Mayunaise le 5 février
Bonsoir bonsoir ! Tout d'abord, merci pour vos petits mots, c'est très encourageant. J'ai retrouvé la motivation pour écrire (en espérant que ça dure :) ). Ce chapitre est d'ailleurs plus long que les autres...
J'ai fait une illustration de la première scène, visible sur mon tumblr maiathoustra / Attraper le contour du monde !
Note (1) : Hobereau est un terme péjoratif pour désigner un "petit gentilhomme campagnard vivant sur ses terres", selon le Larousse.
Précédemment : Le lendemain de la pleine lune de septembre 2000 n'est pas ordinaire. Draco se réveille tout confort et il a la patate. Big Ben et Lumière lui apprennent que Potter a tenté de raisonner le Monstre mais qu'il a fini par fuir, pour revenir à l'aurore remettre de l'ordre dans l'aile Ouest et s'occuper de ses blessures. Potter lui rend ensuite visite, l'air coupable de Draco ne sait quoi. Moment de gêne : l'Auror lui donne à boire dans ses mains. Il passe aussi de l'onguent professionnel sur ses plaies et Draco finit par s'endormir, apaisé.
En réponse à Muntittra : Quelques réponses sur la double malédiction dans ce chapitre ! Quant à Narcissa, patience, patience... Et pour l'identité de Big Ben et Lumière, j'espère que personne ne devinera, j'ai bien hâte pourtant de lever le mystère héhé. En tout cas, merci pour ta lecture et ta longue review, désolée de ne pas pouvoir en dire plus, mais c'est toujours un plaisir de te lire.
LE MONSTRE DE L'AURORE
Chapitre 7 : Se soutenir mutuellement pour ne pas se briser
– Hey, réveille-toi...
Quelque chose de froid s'enfonçait dans la joue de Harry, qui rouspéta faiblement.
– Hhh... Laisse-moi, Dipsy...
– Potter !
– Hum ?
Harry cligna laborieusement des yeux, perdu. Les branches de ses lunettes s'enfonçaient de façon désagréable dans les côtés de sa tête et le verre droit était carrément collé à sa paupière. Il réajusta sa monture en se disant que cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas endormi avec autant de négligence.
Même après une mission épuisante, quand le soir il s'effondrait enfin dans son lit, il ôtait toujours ses lunettes d'un geste mécanique pour les placer sur la table de chevet. Mais il n'était pas son lit à Londres ni même dans celui de sa chambre au Manoir Malfoy. Il n'était pas dans un lit du tout.
– Potter ! répéta Malfoy, penché au dessus de lui, en enfonçant de nouveau son index froid dans sa joue. Qui est Dipsy ?
– Le porte-manteau de ma chambre, répondit simplement Harry, en analysant la situation.
La dernière chose dont il se souvenait était d'être en train de panser les blessures de son hôte. Il était maintenant sur le tapis, affalé contre le lit, la bouche pâteuse et partiellement engourdi. Un coup d'œil vers la fenêtre lui apprit par ailleurs que la nuit était bien avancée.
– Je me suis endormi ?
– Brillante déduction, ricana Malfoy sans méchanceté.
Au son de sa voix, Harry supposa qu'il s'était lui-même assoupi, mais il ne répondit pas. Le silence s'installa sans qu'aucun des deux sorciers ne bouge ou ne suggère de se lever. Qu'avaient-ils à faire d'urgent, de toute manière, à cette heure si fantomatique ?
Le jour était loin devant eux et ils n'avaient ni faim ni sommeil, aussi restèrent-ils un moment ainsi, Harry assis par terre, l'arrière du crâne reposant contre le matelas et Malfoy allongé sur le ventre dans le lit, le menton calé entre ses bras croisés.
Dans sa position, Harry ne pouvait pas voir le visage de son ami, pourtant à une dizaine de centimètres du sien. Mais il sentait sa présence et c'était amplement suffisant pour tenir à distance le sentiment de solitude qui le prenait aux tripes quand il se réveillait en pleine nuit, dans son appartement de célibataire.
Au Manoir, cela dit, il n'avait jamais eu ce problème : les légers ronflements des objets enchantés le rassuraient et l'aidaient à se calmer, aussi efficacement qu'une berceuse.
xXx
Harry venait de refermer ses yeux, en se disant qu'il dormirait bien jusqu'au matin, tout compte fait, quand Malfoy brisa le silence.
– Tu es proche des objets enchantés, n'est-ce pas ?
– Tu vas peut-être trouver ça étrange, mais... j'aime le Manoir, même dans son état actuel, et j'aime ses objets vivants. Le soir, on discute et ils sont si...
Harry ne trouva pas le mot juste pour décrire la touchante bonté et la drôlesse, aussi, de la plupart des objets qui gravitaient autour de lui.
– … Ils t'aiment vraiment, Malfoy, tu sais, dit-il à la place. Avant-hier, Madame Samovar, par exemple, m'a raconté que–
– Ils me respectent, enfin, ils ont peur de moi, l'interrompit Malfoy. Tu les aimes alors ? Je m'en doutais.
Il y avait de la tristesse dans sa voix, comme si cela le contrariait que Harry apprécie les objets enchantés. Le silence qui s'ensuivit était boudeur.
– Pourquoi est-ce que tu te sentais si coupable ? demanda soudain le blond, pour changer de sujet.
– Comment ça ? dit Harry, en levant la tête vers lui.
Leurs regards se croisèrent et Malfoy sourit paresseusement. Son visage était vraiment tout proche et Harry pouvait presque imaginer que l'air qu'il respirait avait auparavant été expiré par Malfoy et vice-versa. C'était une ambiance étrange et fragile, qui semblait paradoxalement pouvoir durer toute la nuit.
– Tout-à-l'heure, tu n'as pas osé entrer dans l'aile, explicita le blond. Tu semblais... tu sentais la culpabilité. Pourquoi est-ce que tu t'en veux, Potter ? Pour quel tort fictif te châties-tu ?
– Ah, ça... Rien n'échappe à tes sens surhumains, hein ? Et bien...
Encore une fois, Harry n'arriva pas à formuler clairement sa pensée. Il décida de s'en tenir aux faits, comme dans ses rapports à Robards, où objectivité et concision étaient les maître-mots.
– Hier soir, quand j'ai compris que je ne réussirais pas à te calmer–
– À calmer le Monstre, rectifia Malfoy.
– Si tu y tiens. Je disais, quand j'ai compris que tu... que le Monstre n'était pas maîtrisable, je l'ai enfermé dans l'aile et j'ai jeté tout plein de sortilèges défensifs sur la porte pour qu'il y reste.
Malfoy hocha de la tête dans ses bras, l'incitant à continuer.
– Mais je ne suis pas retourné dans ma chambre tout de suite. Je suis resté en haut des escaliers, à... l'écouter. Je ne sais pas ce qu'il m'est passé par la tête.
– Et bien quoi ? demanda Malfoy, confus, quand Harry eut fini de parler. Tu t'en veux d'avoir fui devant un monstre sanguinaire ? D'avoir voulu rester en vie ?
– Non ! Enfin, si un peu, avoua Harry, en fronçant les sourcils, cherchant à démêler ses propres pensées. Tu ne comprends pas, Malfoy ? Je suis resté devant la porte. Mon odeur... enfin, je veux dire, ça a dû te rendre fou, non, d'être à moins d'un mètre d'une proie et de ne pas pouvoir la...
Il fit un geste évasif de la main.
– Dévorer ? Déchiqueter ? Condamner au même sort que le mien ? proposa Malfoy. Si je synthétise, tu as l'impression d'avoir nargué le Monstre.
– Non, plutôt de lui avoir fait du mal, de l'avoir torturé, en lui faisant miroiter un repas, ou je ne sais quoi, développa Harry avec maladresse.
– Tu as une trop grosse estime de toi, mon pauvre Potter. Toutes ces années à faire la Une de la Gazette ont eu raison de ta modestie, rit sarcastiquement le blond, en lui donnant une pichenette sur la joue. Je t'assure que ton parfum n'a rien d'extraordinaire. Tu te tracasses pour rien.
xXx
Le silence retomba entre eux. Malfoy devait cependant être d'humeur bavarde, cette nuit-là, car il relança la conversation quelques minutes plus tard.
– J'ai remarqué que tu caressais souvent ta baguette, dit-il d'un ton neutre.
– Pas... Pas plus que– bafouilla Harry, embarrassé, avant de tilter.
Mais le mal était fait.
– Oh, qui l'eût cru ? Le Survivant, le garçon-qui-a-survécu, l'Elu, rien que ça, avoir un esprit si mal placé ! le taquina Malfoy, bien trop goguenard, terriblement satisfait du quiproquo.
– Oh, qui l'eût cru ? L'héritier Malfoy, le parfait petit Sang-Pur, l'aristocrate aux manières les plus irréprochables, tenir des propos d'une ambiguïté douteuse ! riposta Harry du mieux qu'il le put.
– D'accord, Potter, il m'arrive parfois de mettre de côté ma finesse légendaire et de m'aventurer dans les terres obscures de l'humour populaire et grossier.
– Alors éclaire ma lanterne d'homme du peuple, Ô vénérable hobereau (1) ! Vers quelle extrémité du spectre des mots d'esprit, « finesse légendaire » ou « humour populaire et grossier », penchent donc les badges « Potter pue » ? demanda Harry, l'air innocent.
– Oh, ça va, répondit Malfoy, faussement vexé. Pour ma défense, c'était un bel acte de magie.
– Bien évidemment, messire Malfoy, un remarquable acte de magie que ces insignes portant l'inscription Ô combien distinguée « Pott–
– Hey, réponds-moi maintenant, le coupa l'ancien Serpentard.
La pénombre ne dissimulait rien de la curiosité qui palpitait dans ses yeux gris, francs, attentifs, presque perçants, et Harry s'agita un peu, mal-à-l'aise. Il tourna la tête pour regarder dans le vague, plutôt que dans ce regard trop sincère.
– C'est un truc que mon Psymage m'avait appris, bougonna-t-il. Un coup vers le haut, deux coups vers le bas, un coup vers le haut, deux coups vers le bas, et ainsi de suite. A chaque fois que je me sens oppressé, qu'un souvenir indésirable se fraye un chemin dans ma conscience, bref, que quelque chose ne va pas, un coup vers le haut, deux coups vers le bas, jusqu'à ce que je puisse reprendre ce que j'étais en train de faire.
– Comme chasser les méchants ?
– Entre autres, grimaça Harry, qui avait dû avoir recours à ce petit truc dans des circonstances incongrues et pas forcément dans le cadre de son travail.
Il faillit partager avec Malfoy la fois où, à la Poste sorcière de son quartier, il avait totalement perdu ses moyens face à une chouette blanche et passé plusieurs minutes à caresser frénétiquement sa baguette, s'attirant les regards outrés des autres clients, mais il s'abstint. Ce n'était pas une question de confiance, du moins, pas entièrement. Harry n'avait surtout pas envie de dévoiler à son ami à quel point il était instable, à quel point la Guerre l'avait affecté.
– J'aimerais bien avoir un truc magique pour oublier aussi facilement mes... traumatismes, rit Malfoy sans humour, tout en se mettant assis, comme si une telle confession ne pouvait décemment pas se faire dans la position indolente dans laquelle il était.
Il prit ses genoux entre ses bras et posa son menton dessus, et on aurait dit un énorme œuf posé sur le lit. Harry décida qu'il était aussi temps pour lui de s'installer convenablement, car ses fesses étaient toute endolories et le bout de ses orteils ne répondait plus du tout. Il grimpa sur le lit avec un regard incertain.
Comme Malfoy ne le repoussa pas en glapissant d'outrage, l'Auror s'enhardit et s'assit en tailleur à côté de lui. Ils regardaient tous les deux en direction de la fenêtre, derrière laquelle la nuit était toujours aussi noire.
xXx
– Ce n'est pas aussi facile que ça, malheureusement, finit par dire Harry.
Il ignorait pourquoi il avait subitement besoin que Malfoy sache, alors que c'était tout le contraire un instant auparavant. En règle générale, il détestait parler de ses angoisses.
Il avait attendu plusieurs mois avant de confesser à Ron et Hermione qu'il allait voir un Psymage, encore plus longtemps avant de leur avouer que Robards avait menacé de le virer, s'il n'y allait pas. A l'heure qu'il était, ses deux meilleurs amis n'avaient toujours pas idée de la gravité de ses crises et du handicap qu'elles avaient représenté dans sa vie quotidienne et professionnelle.
C'était inutile de leur parler en détail de ses problèmes, ils avaient déjà, eux aussi, des traumatismes à soigner. Et ils s'en sortaient bien mieux que lui pour combattre leurs vieux démons – pourquoi Harry leur aurait-il rappelé la Guerre et ses morts, quand eux faisaient tout pour continuer à vivre ?
Mais Malfoy n'était pas... Malfoy avait été de l'autre côté, Malfoy portait la Marque des Ténèbres sous ses cicatrices. Malfoy ne pourrait jamais oublier la guerre, cette dernière se rappellerait toujours à lui, car son nom, comme celui de Harry, était intrinsèquement lié à elle.
Malfoy comprendrait et il ne s'apitoierait pas. Il accepterait, tout simplement, inconditionnellement, que Harry Potter serait pour toujours hanté par Voldemort. La prophétie s'était accomplie, mais la cicatrice sur son front ne s'effacerait jamais. C'était là sa malédiction personnelle.
– Aguamenti, murmura Malfoy dans un souffle, si doucement que Harry crut avoir halluciné.
Etant donné que le blond n'avait pas sa baguette à la main, il ne se passa rien, mais le Survivant frissonna malgré lui.
– Ce sortilège te gêne. Il... Il te rappelle un mauvais souvenir. Est-ce qu'en ce moment, tu as envie de frotter ta baguette ? En toute innocence, bien entendu.
Harry donna un coup de coude exaspéré à son ami, tout en le remerciant mentalement d'avoir tenté de détendre l'atmosphère. Il hésita à répondre, mais le caractère flottant et irréel du moment – la nuit qui paraissait éternelle, le confort du lit sous ses fesses ankylosées, la vulnérabilité de Malfoy, roulé en boule à côté de lui – l'invitait à parler.
Il raconta, sans mentionner explicitement les Horcruxes, dont le grand public n'avait pas connaissance, la Caverne au bord de la mer, la potion vert émeraude, le Sortilège d'Eau impossible à lancer et le lac dormant, infesté d'Inferi...
Quand il se tut, Malfoy ne commenta pas son récit, mais Harry savait qu'il avait écouté attentivement et cela leur suffisait à tous les deux.
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– Greyback m'a mordu environ une semaine avant la Bataille Finale, dit le blond avec autant de simplicité que s'il parlait de la météo. C'était la pleine lune d'avril 1998, la dernière avant l'assaut sur Poudlard. Le Seigneur des Ténèbres avait plusieurs fois laissé entendre qu'il me jetterait bien en pâture aux loups, mais mon père avait toujours cru qu'il plaisantait, qu'il me titillait. Comme souvent, il a eu tort et, une nuit, un loup-garou est entré dans ma chambre. Dans cette chambre.
Il fit une pause pour observer la pièce, mais aucune créature féroce ne jaillit de ses placards. Il reprit.
– Ce fut très bref, très violent et j'ai cru mourir. Je pense que le Seigneur des Ténèbres était indifférent à la question. Que je meure ou que je devienne un loup-garou revenait sûrement au même pour lui. Mais j'ai survécu. Entre les réunions stratégiques et tous les autres préparatifs pour la Bataille, j'ai à peine eu le temps d'enregistrer que j'avais changé de nature. Et comme je ne me transformerais pas avant le mois suivant, j'ai mis cette histoire de côté et j'ai continué ma vie, tout en sachant qu'elle s'achèverait vraisemblablement avant ma première métamorphose. Mais à la fin de la bataille du 2 mai, je n'étais toujours pas mort.
La phrase « tu m'avais sauvé des flammes » plana dans les airs un instant, aussi claire et distincte que si elle avait été prononcée à voix haute.
Harry n'osa pas passer son bras autour des épaules de Malfoy, comme il l'aurait fait avec n'importe lequel de ses amis, et il se mit à triturer nerveusement ses doigts à la place, attendant que le blond reprenne son histoire.
– Les Aurors sont arrivés à Poudlard et ils nous ont embarqués, mes parents et moi, ainsi que tous les autres Mangemorts qui avaient eu la stupidité de rester sur les lieux. Nous nous sommes retrouvés à Azkaban de façon provisoire. Mes premières transformations ont eues lieu dans une cellule. J'ai chaque fois cru mourir et, chaque fois, j'ai survécu. Enfin, en Août, j'ai été libéré. Après que le Manoir a été fouillé, j'ai pu retourner y vivre avec ma mère.
– Mais ta mère a disparu, intervint Harry, perplexe. Je l'ai lu dans les journaux. Ils ont ouvert une enquête et ça n'a rien donné.
Daisy Hammer, une des Aurors qui s'occupaient des affaires non classées, s'arrachait encore les cheveux à ce sujet le jour où Lewis avait été envoyé au Manoir Malfoy.
– C'est incompréhensible ! s'était-elle plainte en feuilletant le maigre dossier pour la énième fois. Narcissa Malfoy s'est comme évaporée dans les airs. Tu ne me laisserais pas aller au Manoir avec toi, par hasard ?
– Impossible, Daisy, tu sais bien, avait répondu Lewis, contrit. Je ne fais qu'une visite de routine et de toute façon, le Manoir a déjà été fouillé ce mois-ci. Si M'dame Malfoy s'y planquait, on l'aurait trouvée, tu ne crois pas ?
La scène revint avec force dans l'esprit de Harry. Tout y était, les rires de ses collègues, les bruits de pas dans le couloir, le sifflement des mémos. Il se revoyait, un mug à la main, appuyé contre le mur, vaguement amusé, mais en retrait de la conversation. A ce moment-là, cette affaire ne l'intéressait pas plus que le statut astronomique de Pluton.
Peut-être aurait-il participé plus activement au débat s'il avait su qu'il serait dépêché au Manoir Malfoy le lendemain et qu'il y resterait coincé pour une durée indéterminée, faute d'issue !
Le souvenir était décidément très vivace, rempli de détails anodins. Harry se rappelait par exemple de la couleur des boutons de chemise de Lewis (nacre), de la météo du Ministère ce jour-là (beau temps) et de la coiffure de Daisy (un chignon). C'était à la fois surprenant et prévisible. Même s'il avait l'impression que cela faisait une éternité qu'il n'avait pas vu son bureau, ses collègues, ses amis, Teddy, moins d'un mois s'était écoulé depuis son arrivée.
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– Ma mère a disparu, c'est vrai, admit Malfoy, avec la prudence d'un moineau à qui on tend du pain sec.
Il détenait vraisemblablement des informations capitales pour l'enquête de Daisy, mais Harry ne chercha pas à le faire parler, car leur discussion était à l'opposé d'un interrogatoire. Chacun choisissait librement ce qu'il voulait dévoiler et ce qu'il voulait taire, sans avoir à se justifier.
– J'ai effectué mes deux années de travaux d'intérêt général dans le monde Moldu, et je me suis petit à petit... habitué à ma nouvelle condition. Mon tuteur n'a jamais rien soupçonné. Je crois qu'il pensait que mes perturbations physiques et psychiques étaient des séquelles de la Guerre, que la défaite du Seigneur des Ténèbres m'avait rendu fou, comme que mon père. Quant aux Moldus, ils pensaient que j'avais une maladie chronique très grave, qui nécessitait que je sois hospitalisé une fois par mois. J'ai évidemment encouragé cette rumeur.
– Attends, attends, tu veux dire que personne ne sait que tu es un loup-garou, mis à part les détenus d'Azkaban et moi ? demanda Harry, bouche bée. Et tes amis ?
La question était maladroite et les bras de Malfoy se serrèrent plus fort autour de ses genoux, dans un réflexe d'autodéfense aussi triste que désarmant.
– Mes anciens amis ont étonnamment d'autres préoccupations que ma santé, Potter. Je vais certainement t'apprendre quelque chose, mais il s'avère qu'une grande partie d'entre eux étaient du côté des Ténèbres et que les autres ne se prononçaient pas. En tout cas, même toi tu peux comprendre qu'il était plus sage pour nous tous d'arrêter de nous fréquenter après la Guerre. Chacun tente de reconstruire sa vie, ici ou ailleurs...
Malfoy avait l'air tellement mélancolique, roulé en boule dans son pyjama blanc, le visage éclairé par la lune et les orteils recroquevillés, que Harry eut envie de lui tapoter l'épaule, et même de l'attirer vers lui pour le réconforter. Toutefois, il ne faisait aucun doute que Malfoy aurait interprété ces gestes amicaux comme de la pitié. Harry ne désirant pas l'irriter, il garda ses mains pour lui et passa à autre chose.
– Mais j'ai raison quand je dis que tu n'es pas un loup-garou normal, hein, Malfoy ? demanda-t-il, le regard obstinément fixé sur la fenêtre.
– ... Oui, souffla l'ancien Serpentard, en relevant la tête, soudain très tendu, immobile comme un campagnol qui a vu passer l'ombre d'un hibou.
– Et je ne me trompe pas non plus quand je dis que la potion Tue-Loup ne fonctionne pas pour toi.
– Exact.
– Il y a autre chose qu'une simple morsure. Une chose plus grande et plus noire, une malédiction qui n'a originellement aucun lien avec ta lycanthropie, mais qui... qui l'influence. Qui a un impact sur elle. Qui empire les choses.
– Oui, finit par dire Malfoy, les dents aussi serrées qu'un enfant effrayé par le dentiste.
– Et cette malédiction qui pèse sur le Manoir a un rapport avec la fleur dans ton placard secret.
Fleur qui avait perdu trois pétales, maintenant, songea Harry. Un de plus, il en était certain, que la dernière fois qu'il l'avait vue. Il ne fit cependant pas part de cette remarque à Malfoy, car même s'il ne comprenait toujours pas ce qui liait son ami et la fleur, il avait senti dès le début que ce lien était extraordinairement précieux, intime.
La perte d'un nouveau pétale lui paraissait alors aussi grave que l'amputation d'un membre, oui, c'était comme si c'était Malfoy lui-même qui se désagrégeait. Evoquer cet événement à voix haute, dans ce cas-là, était déplacé, voire vulgaire.
– Ce n'est pas un placard mais un cabinet, le corrigea le blond, d'un air pincé. Un cabinet qui a caché des artefacts très puissants au fil des siècles et qui n'est accessible qu'avec une baguette Malfoy, un peu de respect ! Mais oui, grand Auror, la fleur n'est pas étrangère à cette histoire...
– Et les objets enchantés n'en ont pas toujours été.
– Tout à fait, Potter. Dix points pour Gryffondor.
– Pourquoi ne me révèles-tu pas tout simplement le secret du Manoir, au lieu de parler par énigmes et de te fiche de moi ? s'énerva Harry, frustré.
Malfoy venait de confirmer ses hypothèses, mais l'énigme restait entière, si hermétique que l'Auror se demandait sérieusement s'il ne mourrait pas avant de l'avoir résolue.
– En fait, pourquoi m'en parles-tu si ouvertement, Malfoy ? Pourquoi ne protèges-tu pas le mystère de ta baraque, comme le fait Big Ben ?
Malfoy plia et déplia ses orteils, mouvement qui attira le regard de Harry. Les ongles de pied du blond étaient grossièrement coupés, plus pointus qu'arrondis, et le Survivant ne s'imaginait que trop bien son ami les tailler avec lassitude tous les deux jours, peut-être même tous les jours au moment de la pleine lune. Néanmoins, avoir des ongles trop enthousiastes constituait assurément l'un des inconvénients les moins gênants de la lycanthropie.
– Pour rien, comme ça, dit finalement Malfoy, sans grande conviction. Big Ben ne comprend pas l'enjeu de la Malédiction. Il est trop jeune... Ne parlons même pas de Lumière. Je crois de toute manière que la Malédiction ne les embête pas, eux. Je crois qu'ils s'amusent bien mieux sous cette forme, mais c'est loin d'être le cas pour tout le monde.
Malfoy n'avait apparemment plus envie de parler et Harry respecta son mutisme. Bien que les étoiles brillent toujours autant dans le ciel, l'heure des confidences était passée. Les deux sorciers passèrent le reste de la nuit en silence, à attendre patiemment l'aurore mais, quand le soleil se leva enfin, il les trouva endormis, quoique toujours assis l'un à côté de l'autre, la tête de Harry nichée entre l'épaule et le crâne de Malfoy.
Ainsi, ils avaient l'air de deux gros œufs qui doivent se soutenir mutuellement pour ne pas se briser.
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– Vous êtes réveillé tôt, monsieur Potter, dit Madame Samovar, la théière, son couvercle se soulevant doucement dans un bruit délicat de porcelaine tel un sourcil haussé.
– Aujourd'hui, j'ai à faire, répondit l'Auror en baillant.
Très motivé, il avait demandé la veille à ce que Tinky, l'horloge de sa chambre, carillonne à six heures tapantes. Il avait à faire, c'était vrai, et pour son travail, Merlin savait qu'il s'était déjà levé bien plus tôt, mais il semblait qu'un mois de grasse matinée avait remarquablement déréglé ses bonnes habitudes.
Cependant, le sorcier ne céda pas à la petite voix qui lui suggérait pernicieusement de se rendormir et il fit signe aux autres objets enchantés de s'approcher.
Après le rituel matinal – débarbouillage, petit-déjeuner et habillage – il s'extirpa des pattes de Dipsy, Tinky et de tous les autres pour filer à la bibliothèque. Il n'y était entré qu'une seule fois depuis son installation au Manoir, et seulement dans le cadre de son projet de plan des lieux, projet qui, achevé, ne lui avait malheureusement livré aucune réponse quant à la Malédiction (mais il savait désormais que la demeure comptait pas moins de trente-six placards à balais).
La bibliothèque des Malfoy était une pièce immense, aussi grande et haute que le Hall d'entrée, sinon plus, et dont les murs étaient tapissés de livres, de livres à perte de vue, accessibles au moyen d'interminables échelles. Contrairement à la bibliothèque de Poudlard, qui voyait tous les jours passer des régiments d'élèves, tout était ici impeccablement bien rangé et bien entretenu. Les tranches des vieux grimoires avaient gardé leur luisant et leurs couleurs, les étagères étaient en ordre et il n'y avait ni vide visible ni pile disgracieuse.
Malfoy s'était manifestement débrouillé comme un chef pour épargner ce sanctuaire de ses griffes de loup-garou.
Harry se demanda très sérieusement si Hermione pourrait envisager d'acheter le Manoir Malfoy, qu'elle ne portait pas dans son cœur pour des raisons évidentes, uniquement pour son incroyable bibliothèque. L'idée ne semblait pas si insensée que ça, quand on connaissait bien la sorcière : celle-là aimait tant les livres, surtout les plus anciens et les plus rares ! Et il ne faisait aucun doute que nombreux étaient les ouvrages de ce genre qui sommeillaient sur ces étagères.
Mais la richesse du fonds de livres ne l'attirait lui que pour un motif purement pratique : Harry espérait trouver, parmi tous ces grimoires, un manuel qui lui apprendrait à devenir un Animagus.
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Durant le reste du mois de septembre, les journées s'enchaînèrent à la vitesse du Poudlard Express, même si elles se ressemblaient toutes plus ou moins. Harry se levait tôt pour aller bouquiner et, quand Malfoy se fut remis de la pleine lune, les deux sorciers s'occupaient l'après-midi de la restauration du Manoir. Le soir, ils dînaient ensemble et la conversation était toujours plaisante, quoiqu'ils doivent faire des efforts pour éviter les sujets difficiles et se comporter normalement.
En effet, la longue discussion qu'ils avaient eue dans la chambre de Malfoy le lendemain de la pleine lune ne les avait pas rapprochés, comme Lumière et Big Ben l'avaient tout d'abord supputé. Elle était au contraire une gêne, car elle avait existé, elle était là, toujours entre eux, voletant au fond de leurs consciences et les tourmentant avec délice.
S'ils avaient été ivres ! Si ce qu'ils s'étaient raconté cette nuit-là avait été dicté par la boisson et, le lendemain matin, n'aurait plus été qu'un moment vaporeux, presque oublié, sans incidence ! mais non, ils ne pouvaient retirer leurs paroles et ils devaient continuer à vivre en sachant que leur relation avait pris, malgré eux, un nouveau tournant.
Sans le préméditer, ils s'étaient confiés l'un à l'autre. Sans le vouloir, ils s'étaient montrés leurs tumeurs, ni pour les exorciser ni pour se faire plaindre, simplement parce que c'était quelque chose qui se faisait quand on avait confiance en quelqu'un. Quand on était attaché à quelqu'un – Harry s'interdisait d'employer le terme dépendant, qui était plus juste, mais bien plus effrayant.
Cependant, l'Auror ne se leurrait pas. Les mots qu'ils avaient échangé dans la chambre de Malfoy n'étaient pas les seules causes de leur nouvel embarras. Car cette nuit-là, dans le cocon du lit du blond, même quand ils se taisaient, surtout quand ils se taisaient, l'air était saturé de tension.
Il semblait qu'un brouillard invisible s'était formé autour d'eux à partir du moment où le blond assoiffé avait bu à même aux mains de l'Auror, ses lèvres embrassant la chair de ses paumes, dans un geste aussi intime qu'obscène. Et ce brouillard ne s'était pas dissipé à leur réveil le lendemain matin, ni les jours suivants. Il les enveloppait en permanence, parfois négligemment, souvent avec insistance, les jetant accidentellement l'un contre l'autre comme une force magnétique.
Quand ils lâchaient marteaux et pots de peinture pour prendre une pause ou quand ils sirotaient une tisane, calés dans le Salon Bleu après dîner, Harry se retrouvait occasionnellement à donner des coups de poing taquins à son ami, qui y répondait de coups d'épaule tout aussi joueurs mais au lieu de reprendre leurs positions initiales, les deux sorciers restaient appuyés l'un contre l'autre, comme s'ils ne s'étaient pas rendu compte de leur promiscuité.
Il fallait dire que ces derniers temps Malfoy s'asseyait, intentionnellement ou pas Harry n'en savait rien, un peu plus près de lui que ne l'aurait voulu la bienséance. De ce fait, même quand ils n'étaient pas en train de se chamailler, leurs corps se frôlaient à chaque fois que l'un d'eux posait et prenait sa tasse. Bien que ces effleurements répétitifs l'empêchaient de suivre la conversation et le rendaient bien trop conscient de lui-même, l'Auror ne se décalait jamais.
Toutefois, hormis ces contacts physiques et ces brefs silences dont Harry ne savait que faire, la vie était agréable. Le travail manuel et les bons repas lui faisaient efficacement oublier ses frustrantes matinées. Car bien qu'il ait lu et relu De l'art tabou de la métamorphose animale, au point d'en connaître certains paragraphes par cœur, il n'aboutissait à rien.
Les jours passaient, la pleine lune d'octobre allait bientôt arriver et lui n'avait toujours pas réussi à ne serait-ce que rencontrer son animal intérieur, étape que le manuel qualifiait pourtant de « préambule nécessaire » et de « phase élémentaire », signifiant par là que la majorité des sorciers moyens pouvait la passer avec succès.
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Alors que la lune était à trois nuits de former encore une fois un cercle parfait dans le ciel, Harry abandonna ses exercices spirituels infructueux pour se concentrer sur la protection de l'aile Ouest. Il était désormais évident que ce n'était pas ce mois-ci qu'il tiendrait compagnie au loup-garou sous une apparence animale. Ni le mois suivant. En fait, au rythme avec lequel il progressait, les Canons de Chudley avaient plus de chances de remporter la Coupe du Monde que lui de devenir Animagus avant la prochaine décennie.
Soit il avait surestimé ses facultés magiques, soit il avait sous-estimé la difficulté de la métamorphose humaine. Mais comment aurait-il pu imaginer qu'il échouerait à vingt ans là où Pettigrow avait réussi à quinze ? Harry avait beau se répéter qu'il n'en était qu'à un mois d'essai et que Pettigrow avait bénéficié de l'assistance de Sirius et de son père, l'humiliation et l'injustice qu'il ressentait n'en étaient pas moins fortes.
Et ce fouineur de Malfoy ne l'aidait pas à surmonter son complexe. Dès qu'il avait un moment de lucidité, l'ancien Serpentard alité et souffrant le harcelait de questions.
– Pourquoi cet air abattu ? Tu as enfin réalisé que sur aucun plan, physique ou intellectuel, tu ne m'arrivais à la cheville ?
– ...
– Et pourquoi ce soudain intérêt pour les livres ? Tu ne crois quand même pas qu'un mois d'études viendra à bout de vingt ans d'inculture ?
– ...
– Pourquoi avoir donné l'ordre à la Porte de ta chambre de rester fermée ? Tu sais pourtant que Lumière et Big Ben déjouent aisément ce genre de protection, non ?
– Par Salazar, réponds-moi, Potter ! Qu'est-ce que tu fabriques dans ma bibliothèque ? Pourquoi donc t'enfermes-tu à clef dans ta chambre ?
– Par pitié, ferme-la, tu es insupportable ! hurla Harry, avant de claquer la porte derrière lui.
Il comprenait la curiosité de son ami, mais ses incessantes questions, en addition à l'approche de la pleine lune, poussaient sa patience à bout. Et de toute manière, si Malfoy tenait vraiment à savoir ce qu'il faisait de son temps libre, il n'avait qu'à demander à Lumière et Big Ben, dont les silhouettes fugaces apparaissaient régulièrement dans un coin de la bibliothèque quand Harry la fréquentait tous les jours.
Et puis, même s'il ignorait en quoi consistait le projet de Harry, Malfoy savait très bien qu'il l'avait momentanément mis de coté dans le but de barricader l'aile du Maître. En effet, l'Auror avait passé toute la journée de la veille à ériger une barrière magique autour de la porte de la chambre du blond... dont le fonctionnement était aussi simple que dérangeant.
En plus de tous les sortilèges de préservation classiques, qui protégeaient la porte des crocs, des griffes et des coups d'épaule d'un monstre, il y avait un sort de discrimination qui laissait passer les sorciers mais retenaient les créatures. Désormais, Malfoy ne pouvait aller et venir à sa guise que sous sa forme humaine.
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Le jour de la pleine lune, les quartiers de Malfoy étaient tellement surchargés de barrières qu'on avait du mal à y circuler. Harry avait effectivement protégé toutes les portes, tous les couloirs et toutes les pièces, au-cas-où le Monstre parvienne à s'échapper de sa cellule. Tout cela pour ne pas gâcher leur travaux de restauration.
– Merci, Potter, murmura le blond dans un souffle. Me jeter dans une cellule aurait été... plus rapide... plus facile... peut-être plus efficace...
– Moi, te mettre aux cachots ? Cœur pur de Gryffondor, âme de Sauveur et défenseur de la veuve et de l'orphelin, ça te parle ? rétorqua Harry avec une grimace, tout en sachant que l'autre sorcier était trop mal pour saisir le sens de ses propos.
Le soleil commençait déjà décliner dans le ciel et, cinq minutes plus tard, il se fit chasser de l'aile Ouest par Lumière et Big Ben.
– Draco nous a expressément demandé de t'escorter jusqu'à ta chambre, dit Lumière en levant pompeusement ses chandelles.
– Il désire aussi que tu y restes toute la nuit, ajouta Big Ben d'un air sévère. Et moi, je t'ordonne de le laisser tranquille demain matin. Si tu dois ab-so-lu-ment le voir demain, attend qu'on vienne te donner la permission.
– Okay, faisons comme ça, dit sobrement Harry.
Il se laissa guider jusqu'à sa chambre, où il passa la soirée à refuser les en-cas apportés par Madame Samovar et la nuit à se demander si les enchantements tenaient la route.
Si c'était le cas, la seule pièce à ranger le lendemain serait la chambre de Malfoy. Si c'était le cas, les blessures de ce dernier seraient moins graves, car chaque recoin de sa prison était couvert de sortilèges de coussinage, qui certes ne l'empêcheraient pas de se mordre et de se griffer, mais qui préviendraient au moins ecchymoses et luxations diverses.
Malgré son envie d'aller voir ce qu'il se passait dans l'autre aile du Manoir, l'Auror ne quitta pas sa chambre de la nuit. S'il désobéissait aux ordres de Malfoy, ce dernier ne serait pas seulement en colère, il serait aussi déçu. Et si Harry ne redoutait pas la fureur de son ami, il n'était pas prêt à être l'objet de sa déception.
Ah, comme les choses avaient changé en deux mois !
xXxxXxxXx
Le lendemain, Harry tourna en rond dans sa chambre pendant des heures, attendant l'aval de Lumière et de Big Ben pour rendre visite à Malfoy. Enfin, vers cinq heures, les deux objets enchantés lui firent savoir que l'ancien Serpentard était réveillé et disposé à le recevoir.
– Tu comptes rester combien de temps derrière la porte, Potter ? Entre, grommela Malfoy.
– As-tu déjà pensé à exploiter professionnellement ton odorat ? plaisanta Harry, en pénétrant dans la pièce. Avec tous les sorts qui protègent cette porte, c'est incroyable que tu aies été capable de me sen...
L'Auror s'arrêta net. La chambre de Malfoy était sens dessus dessous. Certains meubles étaient intacts, préservés de la rage du loup-garou par les barrières magiques, mais beaucoup avaient craqué. Enfin, Harry supposait que les débris de bois qui jonchaient le sol étaient des morceaux de meubles, mais rien ne pouvait lui en donner la certitude.
Le fait qu'une partie du mobilier soit flambant neuf au milieu de ce carnage rendait la vision encore plus surnaturelle.
– On dirait que le Monstre était de sale humeur cette nuit, commenta Malfoy, qui observait lui-même les dégâts d'un air surpris, comme s'il n'arrivait pas à concevoir qu'il en était l'auteur.
– Je... Désolé, Malfoy, marmonna Harry, honteux, sans regarder son ami dans les yeux. Je ne pensais pas que l'enfermer dans une pièce le rendrait si, si...
– Fougueux ? Ah, c'est mal le connaître, dit le blond avec un reniflement. Ce Monstre, vois-tu, aime la liberté. Il déteste les murs, il déteste les couloirs étroits, il déteste les portes fermées. Mes sincères félicitations pour tes barrières magiques, Potter.
Même s'il se sentait plus misérable que victorieux, Harry ne contredit pas Malfoy. Il s'approcha du lit, broyant au passage des morceaux de verre et de bois, et s'assit au bord du matelas, comme un parent qui vient border son enfant.
– Comment tu te sens ? demanda-t-il anxieusement. Tes blessures ? Pires, moins pires, pareilles ?
– Hey, doucement, protesta Malfoy, en levant des mains faiblardes pour calmer l'Auror. On croirait entendre Madame Pomfresh !
– Répond-moi, idiot, le rabroua Harry, en se retenant de sourire.
– Ça va.
Silence.
– Ça t'ennuierait de développer ? demanda l'Auror, exaspéré.
– Ça va j'te dis, grogna Malfoy en se redressant pour se caler contre la tête de lit.
Il voulait peut-être paraître fort, sain et dispos, mais son mouvement eut l'effet inverse. Harry eut à peine le temps de noter qu'il était torse nu – très certainement complètement nu – car son attention fut de suite attirée par les griffures, sombres, épaisses et boursouflées, toute fraîches, qui s'étalaient de la gorge du blond à son mamelon gauche.
Comme si le loup-garou, dans sa haine et sa détresse, avait tenté de s'arracher le cœur.
Pendant plusieurs minutes, Harry garda les yeux fixés sur ce torse lacéré, incapable de détourner le regard.
– Houhou, il y a quelqu'un ? finit par dire Malfoy, la voix légèrement tremblante.
Harry secoua la tête pour reprendre ses esprits et sortit un onguent de sa bandoulière d'Auror, récupérée lors de la pleine lune précédente et jamais réclamée par Malfoy. Tout en appliquant en silence le baume sur les blessures de son ami, il se fit deux réflexions.
De un, il était urgent qu'il trouve un moyen de tenir compagnie à Malfoy pendant la pleine lune, sinon, le loup-garou enragé allait finir par se tuer. De deux, il fallait qu'il se rende de nouveau dans le cabinet secret des Malfoy, cette fois-ci sans l'autorisation du blond, afin de vérifier si la fleur avait perdu un pétale de plus.
A Suivre...
Chapitre 8 en ligne aux alentours du 19 février
~ Un chagrin d'amour c'est un chapitre sans review, et un chapitre sans review, ce n'est plus un chapitre, laisse le temps au chapitre de recevoir des reviews ~
Et allez voir l'illu dont je vous parlais dans la note de début de chapitre héhé :)
