Mayunaise le 21 janvier 2017
Bonjour bonjour ! Tout d'abord, désolée pour le retard (et je réponds à vos reviews très vite). La vie est dégueulasse avec moi en ce moment et à côté de soucis personnels, j'ai été trop malade pour finir ce chapitre. Mais le voilà enfin !
En réponse à Muntittra : Big Ben veut effectivement protéger Draco. Contrairement à lui, il n'a pas confiance en Harry et il est aussi beaucoup plus flippé. Les objets enchantés disparaissent comme s'ils transplanaient, à suivre... Alors pour ce qui est de la lycanthropie de Draco, elle n'est pas normale, ça c'est sûr ! Mais il reste un loup-garou, je n'ai pas inventé de créature pour cette fic. Quant à la potion Tue-Loup, elle ne serait de toute façon pas efficace, mais je ne sais pas s'il serait capable de la fabriquer ! C'est quand même très compliqué, il paraît... Désolée, pour la description du Monstre, il faudra attendre le prochain chapitre, comme on est en POV Draco, cela aurait été étrange :) Merci pour ta review et ta lecture !
Précédemment : Harry et Draco se lancent dans la restauration du Manoir, font ami-ami insouciamment, se font des blagues, mais un jour, Draco ne vient pas. Harry fait le lien entre la maladie de son hôte et la lunaison et il décide de vérifier son hypothèse le jour de la pleine lune. Il entre dans la chambre de Draco, le découvre dans un état effroyable et comprend soudain qu'il ne prend pas de potion Tue-Loup.
LE MONSTRE DE L'AURORE
Chapitre 6 : L'Auror aux doigts de rose
Potter... crétin, pensa difficilement Draco.
Ce fut sa dernière pensée cohérente avant une éternité.
Le soleil venait de mourir derrière les lointaines collines du Wiltshire et ses rayons jaunes, qui faisaient jusque-là scintiller l'herbe et les champs, disparurent avec lui. La plaine perdit aussitôt ses teintes vertes et ors, pour devenir bleue comme la mer et argentée comme le sable. Et les douces collines qui avaient avalé l'astre solaire, auparavant ocres et brunes, étaient maintenant aussi noires que la nuit.
Dans une telle obscurité, on ne savait plus où s'arrêtait la terre et où commençait le ciel : car aucune couleur ne survivait après le crépuscule. Chaque soir, la nuit prenait soin d'arracher leurs pigments à toutes les surfaces du monde, pour les recouvrir de son châle personnel, d'un gris impénétrable.
Il y avait pourtant des étoiles blanches, tout là haut, éparpillées sur la voûte céleste, mais elles n'étaient d'aucune aide pour combattre les ténèbres. Au contraire, leur lueur était si faible, si distante, dérisoire, qu'au lieu de rassurer les terriens, elles ne faisaient que les accabler un peu plus.
Comme il faisait sombre, la nuit, quand la lune n'était pas encore levée ! Heureusement pour certains, malheureusement pour d'autres, la voilà qui émerge doucement du plus profond du ciel, à l'exact opposé du soleil. Au début, ce n'est qu'une chose translucide, à peine visible, au contour vague, puis elle se précise et elle est enfin là, suspendue : une sphère blanche, parfaite, ni haute, ni basse, ni petite, ni grosse, mais si ronde...
Draco ne la vit pas apparaître. Même si ses yeux et les rideaux de sa chambre avaient été grand ouverts, ce qui n'était pas le cas, il n'aurait de toute façon rien vu, dans son état. Physiquement, il n'avait pas bougé, il était dans son lit, au premier étage de l'aile Ouest et Potter était à côté de lui mais c'était comme s'il était tout à fait ailleurs.
Il se noyait dans un océan de taches palpitantes et de formes sinueuses, de fantômes bleutés et de lumières clignotantes, de trous insondables et de lignes ondulantes. Tout son univers était une immense hallucination, qui battait au rythme de son pouls et dans lequel il avait commencé à être aspiré dès que le soleil avait commencé à décliner.
Depuis deux ans, c'était chaque mois la même chose et, chaque mois, il se disait qu'il n'y survivrait pas. Il s'était habitué à sa condition, autant que possible. Ses sens exacerbés, ses sautes d'humeur, sa santé qui dépendait de la phase de la lune, tout cela ne lui faisait plus ni chaud ni froid depuis longtemps.
Mais l'angoisse qui le prenait aux tripes avant chaque transformation ne s'était jamais envolée. Il redoutait la pleine lune, il en avait terriblement peur, mais moins à cause de la métamorphose qu'elle impliquait, que parce qu'elle lui rappelait inlassablement sa véritable nature.
xXx
Il ne craignait pas la douleur. Il ne craignait pas le Monstre impatient qui se débattait dans son estomac pour prendre le contrôle, douze nuits par an. Non, ce qui l'effrayait, c'était en réalité les instants qui précédaient l'entrée en scène de la Bête, ce moment trouble, entre le coucher du soleil et le lever de la lune, où il était comme lâché dans l'espace, perdu dans l'immensité du ciel, à la fois attiré par le sol et affranchi de la pesanteur.
Pendant ce temps prendre en pleine gueule ce qu'il oubliait parfois : il n'était plus humain. La pleine lune était une mère sévère et perverse qui lui rendait visite une fois le mois dans le seul but de le remettre à sa place.
« Draco, tu as pris tes aises depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, susurrait-elle. Crois-tu vraiment qu'un être comme toi a le droit de profiter si insouciamment de la vie ? Quelle folie que d'imaginer que tu puisses rire avec Harry Potter ! Quelle audace que d'envisager que tu puisses être ami avec lui ! Les décombres dans lesquels tu vivais avant son arrivée t'allaient si bien, pourtant... Oh, mon petit Draco, comment oses-tu travestir tes coups de griffes et tes marques de crocs, preuves de ta monstruosité ? Insensé, penses-tu réellement qu'en réparant les dégâts que tu as causés au Manoir, tu vas réintégrer l'espèce humaine ? Tu vas voir, mon cher Monstre, tes efforts sont aussi vains que pathétiques : quand viendra l'Aurore, autour de toi, tout sera de nouveau chaos... »
Ce discours résonnait, distordu et oppressant, dans l'esprit de Draco, qui priait pourtant pour qu'il ne s'arrête pas... Car tant qu'il comprendrait ce que la Lune lui disait, il serait encore lui-même. Mais trop vite, les mots n'eurent plus aucun sens, ils devinrent une suite de sons indistincts n'ayant pas plus de signification pour lui que le bruit du vent ou le crépitement du feu.
Alors, sentant que la fin était proche, que son heure était venue, le Monstre ouvrit les yeux.
Tous les os de Draco craquèrent, broyés par l'impérieuse lumière lunaire. Toute sa peau partit en fumée, sous le regard inquisiteur de l'astre de la nuit. Et tous ses organes explosèrent, car la Pleine Lune réclamait son tribut de sang.
La douleur lui parvenait de très loin, cependant : sa fièvre était si forte qu'il était au bord de l'évanouissement. Le corps écartelé, le crâne brisé, le ventre déchiré, il ne ressentait qu'un mal-être lancinant, qui ne l'inquiétait pas outre mesure.
Il était fatigué, à bout de force. La cage du Monstre était enfin ouverte et Draco le laissait de bon cœur prendre le relais.
xXxxXxxXx
Il était allongé sur quelque chose de confortable. C'était doux, moelleux et tout chaud, très différent du tapis râpeux et lacéré où le Monstre allait normalement se blottir à l'arrivée de l'Aurore. Et ça n'avait pas non plus l'odeur piquante de l'urine. Loin de là, ça sentait bon le savon, l'air frais et le soleil. En somme, on avait envie de s'y lover pour toujours, tellement c'était douillet.
A cette pensée, Draco s'aperçut que sa position elle-même était agréable, ce qui ne s'était encore jamais vu. D'habitude, le Monstre dormait comme un loup, les pattes tendues, la tête sur le côté et le dos bien rond. Mais si cette posture ne posait aucun problème à son corps souple et couvert de fourrure, elle était l'assurance pour son hôte humain d'une colonne vertébrale et de rotules en vrac au réveil.
Et pourtant, ce jour-là, premier jour de la phase décroissante de la lune, Draco se réveilla allongé dans son lit, sur le dos, la tête légèrement surélevée et les membres écartés juste ce qu'il fallait. Et le pompon sur la Garonne ? Ce qui acheva de lui mettre la puce à l'oreille ? La douleur.
Ou plutôt son absence. Ou, pour être exact – Draco aimait trouver les termes les plus précis possibles pour définir ses sensations, cela lui donnait l'illusion de ne pas en être le sujet –, son degré tout à fait tolérable.
Il n'imagina pas une seule seconde que le Monstre ait subitement appris les bonnes manières et se soit comporté de façon exemplaire pendant la nuit. Non, la seule explication à son relatif bien-être, en ce lendemain de métamorphose, était tout bonnement que quelqu'un se soit occupé de lui.
– Big Ben... Lumière... croassa-t-il, en entrouvrant péniblement les yeux.
Les deux objets enchantés apparurent sans un bruit sur la descente de lit.
– Salut, Draco ! le salua le chandelier d'un ton guilleret qui n'était pas vraiment de mise. Tu as passé une bonne nuit ?
– Bonjour, Draco. J'espère que tu vas bien, dit la petite horloge, carrément pète-sec à côté de Lumière.
Le blond sourit malgré lui. Il connaissait si bien Big Ben – il le connaissait sûrement mieux qu'il ne connaissait Lumière, ce qui n'était pas peu dire – qu'il n'avait pas besoin de le regarder pour savoir que ses aiguilles étaient toute froncées et son air des plus hautains.
Big Ben était décidément beaucoup trop sérieux. Ce n'était pas sa faute, bien entendu, s'il était né pendant cette sombre période. Il n'y pouvait rien. Il serait grave et pessimiste pour l'éternité, alors que Lumière, lui, ne cesserait jamais de rayonner, désinvolte comme un enfant-roi.
De temps en temps, Draco surprenait de la jalousie derrière les reproches et les moqueries. Mais bien qu'il comprenait que Big Ben envie la condition de Lumière, il ne pouvait s'empêcher de penser que la petite horloge avait tout de même eu de la chance, dans son malheur : il aurait pu naître encore plus tard.
– Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Lumière, qui avait toujours été capable de percevoir le plus infime de ses changements d'humeur.
– Rien, je me faisais simplement –kof– une réflexion à propos –kofkof– de Big Ben, répondit Draco, en toussant violemment.
Sa gorge était aussi sèche qu'une pierre ponce.
– Et bien ? s'enquit Big Ben, curieux, pendant que Lumière ordonnait à un autre objet enchanté d'apporter de l'eau sur le champ.
– Je m'interrogeais...
Draco fut interrompu par l'irruption d'un verre d'eau parlant. Si cela avait été un autre jour, il aurait renvoyé l'impertinent fissa, car il ne supportait pas de boire et de manger avec de la vaisselle enchantée – n'était-ce pas incroyablement malsain ? – mais ce jour-là, justement, était tout sauf un jour ordinaire.
xXx
Il s'était réveillé dans son lit, dans une position respectable, avec de simples courbatures en lieu et place de ses traditionnelles plaies et ecchymoses. Il s'était réveillé de bonne humeur, reposé, optimiste, presque comme si, en somme, la nuit précédente n'avait pas été celle de la pleine lune. Presque comme s'il faisait partie des êtres humains.
Malgré la nausée, malgré la faiblesse, il se sentait chargé à bloc.
Aussi décida-t-il que l'intention du verre d'eau enchanté n'avait pas été de l'offenser mais plutôt de le servir le plus promptement possible. Draco le vida donc d'une traite, sans broncher, et alla même jusqu'à le remercier pour son dévouement, ce qui surprit tant l'objet enchanté qu'il faillit glisser et se briser en mille morceaux.
Tout le monde savait que, le lendemain de la pleine lune, le Maître accusait le contrecoup de sa métamorphose. Il fallait normalement attendre plusieurs jours avant que le Monstre ne lâche totalement prise et retourne se terrer au fond de son estomac.
Pendant cette période que les objets enchantés appelaient en secret « la Convalescence », le Maître avait beau avoir retrouvé forme humaine, il gardait encore quelque chose du Monstre, dans sa brutalité et sa sécheresse. Autant dire qu'il ne s'était jamais montré aussi poli, aussi reconnaissant, si tôt après la pleine lune...
Mais, quoique perplexe, le verre d'eau n'avait aucune envie de tenter le diable. Il reprit rapidement ses esprits et, une fois assuré que le Maître n'avait plus besoin de lui, il s'éclipsa avec un bruit de bouchon de champagne.
– Je me demandais quel caractère tu aurais eu si tu étais né un ou deux ans plus tard, Big Ben, reprit Draco en fermant les yeux. Enfin, évidemment, j'ai ma petite idée sur la question, mais va savoir... Aurais-tu été aussi barbant ? Comment aurais-tu vécu ta condition ?
– Je... Je n'en sais rien, avoua Big Ben, mal à l'aise.
– Si je peux me permettre, Draco, tu es mieux placé que nous pour le savoir, intervint Lumière.
Bien qu'il ait gardé les paupières closes, l'ancien Serpentard aurait pu parier que le chandelier et la petite horloge venaient d'échanger un regard lourd de sens. Ne désirant pas perturber plus longtemps ses deux plus fidèles sujets avec ses états d'âme, il enchaîna :
– C'est vrai... Trêves de bavardages. Racontez-moi ce qu'il s'est passé hier soir.
xXxxXxxXx
– Potter a quoi ? grogna Draco, en s'étouffant à moitié avec son biscuit, ce qui affola sa cour qui se mit à s'agita en tous sens.
Même s'il n'avait ni faim ni envie de voir quiconque excepté Lumière et Big Ben, il avait autorisé les autres objets enchantés à lui apporter à grignoter.
Si ses serviteurs avaient déjà peur de lui en temps normal, cette crainte atteignait son paroxysme aux alentours de la pleine lune, période pendant laquelle ils semblaient marcher sur un sol couvert d'œufs de dragon.
Comme il n'appréciait pas particulièrement d'être la cause de leurs voix tremblotantes et de leurs airs apeurés, Draco ne les sollicitait d'ordinaire pas avant deux ou trois jours. Par conséquent, il jeûnait tout ce temps-là, car Lumière et Big Ben étaient incapables de ne serait-ce que laver une salade.
Toutefois, ce jour-là n'était définitivement pas un jour ordinaire et il avait toléré l'intrusion d'une tasse de thé et de petits biscuits dans sa chambre. Le récit que lui contaient Lumière et Big Ben lui avait en effet donné envie de reprendre des forces, afin d'être sur pied au plus vite.
Notons que les deux objets enchantés n'auraient en théorie pas dû avoir quoique ce soit à lui relater, car Draco interdisait formellement à quiconque de s'approcher de l'aile Ouest le soir de la pleine lune. Peu, de toute façon, étaient ceux qui éprouvaient un tel désir.
Et pourtant, la nuit dernière, Big Ben et Lumière s'étaient échappés du placard où Potter les avait enfermés et, passant outre les ordres du Maître, ils s'étaient infiltrés dans l'aile Ouest dans le seul but d'épier les faits et gestes de l'Auror.
Draco ne leur en tenait pas rigueur. Pour le coup, cela l'arrangeait bien que tous deux agissent un peu comme bon leur semblait, comme si les règles ne les concernaient pas. Après tout, à l'époque où il était encore humain, il lui était arrivé plus d'une fois, à lui aussi, d'ignorer les cadres suivis par la plèbe...
En tout cas, la dernière chose dont il se souvenait était d'avoir pensé que Potter était un crétin. Cette réflexion, digne des heures de gloire de feu Emmanuel Kant, était suivie par le néant le plus total. Draco n'avait de ce fait d'autre choix que d'accepter pour vérité l'histoire de Big Ben et Lumière, aussi invraisemblable soit-elle.
Selon eux, Potter n'avait pas pris ses jambes à son cou immédiatement après que la lune se soit levée. Il serait resté un bon moment dans la chambre de Draco, protégé par le Charme du Bouclier, à essayer de raisonner le Monstre affamé.
Cela, Draco voulait bien le croire. S'il y avait des choses à propos du Survivant qu'il n'avait accepté de reconnaître que très récemment – comme son sens de l'humour –, il avait admis sans problème, dès leur première année à Poudlard, que Potter serait certainement la personne la plus obstinée qu'il ne rencontrerait jamais.
Oh, il voyait si bien l'Auror parler au Monstre avec douceur, déblatérer sur leur début d'amitié en souriant un peu, lui rappeler des anecdotes toutes récentes ou datant du temps de l'école, lui raconter une histoire drôle ou encore évoquer un souvenir avec Remus Lupin.
Cependant, malgré sa bonne volonté et sa ténacité à toute épreuve, Potter n'avait pu passer toute la nuit dans les parages, auquel cas il n'aurait plus été de ce monde à l'heure qu'il était... Il avait fini par avouer sa défaite et avait fui, enfermant le Monstre dans l'aile Ouest.
Il serait ensuite resté un peu plus d'une heure assis en haut des escaliers, contre la grande porte scellée, à marmonner dans sa barbe et à faire tourner sa baguette entre ses doigts. Et puis, il serait tout à coup levé d'un bond, comme pris d'une illumination, et serait remonté dans sa chambre au pas de course.
Mais le récit ne s'arrêtait pas là. Le lendemain, c'est-à-dire ce matin-là, à l'aurore, il serait retourné dans l'aile Ouest. Il se serait tout d'abord occupé du lit de Draco, qui était couvert de poussière et de mousse d'oreiller, puis il aurait installé le blond dedans, sans oublier de soigner ses blessures comme il le pouvait, avant de l'entourer de sortilèges de chaleur et de silence. Et pour finir, il se serait lancé dans un grand nettoyage des lieux.
En entendant cela, Draco s'étouffa de surprise et recracha un morceau de biscuit sur le tapis, sans cérémonie. Un coup d'œil prolongé à sa chambre le convainquit néanmoins que Big Ben ne mentait pas.
xXx
Tout n'était pas à sa place mais tout était propre. Les cadres entassés sur le sol avaient été empilés nettement les uns sur les autres, les pieds des meubles avaient été réparés et les rideaux avaient été raccommodés.
Rien que remettre la chambre en ordre avait dû être un travail titanesque, alors Draco ne se figurait même pas le temps que cela avait pris à Potter de ranger toute l'aile. Toute cette énergie gâchée pour rien, car il faudrait recommencer le mois suivant, puis celui d'après, et encore d'après...
La pleine lune avait raison, tout compte fait. A quoi bon faire disparaître les traces du passage du Monstre, alors que ce dernier en ferait immanquablement de nouvelles à son prochain réveil ? Pourquoi prétendre que rien d'anormal ne se passait au Manoir ? Pourquoi s'évertuer à cacher la poussière sous le tapis ?
Maintenant que Potter savait, il n'y avait plus de raison de faire semblant. Leur grand projet de restauration du Manoir allait s'achever comme il avait commencé : brutalement, sans préavis. De toute façon, Draco ne comprenait même pas comment il avait pu adhérer à une telle extravagance, l'étrange pouvoir de persuasion de Potter, sa bonne volonté, sa candeur, sans doute...
Potter. Potter savait enfin. Potter, le héros de la Lumière, ami des Nés-moldus, des Traîtres-à-leur-sang, des meurtriers, des hybrides, des créatures... Potter allait forcément avoir pitié de lui. Sa compassion serait-elle un sentiment assez pur et assez puissant pour briser la malédiction, Draco l'ignorait, mais il l'espérait.
Lui n'avait pas grand chose à y gagner, mais tous les autres... Sa mère...
– Draco... Potter a utilisé sa baguette, tu sais. Ça ne lui a pas pris plus d'un quart d'heure, l'informa Big Ben, avec une sorte de pudeur dans les aiguilles, sur laquelle l'ancien Serpentard n'avait pas le cœur de s'attarder.
– Ah, évidemment... souffla en réponse le blond.
L'époque où il pouvait ranger sa chambre en un tour de baguette lui semblait appartenir à une ancienne vie. La magie avait cessé de faire partie de sa vie pendant la Guerre, quelque part entre le jour où Potter lui avait volé sa baguette et le jour où il avait été mordu par Greyback. Il y avait peu de chances qu'elle la réintègre un jour.
A vrai dire, à la fin de sa période de probation, Draco ne sautait pas vraiment de joie à l'idée de récupérer sa baguette magique. Il savait très bien qu'elle ne lui obéirait jamais comme avant, brimée ou pas. Peu importait que son allégeance n'allait plus à Potter, peu importait que l'expert ait répété trois fois que sa fidélité était intacte, quelque chose entre l'artefact et le blond s'était irréparablement brisé.
La baguette ne l'avait pas totalement lâché. Elle fonctionnait tant que Draco ne dépassait pas les étroites limites imposées par le Ministère, mais avec réticence, comme si elle avait des scrupules à se laisser manier par lui ou plutôt qu'elle n'était pas tout à fait certaine de son identité.
« Est-ce vraiment lui, le sorcier que j'ai choisi il y a dix ans ? » penserait-elle sûrement, si elle était douée d'un intellect.
Depuis qu'elle était de nouveau en sa possession, il ne l'avait utilisée que quand il ne pouvait pas faire autrement. Par exemple, en prévision de la pleine lune du mois dernier, il aurait été irresponsable de sa part de ne pas ériger des barrières autour du domaine, empêchant tout promeneur inconscient d'approcher du Manoir. Cependant, ce qui aurait dû être fait intuitivement, presque distraitement, s'était révélé très pénible. Draco avait en effet eu la répugnante impression de forcer sa baguette à coopérer.
Il fallait se rendre à l'évidence, il n'était plus le même que quand il avait onze ans, il avait changé de nature. Il n'était plus un sorcier, mais une créature, un Monstre. Par conséquent, sa baguette ne le reconnaissait qu'en plissant les yeux, qu'au prix d'efforts sur elle-même.
Après deux années privé de magie, Draco s'était habitué à vivre sans, mais la perspective de ranger sa baguette dans un étui, de mettre cet étui dans un tiroir et de l'y laisser prendre la poussière le dérangeait un peu.
Elle était bien mieux entre les mains de Potter. Même si l'Auror avait une nette préférence – tout à fait excusable – pour sa baguette de houx, il utilisait parfois celle de Draco pour des sorts élémentaires. Il avait toujours les deux artefacts dans sa poche, et caressait parfois machinalement le bois d'aubépine, comme si ce contact le rassurait.
Peut-être que si Draco lui faisait remarquer ce geste, indice de vulnérabilité, Potter serait tout ému. Peut-être qu'il verrait en Draco un homme sensible, fragile, peut-être qu'il se sentirait obligé de l'aider.
– Faites entrer Potter, ordonna soudain l'ancien Serpentard, résolu à en appeler au tendre cœur du Survivant. Il attend en bas des escaliers.
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Potter poussa doucement la porte.
– Salut, Malfoy, dit-il en s'approchant du sorcier alité. Comment tu te sens ?
Comme espéré, son expression n'était ni effrayée, ni dégoûtée. Son visage montrait plutôt de la peine et... de la culpabilité. Allons bon, ce complexé de Survivant ne pensait tout de même pas que c'était de sa faute si Draco était un loup-garou ?
– On fait aller, répondit le blond, avec une tentative de sourire. Je me sens... plutôt bien. Carrément bien.
– Même si je n'ai pas ton petit problème de fourrure, j'ai passé assez de temps à l'infirmerie de Poudlard et à Sainte Mangouste pour reconnaître une personne n'étant pas au top de sa forme, répondit Potter en lui rendant son sourire.
Draco détestait qu'on se réfère à sa lycanthropie comme à un « problème », une « maladie », mots employés par ses sujets les rares fois où ils ne faisaient pas semblant que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Cependant, dans la bouche de Potter, le terme « problème » ne revêtait pas la même signification. Ce n'était pas un euphémisme, une façon élégante de parler de sa tare. Cela n'avait pas pour but de nier la gravité de son infection, non, c'était presque une plaisanterie, comme une petite blague entre eux. C'était du même ordre que les surnoms que se donnent naturellement de bons amis.
Cette familiarité, au lieu d'indisposer Draco ou de le mettre mal-à-l'aise, lui donna la formidable envie de rire. Potter avait accepté sa condition de Monstre sans aucun délai, comme s'il jugeait que cette anomalie n'avait pas plus d'importance qu'une lourde myopie ou qu'un bégaiement chronique. Comme si cela ne le surprenait ni ne l'intriguait pas. Comme si c'était peu commun, mais que ça s'était déjà vu, et qu'il n'y avait pas de quoi en faire une histoire.
Il n'avait pas peur, ni pitié.
A cette pensée, Draco n'eut plus envie de rire du tout. Si Potter n'avait pas pitié... s'il n'avait pas de peine pour le pauvre Mangemort, mordu par Greyback sur les ordres du Seigneur des Ténèbres dans le seul but de punir un peu plus la famille Malfoy pour sa trahison pendant la première guerre et ses échecs pendant la seconde, pourrait-il briser la Malédiction ?
Potter était son seul espoir... Mais Potter avait l'habitude de fréquenter des cas sociaux miséreux et il n'était pas du genre à s'apitoyer sur leurs sorts. Au contraire, en tant que disciple de Dumbledore, il allait toujours chercher à voir ce qu'il y avait de bien à prendre dans les situations les plus noires.
Ne lui avait-il pas confié qu'il aimait l'atmosphère pesante du Manoir, ses couloirs aux murs décrépits, ses moutons de poussière et son plancher grinçant ? Il aimait le mal qui rongeait ses fondations, il aimait les objets enchantés, il aimait tout ce qu'il y avait d'étrange et de malsain dans la demeure, ce qu'il aimait tant, finalement, c'était la Malédiction !
Ne serait-il pas capable de jalouser sa faculté de se transformer en Monstre sanguinaire les nuits de pleine lune ? Potter était si stupidement positif... il y verrait une chance. Une chance de quoi ? D'avoir une seconde nature, de pouvoir disparaître totalement le temps d'une nuit, d'avoir toujours avec soi un animal protecteur, d'appartenir à deux espèces différentes. Oh, au lieu de prendre Draco en pitié, Potter pourrait tomber amoureux du Monstre.
Si c'était vraiment le cas, alors sa mère... le Manoir... ses ancêtres... ses sujets... tout le monde serait fichu.
xXx
– Qu'est-ce que tu faisais en bas ? demanda le blond.
Potter détourna le regard, en glissant la main dans sa poche, certainement pour caresser nerveusement sa baguette. Draco ne comprenait pas pourquoi il se sentait si coupable, mais il n'allait pas tarder à l'apprendre.
– Je voulais voir comment tu allais mais... je n'ai pas osé monter. Je ne savais pas si ma présence serait bienvenue.
Draco ferma les yeux, irrité. Il n'avait pas été doté d'un grand capital patience à la naissance, mais à cette période du mois, il était carrément en déficit.
– Pourquoi est-ce que tu pensais ça ? Est-ce que tu as un souci avec ton ego, Potter ? Ta présence à toi, le Héros, ne serait pas bienvenue ? Tu ne crois pas que ça devrait être le contraire ?
– Heu... comment ça ?
– Le Monstre t'a bouffé le cerveau ou tu le fais exprès ? grogna Draco, dont la sensation de bien-être n'était déjà plus qu'un lointain souvenir. Du loup-garou ou du Sauveur, lequel selon toi est censé avoir le plus peur d'être rejeté ? Le Sauveur bien entendu ! Et pour quelle raison le loup-garou pourrait-il bien repousser le Sauveur ? Oh, évidemment, suis-je bête ? Parce que le Sauveur n'est pas assez maléfique pour lui ? Parce qu'il n'est pas un Monstre comme lui ?
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'un éclair de pitié passa dans les yeux de Potter, avant d'être remplacé par de la colère, elle-même remplacée de l'amusement.
– Durant toutes ces années, j'ai vécu dans le mensonge, dit-il.
– Hein ?
– Je n'arrive pas à croire que j'aie pu me tromper à ce point.
– Mais de quoi tu parles ?
– Tu te rends compte, Malfoy ? Avant-hier seulement, j'aurais pu mettre ma baguette au feu que tu étais tout le temps, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, au maximum de l'irritabilité. Et j'apprends aujourd'hui que tu regorges de ressources cachées et que le lendemain de ta transformation, tu exploses ton record – que dis-je ? Si en temps normal tu es aussi acariâtre qu'un Strangulot tournant dans le même bocal sans décor ni distraction depuis sa naissance, le lendemain de la pleine lune, tu es même plus hargneux qu'un Hippogriffe insulté !
Pour toute réponse, Draco fit un bruit indistinct, croisement entre un reniflement hautain et un étranglement.
– De l'eau... De l'eau... marmonna-t-il, et il vit, cette fois-ci, enfin, de l'effroi dans le regard de Potter.
xXx
Au bout d'une ou deux secondes, l'Auror sembla se ressaisir et, la main un peu tremblante, il sortit sa baguette de sa poche.
– Tu as un verre sous la main ? demanda-t-il en cherchant autour de lui quelque chose qui pourrait faire office de récipient.
Il était beaucoup trop paniqué pour la situation, ses gestes étaient aussi désordonnés et son expression aussi sinistre que s'il venait d'être traversé par un spectre extrêmement rebutant.
– Pas la peine, haleta Draco, en entrouvrant les lèvres.
A la grimace de Potter, il comprit que son haleine était assez fétide pour qu'un simple humain s'en aperçoive. Lui-même ne put s'empêcher d'avoir un absurde mouvement de recul en respirant l'odeur qui émanait de sa bouche.
Il faudrait vraiment qu'il ait un jour une discussion avec le Monstre à ce propos. Une relation saine se devait d'avoir des bases claires et solides et l'hygiène corporelle était le strict minimum selon Draco.
– Aguamenti, dit précautionneusement Potter, après avoir posé sa baguette à l'entrée de la bouche de Draco, qui ne se pencha pas sur l'étrange sensualité de leur position. Merde ! Désolé !
Malgré la douceur avec laquelle il avait dite l'incantation, le jet d'eau était trop puissant et Draco tourna la tête, en toussant.
– Attends, attends, on va faire autrement, souffla Potter.
Il lança le sortilège d'eau dans le creux de sa main gauche et versa maladroitement le liquide dans la bouche du blond, qui trouva ce geste encore plus intime que le précédent.
– J'espère que tu te laves bien les mains, lui dit Draco d'un ton soucieux, quand sa gorge eut cessé de brûler comme les flammes de Satan.
Il s'essuya les lèvres d'un revers de la manche. Voilà encore une chose inhabituelle : il était habillé. Ce qui signifiait que Potter lui avait enfilé un pyjama dans son sommeil... et aussi un caleçon.
Merlin, le Survivant l'avait vu nu. Draco n'était pas spécialement pudique – Salazar savait combien d'Elfes de Maison lui avaient donné son bain enfant, et même adolescent, combien de camarades de chambre et de Quidditch avaient pu apercevoir ses précieux attributs – mais l'idée que Potter ait vu ses cicatrices...
Il y avait celle qui serpentait sur son torse, nette et blafarde, souvenir de Potter justement. Il n'en avait pas honte. Au contraire, il aurait voulu n'avoir que celle-là, car elle au moins avait un sens, une raison d'être, alors que toutes les autres, rouges et boursouflées, parfois suintantes, étaient affreusement laides et gratuites. Elles entrecoupaient le Sectumsempra, elles le défiguraient, avec leurs contours déchirés, leur grossièreté, en somme.
Le Sectumsempra était le résultat d'un maléfice, ses marques de griffes et de morsures celui d'une malédiction.
– Et toi, tu te brosses les dents ? rétorqua narquoisement Potter, avant de déglutir. Tu... tu as encore un peu d'eau sur le menton, Malfoy.
Il y avait de la tension dans l'air, mais les deux sorciers firent semblant de rien.
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Draco grimaça et laissa échapper malgré lui une plainte entre ses dents serrées. Potter était en train de passer de l'onguent sur ses côtes, une de ses blessures les plus sévères, et il le faisait avec autant de délicatesse qu'un crabe de feu.
– Fais attention ! grogna-t-il, en s'agitant un peu pour échapper aux doigts de son tortionnaire.
– Chochotte, marmonna en retour l'Auror, avec l'air de celui qui a vu bien pire. Et arrête de bouger.
– Parce que... toi, le garçon-qui-a-survécu, en plus d'être imperméable à Avada Kedavra, les morsures et griffures de loup-garou te laissent impassibles ?
– Tu as déjà de la chance que je me sois volontairement proposé pour soigner tes plaies purulentes, Malfoy, répondit Potter, mélodramatique. Et que j'aille même jusqu'à utiliser l'inestimable matos du Ministère, pourtant réservé au terrain.
– En parlant de ça... tu n'as touché à rien... dans la pièce, n'est-ce pas ? demanda nonchalamment Draco.
Potter haussa un sourcil dubitatif, dans une pâle imitation de son hôte.
– Pas besoin de faire semblant de t'en foutre, Malfoy. Mais pour répondre à ta question, non, je n'ai touché à rien... sauf à la fleur – je plaisante ! dit-il précipitamment, quand il vit l'expression catastrophée de Draco.
– Tu as intérêt... soupira le blond, épuisé. Je ne sais pas ce que je ferai si tu...
Mais cette microseconde de terreur lui avait dérobé le peu d'énergie qu'il lui restait. N'ayant plus assez de force pour parler, il ferma les yeux et essaya de faire abstraction de la douleur. Oui, s'il ignorait les tiraillements et les crampes et les contractions, il se sentait plutôt bien, suffisamment en tout cas pour lâcher prise. Plutôt que bien, il se sentait en sécurité.
Le lit était toujours aussi moelleux et aussi chaud, toujours aussi accueillant bien sûr, mais ce n'était pas le plus important, désormais. Le confort le plus total ne pourrait jamais faire oublier complètement la solitude. Au contraire, peut-être ne ferait-il au final que la renforcer, tout comme le chocolat noir, censé aider à passer les moments difficiles, rappelle aussi à celui qu'il le mange que quelque chose ne va pas...
Draco ne souffrait cependant pas de solitude. Potter était là et malgré sa rudesse, il ne manquait pas de tendresse. Ses gestes étaient précis, professionnels, mais ils n'étaient pas dictés par l'indifférence. C'était que Potter voulait faire au mieux, afin que Draco se remette de la pleine lune au plus vite, et tant pis si cela faisait un peu mal sur le coup, tant que cela lui ferait du bien sur le long terme.
Ah, ce n'était décidément pas des caresses, mais cela faisait si longtemps que Draco n'avait pas été touché aussi intimement par un être vivant qu'il faillit soupirer de plaisir. Quelqu'un s'occupait de lui, quelqu'un prenait soin de lui, quelqu'un était auprès de lui. Dorénavant, ce ne serait plus uniquement le Monstre et lui. Après la pleine lune, viendrait l'Auror aux doigts de rose.
A Suivre...
Prochain chapitre aux alentours du 5 février.
Pour celleux qui s'inquiètent, je n'abandonnerai pas cette histoire ! J'en profite pour remercier tout le monde de lire et reviewer cette fanfic, ça c'est chouette (un petit mot est toujours bienvenu ;) )
