Quand il rentra dans la chambre, il aperçut tout de suite la frêle silhouette de Gingka dans le lit. En s'approchant d'elle, il vit tout de suite que Gingka allait très mal. Ses yeux vides fixaient le plafond. Il semblait respirer avec difficulté. Il avait de très gros cernes sous les yeux. Des joues creusées, émaciées. Son teint était d'une pâleur presque fantomatique. Même ses cheveux emmêlés autour de son visage avaient perdu leur brillante couleur et était devenus terne. Kyoya avait le cœur serré à cette vue. Il se força à se reprendre. Il devait être fort pour le bien de Gingka.

-Alors comme ça on refuse de s'alimenter ? , lança-t-il d'une voix qui se voulait taquine.

Gingka tourna doucement le regard vers lui mais n'eut aucune réaction sur le visage. Il murmura simplement :

-Mes rêves semblent de plus en plus réel…

-Hé oh ! Gingka ! C'est moi ! Kyoya ! Je suis là. Je ne suis pas un rêve !

Kyoya vit l'ombre d'un sourire passer sur le visage de Gingka.

-C'est vrai qu'il aurait réagi exactement comme ça…, murmura-t-il.

Voyant que Gingka ne le croyait pas, Kyoya lui attrapa l'épaule et le secoua un peu :

-Est-ce qu'un rêve peu faire ça ?

Les yeux de Gingka s'illuminèrent alors.

-Kyoya ? , murmura-t-il faiblement, c'est vraiment toi ?

-C'est vraiment moi Gingka. Et je ne te quitte plus. C'est promis.

Gingka semblait s'apaiser un peu.

-Gingka tu vas me faire le plaisir de manger un peu maintenant, repris Kyoya que la pâleur de Gingka effrayait véritablement. Je vais te chercher quelque chose. Il savait très bien ce qu'il voulait : un simple morceau de pain. Pour l'avoir vécu, il savait qu'après une période de jeune prolongé, on ne supportait pas les aliments moins basiques.

Il revient dans la chambre avec son morceau de pain. Il s'assit au bord du lit, coupa un minuscule morceau de pain et le glissa dans la bouche entrouverte de Gingka. Ce dernier se força à mâcher. Lentement, très lentement. Kyoya attendait patiemment que Gingka aie finit avant de lui en donner un autre. A chaque petit morceau que Kyoya lui donnait, il avait l'impression de faire un pas vers la guérison de Gingka et ça lui donnait du courge. Il encourageait Gingka qui ne se montrait pas très réceptif : « Aller Gingka, encore un. Aller Gingka courage ! ».

Kyoya allait lui mettre le 8ème petit morceau dans la bouche quand Gingka l'arrêta et lui dit faiblement :

-Arrête Kyoya. Ça ne sert à rien. C'est trop tard.

-Non je n'arrête pas du tout répliqua brusquement Kyoya totalement paniqué en entendant le son faible de la voix de Gingka.

-Kyoya… Ecoute, je…

-Arrête de parler Gingka et mange ! , fit Kyoya qui ne voulait pas en entendre plus. Mais Gingka ne l'écoutait pas :

-Kyoya, je t'aime.

Kyoya sentit son cœur s'arrêter. Pourquoi fallait-il qu'il lui dise ça maintenant et dans une telle situation ? En regardant Gingka, il s'aperçu que ce dernier souriait légèrement. Gingka n'avait pas l'air d'avoir terminé. Il poursuivit de sa voix faible :

-Kyoya… Je voudrais… Je voudrais te prendre dans mes bras. Je voudrais t'embrasser. Je voudrais… Mais…

Kyoya n'en pouvait plus d'entendre de telles choses. Alors il demanda :

-Chut… Arrête-toi là Gingka. Je t'en prie.

-Mais…c'est impossible et… ça me tue…parce que… parce que je t'aime. Je t'aime quand même… Gingka s'était mis à sangloter.

Kyoya en avait mal au cœur. Il savait tellement ce qu'il pouvait ressentir puisqu'il ressentait la même chose… Kyoya s'agenouilla à côté du lit pour être à la hauteur de Gingka. Il passa une main dans les cheveux de Gingka et le regarda dans les yeux en lui répondant :

-Moi aussi Gingka. Moi aussi je t'aime.

Kyoya tenta à nouveau de faire manger Gingka mais celui-ci refusa encore.

-Aller Gingka.

Kyoya commençait à paniquer. S'il ne mangeait pas, dans son état il ne tiendrait plus très longtemps.

- S'il-te-plaît ouvre la bouche…

Mais Gingka refusa encore.

- Je t'en supplie Gingka… Il faut que tu manges…

Cette fois des larmes coulaient sur les joues de Kyoya. Voir Gingka dans cet état, faible et abandonnant toute envie de vivre était pire pour lui que la torture.

Gingka s'aperçu que Kyoya pleurait à côté de lui. Au prix d'un effort surhumain, il parvient à bouger le bras et à poser sa main sur celle de Kyoya. Ce dernier lui pris cette main et la porta à sa joue. Il pleurait toujours. Et il répéta, incapable de dire quoi que ce soit d'autre :

-Je t'en prie Gingka. Je t'en supplie Gingka. Il faut manger. Il faut…

Mais sa voix se brisa dans un sanglot. Il ne savait même pas pourquoi il s'était mis à pleurer jusqu'à que Gingka lui murmure :

-Kyoya… C'est fini…

-Non ! Gingka non ! s'écria-t-il en ayant peur de comprendre.

-C'est surement mieux comme ça…

Il parlait si faiblement que Kyoya était obligé de se pencher sur lui pour entendre.

-Gingka non ! Ne me lâche pas ! Tu entends ? Ne me lâche pas ! Tu n'as pas le droit ! Je te l'interdit ! , lui hurla-t-il en le secouant.

Mais Gingka ne sortait pas de sa torpeur, au contraire.

Petit à petit, Kyoya cessa de secouer Gingka. Son corps avait compris avant que sa tête ne l'accepte. Alors, presque sans commander ses propres gestes, Kyoya se rassit au bord du lit et prit Gingka dans ses bras. Celui-ci se laissait faire. Il n'avait visiblement plus la force de le repousser ou de lui faciliter la tâche. Kyoya berçait doucement Gingka. D'une douceur que personne n'aurait jamais soupçonné en lui. Et il lui chuchotait à l'oreille :

-Gingka je t'aime… Je t'en prie… Je t'en supplie… Ne fait pas ça…

Mais Gingka était partit. Kyoya le sentis sans vraiment le voir. Il n'aurait su dire comment mais quand Gingka souffla pour la toute dernière fois Kyoya le serra plus fort comme si son étreinte allait l'empêcher de partir. Mais ça ne fonctionna pas et, quelques instants plus tard, il n'était plus qu'une marionnette entre les bras de Kyoya.

Kyoya laissa libre cours à ses larmes et à ses sanglots. Les autre amis de Gingka étaient entrés dans la chambre et sanglotaient aussi. Mais leur peine n'était pas comparable à celle que ressentait Kyoya qui continuait de serrer le petit corps sans vie entre ses bras. Les larmes coulaient encore et encore le long de ses joues. Que tout le monde le regarde ? Il n'en avait plus rien faire. Seul comptait pour lui son immense peine qui ne le quitterait plus jamais.