La belle âme

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est à JKR.

Pairing : HP/DM (ce ne sera jamais autre chose d'autre), brève mention de Harry/Ginny en chapitre 1, Hermione/Ron en fond.

Résumé : Après la guerre, Harry a deux préoccupations dans la vie : Élever correctement son filleul Teddy et cogner sur Draco Malfoy. Mais lors d'une bagarre qui dégénère, Harry et Draco meurent et se réincarnent en... poux ! Car il faut remonter les échelles du Karma si l'on veut accéder au Paradis et revoir Severus, Dumbledore et les Maraudeurs.

Rating : Rating K.

NDA : Holaaaa. Oui je sais je n'ai absolument pas fini mes autres fictions mais cette idée me trottait dans ma tête depuis un moment. Quelqu'un a déjà écrit quelque chose sur ce sujet ? Très certainement, mais je ne l'ai pas encore lu ! J'espère que je ne vais pas être accusée de plagia ! Et aussi que quelqu'un me lira et que ça lui plaira ! Gros bisous.

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Chapitre 1

POV Harry

À l'âge de vingt-trois ans, j'avais deux préoccupations dans la vie : élever correctement mon filleul, Teddy Lupin, et cogner sur Draco Malfoy.

Élever Teddy faisait de moi un adulte responsable, taper sur Draco Malfoy révélait l'adolescent qui bouillonnait en moi. Je m'en accommodais parfaitement mais il faut dire que ce n'était pas au goût de tous.

Je n'ai pas pu m'occuper de Teddy directement après la Guerre : c'est Andromeda qui l'a recueilli chez elle pendant que je suivais ma formation d'Auror avec Ron – nous étions décidément inséparables-.

Le rythme soutenu de l'Académie ne me permettant pas de m'occuper convenablement d'un bébé, j'ai été plutôt soulagé de pouvoir me reposer sur les épaules d'une femme qui avait déjà élevé un enfant – même s'il s'agit de Tonks-.

Et puis Ginny a perdu Théodore Nott – bon, il n'est pas vraiment mort, il est dans le coma, mais franchement c'est tout comme- et elle est venue s'installer avec moi, square Grimmaurd.

Ginny et Théo, c'est une sacré histoire, tout le monde s'accorde à le dire. Ils ont commencé à sortir ensembles un peu après la guerre, personne n'a franchement compris pourquoi, mais on a bien dû s'y faire.

Théo était quelqu'un de bien. Il ne parlait pas beaucoup et détestait tout contact physique – chose très difficile à concevoir pour Ron et Molly, qui ne jurent que par les câlins pour l'une et les coups sur l'épaule pour l'autre– mais c'était un gars bien, qui prenait soin de Ginny comme je n'en avais pas été capable.

Ginny et moi on s'est retrouvés juste après la guerre, puis on a vite compris que ça n'allait pas marcher. C'est elle qui a rompu, en disant que je ne l'aimais pas comme elle m'aimait. J'avais parfaitement conscience de ce fait, mais je crois que j'aimais le quotidien doux et rassurant que nous avions créé. Et puis je n'avais pas la force de la quitter et de me retrouver seul, une nouvelle fois.

Il faut croire qu'elle a toujours été plus courageuse que moi.

Ron l'a assez mal vécu, surtout quand elle s'est casée avec Nott. "T'aurais pu vraiment être de la famille, Harry !", me répétait-il en jetant des regards noirs à l'ancien serpentard. Puis il s'y est fait, comme nous tous. Et même si on a dû revoir Parkinson et Zabini à chaque anniversaire de Théo, à chaque Nouvel An, à chaque repas entre amis, je crois que Ron l'aimait bien, au fond.

Ginny et lui vivaient dans un petit appartement à la City. C'était un studio minuscule, hors de prix et et bruyant, mais je crois que Gin' l'adorait. Le pauvre Théo devait lancer des sortilèges d'insonorisation à tout bout de champs : il n'a jamais été très sociable, et je crois que le bruit ambiant le stressait. Mais Gin' était heureuse et Théo était heureux pour elle.

Il était une langue de plomb au ministère. Ce boulot lui allait comme un gant, et il en avait l'air plutôt satisfait, même si bien sûr il ne nous en parlait jamais. Puis un jour, il a touché un artefact de magie noire qui avait soi-disant été nettoyé, et il s'est évanoui et ne s'est plus jamais réveillé.

C'est Ginny qui est venue me demander mon aide.

À l'époque, j'avais deux préoccupations dans la vie : Trouver le courage de prendre Teddy chez moi à la fin de l'année et me demander ce qu'était devenu Draco Malfoy.

Cet intérêt – je refuse d'appeler ça une obsession même si Hermione me rabâche les oreilles avec ce mot- pour Malfoy me rappelait douloureusement ma sixième année, mais comme quoi on a tous des constantes dans la vie.

Les médicomages ont dit à Ginny qu'ils pouvaient maintenir Théo "vivant" grâce un coma magique, car il y avait une infime chance qu'un jour il se réveille. Ça, c'était la "bonne" nouvelle.

Sauf que ça coûtait très cher et que Ginny, avec son salaire d'attrapeuse remplaçante, n'en avait vraiment pas les moyens. Ça, c'était la mauvaise nouvelle.

Elle aurait pu utiliser l'argent de Théo, ils étaient mariés après tout, mais il y avait une sombre histoire d'autorisations, car puisque Théo n'était pas vraiment mort, Ginny ne pouvait pas toucher l'héritage, enfin quelque chose comme ça.

Elle ne pouvait pas vraiment demander de l'aide à ses parents, donc elle s'est tournée vers moi. Après tout je faisais presque partie de sa famille, j'étais le meilleur ami de son frère et, avant qu'elle ne me quitte, j'étais prêt à l'épouser.

Donc j'ai dis oui. J'ai jamais pu refuser quoi que ce soit à Ginny, de toute façon.

C'est comme ça qu'on a fini par se revoir souvent, puis tous les jours, puis qu'elle a fini par rendre son appartement, trop plein de souvenirs, et est venue habiter à la maison. Je ne sais pas trop comment ça s'est fait. J'imagine qu'on s'est juste rapprochés parce que c'était rassurant, qu'on se connaissait déjà, et qu'on avait confiance l'un en l'autre.

Et puis on était tous les deux vraiment malheureux.

Teddy est venu s'installer avec nous cette année là, juste après ma remise des diplômes. Je crois que Gin' avait besoin de passer à autre chose, je veux dire réellement passer à autre chose. Elle avait été l'héroïne de guerre encensée par la presse, la présumée fiancée de Harry Potter, puis l'épouse chérie de Théodore Nott, et elle était à présent la colocataire-confidente-amie-plan-cul-régulier d'Harry Potter et la mère de substitution de Teddy Lupin.

Ça se passait plutôt bien, enfin aussi bien que possible quand deux personnes pas encore adultes qui ne s'aiment pas d'un amour conventionnel tentent d'être les parents de substitution d'un enfant de trois ans. Mais j'imagine qu'on peut dire que c'était une sorte de bonheur, un peu étrange, certes, mais un bonheur quand même.

Je sais qu'Hermione n'approuvait pas franchement cet arrangement tacite que nous avions, Ginny et moi. A la maison, on se comportait correctement devant Teddy. Comme des parents, en fait. On dormait dans la même chambre, on se faisait un baiser sur la joue pour se dire bonjour ou au revoir, on se faisait des câlins parfois, on se parlait gentiment.

On ne se disputait jamais devant lui, on était présents pour lui. Teddy n'a jamais eu à manger à la cantine, à attendre à l'étude que quelqu'un vienne le chercher à dix-sept heures, à rencontrer une baby-sitter ou une nounou. Nous avons été présents, aussi présents que possibles pour deux gamins qui viennent de commencer le travail.

Je l'emmenais voler dans la partie sorcière de Hyde Park tous les samedis, et nous allions manger tous les trois chez Molly tous les dimanches. Il avait son quotidien rassurant et douillet, il était aimé et écouté, bref il ne manquait de rien. Ginny lui cuisinait des plats variés et équilibrés, elle lui lisait toujours son histoire le soir, elle avant le repas, il s'asseyait à la table de la cuisine et tandis qu'elle cuisinait, il lui racontait sa journée avec moult détails.

Elle faisait attention à lui et prenait son rôle vraiment au sérieux, et si Teddy ne portait pas le nom de Lupin, on aurait vraiment pu penser qu'il était notre fils.

Il est né avec les yeux, les cheveux de Remus - des putain de yeux dorés comme je n'en ai jamais vus, et quand il me regardait dans les yeux, j'avais l'impression de voir son père- et le nez de Tonks -enfin, c'est Molly qui dit ça, parce que moi je ne l'ai pas beaucoup vue au naturel-, mais il a vite prit notre apparence, à Ginny et moi : à part quand il était en colère - à ce moment là ses cheveux tournaient rouges-, il avait mes cheveux noirs ébouriffés et les yeux bleus foncés de Gin'. Ça lui a fait un choc, la première fois qu'elle a vu que le gamin s'était transformé afin de lui ressembler - il avait quatre ans, et Ginny à peine vingt-.

Moi je n'ai rien dit quand j'ai vu ça. Ça m'a fait quelque chose, bien sûr : je me suis senti coupable et je me suis demandé si Remus m'en voudrait s'il voyait ça, puis j'en ai parlé à Hermione qui m'a dit que c'était la manière qu'avait eue Teddy de nous dire qu'il nous acceptait comme ses parents de substitution.

Ginny a encore plus passé de temps avec Teddy, après ça. Je crois que c'est à ce moment là qu'elle a vraiment commencé à se désintéresser de son travail. Elle y allait mais avec moins d'entrain, et je la soupçonne même d'avoir refusé des remplacements pour ne pas rater des moments importants de la vie de mon filleul - comme la fois où elle devait s'absenter une semaine et où elle est finalement restée avec nous parce que le petit avait la dragoncelle-.

Je crois que ces trois années passées à élever Teddy ont été bénéfiques pour elles, car au début elle pleurait énormément là nuit, elle ne supportait pas qu'on parle de Théo, elle allait le voir tous les jours à l'hôpital. Puis avec le temps, elle a fini par parler de lui, surtout avec Teddy.

C'est difficile de parler de la vie, de l'amour et de la mort avec un enfant mais je me suis promis de ne jamais mentir à mes enfants. J'ai vécu onze ans en pensant que mes parents étaient morts d'un stupide accident de voiture ; ça a failli me tuer quand j'ai su qu'ils étaient morts pour me protéger. Je n'ai entendu parler de mon parrain qu'à l'âge de treize ans ; est-ce que ma personnalité et ma vision des choses aurait été altérée si j'avais su avant ? Très certainement.

Je n'ai pas eu la chance de connaître Remus et Tonks très longtemps, mais je parle d'eux à Teddy dès que j'en ai l'occasion. Les morts se sont battus pour que nous puissions vivre dans le monde que nous connaissons à présent et parler d'eux, c'est leur rendre hommage. Ginny est d'accord avec moi, elle a même finit par prendre Teddy avec elle à St Mangouste pour qu'il voit Théo. Hermione trouvait ça bizarre mais nous étions une famille bizarre, et je pensais que Teddy pouvait comprendre - de toute façon, Ginny n'est pas capable de mentir au sujet de Théo-.

On était heureux, à notre façon.

Et quand Gin' revenait à pas d'heure les nuits où Teddy était chez Andromeda, je ne posais pas de questions. Et quand elle sentait sur moi un parfum inconnu, elle ne posait pas de questions. Parce qu'elle et moi, on avait trop perdu ces dernières années, parce qu'on avait enfin un foyer, et ce serait dommage tout briser avec une malheureuse question. N'est-ce pas ?

La seule grosse dispute que nous avons eu Ginny et moi, c'est lors de l'anniversaire de Théo. On ne peut pas parler "d'anniversaire" au sens strict du terme, mais son corps avait un an de plus, c'était certain. Il continuait de vieillir comme si son propriétaire était encore parmi nous, et je crois que c'est ça qui faisait le plus de mal à Ginny.

Si elle avait eu un corps à enterrer, je crois qu'elle aurait pu faire le deuil. Mais elle se raccrochait à cet espoir infime, minuscule, qu'un jour l'homme de sa vie ouvrirait les yeux et se redresserait sur son lit, pour reprendre leur vie là où ils l'avaient laissée. Ce n'était pas moi l'homme de sa vie, et jamais Gin' et moi n'aurions d'enfants. Je le savais et je restais avec elle, malgré tout, parce que... J'avais besoin d'elle, peut-être plus que ce qu'elle avait besoin de moi.

Théo est né un 25 Février 1980. C'est ce jour-là que j'ai revu Malfoy pour la première fois. Après la guerre, lui et ses parents s'étaient fait la malle, non sans avoir lâché la moitié de leur fortune au Ministère pour "aide à la reconstruction" et "dommages et intérêts" - Ron était tellement heureux qu'il était intenable, ce jour-là-.

J'avais témoigné au Procès Malfoy, bien sûr. Draco Malfoy est un connard de première, mais je n'oublie pas que s'il n'avait pas menti cette nuit-là, lorsque j'ai été capturé, je ne serai pas là pour en parler.

Mais je ne pensais pas que le Ministère allait les exiler. C'était très à la mode à l'époque, et les français ont dû nous maudire de leur envoyer tous nos anciens Mangemorts. Dix ans d'exil pour Lucius, cinq pour Narcissa, et trois pour Draco. Je ne sais toujours pas pourquoi je me souviens encore des chiffres exacts.

Quand je suis entré dans la chambre de Théo, un peu en retard à cause du travail, Ginny et Teddy étaient déjà là, ainsi que Zabini, Parkinson, Ron, Hermione, Georges et Molly. Les parents de Théo sont morts pendant la guerre et Feu son père devait être en train de se retourner dans sa tombe, de voir autant de Gryffondors et surtout d'anciens membres de l'Ordre du Phénix à l'anniversaire de son fils unique.

"Toujours aussi ponctuel, à ce que je vois, Potter".

Je me suis figé, surpris d'entendre cette voix que je n'avais jamais réellement oubliée. Je me suis tourné et il était là, l'air plus grave que trois ans auparavant, mais toujours avec le même sourire de connard.

On s'est battus dans la chambre de Théo ce jour-là et je crois que Ginny ne me l'a jamais vraiment pardonné. Zabini et Ron ont dû s'en mêler, et il me semble même avoir mis un pain à mon meilleur ami par inadvertance. C'est aussi ce jour-là que Teddy a compris, du haut de ses trois ans, que je n'étais pas un adulte comme sa Grand-Mère Meda ou comme Molly. Que j'étais peut-être plus grand que lui d'un bon mètre mais que j'étais moi aussi un bébé, parfois.

Par la suite, je n'ai réellement vécu que pour ça – hormis Teddy, bien sûr-.

Malfoy et moi nous cognions dessus avec un enthousiasme étonnant – et peut-être même grandissant- à chaque fois que l'on se retrouvait dans la même pièce. Hermione m'a passé de nombreux savons, Ginny m'a jeté d'innombrables regards noirs, Molly m'a sermonné quelques fois et même Ron a lâché un "Vieux, t'abuses" d'un air blasé, mais je n'y pouvais rien, c'était plus fort que moi.

Dès que je me trouvais en présence de ce connard, c'était comme si j'avais quinze ans de nouveau. Comme si la guerre n'avait pas eut lieu, comme si Sirius n'était pas mort, comme si Dumbledore était encore là pour me dire comment vivre ma vie, comme si je n'avais pas tué quelqu'un, comme si par ma faute des dizaines d'élèves n'avaient pas perdu la vie. Comme si rien d'autre ne comptait que Malfoy et ses poings.

À la Commémoration de la fin de la guerre, on a mit le feu aux couronnes de fleurs. Lorsqu'on a dû collaborer sur une enquête – ce connard a fini médicomage, vous y croyez ça ? Qui confierait sa vie et sa santé à un type pareil ?-, mes collègues ont dû nous stupéfixer pour nous arrêter - j'en ai entendu parler pendant des mois, au bureau-.

Lorsqu'on s'est croisés à St Mangouste – je sortais de la chambre de Théo, Malfoy y allait- on a dû y rester dans le bâtiment deux jours de plus – j'avais un bras cassé et lui une jambe tordue-. Quand on s'est vus au Chaudron Baveur pour l'anniversaire de Gin', toutes les fenêtres ont explosé. Au Bal de Noël du Ministère, on a renversé la table du banquet et j'ai été suspendu pendant une semaine - mais lui deux ! Bien fait-.

Je sortais sacrément amoché de ces confrontations, mais pas autant que lui. Malfoy ne s'est jamais battu à mains nues, il avait Crabbe et Goyle pour ça, et puis c'est un sorcier, il utilisait la magie pour se défendre ou attaquer. Moi, en revanche, j'ai grandit avec Dudley et j'avais appris à encaisser les coups.

Peu m'importait de retourner à St Mangouste pour un énième bras cassé ou une commotion cérébrale si lui avait seulement une égratignure qui entache sa gueule de connard.

Je n'aurais raté ces confrontations pour rien au monde et je crois que lui non plus. On jurait qu'on ne recommencerait plus, qu'on allait se tenir comme des adultes, mais dès que l'on se revoyait, ça recommençait. Il suffisait d'un regard de travers, d'un frôlement d'épaule, d'un sourire bizarre et mon poing faisait ami-ami avec son nez pointu.

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Mon travail ne me plaisait pas vraiment. Je ne sais pas pourquoi, parce que Ron, lui, l'adorait. Mais moi j'y allais sans grand enthousiasme. Je crois que j'ai été surpris par la quantité de recherches, de paperasse à faire, et le nombre ridiculement petit d'heures que nous passions réellement sur le terrain.

Et puis les affaires sont longues, des fois nous passions des mois sur un cas sans avancer, et les gens continuaient de souffrir. Je crois que c'est ça qui me bouffait. Voir ces gens souffrir et ne rien pouvoir faire dans l'immédiat. Mais je continuais d'y aller, jour après jour, et d'en sortir à temps pour faire quelques courses et jouer avec Teddy avant le repas.

Après la guerre, je pensais rêver de Cédric, de Dumbledore, de Colin, de ces gens qui sont morts pendant la Bataille ou durant mes années à Poudlard, et j'ai pris des potions de sommeil sans rêve – jusqu'à ce que Hermione me dise d'arrêter parce que j'allais finir par devenir accro-.

Mais en arrêtant les potions, je me suis rendu compte que je faisais le même rêve nuit après nuit. Je rêvais de Sirius qui se tenait devant la tapisserie du Square Grimmaurd juste avant mon départ des vacances de Noël. Je me souviens de notre conversation, nous avions parlé de sa famille et de son arbre généalogique. Mise à part le jour de sa mort, c'est la dernière fois que j'ai vu mon parrain.

Mais dans mon rêve, au lieu de me montrer le trou de cigarette au dessus de son nom, Sirius se tournait vers moi et me disait d'un air grave :

"Si tu te protèges tu ne vivra jamais rien d'absolu, tu sera dans une demi teinte confortable. Ne te contente jamais d'une vie ou d'un amour médiocre. Cinq étoiles luxe ou rien. "Rien" est un absolu, à sa façon, et je n'aime pas les gens tièdes. Tu dois me faire plaisir. Il n'y a pas de petits plaisirs ou de petites souffrances dans le registre du vécu. Le rêve est la serrure où l'œil de l'âme se colle pour apercevoir l'homme ou la femme qu'on n'a pas osé être quand il était encore temps. Il est "temps" jusqu'à ce qu'on s'habitue et se trouve installé quelque part. "

Faire des cauchemars est largement pire, mais ce rêve me perturbait vraiment. Certaines personnes rêvent qu'ils volent au dessus des nuages, de plages de sable blancs, d'océans bleus... Bref, ils rêvent de choses agréables, mais moi j'ai tellement rêvé de ces paroles que je suis persuadé qu'elles restent la dernière vraie conversation que j'ai eue avec mon parrain.

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Je meurs un 2 Mai 2004. Ça fait déjà trois ans et demi que Teddy vit avec Ginny et moi, et six ans que la guerre est finie. La coïncidence est amusante : je ne suis pas mort le 2 Mai 1998 de la main de Voldemort, mais six ans plus tard, jour pour jour, à cause de ce connard de Draco Malfoy - Voldemort doit jubiler, de là où il est-.

C'est la commémoration de la fin de la guerre, et comme chaque année ça se passe au Ministère au lieu de Poudlard – allez savoir pourquoi-. Comme d'habitude, j'avais promis de me dire correctement et comme d'habitude, Hermione m'avait fait un sermon soporifique sur mon manque de maturité et la honte qu'ils ressentaient tous – Ron avait haussé un sourcil à la mention de ce mot un peu catégorique- à chaque fois que je me donnais en spectacle avec Malfoy.

Teddy, du haut de ses six ans, s'est caché sous la table du buffet avec une bonne dizaine de parts de gâteaux et son copain Khéna. Je les écoute rire et se chamailler pour savoir qui aurait le plus de bouchées de la part de tarte à la citrouille quand Monsieur Connard arrive dans mon dos et me bouscule, m'envoyant directement dans une tarte à la crème.

"T'as un peu de blanc au coin des lèvres, Potter. Je ne te connaissais pas ce penchant. La Weaslette est au courant ? "

Mon poing s'apprête à faire ami-ami avec sa mâchoire puis la voix d'Hermione s'impose dans mon cerveau – Harry, non !-. Il me sourit, goguenard, et je lui tourne le dos – je suis un mec mature, moi-.

Il fait une vague remarque sur les retourneurs de temps et je m'éloigne en tremblant. Il me suit en disant que c'est dommage qu'ils aient tous été détruits parce que sinon il aurait bien fait un petit bond dans le passé pour empêcher sa mère de me sauver la vie en mentant à Voldemort.

C'est nul de sa part et en plus il me la sort chaque année. Je sais que je devrais me contenter de l'ignorer mais j'en suis physiquement incapable alors je cherche un échappatoire – tiens, Ginny est en train de parler avec Neville, je vais aller leur tenir compagnie-.

Derrière moi, l'autre connard dit que c'est normal que Théo préfère rester dans le coma quand on voit ce qui lui sert de femme et Gin' ouvre la bouche mais elle n'a pas le temps de dire quoi que ce soit parce que je me jette sur Malfoy pour le faire taire de manière définitive.

Bref, on finit par se bagarrer comme deux gamins tandis que Hermione et Pansy nous hurlent dessus – c'est douloureux pour mes tympans mais ça en vaut le coup-.

Je ne sais pas comment elle fait, mais Hermione nous attrappe tous les deux par le col de nos chemises et nous fait transplaner avec elle – je prie silencieusement pour que Malfoy soit désartibulé mais mon voeu n'est pas exaucé, comme toujours-.

J'étouffe un grognement de rage parce que je ne sens plus la peau de Malfoy sous mon poing mais je croise le regard de ma meilleure amie et regarde autour de moi, étonné, avant de comprendre. Elle devait être tellement en colère qu'on a atterri du côté moldu. Elle pousse un petit cri stupéfait en s'en apercevant et nous foudroie du regard, comme si c'était notre faute – bon, d'accord, c'était un peu notre faute-.

Mais, fort peu inquiété par ce détail, Malfoy et moi nous dégageons de la poigne de ma meilleure amie et on reprenons notre activité – c'est à dire que j'ai replanté mes dents dans son bras et qu'il a retenté de s'assurer que je n'aurais jamais de descendance-.

Je sais pas comment le type a pu ne pas nous remarquer avec tout le boucan qu'on fait – enfin, surtout Hermione, dont les cordes vocales semblent avoir prit en puissance avec l'âge- mais en tout cas c'est à ce moment là qu'on se fait percuter par un camion.

On ne s'est pas fais écrasés, nos corps ne ressemblent pas à une sinistre confiture de framboise. Juste percutés. Ce qui signifie qu'on se l'est prit en pleine poire et qu'on a fini échoués quelques mètres plus loin, à cause de la violence de l'impact.

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Je reprends conscience à quelques mètres de mon corps. Je suis sacrément amoché et Malfoy n'est pas dans un meilleur état : son corps gît à quelques mètres du mien dans une position étrange et malsaine. Je me demande s'il est mort mais je ne vois pas son fantôme – ou son esprit, ou quoi que ce soit qui lui ressemble- aux alentours. Je me dis que c'est de sa faute si je suis mort et qu'il a intérêt à mourir aussi.

C'est super bizarre de se regarder mourir. Je contemple la plaie béante sur mon crâne et le sang qui coule sur le trottoir avec une sorte de fascination morbide.

Puis Hermione hurle comme une folle et, malgré l'attroupement de moldus, envoie un patronus à St Mangouste. Quelqu'un hurle et je me dis que les oubliators vont avoir du pain sur la planche.

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Je pers de nouveau connaissance et me réveille quelque part entre le ciel et la terre. Mon corps flotte – ou plutôt monte vers les nuages avec une lenteur exaspérante et j'ai tout le loisir de contempler la planète sur laquelle j'avais vécue pendant vingt-quatre ans.

J'ai envie de rire et de pleurer à la fois, parce que c'est quand même sacrément bête d'échapper deux fois à l'avada mais de mourir parce que Malfoy est un abruti fini. Mais la sensation n'était pas des plus désagréables – après tout, j'ai toujours aimé voler – et puis je vais enfin pouvoir revoir Sirius et Dumbledore. Et rencontrer mes parents.

Je n'avais jamais songé à l'éventualité d'une vie après la mort mais je bien obligé de constater, en survolant l'Angleterre, que je me suis pris un camion dans la figure et que mon corps est en train de se vider de son sang, mais que ma conscience ou mon âme est toujours en train de penser.

Est-ce qu'il y a un Paradis ? Est-ce que je vais devenir un ange ? Tout ce que j'espère, c'est que Malfoy est en train de lécher le cul d'Hadès avec ses anciens petits copains mangemorts à l'heure qu'il est.

Sauf que je n'arrive jamais aux portes du paradis. Arrivé au dessus des nuages, un homme m'attend. Ses yeux bleus pétillent derrière ses lunettes en demi-lune et je pousse un cri de surprise.

"Professeur ?"

Décidément, c'est la deuxième fois que je meurs et que je vois Albus Dumbledore dans les limbes. Le type s'est-il abonné à "l'accueil des nouveaux arrivants" ou quelque chose comme ça ?

"Harry", répond t-il en hochant la tête.

"Est-ce que vous êtes un ange ? Et... est-ce je suis mort ?"

"A ton avis, Harry ?"

Oui, la question est stupide. Je baisse la tête pour voir la terre sous mes pieds et je soupire.

"Je n'aurais jamais d'enfants."

Et je n'aurais jamais le plaisir d'enterrer Malfoy.

"James et Lily. Voilà comment je les aurais appelés. Si j'avais vécu assez longtemps."

Dumbledore s'avance vers moi – il semble flotter, ou glisser, c'est super bizarre- et me sourit.

"Tout n'est pas terminé, mon garçon".

"Ah bon ?!" Je demande en écarquillant les yeux. "Je ne suis pas mort ?"

La première chose que je ferais, c'est pisser sur la tombe de Malfoy !

Les yeux bleus pétillent une nouvelle fois et il m'adresse un grand sourire – de fumier, penserais-je plus tard, mais là tout de suite je suis encore innocent-.

"Oui. Tu n'as pas encore accompli toutes tes missions sur terre", fait-il d'une voix grave et je fronce les sourcils. Il n'en a pas marre de parler par énigmes ?

"Comment ça ?"

"Tu connais les théories de la réincarnation, Harry ?"

Je réfléchis quelques secondes avant de répondre :

"Oui, les moldus y croient. Enfin, pas tous. Ma tante Pétunia détestait que je pose des questions à ce sujet. Hermione m'a dit qu'en Inde..."

"Oui, certains indiens y croient", m'interrompt Dumbledore et il ajoute : "Tu as une belle âme, Harry. Mais ton karma est pourri."

"Pardon ?!"

"Je ne peux pas t'expliquer, il faut que tu le découvres par toi même. Mais ton karma est pourri, il faut vraiment que tu changes les choses pour remonter l'échelle du karma, si tu veux accéder au Paradis."

"Quoi ?!"

"Tu vas retourner sur terre sous une apparence que tes amis et ton entourage ne connaissent pas. Cette apparence risque de te surprendre un peu..."

Pitié que je ne me réincarne pas en femme...

"Et tu vas vivre ta vie en faisant les bons choix, cette fois-ci."

Je me crispe malgré moi et ne prends plus la même de cacher mon agacement :

"Comment ça, les bons choix ? Et d'où mon karma est-il pourri ? Il me semble avoir fait assez de bons choix et de bonnes actions pour toute une vie ! "

"Ne t'énerve pas, Harry. Je dis juste que certaines de tes décisions peuvent être... repensées."

"Comme quoi ? Tuer Voldemort ? Sauver des vies ? Devenir Auror ? Aider Ginny à maintenir Théo en vie ? Prendre Teddy chez moi ?"

Je commence à perdre patiente et il le voit bien. Bordel, je me suis pris un putain de camion, j'ai tué Voldemort, j'ai sauvé la vie de plein de gens, et il me dit que j'ai un karma dégueulasse !

"C'est vrai que je suis une personne horrible !" Je crache.

Il m'adresse un autre sourire et je fronce les sourcils.

"D'abord, le karma, c'est pas Bouddha qui s'en occupe ? Il est où ce con ? Je vais lui dire ma façon de penser !"

Dumbledore sourit encore - décidément, tout ça doit beaucoup l'amuser et je réfléchis intensément.

"Ah ! Je sais ! Sauver Malfoy de la salle sur demande ! C'est ça, mon erreur ! J'aurais dû le laisser crever, cet abruti ! Le monde se porterait bien mieux sans l..."

Il hausse un sourcil et me coupe :

"Ok, Harry, je te laisse là. Bonne chance !"

"Non ! Attendez ! Vous ne pouvez pas... professeur !" Je m'écrie tandis que mon corps commence à disparaître – ce n'est pas la sensation la plus agréable au monde, d'ailleurs-.

"Passe le bonjour à Monsieur Malfoy de ma part !"

Quoi ? Qu'est-ce que Malfoy a à faire avec tout ça ?

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Premier chapitre un peu court, mais les autres seront plus longs si l'idée vous plaît :)