Mayunaise le 1er avril 2017

Bonsoir bonsoir ! Non, ce n'est pas un poisson d'avril, je poste bien en avance :) Et ça bouge de Zeus dans ce chapitre !

Précédemment : En avril et en mai, Draco et Harry s'aiment fort, fort, fort et, en parallèle, le Manoir reprend vie. La Malédiction s'affaiblit, c'est certain. Draco semble s'en foutre. Mais même s'il y a des disputes, la vie est belle et simple. Sauf que le mois de juin approche et que l'Ombre de Harry a disparu...

En réponse à Muntittra : Ne voulant pas te spoiler, je ne peux pas vraiment te répondre... Ah, si, quand je dis que Draco a absorbé une partie de l'âme de Harry, c'est bien une image, hein :) J'avoue que l'Ombre est devenue un élément que j'aime beaucoup, je m'amuse un peu avec elle, mais j'espère que le dénouement tiendra la route ! Merci merci pour ta lecture et tes questions, j'adooore ça.


LE MONSTRE DE L'AURORE

Chapitre 11 : Froid et statique, si terne


Au balcon de la salle de bal du deuxième étage, les yeux plissés, Harry scrutait l'horizon. Que cherchait-il dans le ciel limpide derrière les collines brunes, il n'aurait su le dire avec certitude. Tout ce dont il était sûr, c'était qu'il guettait un signe, mais il ne savait pas un signe de quoi, ni même s'il serait capable de le reconnaître le moment venu.

Un rayon de soleil tomba soudain sur son visage et, par réflexe, il mit sa main en visière – car bien qu'il ne possédât plus d'ombre depuis des mois, certaines habitudes étaient difficiles à perdre.

Les lois physiques de la propagation de la lumière lui étaient d'ailleurs si naturelles que son esprit corrigeait automatiquement ce qui lui paraissait trop anormal. Ainsi, malgré le fait que sa main dépourvue d'ombre ne puisse protéger ses yeux du soleil, l'illusion était exemplaire.

Désireux de tester les limites de son imagination, Harry déplissa les yeux. Sa vision s'ajusta aussitôt, exactement comme s'il avait encore une ombre. Tout était si fluide, si réglementaire, qu'un doute se fraya lentement un chemin dans son crâne.

L'Auror leva et baissa le bras cinq fois d'affilée, comme un automate et, selon sa position, son degré d'éblouissement variait inlassablement. Il jeta alors un coup d'œil à ses pieds et y vit ce qu'il s'était attendu à y voir.

– Merde, lâcha-t-il en se cramponnant à la rambarde, plus chamboulé que de raison.

Il rejoignit Draco à l'intérieur, pressé d'avoir son avis, pressé, aussi, de déposer dans ses mains une partie de son inquiétude pour ne plus avoir à porter seul ce fardeau.

– Pourrais-tu troquer toutes tes entrées en trombe par de gracieuses apparitions ? Mon penchant pour le raffinement et moi-même t'en serions éternellement reconnaissants, lui dit Draco en reniflant hautainement, avant de voir l'expression tourmentée de son ami.

Il posa alors l'origami qu'il était en train de confectionner et s'approcha de Harry, la tête penchée sur le côté.

– Pourquoi restes-tu figé comme ça ? Le soleil a-t-il brûlé les dernières connexions de ton cerveau ?

– Draco, le supplia l'Auror entre ses dents. Regarde, elle est là. Elle est revenue à moi.

Et c'était vrai. Son ombre, qui avait disparu sans explication de la chambre de Draco deux semaines plus tôt, s'étendait désormais à ses pieds.

xXxxXxxXx

– Tu veux bien arrêter de tourner sur toi-même deux minutes ? râla Draco. Nom d'un Poulaintêtard, je ne suis pas ta mère, mais ce n'est pas l'envie de t'envoyer dans ta chambre qui manque, crois-moi !

Harry se figea net, les poings serrés. Il dut mobiliser toute sa force mentale pour s'abstenir de répliquer. La pleine lune de juin les attendait au tournant. Déjà peu serein de nature, Draco était désormais constamment à fleur de peau. Et pour être franc, Harry n'était pas non plus de très bonne compagnie ces derniers temps.

Depuis la réapparition de son ombre, il était dans un état d'agitation quasi permanent. Comme infesté par des tiques, il ne tenait pas en place et passait effectivement beaucoup trop de temps à tourner sur lui-même.

– Ce n'est qu'une ombre, marmonna Draco plus calmement. Ton ombre, qui plus est.

Les yeux fermés, Harry garda encore le silence. Il ne voulait pas se lancer dans la discussion qu'ils avaient déjà eue bien trop de fois les jours précédents, il lui semblait que c'était la seule chose dont ils avaient parlé cette semaine, en fait. Draco étant malheureusement aussi têtu que lui, le débat était répétitif, frustrant et stérile.

Son ombre lui était revenue changée. Elle ne s'était pas gentiment rattachée à lui, elle le suivait à la trace, menaçante. Il en était persuadé. Il ne la reconnaissait plus.

Mais Draco, ce puits insondable de savoir, lui soutenait le contraire.

« Ton sortilège devait être temporaire, il n'y a pas grand chose à comprendre » avait-il affirmé le jour du retour de l'Ombre, faisant fi de ses protestations.

« Fascinant cas de paranoïa » avait-il ricané la deuxième fois qu'ils avaient abordé le sujet.

« Harry Potter, le garçon-qui-a-peur-de-son-ombre ! » s'était-il exclamé la troisième fois.

C'était sans espoir. Après tout, si Cornelius Fudge avait appris une chose à Harry, c'était bien qu'il était impossible de réveiller quelqu'un qui faisait semblant de dormir.

xXxxXxxXx

Harry n'aurait pas dû être surpris quand il constata un beau matin que son Parchemin de Communication fonctionnait de nouveau.

Des oiseaux diurnes passaient désormais quotidiennement au dessus du Manoir et, la nuit, on entendait hululer chouettes et hiboux. Une fois, un visage indistinct était apparu dans la cheminée du salon. Une autre fois, c'était une brume bleue qui avait jailli de nulle part, accompagnée d'une voix trop faible pour être compréhensible. Et, de temps à autres, des silhouettes floues et translucides vibraient dans les champs, avant de se dissiper dans les airs.

La Malédiction s'affaiblissait chaque jour un peu plus, il n'y avait qu'à voir l'état du jardin pour s'en rendre compte. Les arbres ployaient sous les pommes d'or, les coccinelles se régalaient de pucerons. Les fontaines chantaient, les libellules flânaient autour de la mare et une famille de lièvres avait construit son gîte tout contre les grilles arrières du domaine.

En toute logique, Harry aurait dû s'y attendre. Il n'en crut pourtant pas ses oreilles quand la sonnerie de son Parchemin, audible de lui seul, le réveilla ce matin-là. Il se précipita sur sa besace, la retourna sur son lit et déplia l'artefact en tremblant.

Son Parchemin de Communication n'étant qu'un prototype, il ne pouvait récupérer l'intégralité des messages différés, seulement les plus récents. L'Auror ne s'en plaignait pas. Il y en avait déjà tellement !

« AUROR POTTER, FAITES-NOUS SIGNE » était écrit en lettres capitales, par dessus tous les autres messages.

« … gardons espoir… »

« faisons… Auror Potter »

« Auror Potter, nous... »

« Harry... »

Robards était l'auteur de la majorité des messages, mais Harry reconnut dans un coin l'écriture appliquée de Hermione – son mot était malheureusement impossible à déchiffrer, car chevauché par d'autres – et celle de Lewis, qui devait lui écrire régulièrement, si la mention de la date du jour avait un quelconque sens.

Submergé par des émotions jusque-là religieusement enfouies, Harry sentit les larmes lui monter aux yeux. Ces dix derniers mois, ses collègues et ses amis, de l'autre côté des barrières, avaient cherché sans relâche un moyen de le délivrer.

Mais lui, qu'avait-il fait pendant tout ce temps ? Au lieu d'essayer et essayer encore, du matin au soir et du soir au matin, d'éclater la porte blindée qui le séparait de ses proches, il avait eu vite fait d'abandonner son enquête et ses projets d'évasion.

Sans honte ni remords, il s'était glissé dans un doux quotidien, s'enfermant de lui-même à double tour dans sa prison dorée et s'assurant que la chaîne à sa cheville tenait bien en place. Quant à son sens des priorités, il avait connu une révision drastique.

Enfin quoi, il en savait désormais bien plus sur la magie des ombres que sur la force qui isolait le Manoir de l'extérieur ! C'était comme s'il avait vécu en apesanteur, dans un tout petit monde dont Draco et lui étaient à la fois les créateurs et les seuls habitants.

Ah, il regretterait à coup sûr l'étroitesse de sa cellule et de son cercle social. Tout avait été si simple. Il y avait eu si peu d'éléments avec lesquels composer et surtout personne à qui rendre de compte.

Bien sûr, la vie ne pouvait être littéralement paradisiaque quand on avait le malheur de s'appeler Harry Potter. Cependant, si on passait outre ses divers conflits avec le maître des lieux ainsi que leurs problèmes de fourrure et d'horticulture, ce qui restait ressemblait dangereusement à l'existence paisible dont il avait toujours rêvée et qu'il n'aurait jamais.

Car il avait longtemps feint le sommeil, mais il était temps de se réveiller.

xXxxXxxXx

Incapable de soutenir le regard blessé de son ami, Harry se tourna vers Lumière et Big Ben, ce qui s'avéra être une idée fichtrement mauvaise. Postés aux pieds du Draco comme des petits soldats tout colère, les deux objets enchantés transpiraient le mépris et, plus difficile à encaisser, la déception.

Dans l'optique de lui épargner leurs remarques désobligeantes, Draco leur avait interdit de parler, mais les chandelles croisées de Lumière et les aiguilles tordues de Big Ben étaient aussi parlantes que des mots.

La distance et le silence pesaient plus lourds que du plomb. Pendant un court instant, Harry envisagea de se mettre à gueuler, histoire de provoquer quelque chose, n'importe quoi ! mais il choisit finalement d'écarter les bras. Draco vint s'y loger immédiatement. La tête blottie contre son torse, les doigts agrippés à son tee-shirt, le blond inspira un grand coup, comme il avait l'habitude de faire quand il avait besoin de réconfort, mais il ne pipa mot.

Depuis que Harry lui avait annoncé son départ un quart d'heure plus tôt, il n'avait pas prononcé plus de quatre phrases, dont la moitié ne lui avait pas été destinée.

Le Survivant ignorait à quoi il s'était attendu. A des cris, à des reproches, à des sarcasmes, à de l'indifférence, peut-être ? En tout cas, pas à cette abolition de la communication, pas à ce mutisme douloureux devant lequel il était totalement désemparé.

Draco avait mal. Il avait trop mal pour lui cacher sa souffrance mais aussi trop mal pour en discuter avec lui.

Harry réalisa soudain que son ami n'allait pas le retenir. Draco s'était préparé à être abandonné dès le début. En réalité, l'idée que leur relation puisse durer n'avait sûrement jamais traversé son esprit.

L'Auror lui avait promis, clairement promis, qu'il reviendrait dès qu'il se serait occupé de Robards, dans quelques jours, une semaine, tout au plus. Il n'en avait pas spécialement envie, mais il devait partir.

Et puis, ce n'était pas comme si Draco risquait encore quelque chose. Le Manoir avait réintégré le monde, la Malédiction était donc brisée ! Ils avaient réussi ! Tout ne pouvait que bien se passer maintenant. Il suffisait d'attendre le lendemain de la pleine lune et tout se remettrait en ordre.

Le problème était que ses promesses n'avaient aucune valeur pour Draco. Il avait déjà décidé que Harry le laissait tomber la veille du drame. Qu'il fuyait. Il n'avait pas tort. En fin de compte, il passerait seul la plus maudite des nuits qui ait jamais été.

Tout cela, Harry le savait. Il savait aussi qu'il quitterait le Manoir sans réentendre la voix de Draco. Et tout comme le blond, il avait mal.

xXxxXxxXx

A sa grande surprise, Robards lui hurla dessus.

Le chef du Bureau des Aurors n'était pas connu pour sa tendresse mais personne n'aurait songé à l'accuser de despotisme. S'il avait le respect de tous ses hommes, c'était d'ailleurs parce qu'il n'avait jamais abusé de sa position pour en humilier un seul.

De par son statut, il se devait d'être ferme et autoritaire. Cela ne l'empêchait pas d'être juste et compréhensif. Ainsi, même si Harry n'avait pas espéré une seule seconde être accueilli avec un câlin, des larmes de joie et une bouteille de champagne, il n'avait pas non plus pensé que son chef lui passerait un savon dans l'Atrium.

Devant tout le monde.

Comme s'il avait fugué.

Comme s'il n'avait pas donné de nouvelles depuis Août volontairement.

Comme si c'était de sa faute que le Bureau était inondé de lettres d'insultes et de faux témoignages et que la Gazette du Sorcier pondait tous les deux jours un article sur la déchéance de l'institution des Aurors, jadis si respectable mais aujourd'hui incapable de mettre la main sur le Héros National, dont la localisation exacte était pourtant connue.

– Oh, ne faites pas cette tête, Potter ! Vous n'avez pas le droit ! Un sang d'encre ! Tous les meilleurs Briseurs de Maléfices du pays ! Me rappelle plus de la dernière fois que j'ai dormi ! Mille milliards de mille gargouilles !

– Monsieur... tenta Harry, quand son chef reprit enfin son souffle. Nous pourrions peut-être poursuivre cette discussion... ailleurs ? En privé ?

A ces mots, Robards sembla se rappeler qu'ils étaient entourés d'employés et de visiteurs surexcités et que la seule chose qui retenait les badauds de se jeter sur leur idole était le charme du Bouclier lancé précédemment par les agents de sécurité.

Il émit un grognement approbatif et partit en direction des escaliers. Merlin savait ce qu'il pourrait arriver à Harry Potter s'il avait l'idiotie de prendre l'ascenseur, toujours plein à craquer, après avoir disparu tout ce temps.

Leur trajet jusqu'au bureau du Chef des Aurors ne se fit pas en silence. Et ça glapissait et ça caquetait et ça rédigeait des mémos à la hâte, à destination de collègues appartenant à d'autres départements, ça allait même jusqu'à dégainer des appareils photo de nulle part, sans aucune considération pour le droit à l'image.

Robards reprit la parole dès qu'ils entrèrent dans son bureau, mais sa colère et sa surprise avaient dû retomber sur le chemin, car il s'adressa à Harry avec beaucoup plus de calme et de cohérence que dans l'Atrium. Quoiqu'il paraissait toujours un peu fébrile et que ses yeux s'agitaient nerveusement dans leurs orbites… Le Survivant eut une pensée désagréable pour Peter Pettigrow.

– Commençons par le commencement, Auror Potter. Tout d'abord, votre entrée fracassante était du plus mauvais goût. Vous auriez pu nous éviter... Trouver un autre moyen... Qu'écrira la Gazette… Enfin, passons, dit Robards en sortant de sa poche son Parchemin de Communication. Expliquez-moi plutôt pourquoi après des mois, des mois, Potter, d'absence totale de signes de vie de votre part, je reçois ce matin le message suivant : « Ne tentez rien. J'arrive. HP ». J'espère sincèrement pour vous que votre réponse sera satisfaisante. Et asseyez-vous, nom de nom ! Vous ne ressortirez pas de ce bureau avant de longues heures.

Harry tira une chaise, respira longuement et se lança dans son récit.

xXxxXxxXx

– Harry ! Je n'en reviens toujours pas ! Je ne... enfin, je n'ai jamais abandonné mais... Dix mois, Harry, dix mois !

– Je sais, Hermione... Le temps s'est écoulé à la même vitesse pour toi que pour moi, répliqua Harry plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

La sorcière ne releva pas. Depuis qu'elle était sortie de sa cheminée une heure plus tôt, elle n'avait pas quitté le brun des yeux, comme s'il était le manuscrit original de L'Histoire de Poudlard. Les paillettes qui scintillaient dans son regard auraient sûrement fait rire Ron Weasley si ce dernier n'affichait pas lui aussi la même expression béate.

– Ça fait du bien de te voir, répéta Ron pour la énième fois. Quand je vais dire à ma mère... Quand elle saura que tu es de retour... Un festin nous attend ce soir ! Et après, on ira boire un verre et...

– Ron... le houspilla doucement sa petite amie. Imagine trente secondes être enfermé dans ce manoir avec Malfoy pour seule compagnie ! Même s'il n'est plus aussi horrible qu'avant, ça n'a pas dû être une partie de plaisir. Cette histoire rocambolesque a certainement fatigué Harry, n'est-ce pas ?

L'air interrogateur, le couple attendait une réponse. Harry s'efforça de garder une expression neutre pendant que les pensées s'entrechoquaient sous son crâne. Il ne leur avait pas tout raconté. Comment aurait-il pu ? Seulement les grandes lignes, et encore... Même à Robards, il avait caché certains faits, déformé certains autres.

A l'entendre, on aurait dit que le Manoir Malfoy l'avait gardé prisonnier par caprice et que, finalement lassé par sa présence, il l'avait libéré.

Harry avait évoqué la lycanthropie de Draco, ayant foi en la politique progressiste du Ministère – il avait tout de même lourdement insisté sur son innocence et sur le fait que la pleine lune avait lieu le lendemain, ce qui impliquait que les Aurors doivent patienter quelques jours avant de se rendre au Wiltshire – mais il n'avait pas mentionné la Malédiction, encore moins sa relation avec l'ancien Serpentard.

Robards n'était cependant pas Chef du Bureau pour rien. Il n'avait relâché Harry qu'après lui avoir promis qu'ils se reverraient très bientôt pour reparler de cette affaire.

Chose étonnante, il lui avait aussi ordonné de rester confiné chez lui ce soir-là ainsi que le lendemain, arguant qu'il en allait de sa sécurité. Et que, de toute façon, il ferait mieux de rester au calme. Harry aurait bien voulu contester cette décision – qui renforçait son impression d'être un gamin en faute – mais il n'avait en réalité aucune envie de voir du monde.

xXx

Il n'avait pas prévu la vague de déprime qui l'avait saisi à la gorge au moment même où il avait poussé la porte de son appartement. Tout était froid et statique, si terne par rapport au Manoir Malfoy qu'il était absurde que les deux lieux puissent être définis par un terme commun, « maison ».

Sa vieille malle de Poudlard, qui traînait dans un coin du salon, était le seul objet qui égayait un peu son intérieur. Si ce n'était pas triste ça...

Il avait soudain trouvé effarant qu'en deux ans il n'ait jamais eu ou plutôt jamais pris le temps d'investir son appartement. Inhospitalier et impersonnel de base, l'endroit l'était encore plus après presque un an de désertion.

Harry avait passé un quart d'heure à s'apitoyer sur son sort puis, quand il avait commencé à se sentir stupide, il avait passé un coup de Cheminette à Ron et Hermione, qui l'avaient immédiatement rejoint.

– Je... Robards m'a demandé de rester cloîtré chez moi, leur révéla-t-il. Je pense qu'il n'approuverait même pas votre venue, s'il était au courant.

Le visage de Ron s'affaissa.

– Tu... Oh, ce n'est pas si grave. Pas ce soir alors. Demain... ou après-demain.

– Ne l'oppresse pas, Ron, intervint Hermione, avec un sourire forcé. Harry est de retour, c'est le principal. Il va avoir énormément de choses à gérer dans les jours qui viennent. Les journalistes, bien sûr, mais aussi l'enquête et puis–mais...

Elle s'arrêta net dans sa phrase, dévisageant son ami, une expression confuse, voire effrayée, peinte sur ses traits.

– Quoi ? demanda Harry, en se trémoussant sur sa chaise.

– C'est peut-être la lumière... Non, ce n'est pas possible...

– Quoi ? demanda Ron en suivant son regard.

– Tu... Ron... Son ombre...

Ah, son ombre. Toujours elle.

– C'est une longue histoire, bafouilla l'Auror, en se passant une main dans les cheveux. En fait, quand j'y pense, elle est assez drôle...

– Tu as perdu ton ombre et c'est assez drôle ? dit lentement Hermione, l'air hallucinée.

– Déjà, je ne l'ai pas perdue, je m'en suis séparé, rectifia l'ancien Gryffondor. Ensuite, elle a... pour ainsi dire... préféré... rester au Manoir.

– Ton ombre a une volonté propre ?

– Il faut croire. Mais ce n'est pas très important, si ?

– Ce n'est pas très important, répéta Ron, les yeux ronds.

– Ça va, ce n'est rien ! se braqua le brun. Comment vont les autres de Poudlard ? Vous avez vu Neville récemment ? Luna ?

Après avoir échangé un dernier regard inquiet, ses deux amis acceptèrent de changer de sujet.

xXx

Cette nuit-là, Harry ne réussit pas à s'endormir. Revoir Ron et Hermione lui avait fait chaud au cœur, évidemment, et hormis le léger malaise relatif à son absence d'ombre, ils avaient passé un moment très sympa. Ses deux meilleurs amis étaient des repères dans sa vie. En riant et discutant gaiement avec eux, il s'était senti comme un marin retrouvant son port natal et se jurant qu'il ne repartirait plus jamais en mer.

Pourtant, plus la soirée avait avancé, plus il avait eu hâte qu'ils s'en aillent. Il était de retour, mais il n'était plus le même. Il ne pouvait espérer renouer avec son ancienne vie comme on reprend place à table après être allé aux toilettes.

Des non-dits avaient plané, des phrases étaient restées sans réponse, des sujets avaient été consciencieusement évités : tant de signes que les trois sorciers n'étaient plus aussi intimes qu'avant. Ce qui attristait le plus Harry était qu'il n'était pas certain de vouloir raviver leur amitié.

Trop de choses lui étaient arrivées. Des choses qui l'avaient changé, qui avaient tant d'importance à ses yeux et qu'il n'avait pourtant pas envie de partager avec eux. Ses deux amis avaient respecté ses silences, preuve qu'eux non plus n'étaient pas aussi à l'aise en sa présence qu'ils l'auraient voulu.

Ron avait fini par bâiller de façon ostentatoire, indiquant qu'il avait capté le message et il avait poussé Hermione vers la cheminée.

« Désolé, mon vieux, ça doit faire beaucoup à encaisser d'un coup. Trop pour une seule journée ! Ne t'inquiète pas, tu vas te réhabituer petit à petit à vivre en société. Mais d'abord, une bonne nuit de sommeil réparateur loin de Malfoy t'attend ! » avait-il lancé par dessus son épaule, sans faire attention au sourire crispé que lui avait rendu son meilleur ami.

Harry connaissait ses problèmes et ils n'étaient pas le manque de sommeil et une appréhension sociale. Le plus gros, le plus oppressant, c'était que Draco lui manquait. L'autre, c'était que la Malédiction était levée, mais qu'il ne comprenait pas pourquoi ni s'il avait bien fait d'abandonner Draco à son destin.

– Je n'aurais pas pu rester, Robards aurait pris le Manoir d'assaut, dit-il à son poste de radio, qui resta aussi muet que n'importe quel poste de radio éteint. J'avais tout juste poussé la grille que les Aurors m'encerclaient déjà. Ma présence là-bas n'était plus nécessaire ! Les barrières magiques sont tombées ce matin. Demain soir... Ce sera fini. Tous les objets enchantés retrouveront leur apparence originelle, Draco redeviendra un loup-garou ordinaire et moi...

Mais s'il s'était trompé ? S'il avait mal interprété les signes ?

– Impossible ! s'écria-t-il. Je n'aurais jamais pu sortir sinon ! Non, il faut simplement attendre la pleine lune. Le dernier pétale tombera et voilà, fin de l'histoire. Je rejoindrai Draco dans la semaine, quand la tempête sera passée...

A trois heures du matin, il se roula en boule dans son lit, espérant égoïstement que Draco, lui aussi, était incapable de trouver le sommeil.

xXxxXxxXx

Le lendemain, Robards lui fit savoir par Cheminette que sa quarantaine était prolongée d'au moins deux jours. Des Aurors montaient déjà la garde devant son appartement, des sortilèges de protection – à tendance carcérale – avaient été mis en place autour de son immeuble et sa baguette magique était désormais sous surveillance.

– Le Service de Régulation des Déplacements par Cheminée va aussi bloquer votre âtre à la fin de notre communication. Temporairement. On n'est jamais trop sûr.

– Chef, j'aimerais bien parler à l'Auror Caldwell avant, si c'est possible, soupira Harry. Au moins pour le rassurer.

Hermione lui avait confié, sans entrer dans les détails, que Lewis avait eu des ennuis quand il était revenu du Manoir sans lui. Le pauvre garçon n'était pourtant pas fautif.

– Caldwell est... commença Robards, les sourcils froncés. Lewis Caldwell n'est pas disponible.

– Comment ça ? Il est en mission ?

– Pas exactement, Auror Potter. Si vous voulez bien m'excuser, j'ai à faire–

– D'accord, Chef, pas de coup de Cheminette, pas de visite non plus. Pas de contact avec le reste du monde avant nouvel ordre. J'oubliais presque ces dix derniers mois passés dans un bain de foule, la solitude ne pourra que me faire le plus grand bien.

Normalement, Robards l'aurait vertement réprimandé pour son insolence, mais il eut plutôt l'air... déterminé.

– Je dois filer, Potter. Et rappelez-vous ! Vous ne bougez pas tant...

– … Que j'en ai l'autorisation, j'ai compris le concept, Chef. A plus tard. Et passez le bonjour à Lewis si vous le croisez.

– Oui, d'accord, dit précipitamment Robards, avant de sortir la tête de la cheminée.

Un instant plus tard, une voix désincarnée indiqua à Harry qu'il avait été déconnecté du Réseau de Cheminette pour une durée indéterminée. L'Auror se releva en faisant peu de cas de ses genoux endoloris. Il était assigné à résidence et les moyens de communication classiques lui étaient interdits.

Mais ce n'était certainement pas ce jour-là qu'il allait se mettre à suivre les règles.

Enfin, il fallait d'abord qu'il trouve ce fichu Gallion. Sans avoir recours à la magie.

xXxxXxxXx

– Un café avec deux sucres, s'il-vous-plaît.

– La même chose.

Lewis lui lança un regard surpris. Harry prenait toujours son café bien noir au Ministère – mais ils n'étaient pas au Ministère.

– Nous n'avons pas beaucoup de temps, annonça le plus jeune des deux Aurors en s'asseyant. Nous sommes en train de transgresser je ne sais combien de lois... de décrets... enfin de...

– Abrège, Lewis. Comme tu dis, nous n'avons pas beaucoup de temps.

Luna avait été d'une efficacité redoutable. Cinq minutes après que Harry lui ait envoyé un SOS via le vieux Gallion de l'A.D, dont elle avait fait un pendentif, Lewis avait toqué à sa porte.

Tandis qu'ils dévalaient les escaliers, il lui avait fait un briefing express. Un Patronus en forme de lièvre lui avait demandé d'aider Harry Potter à s'échapper et il avait tout de suite répondu présent, transplanant devant chez son ami dès la fin du message.

Il avait tenté de convaincre les patrouilleurs de le laisser entrer, prétextant avoir reçu de nouvelles directives de Robards, mais les trois gardes n'avaient rien voulu entendre.

Alors, il les avait stupéfixés, avait modifié leur mémoire, volé leurs baguettes et il les avait enfermés dans le local à poubelles de l'immeuble. Il avait ensuite frappé à la porte de Harry.

– Pourquoi avoir parlementé avec eux ? Tu n'aurais pas pu transplaner directement dans mon appartement grâce à ton badge ? s'était enquis Harry. Robards m'a confisqué le mien, mais...

– Je suis, comment dire ? en disgrâce, avait soufflé Lewis, avec une grimace. C'est Robards. Enfin, avant de parler de ça, trouvons d'abord un endroit pour nous poser, Auror Potter.

Ils avaient fini par s'arrêter dans un café moldu insipide coincé entre une laverie automatique et un local en vente, parfait donc pour deux Aurors en cavale.

– Par quoi commencer ? se demanda Lewis à voix haute. Ah, merci, monsieur. Voici.

Il tendit un billet au serveur, qui lui rendit sa monnaie et repartit derrière le comptoir.

– Tu as de l'argent moldu, s'étonna Harry.

Même si son café était brûlant, il le but d'une traite. Par les anneaux de Saturne, il avait besoin d'énergie.

– Est-ce que j'ai mentionné que mes rapports avec Robards, le Ministère, la communauté sorcière en général, en fait, étaient relativement tendus depuis ta disparition ? Au bout d'un moment, il était plus simple pour moi de passer du côté moldu de la force. Ce n'est pas ta faute, Auror Potter, le monde est simplement devenu fou en ton absence.

Lewis se lança alors dans un tableau bref mais saisissant de l'Angleterre magique des dix derniers mois. La veille, bien que des mots comme « désordre », « tension » et « instabilité » aient jailli dans la conversation, Ron et Hermione étaient restés délibérément laconiques, au grand regret de leur ami.

Mais Lewis était, ou plutôt avait été, un Auror. De ce fait, en plus de détenir des clefs de compréhension inconnues des civils, il avait eu l'indésirable privilège de vivre l'apocalypse de très, très près.

Et après avoir écouté son monologue, Harry déciderait que l'expression « période un peu difficile » était le plus gros euphémisme jamais utilisé par Hermione.

xXx

– Le premier mois... jusqu'à fin septembre environ, l'ambiance au Bureau était lourde mais encore supportable. A part les trois interrogatoires que j'ai subis, les murmures et les regards mauvais, ça allait. Comme j'étais préposé aux Archives, je passais mon temps dans un coin, le nez dans des dossiers, ce qui me convenait très bien.

– Mais pourquoi... ? Enfin, n'ont-ils pas bien compris que c'était moi qui t'avais ordonné de quitter le Manoir ? C'est hallucinant que...

– Auror Potter, le coupa doucement Lewis, malgré ce que prétend Sorcière Hebdo, tu n'as pas conscience de la valeur inestimable de ta vie. C'est ce qui fait de toi quelqu'un de bien, je suppose. Je leur ai répété que tu m'avais donné l'ordre de partir, je n'avais aucun intérêt à le leur cacher et je n'aurais de toute manière pas pu, avec la dose de Véritaserum que...

– Mais l'interrogatoire sous Veritaserum n'est plus légal depuis les Procès de 98 ! s'insurgea Harry, en tapant du poing sur la table, renversant une partie de son café. Quant à la valeur de ma vie... Ce qui les intéresse tant, ce n'est pas que je sois en vie et en bonne santé, non, c'est ma popularité, mon influence médiatique. Je ne suis qu'une icône pour le Ministère.

– Aux grands maux, les grands remèdes. Faire une entorse à la loi dans le but de sauver Harry Potter ne dérangeait personne, répondit l'autre sorcier avec amertume. Quand je parlais de la valeur de ta vie, je parlais effectivement, sans vouloir te vexer, de son importance du point de vue politique. La société a besoin d'un héros à admirer, à prendre comme exemple, d'une icône comme tu dis. Ton existence garantissait un certain climat de paix, d'équilibre, après la Guerre, elle maintenait le chaos à distance.

Lewis épongea le café renversé avec une serviette et reprit :

– Quand on y pense, c'est ironique. S'ils n'avaient pas eu si peur des conséquences de ta disparition, Robards et ses amis auraient pu garder le contrôle. Mais ils étaient tellement persuadés qu'ils n'y arriveraient jamais, qu'ils n'ont fait aucun effort en ce sens. Ils se sont laissés dévorer par la panique. Bref, courant novembre, ils ont admis qu'il n'y avait aucun moyen de te secourir ni même de savoir si tu faisais encore partie de ce monde et à partir de ce moment-là, les choses ont rapidement dérapé.

Harry apprit avec effarement que Lewis avait été licencié à la fin de l'Automne. La Gazette, qui couvrait l'affaire depuis le début, avait donné dans le sordide le plus scandaleux, traitant Lewis de traître, de lâche, d'Auror indigne de son badge, ou encore de « complice de l'affaire de meurtre la plus mystérieuse du siècle ».

– Si tu voyais les Une de cet Hiver... Un des articles s'appelait « L'Auror de lumière toujours dans les Ténèbres », rit Lewis. Robards me l'a fait parvenir par Hibou Express. Il avait vu juste, j'avais bizarrement arrêté de lire les journaux.

– Comment est-ce que Robards... ? Ce n'est pas son genre, il n'a jamais été...

– Il a changé, Auror Potter. Je ne lui en veux pas. J'ai presque pitié. La pression sur ses épaules a été terrible. Me virer a calmé l'opinion publique pendant un certain temps, mais ce n'était pas suffisant. Il s'est mis à divulguer de lui-même chaque menu avancement de l'enquête, espérant prouver que le Bureau faisait tout son possible pour te sortir de là. Il a même fait allusion à mes soupçons sur Malfoy, même s'il n'y croyais pas !

– Comment ça ? demanda Harry, raide comme s'il venait de recevoir une décharge électrique.

– Une des premières choses que je lui ai dites était que Draco Malfoy m'avait paru extrêmement bizarre, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Franchement, ce type m'a foutu la frousse, avec ses cheveux emmêlés, sa peau toute sèche, ses cernes noires et tout ce qu'il baragouinait... sans oublier son aura maléfique. C'est un loup-garou, n'est-ce pas ?

xXx

Harry ne tiqua même pas. Il avait plus urgent à faire. Un mauvais pressentiment l'empêchait de respirer librement, comme la main suffocante d'un démon autour de ses poumons.

– Et ?

– J'avais donc raison ! s'écria Lewis, triomphant. Ah, dire que Robards m'a carrément ri au nez quand je lui ai fait part de mes doutes... S'il savait ! Il m'avait claqué la porte au nez, en grognant qu'il était le premier à prier pour que mes fantaisies soient réelles car il pourrait abattre Malfoy sans aucune forme de procès !

Un couple de vieilles personnes installé à l'autre bout de la salle les fusilla du regard, n'appréciant apparemment pas d'être dérangées par des exclamations non-nécessaires.

– Je lui ai dit, lâcha Harry d'une voix blanche. Hier. J'ai dit à Robards que Draco était atteint de lycanthropie.

Les yeux de Lewis s'emplirent instantanément d'effroi et de compassion.

– J'avais confiance en son intégrité ! se justifia Harry, terriblement en colère contre lui-même. La fin de Voldemort était sensée marquer aussi celle des préjugés !

Comme il avait été con ! Il n'avait jamais entendu une remarque discriminatoire dans la bouche de Robards, mais il n'avait jamais vu non plus son Chef dans l'état dans lequel il était la vieille. Il aurait dû s'apercevoir que ses nerfs d'acier avaient craqué.

C'était évident, maintenant. Durant leur entretien, Robards lui avait révélé carburer aux potions et n'avoir pas dormi naturellement depuis le début de l'année. Son jugement autrefois si fiable était définitivement altéré par le stress et l'insomnie.

Les coudes sur la table, Lewis se pencha vers lui et murmura, l'air grave :

– Auror Potter, est-ce que Malfoy est coupable de quoique ce soit ?

– Non, répondit Harry sans hésiter, les yeux vissés dans les siens. Il est tout au plus une victime.

– Alors tu n'as pas un instant à perdre, soupira Lewis, résigné et soucieux, en se jetant en arrière. Si Robards sait que Malfoy est un loup-garou, il va profiter de la pleine lune pour assiéger le Manoir. Et la prochaine pleine lune est...

– Ce soir, répondit Harry. Ils attaqueront ce soir. Je dois leur faire entendre raison !

– Tu n'y arriverais pas ! Tous les Aurors sont à cran depuis des mois. Ils sont au pied du mur. Les gens exigent un final sanglant. Des photos de toi au Ministère hier circulent déjà, bien que les théoriciens du complot les considèrent truquées. Les gens veulent réparation, vengeance ! Si tu essayes de les raisonner, tu risques d'emménager dans l'aile Janus Thickey de Sainte Mangouste. Après tout, si Malfoy est un loup-garou, qui sait ce qu'il a pu te faire durant ces longs mois, isolé de tous... Et même s'il n'en était pas un, au fond, les gens s'en foutent. Ils l'ont condamné dès le début. Ce qu'ils attendent ce n'est pas le procès, c'est l'exécution.

– Mais... ! se révolta Harry, sa magie faisant cliqueter dangereusement les tasses sur la table. Tout ça n'a aucun sens ! Ce ne sont que des suppositions sans fondement !

– Ils s'en fichent de la vérité, Auror Potter. Je t'ai dit que la presse s'est acharnée sur moi ? Et bien le traitement qu'elle a réservé à Draco Malfoy était bien pire. Mangemort ayant échappé à Azkaban uniquement grâce à ton témoignage, colocataire de Tu-sais-qui, gamin cruel et exécrable, rejeton d'une famille des Ténèbres... Et loup-garou de surcroît ! Un Monstre.

– Certains monstres se déguisent bien en sorciers, mais ce ne sont pas ceux qu'on croit, répliqua lugubrement Harry.

xXx

Après avoir quitté le café, Lewis et lui se réfugièrent dans une impasse voisine.

– Je ne peux pas t'accompagner, Auror Potter, dit le plus jeune des deux sorciers, contrit. Ton nom te permettra toujours de retomber sur tes pattes, mais moi–

– Ne t'inquiète pas, Lewis. Tu as déjà trop fait pour moi. Merci.

– Oh, Auror Potter, est-ce que je t'ai remercié de m'avoir sorti du Manoir ? Et quand toute cette histoire sera derrière nous, tu m'expliqueras pourquoi Malfoy tenait tant à cette fleur, sourit Lewis, les yeux embués, avant de serrer son collègue dans ses bras.

Harry lui tapota gauchement l'épaule. Il n'était pas doué pour les démonstrations d'affection... sauf avec Draco Malfoy.

– J'y vais, maintenant. Je ne t'ai pas vu, tu ne m'as pas vu ?

– Cela va de soi, Auror Potter, répondit loyalement Lewis, en lui tendant la baguette d'un des gardes.

Harry avait laissé la sienne chez lui. En tant que fugitif, une baguette sous surveillance ne l'intéressait pas.

– Sans vouloir t'offenser, as-tu bien réfléchi ? lui demanda l'autre sorcier, en se mordant la lèvre. Transplaner avec la baguette d'un autre peut conduire à la mort. Surtout aussi loin !

– Oh, mais je ne vais pas jusqu'au Wiltshire, même moi je ne suis pas aussi inconscient, grimaça Harry et il disparut.

xXx

Harry pouvait s'estimer heureux d'avoir pensé à prendre sa veste. Dans les airs, même à la mi-juin, il faisait froid. S'il avait pu embarquer un coussin avec lui, ses fesses l'auraient remercié, mais sa faculté d'anticipation avait malheureusement des limites.

Son balai d'emprunt, récupéré chez cette chère Luna – qu'il devrait remercier comme il se doit dès qu'il aurait tiré Draco d'affaire – était un modèle biscornu, dont l'esthétique était aussi douteuse que l'ergonomie.

Harry n'avait pas cherché à savoir qui en était le créateur, de peur d'apprendre qu'il allait voler sur un engin conçu par Xenophilius Lovegood. Ce qu'il ignorait ne pouvait l'angoisser.

Après une visite éclair à Luna, il avait transplané par petits tronçons, remerciant plusieurs fois mentalement l'un de ses anciens professeurs dont le motto était « Un bon Auror est d'abord un bon Anglais et un bon Anglais connaît son pays ».

Il avait raison.

Arrivé à quatre milles du Manoir, Harry avait enfourché son balai. Il connaissait trop bien le caractère paranoïaque des Aurors pour tenter de transplaner plus près de son but : la zone était forcément sécurisée. Quand on organisait un assaut, on ne voulait pas être dérangé.

Tandis qu'il passait au-dessus de son dixième champ de blé, une sorte de claquement résonna dans ses oreilles. Il venait de traverser un sortilège, qu'il identifia comme un Charme d'Alerte Intrusion. S'il ne se trompait pas, il avait vraiment de la veine. Les Aurors ne feraient que peu de cas d'une créature volante et c'était ce qu'il était actuellement aux yeux du Charme.

Il approchait de plus en plus des grilles du Manoir. Quand il fut en capacité d'en compter les barreaux, il se résolut à descendre au sol pour aller à pied, portant comme seul camouflage un Sortilège de Désillusion. Après cinq minutes de marche, il abandonna le balai de Luna qui l'encombrait. Il s'assurerait de faire amende honorable avec un dîner aux petits oignons.

Être passé de la vitesse du transplanage et du vol à la lenteur du pas ne l'apaisait en rien. Il avait le détestable sentiment de faire du surplace.

Enfin, au bout d'un long moment, il aperçut son premier Auror, puis Robards et tous les autres. Il s'accroupit dans les hautes herbes pour les épier. Baguettes levées, regards vigilants, tout le monde semblait retenir son souffle.

La scène était belle sans le vouloir : toutes ces silhouettes immobiles, rouges, oranges et grises, éclairées par le soleil mourant, avaient la noble allure de sentinelles.

Quel dommage qu'ils ne veillaient pas sur la paix de la campagne mais qu'ils attendaient le crépuscule pour assassiner Malfoy !


A Suivre...


Dernier chapitre en ligne aux alentours du 19 avril (J'ai du retard désoléeeeee !)

OUI, la fin est là, juste devant nous ! Il restera ensuite un petit épilogue pour que ça fasse 13 chapitres héhé

Mais nous n'y sommes pas encore, pour le moment j'attends vos reviews avec impatience :)