Note 2017 : Ce nouveau chapitre fait suite au chapitre 10 : Stupide Elfe
Chapitre 11 : Le prétexte
C'était Elena qui marchait à grands pas. Elle n'avait pas vu Jim et grommelait en regardant vers la fête. Elle semblait en colère.
-Non mais, pour qui il se prend ? pesta-t-elle.
Elle s'arrêta près de Jim sans le voir, pencha sa tête vers le ciel et ferma les yeux. C'était trop facile. A pas de loup, il s'approcha au plus près de son oreille et dit :
-Qui ça ?
Elle poussa un cri de surprise et fit un bond en arrière d'au moins deux mètres.
-Jim ! s'offusqua-t-elle, une main sur le cœur. Qu'est-ce que tu fichais ici, bon sang ?
Il ne put répondre tant il riait de la voir en colère. « Chacun son tour », se dit-il.
-Décidément, vous vous êtes passé le mot pour m'agacer ! grogna-t-elle en s'éloignant de plus belle.
-Attends ! dit Jim en lui attrapant le poignet. Excuse-moi, mais c'était trop tentant. Tu étais devant moi, les yeux fermés, pensant être seule. Ose dire que tu n'en aurais pas fait autant à ma place !
Elle sourit, fit mine de réfléchir, et dit :
-J'aurais fait pire. Je crois que j'aurais mimé le son d'une corne de brume, tu aurais eu des sifflements dans l'oreille pendant des jours.
Jim rit, admiratif.
-Pourquoi es-tu partie de la fête ? lui demanda-t-il.
-Oh, je voulais juste prendre l'air...
-Menteuse ! Tu fuyais Monsieur Parfait, pas vrai ?
-Et toi, que faisais-tu près de la remise ? répliqua-t-elle en posant ses mains sur ses hanches.
-Oh, je voulais juste prendre l'air...
-Prendre les airs en surf solaire, plus exactement, non ?
Match nul. Elena vérifia qu'il n'y avait personne derrière eux et murmura :
-Pour être franche, j'avais besoin d'un prétexte pour me débarrasser de mon cavalier un peu trop ''adhésif''.
Jim ricana et croisa les bras. Il était ravi mais essaya de cacher son contentement.
-Pourquoi tu ne lui dis pas simplement de te laisser tranquille s'il t'agace à ce point ?
-Tu plaisantes, cela doit faire cent fois que je lui dis depuis que je le connais. Je lui ai écrasé les pieds en dansant, renversé mon pudding sur sa veste, et quand il a voulu m'embrasser je lui ai jeté mon verre à la figure. Mais il est du genre insistant. Il doit penser que je veux me faire désirer.
Jim sentit une colère monter en lui : il avait essayé de l'embrasser ?
-Et pourquoi tu ne sortirais pas avec Monsieur Parfait ? dit-il sèchement. J'ai cru comprendre que vous étiez devenus très proches pendant que j'étais à des années-lumière d'ici, en train de risquer ma peau avec des pirates sanguinaires.
Elena grogna.
-Ce ne sont pas tes oignons.
Jim se vexa.
-J'ai été remplacé bien facilement au Benbow, je trouve. Et maman, elle ne veut pas l'adopter par hasard ?
-Oh, tu ne comprends rien à rien !
-Il faudrait savoir ! Je dois comprendre quelque chose, ou ce ne sont pas mes oignons ?
Elena se sentit à la fois gênée et en colère :
-A bien y réfléchir, oui, ça te concerne. Vois-tu, je viens de lui dire que j'étais amoureuse de quelqu'un d'autre pour qu'il me laisse tranquille.
Le cœur de Jim rata un battement.
-Ah bon ? Et en quoi ça me concerne ?
-Pour tout te dire… dit-elle en triturant ses doigts. Ça tombe bien que tu sois là pour en parler…
Cette fois-ci, son cœur s'arrêta carrément.
-En fait… Je lui ai dit que j'étais amoureuse de toi. Je suis désolée, je ne savais plus quoi faire pour le repousser, alors je lui ai dit que j'aimais quelqu'un d'autre, et ton nom est sorti tout seul…
-Ah… dit Jim, mi-figue mi-raisin.
-Du coup, si jamais tu le croises… Tu me rendrais une fière chandelle si tu joues le jeu.
Jim n'eut pas le temps de protester. Elle tourna soudain la tête vers le Benbow et son visage se décomposa.
-Oh non, le voilà qui vient par ici.
Elle posa de nouveau les yeux vers Jim et une idée lui traversa l'esprit :
-Vite, fais semblant de m'embrasser ! dit-elle en se rapprochant de lui, tendant son visage vers le sien.
-Quoi ? s'étrangla-t-il.
-Il me laissera tranquille pour de bon s'il me voit avec toi. S'il te plaît, je te revaudrai ça !
Jim sentit son cœur faire un saut périlleux. Que devait-il faire, au juste ? Sans réfléchir, dans la précipitation, il sentit son cerveau se déconnecter et son corps prendre le contrôle. Il prit le visage d'Elena entre ses mains, prit une grande inspiration, ferma les yeux et posa ses lèvres sur les siennes.
-Hmmf !
Jim se redressa et vit la mine interloquée d'Elena.
-Merci... Mais j'ai dit de faire semblant, Jim.
-Quoi, ce n'est pas assez convaincant ? demanda-t-il en comprenant à l'envers.
-Si, si, balbutia-t-elle. Mais… Heu… En fait…
Leur cœur battait à tout rompre, tous les deux déstabilisés par leur faux baiser. Elena sembla étudier la question puis finit par murmurer, l'air hésitante :
-En fait… Non, je crois… Je crois qu'il ne nous a pas bien vu…
Elle s'avança vers lui, comme hypnotisée.
-Tu veux bien… recommencer ? murmura-t-elle.
Elle n'attendit même pas que Jim s'en charge et posa ses lèvres sur les siennes. Cette fois-ci, Jim ressentit une explosion de chaleur tandis qu'il l'embrassait. Il ne distinguait plus si c'était un vrai ou un faux baiser. Il s'en fichait. Tout ce qu'il voulait, c'était de ne jamais arrêter ce moment.
Le temps s'étant arrêté, ils ne surent même pas combien de temps ils s'embrassèrent. Ils auraient certainement pu y passer la nuit si Jim n'avait pas été projeté en arrière.
Thomas venait de le faire tomber à terre et de lui envoyer un coup de pied dans les côtes, lui coupant la respiration.
-Pas touche, avorton ! cria Thomas. Dégage de là !
-Jim ! s'enquit Elena en voulant lui porter secours.
Mais Thomas l'arrêta net en la saisissant fermement par le bras.
-On court deux lièvres à la fois ? fit-il d'un air narquois. N'ayez crainte, je viens vous sauver de ce minable. J'ai suffisamment dépensé d'énergie pour vous séduire pour accepter un rival, mademoiselle Bantini.
-Et moi j'en ai suffisamment dépensé pour repousser vos avances, riposta Elena.
-Quand une femme dit non, c'est qu'en vérité elle pense oui.
-Intéressant, rétorqua-t-elle en se débattant. Et si je pense vraiment non, comment dois-je le dire ?
-Aucune femme ne pense jamais non, dit-il en la prenant par la taille.
Elle voulut le gifler mais il saisit son poignet au vol. Elena n'eut pas le temps d'avoir peur car l'elfe fut soudain éjecté à trois mètres par Jim qui venait de foncer sur lui tête baissée. Ils atterrirent sur un tas de bois qui s'éparpilla en mille morceaux sous leur poids et roulèrent ensuite en se battant devant les yeux écarquillés d'Elena. Jim, porté par une rage démesurée, fut plus habile et plus menaçant que son adversaire.
-Ecoute-moi bien, espèce de larve ! rugit Jim en lui saisissant le col. Elena est à moi, tu entends ? A moi ! Tu la touches encore une fois et je te tue. Tu la regardes encore une fois et je te tue. Je pourrais passer ma vie à te pourchasser si tu t'approches encore d'elle. Ne t'avise pas de revenir dans les parages, et si tu nous croises dans Mandragore, je te conseille de changer de trottoir…
Et il se leva en lui montrant la direction de la route. Thomas, résigné, se releva d'un air de dégout.
-Vous êtes complètement givrés ! Tous les deux ! vociféra-t-il avant de prendre le large.
-Bon débarras… grinça Jim entre ses dents.
Il se retourna vers Elena. Celle-ci, bouche bée, le fixait avec de grands yeux.
-Tu n'as rien ? demanda-t-il.
Elle s'avança vers lui en faisant non de la tête, le regard toujours fixé sur lui. Jim regarda autour de lui et replaça sa veste pour se donner contenance.
-Heu… Je pense… balbutia-t-il en fuyant son regard, je pense qu'il ne t'embêtera plus.
-Merci, Jim, chuchota-t-elle en se rapprochant encore de lui.
-Oh, fit-il avec un geste nonchalant. A ton service.
Ils se regardèrent.
-Peut-être… peut-être… commença Elena comme si elle cherchait un prétexte.
-Oui ?
-Peut-être que s'il regarde par ici avant de partir du Benbow, il faudrait qu'il nous voie nous embrasser ?
-Oh, oui, tu as raison, acquiesça-t-il en haussant les épaules d'un air faussement détaché.
Mais Jim ne put bouger. Il était captivé par la vue d'Elena qui s'était rapprochée de lui, les yeux fermés et les lèvres entrouvertes. Il entendait son cœur battre dans ses oreilles, sa tête lui tournait. Il se délecta de cette vision avant de céder, ferma les yeux et pressa ses lèvres contre les siennes.
Mais il poussa un grognement en portant la main à sa joue gauche. Il avait oublié qu'il venait de se bagarrer.
-Oh, désolée, dit-elle en sursautant et en effleurant du doigt la pommette œdématiée de Jim. Ce n'est pas grave, ajouta-t-elle avec un air déçu, il doit être parti maintenant.
-Non, non, non, s'empressa-t-il de dire. Je crois qu'il nous regarde. C'est juste une égratignure…
Il prit son visage dans sa main et l'embrassa avec ardeur. Jim venait de mentir éhontément : sa joue lui faisait un mal de chien, et Thomas était sûrement hors de vue. Mais il s'en fichait. Il embrassait Elena et c'était tout ce qui comptait.
Au bout d'une éternité, ils finirent par se redresser et ils se regardèrent, comme s'ils cherchaient une autre excuse pour rester dans les bras l'un de l'autre. Les cheveux en bataille, ils réajustèrent leur vêtement mutuellement et Elena finit par dire :
-Merci encore, Jim.
-Pas de quoi. Tu as une sacrée dette envers moi, maintenant.
Gênés, ils se passa un moment où ils restèrent plantés là, les bras ballants, le regard fuyant. Chacun attendait que l'autre trouve quelque chose à dire.
-Je crois que je ferais mieux de rentrer, dit Elena à contre-cœur, histoire de surveiller Jess.
-Oui, bonne idée. Je vais rester ici prendre un peu l'air…
Elle se frotta le bras. Jim dut croire qu'elle avait froid car il enleva sa veste pour lui poser sur les épaules. Un geste protecteur. Encore. Jim avait fait ça sans réfléchir. C'en était trop. L'un comme l'autre, ils trouvaient la situation vraiment trop étrange. Ils se regardèrent un peu embarrassés puis tournèrent rapidement les talons pour s'éloigner l'un de l'autre à toute vitesse.
Au moment où Elena s'affala sur le canapé à côté de Jess endormie, Jim se laissa tomber dans l'herbe à côté de la remise. Elena ferma les yeux, Jim fixa le ciel étoilé, et tous deux repensèrent à cette sensation de douce chaleur ressentie un peu plus tôt.
