Peut-on dédicacer un chapitre de fanfiction ?

Puisque l'opinion commune m'importe peu et que j'en avais envie, j'ai décidé que oui.

Je dédicace donc ce chapitre à ma belle Anahí, qui est partie au Canada, et qui me manque déjà terriblement alors que la dernière fois qu'on s'est vues date seulement d'il y a quelque jours.

Je me souviendrai longtemps des longues conversations à la bibliothèque, des fou-rires en dessin et en philo, des machinations afin d'éviter certains individus (dont mentionner le nom ici serait très imprudent), des premières écoutes de Divide à midi, des hurlements au concert de Loïc Nottet, ou tout simplement des hurlements concernant Loïc Nottet, des Merci pour les conseils !, des JE SHIP !, de toutes les théories sur Harry Potter…

J'avais juste envie de faire un petit geste pour te remercier, par ce que sans toi l'année passée aurait juste été invivable, et que t'as été mon roc dans la tempête sans même le savoir. Tu me manques beaucoup, mais je suis sûre que le Canada ça va juste être inoubliable ! Et bonne chance pour tout, tu vas gérer, j'en suis sûre.

Ptitepointe2 : Le débat animagus/loup-garou est à la base un concept que j'avais vu sur Tumblr, je l'ai un peu modifié, mais l'idée de base vient de là et je dois avouer avoir aussi beaucoup rit (j'avais trouvé l'idée excellente) ! Pour voir comment Sirius gère sa prise de conscience, c'est ici ! Profite-bien :) d'ailleurs je voulais te faire un bigup, t'es toujours la première à reviewer dès que je poste un chapitre ! Ça me fait très chaud au coeur à chaque fois, plein de gros bisous baveux ! ^^

Yunea : Bonne chance avec ta famille ! Je t'envoie plein d'amour et de soutient *cœur coeur coeur* ! Sinon, voilà le chapitre tant attendu (même si j'ai l'impression d'avoir fait de la merde, comme d'habitude) et l'évolution de la relation de nos amours (surtout du côté de Sirius). Merci pour tout les compliments, et j'espère que ce chapitre te plaira :) bisous !

ThePotterheadPhilosophie : Hello hello ! Wow, t'arrive à me rendre super fière et en même temps à me mettre une pression de ouf… En tout cas merci et encore merci pour tout tes gentils mots, tu es adorable *cœur coeur* ! En espérant ne pas te décevoir, bonne lecture :)

Loan-Luka : Namaste à toi, amour ! Merci beaucoup pour ta review, c'est exactement ce genre de commentaire adorable qui me motive à écrire ! Bienvenue dans ta nouvelle fanfiction préferée de tout les temps ! (dit la fille qui à chaque fois qu'elle poste un nouveau chapitre fait une crise où elle a besoin d'exercer un contrôle surhumain sur elle pour ne pas tout effacer et supprimer par ce que C'EST DE LA MERDE C'EST HORRIBLE JE VAIS ALLER ME PENDRE) (enfin bref, là n'est pas le sujet) Profite à fond et j'espère que tu vas tout autant aimer ce chapitre 8 ! Plein d'amour et de bisous !

Witchroom : Je crois qu'on va crée un club des « veulent-écrire-de-la-fiction-mais-galèrent-de-ouf-donc-fanfition » ensemble haha ! Je te comprends totalement ! Je ne suis pas très jeu vidéo, mais si c'est toi qui conseille, ma foi… *fait un geste d'impuissance* je sens que ça va me tenter (je me suis renseignée et ça a l'air GRAVE intéressant). Et pour revenir à nos lunes secrètes, HELL YES Sirius s'est réveillé. Il est long à la détente, je sais. Maintenant que c'est fait on va rentrer dans une autre dimension de la fic (si je l'avais divisée en parties, je l'aurais coupée au chapitre 7). Et pour ce chapitre 8, retour de mon super sens de l'humour (assez peu recommandable), j'aurais pu continuer dans encore plus de mélancolie mais je me suis dit que ça suffirait comme ça. Bien que j'aie l'impression que le style d'écriture est horrible dans ce chapitre-ci, en tout cas dis-moi ce que tu en penses ! Bisous bisous bisous !

SpazzledPrincess : Coucou ! Tes compliments sur ma version des personnages me font très plaisir ! Et tu as raison, on retrouve des éléments de leur personnalité dans d'autres fics (et surtout sur tumblr, hmm l'antre de satan) par ce que je m'inspire aussi beaucoup des idées des autres personnes, qui sont souvent excellentes :) on ne peut pas dire que JKR nous ait donné énormément d'infos sur les personnalités des Maraudeurs jeunes (on a quelque bases autour desquelles tricoter). Et je sais, j'aime quand mes lecteurs se languissent mwahaha ! Avec quelqu'un d'aussi borné que Sirius… pas étonnant. Tu as tout à fait raison pour le « un pas en avant, deux pas en arrière », imagine le choc dans sa tête. SIRIUS BLACK. GAY. En tout cas, merci pour tout et bonne lecture ! Bisous :)

Bleeding Coconut : Un énorme merci pour tes compliments *coeur coeur* ! J'espère que ce chapitre ne va pas te décevoir (je stresse), et je suis d'accord avec toi, ce bébé de Sirius fume trop ! J'ai essayé de le lui faire remarquer une fois, il m'a tellement boudé qu'il ne m'a pas laissé écrire pendant 3 jours entiers… Donc je crois plus sage de ne rien lui dire, malheureusement… Gros bisous et bonne lecture ! ^^

C'est le premier septembre depuis 35 minutes, désolée de ce micro-retard. Chapitre moyen selon moi, mais donnez votre avis en review ! (je me trompe souvent) Et d'ailleurs un grand merci pour leur nombre toujours croissant ! Vous êtes toujours des anges *coeur x1000*

Pour toi, Anahí.


8.

✧ Étoile

Dernière retenue ! Malgré l'humeur instable et désorientée qui le remuait depuis la veille au soir, Sirius se sentit sourire en quittant le bureau du Professeur McGonagall. Et pour la première fois depuis le début de la journée, il se sentait plus léger ; légèrement libéré du poids de la réalisation de la veille.

Il avait fini tard. McGonagall l'avait bien fait trimé pour sa dernière retenue. Il descendit couloirs et escaliers jusqu'à la Grande Salle où il mangea seul, selon le plan. Peter, James et Remus devaient être en pleine révision des derniers détails dans le dortoir.

Après un bon dîner, il passa les portes de la Grande Salle et s'arrêta dans le vaste hall. Puis, il y trainassa — faisant mine d'attendre quelqu'un. Une fois certain qu'il ne serait plus surpris par personne, il s'engouffra dans les escaliers menant aux cachots des Serpentards. Plus silencieux que son ombre, il se faufila habilement dans le sombre dédale jusqu'à retrouver le mur d'entrée de la salle commune.

— Sirius ! Sous la cape ! lança la voix de Peter quelque part sur sa droite.

Un bras privé de corps apparu dans les airs, lui indiquant leur emplacement. Sirius s'avança et souleva le tissu fluide, se glissant au dessous. Par chance il se retrouva à l'avant de leur progression, collé contre James et Peter. Doux Merlin ! qu'aurait-ce été s'il s'était retrouvé, serrés comme ils l'étaient, à côté de Remus ? Heureusement qu'il avait au moins réussi à l'éviter et à lui parler le moins possible de la journée. Il n'avait aucune idée de comment il s'en serait sorti en cas de confrontation directe. Remus semblait quelque peu déboussolé par la subite distance que Sirius avait imposée entre eux, mais il n'avait rien dit. Et tant mieux, Sirius avait besoin de temps… pour réfléchir.

Genoux pliés, chaussures enlevées afin de faire le moins de bruit possible — Sirius cacha les siennes dans un recoin sombre du couloir —, les Maraudeurs attendirent. Lorsqu'enfin un élève à l'allure fourbe sorti de la salle commune, leur laissant la possibilité d'entrer, ils commençaient à avoir des crampes à force de patienter.

La salle commune des Serpentards sidérait toujours Sirius par son opposition totale à celle des Gryffondor. Très peu chaleureuse, froide et humide, elle baignait dans une lueur verte malsaine qui ne lui rappelait que trop bien le Square Grimmaurd. Un grand portrait de Professeur Slughorn y occupait une place d'honneur, semblant les mettre au défit de déjouer le règlement de l'école sous ses yeux. Fort heureusement, il dormait profondément, appuyé contre le rebord de son cadre. La salle quand à elle, était déserte. C'est alors que Sirius réalisa à quel point McGonagall l'avait surexploité si tout le monde était couché. Ah ! les tensions amoureuses…

James se tourna vers Sirius.

— Cinq minutes ça te suffit ? chuchota-t-il.

Sirius acquiesça.

— Ça te va si on garde la cape ? continua tout bas son ami. T'arriveras mieux à te cacher que nous, si quelqu'un se réveille, vu que t'es tout seul. Et puis, t'es silencieux.

— Ok. Vous avez tout ?

— Oui, confirma Remus, chargé du matériel. Tiens, ça c'est pour toi, dit-il en tendant à Sirius un petit sachet.

Celui-ci le saisit par son extrémité, prenant garde à ne pas toucher les doigts de Remus. Le lycanthrope lui lança un regard étonné, teinté d'amusement.

— N'oublie pas : une pincée par personne, ajouta-t-il.

— Oui. Tout est prêt ? interrogea Sirius en posant délibérément son regard sur Peter.

— Logiquement oui, dit Peter.

— D'accord, alors si dans cinq minutes t'es pas de retour, un de nous descend te sauver, conclu James à l'intention de Sirius.

Sirius eut un petit rire.

— Ok, à plus.

Puis il se déroba, sortant de sous la cape d'invisibilité. Il s'arrêta, fléchi les jambes, sorti ses pieds légèrement en canard, raffermi son équilibre. Des années de méfaits à Poudlard lui avaient appris l'art du silence. Qui eut cru que Sirius Black, le garçon le plus bruyant de tout Poudlard, pouvait ainsi se déplacer sans le moindre bruit ?

Il descendit l'escalier menant aux dortoirs des garçons — difficile à croire que l'on pouvait s'enfoncer encore davantage sous le lac —, pas plus bruyant que la poussière qui circulait dans l'air immobile.

Les Maraudeurs avaient jeté leur dévolu sur le dortoir des Septième années ; en partie par ce que celui-ci logeait une bonne quantité des ainés de Sang Pur qu'ils exécraient. Pour cette fois, pas de Servilius, il attendrait son tour. De plus, Sirius se réjouissait d'être celui qui verserait la poudre spéciale démangeaisons de chez Zonko dans leurs beaux uniformes frappés au blason du Serpent. On verrait bien s'ils le regarderaient toujours avec le même dédain qu'à toutes réunions de Sang Pur auxquelles il avait été forcé d'assister. Le plus excitant serait qu'ils se méfieraient bien de sa culpabilité, mais n'auraient aucune preuve tangible.

Oh ! et quelle serait leur réaction lorsqu'ils réaliseraient que quelqu'un avait enduit la plupart des tables de leur salle commune de colle invisible et inodore ? (Une remarquable nouveauté de chez Zonko.) Et qu'ils ne pourraient plus décoller les parchemins soigneusement rédigés qu'ils y avaient posé ?

Ça, mes amis, ce n'est qu'un petit avant-goût.

Sirius ne pu retenir un rictus une fois arrivé devant la porte indiquant Septième années en lettres d'argent. Il la poussa.

Celle-ci, contrairement à celles des Gryffondor, ne grinça pas. À l'intérieur du dortoir, le silence était complet, uniquement interrompu par le bruit que quatre respirations profondes. Oh… des couche-tôt. Que c'est mignon.

Sirius entra dans la pièce. Pas une réaction. Parfait…

Les uniformes, les uniformes… Mais où les cachaient-ils ? Sirius avait présumé qu'ils avaient, comme dans le dortoir des Gryffondor, une armoire avec quelque cintres. Pourtant, il n'en voyait nulle part.

Il s'avança vers le milieu de la pièce, de forme circulaire. Autour de lui, quatre lits à baldaquin aux tentures vert sombre. Presque tous rideaux tirés. La chaudière au centre, juste à côté de lui. Rien au plafond. Mais où rangeaient-ils leur maudits uniformes ?

Quelque part, on bougea. Sirius se figea. Ses yeux parcoururent rapidement la pièce à la recherche de cachettes. Mais plus un bruit. Il se détendit. Probablement quelqu'un qui remuait dans son sommeil.

Cela venait du seul lit aux rideaux non-tirés. Sirius ne put contenir sa curiosité, il s'approcha. Ce n'était sûrement pas très prudent, mais de tout les adjectifs qualifiant Sirius Black, « prudent » ne ferait probablement pas partie de la liste.

Une longue crinière blond platine étalée sur l'oreiller… oh… tiens donc ! Lucius Malfoy, mon cher ami. Sirius fit encore un pas en avant, tendant le cou…

Il buta contre quelque chose, manquant de peu de s'étaler sur Malfoy. Merde ! Il se rattrapa de justesse sur la masse sombre contre laquelle il s'était cogné le pied.

Il s'immobilisa, serrant les dents et retenant sa respiration ; attendant une réaction à la série de coups sourds qu'il avait déclenché. Bravo pour la discrétion ! L'élève le plus bruyant, étonnement silencieux, bla bla bla… Tu parles !

Pourtant, il n'y eut rien. Les Serpentards dormaient toujours. Pépère. Sirius eut un sourire en coin au souvenir du cours de Défense contre les Forces du Mal où Maugrey Fol Oeil était venu en invité spécial, pour les « préparer à ce qui les attend au dehors ». VIGILANCE CONSTANTE ! Lucius Malfoy avait paru très concerné. Ah… eh bien pas tant que ça, en fait.

Sirius baissa enfin les yeux sur la masse sombre et compacte qui avait failli causer sa perte. Il sentait sous ses paumes ce qui devait être du bois et quelques attaches de fer, froides. Une malle ! Quel idiot.

Bien sûr, c'était ici que les élèves gardaient leurs uniformes. Maintenant qu'il y faisait attention, il en voyait une au pied de chaque lit. Se confondant avec l'ombre des lits certes, mais bien présentes.

Bien. Ça risquerait d'être plus délicat, mais réalisable. Commencer par Malfoy aurait été idiot, il était le seul qui pourrait le voir immédiatement si jamais Sirius faisait du bruit et le réveillait.

Il se dirigea donc vers le lit à la gauche de celui du blondinet, vérifiant qu'il resterait dans l'angle mort de celui-ci. Selon ses calculs, oui.

Il empoigna silencieusement les attaches qui servaient à soulever le couvercle de la malle. Tira légèrement dessus, la partie supérieure se laissa entraîner : elle n'était pas verrouillée. Tant mieux. Murmurer un Alohomora aurait été trop bruyant et il n'avait encore jamais pratiqué de sortilèges informulés.

Le couvercle de la malle se souleva sans un bruit, découvrant une vaste collection de robes de sorciers et d'uniformes dégageant une forte odeur. Raffiné. Selon le gabarit, l'attirail appartenait à un colosse du style Crabe ou Goyle. Sirius ne les avait jamais aimé, stupides. Et c'est sans rancune qu'il versa une pincée de poudre dans l'uniforme qui se trouvait sur le dessus de la pile. Il referma silencieusement le couvercle et répéta l'opération sur deux autres malles avec le même succès, avant d'arriver à celle de Lucius Malfoy.

Verrouillée, bien évidemment. Ça n'aurait pas été drôle s'il en avait été autrement.

Sirius retint un soupir de contrariété, priant pour que Malfoy n'ait pas le sommeil léger. Puis, il se pencha et s'approcha le plus près possible de la serrure. Se préparant à se terrer si besoin serait, il tapota le petit mécanisme métallique de sa baguette tout en murmurant un Alohomora ! si bas qu'il eut peine à l'entendre lui-même.

Ce seul sortilège chuchoté, brisa un instant le silence comme un cri. Malfoy remua dans son lit. Sirius serra les dents ; pourvu que le blond ne se soit pas réveillé.

L'Animagus resta immobile, le coeur battant. Il compta une minute, puis risqua un regard par dessus la malle. Malfoy s'était simplement retourné dans son lit. Ouf.

Alors doucement, tout doucement, il ouvrit la malle. Silencieusement, encore plus silencieusement, il s'empara de l'uniforme soigneusement plié du Sang Pur. Le dépliant avec précaution, il y versa une quantité plus que suffisante de poudre et le secoua pour la répartir du mieux possible. Puis il replia le tout en faisait bien attention à ne laisser rien paraître de son intrusion dans les affaires de Malfoy.

Il finit par fermer la malle et la re-verrouiller. Ni vu, ni connu.

Il se releva, et vérifiant qu'il n'avait laissé aucune trace de son passage, se dirigea avec précaution vers la sortie.

Mais alors qu'il passait à côté de la chaudière, la porte s'ouvrit brusquement. Sur un Remus essoufflé, yeux presque noirs tant ses pupilles étaient dilatées, lèvres et joues rouges, quelques boucles collées sur son front par la sueur.

Avoir évité le lycanthrope de la journée n'avait pas été une bonne idée, car une confrontation si subite et si directe fit déferler sur Sirius la vague destructrice de sentiments et sensations qui l'avait assaillie la veille. Sans qu'il y ait été préparé.

Voir Remus dans cet état sans l'avoir touché révélait de la torture.

Subitement, une douleur cuisante dans son pied gauche, et la sensation de chute. Merde ! En fond, un fracas métallique infernal, résonnant dans toute la pièce. Merde, merde, merde, merde ! Trop concentré sur son ami, Sirius s'était pris le pied dans la chaudière, se brûlant au passage, déclenchant un vacarme à en réveiller les morts. Et à présent il tombait, impuissant, avec la certitude d'avoir tout fait rater. En dernière vision, il eut celle de Lucius Malfoy, redressé sur son séant, les yeux écarquillés par la surprise, la bouche légèrement entrouverte, se tordant pourtant déjà en un rictus réjoui.

James, je vais te tuer ! Sirius atterri brutalement contre le sol, s'éraflant les paumes.

Puis il ne put que se relever, attraper sans ménagements Remus par la manche et l'entrainer en haut des marches, fuir en maudissant James ; qui avait — il en était certain — dans toute sa lucidité, demandé à Remus d'aller voir pourquoi Sirius ne revenait pas après cinq minutes. Une stupide histoire de malles !


Sirius voyait à nouveau Remus. Le même visage brillant dans la pénombre, le même air irrésistible. Il trébuchait à nouveau, se brûlait le pied tandis que le fracas métallique résonnait dans son crâne à lui en faire perdre la raison. Et il tombait, tombait sans fin, dans une chute infernale, un gouffre sans fond. Et tout était noir, et tout collait à nouveau, et il ne voyait plus rien. Et dans les ténèbres, la voix de sa mère, ses hurlements et ses remarques froides, pénétraient à nouveau sa peau. Et le poison noir, liquide et pourtant plus épais que du goudron, plus sombre que du pétrole, noyait son corps. Il lui montait à la tête et ressortait par ses yeux, alors qu'il pleurait des larmes poisseuses et indélébiles, noires, noires, noires…

NON !

Il avait hurlé.

Il le savait. Il avait hurlé et il n'avait pas étouffé son cri. Il avait perdu l'habitude. La respiration haletante, il attendit. Rien. Pas une réaction. Il avait hurlé et personne ne l'avait entendu.

Il s'extirpa de ses draps, faillit tomber. Tout le monde dormait. Atteignant Merlin seul sait comment la porte du dortoir sans s'effondrer, il descendit les escaliers en colimaçon en s'accrochant à la rambarde, les jambes flageolantes. Même scénario.

Non, non, non… Non ! On avait dit qu'on voulait plus de ça, plus de ça…

La salle commune était déserte. Des braises rougeoyantes, restes du feu de la veille, éclairaient faiblement la manteau de la cheminée. Au dehors, la nuit noire. Quel heure était-il ? Trois heures ? Quatre heures du matin ?

Épuisés comme ils l'étaient après leur folle course de la veille, ils s'étaient tous effondrés sur leurs lits respectifs et endormis sur le coup. Même Sirius. Personne n'avait beaucoup parlé, surtout qu'ils n'en avaient pas vraiment eu l'occasion alors qu'ils couraient à quatre sous la cape d'invisibilité, mettant le plus de distance entre le maudit dortoir des Serpentards et eux. Sirius, pour sa part, avait tenté de réfléchir le moins possible ; aux conséquences, à la vérité et à la nuit qui s'annonçait.

Une nuit à cauchemars, bien évidemment. Comme celles qu'il redoutait tant et ne voulait plus jamais revivre. Comme celles qui l'avaient laissé en paix depuis que Remus l'avait soigné chez James. Comme celle qui revenait maintenant.

Il tremblait. Il tremblait si violemment qu'il manqua de s'étaler par terre lorsqu'il s'assit dans le fauteuil le plus proche du foyer, claquant des dents. Il avait froid.

Il n'avait absolument rien sur lui afin de se réchauffer, ayant tout laissé en haut. Ni pull plus chaud, ni baguette pour raviver le feu, ni cigarettes. Oh… qu'est-ce qu'il avait envie de fumer…

Mais il ne se sentait pas la force de remonter ; alors il se contenta de tirer sur lui une couverture en patchwork qui trainait par là et regarder fixement les braises oranges, tentant de faire le vide dans son esprit.

Pourtant un certain visage lui revenait sans cesse en tête, et la Lune brillait dans son dos d'un argent éclatant ; alors que les étoiles, elles, étaient cachées par les nuages.

La Lune l'aveuglait toujours, et pour cette fois-ci, il était entièrement seul.


— Entrez, Mr Black.

Sirius s'exécuta. Le Professeur McGonagall l'invita à prendre place, la mine sévère.

— Ai-je besoin de vous informer du motif pour lequel je vous ai convoqué ? lui demanda-t-elle en le regardant par dessus ses lunettes à la monture carrée.

— Non.

— Non, Professeur.

Sirius, qui en de temps moins mouvementés aurait fait la blague : « Nul besoin de m'appeler ''Professeur'', Madame », se contenta de rester silencieux.

Attendant visiblement une réponse, McGonagall le fixait toujours, les coudes posés sur son bureau de bois sombre. Puis réalisant que selon toute probabilité, aucune réaction ne viendrait, elle soupira.

— Prenez un biscuit, Black, déclara-t-elle soudain.

— Pardon ?

— Prenez un biscuit ! répéta-t-elle avec une certaine impatience.

Elle poussa vers lui une boîte à biscuits à motifs écossais. Toujours quelque peu abasourdi, Sirius se saisit d'un un sablé. C'était tout de même de la nourriture, il ne se ferait pas prier.

— Vous m'avez déçue, Mr Black, continua le Professeur.

— Moi aussi.

Elle fronça les sourcils, interloquée.

— Comment ça ? Je vous ai déçue ? s'enquit-elle d'un ton indigné.

— Non. Je me suis déçu moi-même.

Ses sourcils se re-froncèrent, plus fortement cette fois. Elle garda le silence quelque instants, ne le quittant pas des yeux. Sirius ne broncha pas, le visage impassible, le regard vide.

— Écoutez, nous ne sommes pas chez le médiateur ici, finit-elle par dire. Compte tenu de votre situation familiale, nous avons déjà fait preuve d'une clémence extrême, le Professeur Dumbledore et moi ; nous ne pouvons tolérer d'autres écarts. Je me vois donc dans l'obligation de vous infliger deux retenues supplémentaires, lundi et mardi. Je vous attends ici-même à sept heures précises.

— D'accord.

Le Professeur McGonagall eut l'air méfiante vis-à-vis de ce consentement sans argumentation de la part de Sirius Black, mais conclu tout de même :

— Vous pouvez disposer.


« Prongs, on sort ce soir. »

Tout s'embrouilla, la fumée, l'alcool dans ses veines, la musique et les lumières aveuglantes.

Le seul souvenir qu'il garda fut celui de trainées lumineuses qui tournaient autour de lui à une vitesse ahurissante.

Et le lendemain, lorsqu'il se réveilla dans le lit d'une jeune sorcière à Pré-au-Lard, ayant l'air tout droit sortie de Poudlard, il ne ressentit qu'un énorme vide.

Elle n'était pas Remus.


Les rues de Pré-au-lard étaient encore désertes, et Sirius avançait seul dans l'air frais et brumeux du matin ; toujours dans les vapes du sommeil et de la soirée de la veille. Dieu ! pourquoi avait-il autant bu ? Il ne savait d'ailleurs même pas quand est-ce qu'il avait perdu James de vue, mais une chose était sûre, c'était que lui était retourné à Poudlard. Alors que Sirius… bref, il préférait ne pas y penser.

Il s'arrêta un instant et fouilla dans les poches de sa veste en cuir à la recherche de son miroir. Une fois trouvé, il le porta à hauteur de visage et annonça tout haut « James Potter ! », priant intérieurement pour que celui-ci réponde. S'il te plait, James, s'il te plait.

Le visage habituellement souriant de son ami apparu, les sourcils froncés, la mine réprobatrice, sur fond de la salle commune.

— Ouf ! soupira Sirius. Merlin, j'ai eu tellement peur que tu ne répondes pas.

— Ouais, eh bien t'as de la chance que je me sois réveillé tôt. J'ai défait ton lit pour que Remus croie que t'as dormi dedans. Où est-ce que t'étais cette nuit ? demanda James sur un ton accusateur.

— Oh mon dieu, t'as fais ça ? Merci, t'es un saint ! s'exclama Sirius, évitant soigneusement de répondre à la dernière question de son ami — qui pourtant n'était pas dupe.

— Oui, mais ça va pas servir à grand chose si tu rentres pas bientôt. Je ne sais pas à quelle heure il va se réveiller et je ne peux pas influer sur ça.

— J'arrive tout de suite, je suis dehors là, le rassura Sirius en se remettant vivement en marche. Tu penses que Honeydukes est ouvert à cette heure-ci ?

— Je sais pas, tente quand même. Au pire, tu passe par la cabane hurlante.

— Ouais t'as raison, merci pour tout. Et encore… désolé. Pour hier. Je suis parti sans rien te dire.

— Je m'y attendais un peu. J'espère qu'au moins elle était jolie.

Il coupa la communication.

Le fait que James connaisse Sirius si bien qu'il pouvait détecter un mensonge par omission et prévoir un comportement décevant, serra le coeur du jeune Black. Son ami avait raison, il était prévisible.


Le soleil s'était dégagé au cours de la journée et le gris morne de la matinée avait laissé place à une lumière timide, qui coulait dans la salle commune quelque rayons jaunes.

Peter et Remus étaient partis plus tôt dans l'après-midi avec des airs de comploteurs, laissant James à sa dissertation de Métamorphose (qu'il n'avait toujours pas rendue) et Sirius avec lui, qui avait prétendu avoir encore quelques devoirs à finir.

Ce qui était assurément faux, mais au moins, il prenait de l'avance. Une avance qui commençait par ailleurs à devenir considérable, puisque cela faisait maintenant un bon moment qu'il essayait de trouver le courage d'engager la conversation qu'il voulait — non, devait — avoir avec James.

Fort heureusement (ou malheureusement), les fréquents coups d'oeil et les mordillement de lèvre de Sirius n'échappèrent pas à son ami, qui finit par relever la tête avec une expression agacée — quoique, Sirius l'aurait juré, légèrement amusée.

— Qu'est-ce qu'il y a ? Je commence à me sentir tellement observé que je peine à me concentrer, je vais bientôt en rougir.

Sirius prit une inspiration.

— James…

— Oui, c'est moi.

Étonnement, Sirius se sentit soudain frappé de mutisme.

— Alors ? insista son ami.

Voyant que Sirius paraissait peu dispos à causer, il haussa un sourcil et reprit :

Alors ?

— Je crois que… que…

Ne sachant que dire, ni comment le dire, Sirius baissa les yeux sur ses mains aux ongles rongés. Il ne s'était jamais rendu compte de ce tic. Il ne l'avait jamais eu auparavant.

Au comble de l'exaspération, James finit par s'exclamer :

— Tu vas enfin te décider à m'expliquer ce qui est arrivé vendredi ?

— Moi même je ne sais pas ce qui est arrivé, soupira Sirius en se passant une main lasse sur le visage.

— Ah ouais, chaud pour toi, ironisa James.

Il le fixa encore un moment, avec un air d'espoir qui fut rapidement tari ; Sirius ne semblait pas prêt à se confier.

— Tu sais très bien ce qui s'est passé. Tu le sais, répéta-t-il en pointant sur Sirius une plume accusatrice, mais tu ne veux pas te l'avouer.

— Peut-être.

James leva les yeux au ciel. Encore un qui avait prit les tics de Remus.

— Bien. Je crois qu'il va falloir te forcer la main.

— Sûrement.

Ce fut au tour de James de soupirer. Sirius avait l'impression de s'avancer vers quelque chose d'irrévocable. Bon Dieu ! qu'il avait peur.

— T'as réalisé, hein ?

Silence.

Hein ?

— Je crois, oui.

— Alors, qu'est-ce que t'as réalisé ?

Sirius trouva soudainement la fenêtre qui se trouvait derrière la tête de James absolument fascinante. Loin de ces yeux marrons qui le fixaient avec insistance.

— C'est dur à dire. Je ne sais pas… quoi faire, murmura-t-il. Et j'ai… une réputation… à tenir.

Chaque mot lui faisait l'effet d'une brûlure dans sa gorge, ils l'écorchaient en sortant de sa bouche.

— Une réputation à tenir ? Tu te fous de ma gueule ? (Lily Evans qui passait par là lui lança un regard courroucé.) Une réputation de quoi ? De coureur de jupons ? fulmina James.

Sirius ferma les yeux. Il aurait voulu disparaître.

— Tu trouves ça très glorieux comme réputation ? Tu trouves vraiment ça respectable ? Je n'ai rien dit à propos d'hier, mais déjà que tu m'as planté au milieu de la soirée, c'est pas comme ça que tu vas avoir ton Remus !

Sirius se sentait nauséeux. Les vérités que lui lançait James à la figure lui retournaient le ventre un peu plus à chaque fois.

— J'ai un peu peur, avoua-t-il, si bas et d'une voix si rauque qu'il s'étonna que James l'ait entendu.

— De quoi ? Peur de quoi, Padfoot ? insista James d'une voix néanmoins radoucie.

— Je sais pas. Des réactions des gens… de lui.

— Alors je crois que le premier pas pour déjouer cette peur, serait d'avouer, du moins de dire une fois à haute voix, ce que tu ressens tout au fond de toi, non ? s'enquit James en haussant les sourcils.

— D'accord.

— Donc ? demanda-t-il avec un début s'excitation mal contenu.

Sirius prit une grand inspiration et regarda enfin son ami dans les yeux.

— Je crois que je l'aime bien. Remus.

Une chaleur inhabituelle avait commencé à se répandre dans son torse.

— Mais encore ?

— Je l'aime bien, comme aucun des autres Maraudeurs. Il… me plait. Un garçon me plait.

Un premier vrai sourire éclaira le visage de son ami.

— Ça vient, ça vient, déclara-t-il d'un ton ravi en frappant dans ses mains comme une petite fille toute excitée.

— Et… j'aimerais bien… lui plaire, à lui aussi, continua Sirius qui sentait un sourire commencer à gagner ses lèvres. Plaire à un garçon. À ce garçon.

— Oh mon dieu ! J'ai attendu ça toute ma vie ! cria James d'une voix suraiguë dans toute la salle commune (s'attirant quelque regards abasourdis). Mon beau Sirius Orion Black va conquérir l'inaccessible Remus John Lupin… Oh ! Mais qui va prendre le nom de famille de qui ? s'exclama-t-il soudain comme s'il animait une émission télévisée.

— Prongs ! On en est pas encore à une histoire de mariage !

— Ça, c'est pour plus tard mon chéri, rassura-t-il Sirius avec un vague geste négligent de la main, tout en se rasseyant dans son fauteuil. (Il s'était effectivement mit debout dessus durant son discours passionné.) Pour l'instant, continua-t-il, il nous faut mettre au point une stratégie… (Il joignit ses doigts et les plaça en dessous de son menton.) Primo ! Remus pense toujours que tu ne considère que comme un ami, il faudra donc y aller doucement ; tu sais tellement bien flirter, je propose que tu lui fasses ton fameux sourire charmeur, je sais que c'est celui qui le fait fondre ; et puis arrange-toi pour t'assoir à côté de lui plus souvent en cours ; achète-lui du chocolat ! et du thé aussi ! ; il m'a dit une fois que…

Mais Sirius n'écoutait déjà plus, la chaleur qu'il avait ressentie quelques minutes auparavant c'était transformé en un feu ardent dans sa poitrine. Il avait ici la preuve irréfutable que James Potter, était probablement le meilleur ami du monde.


Alooooors ?

Petite note de bas de page (par ce que je me suis dit qu'il y avait peut-être plus de chances que plus de gens la lisent que mes habituels romans d'introduction) : j'ai eu une petite idée il y a pas longtemps…

J'ai songé à vous donner mon Twitter où je pourrais vous informer le plus facilement possible des dates exactes de publication, des éventuels retards, des coulisses, etc. Ça sera aussi plus facile pour vous faire la conversation que par PM ici :) (mais vous inquiétez pas les ràr continuerons)

Si je reçois 5 réponses positives, je vous mettrai le lien de mon twitter en bio (il sera aussi rappelé au chapitre prochain), donc guettez bien tout ça ! ^^ Bisous et à la prochaine ! (sur twitter j'espère)