-Là, regarde.

-Où ?

-À côté du grand type roux.

-Avec les lunettes ?

-Tu as vu sa cicatrice ?

Le lendemain, dès qu'elle eut quitté le dortoir, Harriet entendait des murmures sur son passage. Les élèves qui attendaient aux portes des salles de classe se levaient sur la pointe des pieds pour la voir ou revenaient sur leurs pas pour la croiser à nouveau. Harriet pendant ce temps, essayait de trouver son chemin. Ils s'étaient perdu ce matin et avaient tenté avec Ron d'ouvrir sans le savoir, la porte qui menait à l'entrée interdite du deuxième étage. Rusard les avait surpris et avait refusé de les croire lorsque qu'ils lui avaient expliqué qu'ils s'étaient perdus. Il les avait menacés de les enfermer au cachot. Heureusement, le professeur Mcgonagall qui passait par là était venue à leur secours. Rusard avait une chatte qui s'appelait Miss Teigne, ue créature grisâtre et décharnée avec des yeux globuleux qui brillaient comme des lampes, à l'image de ceux de son maître. Elle sillonnait les couloirs et dès qu'elle apercevait quelqu'un commettre la moindre faute, elle courait prévenir son maître.

Lorsqu'on avait enfin réussi à trouver la salle de classe, il fallait arriver à suivre les cours et Harriet découvrit très vite que l'exercice de la magie ne consistait pas seulement à brandir une baguette magique en marmonnant quelques paroles un peu bizarres. Chaque mercredi soir, ils observaient le ciel au télescope. Trois fois par semaine, ils étudiaient les plantes dans les serres situées derrière le chateau, sous la direction d'une petite sorcière potelée, le professeur Chourave.

Le cours le plus ennuyeux était celui d'histoire de la magie qui était enseigné par un fantôme, le professeur Binns.

Flitwick, le professeur d'enchantement, était un minuscule sorcier qui devait monter sur une pile de livres pour voir par dessus son bureau. Au début de leur premier cours, pendant qu'il faisait l'appel, il poussa un petit cri en voyant le nom de Harriet et tomba à la renverse.

Le professeur Mcgonagall était très différente. Harriet avait vu juste en pensant qu'il ne valait mieux pas la contrarier. Elle était stricte, intelligente et leur parla très directement dès le début du premier cours.

-La métamorphose est une des formes de magie les plus dangereuses et les plus complexes que vous aurez à étudier, avait elle dit. Quiconque fera du chahut pendant mes cours sera immédiatement renvoyé avec interdiction de revenir. Vous êtes prévenus.

Elle avait alors changé son bureau en cochons puis lui avait rendu sa forme d'origine. La démonstration était impressionnante et les élèves avaient hâte de commencer les cours au plus vite, mais ils s'étaient bientôt rendu compte qu'ils n'étaient pas près d'en faire autant. Après avoir suivi des explications très compliquées, ils avaient commencé à s'exercer en essayant de changer une allumette en aiguille, mais seule Hermione et Harriet avaient obtenu un résultat. Le professeur Mcgonagall avait montré à toute la classe les allumettes qui avaient pris une couleur argentée et dont l'extrémité était devenue pointue. Elle leur avait même accordé un de ses rares sourires.

Le cours que tout le monde attendait avec le plus d'impatience était celui de défense contre les forces du mal, mais l'enseignement de Quirell tournait plutôt à la farce. La salle de classe était imprégnée d'une forte odeur d'ail, ce qui était censé repousser le vampire qu'il avait rencontré en Roumanie. Son turban lui avait été offert par un prince africain pour le remercier de l'avoir débarrassé d'un zombie, mais son histoire sonnait faux, il n'arrivait même pas à leur comment il l'avait combattu.

Harriet constata avec soulagement qu'elle n'avait pas de retard sur ses autres camarades. Nombre d'entre eux avaient été éduqués dans des familles de Moldus et ne s'était jamais doutés qu'ils étaient des sorciers.

Le vendredi, Harriet et Ron trouvèrent par eux même la grande Salle où était servi le petit déjeuner.

-Qu'est ce qu'on a aujourd'hui ? demanda Harriet

-Un cours commun de potions avec les Serpentard. C'est Rogue qui est leur directeur. On dit qu'il essaye toujours de les avantager. On verra si c'est vrai.

Harriet avait hâte. Elle était intriguée par ce professeur. Mais pourquoi, elle ne le savait pas.

Au même moment, le courrier arriva. Harriet s'était habituée à voir entrer chaque matin dans la Grande Salle, une centaine de hiboux qui tournoyaient au dessus des tables en laissant tomber lettres et paquets sur les genoux de leurs propriétaires. Jusqu'à présent, Hedwige n'avait rien apporté à Harriet. Ce matin là cependant, elle vint voleter entre la confiture et le sucrier et déposa une lettre dans l'assiette de Harriet. Elle déchira aussitôt l'enveloppe. C'était Hagrid qui lui demandait si elle voulait venir chez lui prendre le thé cet après midi. Elle renvoya un message pour confirmer sa venue.

La perspective de prendre le thé avec Hagrid mit un peu de baume au coeur de Harriet. Car le cour de potions magiques fut sans soute la pire épreuve qu'elle ait eu à subir depuis son arrivée à Poudlard. Lors de leur rencontre, Harriet avait senti que le professeur Rogue ne l'aimait pas beaucoup. À la fin du premier cours de potions, elle se rendit compte qu'elle s'était trompée: il la haïssait.

Le cours avait lieu dans l'un des cachots. Il y faisait froid, sombre et l'atmosphère était lugubre. Les bocaux alignés le long des murs dans lesquels flottaient des animaux rendaient l'endroit encore plus effrayant.

Rogue commença par faire l'appel. Lorsqu'il fut arrivé au nom de Harriet, il marqua une pause.

-Ah oui, dit il. Harriet Potter. Notre nouvelle...célébrité.

Drago Malefoy et ses amis ricanerent dans leur coin. Rogue acheva de faire l'appel et releva la tête. Ses yeux étaient aussi noirs que ceux de Hagrid, mais ils n'avaient pas la même chaleur. Ils étaient vides et froids. Harriet se demanda ce qui avait bien pu lui arriver pour les rendre ainsi. Elle ne l'avouerait jamais à qui que ce soit, mais elle trouvait ses yeux magnifiques, capables de vous captiver, de vous envoûter.

-Vous êtes ici pour apprendre la science subtile et l'art rigoureux de la préparation des potions, dit il.

Sa voix grave n'était à peine plus élevée qu'un murmure, mais on entendait distinctement chaque mot. Tout comme le professeur Mcgonagall, Rogue avait le don de maintenir sans effort le silence dans une classe.

-Ici, on ne s'amuse pas à agiter des baguettes magiques, je m'attends donc à ce que vous ne compreniez pas grand chose à la beauté d'un Chaudron qui bouillonne doucement en laissant échapper des volutes scintillantes, ni à la délicatesse d'un liquide qui s'insinue dans les veines d'un homme pour ensorceler peu à peu son esprit et lui emprisonner les sens...Je pourrais vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la grandeur, et même à enfermer la mort dans un flacon si vous étiez autre chose qu'une de ces bandes d'imbéciles à qui je dispense habituellement mes cours.

Cette entrée en matière fut suivie d'un long silence. Harriet observa le professeur Rogue, qui se tenait adossé à son bureau. Hermione, elle, avait visiblement hâte de prouver qu'elle n'avait rien d'une imbécile.

-Potter ! dit soudain Rogue. Qu'est ce que j'obtiens quand j'ajoute de la racine d'asphodele en poudre à une infusion d'armoise ?

Poudre de quoi ? Infusion de quoi ? Harriet jeta un coup d'oeil à Ron qui paraissait aussi décontenancé qu'elle. La main d'Hermione s'était levée à la vitesse d'un boulet de canon.

-Je ne sais pas, Monsieur, répondit Harriet.

-Apparemment, la célébrité ne fait pas tout dans la vie, dit il sans prêter la moindre attention à la main d'Hermione.

Quel personnage détestable ! pensa t-elle. Il sait très bien que je viens d'apprendre que je suis une sorcière et que je suis célèbre !

-Essayons encore une fois, Potter, reprit Rogue. Où iriez vous si je vous demandais de me ramener un bezoard ?

Hermione leva à nouveau la main, mais Harriet n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait être un bezoard. Elle essaya de ne pas regarder Malefoy et ses amis qui étaient pris d'un fou rire.

-Je ne sais pas, Monsieur, dit-elle.

-Vous n'alliez quand même pas vous donner la peine d'ouvrir un de vos livres avant d'arriver ici, n'est ce pas, Potter ?

Harriet se força à ne pas baisser les yeux devant le regard glacé du professeur. En fait, elle avait bien ouvert ses livres quand elle était encore chez les Dursley, mais Rogue ne pouvait pas exiger d'elle qu'elle ait tout retenu de ce contenait les manuels !

Rogue ne faisait toujours pas attention à la main frémissante d'Hermione.

-Potter, reprit le professeur, quelle est la différence entre le napel et le tue-loup ?

Cette fois, Hermione se leva, la main toujours tendue au dessus de sa tête.

-Je ne sais pas, répondit Harriet avec calme. Mais je crois qu'Hermione le sait. Vous aurez peut être plus de chance avec elle.

Il y eut quelques rires. Rogue en revanche, n'avait pas l'air content.

-Asseyez vous ! lança t-il à Hermione. Pour votre information, Potter, sachez que le mélange d'asphodele et d'armoise donne un somnifère si puissant qu'on l'appelle la Goutte du Mort Vivant. Un bezoard est une pierre que l'on trouve dans l'estomac des chèvres et qui constitue un antidote à la plupart des poisons. Quand au napel et au tue-loup, il s'agit de la même plante que l'on connaît aussi sous le nom d'aconit. Alors ? Qu'est ce que vous attendez pour prendre note ?

Il y eut un soudain bruissement de parchemin et de plumes.

-Et votre impertinence coûtera 1 point à Gryffondor, Potter, ajouta Rogue.

Il répartit alors les élèves deux par deux et leur fit préparer une potion destinée à soigner les furoncles. Il passait et repassait parmi les élèves, sa longue cape noir flottant derrière lui, en les regardant poser des orties séchées et écraser des crochets de serpent. Chacun eut droit à de sévères critiques, sauf Malefoy pour qui il semblait éprouver de la sympathie.

Brusquement, un nuage de fumée verte accompagnée par un sifflement sonore emplit le cachot. Neville Londubat s'était débrouillé pour faire fondre le chaudron de Seamus et leur potion se répandait sur le sol en rongeant les chaussures des élèves. Un instant plus tard, toute la classe était debout sur les tabourets et Neville, aspergé de potion, gémissait de douleur tandis que des furoncles lui poussaient sur le corps.

-Imbécile ! gronda Rogue en faisait disparaître d'un geste de la main la potion répandue sur le sol. J'imagine que vous avez ajouté les épines de porc-épic avant de retirer le chaudron du feu ?

Neville pleurnichait et des furoncles apparaissaient sur son nez.

-Emmenez le à l'infirmerie, ordonna Rogue à Seamus.

Puis, il se tourna vers Harry et Ron qui avaient préparé leur potion à côté de Neville.

-Potter, pourquoi ne lui avez vous pas dit qu'il ne fallait pas ajouter les épines tout de suite ? Vous pensiez que s'il ratait sa potion, vous auriez l'air plus brillant ? Voilà qui va coûter un point de plus à Gryffondor.

C'était injuste ! pensa Harriet. Il n'avait pas le droit de faire ça !

Le sentiment de haine qu'eprouvait Rogue envers Harriet était à présent réciproque. Tout sentiment d'admiration qu'elle avait eu à son égard était désormais réduit en miette. Lorsqu'ils remonterent des cachots, une heure plus tard, le moral d'Harriet était au plus bas. Elle avait fait perdre deux points à Gryffondor dès la première semaine. Pourquoi Rogue la haïssait-elle ainsi ?

A trois heure moins cinq, Ron et Harriet traversèrent le parc. Hagrid habitait une petite maison de bois en bordure de la forêt interdite. Lorsque Harriet frappa, un grand fracas retentit à l'intérieur de la maison ainsi que des aboiements. Le visage hirsute de Hagrid apparut dans l'entrebâillement de la porte.

-Du calme, Crockdur !

Il fit entrer Harriet et Ron en s'efforçant de retenir par un collier un énorme molosse noir.

-Faites comme chez vous, dit Hagrid en lâchant le chien qui bondit sur Ron, lui léchant le visage.

-Je vous présente Ron, dit Harriet à Hagrid qui versait de l'eau chaude dans une théière et disposait de biscuits maisons dans un plat.

-Encore un Weasley à ce que je vois.

Les biscuits faillirent leur casser les dents, mais ils firent semblant de les trouver délicieux. Il lui raconterent leur première semaine de cours. Lorsque Harriet lui raconta ce qui s'était passé pendant le cours de potions, Hagrid lui fit la même réponse que Ron: il ne fallait pas y prêter attention, Rogue n'avait jamais aimé grand monde parmi ses élèves.

-Mais moi, on dirait vraiment qu'il me hait, insista Harriet.

-Tu dis des bêtises, assura Hagrid. Pourquoi donc te haïrait-il ?

Mais Harriet remarqua que Hagrid avait détourné les yeux en disant cela.

Pendant que Ron parlait avec Hagrid de Charlie, Harriet prit un morceau de journal posé sur la table. C'était un article découpé dans La Gazette du Sorcier:

LE CAMBRIOLAGE DE GRINGOTTS

L'enquête sur sur le cambriolage qui s'est produit le 31 juillet dans les locaux de la banque Gringotts se poursuit. La piste suivie par les enquêteurs devait les mener dans les milieux de la magie noire. Les gobelins de Gringotts ont répété que rien n'a été volé. La chambre forte avait été en effet vidée le jour même.

Mais nous ne vous révélerons pas ce qu'elle contenait et, dans votre propre intérêt, nous vous conseillons de ne pas vous mêler de cette affaire, à déclaré le porte parole des gobelins.

-Hagrid ! s'exclama Harriet. Ce cambriolage à Gringotts s'est passé le jour de mon anniversaire ! Ça aurait pu arriver pendant qu'on y était !

Cette fois il n'y avait aucun doute, Hagrid fuyait le regard de Harriet. Harriet relut l'article. La chambre forte fracturée avait été vidée le même jour. Hagrid avait vidé la chambre forte 713. Il n'avait pris qu'un petit paquet. Étais ce que les voleurs avaient voulu dérober ?

Elle se demanda bien où pouvait être ce fameux paquet à présent. Si c'était bien ce que cherchaient les voleurs, Hagrid l'avait pris juste à temps. Harriet se posait aussi une autre question: Hagrid avait-il quelque chose à lui cacher au sujet de Rogue et de l'antipathie qu'il lui avait manifestée ?