Chapitre 3 : La pire des journées
Le lendemain, Jim commença sa journée avec la réprimande sévère de sa mère. Elle trouvait Marina vulgaire et prétentieuse et ne voulait plus le voir avec elle. En plus de ça, Elena n'avait pas arrêté de le vouvoyer et de le traiter hypocritement comme son patron.
-Voulez-vous un bol de céréales avec votre jus d'orange, monsieur Hawkins ? demanda Elena avec un sourire ironique.
Jim faillit recracher le jus d'orange en question.
-Excuse… Excuse-moi ? s'exclama-t-il.
-Pardonnez-moi, je vous ai dérangé, dit-elle avec sarcasme. Je n'étais pas à ma place.
Énervé, Jim se prit le visage dans les mains tandis qu'Elena repartait en cuisine, le nez en l'air. S'il restait assis sans bouger, peut-être que la journée se passerait sans qu'elle empire. Mais au même instant, Marina vint s'asseoir à sa table et lui confia qu'elle trouvait Elena écervelée et insolente, et sa mère surprotectrice, tout en appelant Elena en claquant des doigts.
-Vous désirez, mademoiselle ? demanda celle-ci.
-Jus d'algue et coquillage.
-Bien, répondit Elena entre ses dents.
-Et si on faisait les boutiques ? Tu n'as pas cours, aujourd'hui ?
Il allait répondre qu'il était très occupé, mais Elena arriva avec la commande de Marina et répondit à sa place :
-Non, monsieur Hawkins n'a rien à faire, aujourd'hui. Il sera ravi d'emmener notre plus charmante cliente en ville.
Marina regarda Elena d'un air suspicieux, puis lui fit signe de s'en aller. Jim aurait pu étrangler Elena sur place pour ce qu'elle venait de faire si Marina ne l'avait pas entraîné de force hors du Benbow. Celle-ci était jolie à regarder, mais la regarder parler d'elle pendant toute la journée en se traînant dans les boutiques et les cabines d'essayage la rendait beaucoup moins jolie. Jim en avait par-dessus la tête quand elle passa devant Aiguilles & Fils et qu'elle regarda la robe azur exposée en vitrine en plissant les yeux :
-Quelle horreur ! Ils n'auraient pas pu la rendre plus démodée que ça…
-Je suis sûr que si tu demandes à la vendeuse elle te dira que c'est son plus beau modèle, répliqua Jim avec colère. Excuse-moi, mais je vais rentrer.
Et il la laissa là, sans se soucier s'il venait de faire perdre un client à sa mère. Il se précipita vers sa planche et fit un tour de surf dans les airs, en se libérant de toutes les pensées qui pouvaient lui encombrer l'esprit. Il alla se poser tranquillement en haut d'une falaise et resta silencieux tout en regardant le soleil se coucher. Respirant un bon coup, il rentra au Benbow en passant par le toit pour rentrer dans sa chambre par la fenêtre. Il descendit les escaliers à pas de loup, vérifia que Marina ne se trouvait pas dans les parages, et entra dans la cuisine pour se préparer un sandwich.
-Un peu de moutarde, sur votre tranche de pain ? demanda Elena derrière son épaule.
-Arrête ça, tu veux ?
-Eh bien, Jim, je pensais qu'après avoir passé une journée entière avec Marina, tu reviendrais avec le sourire et des étoiles plein les yeux, dit-elle innocemment.
Jim poussa un grognement et sortit de la cuisine son sandwich à la main.
Le soir cloua à la perfection cette terrible journée. Jim s'était mis torse nu à la fenêtre, comme il le faisait souvent avant de se coucher, quand il entendit taper à sa porte.
-Une minute !
Mais la personne n'attendit pas et la porte s'ouvrit sur Marina.
-Je n'ai pas dit d'entrer, protesta-t-il. Laisse-moi m'habiller.
Mais elle s'avança vers lui et attrapa le tee-shirt qu'il venait de saisir.
-Ça ne me dérange pas, murmura-t-elle.
Jim sentit ses joues s'enflammer. Avait-il bien entendu ?
-Jimmy, serais-tu en colère contre moi ? dit-elle en faisant la moue.
-Euh… Non, mais…
-Alors tout est parfaitement en ordre, dit-elle en continuant à avancer.
-Tu… tu es sûre que tout va bien ? s'enquit-il tout en reculant.
Il essayait de reprendre son tee-shirt mais Marina refusait de le lâcher.
-J'aimerais bien reprendre mon…
-Non, je t'assure que tu ne veux pas, susurra Marina en posant une main sur son bras.
Jim reculait encore mais il vint un moment où il fut coincé entre le mur et Marina. Son cœur s'arrêta de battre et tout son corps se paralysa. Marina était vraiment très belle, mais...
-Jimmy, tu me plaît beaucoup… chuchota-t-elle avant de se lever sur la pointe des pieds.
Leurs lèvres allaient se toucher quand une voix les interrompit.
-Jim, aboya Elena en entrant dans la chambre tout en brandissant un livre électronique. Quand est-ce que tu vas arrêter de laisser traîner tes bouquins dans… Oh…
Elle s'arrêta soudain en voyant la scène et Jim la remercia silencieusement pour son intervention.
-Je n'ai rien vu ! dit-elle aussitôt en faisant demi-tour tout en se cachant les yeux.
-Attends, Elena ! s'écria Jim.
Il allait la poursuivre quand Marina le retint par le bras.
-Jim, on s'en fiche, de cette fille !
Mais Jim se dégagea et sortit de la chambre, Marina sur ses talons. Il rattrapa Elena dans le couloir et saisit son poignet pour la forcer à se retourner.
-Elena, laisse-moi t'expliquer, dit Jim.
Ses yeux bleus s'agrandirent de surprise quand elle vit que Jim était toujours torse nu et elle détourna le regard en souriant.
-Tu n'as absolument pas de compte à lui rendre ! protesta Marina qui les avait rejoint. C'est une employée !
Jim arracha sèchement son tee-shirt des mains de Marina en lui lançant un regard assassin. Vexée, cette dernière le poussa violemment avant de retourner vers sa chambre à grands pas. Tout en enfilant son tee-shirt, Jim vit qu'Elena allait elle aussi regagner sa chambre et il se posta devant elle, cette fois habillé, et la fit reculer en poussant ses épaules.
-Écoute, ce n'est pas du tout ce que tu crois…
-Mais je ne crois rien ! Je suppose seulement que ton tee-shirt est malencontreusement tombé de tes épaules, que Marina l'a gentiment ramassé, et qu'en se relevant vous vous êtes embrassé sans faire exprès.
-Arrête, on ne s'est pas embrassé ! Si tu me laissais t'expliquer…
-M'expliquer quoi ? Marina a raison, tu n'as rien à m'expliquer. Tu as parfaitement le droit de sortir avec une fille aussi vulgaire et sans intérêt qu'elle, tout ça ne me regarde absolument pas.
-Je ne suis pas sorti avec elle !
Elena souriait. Cette situation l'amusait apparemment beaucoup, mais Jim aurait voulu qu'elle arrête de rire.
-Elle est entrée dans ma chambre sans que je lui demande. Sans prévenir elle s'est avancée vers moi, et tu es entrée. C'est tout ce qui s'est passé.
-Mais pourquoi est-ce que tu te justifies auprès de moi ? Je ne suis pas ta… mère, Jim.
Elle avait failli dire petite amie, mais elle s'était rattrapée à temps. Elle s'avança vers la porte de sa chambre et entra à l'intérieur, suivie de près par Jim qui continuait en ignorant sa remarque :
-C'est une cliente du Benbow, je me demande comment réagir… La question, c'est : Qu'est-ce que je fais, maintenant ?
-Non. La vraie question, c'est : Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre à essayer de te justifier auprès de moi comme si tu étais coupable de quelque chose ?
Jim resta sans voix, réalisant soudain que son comportement était effectivement ridicule.
-J'étais juste venu… récupérer mon livre, improvisa-t-il en saisissant l'objet des mains d'Elena. Et m'assurer que tu ne racontes pas de salades à ma mère.
-Et réveiller Jess en passant, dit Elena d'un ton narquois avant d'éclater de rire.
Jim serra les poings et s'imagina pendant une seconde en train de l'étrangler quand il fit demi-tour, vexé et honteux. Il allait encore passer une mauvaise nuit en mais fut rassuré que cette fichu journée soit enfin terminée. Mais il ne se doutait pas que le lendemain matin allait être encore plus pénible…
