Le dernier mois passé chez les Dursley n'eut rien de très amusant. Dudley avait à présent si peur d'elle qu'il s'enfuyait dès que Harriet entrait dans la même pièce que lui. Quand à l'oncle Vernon et à la tante Pétunia, ils s'étaient mis à l'ignorer complètement. Ils ne l'enfermaient plus dans son placard, ne la reprimandaient plus, elle n'avait même plus de corvées à faire. D'une certaine manière, c'était mieux qu'avant.

Harriet restait en compagnie de sa chouette, qu'elle avait nommée Hedwige. Elle passait ses journées à lire ses manuels scolaires, impatiente d'en apprendre le plus possible sur le monde magique. Elle attendait le 1er septembre avec hâte.

La veille du jour où elle devait partir à Poudlard, Harriet descendit demander à l'oncle Vernon si il accepterait de la conduire à la gare.

Dans le salon, les Dursley regardaient un jeu télévisé et elle toussota pour signaler sa présence. En la voyant, Dudley poussa un cri et s'enfuit de la pièce.

-Heu...Oncle Vernon ?

-Quoi ? grommela t-il

-Est ce que tu voudrais bien me conduire à la gare de King's Cross demain pour aller à Poudlard ?

Grognement. Harriet pensa que c'était sa façon de dire oui.

-Merci.

Le lendemain, Harriet se réveilla aux aurores et s'habilla d'une chemise verte et d'un pantalon noir qu'elle avait acheté sur le Chemin de Traverse, dans une boutique de vêtements moldus. Elle revetirait sa robe de sorcière dans le train, pas besoin de se faire remarquer. Elle vérifia de nouveau sa liste, pour être sûre de ne rien avoir oublié, puis fit les cent pas en attendant que les Dursley se réveillent. Deux heures plus tard, l'oncle Vernon chargea son énorme valise dans le coffre de la voiture. A dix heure et demie, ils étaient à King's Cross. Harriet demanda à un employé où se trouvait la voie neuf trois quart. L'employé cru qu'elle se moquait de lui et partit. Harriet commença à paniquer, le train devait partir dans 10 et elle n'avait toujours pas trouvé la voie. Elle se demanda si Hagrid n'avait pas oublié de lui dire quelque chose d'important sur la façon de trouver le train. Puis, elle entendit un groupe de voyageurs parler derrière elle.

-La gare est pleine de moldus, il fallait s'y attendre.

Harriet fit aussitôt volte face. Une petite femme replete parlait à quatres garçons aux cheveux roux flamboyants. Le coeur battant, Harriet alla se placer derrière eux et décida de les suivre.

Celui qui semblait être l'aîné se dirigea vers les voies 9 et 10. Harriet l'observa attentivement mais un groupe de touriste lui bloqua la vue juste à ce moment là et lorsque le dernier touriste fut passé, le garçon avait disparu.

-Fred, à toi maintenant, dit la mère.

-Fred c'est pas moi, moi, c'est George, dit le garçon, Franchement, tu crois que c'est digne d'une mère de confondre ses enfants ? Tu ne vois pas que je suis George ?

-Désolée mon chéri.

-C'était pour rire. En fait, Fred, c'est moi.

Il s'avança à son tout vers les voies tandis que son frère jumeau lui disait de se dépêcher. Puis, les deux garçons se volatiliserent sans qu'Harriet compris comment ils s'y étaient pris.

-Excusez moi, dit alors Harriet à la petite femme.

-Toi, je parie que c'est la première fois que tu vas à Poudlard. Ron aussi est nouveau, dit la femme en montrant son plus jeune fils, un grand dadet roux avec des grands pieds, des grandes mains et des tâches de rousseurs.

-C'est ça, dit Harriet et je...je ne sais pas comment on fait pour...

-Ne t'inquiète pas, dit la femme. Il suffit de marcher droit vers la barrière qui est devant toi, entre les deux tourniquets. Ne t'arrête pas et n'ai pas peur de te cogner, c'est très important. Si tu aussi le trac, il vaut mieux marcher très vite. Vas y, passe devant Ron.

-Heu...oui, d'accord...

Elle regarda la barrière entre les voies 9 et 10, elle paraissait très solide. Elle s'avança alors en poussant son chariot et marcha de plus en plus vite, bousculée par les voyageurs de la gare. Elle ferma les yeux et attendit le choc. Elle continua de courir sans rencontrer aucun obstacle et lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit une locomotive rouge le long du quai où se pressait une foule compacte. Au dessus de sa tête, une pancarte signalait: Poudlard Express--11 heures. Elle avait réussi à trouver son train. Les premiers wagons étaient déjà remplis d'élèves. Certains, penchés aux fenêtres discutaient avec leurs parents, d'autres cherchaient une place assise. Harriet poussa son chariot le long du quai, cherchant une place libre. Elle se fraya un chemin parmi la foule et trouva à l'arrière du train un compartiment vide. Elle s'assit dans le coin près de la fenêtre. A demi cachée, elle pouvait observer la famille aux cheveux roux sans être vue. Ils se firent leurs adieux et les trois garçons montèrent dans le train. Le train s'ebranla. Harriet vit la mère des garçons faire des grand signes de la main tandis que leur petite soeur courait le long du quai pour les rattraper. Harriet éprouvait un sentiment d'excitation, elle ne savait pas ce qui l'attendait, mais cela ne pouvait être pire que ce qu'elle laissait derrière elle.

La porte du compartiment s'ouvrit pour laisser place au plus jeune des frères aux cheveux roux.

-La place est libre ? Tous les autres compartiments sont pleins, demanda t-il.

Elle hocha la tête.

-Ron Weasley, dit il.

-Harriet Potter.

-Whoua ! Est ce que tu as vraiment...tu sais la...

Il pointa le doigt vers son front. Celle ci releva sa mèche pour laisser place à sa cicatrice en forme d'éclair.

-Eh ben, dis donc...

Il fixa Harriet quelques secondes puis, comme s'il s'était rendu compte de ce qu'il faisait, il regarda à nouveau par la fenêtre.

-Ils sont tous sorciers dans ta famille ? lui demanda Harriet.

-Oui, je crois, répondit Ron

-Alors tu dois être déjà très fort en magie.

-J'ai entendu dire que tu avais vécu dans une famille de moldus, comment c'était ?

-Horrible, répondit Harriet. Enfin, pas tous. En tout cas, ma tante, mon oncle et mon cousin sont abominables. J'aurais bien voulu avoir trois frères sorciers.

-Cinq, rectifia Ron. Je suis le sixième à aller à Poudlard dans la famille. J'ai intérêt à être à la hauteur. Bill et Charlie ont déjà fini leurs études. Bill était Préfet en chef et Charlie était capitaine de l'équipe de Quidditch. Maintenant, c'est Percy qui est Préfet.

-Préfet ? Qu'est ce que c'est que ça ?

-C'est un élève chargé de la discipline. Une sorte de pion...Tu ne savais pas ça ?

-Je ne suis pas beaucoup sortie de chez moi, confessa Harriet.

Vers midi et demi, ils entendirent un chariot dans le couloir du wagon et une vieille femme souriante fit glisser la porte du compartiment.

-Vous désirez quelque chose les enfants ? demanda t-elle en montrant les friandises disposées sur le chariot.

Harriet, n'ayant rien mangé au petit déjeuner, se leva d'un bond. A présent qu'elle avait plein d'argent, elle s'acheterait autant de bonbons qu'elle le voudrait ! Cependant, lorsqu'elle regarda le chariot, tout lui était inconnu. Jamais elle n'avait entendu parler des Dragées surprises de Bertie Crochu, des ballongommes du Bullard, des Chocogrenouilles ou des baguettes magiques à la réglisse. Tentée, elle acheta de tout et paya la vieille dame.

Ron ouvrit de grands yeux lorsque Harriet revint avec ses acquisitions. Il regarda alors son sandwich.

-Tu en veux ? proposa Harriet.

-Je peux ?

Oui bien sûr !

Les deux enfants discuterent tout en finissant les friandises, Harriet les découvrant avec plaisir.

Après avoir traversé des paysages de campagne, le train abordait à présent une région plus sauvage, avec des forêts, des collines, des rivières.

Quelqu'un frappa à la porte du compartiment et un garçon joufflu entra. Il avait l'air de pleurer.

-Vous n'auriez pas vu un crapaud ? demanda t-il.

Ils firent non de la tête.

-Je l'ai perdu, il n'arrête pas de s'échapper, pleurnicha le garçon.

-Il va sûrement revenir, dit Harriet pour essayer de le réconforter.

-Oui, mais si tu le vois...

Et il sortit.

-Je me demande pourquoi il s'inquiète tellement, dit Ron. Si j'avais un crapaud, je ferais tout pour m'en débarrasser. Remarque j'ai rien à dire avec mon rat, Croutard. Hier, Fred et George m'ont appris un sort pour le rendre jaune, tu veux voir ?

Harriet acquiesça, elle était toujours partante pour observer de la magie, c'était fascinant. Ron sortit sa baguette, quelque chose de blanc brillait à son extrémité.

-Elle est tellement vieille que le poil de licorne commence à sortir.

Au moment où il brandissait sa baguette, le garçon qui avait perdu son crapaud revint à la porte du compartiment accompagné d'une fille vêtue de sa robe de sorcière.

-Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Neville a perdu le sien, dit la fille.

Elle avait d'épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents et un ton autoritaire.

-On a rien vu du tout, répondit Ron exaspéré.

Elle avait les yeux fixés sur la baguette de Ron.

-Tu allais faire de la magie ? Voyons si cela va marcher.

Elle s'assit sur la banquette. Ron sembla pris au dépourvu. Il se racla gorge.

Soleil, jonquille et canari,

Que ce gros rat gris,

En jaune soit colorié

De la tête jusqu'aux pieds.

Il agita sa baguette, mais rien ne se produisit. Croutard était toujours aussi gris.

-C'est ça que tu appelles jeter un sort ? Moi j'ai essayé des sorts pour m'entraîner et à chaque fois, ça a marché. Personne n'est sorcier dans ma famille, j'ai eu la surprise de ma vie en recevant la lettre. J'ai déjà appris par coeur tous les livres qu sont au programme, j'espère que ce sera suffisant pour débuter. Ah, au fait, je m'appelle Hermione Granger. Et vous ?

Elle avait dit tout cela d'une traite, sans reprendre son souffle.

-Je m'appelle Ron Weasley, marmonna Ron.

-Moi, c'est Harriet Potter.

-C'est vrai ? Je sais tout sur toi ! J'ai lu quelques livres supplémentaires pour ma culture générale et je peux te dire qu'on parle de toi dans histoire de la magie moderne, Grandeur et décadence de la magie noire ainsi que Les grands événements de la sorcellerie au XXe siècle.

-Ah bon ? dit Harriet, abasourdie.

-Tu ne savais pas ? Si c'était à moi que c'était arrivé, j'aurais lu tous les livres où on en parlait. Vous savez dans quelle maison vous serez ? Moi, j'espère bien aller chez les Gryffondor. Enfin bon, Serdaigle ne doit pas être si mal que ça. Vous feriez bien de mettre vos robes de sorciers, vous deux, on ne va pas tarder à arriver.

Et elle s'en alla en emmenant la garçon abandonné par son crapaud.

-J'espère en tout cas qu'elle ne sera pas dans la même maison que moi celle là...,dit Ron.

-Tu pourrais m'en dire plus sur les maisons de Poudlard ? demanda Harriet, n'ayant que très brièvement vu ce sujet dans les livres qu'elle avait lu.

-L'école est divisée en quatre maisons, les élèves sont répartis dans ces maisons en fonction de leur personnalité. Il y a Serdaigle, Poufsouffle, Serpentard et Gryffondor.

-Et tes frères, ils sont dans quelle maison ?

-Gryffondor, dit Ron. Mon père et ma mère y étaient aussi. Je me demande ce qu'ils diront si je n'y suis pas. J'imagine que ce ne serait pas trop grave si je me retrouvais chez les Serdaigle ou les Poufsouffle mais si ils me mettent chez les Serpentard...C'était là qu'était Tu-Sais-Qui.

-Vol...je veux dire, Tu-Sais-Qui a fait ses études à Serpentard ?

-C'était il y a très longtemps.

La conversation sur les maisons sembla démoraliser Ron complètement.

-Qu'est ce qu'ils font tes frères depuis qu'ils ont fini leurs études ? demanda Harriet pour changer de sujet.

-Charlie est en Roumanie pour faire des recherches sur les dragons et Bill est en Afrique, en mission pour Gringotts. A propos de Gringotts, tu es au courant de ce qui s'est passé ? Il y a tout un article dans la Gazette du Sorcier mais j'imagine qu'on ne lit pas ça dans le monde moldu. Des voleurs ont forcé un coffre et ne se sont pas fait prendre. Ils n'ont rien emporté. C'est bizarre.

Harriet frissona.

-C'est quoi ton équipe de Quidditch préférée ?

-Qu'est ce que c'est ?

-Quoi ? Tu ne sais rien du Quidditch ? C'est le plus beau jeu du monde !

Il entreprit alors de lui expliquer les régles, les quatres balles en jeu et les différents postes occupés par les joueurs. Il était en train de lui expliquer les aspects les plus complexes lorsque la porte du compartiment s'ouvrit à nouveau. Cette fois ci, ce n'était ni Neville, ni Hermione Granger mais un garçon au teint pâle et blond.

-Alors c'est vrai ? On dit partout que Harriet Potter se trouve dans ce compartiment. C'est toi ?

-Oui, dit Harriet.

Il y avait deux autres garçons autour de lui. Tous deux étaient bâtis comme des armoires à glace.

-Lui c'est Crabbe et l'autre, c'est Goyle. Moi, je m'appelle Malefoy. Drago Malefoy.

Ron eut une toux discrète qui ressemblait à un ricanement dissimulé.

-Mon nom te fait rire ? Inutile de te demander le tien. Une robe de seconde main et des cheveux roux. Tu ne peux être qu'un Weasley.

Il se tourna vers Harriet.

-Fais attention à qui tu fréquentes, Potter. Si tu veux éviter les gens douteux, je peux te donner des conseils.

Malefoy lui tendit la main mais Harriet refusa de la serrer.

-Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux, répondit elle froidement..

Sur cette phrase, Drago Malefoy partit,mal à l'aise.

Dehors, la nuit commençait à tomber. Des montagnes et des forêts défilaient sous un ciel pourpre et le train semblait perdre en vitesse. Ron et Harriet enfilerent leur robe de sorcier. Celle de Ron était un peu courte, on voyait ses chaussettes et le bas de son pantalon.

Une voix retentit dans le train:

-Nous arriverons à Poudlard dans cinq minutes. Veuillez laisser vos bagages dans les compartiments, ils seront acheminés séparément dans les locaux scolaires.

Harriet sentit son estomac se nouer. Ils rejoignirent la foule d'élève qui se pressaient dans le couloir. Lorsque le train s'arrêta enfin, tout le monde se précipita vers la sortie et descendit sur un quai plongé dans la pénombre. Une lampe se balança alors au dessus de leur tête et Harriet entendit une voix familière.

-Les premières années, suivez moi. Ça va, Harriet ?

La grosse tête hirsute de Hagrid, le regard rayonnant, dominait la foule des élèves.

Glissant et trébuchant, la file des élèves suivit Hagrid le long d'un chemin étroit et escarpé. Harriet pensa qu'ils devaient se trouver au coeur d'une forêt épaisse. Personne ne parlait beaucoup.

-Vous allez bientôt apercevoir Poudlard, dit Hagrid. Après le prochain tournant.

Il y eu alors des grandes exclamations. L'étroit chemin avait débouché sur la rive d'un lac noir. De l'autre côté du lac, perché au sommet d'une montagne, un immense château hérissé de tours pointues étincelait de toute ses fenêtres dans le ciel étoilé.

-Pas plus de quatre par barque, lança Hagrid en montrant des petits canots alignés le long de la rive. Harriet partagea sa barque avec Ron, Hermione et Neville. Les barques glissaient sur l'eau du lac dont la surface était aussi lisse que du verre. Les bateaux les emporterent le long d'un tunnel sombre qui semblait les mener sous le château. Ils arrivèrent alors dans une sorte de crique souterraine et débarquèrent sur le sol rocheux.

-Hé toi, la bas, c'est à toi ce crapaud ? demanda Hagrid qui vérifiait les barques pour voir si personne n'y avait rien oublié.

-Trevor ! s'exclama Neville en tendant les mains.

Guidés par la lampe de Hagrid, ils grimperent le long d'un passage creusé dans la montagne et arrivèrent enfin sur une vaste pelouse qui s'étendait à l'ombre du château. Ils montèrent une volée de marches et se presserent devant l'immense porte d'entrée en chêne massif. Puis, le géant leva son énorme poing et frappa trois fois à la porte du château