Mayunaise le 19 mars 2017
Bonsoir bonsoir ! C'est le Printemps dans la vraie vie et c'est le Printemps dans cette histoire, n'est-ce pas formidable ? Chapitre plutôt long et bien smutty.
Précédemment : Draco fait un cauchemar, Harry le réveille, quelque chose vibre entre eux mais l'Ombre les gêne. Dans le noir, ils échangent baisers dans le cou, bisous sur la bouche et Harry branle Draco. Le lendemain matin, pas d'angoisse ni de prise de tête, ils partent petit-déjeuner le cœur léger.
En réponse à Muntittra : Et oui, la Malédiction a un but, en tout cas, celle qui l'a lancée en avait un :) ! Je peux te dire sans spoiler qu'elle n'est pas toute récente et que Lumière et Big Ben en sont bien des victimes. Tu verras vite que les effets de l'histoire entre Harry et Draco sur la Malédiction, j'espère. Merci pour ta review très chère.
LE MONSTRE DE L'AURORE
Chapitre 10 : Par le biais de la matière
Pendant les mois d'Avril et de Mai, la vie eut un goût de Printemps, de pancakes, de thé sucré, de transpiration et de sperme. C'était comme avoir seize ans de nouveau et découvrir, à deux, les plaisirs de la chair, enfoncés dans des alcôves, plaqués contre des portes, pelotonnés dans d'étroits couloirs.
L'idée d'être pris en flagrant délit excitait Harry aussi facilement qu'à l'époque. Certes, les seuls êtres vivants du Manoir étaient, à proprement parler, Draco et lui, mais les objets enchantés s'effarouchaient avec tant de vigueur et de virtuosité quand ils venaient à les surprendre qu'on ne pouvait dénier le statut de potentiels voyeurs.
Malgré l'indignation des objets, les deux sorciers s'aimaient de partout, à toute heure, dans un curieux mélange d'urgence anxieuse et de tendre insouciance, parce qu'ils ne se lassaient pas de se toucher, évidemment, mais aussi parce qu'ils savaient que cela ne durerait éternellement.
Aucun de leurs moments anodins ne l'était vraiment. Tout était précieux, tout était compté. Mais même s'ils cherchaient activement à se créer un maximum de souvenirs, la plupart du temps, ils profitaient l'un de l'autre sans trop réfléchir, vivant au jour le jour, oubliant, ou faisant semblant d'oublier, que la pleine lune de juin approchait inexorablement.
Comme en fin de sixième année, une amnésie sélective semblait avoir frappé Harry. En effet, quand Ginny et lui se donnaient de fougueux baisers, quand ils se caressaient et se révélaient l'un à l'autre, le cœur battant et les organes génitaux en feu, Voldemort et la guerre leur paraissaient appartenir à une autre dimension.
Ils vivaient leurs premiers émois dans le Parc de Poudlard, les classes abandonnées du château et les canapés de la Salle Commune. Il n'y avait à ce moment-là pas de place dans leurs esprits pour autre chose que l'amour et le bonheur.
Leur couple n'avait pas tenu. Ginny avait rencontré quelqu'un peu de temps après la Bataille Finale et Harry, en fin de compte, s'était aperçu qu'il était plutôt attiré par les individus de sexe masculin. Mais il n'avait jamais retrouvé l'enivrante étourderie de sa puberté avec les petits amis qu'il avait eus depuis.
Même lors de ses premières fois avec des hommes, il avait gardé la tête froide. Ce n'était pas une question de manque de désir ou de sentiments : il avait sincèrement aimé Abel, avec qui il était resté plus de six mois et avec qui le sexe était plus que bon, et pourtant, quand ils s'embrassaient ou qu'ils faisaient l'amour, il avait toujours eu l'impression de vivre ça de loin. Il n'arrivait pas à s'impliquer totalement.
Ron et Hermione lui avaient répété que c'était cela, grandir. Qu'avec tout ce qu'il avait vécu, il ne pouvait pas s'attendre à pouvoir s'abandonner comme avant. Qu'il fallait qu'il travaille sur lui-même, qu'il construise au préalable une relation de confiance avec son partenaire.
Harry avait essayé, sans résultat, puis il avait arrêté d'essayer et s'était dévoué à son travail. Juste avant son arrivée au Manoir, il en était arrivé à un point de sa vie où il était convaincu qu'il ne pourrait jamais se dédier complètement à quoique ce soit d'autre que son boulot.
Et voilà que, sans l'avoir prémédité, enfermé dans le Manoir Malfoy avec pour seule compagnie des objets qui parlent et un vieux rival d'école devenu loup-garou, il goûtait à nouveau à la passion.
Telle un alcool, la passion lui faisait oublier la Malédiction, le monde extérieur et la fleur qui perdait ses pétales. Elle lui murmurait que les mystères de la demeure avaient peu d'importance en comparaison avec ce qu'il se passait entre Draco et lui.
Et même ça – son histoire avec Draco – n'était pas l'objet d'intenses réflexions. A quoi bon chercher à la comprendre et à la définir ? A quoi bon se triturer les méninges pendant des heures et se questionner sur la moralité de leur lien ?
Okay, c'était de la version monstrueuse de son hôte dont Harry était raide dingue, pas de sa part humaine. Okay, il se rabattait sûrement sur Draco pour atteindre la violente créature par procuration. Okay, pire encore : peut-être utilisait-il l'ancien Serpentard comme un passe-temps, une distraction, en attendant la période de la pleine lune.
Et alors ? Tant qu'ils prenaient tous les deux leurs pieds...
Et ça, pour prendre leurs pieds, ils le prenaient.
xXxxXxxXx
– Te rends-tu compte de ton obsession pour certaines parties du corps, Potter ? Je n'aurais jamais pensé que tu avais des goûts si particuliers, ricana Draco sans méchanceté, en jetant sa tête en arrière pour faciliter l'accès à son cou.
– Je ne pense pas que cela te dérange réellement, répondit Harry entre deux morsures.
– Etant éminemment généreux de nature, je te laisse faire ce qu'il te plaît avec mon corps, répondit hautainement Draco.
Exaspéré par le concentration d'idiotie qui lui tenait lieu d'amant, Harry claqua des dents dans l'oreille du blond et eut la satisfaction de le sentir vibrer sous lui.
– Nul besoin de t'offusquer, je n'ai pas dit que c'était désagréable. C'est plutôt plaisant, en fait, soupira Draco. Je t'autorise à continuer.
Harry se retint de rire. Comment Draco pouvait-il rester égal à lui-même dans sa position actuelle ? Soudain curieux de contempler le tableau dans sa globalité, le brun s'arracha des bras de Draco pour prendre du recul sur la scène. Draco le fusilla du regard, mécontent d'être aussi brusquement délaissé.
– Reviens par là tout de suite, Potter. Je ne plaisante pas.
– Ah, mais tu l'as bien cherché ! rétorqua l'Auror, en continuant à observer l'homme assis à côté de lui.
Les cheveux désordonnés tombant sur ses épaules, les sourcils froncés, le regard habité, le souffle court, le cou rougi à force de morsures, la chemise ouverte, les bras lâches, les mains crispées sur la moquette du couloir, le ventre bougeant au rythme de sa respiration, l'érection déformant crâneusement son pantalon, les jambes étendues devant lui...
Par Merlin, si Draco Malfoy devait incarner un concept, ce serait la Décadence. Mais aussi tentante cette vision était-elle, l'envie qu'avait Harry de taquiner le blond était plus forte encore. Si Draco pouvait endurer ne serait-ce qu'un centième de ce que lui avait subi cette après-midi là, Harry considérerait sa vengeance prise.
Ils avaient passé l'après-midi dans leur salon favori. Allongé sur la méridienne, Draco avait commencé un énième roman historique tandis que, bien calé dans un fauteuil, Harry avait livré une partie d'échecs avec Victorine.
Victorine était une boîte à musique plutôt timorée, qui n'avait à ce jour accepté de jouer sa mélodie que deux fois, selon Draco. Néanmoins, elle raffolait des échecs et avait un niveau comparable à celui de Harry. Tous deux s'affrontaient donc avec plaisir.
Du fait de ses tournures de phrases désuètes et de certaines de ses opinions politiques, l'Auror soupçonnait Victorine d'être morte pendant la Glorieuse Révolution. Il avait cependant eu la délicatesse de ne jamais aborder le sujet avec elle. Tout comme les fantômes, les portraits n'appréciaient pas beaucoup qu'on discute de leur condition d'entités sorties du temps.
Bref, une après-midi comme ils en avaient passées tant d'autres depuis le début de leur cohabitation. Sauf que la tension entre eux avait été insoutenable. Sauf que Draco avait ri ouvertement à chaque fois qu'il avait surpris les coups d'œil affamés de Harry. Sauf que Draco avait continué à tourner les pages de son roman comme si de rien n'était, en apparence trop absorbé par l'intrigue pour faire attention à son ami.
Et l'Auror serait sans doute devenu fou, s'il ne s'était pas raccroché à son plan. Enfin, un plan… Quelque chose de bien simple, en vérité. Dès que l'heure du dîner avait sonné, il avait docilement suivi Draco sur le chemin de la salle à manger, l'écoutant d'une oreille raconter sa lecture du moment, acquiesçant aux bons endroits.
Mais dans le dernier couloir, il avait attrapé le blond par la taille et l'avait impétueusement embrassé, sachant qu'il n'était pas le seul à être dans tous ses états. Il avait vu juste car, flatté et amusé, excité aussi, Draco n'avait opposé aucune résistance. Il avait d'ailleurs de lui-même dégagé ses cheveux, indiquant par là qu'il n'était pas contre une séance de bisous dans le cou.
– Allez, Potter, ramène tes fesses… Ne m'oblige pas à te supplier, marmonna l'ancien Serpentard avec impatience.
– J'aime bien te regarder, répondit Harry, en jouant la carte du sentimental.
– Tu te fourvoies mon pauvre Potter, ce que tu aimes, c'est me contrarier.
– Tu n'as qu'à venir à moi, toi, suggéra l'Auror sans se démonter.
En râlant et soufflant comme s'il devait courir un marathon, Draco rejoignit Harry. Un mètre seulement les avait séparés, et cela pendant moins de cinq minutes, mais ils se retrouvèrent avec soulagement, leurs pénis douloureusement durs, leurs souffles maladivement chauds.
Ils se masturbèrent mutuellement, le pantalon sur les genoux et les mains maladroites, et ils jouirent en tremblant, étonnés comme deux gamins qui ne comprennent pas bien encore ce qui arrive à leurs corps.
xXxxXxxXx
– Qu'est-ce que tu fais, Draco ? souffla Harry, en tirant légèrement sur les cheveux du blond, sans savoir si ce geste était censé encourager ou dissuader son amant.
Les deux sorciers étaient allongés pêle-mêle dans le lit de la chambre de Harry. Depuis l'installation de l'Auror au Manoir, c'était la première fois que Draco y entrait. En réalité, Harry n'aurait sûrement jamais songé à l'y inviter – le lit du Maître des lieux était infiniment plus confortable que celui de cette chambre d'ami – si son Ombre Détachée ne se montrait pas si insupportable ces derniers temps.
Quand est-ce que ses farces innocentes étaient devenues de véritables complots destinés à les empêcher de s'adonner à leurs activités libidineuses, Harry ne s'en souvenait pas, mais le fait était qu'elle était désormais vilaine et cruelle. Les attouchements dans le noir ayant fini par les ennuyer, ils délaissaient peu à peu la chambre du Maître, au profit d'autres pièces de la demeure.
Pourtant, même loin d'elle, Harry ne parvenait pas à oublier tout à fait les excentricités de son Ombre. Était-ce son imagination ou était-elle plus noire qu'avant ? Pour quelle raison est-ce que son caractère facétieux s'était transformé en quelque chose de beaucoup plus sinistre ?
Mais l'heure n'était pas à ce genre de questionnements, car Draco avait quitté le creux de son cou pour enfouir son visage entre les deux pectoraux du brun, attitude qui ne pouvait que rappeler l'amour qu'éprouvaient les hétéros pour les poitrines. Sa bouche, insolente, planait désormais au dessus de son téton.
– Ne me dis pas que tu t'affoles pour si peu, Potter ? Moi qui pensais que tu avais de l'expérience du côté des hommes… sourit Draco, en léchant expérimentalement le mamelon de l'Auror.
Harry grimaça malgré lui. C'était désagréable. Non pas que Draco soit un piètre lécheur – il ne se pressait pas, il mordillait peu et il faisait attention à ne pas trop en faire. L'Auror n'avait tout simplement jamais été sensible des tétons, en tout cas, érotiquement sensible.
Harry maîtrisa cependant comme il put son envie de se tortiller dans tous les sens pour échapper aux dents de Draco. Car même si la sensation était déplaisante, la vision, elle, valait le coup d'œil.
Les yeux fermés, un sourire aux lèvres, les doigts enlacés dans ceux de Harry, l'ancien Serpentard suçait son téton comme si sa vie en dépendait. Son corps nu était collé au sien et son abdomen faisait tressaillir le pénis du Survivant à chacun de ses mouvements.
– Tu n'aimes pas ça, finit par dire Draco, d'un ton déçu et incisif.
– C'est... Je ne sais pas, avoua Harry. C'est trop... féminin, peut-être.
Draco s'écarta de lui, choqué. Son sexe en érection oscillait contre son pubis, mais il semblait avoir oublié sa nudité et regardait son amant avec révulsion. Harry regretta aussitôt ses mots, pour une raison peu éthique. Il ne comprenait pas ce qu'il avait dit de désobligeant, il s'en foutait un peu, à vrai dire, mais ses parties intimes vivaient très mal cette abrupte perte de contact.
Il fallait qu'il se rattrape.
– Désolé, murmura-t-il. Allez, reviens...
– De quoi t'excuses-tu, au juste ?
xXx
Harry ne sut quoi répondre. Draco se vexait souvent pour des choses inexplicables. Ses yeux gris étaient actuellement tourmentés par de la colère, du mépris, par de la peine, aussi.
– Tu ne sais même pas, hein ? Pas étonnant. En fait, c'est ma faute sûrement, je dois trop en attendre de ta part, marmonna le blond, en se levant et en s'essuyant la bouche du revers de la main, comme s'il ne voulait plus rien avoir à faire avec Harry.
Comme si Harry était sale.
– Draco ! s'exclama le brun, stupéfait par la méchanceté qui irradiait de l'autre sorcier.
– Pas de « Draco » qui tienne, Potter, ricana le loup-garou en enfilant son caleçon. Moi qui pensais... Enfin, laisse tomber, ton flagrant déficit intellectuel ne te permettrait pas de saisir la subtilité de mes sentiments.
– Tu es tellement injuste ! Un vrai salaud, quand tu t'y mets, grogna Harry, en appelant mentalement ses vêtements à lui.
Quand il était énervé, sa magie lui échappait. Elle s'écoulait autour de lui comme les rayons du soleil et elle s'attachait à certains objets, se tenant prête à rendre service à son propriétaire. Dans ces moments-là, Harry n'avait besoin ni de formule ni de baguette, tout était intuitif. Et tout était très dangereux.
Ainsi, ses habits, au lieu de planer lentement dans sa direction comme ils l'auraient fait s'ils avaient subis un Accio classique, se jetèrent contre son ventre, giflant Draco au passage, accidentellement ou non.
– Impressionnant, Potter, commenta ironiquement le blond, en se baissant pour attraper son tee-shirt avec rage.
Mais ses sarcasmes sonnaient faux et sa colère s'était apaisée à son insu, probablement à cause de la démonstration de magie pure à laquelle il venait d'assister. Harry sauta sur l'occasion de se réconcilier. Il était plus têtu que Draco mais Draco était plus fier que lui. Si l'un d'eux ne faisait pas un effort, ils pourraient rester brouillés plusieurs jours durant.
Et ils n'avaient pas le temps pour ça.
Harry s'assit sur le lit, nu, ses vêtements roulés en boule à côté de lui. Son pénis avait perdu de sa vigueur mais un simple regard vers Draco, qui était en train de batailler pour remettre son tee-shirt à l'endroit, suffit à attiser de nouveau son intérêt.
– Draco, dit-il doucement, ne voulant pas provoquer une autre dispute maintenant qu'un semblant de calme était revenu.
– … Oui ? répondit Draco en se tournant vers lui, les bras pris dans les manches de son tee-shirt, son torse couvert de cicatrices toujours exposé aux yeux de son ami.
Ses yeux gris restèrent un instant accrochés au pénis tendu de Harry, avant de revenir à son visage. Le brun n'avait pas honte de la vivacité avec laquelle son sexe réagissait à Draco Malfoy. Il en était même secrètement fier. N'était-ce pas une preuve qu'il y avait quelque chose de fort entre eux ?
– J'ai été maladroit, tout à l'heure, okay ? Malgré mon « flagrant déficit intellectuel », j'ai tout de même compris que c'est le mot « féminin » qui t'a causé problème. J'ignore si c'est parce que tu es très progressiste et que tu n'aimes pas l'idée d'attribuer certains comportements à un sexe ou si c'est parce qu'au contraire tu n'apprécies pas du tout que l'on compare le sexe gay au sexe hétéro, mais dans les deux cas... désolé, bafouilla-t-il, les yeux vissés dans ceux de Draco, battant des cils le moins possible.
Harry ne sut jamais avec certitude ce qui avait tant froissé Draco car ce dernier, finalement convaincu de l'authenticité des remords de l'Auror, extirpa ses bras des manches de son tee-shirt pour se précipiter vers le brun et le faire tomber dans le lit.
xXx
Harry se mordit la lèvre inférieure pour s'empêcher de parler. L'envie de demander à Draco ce qu'il était encore en train de fabriquer le démangeait, mais il n'était pas assez idiot pour y céder : le malentendu précédent trottait au fond de sa mémoire. Son pénis à l'agonie ne survivrait pas à une nouvelle brouille – son cœur non plus, mais il ne s'attarda pas là dessus.
Ils se roulaient dans le lit de Harry depuis ce qui semblait plusieurs heures, depuis réellement plusieurs heures, en fait, si on se fiait à la couleur du ciel au travers de la fenêtre, mais Draco était resté très chaste. Il avait rejeté chacun des gestes trop audacieux du brun, s'amusant sans s'en cacher de ses gémissements frustrés et de ses membres crispés par le désir.
Quand la main de Harry avait tenté de s'immiscer entre leurs bassins, il l'avait remise en place. Quand ses lèvres s'étaient tendues vers les siennes, il avait tourné la tête. C'était une punition évidente pour son dérapage linguistique de tout à l'heure. Le fait qu'il se prive lui-même par la même occasion de contacts buccaux ou manuels ne semblait pas le déranger.
Harry était en train de devenir fou. Il ne souhaitait qu'une seule chose : enfoncer son sexe dans n'importe quel orifice, pourvu qu'il y ait étroitesse et entremêlement. Mais même si Draco et lui ne s'étaient pas engueulés un peu plus tôt, il n'aurait pas osé prendre les devants.
Après tout, Draco n'avait jamais eu de relation avec un homme avant lui. L'Auror ne pouvait exiger de lui quoique ce soit d'autre que ce qu'il acceptait bien de lui donner, soit des baisers, des caresses et le délicieux frottement de leurs sexes. En temps normal, tout cela lui suffisait.
Mais cette fois-ci... La crise qui avait précédé, les longues heures passées à bander, tout collé contre Draco dont l'érection n'avait pas non plus faibli un instant et l'expression méchante, vicieuse du blond l'avaient lentement mais sûrement poussé à bout.
Au moment où il allait supplier Draco de faire quelque chose, n'importe quoi, pour le libérer de son envie vitale d'orgasme, l'ancien Serpentard commença à descendre. Toujours plus bas, bien plus bas qu'il n'avait jamais été. Il passa ses pectoraux et son nombril sans s'arrêter et, enfin, une éternité plus tard, il se retrouva face à face avec le pénis de Harry.
Et il sourit lascivement, comme si son rêve le plus cher avait toujours été de le sucer.
– Draco, haleta Harry, trop euphorique pour s'étonner, trop émerveillé par ce qui était en train de se passer pour batailler.
– Hmm... ronronna Draco en regardant le sexe dressé sous son nez, avant d'en lécher amoureusement le bout.
Harry posa par automatisme ses mains sur la tête de son amant, entortillant ses longues mèches blondes, résistant difficilement à l'envie d'appuyer. Il se souvenait de la première fellation qu'il avait faite, de sa terreur et de sa légère répulsion.
Draco ne paraissait cependant pas avoir ce type d'états d'âme car il engloutit son pénis d'un seul coup.
Le cerveau retourné, Harry eut soudain l'absurde impression de n'avoir jamais connu d'homme ou de femme, de ne s'être jamais fait sucer de sa vie et, au lieu de rire du ridicule de ce sentiment, il s'y agrippa fermement. Il ne pouvait qu'être vierge ! Pourquoi, sinon, serait-il transporté aussi violemment par une fellation aussi maladroite ?
Dans tous les cas, il se noyait dans le plaisir et dans l'illusion d'une virginité retrouvée, oubliant presque qu'il y avait une autre personne avec lui, personne à qui il devait pourtant la transe dans laquelle il baignait...
Il éjacula sans prévenir – il en aurait été bien incapable, ne s'y attendant pas lui-même –, persuadé que le sperme qui giclait de son urètre était en fait un morceau de son âme.
Draco sentit peut-être que son amant vivait une sorte de révélation mystique car, plutôt que de recracher le liquide séminal, il se força à l'avaler avec un sourire un peu tordu.
C'est ainsi que Draco Malfoy absorba volontairement un morceau de l'âme de Harry Potter. Ce fragment astral passerait bientôt dans ses veines, se mélangeant à son sang, unissant les âmes des deux sorciers par le biais de la matière.
xXxxXxxXx
– Tu ne trouves pas que l'atmosphère a changé ? demanda Harry en passant une main dans ses cheveux.
– Huhum, répondit Draco sans lever les yeux de son magazine. Profite du soleil au lieu d'essayer de penser. Il est de toute façon trop tard pour t'y mettre, après toutes ces années en hibernation, ton cerveau ne tiendrait pas le coup.
La journée était si belle que Draco avait décidé qu'ils la passeraient à l'extérieur – par là, il signifiait dans le jardin. Pendant que le Maître des lieux feuilletait une revue de Potions vieille d'un an, Harry avait joué aux cartes avec Cookey, Zinky et Calby, trois cuillères à ragoût.
Si leurs noms ne laissaient déjà aucun doute quant à leur espèce, leurs innombrables manies en faisaient carrément des caricatures. Ils se répandaient en excuses quand ils gagnaient une manche et se tordaient d'accablement quand ils avaient le malheur de remporter une partie.
Peu avant midi, Draco les avait soudain congédiés d'un ton sans appel, signe non équivoque de projets à caractère sexuel... rapidement concrétisés. Cependant, après la brillante fellation que Harry lui avait faite, il avait repris son magazine comme si de rien n'était.
Le brun avait ri de son égoïsme mais il était de bonne humeur. De ce fait, sans gêne ni mauvaise conscience, il s'était masturbé accroupi sur le sol, les yeux rivés sur son ami. Pendant tout ce temps-là, Draco n'avait pas tourné une page, l'observant avec curiosité et fascination, comme on est incapable de détourner le regard face à un animal au comportement bizarre.
Son affaire faite, Harry avait dignement rangé ses attributs et réintégré le banc. Draco avait tout de suite posé sa tête sur ses genoux, partageant avec lui les courriers des lecteurs.
– Oh, écoute-moi ça, Potter... Certains sorciers ont les chevilles plus grosses que ma glorieuse verge, c'est pour dire ! « Je joins à cette lettre une critique constructive de votre article concernant l'utilisation d'ingrédients rares dans les potions communes, espérant ainsi vous convaincre que la recherche a besoin... » blablabla, et il continue comme ça sur dix centimètres...
Découragé par l'absence de réaction de son compagnon, Draco s'était finalement replongé dans une lecture silencieuse.
Harry, lui, s'était laissé emporter par le bruit du vent, le clapotis de la fontaine et les taches de lumière qui dansaient sur l'herbe du jardin. Son regard avait rêveusement dérivé vers les grilles du Manoir, derrière lesquelles apparaissaient des champs verdoyants et de lointaines collines.
xXx
Il se rappelait n'avoir accordé aucun intérêt au paysage du Wiltshire le jour de son arrivée, en Août dernier. Il n'avait à cette époque-là qu'une seule idée en tête, retrouver Lewis et accessoirement découvrir ce qui se tramait entre les murs du Manoir Malfoy.
Il ne pouvait nier que son séjour dans la demeure avait changé sa manière de voir les choses ou, plutôt, qu'il lui avait permis de renouer avec lui-même. Malgré toute sa volonté, se focaliser sur des objectifs précis tenant dans un tableau synthétique ne lui convenait pas. Grâce à Draco, il avait retrouvé sa spontanéité d'autan. Il n'était plus l'Auror Potter. Il était Harry, juste Harry.
Et il était jeune et en bonne compagnie. Et il faisait beau. Et le glouglou de la fontaine... Le glouglou de la fontaine ? A dernière nouvelle, la fontaine était sèche.
– Sérieusement, tu ne trouves pas que ça va mieux ? insista-t-il.
S'il avait raison... c'était important, nom d'une pipe !
– De quoi tu parles ? grogna Draco en fermant son magasine avec un soupir.
Il avait levé les yeux vers Harry avec une expression on ne peut plus claire : « si tu m'as dérangé pour rien, le nombre de jours qu'il te reste à vivre se compte sur les doigts d'une main ».
– La fontaine... les arbres...
– Merci pour ces précisions. Tu manies le pouvoir des mots avec l'agilité d'un enfant en bas-âge.
– Draco, si tu regardais autour de toi ? répondit impatiemment l'Auror.
– Contrairement à toi, je suis doué d'une faculté de déduction supérieure à la moyenne. Alors acclame mon génie parce que j'ai compris ce que tu voulais entendre par « la fontaine... les arbres... ».
– Et ? insista Harry, fébrile.
Il devait absolument aller chercher sa baguette restée dans sa chambre. Si ses soupçons s'avéraient vrais...
– Et oui, je sais, Harry, c'est incroyable la Nature, n'est-ce pas ? Le Printemps est là, les oiseaux chantent, les fleurs éclosent et les fontaines font des petits bruits de ventr– D'accord, d'accord, Draco se hâta de dire quand il sentit la magie de Harry craquer autour de lui. On dirait bien que le Manoir... s'assainit. Tu es content ? Puis-je retourner à mon interview de Richard Grandson, lauréat de la Fiole d'Or 1999 ?
– Oui, acquiesça Harry, estomaqué.
C'était tout ? Comment Draco pouvait-il se sentir si peu concerné par l'affaiblissement de la Malédiction ?
Leur banc vibra sous la force de son agacement et, vaincu, Draco finit par jeter sa revue sur la table de jardin, maugréant qu'il la terminerait plus tard. Puis il embrassa le Survivant sur la joue avec plus de tendresse que de coutume. Le message était clair : l'essentiel est indicible, il échappe au langage.
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Le soleil entamait sa descente dans le ciel. Décrétant que ce spectacle était plus ennuyeux qu'une conversation avec un Boursouflet, Draco prit Harry par la main et le ramena à l'intérieur, où leur dîner les attendait. Bien que la faim lui tenaillât le bide, l'Auror traîna le pas, simulant la fatigue.
Dans chaque pièce, il répertoriait discrètement tous les indices d'une amélioration de la santé du Manoir. Et maintenant qu'il savait quoi chercher, les détails lui sautaient aux yeux sans effort de sa part.
Dans le Hall d'entrée, le lustre terni avait retrouvé son éclat, luisant comme la mer sous le soleil. Les tapisseries, raccommodées par leurs soins plusieurs mois plus tôt, étaient plus vives que jamais, les fils jaunâtres s'étant mutés en or et les grisâtres en argent.
L'atmosphère elle-même était différente. La sensation d'écrasement, jadis accablante, n'était désormais perceptible que si l'on y faisait attention. La poussière n'était plus morbidement suspendue dans les airs comme des spores toxiques placés sous Stasis. Elle était vivante, mobile, comme du pollen porté par le vent. Car, incroyable mais vrai, il y avait des courants d'air.
Les portes claquaient, les murs respiraient, les escaliers tremblaient. Après un interminable Hiver où il avait eu l'air d'un cercueil, le Manoir reprenait vie, c'était une évidence.
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Draco s'ennuyait. Sa patience avait d'étroites limites et celles-là avaient déjà été dépassées depuis longtemps. Cela faisait plus d'un quart d'heure qu'il attendait que Harry, avachi dans un canapé de la bibliothèque, quitte enfin des yeux la carte du Manoir qui était dépliée devant lui pour le regarder lui mais c'était sans espoir.
– Quand vas-tu lâcher ce satané morceau de parchemin ? ronchonna l'ancien Serpentard, en arrachant la carte du Manoir des mains de son compagnon.
Il la tourna dans tous les sens, son expression perplexe se transformant vite en moue désabusée.
– Charme d'Illisibilité ? Ta confiance en moi me touche, commenta-t-il, une grimace ironique défigurant sa bouche.
– Un vieux réflexe, répondit Harry avec un sourire gêné, avant d'attirer la carte à lui d'un mouvement de main las.
Il ôta l'offensant sortilège d'un coup de baguette et renvoya la carte en direction du blond, qui l'attrapa avec un air indéchiffrable. Draco resta quelques secondes sans bouger.
– Quoi ? gronda le brun, curieux et mal à l'aise.
– Rien, dit Draco, en agitant la tête.
Il se cacha derrière le parchemin, feignant un intérêt démesuré pour l'item. Très vite cependant, un sourire sincère affleura sur ses lèvres et ses yeux se mirent à sauter dans tous les sens, prenant note de tous les détails qui figuraient sur le plan élaboré par son prisonnier plusieurs mois plus tôt.
– Parfois, Harry, je me dis que ta prétention au titre de « plus grand sorcier du vingt-et-unième siècle » n'est pas surfaite, murmura-t-il, absorbé dans sa contemplation. Cette carte est passionnante.
Harry haussa des épaules en grognant. Son travail n'était qu'un plagiat imparfait de la Carte du Maraudeur.
– Ce qui est intéressant sur cette carte, ce n'est pas la magie qu'il y a derrière. C'est ce qu'elle montre, dit-il. Le mouvement qu'elle montre.
– Oui oui...
– Sérieusement, Draco, est-ce que tu te rends compte de ce qu'elle nous raconte ? Le Manoir se réveille ! Il ressuscite ! Il se redresse, il gagne en énergie–
– Il grossit, il se gonfle, il s'engorge, il devient turgescent ? l'interrompit Draco, en abandonnant la carte sur le sol de la bibliothèque pour s'approcher lentement vers son ami, les lèvres retroussées.
– A quoi fais-tu référence ? demanda l'Auror, d'un ton innocent mais un sourcil provocateur levé.
Draco se pencha sur lui, ses longs cheveux blonds pendant dans le vide.
– A l'effet que tu me fais, voyons, chuchota-t-il dans l'oreille du brun. Tu fais de la magie sans formule ni baguette sous mes yeux, l'air de rien, et tu crois pouvoir échapper à mon courroie ?
– Tu n'as pas l'air très courroucé, rétorqua malicieusement Harry, en frémissant d'anticipation.
– Quelle impertinence, Monsieur Potter. Vous vous pensez spirituel, mais je vous assure que vous n'êtes qu'une mauvaise réplique de votre père, orgueilleux et imbu de lui-même. Lui aussi se plaisait à se pavaner dans les couloirs, sous les applaudissements d'une bande d'admirateurs trop aveuglés pour s'apercevoir qu'ils suivaient un imbécile, dont les talents au Quidditch ne comblaient pas le vide abyssal qui lui servait de cerveau.
Harry fronça des sourcils, faussement vexé, mais son rire mal contenu faisait vibrer son ventre et ses épaules.
– Je crois que tu viens malencontreusement de dresser ton propre portrait, mon cher Draco. Enfin, moi qui allais te proposer de vérifier ma théorie... dit-il mystérieusement. Hélas, tu as insulté mon père–
– Et toi, n'oublie pas que je t'ai aussi insulté personnellement, ajouta Draco, dans un souci de véracité.
– Merci pour cette judicieuse intervention, Draco. Je disais donc, tu nous as insultés, mon père et moi. Mais comme tu l'as si bien dit, mon ego n'ayant d'égal que la taille de mon sexe, je me retrouve contraint à rejeter ta candidature.
– Candidature pour... ?
– Vois-tu, j'ai eu une idée à mon image, c'est-à-dire lumineuse et fantastique, continua Harry, pris au jeu. Je crois que ce sont les... acrobaties de type charnelles qui précipitent la guérison du Manoir.
– Oh, si je te suis, et arrête-moi si je me trompe, Harry, le coït serait la solution à l'effondrement de mon domaine ? Mais comment n'ai-je pas pu y penser plus tôt ? C'était si simple, pourtant, faire l'amour, pas la guerre, rit franchement Draco, en se tenant au dossier du canapé pour ne pas tomber.
En ayant assez de ne pas être pris au sérieux, Harry se leva et embrassa son ami à l'improviste, fourrant royalement sa langue dans sa gorge. Heureux et excité, Draco le poussa gentiment à se rasseoir, sans jamais décoller ses lèvres des siennes. Il s'installa à califourchon sur lui et le canapé devint, le temps d'une heure, un lieu de débauche où bras, jambes, bouches, mains et pénis s'emmêlaient, dans un bruit mouillé de baisers et de friction.
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Nous disions donc que les mois d'Avril et de Mai virent quotidiennement nos deux amis jouir, métaphoriquement et littéralement, de la vie, sans s'inquiéter de rien. Comme si elles ne voulaient pas entacher leur bonheur, les deux pleines lunes vinrent et s'en allèrent avec une sobriété inouïe, passant presque inaperçues.
Mais des nuages noirs assombrirent quand même le ciel de ce bienheureux Printemps : plusieurs disputes éclatèrent.
Harry et Draco avaient appris à vivre ensemble et leur cohabitation était beaucoup plus aisée qu'ils n'auraient jamais pu l'imaginer. Ils passaient énormément de temps ensemble, mais ils n'envahissaient leurs espaces vitaux respectifs que quand ils y étaient invités.
Ils s'écoutaient, se toléraient, savaient agilement éviter certains sujets et désamorcer les situations en phase d'envenimement. Même s'ils n'étaient pas toujours d'accord, ils avaient une grande connaissance l'un de l'autre. En somme, ils se maîtrisaient. Ainsi, grâce au savoir qu'ils possédaient et au respect qu'ils avaient l'un pour l'autre, tout se passait normalement à merveille.
Voilà pourquoi la moindre de leurs engueulades remettait tout en question.
Une fois, ce fut Harry qui craqua, n'en pouvant plus de voir Draco s'en battre totalement les reins de la Malédiction.
– Sérieusement, tu pourrais t'impliquer un peu plus, merde ! lâcha-t-il.
Draco continua de ranger son coffret à correspondance, pas impressionné pour un sou. C'est à peine s'il lui jeta un bref coup d'œil.
– Comment peux-tu être aussi détaché, Draco ? Toi qui es si égocentrique, ton propre sort ne t'intéresse pas ?
Draco ouvrit curieusement une lettre datant de novembre 1993.
– Hey, tu pourrais me répondre quand je te parle, Draco ! cria l'Auror, si énervé que la lettre dans les mains de son ami commença à se déchirer toute seule. Tu m'as aidé, au début, tu m'as donné des indices. Tu as laissé la fleur dans ta chambre, sachant que je tomberai un jour dessus, tu ne m'as pas vraiment caché ta lycanthropie, tu as laissé le Manoir dans son état décrépi, bref, tu m'as mis les clefs en main ! Et maintenant, tu t'en fiches ? Est-ce que tu n'en as rien à faire de briser la Malédiction dont, soit dit en passant, le compte-à-rebours a déjà commencé, ou est-ce que tu es simplement terriblement con ?
– Tu sais quoi ? Tu me fais chier, Harry ! J'aurais dû savoir que tu serais incapable d'aller contre ta nature de sale petit emmerdeur ! Toujours à te mêler des affaires des autres et à exiger plus, toujours plus, de leur part, espèce d'éternel insatisfait qui voudrait que la Terre entière soit aussi niaise que lui ! Apprends aujourd'hui que ce n'est pas le cœur qui importe mais ce qu'il y a dans ta boîte crânienne, s'il y a quelque chose dans la tienne, bien entendu !
– Sombre salaud ! s'exclama Harry, éberlué, avant de quitter la pièce en claquant la porte.
Il passa le reste de la soirée à répéter à qui voulait l'entendre que Draco Malfoy n'avait pas changé et qu'il était toujours aussi odieux.
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Une autre fois, ce fut Draco qui péta un câble, n'en pouvant plus de subir sans sourciller les innombrables manies de son ami.
– Harry... tu ne doutes pas qu'après toutes ces années j'ai eu le temps de revoir à la baisse mes attentes te concernant, mais figure-toi que je ne m'étais jamais imaginé jusqu'à ce jour que le concept « pas de contact entre tes dents et les couverts » t'était complètement étranger.
– Tu pourrais le dire autrement, répondit Harry, en posant sa fourchette.
– Oh, mais je te l'ai déjà dit autrement, continua Draco. J'ai tout essayé, tu ne te souviens pas ? Avec douceur, avec humour, avec nonchalance, avec ironie, avec sensualité… Mais il faut croire que tu n'accordes d'importance à mes propos que lorsqu'ils blessent ton orgueil.
– Je… je vais… bredouilla le brun.
– Ne me dis pas que tu vas faire « un effort, promis » ! ricana Draco. C'est ça ton problème, tu fais toujours « un effort » ! Mais ça n'a pas de résultat ! As-tu arrêté de te mordre les lèvres ? De te ronger les ongles ? De dire « malgré que » ?
– Attends, tu plaisantes, j'espère ? Je peux concevoir que le crissement de la fourchette te dérange, mais tu me reproches sans arrêt des choses qui n'ont aucun impact sur ta personne, que je sache ! Tu ne détiens pas la seule vérité et pour être honnête, tu es parfois tordant contre ton gré. Ce n'est pas ma faute si tu détestes tout ce qui existe, à part toi !
– Oh, qu'entends-je ? Où sont-ils tes beaux discours à base de « faire une croix sur le passé », « oublier qui l'on a été » et « non, je n'ai jamais nourri de haine envers toi, Draco d'amour » ? Tu es une mauvaise blague, Harry, sourit le blond, les yeux brillants de colère et de tristesse.
Après quoi, l'Auror ne le vit pas pendant deux jours.
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Mais, la grande majorité du temps, c'était d'un commun accord qu'ils se lançaient dans un concours de punchlines malveillantes, non pas par goût de l'opposition, mais parce que certaines choses étaient plus faciles à vomir d'un seul coup qu'à crachoter poliment.
Se hurler dessus était le seul moyen qu'ils avaient de parler des crasses sauvages qu'ils s'étaient faites, du camp qu'ils avaient choisi pendant la guerre, des dégâts et des morts dont ils étaient l'un et l'autre responsables. Les choses graves, ils ne pouvaient les évoquer qu'avec violence et désespoir.
Ces disputes les laissaient pantelants mais apaisés. Apaisés car, en rouvrant les plaies du passé, ils en reconnaissaient l'ampleur mais aussi la vieillesse. Et ils passaient le tout au chalumeau en se réjouissant à l'idée que c'était la dernière fois qu'ils en verraient l'intérieur. Ils s'étaient déjà tout pardonné longtemps auparavant. Ces crises, bien qu'épuisantes, n'étaient que des formalités.
Mais tous deux aimaient à se draper dans leur dignité, aussi, après leurs plus grosses disputes, ne se parlaient-ils pas pendant quelques jours. Draco restait enfermé dans l'Aile Ouest, Harry déambulait dans le Manoir, interrogeant les objets enchantés, histoire de faire semblant d'avancer dans son enquête.
Pendant ces périodes creuses, Draco lui manquait et ce manque faisait comme un poids rassurant dans son estomac. S'il ne se languissait pas de Draco, chaque dispute pourrait marquer la fin de leur relation. Mais il se languissait de lui, aussi ne doutait-il pas qu'ils se rabibocheraient bientôt.
En effet, il était persuadé que son amitié avec Ron et Hermione avait survécu à toutes leurs querelle tout bonnement parce qu'ils se manquaient.
Et comme Draco lui manquait et qu'il manquait à Draco, tout allait bien. Il manquait à Draco, du moins, c'était ce que Lumière et Big Ben, ces indécrottables commères, prétendaient. De façon étonnante, passée leur réticence initiale, les deux objets enchantés étaient devenus de fervents supporters de leur histoire, lui rapportant tous les monologues pathétiques du Maître des lieux, allant même jusqu'à subtiliser ses poèmes éplorés.
Ce sont d'ailleurs eux qui les forcèrent à se réconcilier un jour où l'ambiance dans le Manoir était trop déprimante à leur goût. De ligue avec Madame Samovar et d'autres sujets, ils enfermèrent les deux sorciers dans la salle à manger et apparurent dans la pièce un moment plus tard.
– Vous ne pourrez sortir qu'à condition de vous présenter des excuses, les prévint Big Ben.
– Désolé ! dirent aussitôt Draco et Harry à l'unisson, en échangeant un regard entendu.
– Oh, ce ne sera pas si facile ! fit joyeusement Lumière. Répétez après moi : Nous, Draco Malfoy et Harry Potter, regrettons…
– … amèrement… suggéra Big Ben.
– … notre attitude malpropre…
– … nos paroles déplacées…
– … nos gamineries rasantes…
– Okay, okay ! les coupa Draco. Je regrette, Harry.
– Moi aussi, je regrette, voilà, c'est fait, c'est dit, renchérit Harry, pressé de mettre fin à cette dérangeante mascarade.
– Vous pouvez embrasser la mariée ! déclara Lumière, tout excité. Oh, ça va, un peu d'humour dans ce monde… D'accord, je me tais.
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Bref, malgré leurs disputes, la vie était simple. Ils dînaient toujours ensemble, par tradition, mais le souper avait perdu de son importance, maintenant qu'ils partageaient le petit-déjeuner.
En effet, selon Harry, le premier repas de la journée était le plus intime, celui que l'on ne prend qu'avec ses proches. Et, chaque matin, il ne pouvait s'empêcher de sourire quand les objets enchantés apportaient leurs deux tasses, même si Draco était d'humeur acariâtre et qu'il ne touchait jamais aux speculoos ou autres petits biscuits qui s'étalaient sous sa truffe délicate.
Les jours où les conditions météorologiques étaient optimales, ils enfourchaient des balais. Harry appréciait particulièrement ces journées-là et pas uniquement parce qu'elles annonçaient un bain coquin en fin d'après-midi.
Ah, la belle vie, en somme ! Harry n'aurait à se tracasser de rien, si les hiboux ne survolaient pas de plus en plus fréquemment le Manoir, si la fleur ne présentait pas qu'un seul pétale et si, un jour, son Ombre n'avait pas disparu de la chambre de Draco.
A Suivre...
Chapitre 11 en ligne aux alentours du 3 avril
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