Chapitre 11 : Rencontre effrayante

Amata se réveilla dans une agréable chaleur, une couverture sur les épaules. Son armure en cuir était sur son bureau, non loin du lit, ses habits encore sur elle.
La jeune femme comprit alors que c'était son père qui l'avait mise là, comme elle s'était endormie contre lui. Elle se leva avec précipitation pour vérifier qu'il était resté. Amata découvrit son père dans le canapé, couvert d'une simple veste, la tête appuyé sur un acoudoir. Elle eut de la peine de le voir ainsi et le réveilla avec douceur.
Son père ouvrit les yeux et bâilla longuement avant de la considérer avec un tendre sourire.
-Bonjour ma fille. marmona t-il en s'asseyant. Comment vas-tu ?
-Je vais bien. Tu aurais dû prendre mon lit, tu as dû te casser le dos là dessus. répondit-elle.
-Ce n'est pas mon lit d'une part, et d'autre part, je préfère que ce soit toi qui dorme dans le lit ma fille.
Amata eut une moue attendrie et elle embrassa son père avant de préparer un petit déjeuner.
-Oh fait, tu n'as pas vu Freddie ? le questionna t-elle.
Le Superviseur se frotta les yeux et secoua négativement la tête. L'homme n'était pas revenu depuis hier soir. La jeune femme engoissa quelques instants, la ville était sûre, mais elle espérait vraiment qu'il ne soit rien arriver de mal à Freddie. Elle appréciait beaucoup le vieil homme.
Ils décidèrent de partir à la recherche de ce dernier à travers la ville. Ils savaient que leur compagnon n'était pas assez bête pour sortir de la ville ne pleine nuit, et encore moins saoul. Le Superviseur et Amata prirent donc la direction de la taverne.
Freddie était avachi sur une table, la tête posé sur ses bras. Le pauvre homme avait dû utiliser toutes ses capsules pour boire. Le gérant avait tout de même eut la gentillesse de laisser leur compagnon dormir dans son établissement. Et gratuitement s'il vous plaît ! Freddie leva la tête en sentant le Supeviseur qui le secouait.
-Freddie. Vous auriez dû moins boire.
-Me saoûler pas avec ça... Superviseur... lâcha t-il.
Le viel homme avait, bien évidemment, la gueule de bois et le simple fait de devoir écouter le père d'Amata lui filait la migraine.

Les trois amis entrèrent dans la ville et quelques hoquets de stupeur se firent entendre. Les trois compaires sourirent, hilares et continuèrent leur route. Ils allèrent jusqu'à la taverne et entrèrent sans pression.
Amata se retourna et lâcha un cri de terreur. Son père se retourna avec précipitation et se plaça entre elle et les nouveau arrivants.
Stepan rit sous son casque assisté et alla s'asseoir directement à sa table habituelle. Le serveur goule, ayant entendu la clameur dans la taverne, se présenta au comptoir et alla directement servir une bière au jeune homme. Le Superviseur, Amata et Freddie restaient debout, pantois devant un tel spectacle. Charon grogna d'énervement et alla s'asseoir à côté de son ami, tandis que le chien le suivait.
-Stepan ! s'écria la jeune femme qui avait repris ses esprits. Tu es de retour !
-Super. Vive-moi. ricana le jeune aventurier en enlevant son casque et attrapant sa chope.
Charon jeta un regard contrarié vers Amata qui le dévisageait comme s'il était un monstre.
Le jeune homme sourit et commanda un peu d'eau pour Canigou. Face à lui, la jeune femme fronça les sourcils et s'assit à la table de Stepan malgré la présence de la goule qui la terrifiait. Son père voulut la protéger en s'asseyant à côté d'ele. La jeune femme aurait voulut lui dire de rester en dehors de ça mais elle ne le fit pas. Elle hésitait trop face à cette créature qu'elle ne connaissait pas.
-Stepan pourquoi es-tu parti ? Tu aurais-pu revenir ! Je doute que tu ai mit autant de temps pour faire ce que tu voulais à cet endroit...
-Ah. Tu parles de ma course à Point Lockout. fit Stepan en caressant son chien avec tendresse. Ouai c'est vrai, je l'ai fini rapidement. Mais j'avais d'autres obligations. Je pensais que c'était pareil pour toi... lâcha Stepan en lançant un regard dure à la jeune femme.
Même Charon avait sentit la vague de haine que Stepan avait dégagé. Il grogna de colère et commanda une nouvelle bière. Canigou grogna à l'intention du Superviseur qui s'approchait trop à son goût.
-Qu'est-ce que tu veux dire par "c'était pareil pour toi" ? demanda la jeune femme en sentant la colère monter en elle.
Le jeune aventurier se pencha sur la table pour lui répondre.
-Tu crois que je n'ai pas compris. gronda t-il.
Ses yeux lançaient des éclairs et la rage brillait au fond de ses pupilles. Des larmes de colère commençaient à rouler sur ses joues.
Peut-être était-ce tous les sentiments qu'il avait ressentit pour elle durant leur jeunesse ? Ce pouvait aussi bien être le bout de son cerveau manquant qui lui permettait un self-control moins efficace. Toujours est-il que la colère le consumait. En face de lui, le Superviseur fit reculer sa fille et s'avança pour lui barrer le passage. Le jeune homme continua.
-Je ne t'ai jamais rien demandé. Je t'ai aidé quand tu en avais besoin. Et toi, au moindre problème que mon père à causé, tu m'as jeté hors de l'abri ! Tu n'imagines même pas tout ce que j'ai dû affronter avant de rencontrer Charon et Canigou. Ce sont eux mes deux seuls amis. siffla t-il en tapant du poing sur la table.
Amata n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Mais elle était sûre d'une chose : il se trompait. Charon et Canigou n'étaient pas ses seuls amis. Il y avait Butch, Freddie et puis... elle. Le Superviseur se leva et recula encore une fois sa fille.
-Je ne sais pas ce que tu as vécu hors de l'abri Stepan. Toutefois, je pense que ta conduite n'est pas acceptable et je ne te laisserai pas toucher ma fille... menaça t-il.
Charon et Stepan éclatèrent de rire. Le père d'Amata les regarda tour à tour, fortement perturbé par le visage de la goule.
-Vous allez me faire quoi ? Essayez de me tuer avec vos petits bras ?! s'écria le jeune homme en se levant.
Le Superviseur sentit un filet de sueur couler le long de son échine. Stepan était plus grand que lui et plus fort, bien mieux armé aussi. Un simple coup de sa part pourrait le sonner voir même lui briser la mâchoire; pourtant, le père d'Amata soutint le regard du jeune aventurier.
Le shérif, qui avait dû être alerter par Freddie, se précipita et mis Stepan en joue.
-Stepan. Je sais que t'es quelqu'un de bien. Ne fais rien que tu pourrais regretter. S'il te plaît.
Le jeune homme serra le poing et ferma les yeux de rage. Il souffla et se rassit calmement. Le shérif baissa son arme et hocha la tête, remerciant le jeune homme de s'être calmé. Celui-ci caressa une dernière fois son chien pour le calmer et sortit avec lui, laissant à Charon le choix de rester un peu.
Amata se précipita vers son père qui s'écroula sur une chaise. Ses jambes tremblaient et de la sueur perlait sur son front.
-Papa ! murmura t-elle inquiète.
-Je... ça va.
-Oh bon sang. Tu n'aurais pas dû faire ça... si jamais il...
-Je suis sûr qu'il n'allait rien faire. déclara le Superviseur en se passant une main sur le front.
Charon fronça les sourcils et demanda, suspicieux :
-Et pourquoi vous pensiez ça ?
Le Superviseur releva les yeux vers lui.
-Je le sais parce que c'est quelqu'un de bien, comme le dit votre shérif. Je ne dis pas que je n'ai pas eu peur, mais même s'il a vécu des choses difficile, j'ai entendu dire qu'il aidait tout ceux qu'il pouvait aider. Avec vous bien sûr.
La goule en armure assisté hocha la tête et se mit à réfléchir. Pendant ce temps, le shérif sortit pour aller parler au jeune homme.
La goule leur fit signe qu'elle voulait leur parler.
-Vous savez, Stepan n'a pas mentit. Nous sommes amis et il m'a raconté ce qui lui était arrivé. C'était très dur et il n'avait personne pour le soutenir.
-Peut-être, mais ce n'était pas une raison pour s'énerver ainsi. lâcha Amata en s'asseyant à côté de son père.
-Il m'a raconté sa vie dans l'abri et la vie qu'il a eu à mener dehors. Stepan vous aimait, il ne comptait pas vous forcer mais... vous vous êtes peut-être montrée un peu trop... engageante et il a mal compris vos intentions.
La jeune femme porta la main à ses lèvres et exprima son désarroi. Son père lui toucha le bras et se tourna vers Charon.
-Continuez s'il vous plaît. Nous avons besoin de savoir. Ce n'est que comme ça que... que nous pourrons réparer nos torts.
Charon esquissa un sourire et s'assit de manière plus confortable sur la chaise. La goule qui faisait le service fut invité à la table et écouta elle aussi.
-Comme je l'ai dit, il pensait que vous l'aimiez et ça lui a brisé le coeur que vous le "chassiez" de l'abri. Mais il a gardé espoir, en pensant que vous ne pouviez faire autrement. Il a tenté de revenir plusieurs fois à l'abri mais il est resté fermé de manière hermétique à chaque fois. Je sais que vous avez peur de moi, c'est normal. C'est chiant mais c'est normal. Mais vous pouvez vous estimez heureux. Lui, il a vu des trucs encore plus flippants que moi et que je n'imaginais même pas. Je ne l'ai jamais vraiment entendu se plaindre. Et puis... il a eu un petit problème à Point Lockout. souffla Charon.
Il s'arrêta un moment, hésitant sur la marche à suivre. Il ne savait pas s'il devait continuer ou arrêter là son récit, de peur de froisser son ami, pourtant absent. Néanmoins, il en avait déjà trop dit et les personnes en face de lui avait besoin de savoir. La goule continua.
-Je vous le dit mais sachez que, même à moi, il a eu peur de le dire. Cette destination est dangereuse et je ne pouvais pas aller avec lui. Avant de partir, tout allait bien mais, quand il est revenu, quelque chose avait changé en lui. C'était comme s'il était perdu, qu'il lui manquait quelque chose.
-Venez en au fait. demanda le Superviseur, appréhendant la suite.
-Il a été obligé de faire un rite initiatique pour pouvoir aider quelqu'un. Une autre goule d'après ses dires. Il devait infiltrer un groupe d'indigènes et ils l'ont envoyé au fin fond d'une jungle horrible. Par la suite, ils... ils lui ont enlevé un bout de cerveau. Après, il m'a expliqué dans les grandes lignes comment il avait aidé la goule et ce qu'il avait fait avant de revenir.
-On lui a enlevé un bout de cerveau ? répéta Amata avec des trémolos dans la voix.
Son père serra sa fille contre lui, retenant lui même quelques sanglots. Charon fut étonné de les voir exprimer autant de sentiments pour son ami. D'après ce qu'il lui avait dit, ils n'avaient pas fait preuve d'une telle empathie envers lui avant. Toutefois, les gens changeaient. Surtout au contact des terres désolées de la capitale. Eux étaient devenus meilleurs, des êtres plus sensibles à la souffrance des autres. Stepan, quant à lui, avait été usé par ces mêmes terres et elles continuaient à le vider.
-Oui. C'était en fait le capitaine du bateau qui permettait la traversée. Stepan s'en est occupé. Il a pu le faire grâce à une fille du nom de Nadine je crois. Elle aussi il l'a sauvé. Après, on s'est balladé un moment avant qu'il ne me parle de cette histoire. C'est là qu'on a trouvé Canigou et qu'on l'a adopté. Vous savez, je crois que c'est ça qui risque de le tuer à petit feu. Il a beau être mon ami, il a peur de se retrouver seul. Il n'a pas connu sa mère et son père est parti sans même lui dire au revoir. Il ne veut plus être seul. termina Charon, son ton adoucie par l'émotion.
Freddie, le serveur goule, le Superviseur et sa fille ne disaient rien. Encaissant les révélations les unes après les autres. Amata se leva et sortit de la taverne. Son père la regarder s'en aller. Il savait où elle allait et il savait aussi qu'il fallait qu'elle le fasse. Charon lui jeta un regard un peu inquiet. Il l'apostropha une dernière fois.
-S'il te plaît, fait attention à lui.
-Promis. fit-elle avant de sortir.
-Ne vous inquiétez pas. Elle saura lui parler cette fois. assura le Superviseur en faisant un sourire chaleureux à la goule.
Celui-ci fut étonné de voir déjà de la sympathie chez ses interlocuteurs. Cependant, ce ne fut pas pour lui déplaire.