-...Puisque tu insistes, je me présente : Camille Belcourt. Le seul et unique amour de Magnus.
Alec n'avait pas toujours été le même. Il avait eu cette habitude au lycée de se laisser marcher sur les pieds, de se faire tout petit, de s'habiller avec des vêtements sombres pour passer inaperçu. Parce qu'il était gay, parce qu'il avait eu le courage de l'avouer, mais il en avait honte à l'époque et on lui faisait bien ressentir que c'était mal. Sa propre mère lui avait même craché au visage que c'était contre-nature.
Le changement fut surtout à sa dernière année. L'été la précédant, Aline avait débarqué un soir chez lui, en lui avouant qu'elle était pratiquement sûre de ne pas aimer les garçons. Voir son amie d'enfance d'habitude si forte, en larmes, l'avait touché. Ils étaient dans la même situation, le même dilemme. Être ce que les gens attendaient de vous ou être vous-même tout simplement ? Malgré les conséquences, Alec avait pris sa décision, c'était terminé : il allait assumer qui il était et allait s'assurer à ce qu'Aline aussi. Ils avaient donc commencé à se défendre, à marcher la tête haute malgré le harcèlement des autres...
... et leurs coups.
Mais ils avaient tenu bon et étaient sortis diplômés et surtout, soulagés de quitter l'enfer qu'était le lycée. Alec avait commencé à sortir avec des garçons, s'habiller un peu plus coloré et avait tenu tête à sa mère quand il a dit vouloir étudier l'évènementiel et l'architecure. C'est ce qu'il voulait faire de sa vie donc c'est ce qu'il fera.
Alec Lightwood avait l'habitude des harceleurs, des brutes, des manipulateurs. C'est donc pour cela que quand cette fameuse Camille-ou-Myrtille-ou-je-ne-sais-quoi-Belcourt lui dit qu'elle était l'amour de SON homme : il éclata de rire.
-Tripant ! Vous en faites votre boulot, ou bien vous êtes une amie de Magnus et il veut me faire une blague ?
Camille, quant à elle, était déconcertée. Elle s'était attendue à voir le terrestre s'énerver ou une toute autre réaction mais pas du tout à celle-là. Alec continuait de ricaner et quand il finit par arrêter, elle reprit un sourire narquois.
-Content de voir que tu le prennes à la rigolade car tu vas vite déchanter. Je suis étonnée que Magnus ne t'a pas parlé de moi... C'était une de ses activités préférées à l'époque.
Alec ne le montrait pas car c'était ce qu'il avait appris, ne pas laisser les émotions l'envahir, mais au fond cette brunette commençait sérieusement à l'horripiler.
-Au fond je ne suis pas surprise finalement, continua-t-elle. Magnus a toujours été bon pour garder les secrets...
A cette phrase, Alec fronça les sourcils.
-Des secrets ?
-Curieux à ce que je vois ! Même si je le connais mieux que personne, je ne pense pas que tu mérites de savoir.
La pensée à elle seule, que cette garce puisse connaître Magnus mieux que lui mit Alec en rage. Pour qui se prenait-elle pour débarquer ici et lui dire tout ça ?
-Dis-moi chéri... Te raconte-t-il un peu son passé ? Sa vie ? Sa famille ?
D'une rapidité qui déconcerta Alec, elle s'était rapprochée à quelques millimètres de lui et le tournait autour comme un vulgaire fauve autour de sa proie.
-S'il ne te raconte rien, c'est qu'il n'en a pas envie. Et s'il n'en a pas envie, c'est que tu n'es rien pour lui...
"Résiste Alexander" se répétait-il mentalement en boucle. Résiste à l'envie de pleurer, résiste à l'envie de la croire, résiste à l'envie de lui balancer la jarre antique de Magnus qui se trouvait à quelques centimètres seulement. Résiste.
-Moh il se met à trembler, se moqua-t-elle. Que c'est mig-
-Ca suffit, Camille.
Alec soupira de soulagement. Nul besoin de se retourner car il reconnut la voix de Magnus. Celui-ci avait le visage endurci par la fatigue mais également par des émotions comme de la colère et de la rancune. Tout ça apparemment adressé à Camille.
-Bonjour mon cœur, sourit cette dernière.
-Cela fait bien longtemps que tu n'as plus le droit de m'appeler comme ça, ou même de pénétrer dans mon loft quand bon te chante.
-Je croyais être toujours la bienvenue. Mais d'après ce que je vois, je ne suis plus la seule.
-Tu laisses Alexander tranquille. En faites, tu pars de cette ville, et tu ne reviens pas.
La jeune fille éclata d'un rire cynique et sans qu'Alec ne comprenne comment, elle se retrouva à la porte.
-Qu'est-ce que-
-N'oublie pas ce que je t'ai dit jeune homme, s'adressa-t-elle à Alec.
Celui-ci, toujours figé de sa rapidité, ne fit même pas attention au fait qu'elle avait déjà disparu. Magnus souffla, heureux qu'elle ait enfin quitté les lieux, et fit face à Alec.
-Alexa-
-Qu'est-ce que c'était que ça ?! C'est qui cette fille bordel ?
-Je peux tout-
-Et comment elle-elle est partie aussi vite ? J'ai jamais vu ça !
Le terrestre s'agitait tellement que Magnus dût l'arrêter en lui attrapant les bras
-Il... Il faut que je t'explique plusieurs choses. Il est temps.
-Oh tu veux parler du fait que tu ne m'avais même pas dit que tu étais bisexuel ? Oui effectivement, on a plusieurs choses à se dire.
-Crois-moi que ce n'est qu'un détail parmi tant d'autres...
-C'est censé me rassurer ?!
-Putain Alec, s'il te plaît écoute-moi !
Alec sursauta au juron car Magnus était loin d'en dire souvent. Et aussi car quand il capta son regard, il y vit du regret, de la peur, de la vulnérabilité... Il savait que Magnus était réservé de nature (du moins il le connaissait comme ça) mais là, cela dépassait la timidité.
-S'il te plaît... J'ai besoin que tu m'écoutes. J'ai besoin que tu me croies. J'ai besoin que tu m'acceptes Alexander. Je ne suis pas qui je prétends être.
Le cœur d'Alec battait à cent mille à l'heure. Lui qui avait voulu en apprendre plus sur Magnus, il n'était plus aussi sûr de cette idée. Magnus inspira, et expira longuement. Il avait l'impression de suffoquer. Une main se fourra dans la sienne et cela suffit à le soulager de quelques peu. Alec était à son écoute.
-Tout d'abord, tu dois savoir que je n'ai pas 26 ans. En faites j'en ai 489.
Quelques minutes, même des heures, ne suffisaient pas pour raconter presque 5 siècles de vie. Mais Magnus continuait comme il le pouvait devant un Alec réceptif, mais sans voix.
-Quand… Quand ma mère et mon père adoptif ont vu ma marque démoniaque pour la première fois, ma mère ne l'a pas supporté. Et mon père… Il a essayé de me noyer. Mais comme je n'avais aucune maîtrise de ma magie à cet âge, je… Je l'ai brûlé vivant.
Magnus s'attendait à voir du dégoût et de la répugnance dans les yeux d'Alexander, mais il n'en fut rien. Il se contentait d'écouter ce que Magnus lui disait. Cela rassurait d'une part le sorcier, mais d'un autre côté, Alec demeurait silencieux, n'ayant fait aucun commentaire depuis la phrase « Je suis un sorcier. »
-La fille que tu as vue tout à l'heure, s'appelle Camille Belcourt. C'est un vampire.
-Ca existe ? Dit enfin Alec.
-Oui… Autrefois, il y a presque un siècle, le monde habitait différentes races que celles humaines ou animales. Il y avait des sorciers comme moi, Catarina, Ragnor et Tessa. Des vampires comme Raphaël et Camille. Des loups-garous, des fées, et…
Il ne savait pas s'il devait parler de ça. C'est une chose qu'il parle de lui à Alec, mais c'en est une autre qu'il parle à Alec de ses propres ancêtres, et donc de qui il est réellement.
-… et il y avait les Nephilims. (NDLA : Alex', si tu dis NE-PHA-LIN je te tue)
-Qui étaient-ils ? Demanda Alec, voyant le ton hésitant de Magnus.
-On les appelait les Shadowhunters, c'étaient des demi-anges. Ils tuaient essentiellement les démons pour protéger les terrestres. Enfin… Les humains quoi.
-Comment ils faisaient ?
-Ils avaient ce qu'on appelait des runes. C'étaient des tatouages, si on peut appeler ça comme ça, qu'ils dessinaient sur leur peau pour se protéger. Ils avaient aussi des armes angéliques. Jem et Tessa font partis des derniers Nephilims de notre dimension.
-Je croyais que Tessa était une sorcière ?
-Elle est une hybride, la seule de ce genre. Sa mère était une shadowhunter et son père un… Un démon.
Magnus butait sur ses mots, ne savant pas s'il devait continuer ou pas.
-Qu'est-ce que tu ne me dis pas ? Demanda Alec, sceptique et ayant remarqué le comportement du sorcier.
-Tu aurais pu en être un. Tu as du sang d'ange, Alexander.
Alec se leva sans un regard pour son petit-ami et sortit sur le balcon, où il avait trouvé Camille quelques instants auparavant. Magnus ne savait pas s'il devait le rejoindre. Tout ce qu'il venait de lui avouer était beaucoup à avaler… Mais il n'était pas dans la tête d'Alec, il ne savait pas comment le garçon prenait la chose.
-Comment je peux savoir que tu ne mens pas… ? Murmura-t-il. Comment je peux savoir que toute cette histoire qui est digne d'un conte, est vraie ?
Magnus qui l'avait rejoint, le tourna face à lui et ferma les yeux. Il se concentra quelques secondes, car ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fait ça… Ses yeux de chat apparurent. Mais pour la première fois depuis des siècles, Magnus ne vit pas de la terreur comme aux autres personnes à qui il montrait sa marque démoniaque. Il y vit de la surprise, de la compassion et aussi un peu de tristesse. Mais pas de peur, pas de dégoût, pas de colère.
-Alec…
Ce dernier leva sa main qu'il suspendit de son mouvement quelques secondes, avant de la poser sur la joue du sorcier.
-Ils sont tellement beaux…
Magnus ne vit que de la sincérité dans les yeux de son petit-ami. Pourtant, le regard de ce dernier se voila et il enleva sa main de sa joue.
-Je ne suis pas dégoûté de qui tu es, de ton passé, ou de quoique ce soit que tu viens de me raconter. Et je comprends pourquoi tu m'as caché tout ça. Mais…
Des tremblements saisirent le corps de Magnus car il savait ce qu'Alec s'apprêtait à dire. Il était habitué, il connaissait les signes…
-Tu as besoin de temps, termina-t-il à la place du terrestre.
Alec hocha de la tête. Ses yeux étaient remplis de larmes, tellement cette situation le brisait intérieurement. Une rupture ne l'avait jamais autant touché. Mais était-ce vraiment une rupture ? Car il avait besoin de temps, certes, mais…
-Alexander, s'il te plaît… Je sais que c'est beaucoup à avaler mais je-je…
Je t'aime, voulait-il dire. Ca aurait été la première fois qu'il prononçait ces mots au jeune homme, et c'était sûrement la première fois en plusieurs siècles, que ces 3 mots prenaient enfin un sens.
Alec pleurait désormais, mais ne voulait pas que Magnus le voie dans cet état. Il lui tourna le dos et prit sa veste qui gisait au sol.
-Moi aussi. Mais j'ai l'impression de ne pas te connaître.
Alec passa la porte et courut hors de l'immeuble. Il avait besoin de Jace. Il avait besoin de voir son frère, de pleurer sur l'épaule de quelqu'un, il avait besoin de se défouler. Le brun aperçut enfin l'appartement de Clary et Jace au loin et s'appuya contre le mur de la façade où personne ne pouvait le voir, et se mit à pleurer encore plus. Chouiner même, comme un gosse.
Pleurer n'est pourtant pas la réaction à avoir quand on se rend compte qu'on est fou amoureux de son petit-ami.
FIN.
S'il vous plaît ne me tuez pas pour mon retard et ce chapitre vraiment très triste… (Alex, range tes tomates s'il te plaît, petit chat). Je vous promets que le chapitre sera beaucoup plus long, beaucoup plus joyeux, et avec beaucoup plus de Malec !
Love, keur, keur, Anne-So :D
