L'humaine continua de se faire traîner sur plusieurs mètres, la corde autour de son cou lui infligeait une brûlure insoutenable. Essayant en vain de se dégager, elle se tortillait dans tous les sens. Elle vit Legolas au loin arriver en courant dans sa direction, s'arrêter avant de décocher une flèche. Cette dernière coupa la corde d'une traite libérant la jeune femme. Suffocante elle finit par se libérer de ses liens et jeta la corde elfique le plus loin possible d'elle, la maudissant, elle se frotta frénétiquement la gorge sentant les cloques commencer à apparaître, signe d'une cicatrice future. Elle toussa encore quand Legolas se mit devant elle, prêt à décocher de nouveau, la protégeant contre ses assaillants qui s'approchaient d'eux. Sept hommes leur faisaient désormais face sur leurs chevaux. Les sept cavaliers qu'ils avaient rencontrés il y'a de cela quelques jours avaient finit par la retrouver. Leur chef s'approcha alors que les autres entouraient le prince et l'humaine, leurs flèches pointées sur eux :

- Comme on se retrouve. Laisse-nous la fille l'elfe et nous te laisserons partir.

Chandra saisit un pan de la tunique du prince :

- Legolas, faite ce qu'il vous dit. Ils sont trop nombreux.

- Il en est hors de du formulaire

Legolas continua de menacer l'homme devant lui. Celui-ci ricana en levant le bras et alors qu'il allait donner l'ordre de décocher, l'humaine se releva en titubant. Elle suffoqua encore et se tenait le bras droit visiblement douloureux :

- Je me rends.

- Chandra que faites-vous ?

Elle ne lui répondit pas et se dirigea vers le mercenaire. Ses cavaliers toujours menaçant ne baissèrent cependant pas leur arc. Devant leur inertie, l'humaine se posta devant l'homme :

- Vous disiez que vous le laisseriez partir.

L'homme soupira de dédain :

- J'ai dit qu'il pourra partir. Je n'ai pas précisé en entier.

Alors qu'il empoignait l'humaine par les cheveux et lui nouait les mains à une corde reliée à la selle de son cheval, ses soldats lancèrent l'assaut et décochèrent leur flèche simultanément. Legolas les esquiva sans grandes difficultés mais lorsqu'il voulut visée le chef des mercenaires un des cavaliers lui fit dériver son tir. La flèche vint se planter dans le flanc du cheval. Paniqué, il désarçonnât son cavalier avant de partir au galop. Chandra, toujours attachée, ne pu rien faire pour l'arrêter. Dans sa course effrénée le cheval ne vit que trop tard le gouffre vers lequel il se précipita. Il tenta en vain de se freiner et entraîna l'humaine avec lui dans sa chute mortelle. Legolas qui assista de loin à la scène hurla son nom. Il fut rejoint par Gimli et ensemble ils prirent l'avantage sur les cavaliers. Une fois qu'ils eurent maîtrisé le dernier des mercenaires ils se précipitèrent au bord du gouffre. Ils ne distinguaient rien, pas même le sol, rien que de la brume. Aucun signe de leur guide, mais de toute façon comment aurait-elle put survivre à cette chute ? Alors qu'ils tentaient de retrouver une quelconque trace de l'humaine le chef des mercenaires, dernier survivant de ce massacre, se rapprocha en rampant, désireux de se venger d'avoir perdu sa proie. Visant la nuque de l'elfe il allait décocher une ultime flèche lorsqu'un corbeau émana du ravin, plana en sa direction et lui creva les yeux. Les deux compagnons se retournèrent dans sa direction et alors que l'homme se tordait misérablement dans la neige, tenant son visage et hurlait de douleur, le corbeau se posa dans la poudreuse. Il se mit à grandir et se métamorphosa lentement, devant leurs yeux écarquillés, en une jeune femme. Alors que les dernières plumes se rétractèrent à l'intérieur de son épiderme l'humaine se tenait à genoux et tentait de reprendre le contrôle sur sa respiration. Legolas s'approcha d'elle prudemment :

- Chandra ? C'est bien vous ?

La jeune femme redressa son visage et planta son regard dans celui du prince. Ses yeux n'étaient plus qu'un iris brun foncé. Peu à peu ils se rétrécirent et redevint une pupille laissant paraître leur couleur noisette d'origine. Elle se releva, chancelante, et s'approcha des deux compères. Gimli fut le premier à sortir de son état catatonique:

- Comment avez-vous fait cela ? Quel est ce prodige ?

- Ce prodige comme vous dites, est le « don » de Morgoth.

Legolas sortit lui aussi de sa stupeur :

- C'est de la magie noire.

L'humaine ne dit rien et détournait les yeux. En voyant le regard que lui portaient les deux hommes elle se sentait honteuse. Maintenant ils allaient comprendre véritablement ce qu'elle était, ils pouvaient désormais admirer le monstre en elle sans aucun filtre. Celui qui est condamné à ne subir aucun changement, qui est las de tout, allant jusqu'au tréfonds de la débauche afin de ressentir ne serait-ce qu'un semblant de sensation. Ce monstre qui cache la laideur de son âme viciée derrière un visage humain. Elle était décidée à les quitter lorsqu'une main lui agrippa le bras et la retint fermement :

- Lâchez-moi. Legolas, je vois votre regard et je sais ce qu'il signifie. Je ne peux pas changer ce que je suis.

- Qui vous le demande ?

Chandra écarquilla les yeux et se retourna. L'elfe n'avait plus les yeux remplis de peur et de question, Il posa sa main comme une caresse sur son visage et lui remis une mèche de cheveux derrière l'oreille :

- Vous n'êtes pas un monstre. Vous êtes juste différente.

La jeune femme ne dit rien. Elle se tourna simplement vers le cavalier aux yeux crevés. Il avait finit par succomber mais l'humaine savait que cela ne se terminerait pas là. D'autres allaient venir pour elle. Alors elle soupira :

- Je ne peux me résoudre à vous mettre en danger. D'autres comme eux viendront, peut-être plus nombreuse, peut-être mieux armée. Ils commencent à apprendre de mes points faibles.

- Alors venez avec nous. Si vous restez en mouvement ils auront plus de difficulté à vous retrouver.

- Et après quoi ? Votre plan était de retourner dans votre royaume n'est-ce pas.

- Vous pourriez nous y accompagner. Nous vous ferons visiter les terres de l'ouest. Avec un territoire aussi vaste ces hommes ne seront plus où chercher.

- Traverser la frontière. Cela serait une première.

- Réfléchissez-y tout de même.

Le prince et son ami retrouvèrent leurs montures et les enfourchèrent. Ils regardèrent l'humaine couper d'un coup sec la langue de chacun de ses assaillants, ne comprenant toujours pas cet étrange rituel ils l'interrogèrent du regard :

- La langue humaine est quelque chose de très prisée chez les alchimistes et autres apothicaires de la région. Une fois séchée elle possède de nombreuses propriétés curatives. Enfin c'est ce qu'il se dit.

Ils reprirent leur route. Le silence était pesant, l'elfe et le nain brûlaient de poser mille questions à leur guide sur sa transformation en corbeau mais ne savaient guère comment aborder le sujet sans que cela ne soit trop indiscret. Souriant de les voir ainsi se torturer elle mit un terme à leur trouble en les autorisant à lui poser toutes les questions qu'ils voulaient, Gimli ne se fit pas prié plus longtemps et débuta son interrogatoire :

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- Vous pouvez prendre l'apparence de n'importe quelle créature.

- Oui. Enfin pas immédiatement. Je dois d'abord l'observer. Apprendre d'elle comment bouger, comment sentir, comment penser. Pour avoir son extérieur il faut que je comprenne comment est son intérieur. Ensuite, je deviens lui. J'aime être un corbeau et pouvoir voler en toute liberté, devenir louve et courir dans la forêt ou encore errer dans l'ombre sous forme féline, même si la transformation est toujours douloureuse, dans un sens comme dans l'autre.

- Vous est-il possible de prendre l'apparence d'une autre personne ?

- Quelle étrange question messire naine. Je n'y avais même jamais songé. Voyons. Je n'apprends rien en étudiant un autre être humain, je suis déjà semblable à lui, à quelques détails près. Donc non, mon enveloppe charnelle humaine est la seule que je possède. Il en va de même pour les autres races humanoïdes. Sans compter que si je devais prendre l'apparence d'un elfe ou même d'une naine cela serait toujours moi, mais sous une autre race. Je ne peux substituer l'apparence de personne si c'est cela qui vous inquiète.

- Loin de moi cette idée mais je dois avouer que vous feriez une naine d'une grande désirabilité. Belle et forte.

Chandra rougit faiblement à ce compliment. Elle remarqua que l'elfe fixait son compagnon avec une lueur sombre dans les yeux. Elle se mit à sourire en s'imaginant qu'il aurait pu s'agir d'une quelconque marque de jalousie s'il n'était pas aussi peu à l'aise avec les relations charnelles:

-Et surtout la barbe vous irait à merveille.

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Le visage de l'humaine se décomposa subitement en entendant les derniers mots du nain. Celui du prince s'illumina et il ne put s'empêcher d'étouffer un rire. Ils continuèrent leur route dans cette ambiance bon enfant. Gimli monopolisait une grande partie de la discussion, racontant avec enthousiasme sa jeunesse ainsi que la participation de son père à la reconquête d'Erebor. Chandra l'écouta attentivement mais lorsque le nain se mit à décrire le dragon comme son père le lui avait décrit elle ne pût s'empêcher de soupirer. Gimli remarqua son désappointement :

- Vous semblez contrariée. Aurais-je dit quelque chose ?

- Il n'en est rien. Je regrette seulement de ne pas avoir eu la chance de rencontrer une telle créature.

- Barbe la barbe de mes aïeux avez-vous donc perdu l'esprit ? De tel monstre ne mérite qu'une chose : le trépas.

L'humaine s'arrêta, fixant le sol :

-C'est ce que vous auriez dit de moi en d'autre circonstance.

Sa voix n'était pas tremblante. Elle n'était ni triste ni même en colère, elle était simplement réaliste. Elle savait pertinemment que les gens la percevaient ainsi, sombre, macabre, malsaine peut être. Ils n'étaient jamais totalement à l'aise avec elle depuis sa transformation et cela sans même en connaitre précisément la raison. Mais après sa furie vengeresse elle savait qu'elle empestait la mort ainsi elle était toujours compréhensive de la gêne qu'elle occasionnait. Aussi elle se ressaisit, le voyage allait durer encore quelques jours autant les rendre aussi agréables que possibles. Elle inspira un grand coup et feint léger sourire avant de retourner au-devant de leur compagnie :

-Quoi qu'il en soit le soleil ne va pas tarder à décliner et vos montures peinent à se mouvoir dans la neige, nous devrions chercher un endroit où passer la nuit. Il me semble qu'un peu plus bas il y a un petit village d'une vingtaine d'occupant. C'est plus un ensemble de fermes, ils nous accueilleront pour la nuit contre quelques pièces.

Le reste du voyage se fit dans un calme religieux. Gimli était toujours mal à l'aise de sa réflexion et souhaitant se faire oublier il resta en retraite de l'humaine. Legolas se mit aux côtés de cette dernière et décida d'engager la conversation :

-Chandra puis-je vous demander une chose ?

-Je vous écoute Princesse.

-Ne m'appelez pas princesse. J'aimerais savoir si vous avez des rêves, des buts dans votre vie.

-Non.

-Vous n'avez même pas pris un instant pour réfléchir.

-Parce que je n'aie pas à y réfléchir simplement. Ce n'est pas comme si j'avais une vie de toute façon. Je fais des petits boulots à droite à gauche histoire de me faire un peu d'argent mais ça s'arrête là.

-Et avant ?

-Barde. J'aurais aimé devenir barde. Explorer le monde, visiter les villes, rencontrer de nouvelle personne et chanter pour les distraire, leur faire un peu oublier leurs problèmes, partager leurs joies et tromper leurs tristesses. Les soulager.

-C'est une noble pensée.

-Et vous ?

-Moi ?!

-Oui vous. Si vous n'aviez pas été prince qu'auriez-vous aimé faire ?

-Je ne me suis jamais posé la question mais je gage que je ne pourrais rien envisager de meilleurs que ma situation actuelle.

-Vous ne jouez pas le jeu l'elfe.

L'humaine fit mine de bouder. Le prince éclata d'un rire clair et franc :

-Vous n'êtes pas comme les autres elfes, enfin vous l'êtes moins qu'avant.

-Comment cela ?

-Vous voyagez avec un nain pour commencer, ensuite vous semblez être plus humain ces derniers temps. Vous montrez des sentiments.

-Vous avez connu beaucoup d'elfe ?

-Après avoir effectué ma vengeance je ne savais pas où aller ni quoi faire. J'étais sale, nue, pleine de sang et j'errais dans la plaine près de montagnes. C'est là que je les ai trouvés, enfin ce sont plutôt eux qui m'ont trouvée. Ils m'ont emmenée dans leur ville, creusée dans la roche par une ancienne colonie de nain disparut. Ils vivaient dans l'obscurité et voyaient rarement la lumière du soleil. Leur peau était tellement pâle qu'elle me semblait transparente, ils étaient presque aveugles mais avaient une ouïe exceptionnelle et un sixième sens incroyable. Ils m'ont laissée vivre avec eux pendant de nombreuses années mais leur présence me devenait de plus en plus difficile à supporter. De ce fait je suis partie. Quelque temps plus tard lorsque je suis revenue tous avaient disparu, sans laisser aucune trace.

-Pourquoi les avoir laissés ?

-Je devais partir pour me retrouver, voyager. Ils étaient très gentils et attentionnés mais je m'ennuyais et commençais à devenir folle dans cette cité. Côtoyer des elfes ce n'est pas vraiment pour moi.

-Pourtant nous voyageons ensemble.

-C'est parce que vous êtes seul que je le supporte. Mais disons que c'est un des effets secondaires de ma malédiction. Le simple contact d'une corde, d'un bijou ou même d'une lame elfique suffit à me causer des brûlures. Voyez par vous-même.

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La jeune femme montra son cou, là ou la corde du mercenaire l'avait saisi demeurait une trace rouge parsemée de quelques cloques commençant à cicatriser :

-Ce n'est plus vraiment douloureux ne vous en faites pas.

-Cela le semble pourtant.

L'humaine remit en place son col :

-Comme toute blessure elle finira par guérir.

-Toutes les blessures ne cicatrisent pas.

-C'est exact. C'est pourquoi il faut se forcer d'oublier.

Alors qu'ils continuèrent à discuter un village se dessina en contrebas. Une épaisse brume recouvrait les quelques habitations, le soleil brillait encore timidement pourtant le village semblait désert. Seuls les bruits des quelques cochons et des vaches dans les étables rompait le silence. Un chien maigre et maladif passa devant eux sans même les regarder, la tête basse et la queue entre les jambes il s'engouffra dans une grange à moitié brûlée. À bien y regarder, la plupart des bâtiments étaient en ruines, calcinés. Les voyageurs se dirigèrent vers une bâtisse encore partiellement fonctionnelle. Alors que les deux compères descendirent de leur monture l'humain frappa doucement à la porte qui menaça de s'écrouler. Le prince s'approcha:

-Chandra, êtes-vous sûr que c'est ce village ? Il me semble en bien mauvais état.

-Il n'était pas dans cet état la dernière fois que je suis venue.

-Cela remonte à combien de temps.

-Je viens rarement dans cette région, disons une bonne dizaine d'années maintenant.


Me revoilà après tout ce temps, désolé mais entre mon hospitalisation, la rééducation, mon déménagement et mes études je commençais à manquer de temps pour écrire.

Maintenant que tout est en place je posterais sans doute plus souvent surtout que les prochains chapitres sont déjà écrit.

Bref j'espère que vous avez apprécié ce chapitre et mettez moi une review pour que je sache si je dois modifier certains point.

Bisous.