Hello les poulettes !
Le chapitre 5 est enfin làààà ! Désolée du retard… Pas mal de boulot ces temps-ci. Aujourd'hui premier jour à Poudlard pour nos Maraudeurs, vous verrez l'effet que ça aura sur nos garçons :) (je sais pas si le smiley est approprié, mais bon… vous verrez en lisant).
Petite dédicace spéciale à Anahí le riz qui m'a signifié que si je publiais pas bientôt ce chapitre elle me battrait (« avec amour », bien évidemment)… Nan, en vérité heureusement que t'étais là cocotte tu m'as forcée à me bouger le cul x)
Quant à Lena la rate, tu verras, j'ai fait les « éclaircissements » que tu m'as tant réclamé. Enfin, une partie de ceux-ci en tout cas. Tu verras ils sont intéressants hihi… :)
Ptitepointe2 : Ouéééé, heureuse que ça t'ait plu ! Oui, chacun selon leur caractère commence à se poser des questions… dans ce chapitre c'est encore plus prononcé, tu verras. Oui hihi la scène de Lily et du Moldu m'a bien fait marrer à écrire x) en tout cas bonne lecture pour ce chapitre 5, en espérant que tu le kifferas autant que les autres ! Plein de bisous ^^
Kahouete : Oui heureusement que Remus est là, il fait du bien à Sirius :3 ! Ce chapitre-là est un peu moins « doux » que le précédent mais bon… je pense qu'il te plaira quand même, bisous et bonne lecture !
ThePotterheadPhilosophie : J'aime bien ton pseudo hihi ! Et oui, c'est vrai qu'ils sont chous ces deux-là… :3
Ellis Ravenwood : Alors ton pseudo à toi, on dirait un nom d'Elfe, trop magnifique ! (t'as trop de chance si c'est ton vrai nom hihi) Et merci pour tes compliments ! J'essaie un maximum de rendre la fic naturelle et fluide, je suis contente que mes efforts paient ! Ça fait aussi grave plaisir que tu me dises que le style te plait ! En tout cas, bonne continuation de lecture et des gros bisous :3
Alors, voici enfin ce chapitre 5... donnez moi votre avis dessus en review !
5.
○ Lune
La Grande Salle de Poudlard était bruyante.
Contrairement à veille. Durant le banquet, tout le monde avait été silencieux et grave, en particulier après la solennelle chanson que le Choixpeau avait servi aux élèves. Une nouvelle mise en garde contre la menace extérieure et la fervente recommandation
de rester unis.
Mais à présent la tension s'était relâchée et c'est ainsi que commérages et ragots allaient de bon train, joyeusement côtoyés par le raclement des services contre les assiettes et le tintement des verres dorés contre les grandes tables de bois. Les élèves
se racontaient passionnément leur vacances, se coupant bruyamment la parole afin de placer un maximum de « moi, je… » dans la conversation, et hurlant de rires à des anecdotes stupides et inintéressantes.
Remus était morose.
Les avertissements du Choixpeau lui tournaient inlassablement en tête depuis la veille; des paroles qui s'étaient même transformées en rêve durant la nuit, en un cauchemar pour être plus exacte, au souvenir duquel il frissonnait encore. Comment avait-il
pu oublier leur état de guerre durant ses deux semaines de vacances passées chez James ? La vérité lui faisait violemment face à présent.
Et ce n'était pas la seule d'entre elles.
Il avait tout refréné, tout négligé en deux petites, minuscules semaines. Bien évidemment, il s'était imposé cette pause consciemment. Il savait qu'il en avait besoin.
Mais à présent… tout refaisait surface.
La pleine Lune arrivait dans une semaine et un jour. À cette seule pensée, il dormait encore plus mal qu'il ne le faisait déjà. Celle d'août avait été… douloureuse. Sans ses amis à ses côtés afin de le soutenir et de lui rendre un peu de son humanité,
courant avec lui dans le parc de Poudlard; il s'était comporté plus bestialement qu'il ne l'avait fait depuis très longtemps. Le lendemain matin, il avait repris connaissance dans un coin de l'affreuse chambre exiguë dans laquelle le barricadaient
ses parents durant ses transformations; un goût de sang dans la bouche, des bleu et griffures lui cuisant tout le corps. Il n'avait pas pu se lever de son lit de toute la journée, et les cicatrices qu'il avait écopées cette nuit-ci le révulsaient
tant qu'il n'osait toujours pas poser les yeux dessus.
Il les haïssait. C'était peut-être stupide, mais il avait l'impression qu'à chaque fois qu'il se griffait ou se mordait soi-même, il s'injectait un peu plus de lycanthropie en lui-même. Comme s'il se rendait un plus monstrueux à chaque fois.
Ça le terrifiait.
Il se demandait quelles était les pensées que Sirius nourrissait envers ses propres cicatrices, ils n'en avaient pas parlé…
Car bien sûr, à présent les plaies béantes n'étaient plus que des balafres. Remus y avait veillé. Tout les jours depuis la fameuse nuit durant laquelle il les avait découvertes, il avait soigné l'Animagus du mieux qu'il le pouvait lorsque James et Peter
étaient absents. Le résultat était très satisfaisant, tout comme la familiarité que le loup-garou avait acquise avec le torse de Sirius.
Génial. Bravo, Remus. T'aurais pas pu faire mieux que de penser à ça maintenant. De quoi encore plus améliorer ton humeur.
Car son regard s'était naturellement tourné vers le séduisant objet de ses pensées, séduisant objet qui ne lui accorda aucune attention, car fixant avidement le dos d'une jeune Poufsouffle aux longs cheveux ondulés. Enfin, un peu plus bas que le dos.
Remus soupira, tripotant avec lassitude ce qu'il lui restait de son petit-déjeuner. Il n'y avait pas de quoi s'étonner. Bien sûr que Sirius avait été proche de lui durant ces vacances, mais il ne l'avait été que par ce qu'il n'y avait aucune fille dans
les alentours. Il n'avaient vécu qu'entre garçons deux semaines durant, mais maintenant que l'Animagus était de retour à Poudlard, entouré de toutes parts de gente féminine…
Et puis, que s'était-il imaginé ? Que Sirius ressentait la même attirance inavouée, que celle que Remus éprouvait secrètement pour lui ? L'idiot ! Bien sûr que non. Le jeune Black avait toujours manifesté un penchant pour les femmes, et oh ! qu'est-ce
qu'il les aimait ! Parfois, Remus regrettait de lui avoir donné le mot de passe de la salle de bain des Préfets, mais ne voulait même pas imaginer ce que ça aurait été si Sirius ramenait ses conquêtes dans leur dortoir.
Le lycanthrope lui-même n'avait aucune certitude sur ses préférences à lui. Il lui semblait qu'il n'était réellement attiré ni par les femmes, ni par les hommes.
Juste par des personnalités.
Par ces personnes, par leur caractère, leur physique, l'aura qui se dégageait d'elles. Par ces quelques individus qui happent immédiatement votre regard, vous envoûtent. Ces personnes si captivantes.
Il n'en avait rencontré que quelques unes dans sa vie. Mais le reste du monde était horriblement fade par rapport à celles-ci.
Cette jeune fille blonde aux cheveux courts et bouclés qui habitait son village. Elle avait en elle cette sorte de fougue et de sauvagerie empreinte de douceur, cette manière d'être si fière et si charismatique qui avait immédiatement stupéfait Remus.
Elle, elle, elle était fascinante. Elle et ses jeans trop larges pour elle qu'elle retroussait volontairement afin de dévoiler ses fines chevilles étonnement poilues; qui pourtant n'enlevaient rien à son charme. Il se souvenait que deux ans
auparavant, il avait passé deux jours entiers à ne penser qu'à elle et aux quelques paroles qu'elle lui avait adressées. Des banalités pour quelqu'un d'autre, mais rien de semblait banal avec elle, tout était si différent. Malheureusement,
à présent elle avait déménagé et Remus avait peu de chance de la revoir un jour.
Il y avait aussi ce Serdaigle qui l'avait un jour fixé avec tant d'intensité durant le cours de potion que Remus s'étonnait encore de ne pas s'être embrasé sous son regard. C'était un garçon calme qui avait peu d'amis, et Remus le croisait souvent à la
bibliothèque. Puisque les Maraudeurs ne nourrissaient pas la même passion que Remus pour ce lieu du château et qu'il était souvent seul lorsqu'il s'y rendait, il aimait s'asseoir à côté de ce jeune homme dont il ignorait jusqu'au nom en lui souriant
gentiment. Puis généralement, ils étudiaient ou lisaient chacun dans leur coin, sans s'adresser une seule fois la parole, profitant simplement de la présence de l'autre. Mais ils n'étaient jamais allés plus loin et Remus n'en avait jamais ressenti
le besoin.
Et puis, l'autre raison était qu'il y avait toujours eu Sirius. Même s'il se tenait légèrement en retrait dans l'esprit de Remus, sa seule présence causait un tel chamboulement que le lycanthrope ne pouvait l'ignorer. Dès la première fois où il avait
rencontré ce petit garçon aux cheveux noirs et au regard malicieux, Remus avait été intrigué. Puis, ce fameux garçon s'était révélé être un ami exceptionnel, qui l'avait soutenu en premier alors qu'il ne s'en saurait jamais douté.
Le lycanthrope se remémorait encore la terrible scène durant laquelle les garçons l'avaient finalement coincé, et lui avaient très clairement expliqué qu'ils n'étaient pas dupes. Ils avaient bien évidemment compris qu'il était un loup-garou. Sous leurs
paroles insistantes, la bile lui était montée à la gorge, et il avait dû s'appuyer contre le mur qui se trouvait derrière lui tant ses pauvres genoux de gamin de onze ans tremblaient. Puis, Sirius l'avait pris par les épaules dans ses mains tièdes,
l'avait regardé dans les yeux, et, sous le regard affolé que lui lançait le lycanthrope; lui avait expliqué calmement que leur insistance n'était due qu'au fait qu'ils étaient peinés que Remus s'était imaginé qu'il devait leur cacher une telle information.
Et, oh ! le loup-garou se souvenait encore des étoiles qui avaient scintillé dans les grands yeux d'enfant de Sirius lorsqu'il avait dit: « Mais c'est pas grave, Remus, pas grave, tu comprends ? On a déjà commencé nos recherches, on trouvera une solution
! C'est certain ! Laisse nous juste un peu de temps, c'est seulement est une question de temps… »
Et il l'avait trouvée, la solution. À lui tout seul. Qu'aurait fait Remus sans cette brillante idée qui avait traversé l'esprit de son ami ? Il lui était tant redevable, et pour tant de choses…
Son regard se tourna à nouveau convulsivement vers l'Animagus. Tiens, le voilà en conversation avec un autre spécimen de son espèce, pensa vaguement Remus avant que son regard ne soit happé par la pâle et gracieuse mâchoire de son ami. Ensorcelante. Le
jeune homme qui était le fruit de l'attention du lycanthrope ne regardait plus la jeune fille qui avait attiré son regard quelques instants auparavant mais menait à présent une discussion animée avec le Professeur McGonagall. Et en vue de l'air réprobateur
de la directrice de la maison Gryffondors, elle traitait probablement des deux semaines de retenues de Sirius qui commençaient le jour même. Quoi qu'il en soit, le jeune homme gesticulait avec véhémence, attirant l'attention de toute la tablée. De
toute façon, où qu'il aille il y avait toujours quelques paires d'yeux qui suivaient avec une attention hypnotique chacun de ses mouvements. Il possédait une telle grâce naturelle, un tel charisme…
Remus secoua la tête avec exaspération. Et revoilà qu'il se laissait aller à ses élans de romantisme. Perspective très dangereuse.
Et puis, comment Remus pouvait-il s'imaginer que Sirius voudrait de lui ? C'était stupide, débile et fleur-bleue. Mais… pourtant, alors que le Professeur McGonagall s'éloignait; Remus ne put s'empêcher d'entre-imaginer, de se laisser aller une fraction
de seconde, à l'image du dos nu et pâle de Sirius, sur lequel le lycanthrope tracerait, dans la lumière d'une nuit d'argent, une ligne suivant la colonne vertébrale à l'aide baisers…
Idiot ! pesta-t-il intérieurement. Pense plutôt à des choses utiles au lieu de fantasmer sur des perspectives irréalisables ! Tiens, tu te souviens de la prochaine pleine lune ? C'est dans une semaine.
Le loup-garou grogna, s'en voulant à mort de se remémorer de pareils évènements, acte qui lui rappela son côté bestial qu'il voulait tant refouler. Revenant à ses sombres pensées, il leva un regard noir vers les bougies qui flottaient toutes seules en
l'air. Et puis, comment ça se faisait qu'aucune cire ne lui coulait dessus ? Dumbledore n'avait absolument aucun souci de réalisme, c'était n'importe quoi !
— Monsieur Lupin ! s'écria soudain une voix inflexible, quelque part derrière lui.
— Quoi ? cracha Remus avec agacement, pivotant en direction de l'idiot qui l'avait arraché à ses sombres pensées.
Mais ce fut le regard sévère du Professeur McGonagall qu'il rencontra. Et apparement, ce n'était pas la première fois qu'elle l'appelait.
— Pardon Professeur, s'empressa-t-il de bégayer avant de rougir comme un Souafle. Excusez-moi, j'avais imaginé que c'était quelqu'un d'autre…
Avec un dernier coup d'oeil impérieux sous ses lunettes à la monture dorée, elle lui tendit un parchemin neuf.
— Voici votre emploi du temps de cette année, annonça-t-elle. Vous avez une heure de libre avant votre cours d'Arithmancie, profitez-en pour vous remettre les idées en place.
— Oui, bien sûr Professeur, acquiesça docilement Remus, toujours honteux.
Pourtant en regardant son horaire de la journée, Remus soupira si fort que quelques personnes se tournèrent vers lui, interloquées. Oh, qu'il serait volontiers remonté dans la salle commune — qui était probablement délicieusement vide à cette heure-ci,
se serait enroulé dans une couverture au coin du feu avec un bon livre et un thé commandé aux cuisines (James lui avait appris à appeler les elfes de maison) et aurait passé ainsi toute la journée, tranquillement pelotonné dans son coin sans avoir
à affronter la vie réelle. Que ça aurait été parfait…
Pourtant, il lui fallait bien remonter à la tour des Gryffondors, mais cette fois pour aller chercher ses affaires d'Arithmancie et réviser à la va-vite ce qu'il n'était pas encore sûr de maîtriser des ses devoirs de vacances.
Il se leva donc, et sans un regard pour Sirius et James qui s'apprêtaient à aller en classe d'étude des Moldus, se dirigea vers la sortie de la Grande Salle.
Quelle journée pourritissime. Déprimante. Nulle à chier, il n'y avait pas d'autres mots. Remus adorait Poudlard d'habitude, mais là… Il devait avouer que son séjour chez James avait été beaucoup plus agréable. De plus McGonagall lui avait encore fixé
un entretien le lendemain pour parler de son orientation. Non, pas sexuelle, merci; il avait déjà assez de problèmes comme ça. De son orientation sur le plan de carrière. Comme s'il pouvait s'imaginer être embauché quelque part en étant lycanthrope.
Quelle idiotie. Pourtant la directrice de la maison des Gryffondor s'acharnait. Non, elle ne lâchait pas; y croyant si fort que Remus se demandait parfois où elle allait chercher ce fol espoir. Enfin, si ça lui faisait plaisir… Bien qu'en songeant
à la grosse journée qui l'attendait le lendemain, le loup-garou se dit qu'à lui, tout ce cirque ne le lui faisait pas spécialement. Déjà que son emploi du temps était chargé de base, cet entretien ne lui laisserait même pas le temps de manger midi.
Remus savait qu'il aurait dû retourner à la salle commune afin d'avancer dans son travail qu'il était censé faire le lendemain, sa journée aurait été un minimum allégée; pourtant ses pas le guidèrent vers le seul endroit du château dont il avait la certitude
qu'il apaiserait sa morosité. Bien sûr cette mélancolie qui le suivait ne s'effacerait pas complètement, mais son intensité diminuerait légèrement; endormie par une pièce silencieuse, imprégnée d'une odeur de vieux parchemin, dont les immenses étagères
éclairées à la lumière vacillante des torches semblaient prêtes à s'écrouler à la moindre poussée sous le poids des livres qu'elles soutenaient.
La Bibliothèque de Poudlard.
Que ça sonnait bien. Tout était si parfait dans cet endroit du château…
En entrant dans la bibliothèque, Remus se rendit pourtant compte qu'il avait oublié tant de détails durant les vacances… L'odeur d'encre, celle plus légère, de poussière, le grattement des plumes contre les parchemins, le bruissement des pages qu'on tournait,
le crépitement des torches fixées au murs…
Il soupira de contentement, avec l'impression de revenir à Poudlard pour de vrai cette fois-ci.
Parcourant les immenses étagères, ses pas étouffés par le tapis étendu au sol, Remus se laissa aller au gré des titres. Une Étude des effets à long terme du Polynectar, Couleurs et leur pouvoirs ignorés des sorciers, Insignifiant mollusque
sous-marin que les Moldus nomment « Bernard la Marmite »: mode d'espionnage de Grindlewald ?, Aventures et oisivetés de Rudolf le Gland, Thé dansant avec les trolls…
Remus fit halte à hauteur des ce dernier ouvrage. Plus il s'enfonçait dans le labyrinthe d'étagères, plus les titres devenaient absurdes. Des mollusques marins transformés en créatures démoniaques créées par un puissant Mage noir ? Merlin, mais quel auteur
pouvait aller chercher des thèmes de bouquin pareil ? Surtout que dès la deuxième page il n'était plus question d'une armée de « Bernards la Marmite », mais de « Bernards l'Héritier »; quel écrivain renseigné. La pensée qu'il devrait absolument montrer
cet ouvrage aux Maraudeurs traversa l'esprit de Remus. Connaissant James et Sirius, le fou rire ne guetterait pas loin.
Thé dansant avec les trolls… Pourquoi pas ? Le lycanthrope pouffa tout en secouant la tête; ce titre lui rappelait la tapisserie narrant la tentative désastreuse de Barnabas le Follet d'enseigner le ballet à des trolls. Tapisserie qui d'ailleurs
se trouvait juste en face de la Salle sur Demande, il faudrait qu'il y retourne…
Perdu dans ses pensées, Remus n'avait pas remarqué que ses pas l'avaient mené d'eux mêmes à son coin habituel de la bibliothèque, un petite canapé coincé entre deux étagères de livres, devant lequel se tenait une petite table éclairée par un chandelier.
Seulement, voilà… aussi intrigant que cela puisse paraître, il y avait déjà quelqu'un, le nez plongé dans son bouquin, qui se prélassait là. Remus s'arrêta, et observa le garçon en fronçant les sourcils, car qui pouvait bien se pointer dans ce recoin
quasi introuvable de la bibliothèque ?
Le jeune homme dut sentir un changement dans l'atmosphère, car il leva les yeux en remontant convulsivement ses lunettes sur son nez parsemé de taches de rousseur. Ses yeux bleus s'agrandirent un instant avant de se plisser sous son sourire. De manière
si caractéristique. Il avait grandit durant l'été et était désormais binoclard, mais à présent Remus le reconnaissait; comment n'avait-il pas remarqué l'écusson Serdaigle brodé sur sa poitrine ? Le lycanthrope ne put empêcher les coins de
sa bouche de se redresser, sentant ses joues rosir légèrement. Le garçon anonyme passa une main dans ses boucles brunes avant de désigner la place vacante à côté de lui. Remus contourna la table, toujours souriant, rougissant, et s'assit à côté du
Serdaigle. Ils ne dirent rien, et le Gryffondor ouvrit simplement son livre, s'installant en tailleur sur le canapé, et commença sa lecture.
Il lui fallut un moment, au coeur cet univers magique et fantasque dans lequel son bouquin l'avait plongé, pour réaliser que le dossier du sofa était progressivement devenu tiède, doux et légèrement difforme. S'arrachant de force à sa progression dans
le monde médiéval qui imprégnait les pages qu'il tournait, il releva la tête.
Oh…! Il sourit timidement, bien que le jeune Serdaigle contre lequel l'épaule duquel il était appuyé ne puisse pas voir son visage. Comment avaient-ils faits pour se retrouver en pareille position ? Remus n'avait pas l'impression d'avoir bougé
depuis qu'il s'était installé aux côtés du mystérieux jeune homme, et pourtant… voilà qu'il utilisait déjà son corps comme fauteuil. En temps normal, il se serait immédiatement écarté, mais alors qu'il trouvait enfin la paix et la détente qu'il avait
cherché durant toute cette affreuse journée, il n'allait pas y renoncer. Décidant de s'accorder cette ultime faveur, il soupira d'aise et sa cala un peu plus profondément contre le torse et l'épaule du Serdaigle. Le corps du jeune homme étaient reposant,
affectueux, paisible. Et Remus s'y sentait bien, comme enroulé dans une couverture. Lui qui voulait se couvrir d'un plaid et lire à la lumière du feu de la salle commune ce matin-même, ne réalisait pas encore à ce moment-là qu'il bénéficierait de
bien mieux en fin de journée.
Et pourtant… un petit pincement a coeur, un léger noeud dans la gorge, une sensation titillante dans le ventre. Car plus il y pensait, plus il se souvenait de la dernière personne qui s'était appuyée contre lui de la même manière. Un autre jeune homme,
les cheveux noirs, le sourire charmeur, le regard malicieux. Non ! il ne devait pas culpabiliser de cette manière. Ce n'était pas comme si il n'avait pas le droit de passer du temps avec un autre garçon ! Argh… pourquoi est-ce qu'il était aussi
dur avec tout le monde ? Ce n'était pas de la faute de Sirius, c'était idiot de lui en vouloir. C'était juste que… maintenant qu'il y pensait, prendre conscience de tout ce qui s'était passé entre eux durant cet été était tellement compliqué, tellement
désespérant et tellement douloureux que.. que de passer quelque temps avec un garçon qui n'était pas maltraité par ses parents, n'avait aucune cicatrice écarlate sur le torse, aucune envie de revenir chez lui pour mettre le feu au beau manoir familial
et ne s'enfumait pas à s'en rendre malade pour oublier tout ça, en bien… ça faisait aussi du bien. Et oui, comme Remus l'avait déjà dit: ce n'était pas de la faute de Sirius, mais tout ce qui rattachait à lui était tellement dur, et tellement compliqué,
que ça faisait mal, tout simplement.
Et puis, pourquoi pensait-il à ça maintenant ? Sirius ne pouvait-il pas quitter ses pensées histoire de deux petites secondes ? Super, le voilà maintenant qui s'énervait alors qu'il y a une minute il se sentait paisible. À croire que penser était
dangereux. À la réflexion, c'était sûrement la cas.
Alors Remus se barricada, empêcha son esprit de s'égarer si dangereusement: il replongea dans sa lecture. Le début fut difficile, les phrases s'alignaient sous ses yeux sans qu'il n'en saisisse le sens, encore moins arrive à faire des liaisons entre elles.
Mais se concentrant, le lâcher prise vint doucement, petit à petit. Le monde livresque lui rouvrit ses portes, et l'image des plaies béantes de Sirius à la lumière de Lune s'estompa, se dilua. Et l'étonnement paisible danse avec les trolls reprit.
Les images chatoyèrent dans son esprit et une petite paix s'y installa. Il se cala un peu plus contre l'épaule du jeune Serdaigle. Oui, l'apaisement revenait.
Bien qu'apparement, celui-ci ne devait pas durer longtemps.
— Remuuuus ! Mumuuus ! Moony ?
Une voix pleurnicharde de petit gamin vint perturber l'atmosphère chaude de la bibliothèque. Voix qui d'habitude faisait sourire Remus, mais qui cette fois-ci ne lui tira qu'un soupir.
— Remus ?
Sirius se tenait dans la petite ouverture qu'il y avait entre les deux bibliothèques qui entouraient le canapé, une expression perturbée et incrédule que le lycanthrope lui avait rarement vue sur le visage. Il y eut un silence. L'Animagus reprit brusquement
contenance et tournant un regard hautain en direction du garçon contre qui Remus était appuyé, il s'enquit sèchement:
— T'es qui toi ?
Merlin ! Remus détestait quand Sirius prenait ce ton si arrogant de Sang-Pur ! Bien que ce soit une mauvaise habitude qui lui venait probablement de son enfance. Et même s'il savait que ce n'était que l'exemple que sa mère lui avait donné qui ressortait,
que Sirius ne le contrôlait sûrement même pas, Remus ne put s'empêcher de lui répondre froidement:
— Ça ne te regardes pas.
— Ça ? Tu n'est pas très respectueux envers lui Remus, je peux te dire que là il me fixe bien dans les yeux.
L'Animagus haussa un sourcil aristocratique et dirigea son regard impérieux vers le lycanthrope.
— Bref, viens, continua-t-il d'un ton autoritaire. On retourne à la salle commune.
— Et pourquoi ?
— On doit tout organiser pour vendredi prochain, y a encore du boulot.
— J'ai des devoirs à faire, désolé pas ce soir, répondit sèchement Remus.
Il avait beau savoir que c'était idiot d'agir de la sorte, il ne pouvait s'en empêcher. Toute la frustration de la journée sortait à présent, et venait s'écraser contre le visage pâle et parfait de l'Animagus, qui restait insupportablement stoïque. Il
était temps que Sirius apprenne que le monde ne tournait pas exclusivement autour de lui, pensa le lycanthrope avec amertume.
— Ah ouais ? Et tu pouvais pas les faire plus tôt tes devoirs, au lieu de faire le paon à la bibliothèque ?
Et là, à cet instant précis, malgré toutes les fois où il s'était répété ce n'est pas de sa faute, c'est les évènements qui ont fait que; malgré tout les moments où il avait pensé il n'y peut rien, il fait déjà de son mieux; malgré toutes
les situations où il avait patienté, pardonné… Remus se leva brusquement, cognant douloureusement son genou contre le coin de la table, raide comme un piquet, tremblant de rage et d'indignation.
— Attends, t'es sérieux ? Je fais le quoi ? s'emporta-t-il, incrédule.
— Le paon, t'es sourd ? Allez, viens maintenant.
La patience de Sirius semblait mise à rude épreuve; et cela, dans le brouillard rouge qui lui obscurcissait la vue, Remus s'en délectait autant qu'il en enrageait.
— Tu te fous de ma gueule ? Moi ? Moi je fais le paon ? Et toi, tu t'es pas vu avec chaque paire de seins qui te passe sous le nez ? cracha-t-il.
La mâchoire de l'Animagus se crispa.
— Arrête de faire ton capricieux, et ramène ton cul.
— Donc de nouveau, c'est moi qui fait le capricieux ? Alors, tu sais quoi ? fulmina le lycanthrope. Je vais venir avec toi si tu y tiens tant, et je vais monter à la salle commune. Mais je vais travailler, déclara-t-il en refermant le livre qu'il
tenait toujours à la main d'un geste sec. Et organisez votre mauvais coup tout seuls !
— Bravo ! Mais quelle bonne idée ! ironisa Sirius. Le crier partout dans la bibliothèque ! Quel génie ! s'exclama-t-il en applaudissant exagérément.
N'y tenant plus, Remus attrapa rageusement son sac et s'avança à grands pas vers l'Animagus. Il se planta en face de lui, bras croisés, les yeux enflammés.
— Avec plaisir, Mr Black, susurra-t-il d'une voix doucereuse qui contrastait étrangement avec la rage qui le consumait de haut en bas.
Sirius haussa les sourcils avec cette arrogance qui lui était propre, nullement impressionné par la taille supérieure du lycanthrope. Il regarda Remus dans les yeux, sans ciller, les pupilles dilatées, et sortit un paquet de cigarettes d'un geste automatique.
Puis, fixant toujours le loup-garou, du défi brûlant dans le regard, il coinça en une entre ses lèvres. Alors, passant une main devant celle-ci, il l'enflamma. Fermant enfin ses yeux en amande, il tira sur la cigarette et souffla la fumée vers le
plafond avec délectation.
Perdant toute patience, Remus s'écria:
— Arrête ça tout de suite ! Tu sais très bien que je déteste quand tu fumes à côté de moi !
Sirius pencha la tête avec une mine faussement intriguée, sa cigarette élégamment tenue entre son index et son majeur.
— Ça ne te dérageait pas tant que ça cet été, souffla-t-il.
— Mais tu fumais dehors ! Pas à l'intérieur, dans une pièce pleine de livres ! Ils vont tous puer ta cigarette de merde maintenant, cracha Remus.
— Si tu pouvais bien me laisser, moi et ma cigarette de merde, je crois qu'on t'en serait reconnaissants elle et moi. Tu vois, elle au moins, elle me console après ma retenue de l'enfer.
— Par ce qu'en plus il faut le consoler !
Remus arracha la cigarette des lèvres de Sirius avant même que celui-ci ne réalise ce qu'il faisait, puis il la jeta au sol où il l'écrasa d'un coup de pied décisif.
— Va chercher ta consolation ailleurs ! aboya-t-il.
Estimant alors qu'il s'était assez donné en spectacle, il contourna Sirius et s'en alla d'un pas qui apparaissait comme assuré et décisif.
En réalité, il essayait simplement de ne pas pensé la griffure rouge qu'il avait laissée sur les lèvres pâles de Sirius lorsqu'il lui avait arraché sa cigarette.
