Bon. Un nouveau chapitre qui explique un peu plus en détail le passée de Chandra. Enfin c'est plutôt un fragment. Le puzzle se construit doucement.
Legolas se tenait droit devant l'humaine, visiblement mal à l'aise. Elle était assise en tailleur et s'appuya le dos sur un tas de coussins. Elle tenait dans sa main un long tuyau avec un embout en nacre. Le tuyau était accroché à un vase en cristal transparent contenant de l'eau et un mélange d'herbe, au-dessus sur un plateau d'argent brûlait un charbon. L'humaine prenait parfois l'embout du tuyau entre ses lèvres avant de prendre une grande aspiration. Une fumée abondante sortait de ses narines, embaumant la pièce étroite. Elle fixa de ses pupilles, rétrécies par l'effet de l'opiacé, l'elfe qui se tenait droit devant elle. Elle lui désigna le sol jonché de tapis et de coussin sur lesquels il s'assit. L'humaine ferma les yeux et mit sa tête en arrière, aspirant quelques fois les vapeurs de l'étrange objet. Au bout d'un moment, elle se redressa et lui tendit le tuyau :
- Allez-y.
- Non merci.
- Goûtez au moins. Histoire de ne pas mourir idiot.
Après hésitation, le prince se saisit de l'objet et le porta à ses lèvres. Il prit une aspiration plus grande que ce qu'il aurait souhaité et se mit à tousser. Il avait l'impression d'étouffer, comme ci quelqu'un lui saisissait les poumons et tentait de l'étrangler de l'intérieur. L'humaine devant lui éclata de rire :
- Les elfes peuvent résister à des alcools brûlants, mais pas à l'Arguileh. Amusant.
Se saisissant de nouveau du tuyau, elle le remit en bouche et le tint entre ses dents. Elle prit une cruche posée non loin et lui servit de l'eau dans une coupole en porcelaine qu'il s'empressa de boire :
- Alors. Que fait un prince elfique dans une fumerie ? M'aurait-il suivi comme un vilain garçon ?
Le prince rougit et détourna son regard :
- Vous n'y êtes pas du tout. J'étais juste curieux de savoir ou cette porte menait.
- Si vous le dites. Et votre ami nain ?
- Il est monté se reposer.
- Vous devriez faire de même. Il commence à se faire tard.
L'humaine versa les cendres du charbon qui finissait de se consumer dans un récipient creux, puis elle sortit d'un petit sac brodé un nouveau charbon qu'elle alluma. Elle prit une grande bouffée et expira par le nez, gémissant de plaisir, elle s'allongea sur le côté. Legolas continuait de la fixer :
- J'aimerais en savoir plus sur vous.
Chandra ferma les yeux :
- Pour quoi faire ? Demain, vous partirez.
- Vous pourriez nous accompagner.
- J'avoue ne plus vous comprendre. Vous voudriez d'une meurtrière qui ne vous respecte pas pour guide ?
- Vous connaissez bien ces terres. De plus, vous nous avez déjà aidées, d'une façon modérée, vous avez notre confiance. Nous souhaitons nous rendre le plus à l'Est. Près des Orocarrni.
- Les montagnes rouges…
- Vous connaissez ?
- Bien sûr. Je suis née là-bas. C'est un voyage long. Vous êtes sûr de vouloir me supporter aussi longtemps ?
- Autant que vous pourrez supporter d'avoir un elfe dans les pattes.
Chandra esquissa un sourire à la plaisanterie :
- Je vais y réfléchir. Maintenant j'ai besoin de repos.
Legolas se leva et se dirigea vers la sortie, il fut arrêté par une voix douce :
- Je vous aime bien l'elfe. On verra si ça dure.
Le prince se retourna et lui fit un léger sourire puis s'éclipsa en direction de sa chambre la laissant seule au milieu de ses vapeurs toxiques. Aux premières lueurs de l'aube, les deux compères sortirent de l'auberge. Gimli, toujours barbouillé avait du mal à faire un pas devant l'autre. Ils se dirigèrent vers l'écurie. Là, un jeune étalon à la robe noir ainsi qu'un poney alezan les attendaient, scellés et prêt à partir. Mais aucun signe de leur jeune guide. Déçu, mais pas surpris, ils enfourchèrent leur monture et reprirent le chemin de pierre en direction de l'Est. Ils discutèrent de la veille, Legolas raconta la discussion qu'il eut avec Chandra et Gimli regretta seulement de ne pas avoir été là, il aurait bien eu envie de goûter à cette étrange pipe que lui décrivait son ami. Alors qu'il marchait depuis de nombreuses heures, ils arrivèrent à un embranchement. Là, assise sur un rocher, l'humaine toujours encapuchonnée les attendaient. Elle sauta à terre et s'approcha d'eux :
- Vous êtes finalement venu ?
- J'ai longuement hésitée.
- Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?
- L'ennui. De plus, je dois me rendre vers l'Est moi aussi.
Legolas examina les parages :
- Vous n'avez pas de cheval ?
- Je ne les aime pas. Mon clan n'en utilisait jamais. De toute façon, je n'en ai pas besoin. Allez. Suivez-moi.
Legolas arqua un sourcil, mais ne dit rien. Ils reprirent leur route calmement. L'humaine ouvrait la marche et discutait avec Gimli des évènements de la veille. Elle lui conseilla, à l'avenir, de toujours se méfier des produits étranges. Le nain lui demanda si elle lui fera goûter aux charbons ce qu'elle accepta, lui montrant un sac en peau dans son dos, elle lui affirma en avoir pris pour la route. Cependant, elle lui prévint qu'une utilisation trop régulière entraînait à long terme une accoutumance sévère et de graves soucis de santé. Aussitôt, le barbu lui demanda depuis combien de temps elle en consommait. Elle lui répondit qu'elle ne s'en souvenait plus et que cette perte de mémoire partielle était un des effets secondaires irréversibles. Puis Gimli, qui n'était pas encore bien remis s'endormit sur sa selle. L'humaine prit les rênes et guida le poney. Ils marchèrent ainsi jusqu'au couché du soleil. Décidant de faire une halte pour la nuit, ils choisirent les berges d'un lac. Legolas s'occupait des montures pendant que Gimli essaya en vain d'allumer un feu. Après plusieurs essais infructueux, il réussit enfin à faire partir quelques braises et pu commencer à cuisiner un repas frugal. Assis autour du feu, ils mangèrent en silence. L'humaine posa son assiette, se leva et s'étira. Regardant les étoiles, elle entendit le nain tousser pour avoir son attention :
- Que voulez-vous Gimli ?
- Et bien, je pensais que se serait le bon moment pour s'asseoir ensemble, fumer et apprendre à se connaître. Qu'en dites-vous ?
- Si vous insistez.
Chandra s'accroupit et sortie de son sac son matériel. Une fois tout installé, elle mit le charbon dans sa coupole et aspira une grande bouffée. Elle tendit le tuyau au nain :
- Voilà. Vous aspirez assez fort et souffler la fumée par la bouche pour commencer. Prenez du temps entre chaque aspiration.
Gimli aspira une grande bouffée et toussa :
- Par les tétons de mes ancêtres. Voilà qui vous met le feu à la gorge.
- Ne fumez pas tout. Ne soyez pas égoïste.
Chandra sourit et reprit le tuyau des mains du nain. Après une nouvelle quinte de toux, il se reprit :
- Bien maintenant parlez nous un peu de vous. D'où venez-vous ?
- Mon clan et moi étions des nomades, nous chassions pour nous nourrir et nous vêtir, parfois, nous vendions notre prise aux auberges que l'on croisait, même si cela était plutôt rare. Nous traversions le pays de long en large, mais quelque fois, il nous arrivait de rester plusieurs mois au même endroit surtout lors de cérémonie ou lorsqu'une des épouses devait accoucher.
- Vous étiez nombreux dans votre clan ?
- Nous étions un clan modeste. Il y avait le chef, mon père. En première épouse, il prit, Azba, elle était d'une grande beauté, mais il s'agissait plutôt d'un mariage arrangé. Ensuite, il épousa ma mère, Raghel, dont il était amoureux depuis l'enfance. Sa première épouse était souvent jalouse de l'amour qu'ils se portaient même si mon père la traitait toujours avec respect. Azba tomba vite enceinte et eu, en l'espace de quelque mois d'intervalle, un fils, Eotred, ainsi qu'une fille, Harda. Alors que la couche de ma mère restait stérile Azba se réjouissait d'avoir donné un héritier. Puis après plusieurs années, je suis arrivée, suivi six ans ensuite par ma jeune sœur, Titziri. Mon père nous aimait énormément et m'emmena souvent pister le gibier. Azba suspectait à tort que parce que nous étions les enfants de Raghel il nous préférait au siens. Aussi quand mon père s'engagea et mourut à la guerre Eotred pris le contrôle du clan. Elle mit ma mère en servitude et quelques mois après elle mourut. Sans doute d'épuisement.
Legolas, qui était resté un peu en retrait de la discussion, jeta un regard à l'humaine. De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête. Il examinait chacune de ses réactions mais ne distinguait aucunes émotions dans son regard, seulement une profonde lassitude. Il se trouva même à penser que son regard était semblable à celui des elfes las et nostalgiques, ressentant l'appel de la mer. Gimli reprit le tuyau et pris une bouffée :
- Mais vous. Comment en êtes vous arrivez ici ?
- On à voulu me forcer à épouser un homme que je n'aimais pas. Je me suis enfuit et par un concours de circonstance je me suis retrouvée à errer sur les routes.
- Cela à du être difficile. Vous nous aviez dit que votre clan fut tué par un monstre. Mais qu'est-il advenu de votre sœur ? Est-elle décédée elle aussi.
- Non elle survécut.
L'humaine marqua un temps :
- Mais cela c'est passée il y a longtemps. Elle est morte depuis.
Cette dernière phrase jeta un froid. Voulant changer de sujets Gimli commença à lui raconter leur dernière aventure. La découverte de l'anneau, l'embuscade de la Moria, les combats du gouffre de Helm, la victoire des Hobbits sur Sauron ainsi que le couronnement de leur ami. Chandra réfléchit un instant :
- Qu'est-ce qu'un Hobbit ?
Gimli faillit s'étouffer, Legolas regarda l'humaine avec un étonnement certain :
- Comment ? Vous n'avez jamais vu de Hobbit ? Ils font la taille d'un enfant, sont toujours pieds nus et ont une affection certaine pour la nourriture.
- Non, je n'ai jamais rencontré ce genre de demi-homme. En fait depuis cette fameuse guerre de l'anneau, comme vous l'appelez, les seules créatures que l'on rencontre par ici sont des Hommes, des orques et quelques fois des nains. Même si une fois sortie des grandes villes, il est difficile d'en croiser. Quant aux Elfes, ils ont pratiquement tous disparues de ce coté-ci du continent.
À ces mots, elle tourna son visage en direction du prince et soutint son regard. Puis se retournant vers Gimli, elle reprit un visage empli de malice :
- Enfin, vu ce que vous me racontez là tout cela est dû à l'évasion de ce Gollum. Les prisons elfiques ont l'air d'être un vrai gruyère.
Le nain rit de bon cœur, et même Legolas se surprit à esquisser un faible sourire. L'humaine jeta le cadavre du charbon, se leva et s'étira. Elle observa les étoiles faiblirent et reprit un ton sérieux :
- L'aube se lèvera dans quelques heures. Vous devriez en profiter pour dormir un peu. N'est-ce pas Gimli ?
- Hum. Et bien un peu de repos ne serait pas de refus.
Le nain s'allongea et tourna le dos au feu de camp. Il ne se passa pas longtemps avant que ses ronflements ne viennent troubler le silence ambiant. Le prince se leva lui aussi et vint se mettre au côté de l'humaine. Il engagea la conversation d'une voix neutre :
- Pour une humaine, vous ne dormez pas beaucoup.
- Qui vous dit que je suis humaine ?
Le ton employé était beaucoup trop sérieux pour laisser croire à une quelconque plaisanterie :
- Si vous n'êtes pas humaine alors qu'êtes-vous ? Une sorcière ? Un démon ?
- Peut-être un peu de chaque.
Cette fois, sa voix était pleine de tristesse. Un blanc s'installa entre les deux êtres. Chandra soupira, s'asseyant, elle fit signe au prince d'en faire de même. Elle sortit d'une poche un avis de recherche semblable à celui laissé à Legolas par les cavaliers et le fixa :
- Hier, vous m'aviez demandé de vous expliquer ceci. Quelqu'un me recherche et emploie de chasseurs de primes. Il veut se venger de quelque chose que j'ai fait, il a des années. Quelque chose d'horrible.
- C'est-à-dire ?
Chandra prit une grande inspiration et regarda les étoiles, y cherchant du réconfort. Legolas crut un instant percevoir une larme coulée furtivement sur son visage :
- Je vous ai dit que mon clan à été exterminé par un monstre. Et bien ce monstre, c'était moi.
C'est la fin du chapitre. J'espère que les découvertes ne vous ont pas trop déçues. Je vais continuer à fournir régulièrement des chapitres même si parfois l'inspiration tarde à venir. Ce qui m'énerve énormément surtout quand je veut écrire sans savoir quoi. Vos commentaires sont toujours les bienvenus, j'attend vos conseils et vos impressions.
Enfin j'aimerais savoir ce que vous imaginez pour la suite. Chandra est-elle vraiment la cause de la disparition de son clan? Pourquoi l'aurait-elle fait? Quel est le rapport avec l'homme qui la recherche? Legolas laissera t-il une meurtrière les guidés d'avantage?
Vous en saurez plus dans quelques temps. Je vous souhaite bonne nuitée et vous dit à la prochaine.
