Hello mes chers lecteurs ! Aujourd'hui chapitre 2: arrivée de Remus et de Peter chez les Potter !
Je tiens à remercier spécialement Faustine284, SunWings et koala-chaaaan qui ont ajouté cette fic à leur favoris, ça fait énormément chaud au coeur !
Amelga: Merci infiniment pour ta review ! Ça me fait tellement plaisir (je peux te garantir que je me rappellerai longtemps de toi comme de la première personne ayant reviewer ma première fic haha), j'espère que la suite te plaira tout autant. Eh oui, aujourd'hui Remus entre en scène… J'ai l'espoir qu'il te plaira tout autant que Sirius (dis-m'en des nouvelles) :)
Merci aussi à tous les petits lecteurs anonymes qui ont quand même lu le premier chapitre (oui, oui, je te vois toi, derrière ton écran hein ^^).
Bref, j'arrête mon discours et je vous laisse découvrir la suite ! (n'oubliez pas de reviewer si ça vous a plu, ça fait toujours plaisir…)
2.
○ Lune
Remus avait un peu trop chaud. Il sentait la sueur qui dégoulinait doucement dans son dos sous le soleil tapant de cette fin d'après-midi. Peter avait passé tout le voyage à se goinfrer de caramels qui lui avaient laissé la gorge sèche. Il avait terriblement soif et l'impression qu'il allait se déshydrater complètement s'il continuait à serrer la poignée de sa malle aussi fort — ce qui la laissait poisseuse et luisante… terriblement sexy !
Il essaya de se ressaisir. Peter frappait d'ailleurs déjà à la porte, ce qui ne lui laissa qu'une fraction de seconde pour afficher une expression détendue avant que le battant ne s'ouvre sur les visages excités et souriants de ses amis.
Avant même qu'il ait eu le temps de faire un geste — ainsi que de s'inquiéter de la réaction qu'il devait adopter, il se retrouva pétrifié dans les bras de Sirius; qui lui hurlait à l'oreille qu'il lui avait manqué avec tant de passion que Remus avait l'impression que ses tympans ne résisteraient pas longtemps à un tel assaut sonore.
— Remus, Remus ! Tu sais quoi Remus ? Remus ! Tu m'as trop manqué ! Tu le savais ça ? Hein Remus ?
— Pads, si tu crois que je ne sais pas lire, pourquoi m'avoir envoyé toutes ces lettres ? répliqua le jeune lycanthrope avec amusement.
— Ah, toujours aussi drôle ce Moony ! Ton humour aussi m'a manqué…
— Je sais Sirius, tu me l'as répété au moins quinze fois dans chacune de tes lettres.
James lui fit à son tour l'accolade, quoique légèrement plus… calmement. Remus en profita pour lui glisser à l'oreille: « Combien de verres ? » Son ami eu un petit rire, soufflant à Remus son haleine alcoolisée. L'odeur de pomme cuite qui flottait toujours chez James envahissait néanmoins la pièce.
— Je sais pas, j'ai perdu le compte. Il m'a demandé lui-même de sortir la bière… Il était dans un état assez louche si tu veux mon avis.
Il se passa la main dans les cheveux, puis se tourna vers Peter qui enlevait déjà ses chaussures.
— Alors le Magicobus ? Toujours aussi sympathoche ? demanda-t-il sur le ton de la plaisanterie.
— Totalement. Un vrai plaisir, ce cher conducteur n'a toujours pas compris que même si les obstacles s'écartent sur son passage, il n'est pas non plus obligé de rouler droit dedans comme un forcené. Moony était blanc comme un linge à la fin du trajet.
— Pâle comme la lune elle-même ! ajouta Sirius sur un ton d'amoureux transi, portant ses mains à son coeur.
— Je crois qu'il est définitivement bourré, murmura James à l'oreille de Remus qui gloussa, mais ne put retenir la chaleur qui lui montait aux joues.
James les conduisit donc — eux et l'euphorie qui se dégageait de ces retrouvailles — dans la cuisine où ils profitèrent de finir les bouteilles déjà entamées, car pourquoi laisser croupir de la si bonne Bièreaubeurre ?
Ils passèrent le reste de la soirée à boire tranquillement en "dégustant" le paquet de Dragées Surprise de Bertie Crochue que Peter avait amené spécialement pour James. Ce dernier ne se lassait toujours pas de cet amusement quelque peu démodé mais qui le faisait hurler de rire à tout les coups.
Il adorait spécialement le fait que Remus n'avait jamais vraiment de chance quant aux goûts sur lesquels il avait le malheur de tomber — et, après que le lycanthrope ait avalé deux dragée à la saveur de poubelle, une à celle d'oeuf pourri et une dernière au parfum de vomit, James consentit enfin à ce que Remus recrache ses bonbons lorsqu'ils avaient un goût infect. Sirius, lui, s'écroulait de rire à chaque fois que Remus faisait la grimace en mâchonnant; de plus que l'Animagus n'avait eu que des parfums fruités depuis le début du jeu.
Un des moments les plus notables de cette soirée fut lorsque Mr et Mrs Potter décidèrent de venir saluer les nouveaux arrivants alors que Peter s'étouffait avec une dragée "gazon tondu". Il se força à déglutir afin de leur dire bonjour mais ne réussit qu'à se donner un haut-le-coeur. Puis il commença à tousser comme un dément et Sirius décida de lui donner de fortes claques dans le dos dont la puissance le jeta presque à terre, « pour l'aider ». Peter finit donc par lever un visage rouge vif, autant de honte que d'efforts physiques, vers ses hôtes et s'empressa de s'excuser d'une voix faible et balbutiante.
Quelle bonne impression on a pu leur faire… songea Remus. Sirius complètement bourré, Peter qui a failli décéder sous leur yeux, moi, eh bien… un loup-garou.
Bien que ce soit devenue une sorte de rituel pour les Maraudeurs de passer les deux dernières semaines avant la rentrée chez James, Remus ne s'était toujours pas habitué au fait que ses parents l'accueillent aussi chaleureusement. Lorsqu'ils avaient appris qu'il était lycanthrope ils avaient tout simplement haussé des épaules et répondu que ça ne devait pas être facile à vivre, pouvaient-ils l'aider de quelque manière que ce soit ? Ce Dumbledore était quand même grand homme ! Peu de gens auraient admis dans leur école un loup-garou de si bon coeur !
Leurs paroles surprenaient encore Remus quand il y songeait. Il ne se serait jamais attendu à être si… accepté.
— De toute façon… chez moi, on dirait un refuge pour adolescents traumatisés, s'exclama soudain
James entre deux gorgées de bière, comme s'il avait lu les pensées du lycanthrope.
Ce dernier se força à rire. Était-il le seul qui ait remarqué que le sourire de Sirius avait brusquement pris une tournure crispée… tordue ?
— Bah qu'est-ce qu'y a Moony ? interrogea Peter, d'une voix endormie. Pourquoi tu fais la gueule comme ça, hein ?
Peter était complètement affalé sur le lit de James, baillant à s'en décrocher la mâchoire.
— Pour que tu t'endormes enfin et que t'arrêtes de nous faire part de tes remarques peu pertinentes.
— Même sous alcool tu parles encore comme un livre… répondit la voix ensommeillée.
Sirius partit d'un rire suraigu. Peter bavait déjà dans son sommeil.
✧ Étoile
— Je vais passer au village m'acheter des clopes, quelqu'un veut m'accompagner ?
Sirius avait posé la question à la cantonade. Les Maraudeurs s'étaient tous écroulés sur leurs lits respectifs après la longue journée de marche au travers de la forêt qu'ils avaient passée. Et du barbecue qui s'était imposé. Personne ne semblait très motivé, Sirius s'attendait donc à une réponse négative de la part du groupe. Néanmoins, Remus releva la tête.
— Je veux bien, je dois refaire mes provisions de chocolat.
Il enfila sa veste en jeans et ils se mirent en route.
— D'ailleurs, je me demandais… comment ça se fait que tu aies ta malle ? Tu n'aurais pas pu l'attraper en prenant la fuite, je me trompe ?
L'après-midi touchait à sa fin et ils marchaient sur une petite route de campagne déserte, dans l'air doux qui annonce une belle soirée d'été. Le soleil baissait lentement à l'horizon, sa lumière se teintant d'orange. Elle ambrait la peau de Remus et faisait ressortir l'éclat cuivré de ses boucles châtain.
— Non, t'as raison, répondit Sirius. Elle est arrivée deux jours après mon débarquement chez James. Je sais pas comment ils l'ont faite parvenir, mais je suis sorti de la douche et paf ! je l'ai trouvée au beau milieu de la chambre. Ça, si c'est pas du magnétisme ! ajouta-t-il théâtralement.
— Dumbledore se soucie beaucoup de toi, affirma Remus en hochant gravement la tête.
— Il se soucie beaucoup de tout le monde. Regarde tout ce qu'il a fait pour toi ! objecta Sirius.
— Vous aussi vous avez beaucoup fait pour moi.
Sirius se tût un instant, il se sentait étrangement embarrassé.
— Enfin… c'est normal, se justifia-t-il avec un haussement d'épaules. À l'époque, on s'était même pas trop posé de questions, on voulait juste aider notre ami et on avait trouvé une solution. Alors, on a tout fait pour la mettre en oeuvre.
Il y eut un léger silence.
— C'est toi qui l'avait proposée.
— Euh… de quoi ? interrogea Sirius, qui n'était pas sûr de comprendre.
Remus se tourna pour le regarder en face.
— La solution, déclara-t-il, de but en blanc.
— Oui, acquiesça Sirius en détournant les yeux du visage du lycanthrope. L'idée m'était venue lorsqu'on avait enchaîné un cours de Métamorphose juste après les Soins aux Créatures Magiques. J'avais eu l'impression d'avoir été illuminé.
Remus s'esclaffa, faisant tinter son rire aux oreilles de Sirius — qui ne put s'empêcher de sourire, lui aussi.
— Qui sait ? peut-être que t'as vraiment été illuminé.
Remus n'avait pas cillé, il regardait toujours le visage Sirius d'un regard droit. L'air d'attendre quelque chose.
Sirius se mordilla nerveusement la lèvre.
— Bref… euh, pour en revenir à cette histoire de malle…, reprit-il afin de meubler le silence.
Remus se détourna: Sirius ne put déchiffrer l'expression de son visage, mais ses épaules s'affaissèrent légèrement.
— Eh bien… je pense que c'est plutôt McGonagall qui a dirigé les opérations.
— Pourquoi aurait-elle fait ça ? s'enquit le lycanthrope, de l'amusement dans sa voix.
Il se retourna vers Sirius; les sourcils froncés, il le considérait avec moquerie, comme s'il ne croyait pas à une pareille théorie.
— Je te l'ai pourtant bien assez répété: elle est folle de moi, j'avais même fait une liste des preuves l'année passée !
— Liste qui, je tiens à le préciser, a fini dans le feu de la salle commune, ajouta Remus, narquois.
— Mais c'est James ! Cet enfant n'a aucun respect pour le travail d'autrui, soupira dramatiquement Sirius.
— Je crois qu'il a plutôt fait ça parce que Lily se trouvait des les parages.
— Ah… ça aurait été pour impressionner Evans. Tout s'explique. Il voulait faire le type sérieux qui respecte les profs.
Sirius ricana.
— Je crois qu'il prend tes conseils un peu trop à coeur…
— Ils sont très bien mes conseils ! s'indigna Remus.
— Pas si c'est de mentir sur sa propre personne, argumenta l'Animagus. Tu vois James en intello binoclard qui se passionne de Runes Anciennes, toi ?
— Il est déjà binoclard.
— Chut, susurra Sirius. Tais-toi et fais comme si j'avais raison.
Il vit bien que Remus s'efforçait de ne pas s'esclaffer. Il lui donna donc un coup de coude. S'il était sur le point de refaire rire Remus, ah… il n'allait pas abandonner la partie si facilement.
— C'était drôle, hein ?
Remus secoua la tête négativement, faisant danser dans ses cheveux les éclats dorés du soleil.
— Bien sûr que c'était drôle.
— Non.
Remus se pinça les lèvres. Il retenait un sourire.
— Si.
Le loup-garou se mordait la lèvre très fort désormais, mais ne put empêcher ses lèvres de s'incurver vers le haut.
— Regardes, tu souris en plus ! s'exclama Sirius en désignant la bouche de son ami.
Il se pencha vers l'oreille de Remus, un sourire conspirateur aux lèvres.
— Allez, avoue.
Remus gloussa… tout tintait à nouveau.
Sirius se passa la main dans les cheveux, très content de lui. Il avait réussi à charmer la vendeuse de la petite épicerie par laquelle ils étaient passés et elle lui avait donné trois paquets de cigarettes gratuitement. Ce n'était pas tant l'argent qui importait (il en avait encore une bonne quantité de ses parents), mais plutôt ce sentiment de douce victoire que Sirius éprouvait à présent. Sa famille ne lui avait jamais permis ce genre satisfactions lorsqu'il était enfant, et pourtant il y goûtait désormais en toute liberté.
La roue tourne, mes chers, elle s'est emballée et ne s'arrêtera pas…
— Regardez-moi la fierté qui se peint sur ce visage, murmura son ami en secouant la tête, comme s'il n'y croyait pas.
— Oh, laisse-moi à ma gloire personnelle ! bouda l'Animagus.
Ils flânaient dans les petites rues du village de campagne dans lequel ils se trouvaient, et Sirius avait déjà allumé une de ses nouvelles cigarettes dont l'extrémité incandescente se fondait avec la lumière du soleil qui se couchait à l'horizon de cette soirée.
— Je suis sûr que tu n'as même pas pensé à cette pauvre vendeuse qui va devoir expliquer à son patron pourquoi trois paquets de cigarettes ont disparu sous son nez.
Tout en parlant Remus avait haussé un sourcil désapprobateur et regardé Sirius, guettant sa défense.
— Mais t'as vu tout ce que je leur ai acheté ! 90% des paquets de cigarettes du magasin, c'était pas assez ? Ils vont pas faire une crise pour trois malheureux petits paquets…
— Ils auraient pu leur rapporter de l'argent, ces trois misérables petits paquets, soupira Remus. Donc oui, ça sera un scandale.
— Mes parents auraient fait pareil, grommela Sirius.
Il secouait la tête, assombri.
Sirius ne savait pas ce que son ami avait vu sur son visage, mais le lycanthrope soutint son regard un instant avant de baisser tristement les yeux.
— Bourrés d'argent à en crever, mais ne se sépareraient pas d'une seule pièce.
Remus n'insista pas.
Alors que le soleil coulait ses derniers rayons sur l'horizon, ils passèrent devant une petite épicerie qui, Sirius le vit bien, attira l'attention de Remus. Son ami ralenti le pas, incertain. Sirius lui sourit, puis désigna le commerce de la tête. Lui aussi avait remarqué le chocolat exposé dans la vitrine.
Et en effet, dans magasin lui-même flottait un parfum de chocolat et de thé noir. Inspirant profondément ces effluves alors qu'ils pénétraient dans la petite pièce, Sirius eut l'impression de sentir — en version décuplée — les odeurs qui caractérisaient le plus Remus à ses yeux.
Il y manquait seulement celle du parchemin neuf, qu'il vienne des livres ou des devoirs son loup-garou transportait partout…
— Bien le bonsoir, jeunes gens ! s'exclama une voix bourrue de derrière le comptoir.
— Bonsoir m'sieur.
Le vendeur barbu fronça les sourcils en regardant les jeans déchirés de Sirius et son perfecto de cuir, mais ne dit rien. Il préféra se tourner vers Remus en lui demandant:
— Eh bien jeune homme… en quoi puis-je vous aider ?
Remus lui sourit (par ce que Remus souriait à toutes les personnes qui étaient gentilles avec lui) et se mit à débiter sur le chocolat qu'il avait aperçu dans la vitrine. Les deux semblèrent de suite se comprendre et la conversation dérapa bientôt sur certains horizons du thé et du cacao que Sirius avait du mal à saisir — pourtant élucider une conversation au sujet aussi banal qu'une sorte de boisson chaude ou de friandise ne semblait pas si compliqué que ça…
Sirius avait toujours trouvé exceptionnellement paradoxal que Remus arrive à se montrer aussi amical envers autrui et à être en même temps aussi solitaire. Son secret résidait probablement dans le fait qu'il faisait brillamment causer les gens, sans vraiment jamais parler de lui-même.
Sirius savait. Qu'il avait encore peur qu'on lui demande pour quel motif il était toujours absent durant la même période du mois, pourquoi lorsqu'il revenait il avait un air aussi maladif, d'où venaient ces deux cicatrices qui lui barrait le haut de la palmette gauche jusqu'au bas de la mâchoire…
De vaines craintes, puisque — à l'encontre des Maraudeurs — tout le monde s'était laissé berné par le mensonge de la mère malade de Remus. Et que tout Poudlard croyait encore à l'histoire du lapin à l'hygiène douteuse du lycanthrope qui lui créait son « petit problème de fourrure » dont James aimait bien parler en public. Quand aux cicatrices, elles ne se remarquaient que lorsque Remus revenait de ses nuits de pleine-lune le teint pâle, la peau presque translucide. Et encore, il fallait savoir où elles se situaient.
La silhouette longue et fine de son ami se pencha pour humer le parfum d'un thé que le vieil homme lui proposait. Remus avait toujours été le plus grand des Maraudeurs; et bien que Sirius ait déjà largement dépassé son propre père, le loup-garou pouvait tout de même se vanter de quelques centimètres de plus que l'Animagus.
Sirius s'était souvent dit que c'était le long cou — à la pomme d'Adam d'ailleurs très proéminente — de Remus qui lui ajoutait cet avantage. Ou bien ses jambes. À choix.
Remus s'était dirigé vers le comptoir en bois du fond de la boutique et fouillait déjà dans les poches intérieures de sa veste en jeans afin de trouver de quoi payer ses achats. Il en sortit un porte-feuille moldu et lança un regard à son contenu.
— Oh…, murmura-t-il tristement. Je… je n'ai pas assez.
Il rosit légèrement et leva la main, s'apprêtant à enlever quelques articles de son panier.
— Laisse, j'ai de quoi payer, intervint Sirius.
Remus se tourna vers lui, ouvrant déjà la bouche afin de protester. Mais Sirius avait déjà résolument déposé la somme manquante devant l'épicier.
— Non Pads, c'est bon…, souffla le lycanthrope en attrapant la manche de Sirius. Ça fait rien, c'est juste histoire de quelques morceaux de chocolat.
La main de Remus était chaude contre le poignet de Sirius, même au travers du cuir de sa veste.
— Mais j'ai l'argent, pourquoi je devrais pas t'aider ? s'indigna Sirius en haussant un sourcil.
— Sirius… si tu veux me prouver que t'es pas comme tes parents, je te crois déjà. Non, je le sais plutôt ! Pas besoin d'agir de manière aussi chevaleresque…
— Mais je suis un Gryffondor, tu voudrais quand même pas que je me retienne ? s'exclama dramatiquement l'Animagus. Allez… laisse-moi te faire plaisir.
Remus jeta un coup d'oeil à Sirius avant de glousser doucement. Il avait cédé. Et Sirius vit bien qu'il remontait dans l'estime du vieux vendeur lorsqu'il lui tendit les quelques billets manquants.
Ils ressortirent dans l'air orangé de ce soir estival. Le soleil avait déjà disparu à l'horizon, mais il coulait encore sur la plaine des trainées flamboyantes qui flânaient dans les rues du village. Sirius jeta un regard sur les toits des maisons qui les entouraient. Il prit une grande inspiration puis se tourna vers Remus.
Celui-ci souriait d'une oreille à l'autre, content comme un enfant le serait le jour de Noël.
— Heureux ? demanda Sirius en riant, de son rire qui ressemblait à un aboiement de chien.
— Heureux ? Et comment ! s'exclama le lycanthrope.
Il serra ses achats contre son coeur et baissa la tête vers ceux-ci, comme pour protéger un bébé. Ses boucles caramel tombaient adorablement sur son front.
— J'ai assez de provisions pour un bout de temps !
Il releva la tête. Son sourire faisait briller ses yeux ambrés; leur ajoutant un éclat nouveau, presque doré.
— Merci beaucoup, vraiment !
— Par contre, je ne t'ai pas encore parlé de la condition que j'ai posée, rétorqua Sirius, narquois.
Remus commença à froncer les sourcils.
— Oh non… ça me plait pas ça.
Il secouait déjà la tête de droite à gauche, comme s'il refusait d'avance.
— C'est pas juste ! Tu ne m'avais pas prévenu ! s'indigna-t-il.
— Eh bien maintenant tu es au courant. Allez, suis-moi.
Sirius lui fit signe de s'approcher.
— C'est ça la condition, je dois te suivre ?
Remus était dubitatif.
— Oui.
Et l'Animagus affichait déjà son sourire malicieux habituel.
Il se retourna face au mur de la maison contre laquelle il s'était adossé. Puis, s'élançant souplement, il entreprit de grimper le long de la gouttière qui longeait la demeure de haut en bas. Bien que le métal ait été chauffé toute la journée par le soleil, il n'en était pas brûlant.
— Sirius !
L'interloqué ricana.
— Sirius, tu blagues ?
— Non.
Sirius baissa les yeux vers son ami. La gouttière présentait des prises faciles: il était déjà arrivé au deuxième niveau de fenêtres (la maison ne possédait qu'un étage).
Remus se tenait le visage entre les mains. Il écarta les doigts comme pour entrapercevoir son ami et secoua la tête:
— T'es vraiment pas possible, lâcha-t-il.
— Et c'est pour ça que tu m'adores.
Le loup-garou leva les yeux aux ciel.
Puis commença tout de même son ascension.
Sirius posa genou sur le toit de la maison alors que les dernières lueurs du soleil disparaissait, laissant la pénombre gagner le village. Elles s'éclipsaient afin de laisser place au royaume de la nuit.
Sirius avait choisi un immeuble récent, le toit de la maison était plat. Un fin gravier le recouvrait; et il crissa sous ses pieds lorsqu'il se releva et contempla la campagne, qui apparaissait grise dans la lumière nocturne.
Il se retourna et se baissa afin d'attraper la main de Remus, sa peau semblait presque argentée sous un pareil éclairage. Il aida son ami à se hisser sur le toit et ne le lâcha que lorsqu'il fut sûr qu'il n'y avait aucun risque que le lycanthrope tombe.
Celui-ci se redressa, posa le sac qui contenait ses achats; et observa les environs, songeur.
— On est quand même bien ici.
Remus parlait à mi-voix.
— Oui, je te l'avais dit, lui répondit Sirius sur le même ton.
Remus sourit, et cette simple expression faisait ressortir ses pommettes rosées.
Ils se dirigèrent vers le bord du toit et s'y laissèrent tomber; Remus les jambes ballottantes dans le
vide, Sirius assis en tailleur. Et ils savourèrent le silence qui chantait à leurs oreilles tout les sons de la nature.
La nuit tomba petit-à-petit, et bientôt ils se retrouvèrent à contempler le ciel étoilé. La lune se cachait cette nuit-là, elle ne pleurait pas.
— C'est étrange de ne pas t'entendre parler… tu causes tout le temps d'habitude, lança Remus au bout d'un certain temps.
— J'aime bien le chant des grillons, répondit Sirius avec un petit rire.
— C'est vrai ?
— Oui.
Sirius sortit un paquet de cigarettes. Il se saisit de l'une d'entre elles et l'alluma à l'aide d'un briquet moldu, son visage brusquement illuminé par la clarté de la flamme.
— Ça fait bizarre de te voir utiliser un briquet, c'est comme… déplacé.
La voix de Remus était douce dans les ténèbres de la nuit. Il n'avait d'ailleurs pas pesté contre le fait que Sirius commence à fumer, étrange.
L'Animagus tira une longue bouffée avant de répondre:
— McGonagall m'arracherait la tête le jour-même de la rentrée, si je m'osais à utiliser de la magie
ne serait-ce qu'une seule fois de plus.
Remus lui jeta un regard en coin.
— Je savais pas que t'avais des limites.
Un ton narquois dans sa voix.
— C'est plutôt un instinct de conservation, si tu veux vraiment savoir. Elle a beau être amoureuse, ça ne la rend que plus dangereuse…
— James m'a dit que tu devais l'inviter à sortir à Pré-au-Lard cette année, dit Remus, un léger rire au-travers des mots.
— En effet… (nouvelle tirade sur sa cigarette dont l'extrémité rougeâtre gagna en lumière un instant). D'ailleurs il faut qu'on te trouve un défi aussi, répondit Sirius en lui souriant d'un air conspirateur, soufflant de la fumée par la commissure de sa bouche.
Le lycanthrope leva les yeux aux ciel avant de soupirer — à la grande satisfaction de Sirius, qui adorait susciter ce genre de réactions chez son ami.
— On s'en occupera un autre jour, pour l'instant…
D'un reste résolu qui surprit Sirius, Remus attrapa la cigarette que son ami fumait et la plaça au coin de ses lèvres.
— Remus… mais, tu…
Le loup-garou haussa un sourcil.
— Je ?
— Tu ne fumes pas, répondit Sirius, un peu sonné.
— Ah ! qui sait ? Cette soirée dans la nuit me donne envie de faire des choses bizarres…
Un léger silence. Remus balançait convulsivement ses jambes dans le vide en fumant tranquillement.
— Comme ? questionna Sirius, son ton enjôleur retrouvé.
Remus lui lança un regard étrange de ses yeux à l'éclat de lune.
— Comme fumer…! Vois toi-même.
Sirius se troubla un instant en se rendant compte que… enfin, si Remus avait été une fille…
