Deux chapitres le même jour! Je trouve ça trop frustrant de publier que le prologue et de vous laisser vous débrouiller avec. Ce n'est pas la meilleure stratégie de marketing ^^.
Pour les disclaimers c'est toujours pareil : Twilight, Stephanie Meyers, bla bla bla...(reportez-vous aux notes du prologue si ça vous intéresse vraiment, ce dont je doute...)
Sinon, j'ai respecté le système scolaire américains avec les périodes et les notes et aussi les matières enseignées. Pour ne pas vous perdre trop j'ai gardé le nom français pour les niveaux, c'est à dire, pour le lycée américain, de la troisième à la terminale. S'il y a une quelconque confusion, n'hésitez pas à me demander.
Bonne lecture !
« Qui. A. Vidé. Mon. Gel ? Se retint d'hurler Leo, tenant dans ses mains les reliques de son tube de produit désormais inutilisable».
Polly, sa petite sœur de dix ans s'avança dans la salle de bain les yeux bouffis de sommeil. A sa suite, Theo, aussi peu réveillé que sa sœur –ils n'étaient pas jumeau pour rien- se frottait les paupières en baillant.
« Sortait de là les mioches, c'est mon tour ! »
Son ordre fut totalement ignoré et Polly s'empressa d'aller aux toilettes tandis que Theo se tortillait assit sur le rebord de la baignoire. Leo, découragé se tourna vers la fillette assise sur la cuvette :
« Aucune intimité dans cette baraque… bon sérieux Polly, c'est toi qui a utilisé mon gel ?
- Tatiana allait à un gala de charité pour tuer Action Man, elle devait être présentable, lui répondit-elle en cédant la place à son frère.
- Tuer Action Man ? Vraiment, et elle ne pouvait pas faire ça les cheveux attachés ? Pesta-il, impuissant face à tant de franchise».
Ollie arriva en chantonnant et se plaça face au miroir après avoir embrassé Theo et Polly. Elle poussa Leo de sa hanche et s'examina minutieusement dans la glace.
« Mais c'est pas vrai ! Finit par exploser ce dernier. Vous le faites exprès, ce n'est pas possible !
- Écoute mon coco, il n'y a qu'une seule salle de bain donc résigne toi. Tu verras ça ira beaucoup mieux. Et ne me dit pas que tu as besoin d'intimité, je te rappelle on prenait nos bains ensemble.
- Quand on était petit !
- Je t'ai déjà vu nu un million de fois, ne fait pas ta chochotte, répliqua-t-elle en se parfumant.
- Mais ce n'est pas une raison, merde !
- Un dollar, asséna Theo en le pointant du doigt.
Les deux aînés se tournèrent vers lui et éclatèrent de rire. La discussion s'éteignit dans le brouhaha du matin et leur père leur cria de descendre pour les déposer en cours. La petite troupe grimpa dans la voiture, engloutissant les restes de leur petit-déjeuner et se serrant pour faire rentrer les sacs.
« A ce soir papa, lui lança Ollie, alors que Leo avait déjà bondit hors de l'auto pour rejoindre ses amis devant le lycée.
- Attend, lui dit son père en baissant la fenêtre, mamie vient dîner à la maison ce soir, tu pourras aller chercher les jumeaux ?
- Pas de souci, bisous ! »
Elle fit claquer ses talons sur le bitume du parking et s'enfonça dans le flot d'élèves. Elle se dirigea vers son casier et croisa Ryan qui l'y accompagna en déblatérant sur son weekend et la dernière mise à jour de League of Legends. Elle rit quand il lui raconta sa défaite humiliante face à un certain Exterminateurdetatronche_30245 et ils se séparèrent devant sa salle de cours. Elle se glissa à côté de Jill qui semblait extrêmement concentrée sur ce qu'elle rédigeait sur des feuilles en pitoyable état.
« Tu fais quoi ?
- J'ai oublié le devoir d'histoire, grogna-t-elle sans se détourner de sa feuille.
- Tu veux mes notes ? »
L'espoir brilla dans les yeux de Jill :
« Tu ferais ça ? Tu es la meilleure, merci, merci, merci !
- Je sais, je sais, dit Ollie en exagérant son mouvement de cheveux. »
La sonnerie retentit et le professeur entra dans la salle tandis que l'agitation, les bavardages et les mastications céréalières de dernières minutes rebondissaient contre les murs.
...
Jill et Ollie retrouvèrent Caleb et Ryan à leur table habituelle au milieu du self avec d'autres connaissances de leurs cours respectifs. La salle était pleine à craquer et aussi bruyante que le reste de l'année. Les deux jeunes filles posèrent leur plateau et entamèrent leur repas en compagnie des garçons qui entreprirent de leur raconter en détails le premier cours du nouveau jeune professeur de santé.
« Et là, Katelyn a demandé quels étaient les risques qu'elle tombe enceinte si elle le faisait contre une porte après trois joints et deux bières, dit Ryan en mimant la voix de la jeune fille.
- Il est devenu tout blanc, puis rouge, puis bleue. J'ai cru qu'il allait faire une attaque et je me suis levé pour me préparer à le rattraper s'il tombait. Massage cardiaque, bouche à bouche, tout y serait passé ! renchérit Caleb en grignotant une fritte.
- Mais t'es complètement malade, lui dit Jill qui riait aux éclats
- Il aurait été tellement impressionné par mes compétences qu'il m'aurait foutu un A+ direct !
- Il aurait été dans les pommes, comment aurait-il pu admirer tes capacités pulmonaires ? demanda Ryan en lui jetant une serviette »
Ollie s'étouffa avec sa bouteille tellement elle riait. Jill tapa dans le dos de son ami, secouée de hoquets. Elle essuya une larme en toussant un bon coup.
« Eh bien, c'est le prof qui te fait cet effet ? l'interrogea Caleb en souriant.
- T'es con ! dit-elle en secouant la tête. »
Elle sentit le banc s'ébranler quand Miranda s'affala à côté d'elle.
« Salut, souffla-t-elle, je meurs de faim ! La prof de psychologie est une vraie garce, je la déteste.
- Qu'est-ce que tu as fait cette fois ? se renseigna Ollie en poussant son plateau pour lui faire de la place.
- Mais rien du tout ! C'est juste que ma tête ne lui revient pas ! Je suis plus intelligente qu'elle et ça la fait crisser !
- En gros, tu lui as encore fait une réflexion sur son cour, constata Jill.
- Ce n'est pas de ma faute si elle n'est même pas capable de différencier Pavlov et Thorndike, grommela Miranda en massacrant sa salade. »
Ollie lui tendit son dessert, compatissante.
« Madame Duncan est juste frustrée, elle a jamais eu de copain et finira vieille fille à vivre avec des chiens au fin fond de la réserve. »
Ses amis approuvèrent ses dires, essayant de remonter le moral de Miranda. Elle les remercia d'un pauvre sourire et finit par soupirer :
« Vivement que je me barre de ce trou paumé.
- Bien dit, approuva Jill pour clore le sujet. »
Elle se replongea dans ses feuilles de cours alors que les garçons entreprenaient une dangereuse construction faite en boulettes de serviettes huileuse sous le regard dégouté d'Ollie.
« Tu fais quoi depuis tout à l'heure ? demanda Miranda à son amie, en finissant son assiette.
- On a un devoir à la sixième période en histoire et j'ai complètement oublié, lui répondit Jill.
- Rassure-moi, tu compteras te mettre à bosser pour l'année prochaine? »
Jill releva la tête et lui sourit :
« Mais oui, je veux absolument obtenir mon diplôme. Hors de question que je redouble.
- Ses parents ne risqueraient pas d'apprécier, fit remarquer Caleb, ses mains tentant de poser délicatement le toit d'une des tourelles.
- C'est bon, lâche moi Caleb ! Et puis vous pourrez m'aider pendant les vacances pour me remettre à niveau les filles, demanda Jill en se tournant vers Ollie ».
Cette dernière approuva et parvient à convaincre Miranda qui rechignait, arguant qu'elle aussi avait beaucoup de travail pour préparer sa dernière année. Elle était décisive pour tous et même si ce n'était que dans huit mois, un vent de panique soufflait déjà parmi les élèves de première. Enfin pour ceux que ça intéressait vraiment. Les autres ne semblaient pas vraiment concernés ou ne voulaient pas l'être, de peur d'espérer. C'était tellement difficile de sortir de la misère dans laquelle ils pouvaient être plongés à la réserve, de briser le cocon rassurant que la petite communauté pouvait offrir…
Le groupe d'amis se leva pour déposer leurs plateaux tout en continuant de bavarder tranquillement. Ryan, tourné vers Ollie, ne vit pas un jeune homme lui couper la route et le bouscula de l'épaule. Il voulut s'excuser mais le géant -il devait bien plafonner à un mètre quatre-vingt-dix-huit- lui jeta un regard hargneux et lui balança à la figure :
« Tu ne peux pas regarder où tu marches, bouffon ! »
Et sur ces belles paroles, il continua de tailler sa route, rejoignant deux autres garçons, aussi grands que lui, devant les doubles portes de la cafétéria derrières lesquelles ils disparurent. Ryan était resté bouche-bé et c'est la virulence de Miranda qui le fit sortir de sa léthargie.
« Mais quel connard ce mec, sérieux !
- Rouleur de mécanique de mes deux ! ajouta Ollie en rangeant son plateau sur le chariot métallique.
- N'empêche mec, tu aurais pu réagir, dit Caleb en prenant le plateau des mains de Ryan et en le faisant passer à Ollie.
- Il est sortit de nul part! C'est moi la victime, un peu de compassion mec!»
Ils quittèrent la salle et se retrouvèrent dans le couloir
« Laisse tomber, tu n'aurais rien pu faire. Tu as vu sa taille ? fit remarquer Jill, étrangement raisonnable, ce qui ne manqua pas d'interpeller ses amis qui s'arrêtèrent.
- Qu'est ce qui t'arrive ? demanda Caleb soupçonneux. D'habitude tu es la première à défoncer ceux qui t'insultent.
- Non mais les gars, c'était Jared Cameron !
- Celui qui traîne avec Uley ?demanda Ryan perplexe.
- Il n'était pas comme ça l'année dernière, observa Ollie.
- Exact ! M'est avis qu'un truc pas net s'est passé. Il ne peut pas avoir pris cinq kilos de muscle en quelques mois, dit Miranda en fronçant les sourcils.
- Cinq kilos t'es gentille ! J'aurais plutôt dit dix voir quinze, s'écria Caleb en riant ».
Ils sortirent dehors et allèrent s'asseoir sur un muret malgré le vent qui commençait à se lever. Ryan alluma une cigarette pour se réchauffer et après avoir tiré une taffe et l'avoir passé à Jill, déclara :
« Peut-être qu'il a fait beaucoup de sport. Lahote semble être dans la même situation de, comment on dit, dédoublement musculaire ? Ils s'entraînent ensemble, qui sait. »
Miranda tira sur la cigarette et ricana :
« Les stéroïdes, il n'y a que ça de vrai !
- Il est possible qu'ils soient tombés dans un délire de bodybuildeurs, dit Ollie en prenant la cigarette. J'ai vu ça à la télé avec Leo, c'est horrible : ils ont les trapèzes super gonflés, des toutes petites têtes et ils meurent tous vers trente ans à cause de leur cœur qui explose. Littéralement. »
Elle souffla la fumée et tendit la cigarette à Caleb qui la regardait avec horreur.
« Mais c'est dégueulasse ! Genre, il y a des bouts de cœur partout, à la Massacre à la tronçonneuse ?
- Autant c'est des mafieux, intervint Jill en pleine réflexion. Ça parait logique Sam est le boss et eux les larbins qui exécutent les ordres. Ils ont dû former un réseau à travers toute la réserve, peut-être même qu'il s'étend jusqu'à Forks. »
En même temps que leur imagination s'enflammait, le froid paraissait s'atténuer. Ils étaient derrière l'unique bâtiment qui constituait le lycée de la Push, face au stade d'athlétisme et ils apercevaient la forêt qui s'étendait au-delà. Elle était visible de n'importe où, puisque la réserve était située à proximité, pour ne pas dire dedans. A l'exception de quelques courageux qui avaient entamé une partie de football et d'un petit groupe, à leur image, qui discutaient en fumant, la cour était déserte.
« Franchement, ils iront pas bien loin, dit Miranda. Il n'y a rien ici.
- C'est clair, ajouta Ollie, à moins qu'ils ne fassent pousser de la marijuana dans leur chambre.
- N'empêche, leurs rêves doivent être vachement cool, dit Caleb en finissant la cigarette. »
Il se fendit d'un sourire et contamina rapidement le reste de ses amis qui finirent par éclater de rire dans le froid de janvier.
...
« Mamie ! s'écria Polly en se jetant dans les bras de la vieille femme qui lui souriait.
- Polly ! Ta veste, l'interpella sa sœur qui tenait toujours la porte pour laisser entrer Theo emmitouflé dans son ciré. »
Le vent s'était définitivement levé et les gros nuages sombres qui s'accumulaient à l'horizon présageaient une nouvelle averse. Ils avaient dû se courber contre le vent en rentrant de l'école où Ollie était allée chercher les jumeaux.
« Tu es déjà là mamie ? S'étonna Ollie en refermant la porte et en ôtant son bonnet. Papa m'a dit que tu ne venais que ce soir pour dîner.
- J'avais envie de vous voir mes amours, lui répondit-elle en serrant les jumeaux dans ses bras. »
Leona Koo était incontestablement l'une des femmes âgées les plus belles qu'Ollie n'ait jamais vues. Bien qu'elle vienne leur rendre visite presque tous les jours, la jeune fille était toujours impressionnée par l'aura qu'elle dégageait. Leona Koo était particulière, cela se voyait dès le premier coup d'œil. Ses long cheveux d'un blanc éclatant étaient tressés et ramenés en une coiffure compliquée qui faisant ressortir d'autant plus sa peau mate et ses origines indiennes. Elle portait d'ailleurs en permanence des tas de bijoux, colliers, bracelets, boucles d'oreilles, bagues, en métal, en cuir, en cordages, ornés de pierreries bariolées, de plumes, de bois peint. Lorsqu'elle se déplaçait avec cette grâce incomparable qui ajoutait à son charme, c'était comme si des centaines de grelots dansaient. Ses grands yeux noirs brillaient d'un éclat shamanique qui fascinait sa petite-fille depuis sa plus tendre enfance. Leona Koo était tout simplement incroyable.
« Je m'occupe des petits ma chérie. Ne t'inquiète pas.
- Merci mamie, lui dit Ollie en déposant un baiser sur sa joue douce qui embaumait l'orange et le caramel. »
Elle grimpa les escaliers, laissant les jumeaux aux bons soins de leur grand-mère. Elle les entendait dans la cuisine, Theo et Polly réquisitionnés pour aider aux préparatifs du repas. Elle jeta son sac dans un coin de sa chambre, avant de se laisser tomber sur son lit en soupirant d'aise. Elle avait retiré ses talons et remuait ses doigts de pieds, endoloris après avoir été comprimés toute la journée. Ollie n'irait pas jusqu'à dire que c'était une torture qu'elle s'infligeait volontairement, mais presque. En même temps, elle n'avait pas trop le choix. Sa petite taille ne lui permettait pas de porter des chaussures plates et puis elle adorait celles à talons. Surtout lorsqu'elles brillaient. Elle en avait d'ailleurs une bonne dizaine, enfermée soigneusement dans leurs boites et rangée dans son armoire où chaque jour elle aspergeait de son parfum préféré son tiroir à sous-vêtements. Pour le reste, elle déposait des minuscules savons vanille-coco sur ses piles de vêtements ou dans les poches de ses vestes suspendus à des cintres en bois patiné. Elle aimait beaucoup sa chambre qu'elle avait décorée avec l'aide de son père quand ils s'étaient définitivement installés à La Push. Leo aussi avait la chance d'occuper une chambre individuelle au contraire des jumeaux qui partageaient la leur. Son père dormait dans une pièce au rez-de-chaussée qui était un ancien débarras, complètement remis à neuf avec l'aide de ses amis.
Nathan Koo rêvait d'une maison plus grande pour sa famille mais il n'en avait pas les moyens. Celle-ci avait, en outre, était financée en partie par sa mère qu'il n'avait pas encore fini de rembourser. Ollie les avait entendus discuter le matin du Noël passé. Son père s'était mis en colère contre Leona qui lui avait tendus un chèque. Elle ne se souvenait plus exactement de ce qu'ils s'étaient dits mais une phrase de son père l'avait marquée : tu me crois aussi incapable et désespéré, c'est ça ? Cela l'avait attristé et elle avait rejoint ses frères et sa sœur dans le salon, occupés à jouer avec leurs nouveaux cadeaux, ne voulant pas en écouter d'avantage.
Elle secoua la tête, chassant ce souvenir de son esprit et se décida à finir son devoir d'anglais et ses exercices de mathématiques. Leo était déjà rentré et elle le vit traverser le couloir pour gagner la salle de bain. Ollie soupira et s'arracha à son édredon en plume avec regret. Elle déballa ses affaires sur son bureau et entreprit la rédaction de son étude sur les héros antiques et leur influence dans la littérature anglophone. Elle aimait beaucoup l'anglais et Monsieur Azzado était un professeur génial. Certes il avait tendance à s'enthousiasmer un peu trop lorsqu'ils lisaient de la poésie mais cela faisait partie du personnage. Tous ses élèves de la troisième à la terminale, l'adoraient. Il avait cette manière de rendre tout plus vivant et intéressant qui l'avait fait élire le professeur le plus cool du lycée et à l'unanimité. Pour ne rien enlever à toutes ses qualités il était très mignon, ce que ne manquait pas d'appuyer Jill à chacun de ses cours. Même Miranda était tombée d'accord avec elles sur ce point, chose assez rare pour être soulignée. Miranda ne s'intéressait pas tellement à la gente masculine.
Ollie planchait encore sur ses exercices de trigonométrie, avec une certaine paresse, quand elle entendit son père rentrer. Une délicieuse odeur de cuisine montait jusqu'à ses narines depuis une bonne heure et son ventre gargouillait à n'en plus pouvoir. La voix de sa grand-mère la tira de son supplice arithmétique et c'est avec joie qu'elle abandonna ses études pour descendre dîner. Comme chaque fois que Leona Koo rendait visite à son fils, la nourriture était excellente et l'humeur joyeuse de la vieille dame rayonnait dans la pièce.
Dehors, la pluie tombait en grosses goûtes, noyant le paysage.
