Mayunaise le 5 mars 2017

Bonsoir bonsoir ! Alors, le dernier chapitre se déroulait sur plusieurs mois... et bien celui-là raconte une nuit seulement haha

Précédemment : Saut temporel, nous voilà en Mars ! Les pleines lunes se passent mieux maintenant que l'ombre de Harry tient compagnie au Monstre, Harry tombe amoureux du Draco Lunaire et se tourmente beaucoup trop et, pendant la période de Convalescence, les deux sorciers passent énormément de temps à se câliner (mais toujours avec chasteté).

En réponse à Munttitra : La fin approche en effet ! J'ai toujours voulu exploiter une Ombre dans une histoire, voilà chose faite. Elle aura son petit rôle à jouer :) Quant à sa personnalité, tu fais bien de t'y intéresser, ça risque de changer. Et oui, il y a un effet miroir recherché dans les "deux" histoires d'amour. Merci pour ton adorable review.


LE MONSTRE DE L'AURORE

Chapitre 9 : Le long de la jugulaire


Ces derniers temps, les cauchemars l'assaillaient, comme des démons plein de hargne, comme des Détraqueurs assoiffés. Avant... Avant la résurrection de Lord Voldemort, les mauvais songes ne signifiaient pas grand chose pour lui. Au réveil, Draco les écartait d'un revers de la main, aussi facilement qu'il aurait chassé un moucheron, et il poursuivait sa journée, pas plus affecté que ça.

Mais depuis que le Seigneur des Ténèbres et ses Mangemorts avaient envahi sa maison, depuis que sa tante Bellatrix, que Fenrir Greyback et que tous les autres étaient entrés dans sa vie, les vrais cauchemars, ceux qui prennent aux tripes et qui collent les vêtements à la peau, ceux desquels on sort comme on survit d'une bataille, vivant, certes, mais amputé d'une partie de son âme, s'étaient eux aussi invités dans son quotidien.

La fin de la Guerre n'avait rien changé à cet état de fait. Pendant les deux années de sa probation, des spectres vengeurs aux multiples visages et aux corps de serpent étaient venus lui rendre visite plusieurs fois par semaine. Et ces visions infernales avaient une qualité différente des rêves ordinaires : ils avaient l'air réels.

Comme dans les songes classiques, Draco n'était pas maître de ses actes dans ses cauchemars et, impuissant, il subissait les caprices des créatures de la nuit. Mais quand il se réveillait en sursaut, les yeux exorbités et la peau couverte de sueur, il se souvenait de tout, aussi bien que s'il l'avait vécu. Il lui fallait ensuite de longues minutes pour détendre ses muscles contractés, et plus de temps encore pour retrouver l'usage de ses membres paralysés.

Toutefois, malgré la souffrance que lui causaient ces cauchemars, il n'avait jamais activement cherché à les fuir. Il avait parfois lutté contre la fatigue, espérant vaguement s'évanouir et ainsi leur échapper, il avait parfois avalé de la Potion pour un Sommeil Sans Rêves à l'efficacité douteuse, mais pas plus.

Car il savait pertinemment que ses terreurs oniriques n'étaient pas l'expression d'un Syndrome de Stress Post-Traumatique, dont il pourrait guérir. En effet, même si son SSPT était sans doute à l'origine de ses cauchemars, ce n'était nulle autre que la Malédiction qui rendait ceux-là si invivables.

La force noire et funeste qui pesait sur le Manoir, qui comprimait ses murs et oppressait ses habitants, comme une armada de corbeaux perchés sur tous les endroits où leurs pattes pouvaient s'agripper, la Malédiction en somme, c'était elle qui attisait ses cauchemars.

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Comme un orage qui excite les vagues violentes, comme un vent sec qui avive l'ardeur des flammes, la Malédiction ne cessait d'encourager les mauvais rêves. Sans elle, ceux-là n'auraient été que de sales moments à passer, mais elle était là et, avec l'aide de la lune, elle faisait en sorte que la vie de Draco soit un éternel châtiment.

Quelle ironie ! Pendant ces deux dernières années, l'endroit où il s'était le plus senti en sécurité, c'était sur ses chantiers moldus, à écouter les blagues plus ou moins drôles de ses collègues, à griller avec eux une ou deux cigarettes. Là-bas, loin du Manoir qu'il ne rejoignait que le soir, il oubliait qu'il n'était plus un être humain normal, qu'il était d'ailleurs moins humain que les Moldus qu'il avait si longtemps dénigrés...

Mais la nuit tombait toujours trop vite, ses jours de repos étaient toujours trop longs et il avait l'impression que son existence se résumer à errer dans son antre, à effrayer les objets enchantés, à discuter avec Lumière et Big Ben, à contempler

Son existence était si misérable que le blond avait, à un moment donné, regretté de ne pas avoir trouvé la mort pendant la Bataille. Oh, la vieille sorcière avait bien prévu son coup ! Il avait survécu, mais est-ce que le fait de respirer et de sentir battre son cœur valaient la peine de subir de tels tourments ?

Néanmoins, l'arrivée de Harry Potter au Manoir avait petit à petit balayé son désir de mort. Le Survivant était un espoir, la promesse d'un miracle et d'une fin heureuse. Et effectivement, sans se presser, il s'était fait une place dans la demeure et dans le cœur du Maître, jouant des épaules pour repousser les ténèbres, à la manière d'une étoile invisible qui luit de plus en plus fort alors qu'avance la nuit.

Et la présence de Potter était si efficace, si positive, que les cauchemars avaient reculé devant lui, que le Monstre lui-même s'était laissé charmé. Le garçon-qui-a-survécu ne pouvait rien contre le pouvoir de la Lune, mais il semblait posséder une magie mystérieuse, libératrice, qui dressait un rempart entre Draco et la Malédiction.

Mais Harry Potter n'était pas tout-puissant et, de temps à autres, le fait qu'il soit là, à son chevet, ne suffisait pas à l'apaiser. En cette nuit de Mars par exemple, les cauchemars zébraient le sommeil du blond comme une lampe torche qu'on allume et éteint incessamment.

xXx

Un instant, il rêvait de quelque chose de stupide qui impliquait à la fois un Niffleur, un carrot cake et Gilderoy Lockhart, l'instant suivant il était enchaîné à la longue table de la salle à manger condamnée du Manoir, nu, et Nagini serpentait autour de lui, sifflant impatiemment.

Tout paraissait vrai. Le bois froid dans son dos, ses poignets meurtris, le lustre qui oscillait sinistrement au-dessus de lui et le silence épais comme celui d'un tombeau, seulement brisé par le bruissement de la langue bifide de Nagini.

Après avoir fait plusieurs fois le tour de sa proie sans défense, l'immense reptile posa finalement sa tête glacée sur le cœur de Draco. Son corps visqueux épousait les courbes de celui du sorcier à la perfection, ses anneaux reposant au hasard sur son avant-bras gauche, son abdomen, son pubis, ses hanches, son genoux droit, sa cheville droite.

Nagini écarta grand ses mâchoires, dévoilant l'intérieur de son cou sans fin mais alors que Draco croyait vraiment l'heure de crever dévoré par ce monstre enfin venue, de la gueule du serpent émergea soudain, comme un enfant sort de sa mère, la tête d'une femme aux cheveux couleur corbeau et au sourire tordu. C'était Bellatrix Lestrange.

Ses mèches, déjà emmêlées, s'entortillèrent autour des crochets du serpent avant de se jeter sur un Draco terrifié. Ce dernier eut juste le temps de s'apercevoir que ce n'était pas des cheveux qui fondaient sur lui mais une multitude d'oiseaux noirs aux becs luisants quand...

– Hey, Malfoy ! Malfoy ! Réveille-toi !

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Quelqu'un le secouait violemment. Draco se réveilla en panique, avec dans les oreilles un bruit blanc et les griffes d'une harpie sur les épaules. Il se serait débattu comme un diable s'il avait pu bouger, mais il était aussi raide qu'une momie.

– Ça va ?

Cette voix... Potter. Ce n'était que Potter. Pas de harpie, pas de tante folle, pas de serpent géant. Seulement Potter, réalisa-t-il et il souffla imperceptiblement de soulagement.

Le Survivant dut sentir que la crise était en phase de passer car ses mains relâchèrent leur pression sur ses épaules et un rire sans humour sortit de sa gorge.

– Tu étais tout... Enfin, tu m'as fait peur, dit-il enfin d'un ton sans reproche, son regard fixant alternativement l'œil droit et l'œil gauche de Draco, y cherchant une confirmation que le danger était bien derrière eux.

Potter était un Auror. Même s'il n'avait pas beaucoup d'ancienneté, il avait déjà dû craindre plus d'une fois pour la vie de son partenaire. Potter est le Survivant. Même s'il ne l'avait jamais voulu, il s'était toujours comporté en héros protecteur, se souciant de tous. Potter était un homme bon. Même s'il ne se croyait pas plus généreux qu'un autre, son cœur palpitait dans le creux de sa main et il ne pouvait faire autrement que de se préoccuper des autres.

Pour lui, Draco n'était qu'une cause, un chiot abandonné, un vieux rival, un ancien Mangemort à sauver... Simplement un être vivant en perdition qu'il se devait de secourir. Mais même si le blond savait tout cela, l'inquiétude qu'il lisait dans le regard de son ami suffit à décoincer ses articulations bloquées et à faire courir un soubresaut tout du long de sa colonne vertébrale.

Draco se redressa d'un coup, avec la fulgurance d'un noyé qui se réveille en toussant, de l'eau plein les poumons, mais irrémédiablement vivant. Potter attendit qu'il se calme puis appuya fermement sur son torse, le rallongeant de force.

– Rendors-toi, Malfoy, murmura-t-il en remontant machinalement les draps sur le corps de l'autre sorcier, comme un parent ou un garde-malade. Je ne serai pas loin.

– Je n'ai plus sommeil, répondit Draco du tac au tac, en attrapant le poignet du Survivant pour l'empêcher de s'éloigner.

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Potter remua gauchement le bras, aussi agité qu'un chat entouré de concombres, mais Draco ne lâcha pas prise. L'Auror finit par se rasseoir sur le lit avec un sourire gêné. Il regardait cependant si régulièrement en direction de la porte que cela frisait l'insulte.

L'ombre détachée de Potter – qui avait élu domicile sur le ciel de lit – sembla être du même avis que Draco car elle plaqua ses mains sur ses joues à plusieurs reprises, faussement choquée. Mais l'ancien Serpentard était si habitué à ses idioties qu'il n'eut aucun mal à l'ignorer.

– Je devrais peut-être y aller, marmonna Potter quelques minutes plus tard. Après tout, il fait encore nuit et si tu n'as pas sommeil tu peux toujours te repo–

– Potter, je ne suis pas un gosse, l'interrompit Draco en s'emparant du menton du brun pour que celui-là le regarde enfin dans les yeux.

L'Auror cilla, fronça des sourcils, prêt à répondre sèchement, mais un petit sourire malin affleura soudain sur ses lèvres.

– Je sais ! s'exclama-t-il. Je ne pensais pas toucher à une corde sensible, cela dit. Un petit complexe vis-à-vis du fait que tu ne te sois jamais résolu à jeter ton balai-jouet, hum ? Et rien ne sert de le nier, ton cagibi m'a révélé tous ses secrets. Ah, vraiment, excuse-moi, Malfoy, pauvre petite chose, toi qui es si fragile, je ne voulais pas te vexer, je ne comptais pas te blesser.

Malgré son ton moqueur, son expression était si honnête, si ouverte, qu'elle acheva d'effacer la scène cauchemardesque que Draco venait de vivre en rêve. A côté de ce visage, Nagini et sa tante étaient bien ternes...

– C'est chose faite, hélas ! geignit Draco, comédien de nature. Non content de me traiter comme un gamin qui a peur du noir et que ne peut rassurer qu'une berceuse ou un baiser sur le front, tu fuis ma compagnie. Ah, si j'avais un cœur, tu l'aurais brisé !

Potter rit franchement. Depuis le temps, il était évident qu'il avait un gros faible pour le côté dramatique de Draco, bien qu'il prétende le contraire. La plupart du temps, une simple tirade était capable de le dérider.

Cette nuit-là ne fit pas exception. Tout malaise et désir de distanciation disparus par enchantement, l'Auror vira ses chaussettes – Draco considérait inacceptable de porter des chaussettes au lit – et s'assit en tailleur à côté de son ami. Mais le blond ne l'entendait pas de cette oreille-là.

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– Si tu crois qu'après toutes les misères que tu m'as faites, tu peux t'installer dans mon lit à ta guise... dit-il d'un ton sévère.

– Je... balbutia Potter, incertain, son visage se fermant instantanément. Je comprends pas, Malfoy, tu veux que je m'en–

Il était déjà en train de chercher ses chaussettes du regard.

– Merde, c'était une simple boutade, pourquoi es-tu toujours sur la défensive ? Pourquoi tout est toujours si compliqué avec toi ? grogna Draco, en s'asseyant lui aussi en tailleur pour être à la même hauteur que son ami. Un pas en avant, deux pas en arrière ! C'est pourtant sim–

– Attends, Malfoy, c'est moi qui suis compliqué ? le coupa Potter, interloqué. C'est la poêle qui se fout du chaudron, ma parole ! On sait jamais où on en est avec toi, on sait jamais si tu es sérieux ou si tu plaisantes !

Il avait croisé les bras et était de nouveau tout crispé. Tout avait dérapé si vite ! Et ce n'était pas la première fois. Draco respira un grand coup. C'était stupide. Ils n'allaient pas s'engueuler alors qu'aucun des deux n'en avait envie... Il pouvait... Oui, cela désamorcerait la situation mais c'était un peu risqué... Il déglutit. Il n'était pas un lâche.

Et devant lui, ce n'était que Potter. Pas de raison d'être si angoissé.

L'ancien Serpentard avança maladroitement, jusqu'à ce que ses genoux cognent contre ceux de l'autre sorcier. Il sentit Potter se raidir, mais le brun ne bougea pas. Draco prit son immobilité comme un signe d'encouragement.

Il déglutit encore et, sans vraiment regarder son ami dans les yeux, il se pencha en avant, décollant légèrement ses fesses du matelas pour coller son front contre celui de Potter.

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Objectivement, ce geste n'avait rien d'exceptionnel, rien de sensuel. Aux alentours de la pleine lune, ils dormaient serrés l'un contre l'autre, il leur arrivait de se caresser mutuellement les joues, les mains et même les côtes et, plusieurs fois, ils avaient même failli s'embrasser.

Pourtant, leur proximité actuelle n'avait rien à voir avec la complicité qu'impliquait la Convalescence. Pendant cette période-là du mois, ils étaient intimes, comme deux très – trop – bons amis, comme deux amants, même. Mais il y avait toujours malgré tout un genre de pudeur ou de retenue entre eux, une membrane contre laquelle ils se heurtaient et qui leur rappelait qu'ils étaient deux entités différentes.

Cette nuit-là, où la lune n'était qu'un inoffensif croissant dans le ciel, entre leurs deux fronts, magiquement, il n'y avait rien. Leurs peaux connectées s'échangeaient librement chaleur et moiteur, leurs crânes en dessous s'appuyaient l'un contre l'autre aussi naturellement que s'ils étaient reliés par des ligaments. Comme s'ils étaient un même corps.

Pour la première fois, Draco eut l'impression qu'il y avait réciprocité. Ce n'était pas seulement lui qui touchait Potter ou Potter qui le touchait. Ça n'allait pas dans un seul sens, ça n'était même pas un aller-retour. C'était un cercle.

Et il en allait de même pour tout le reste. Ils ne respiraient pas simplement le même oxygène, ils respiraient ensemble, en rythme. A ce moment précis, ils n'étaient pas des vases communicants, ils étaient un vase unique à deux cols.

Cependant, l'ombre de Potter, jalouse, brisa la magie de cet instant de communion en se glissant entre eux. Elle s'était débrouillée pour que ses mains soient projetées sur leurs deux visages et elle s'appliquait à faire avec de bien vilains gestes. Draco et Potter s'écartèrent l'un de l'autre, pris de court.

– Mais va-t-en ! cria l'ancien Serpentard avec frustration, en tapotant ses joues comme s'il pouvait ainsi déloger l'ombre inopportune.

Potter n'en menait pas large non plus. Il tournait frénétiquement la tête dans tous les sens, ce qui lui donnait l'air d'être attaqué par un essaim d'abeilles. Puis, il se leva brusquement du lit et alla fermer les rideaux le plus étroitement possible. La chambre était désormais plongée dans le noir.

Si elle avait pu parler, l'ombre de Potter aurait sûrement lâché un cri d'outrage. Malheureusement pour elle, les deux sorciers avaient gagné cette bataille.

– Potter, à quoi bon avoir une baguette si tu te comportes comme–

– Chut ! intima Potter d'une voix impériale.

Son niveau de crédibilité chuta drastiquement quand il glapit : Aïe ! Merlin, mon orteil...

Draco ne commenta pas, mais ses lèvres s'étirèrent en un sourire secret. Il n'était pas insensible à l'étrange maladresse de Potter. Il n'était pas insensible à Potter tout court, en fait.

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– Fais attention, Potter, ne t'avise pas de me marcher dessus, prévint-il, dès qu'il sentit le lit s'affaisser à côté de lui.

– Tu dis ça comme si j'étais maladr–Oups, pardon ! Je t'ai fait mal ?

– Tu ne peux plus me faire mal, Potter, soupira Draco, mélancolique.

– Parce que je suis trop génial ? supposa le brun qui, à vingt ans, était toujours persuadé que toute rime était bonne à prendre.

– Parce que tu as déjà brisé tous les os de mon corps !

– On se calme, Calimero, protesta l'Auror, en se glissant sous la couette avec une précaution outrancière, comme si Draco était fait en sucre. A dernière nouvelle, je n'ai jamais levé le doigt sur, heu, par exemple, tes clavi... c... ules.

Sur la fin de sa phrase, sa voix était curieusement étranglée. Un silence embarrassé aurait sûrement suivi mais c'était sans compter sur la réactivité de Draco Malfoy. Ce dernier proposa derechef à Potter de coller encore une fois leurs deux fronts ce qui, tout compte fait, fut un épisode tout aussi gênant que celui qu'il avait voulu éviter.

Toutefois, Harry Potter n'était pas malveillant et, sans piper mot, il cala sa tête sur le même oreiller que Draco. Leurs fronts, comme tout à l'heure, se touchaient.

Mais contrairement à tout à l'heure, ce contact ne fut pas l'occasion d'une harmonie méditative. Était-ce à cause des rideaux tirés ? Était-ce le fait d'être allongés ? Dans tous les cas, Draco aspirait désormais à plus...

xXxxXxxXx

Il se sentait pousser des ailes. Tout lui paraissait possible. Jusqu'à ce soir-là, il avait mis sans complexe ses caresses, ses étreintes et tous les autres gestes tendres qui lui échappaient sur le dos de son infection. Que Potter soit son rival, son prisonnier, son protecteur, son infirmier, son confident, son ami, qu'importait au final ! Si une chose était certaine, c'était qu'il n'était pas son amant, encore moins sa moitié.

Leur relation, née sous les signes de la lune et de la Malédiction, serait toujours plus complexe que cela. Pourtant, alors qu'ils étaient allongés l'un en face de l'autre dans le noir, Draco désirait Potter, d'un désir très simple et très banal. Sans hésiter, sans demander, il fourra son nez dans le cou de Potter et souffla doucement, jouant avec la sensibilité de ses nerfs.

Il s'était attendu à ce que le brun se braque, qu'il le rejette, qu'il fasse un énième commentaire sur son côté pot-de-colle ou au moins qu'il lâche un petit cri de surprise. Rien de cela ne se passa.

Il sentit par contre une main se poser délicatement sur son flanc. Et cette main imparfaite, râpeuse et dont les ongles étaient mal coupés, souleva un tout petit peu son tee-shirt pour caresser sa peau nue.

Potter faisait ça bien et il le savait. Il l'effleurait à peine, du bout des doigts, sans se presser, à la façon d'une plume et Draco avait envie de gémir, tant ce contact était agréable. Il faillit se laisser submerger par le plaisir et onduler sous les caresses de son ami, mais il se reprit.

Ignorant du mieux qu'il le put cette main qui passait lentement sur ses côtes, il se mit à lécher le cou de Potter. Il fit ça méthodiquement, notant au fur et à mesure ce qui plaisait le plus au Survivant, les zones qui faisaient tressaillir sa main et lui faisaient fiévreusement aspirer l'air. Et il revenait sans relâche sur ces zone-là.

Il avait commencé tranquillement, déposant une traînée de chastes baisers à divers endroits stratégiques. Derrière l'oreille, le long de la jugulaire, dans le creux du cou, à la jonction de la clavicule et l'épaule. A chaque baiser, Potter avait frémi, mais il avait continué ses séduisantes caresses.

Les lèvres avaient alors laissé place aux dents. Draco avait longuement mordillé l'oreille de son ami et ça, en plus de son souffle chaud, lui avait valu des ongles enfoncés dans la peau de son dos. Il ne s'était toutefois pas laissé distraire et, finalement, il avait permis à sa langue de poindre hors de sa bouche.

Avec adresse et patience, il avait entrepris de rendre Harry Potter fou. Au bout d'un moment, le Survivant avait déclaré forfait, ses bras s'étaient noués dans le bas du dos de Draco et, incapable de se concentrer sur autre chose, il avait seulement profité de ce que son ami avait à lui offrir.

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Tandis que le bout de sa langue passait et repassait sur la veine qui faisait tant gémir son ami, Draco eut une pensée pour l'ombre de Potter, qui les avait contraints au noir total – non pas que lui en soit lésé.

L'ombre de Potter n'était-elle pas une allégorie parfaite de sa relation avec l'Auror ? Une chose fuyante, facétieuse, qui n'en faisait qu'à sa tête et qui, pourtant, était bien sombre, bien torturée...

Potter respirait fort désormais, il claquait des dents, il tremblait. Sans nul doute, son esprit était tout à fait ailleurs. Il prenait tellement son pied qu'il ne devait même plus penser à Draco. Quand il commença à se frotter impudiquement contre lui, à la recherche de rien d'autre que la jouissance, Draco ralentit le rythme, déposa un dernier baiser dans son cou et s'écarta.

L'autre sorcier se laissa mollement retomber sur les draps, haletant, une main sur le front. Il semblait ne pas en revenir.

Qu'allait-il se passer maintenant ? Cet incident allait-il prendre fin aussi abruptement ? Même si aucun d'eux deux n'avait joui, même s'ils ne s'étaient même pas déshabillés, Draco avait l'impression d'avoir passé des heures à faire l'amour. Il était lessivé.

Il allait souhaiter bonne nuit à Potter quand ce dernier s'assit à califourchon sur lui, avec un regain d'énergie surnaturel. Tout compte fait, l'Auror n'était pas prêt à aller se coucher.

Ce qui suivit ne laissa à Draco que des souvenirs flous. Pendant que Potter s'attachait à lui rendre la pareille, léchant son cou avec passion, il garda les yeux clos, moins par réflexe ou pudeur que par pur égoïsme.

Il désirait ardemment entrouvrir les paupières pour confirmer que ce qui était en train de se passer était réellement en train de se passer. Il préféra cependant feindre être un individu lambda qui n'y voyait rien dans le noir.

Aussi tricha-t-il, passant outre les informations transmises par ses sens exacerbés, ne prenant pas compte des odeurs et des sons obscènes, savourant uniquement le contact de la langue de Potter avec son cou et, dans la spirale du plaisir, il réussit à se convaincre que Potter et lui s'aimaient comme n'importe quel couple dans le noir, qu'ils étaient un couple comme tous les autres.

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Mais il sut malgré lui, avant que Potter ne l'embrasse, que Potter allait l'embrasser. Enfin, l'Auror ne l'embrassa pas à proprement parler. Ses lèvres abandonnèrent sa clavicule pour rester suspendues à quelques millimètres des siennes, frémissantes, scandaleusement espiègles.

Potter fit plusieurs fois genre de briser la distance mais il s'arrêtait toujours avant, ou bien il se décalait d'un poil et ses lèvres atterrissaient sur la commissure de la bouche du blond.

A bout de nerfs, Draco ouvrit les yeux. Il se délecta de la vision de Potter au dessus de lui, de ses bras de part et d'autre de son corps, de son cou mordu, de ses joues rouges et chaudes, de son pénis en érection sous son pyjama, si près mais si loin...

Sans un bruit, il avança la tête et, aussi sobrement que cela, il embrassa Potter.

Ce premier baiser n'avait pas l'air d'un premier baiser, plutôt d'un baiser de retrouvailles. Les deux sorciers s'embrassèrent comme deux amants qui se sont perdus de vue et qui, par hasard, retombent dans les bras l'un de l'autre.

Draco connaissait déjà cette bouche par cœur et il avait le sentiment que Potter ressentait la même chose. Ce n'était pas un contact nouveau, étranger et intimidant, au contraire : c'était un vieux baiser longtemps attendu.

Et comme tout baiser connu, il était aussi rassurant que décevant. Et oui, ces lèvres appartenaient à Potter. Ce corps au dessus de lui, ce n'était que Potter, Potter qu'il avait rencontré dix ans auparavant, Potter avec qui il vivait depuis Août, Potter qui lui était devenu aussi familier que lui-même.

Potter n'avait ni ascendance divine, ni super-pouvoir. Il embrassait exactement comme Draco l'avait imaginé, avec ferveur et dévotion, comme n'importe quel jeune homme de vingt ans, en somme. Mais bizarrement, le blond n'en avait rien à foutre d'être vaguement déçu. On pouvait même dire qu'il était heureux, très heureux, d'accepter enfin que Harry Potter ne soit qu'humain.

Cela signifiait qu'il guérissait de son idolâtrie. Cela signifiait qu'ils avaient une chance de briser la Malédiction.

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Potter finit par rompre le baiser. Même s'il n'avait pas l'acuité visuelle d'un loup-garou, ses yeux étaient grand ouverts, tourmentés par le désir. D'ailleurs, il ne s'était éloigné que pour revenir à la charge. Il n'accorda pas une seule seconde de répit à Draco.

Son effrontée de main se posa sur le front de l'ancien Serpentard et entreprit de tracer une ligne interminable jusqu'à son sexe, passant par l'arête de son nez, par ses lèvres entrouvertes et humides, son menton frissonnant, sa pomme d'Adam, sa gorge si sensible, son sternum, son ventre contracté, avant de s'arrêter à l'orée de son bas de pyjama.

L'érection de Draco, tout comme celle de Potter, n'avait pas faibli un instant. Pourtant, plus les doigts de l'Auror approchaient d'elle, plus elle semblait gagner en vigueur.

– Potter, souffla Draco. Potter...

Il ne savait pas lui-même si c'était là une plainte, une supplication, un ordre ou tout simplement le nom murmuré de son ami.

Le brun ne répondit pas. Croyant que le noir le protégeait des regards, il ne déguisait pas l'expression amusée, presque diabolique, qui s'étalait sur son visage tandis que, par dessus les vêtements de blond, il dessinait des ongles ses hanches saillantes, touchant parfois intentionnellement son pénis, mais sans jamais s'y intéresser vraiment. Ce petit pervers ! Ça l'excitait d'avoir le contrôle.

A chaque fois que cela arrivait – que Draco sentait les doigts de Potter voleter près de son gland – le blond se retenait de donner un coup de rein et il devait serrer les dents afin de ne pas quémander une caresse.

Pourquoi subissait-il sans broncher cette douce torture, il l'ignorait ou plutôt, il ne souhaitait pas y penser. Plus tard, oui, plus tard, il réfléchirait à ce que sa soumission impliquait de ses sentiments.

Pour l'heure, les yeux fermés, il se contentait de geindre, agacé mais fébrile, incapable d'une seule pensée cohérente, et ému, aussi, que Potter lui consacre toute son attention, que le désir de l'Auror soit aussi grand que le sien.

Après ce qui parut une éternité, Potter se lassa enfin de le persécuter et empoigna son pénis. Il ne prit même pas la peine de baisser son pyjama et son caleçon, il fit ça comme ça, comme au détour d'un couloir, comme dans les toilettes d'un bar, au travers des vêtements, hâtivement et rudement.

Mais tout ce que Potter acceptait de lui donner convenait à Draco et, malgré les conditions, le blond éjacula peu de temps après. Pendant que son sperme jaillissait de son urètre pour souiller son caleçon, il ne fut pas en proie au plaisir ou à l'extase, uniquement à un inouï sentiment d'anéantissement et d'écroulement sur lui-même.

Il crut s'évanouir. Auparavant tendu à l'extrême, son corps se relâcha d'un coup, comme si tous ses muscles et ses os avaient été remplacés par de la chair flasque. Les yeux fermés, les oreilles bourdonnantes, les bras arrangés n'importe comment, il n'avait ni la force ni le courage de regarder Potter. Il ne s'était jamais senti aussi vidé de sa vie. Sur cette pensée, il s'endormit.

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– Hmm... grogna faiblement Potter, en remuant, manifestement mécontent d'être dérangé dans son paisible sommeil.

Draco lui caressait le bras avec paresse. Il n'était pas encore bien réveillé mais il savait qu'il ne pourrait pas regagner le royaume des rêves, les événements de la nuit passée ayant afflué dans son esprit dès qu'il avait regagné conscience. Il avait honte de s'être endormi, honte de ne pas avoir touché Potter en retour, encore plus honte d'imaginer que Potter ait dû se finir tout seul.

Saperlipopette, son compagnon ne pouvait pas dormir si insouciamment alors qu'une tempête se déroulait sous son crâne à lui !

Si ce qu'ils avaient vécu la veille avait du sens, la moindre des choses était que Draco ne soit pas le seul à se poser des questions.

– Arrête... ronchonna encore Potter, en balayant d'un geste hasardeux la main de Draco et en enfonçant sa tête dans son oreiller, à la recherche de tranquillité.

Draco soupira. Ce réveil aurait dû être tragique. Il y aurait dû y avoir des cris, des pleurs, une foule pressée autour d'eux, un orage printanier, la chute d'une météorite ou Salazar savait quoi encore. Pourtant, rien ne changeait vraiment de d'habitude.

En fait, si on voulait chipoter, on pouvait toujours se rabattre sur la période du mois et arguer que c'était la première fois qu'ils dormaient ensemble pendant une phase lunaire aussi bénigne. La pleine lune de Mars étant derrière eux et celle d'Avril loin devant, Draco était donc actuellement au summum de son humanité. C'était peut-être pour cela, parce que son cœur, bien souvent monstrueux, appartenait à ce moment-là au genre humain, qu'il laissa Potter finir sa nuit en paix.

Les rideaux tirés laissaient entrevoir un ciel d'un bleu éclatant et un filet de lumière solaire illuminait le sol de sa chambre. C'était une belle matinée. L'angoisse pourrait patienter quelques heures de plus avant d'entrer en scène.

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Mais l'angoisse ne vint jamais. Potter se réveilla plus d'une heure plus tard, baillant à outrance et s'étirant de façon tout à fait exubérante. Quand il posa son regard myope sur Draco, ce dernier se prépara à passer un moment désagréable ou au moins dérangeant. Sans s'en apercevoir, il s'était serré contre le bord du lit et une de ses jambes pendouillait dans le vide.

Toutefois, Potter semblait lui parfaitement à l'aise et il tira Draco vers lui, l'entraînant dans un câlin aussi tendre que celui d'un Barbapapa.

– Bonjour, murmura-t-il dans son oreille avec un sourire audible. Je sais que tu ne manges pas beaucoup le matin, mais je tente quand même. Si on allait petit-déjeuner ?

Il n'avait apparemment aucune envie de se prendre la tête. Les yeux remplis d'espoir et d'une gaieté enfantine, il suppliait silencieusement son ami de ne pas se compliquer la vie et de dire simplement oui.

– D'accord, s'entendit répondre Draco. Allons petit-déjeuner.

La légèreté de Potter était contagieuse, mais c'était exactement le genre de maladies que le blond se moquait d'attraper.


A Suivre...


Chapitre 10 en ligne aux alentours du 19 mars : On retrouve le POV Harry et franchement, SMUT bien chaud en vue ! Après, promis, on reprend l'intrigue Malédiction tout ça :)

~ La review c'est comme un nouveau chapitre, c'est coul à lire, ça fait plaisir, c'est gratuit, profitez-en ! (offre valable à perpétuité en plus !) ~