mais Monsieur, le dîner est servi.

– Malgré son langage, Monsieur est un gentil sorcier, intervint la lampe de chevet, dispensant Harry de répéter qu'il ne descendrait pas dîner.

– Est-ce que Monsieur prend sa douche le matin ou le soir ? demanda une serviette de bain.

– Monsieur dort du côté gauche ou du côté droit ?

– Le dentifrice à la menthe convient à Monsieur ?

– Monsieur, une tasse de thé, Monsieur ?

– C'était ça que voulait dire Malfoy, « tu n'as qu'à demander » ! s'écria Harry, en riant comme un enfant qu'on chatouille – le rideau de son lit, un tantinet farceur, y était peut-être pour quelque chose. J'ai cru qu'il faisait allusion aux Elfes de Maison mais il parlait de vous, les objets enchantés !

Harry passa la soirée à discuter joyeusement avec les meubles et les objets de sa chambre. Il envoya bouler sans état d'âme un chandelier et une petite horloge venus le prier de se présenter dans la salle à manger. Tout émerveillé, il avait en effet vite fait d'oublier qu'il avait faim, qu'il était un Auror en mission, que cette chambre n'était pas la sienne et que les renforts étaient tombés dans une faille spatiotemporelle.

Il s'endormit comme un enfant né-moldu qui a grandi dans un placard sous un escalier et qui, le soir de sa rentrée à Poudlard, n'en revient pas de la chance qu'il a d'appartenir à un monde aussi extraordinaire.


A Suivre...


Chapitre 3 en ligne le 30 novembre

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