Gingka n'a pas revu Kyoya depuis cette dernière discussion au bord de la rivière. D'après ses amis, il serait partit en voyage en Afrique.
Ce n'était pas la première fois qu'il partait bien sûr mais la façon dont ils s'étaient quittés lui était terriblement douloureuse car il avait eu l'impression que c'était un adieu de la part de son ancien rival. Toutes ses révélations l'avaient beaucoup déprimé. Il n'arrivait plus à sourire. Il n'arrivait plus à rire malgré tous les efforts de ses amis. Il mangeait et dormait de moins en moins. Il passait le plus clair de son temps à errer dans la ville comme une âme en peine de jour comme de nuit. Enfin, quand il pouvait encore marcher. Parce qu'au bout d'environ 2 mois, Gingka ne tenait plus sur ses jambes à cause de la faiblesse qu'il imposait à son corps par manque de nourriture et de sommeil. Tout le monde avait beau essayer de lui ouvrir la bouche, il refusait catégoriquement. Aucun de ses amis ne savait quoi faire.
Quelque part en Afrique, Kyoya marchait dans le désert sous le soleil tapant. Il suait à grosses gouttes mais continuait de marcher. Ses pieds, ses jambes, son dos, tout son corps lui faisait mal de vivre à ce rythme infernal depuis environ 3 mois. Mais il continuait. La douleur physique détournait son esprit d'une souffrance bien plus grande, une souffrance morale qui ne le lâchait pas depuis près de 3 mois. Il n'avait aucun autre moyen de la soulager un peu. Gingka lui manquait terriblement et se dire que jamais, jamais ils ne pourraient se retrouver comme il l'avait toujours rêvé lui retirait tout espoir. Il ne savait même plus pourquoi il continuait de marcher, pourquoi il continuait à vivre… Pourquoi ne s'asseyait-il pas là tout simplement dans ce sable en attendant que la chaleur, la soif et la faim l'emporte ? Non, il ne le ferait pas. Ce n'était pas dans son caractère. Son instinct de survie le guidait, le forçait à continuer, à faire un pas devant l'autre, inlassablement.
Il arriva bientôt aux abords d'une ville qu'il reconnut comme étant celle où il savait que Nile vivait. Il décida d'aller le saluer.
Nile lui ouvrit avant même que Kyoya ne frappe à la porte car il l'avait vu arriver. Ils échangèrent quelques banalités. Nile proposa à Kyoya de quoi se restaurer. Kyoya commençait par refuser mais Nile insista et Kyoya finit par céder à un verre d'eau et un crouton de pain. Lorsqu'il eut finit de manger, Nile lui tendis une enveloppe.
-Qu'est-ce que c'est ? , demanda nonchalamment Kyoya.
-J'ai reçu ça du Japon. Apparemment tes amis de là-bas ne savent pas comment te joindre et ils se sont dit que tu viendrais me rendre visite.
-Et ça dit quoi ? , demanda Kyoya pas plus intéressé que ça.
-Je n'en sais rien. , répliqua Nile, je ne lis pas ton courrier.
Kyoya soupira et pris l'enveloppe. Il la déchira d'un coup sec et en sortit un papier. Il ne contenait que quelques lignes :
Cher Kyoya,
Je ne vais pas y aller par 4 chemins. Gingka est malade. Très malade. Il refuse de manger et ne dors plus depuis plus de deux mois. Il ne peut même plus se lever. Nous ne savons plus quoi faire. Je ne t'aurais pas demandé de l'aide si j'avais eu le choix mais je crains que Gingka ne tienne plus très longtemps comme ça. Peut-être pourras-tu faire quelque chose pour changer son état ? J'espère que tu recevras cette lettre avant qu'il ne soit trop tard.
Madoka
En lisant ces lignes, le sang de Kyoya ne fit qu'un tour et une intense angoisse le saisit. Il tremblait de tout son corps en reposant la lettre sur la table.
-Quand ? , demanda-t-il brutalement
-Quand quoi ? demanda Nile
-Quand as-tu reçu cette lettre ?
-Il y a environ 10 jours. Pourquoi ? C'est urgent ?
Kyoya ne répondit pas. Il s'était levé d'un bond et ne remercia même pas Nile avant de partir en coup de vent. 10 jours que la lettre était arrivé auxquels il faudrait probablement ajouter 5 jours de transport de la lettre. Ça signifie que Gingka était dans un état plus que critique depuis près de deux semaines ! Paniqué, il se mit à courir vers l'aéroport le plus proche et acheta un billet à prix d'or pour le 1er avion en partance pour le Japon. Mais il lui faudrait attendre 5 heures avant de pouvoir embarquer et environ 7 heures avant d'arriver à destination. L'attente fut insupportable. Kyoya ne tenait pas en place. Il faisait les cents pas, se rongait les ongles jusqu'au sang. Il priait tous les dieux dont il avait entendu parler pour que Gingka soit encore vivant. Comment avait-il pu ne pas être là à un moment aussi grave ! Il pensait bêtement que l'éloignement les ferait s'oublier mutuellement. Mais ça n'avait pas marché pour lui et c'était en train de tuer Gingka si ce n'était pas déjà fait. Non, ça ne pouvait pas. Gingka ne pouvait pas être… Il ne pouvait pas être… Non il était encore là. Il était encore là. Il l'attendait. Et Kyoya allait rentrer et lui sauver la vie. Oui il fallait que ça se passe comme ça. Oui il le fallait. Le voyage en avion fut tout aussi intenable que l'attente à l'aéroport. Kyoya ne cessait de regarder l'heure. De se demander s'il n'était pas déjà trop tard. Il était tellement nerveux qu'il avait envoyé sur les roses une hôtesse simplement venue pour lui proposer un café. Quand enfin l'avion atterit, il courut pour prendre le premier train qui, bien sûr, s'arrêta en plein milieu de la voie pour « raison de problème technique ». Kyoya crut qu'il allait exploser lorsqu'on leur demanda de patienter une demi-heure le temps de réparer « l'incident » en le « remerciant de sa compréhension ». 2 heures plus tard, il sortit enfin du train et se précipita vers l'arrêt de bus le plus proche. Le bus qu'il prit fut rapidement pris dans les embouteillages. Kyoya en sortit dès qu'il le put et pris un tramway. Il fit les derniers kilomètres à pied. Il faisait nuit quand il arriva tout essoufflé chez Madoka. Toute la bande était silencieuse dans le salon. Kyoya s'y engouffra en demandant où était Gingka sans même prendre la peine de les saluer. Madoka lui indiqua la chambre d'ami et Kyoya s'y précipita. Il était légèrement soulagé : Gingka était encore vivant.
