Notes d'auteur : Il n'est pas nécessaire de lire ce chapitre si vous avez lu l'histoire originale jusqu'à ce point.


Affirmation de l'Hypothèse, partie 4


X


Shikamaru ne se considérait pas comme étant foncièrement plus intelligent que la moyenne (bien qu'il avait l'impression qu'il avait tendance à se servir un peu plus de ses facultés cognitives que les autres personnes de son âge) mais plutôt comme une personne privilégiant l'efficacité avant tout. S'il jugeait un cours à l'Académie inutile, il n'hésitait pas à y soustraire sa présence de celui-ci. Néanmoins, le problème, était que ses parents, comme ses professeurs, ne semblaient pas être du même avis que lui. Ils paraissaient même plutôt enclins à faire de sa vie un calvaire.

Shikamaru se demandait ce qu'il y avait de plus satisfaisant au final que de juste s'allonger sur l'herbe rase du dehors et de regarder paresseusement les nuages voguer dans un ciel ensoleillé. Lorsqu'il avait essayé d'expliciter ce point de vue à sa mère, celle-ci lui avait immédiatement répliqué par deux coups de claque dans la tronche, en lui hurlant qu'il serait avisé de ne pas redire de telles sottises devant elle la prochaine fois qu'il penserait à telles inepties.

Ce fut à partir de ce moment que Shikamaru perdit toute foi en la gente féminine et aussi envers tous les adultes d'une manière générale.

Néanmoins, mise à part ces quelques moments de frustration, son enfance avait été très calme. Son père jouissait d'une place prépondérante auprès du Haut Conseil du village, en tant qu'ancien ami du Yondaime et stratégiste de guerre. Ayant grandi dans cet environnement naturel, empli d'air pur et de verdure, l'esprit de Shikamaru s'était éveillé très tôt à la créativité. Les jeux constants que lui soumettaient son père lui avait permis de développer une logique sans faille. Après tout, comme le disait souvent celui-ci, un Nara qui ne pensait pas était un Nara mort.

S'il y avait une quantité affreuse de choses qui le faisait hausser les sourcils ou le faisait soupirer d'exaspération, à l'inverse, Shikamaru était un garçon possédant de nombreux centres d'intérêt. Son éducation, promulguée par son père, Shikaku, n'y était probablement pas pour rien. Les soirs passaient à le défier sur différents types de jeux de plateaux avaient posé le fondement de sa personnalité. Bien que le jeu plus commun sur lequel son père et lui s'affrontent était le souvent Shogi, il n'était pas rare qu'ils expérimentent d'autres types de jeux un peu plus orthodoxes, que le commun des mortels auraient défini comme « obscurs ».

Ce fut par ce biais que Shikamaru découvrit que son père était en réalité très proche avec un groupe d'artisans, spécialisé dans la confection de ces jeux, qui étaient bien souvent réalisés à sa demande. Son père paraissait avoir une passion éperdue pour tout ce qui avait affaire de près ou de loin à des puzzles ou des exercices de logique, passion qu'il avait transmise d'une certaine manière à son fils. Il fallait dire qu'être le commandant en chef de la force armée la plus importante du monde donnait droit à certains avantages, comme une somme conséquente d'argent qu'il recevait mensuellement. Shikaku n'hésitait pas à le dépenser sans compter, au grand damne de son épouse Yoshino.

Shikamaru ne savait vraiment pas si c'était exclusivement par déformation professionnelle ou par réelle passion que son père s'adonnait à cette activité, mais il restait tout de même que le garçon n'était jamais arrivé à vaincre son père quelque soit la situation ou l'exercice. Shikaku n'arrêtait pas de le narguer sur ce point d'ailleurs, en affichant son éternel air moqueur et soufflant que son fils avait probablement échoué au jeu de la génétique pour rester « aussi nul », malgré l'entraînement quotidien qu'il recevait de sa part. Des jeux de cartes, aux jeux de rôle puis aux jeux de plateaux, suivis de décodages de systèmes de chiffrements, son père lui remplissait ses journées jusqu'à qu'il en ait une overdose — et cela faisait partie des raisons pour lesquelles il était toujours épuisé lorsqu'il se rendait à l'Académie.

Au final, le seul jeu où il arrivait à affronter son père à armes égales fut le Shōgi, avec ses règles figées dans le temps. Shikaku était féru de déclamer que son fils n'était qu'un exécutant et qu'il ne serait jamais à même de concevoir de nouveaux problèmes, de nouvelles façons de penser ou même de nouveaux algorithmes pour traiter ces mêmes problèmes ou optimiser ces mêmes façons de penser. Shikamaru s'était dès lors fixé deux objectifs dans la vie ; faire rabattre le caquet à son père et faire rabattre le caquet une deuxième fois à son père.

Dans cette optique, le garçon passa ses journées à sécher pour réfléchir aux différentes stratégies qui lui permettaient de vaincre son père à ses jeux. Shikamaru remplissait les conditions minimums qui lui permettaient de valider tous ses modules avec la moyenne, considérant que cette étape dans sa vie n'était qu'un intermédiaire et qu'elle ne refléterait pas sa qualité de savait que même s'il se tuait à la tâche, il ne pourrait être diplômé qu'un an au plus par rapport au cursus classique. Quel était donc l'intérêt pour lui donc de faire des efforts ? Comme il n'avait pas la réponse à cette question, il considéra donc celle-ci caduque d'office. De cette conclusion, il avait décidé de poursuivre sa vie dans son indolence coutumière.

Du fait qu'il ne venait quasiment jamais en cours, il n'avait que très peu d'amis dans sa promotion. Le seul qu'il connaissait réellement était Choji, un petit garçon un peu enveloppé, qui appartenait au noble clan des Akimichi — dont il en était l'héritier légitime soit-disant passant. Du fait de la proximité historique de leurs deux clans respectifs, Shikamaru s'était lié très tôt à lui, si bien qu'ils devinrent rapidement inséparables. Ils leur arrivaient aussi de côtoyer souvent une dénommée Ino, que Shikamaru considérait personnellement comme irritante.

Le Nara se demandait si c'était la formation que suivait les Kunuichi qui les forçait à devenir des clones juste conçus pour lui tirer constamment les oreilles mais Shikamaru arrivait à déceler sans peine un brin de ressemblance entre la blonde et sa propre mère. Elles trouvaient toujours quelque chose à redire au sujet de son comportement, alors que Choji lui ne souffrait jamais de telles reproches. Non pas qu'il était jaloux de son ami, ni qu'il était superstitieux par ailleurs mais il avait souvent l'impression que le destin était parfois injuste envers lui, notamment dans les relations qu'il entretenait avec ses proches.

Il avait le sentiment d'appartenir à une espèce complètement différente par rapport aux autres personnes de son âge. Il blâmait ça sur le compte de son père. Lorsqu'il lui demanda son avis sur la question, celui-ci lui répliqua avec désinvolture qu'il se faisait juste des idées et qu'il n'avait rien avoir avec ça, propos accompagné d'un sourire tout aussi désabusé que du reste de sa posture.

Par ce biais, ayant considérablement peu de proches, Shikamaru avait toujours forgé chacune de ses relations avec un profond sérieux. Par conséquent, cela l'embêtait grandement lorsqu'il voyait Choji rater quelques uns de ses examens et se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de sa carrière de ninja. Le petit Akimichi n'hésitait pas à le suivre dans toutes ses escapades, ce qui impliquait également les séances de cours passées à observer le ciel à l'extérieur au lieu qu'assis sur les sièges de l'amphithéâtre à écouter Iruka palabrer.

Comme la dernière chose que désirait Shikamaru fut d'être une influence pernicieuse pour son ami, pour réparer un peu ses fautes, il l'aida souvent à faire ses devoirs. C'est ainsi que Shikamaru réalisa qu'il était toujours plus amusant de s'y prendre à deux pour réfléchir aux questions que les professeurs leur donnaient. Le Nara se demandait même si la formation ne forçait justement pas une certaine entraide entre les élèves, mais si c'était le cas, le garçon ne pouvait inférer ce sous-entendu avec certitude.

De la même façon, si Shikamaru était doué pour tous les exercices priorisant l'esprit sur le corps, il était au contraire moins prou à tous ce qui avait un rapport avec de l'activité physique. Et comme une bonne partie des cours incluait une mise en pratique sur le terrain, Shikamaru était toujours à la traîne, si ce n'était le dernier de file. C'était à ces moments là que Choji lui rendait la pareille en lui conseillant sur les formes à prendre pour réaliser ses katas, ou bien sur les étirements indispensables, avant et après échauffement, pour ne pas qu'il soit rendu complètement inopérant le lendemain du fait de ses courbatures.

Shikamaru reconnaissait la logique et la sagesse dans les propos de Choji, qu'il devrait mettre un certain effort à entraîner son corps comme il le faisait avec sa tête. Toutefois, quelque chose à l'intérieur de lui le poussait à ne rien faire pour évoluer de ce côté là. C'était un problème inhérent à sa personnalité. Et comme il voyait toujours les choses sous l'angle qui lui paraissait le plus optimal, il savait qu'entraîner son corps ne vaudrait le coup que s'il passait sa vie entière à le faire. Or, Shikamaru savait très bien que le Taijutsu n'avait jamais été le fort de sa famille, ni que les Nara étaient connus pour leur style de combat. Ils ne disposaient pas non plus de capacités héréditaires qui auraient pu renforcer ce côté là. Ce fut la raison pour laquelle il ne s'investit jamais réellement à devenir plus fort, au delà de simplement valider les minimas d'aptitude.

Ses parents lui avaient enseigné très jeune l'art de manipuler les ombres. Ces séances obligatoires n'étaient pas particulièrement agréables à suivre mais il fut assez fier du résultat puisqu'au final, il avait réussi, avant même d'entrer à l'Académie, à apprendre la technique de base de son clan, qui consistait en une sorte d'étreinte immobilisant une cible en utilisant sa propre ombre. Une partie de ce succès vint aussi de l'intérêt qu'avait suscité son père chez lui pour l'apprendre, en évoquant tous les avantages tactiques d'un tel jutsu. À l'image de pions sur un plateau d'échecs qui maintenait une zone d'influence via leur disposition, pouvoir obliger les ennemis à se mouvoir selon un certain échéancier pouvait se retrouver rapidement satisfaisant au combat. En soi, cette technique n'était pas très fatigante à maintenir. Entre deux sessions de Shogi, Shikaku lui donna quelques tours pour faire en sorte de toujours se retrouver dans une situation où il pourrait l'utiliser, sans même que l'ennemi s'en aperçoive.

Sa vie de tous les jours était similaire à un fleuve tranquille. Il n'y avait pas de surprise, puisqu'il comprenait les tenants et les aboutissants de chaque action qu'il entreprenait et pourquoi il lui était nécessaire d'être diplômé à l'Académie. Il savait également que les hobbies qu'il avait développés n'était qu'une autre facette de sa formation, visant à ce qu'il succède son père à son rôle de stratégiste. Les seuls cours d'ailleurs que son père insistait à ce qu'il suive étaient ceux d'espionnage, qui incluaient une part de science comportementale et cognitive. Comme le principe d'un espion était de se faufiler dans les rangs ennemis, savoir en tant que futur diplomate reconnaître les faux-semblants était une aptitude indispensable pour éviter de se faire assassiner. Pour se faire, il était nécessaire d'acquérir des automatismes de lecture sur les tics physiques, ainsi que du mode de fonctionnement généraliste de l'être humain dans des environnements types. Et Shikaku lui répéta souvent qu'il était vitale pour sa survie qu'il acquiert ces talents. De plus, comme ces cours mettaient également en relief des préceptes diplomatiques ou simplement des notions d'intelligence sociale, Shikamaru les considérait personnellement intéressants et instructifs, même si elles n'étaient pas vraiment sa tasse de thé. Shikamaru était parfaitement conscient que la triptique intelligence-sagesse-proefficience était le fondement de tout individu sensé. Toutefois, pour autant qu'il désirait converger vers cet idéal, il savait que ces trois catégories avaient tendance à diverger chez lui beaucoup plus qu'elles ne devraient.

Ces deniers jours, ses parents avaient été intransigeants pour qu'il aille à l'école. De ce fait, Shikamaru dut prendre l'habitude de toujours se lever à l'aube, à cause du long chemin qu'il devait quotidiennement parcourir pour atteindre l'Académie. Le trajet lui prenait en moyenne deux heures et cela avait été une énième raison pour laquelle il avait été toujours prône à sécher les cours — ou à dormir en classe. Le territoire des Nara était localisé au Nord-Est du village et s'ouvrait sur la forêt. Bien que ce clan n'était pas le plus grand sur le plan politique, il était certainement le plus large en terme de superficie. Les Nara constituaient le seul clan à ne pas posséder d'enceinte extérieure autour de leur territoire ; la forêt elle-même constituait une barrière naturelle suffisante contre les intrusions.

En conséquence, les résidences des membres du clan étaient toutes éloignées les unes des autres. Elles étaient reliées par un maillage souterrain, qui donnait directement sur la cave de chaque maison. Le clan était l'un des principaux fournisseurs de Konoha en herbes médicinales et autres narcotiques. La mère de Shikamaru s'occupait, en sus du foyer, de la gestion de cet approvisionnement. Tous les matins, ses parents partaient au moment où il allait pour l'Académie, afin de visiter les autres membres de leur communauté, répartis autour de leur territoire.

Lorsque Shikamaru se rendait à l'école, il croisait occasionnellement des troupeaux de cerfs sur la route. En l'absence de prédateurs, ceux-ci avaient commencé à peupler la forêt à foison. Quelques-uns s'étaient même faits domestiquer à force de cohabitation. Le blason des Nara fut brodé à l'effigie de cet animal, qui devint l'emblème de leur clan au fil du temps.

Comme leur territoire jonchait la rivière, leurs champs étaient particulièrement fertiles, puisque les pluies régulières et le soleil étincelant étaient propices aux récoltes. De fait, ils avaient développé tout un terroir dédié à la culture du raisin et son raffinement, dont ils revendaient le produit à des marchands itinérants au centre du village, pour en retirer un certain bénéfice.

Dans une certaine mesure, Shikamaru n'avait pas été le seul à profiter de cet univers ; tout le clan en avait bénéficié. La liberté dont jouissait chaque membre se reflétait à l'abondance de ressources et de place dont chacun disposait. Même si la plupart développait un caractère individualiste, la grande majorité appréciait se retrouver en large comité le soir.

Shikamaru avait lié ce facteur à l'éloignement des individus, corrélé aux moyens de télécommunications rédhibitoires de leur clan. Cette contrainte les forçait à se réunir souvent pour établir la même base tarifaire sur l'usufruit de leurs terres. Il n'était d'ailleurs pas rare que la propre maison de Shikamaru serve de lieu de rendez-vous à ces réunions familiales. Ces dernières années, certains membres avaient contracté des maladies à force de boire tous les soirs par convivialité. Dorénavant, les réunions se déroulaient plutôt de manière hebdomadaire, visant à diminuer ces cas extrêmes et à ajuster plus facilement l'agenda de chacun.

Lorsque la nouvelle où Shikamaru avait été promu « chef d'escouade » à l'Académie s'était répandue le soir-même, son père avait organisé une petite fête en son honneur. Le garçon trouva embarrassant de se retrouver au milieu de l'attention de tous les adultes. Il fit de gros yeux à son père, qui leva les mains d'un air contrit en réponse. Son sourire trahissait néanmoins son amusement. Au final, Shikamaru soupira d'avoir juste servi de prétexte pour écouler les stock de leurs réserves d'alcool.

Il était le seul de sa génération à être encore à l'Académie, ses cousins étant soit trop jeunes, soit déjà diplômés et servant les rangs de Konoha. Toute sa famille lui témoigna une ovation, si bien qu'il dut réciter un discours improvisé devant le public.

Lors du repas, ses oncles firent des paris durant la soirée, en misant sur le fail qu'il allait remporter la manche de demain ou non. Il fut absolument scandalisé lorsque son père versa 1000 ryo pour sa réussite, soit autant qu'un citoyen moyen gagnait en un mois. Sa mère plia en huit l'oreille droite de son père, en lui hurlant d'arrêter de boire et de fumer et de l'aider à établir la comptabilité bimensuelle. Shikaku s'absenta ainsi de la fin des festivités. Il salua tout le clan d'une courbette moqueuse et ses convives levèrent gaiement leur verre en retour.

La soirée se termina par un concours de shogi généralisé. Toutefois, même ceux qui d'ordinaire donnaient du fil à retordre à Shikamaru, étaient tellement ivres cette nuit là, qu'ils tombèrent tous endormis sur le tatami.

Encore plus tard dans la nuit, les épouses vinrent chercher leur bien-aimé. Comme toute bonne femme du clan Nara, celles-ci paraissaient avoir le dessus dans leur relation conjugale et n'hésitaient pas à glapir à leur fainéant de mari de rentrer à la maison en les traînant par la nuque. En l'absence des parents de Shikamaru, elles s'excusèrent toutes devant lui. Le garçon afficha une mine souriante, mais eut tout de même des sueurs froides devant le traitement qu'affligeaient ces matrones à leur époux. Il prit note de rester célibataire à la suite de ce spectacle. Sa mère arriva par la suite et lui ordonna de ranger tout le fouillis. Dire qu'il était ressorti traumatisé de cette expérience était un euphémisme et le garçon se mit à rêver d'un monde où il pourrait vivre tranquille sans supporter le cri de ces harpies.

Le lendemain matin, Shikamaru eut juste envie de rester au lit tellement il était fatigué, mais ses parents semblèrent bien d'aplomb à penser le contraire et le forcèrent derechef de se lever à l'école, avec un bon coup de pied au derrière. C'était de cette façon qu'il s'embarqua dans la clairière entourant sa maison, en murmurant un « pénible », suivi d'autres jurons du même registre sur l'ensemble du trajet. Ce fut dans cette optique qu'il commença sa journée pour les Jeux de Guerre.

Shikamaru pensait parfois que la vie ne valait pas le coup d'être vécue.


Après s'être préparée pour sortir, Sakura marcha sur la pointe des pieds en dehors de sa chambre. Elle maugréa un juron lorsque son pied grinça sur le sol juste devant la chambre de ses parents. Sa mère, qui était une femme dans la trentaine, ouvrit la porte en se frottant les yeux et vit Sakura habillé dans sa tenue d'extérieur. Son visage endormi parut se raviver pour laisser place à la surprise.

— Que fais-tu Sakura ? souffla sa mère, en ajustant son bonnet de nuit bleu qui tombait de ses cheveux roses.

Sakura eut un rire nerveux.

— Hahaha ! Je vais aller me promener ! Les professeurs à l'Académie m'ont conseillé de courir tôt le matin pour développer mes muscles !

Sa mère la dévisagea un moment avant d'hausser les épaules. Les ninjas avaient décidément des idées loufoques.

— Tu reviendras manger pour midi, hein ? lui demanda-t-elle en baillant.

Sakura hocha la tête nerveusement, affichant un rire embarrassé.

— Je comptais aller manger chez Ino ! répliqua-t-elle en se grattant la tête.

Toutefois, l'embarras de Sakura se transforma lentement en terreur lorsque le regard de sa mère rayonna.

— Oh ! Si tu vas chez les Yamanaka, tu dois absolument revenir ici prendre une douche.

Sakura se maudit intérieurement d'avoir commis une telle bourde. Ses parents avaient toujours voulu qu'elle fasse bonne impression auprès de ce qu'ils considéraient être la noblesse locale.

— Maman... supplia la fille.

— Non, non, non ! Pas de ça avec moi ! Tu te dois d'être impeccable ! jugea la femme dans la trentaine, levant son index.

La voix interne de Sakura houspilla de désespoir.

Ils entendirent soudainement quelqu'un toquer à la porte d'entrée. Alors que Madame Haruno commença à s'y diriger, Sakura la devança et ouvrit la porte à sa place. Celle qui était en face de chez elles était Ino Yamanaka. Celle-ci arborait un juste-au-corps souple de couleur verte et blanc, que quelqu'un porterait typiquement pour aller courir. Elle fit un grand sourire à Sakura.

— Alors on y va ?

Sakura acquiesça soulagée. Heureusement qu'Ino était venue lui sauver la mise. Lorsqu'elle lui avait révélé qu'elle n'avait pas prévenu ses parents concernant les activités du Samedi (car il aurait été trop compliqué de leur expliquer), son amie s'était proposée de venir la chercher chez elle.

— Bon maman, j'y vais ! Je reviendrai ce soir ! témoigna la jeune fille en ajustant sa sacoche avant de la porte d'entrée.

Madame Haruno regarda sa fille partir avec un soupir avant de préparer le petit déjeuner pour Monsieur Haruno.


Le Haut Conseil de Konoha était composé des chefs de chaque clan, ainsi que les doyens du village, avec le Sandaime agissant en tant que régent d'assemblée. Les réunions de cette organisation se déroulaient systématiquement à huit clos. Leur localisation dépendait du calendrier annuel. Chaque membre de la réunion devait se rendre à la Tour du Hokage pour recevoir les instructions suffisantes afin de se rendre au lieu dit. Une escouade de ANBU était toujours sur place, prête à accueillir et à montrer le chemin aux arrivants.

Cette fois, la session avait lieux au pied de la montagne de Konoha, où étaient sculptés les visage de ses dirigeants. Pour y accéder, il fallait connaître l'emplacement exacte du repère, camouflé dans une cloison creuse. Toute la façade du mont rocheux était uniforme. À distance, il était impossible de deviner que des locaux s'y cachaient, à moins d'en avoir obtenu l'information initialement. Et même si un espion en avait vent, celui-ci aurait mis plusieurs heures à trouver où se situaient ces repères, qui étaient couverts par des illusions persistantes. Des ANBU patrouillaient le périmètre en permanence, rendant encore plus difficile l'accès à cet endroit. Les réunions du Haut conseil utilisaient toujours ce procédé opératoire, bien que ces rendez-vous avaient en général lieu sous-terre.

Shikaku Nara fut le dernier à arriver, avec cinq minutes de retard. Il était habillé de son veston gris en fourrure de cerfs, portant l'insigne de son clan sur le col. L'homme dans la trentaine s'excusa profondément devant l'ensemble de la tablée. Chaque siège avait été préalablement assigné autour de la table orthogonale et il n'eut pas de mal à trouver sa place et à s'asseoir sur son fauteuil tournant. Le chef de clan des Nara s'assit entre Hiashi Hyuuga et le Sandaime. Ce dernier se racla la gorge avant de commencer :

« Je tiens à remercier tous les représentants de clan de s'être déplacés pour cette réunion d'astreinte. Je m'excuse de la gène occasionnée par le brusque changement d'emploi du temps, mais au regard des récents événements et à la demande du clan Uchiwa, j'ai pris l'initiative de recueillir votre présence ici-même. Ara, présente-nous la situation. »

La femme au masque d'oiseau distribua une pile de documents par personne. Elle se positionna alors à côté de l'ardoise, placée derrière le Sandaime, sur laquelle elle dressa la carte du village.

« En rappel, une réunion d'astreinte doit être organisée dans les jours qui viennent lorsqu'un accident supérieur au grade B à l'échelle du village survient ou qu'un accident supérieur au grade A- ait lieu au sein de l'un des clans. »

Un autre ANBU avec un masque de babouin prit un feutre et se mit à entourer les lieux concernés et noter point par point l'énumération d'Ara :

« Il y a deux jours, le corps défunt d'un membre de clan a été découvert à 7h53, le 19 Octobre. Il a été vérifié qu'il s'agissait de Chuunin Shisui Uchiwa, un proche de la victime, identité attestée par la suite par Sire Uchiwa. Les Uchiwa, ainsi que les investigateurs envoyés sur place n'ont pas repéré la présence d'un quelconque Genjutsu pouvant témoigner l'établissement d'une mise en scène. L'analyse de l'ADN du défunt suit actuellement son cours et nous en saurons plus d'ici la fin du mois. À l'heure de sa mort, la victime ne présentait pas de blessures externes. »

Tsume Inuzuka chuchota quelque chose à l'oreille du représentant des Aburame.

« La victime en question se nommait Satoshi Uchiwa. Etant un Chuunin à la retraite, il vivait de la pension accordée aux vétérans de la Troisième Guerre et habitait à la périphérie de l'enceinte intérieure de son clan.

« Durant le mois précédent sa mort, de nombreux membres du clan ont témoigné que la victime s'était isolée du reste de sa communauté.

« Avant cette période, Sire Uchiwa a affirmé que cet individu avait participé au saccage de la faction dissidente et avait activement participé à la stabilité du village.

« Il a été retrouvé dans un casier de sa chambre des lettres anonymes, le menaçant de mort si celui-ci ne se rangeait pas du 'bon côté'. Ces documents ayant été imprimés et non calligraphiés, il est impossible d'en attester les commanditaires. »

La plupart des chefs de clans paraissaient plutôt désintéressés par la présentation. Les seuls qui semblaient réellement attentifs étaient Hiashi Hyuuga, Fugaku Uchiwa ainsi que le Sandaime. Ara tourna la page avant de continuer avec l'exhibition des symptômes :

« À la première analyse de l'autopsie, aucune liaison interne a été retrouvée et la muqueuse de la peau apparaissait intacte. Bien qu'aucune herbe ou pilule ait été prélevée dans les intérieurs de l'homme, il est annoté un relevé de substances antispasmodiques et antipyrétiques dans le plasma du défunt. Vous verrez la signification de ces termes en pages annexes du rapport qui vous a été attribué. »

En feuilletant distraitement sa pile de documents, Shikaku trouva en effet les mentions correspondantes. Un antispasmodique était un médicament usuellement desservis aux patients ayant des troubles musculaires ou digestif et le rôle d'un antipyrétique était de traiter les fièvres importantes. Les avancées médicales ces dernières années avaient permis de découvrir de nouveaux procédés de guérison mais certaines herbes médicinales s'accompagnaient d'effets secondaires encore peu connus.

Quelques membres du Haut Conseil froncèrent les sourcils devant ces informations contradictoires. À moins que le défunt ait absorbé ces résidus durant le dernier mois et que le traitement ait été arrêté en cours de route, il n'y avait aucun moyen d'expliquer l'absence de ces substances dans les intestins de la victime, associée à la présence de ces résidus dans son sang.

« Comme vous l'avez remarqué, la raison de la mort de cet homme est actuellement un mystère. Toutefois, le groupe d'investigateurs chargé de l'enquête a élaboré plusieurs hypothèses suites aux informations que nous disposons :
(1) L'homme s'est suicidé d'une manière inconnue à ce jour, on emmettant une théorique que cela peut être l'oeuvre d'un Jutsu caché du clan Uchiwa. Si c'est le cas, la raison de ce suicide reste à identifier bien que quelque points se dirigent vers une dépression ou le fait qu'il ait simplement cédé sous la pression des menaces trouvées dans sa chambre.
(2) L'homme a été la cible d'un complot organisé par les dissidents du clan Uchiwa. Si cette situation s'avère exacte, ceux-ci ont accès à un réseau clandestin distribuant des drogues dures non référencées. Cette hypothèse remet en question l'organisation des bas-quartiers de notre village. Ce complot peut également provenir d'une source extérieure au village.
(3) Le défunt n'est pas l'homme que l'on croit et a été subtilisé par un faux corps, ou un corps conçu de toute pièce pour cette mise en scène. Si c'est le cas, l'homme est encore en vie et est passé sous nos radars. Un audit de sécurité interne devra être effectué pour vérifier nos protocoles de détections d'intrusions. »

Les chefs de clans prirent un teint sombre. Beaucoup détestaient ce genre de procédures, qui les forçaient à bousculer leurs habitudes, ou à voir des agents de la Première Division des Forces de l'ordre patrouillaient leurs territoires. Mais c'était tout une réglementation que le Sandaime avait édictée il y a quatre ans pour s'assurer de la sécurité de leur village shinobi.

L'adjuvante paressant avoir fini sa présentation, le Sandaime opina du chef et lui fit un signe de main pour s'écarter.

« Merci Ara pour ces éclaircissements, » souffla-t-il d'un air tranquille.

Celle-ci se courba et s'effaça derrière le dossier du Sandaime. Celui-ci reprit encore une fois la parole, de façon plus neutre.

— J'aimerai connaître vos points de vue sur cette affaire, mesdames, messieurs.

Danzo, se tenant la tête avec son poing, notifia l'assemblée d'une voix âpre.

— Bien que la question de ce meurtre soit importante, j'aimerais que nous abordions d'autres détails par la suite.

Le Sandaime acquiesça solennel.

— J'y comptais, mais chaque chose en son temps. Une autre remarque ? demanda le président d'assemblée.

Shikaku Nara leva la main. Le vieil homme lui accorda la parole en acquiesçant. L'homme dans la trentaine porta ses deux coudes sur la table tandis qu'il commença son discours :

— Je pense que nous devons avant tout nous attacher au motif derrière ce meurtre. Satoshi Uchiwa ayant été désigné comme futur professeur de l'académie, je vois son meurtre, si c'est bien un meurtre, comme une manière de déstabiliser le village. Il peut y avoir trois objectifs possibles. Comme nous l'avons précédemment évoqué lors de notre précédente réunion il y a deux semaines, l'instabilité du clan Uchiwa est un foyer particulier sur lesquelles les agents de nos ennemis semblent se focaliser. Néanmoins, il y a aussi le facteur de la formation de nos futures troupes qui est en jeu. Assassiner un enseignant, dans un laps de temps aussi court, où nous avons déjà dû changer de professeur à l'Académie, pourrait nous montrer fébriles vis-à-vis du renouvellement de nos troupes. En conséquence, notre principal investisseur dans les Jeux de Guerre, soit le Daymïo, pourrait se désintéresser complètement de notre cause. Quant est-il de notre réseau de contre-espionnage ? jaugea Shikaku en regardant Ara qui se mit instantanément au garde-à-vous.

— Nous avons alloué la moitié de nos effectifs exclusivement à cette tâche. Nous comptons une soixantaine d'agents répartis dans tout le pays du Feu et à l'extérieur de nos frontières. Le reste de nos troupes sont soit de patrouilles dans Konoha, soit de réserve. Tous les protocoles sont pleinement opérationnels.

Hiashi leva son bras à son tour pour prendre la parole. Lorsqu'elle lui fut accordée, il croisa alors les bras en affichant sa coutumière mine renfrognée.

— Bien que je vois pourquoi cette situation est assez dérangeante pour les Uchiwa, je ne vois pas ce que les Hyuuga aient à voir avec cette réunion.

Le représentant des Aburame, Shini agréa également avec cette assertion, affirmant que son clan ne souffrait actuellement de problèmes internes. Tsume afficha un sourire carnassier à Fugaku Uchiwa, qui quant à lui, paraissait d'une pâleur noirâtre. Le Sandaime tapa du poing sur la table pour imposer le calme avant de déclamer d'une voix ferme :

— Comme l'a si bien dit Shikaku, si nos ennemis cherchent à apporter la discorde entre nous tous, jouer dans leurs jeux serait, dans notre course d'action, la plus stupide décision à prendre. Je vous fais confiance pour en être conscients et arrêter ces futiles querelles. Pour répondre à votre remarque, Sire Hyuuga, je tiens à rappeler que cette démarche de réunir l'ensemble du Haut Conseil en cas de force majeure, a été adoptée à l'unanimité des membres ici présents.

Le chef des Hyuuga acquiesça d'un air posé.

— Je n'ai fait que présenter mon avis. Celui-ci est partagé par bon nombre d'entre nous ici. Comme je l'ai ajouté, les problèmes internes des Uchiwa doivent être réglés par les Uchiwa eux-mêmes. Nous mêler de leurs affaires serait juste considéré comme de l'ingérence. Nous n'avons pas à nous en préoccuper.

Tsume et Shini approuvèrent, suivi par le chef de clan des Akimichi, provoquant un coup d'œil désabusé de leur part de son ami, Inoichi, qui hocha la tête. Celui-ci inspira profondément avant de se masser les tempes et d'apporter son opinion sur le tapis :

— Pour rester sur le sujet de la résolution de ce « meurtre », puisque nous avons décidé de développer cette piste, celui-ci me parait symptomatique d'une attaque sur la psyché de l'individu en question. Ce que votre sous-fifre Ara a énoncé rentre dans le cadre d'une suggestion par contrôle mental. Toutefois, seul mon clan à Konoha est censé disposer de cette capacité. Je me suis assuré qu'aucun membre de mon clan rompe les interdis fixés par la Justice de notre village. Je ne pense pas que Konoha aurait laissé passé des individus ayant le pouvoir de manipuler l'esprit d'autrui, n'est-ce pas, Haut Seigneur de la Feuille ?

Le représentant des Yamanaka lança un regard convenu à Hiruzen, qui opina du chef, magnanime.

— Non, en effet, aucun individu présentant de telles capacités est référencés dans nos répertoires.

Suite à cette tirade, le Sandaime décréta que chaque clan devait faire l'objet d'un audit de sécurité interne. Vint ensuite la question des taxes, sur lesquelles plusieurs chefs de clan se plaignirent de l'équité, notamment les Nara et Akimichi, qui en payaient bien plus que le reste des autres clans. Danzo proposa également de reformer la Racine, ce que Hiruzen refusa à bon escient, soufflant qu'ils avaient déjà assez d'agents sur le terrain et que cette opération pèserait bien trop sur leurs finances. Fugaku Uchiwa était globalement insatisfait que la situation soit insolvable pour l'heure actuelle, mais n'en laissa pas paraître davantage.

La suite de la réunion se termina sur des banalités administratives.


Bien que les ANBU étaient censées être de veille sept jour sur sept, il fut accordé à Shisui et Itachi le jour entier pour se préparer aux examens Jounin. Les deux hommes se rendirent dans les sous-terrains de Konoha pour se mettre en condition dans une des salles d'entraînement. Chacune disposait non seulement d'armes, mais aussi d'ouvrages à foison, qui permettaient aux shinobi de se former quotidiennement. Le samedi, même si la plupart des agents préféraient l'utiliser comme jour de repos, certains d'entre eux côtoyaient régulièrement cet endroit pour être au jus des dernières techniques à apprendre. L'initiative de se rendre ici provenait du contenu de la missive présentant les règles du test:

« Dossier 7FKPD :

Les deux candidats seront évalués sur les trois principaux arts du Shinobi ; le Genjutsu, le Taijutsu et le Ninjutsu, dans l'ordre respectivement évoqué.

Note éliminatoire à un test : B-

Moyenne minimale sur l'ensemble des test : B+

Mention spéciale : supérieur à S-

Lieux : jonction 6-DF

Un test a lieu par jour et les examens se déroulent sur trois jours. Les test se déroulent entre 20h et minuit. Les candidats sont libres de choisir l'heure qui leur convienne dans cette tranche horaire. Le test commence dès lors que les deux candidats rentrent dans le lieu dit. Chaque test dure en moyenne une heure. L'absence à l'un de ses tests est éliminatoire. »

En temps de paix, ces examens avaient été organisés pour réguler les promotions au sein des rangs des ninjas. Comme les shinobi ne pouvaient faire la différence sur le champ du devoir, excepté lorsqu'ils étaient publiquement reconnus pour leurs actes et leur bravoure. Etre jounin était un immense honneur et accordait un statut spécifique à Konoha, comme il permettait d'avoir une voix au Conseil Général du village, réunissant tous les chefs de clan et les hauts gradés de leur organisation militaire. Ce Conseil Général votait pour les décisions importantes, comme celles de partir en guerre avec un pays ennemi ou entreprendre les actions d'envergure. En moyenne, chaque clan ne disposait que de trois voix à ce conseil, si bien que chaque voix supplémentaire apportait un avantage conséquent sur le jeu politique.

Shisui était un ninja exemplaire, qui aurait déjà dû être promu depuis deux ans si les prérequis de ces examens n'avaient pas été aussi élevés. Il avait avoué avoir passé le test une fois, mais ne s'était pas souvenu des détails, comme la mémoire des candidats était systématiquement effacée pour conserver secret le contenu de ces examens. Les deux Uchiwa s'étaient renseignés auprès de leurs aînés, qui les avaient avoué qu'un seul candidat sur dix arrivait au bout des épreuves, puisque la plupart se retrouvait éliminé à l'épreuve consacré au genjutsu. Shisui quant à lui, se souvenait juste qu'il avait échoué comme beaucoup à la première épreuve.

Itachi et lui prirent plusieurs livres sur le Genjutsu. La plupart dans ce domaine, ou du moins les plus prolifiques, avaient été écris par Tonima. Les ninjas qui écrivaient des livres aussi avancés étaient assez rares pour être retenus et Itachi n'avait jamais autant progressé qu'à la lecture de ses ouvrages. Ceux-ci étaient remplis de cas concrets d'utilisation et l'expérience du jeune homme lui permettait de prendre assez de recul pour élucider ce qui se cachait derrière les formules et autres théorèmes que ces œuvres renfermaient. De la manipulation de la perception du temps aux multiples contingences pour se prémunir des illusions adverses, une personne qui arrivait au bout de ses ouvrages pouvait se targuer d'être un expert en Genjutsu.

Néanmoins, comme l'emploi du temps des ANBU était toujours très chargé, bon nombre des agents trouvait éreintant de devoir en sus se former. Ils se contentaient en général de stagner, voir de régresser avec l'âge. D'autres problèmes, comme le fait de trouver un compagnon pour assurer une descendance était une problématique qui venait assez tôt dans la vie des ninjas, si bien que ceux qui se versaient complètement dans les arts du shinobis étaient la plupart du temps soit des reclus, soit des célibataires endurcis. Ces derniers mois, Itachi avait constaté que son cousin était devenu de plus en plus aigri lorsque ce sujet revenait sur la table lors des discussions de clan.

Shisui avait toujours été un modèle pour Itachi. En tant qu'aîné, c'était lui qui l'avait formé au sein de leur clan. Si Itachi n'avait pas été désigné dès sa plus tendre enfance comme héritier officiel, ce aurait été Shisui qui aurait reçu les reines du pouvoir. L'homme était à la fois performant dans les arts du shinobi qu'exemplaire dans l'exécution de son devoir. Son taux de réussite, même pour les missions les plus délicates avoisinait es 99,9%. Même si le plus jeune des Uchiwa se sentait plus habile dans l'art des illusions, Shisui était bien plus doué que lui dans l'utilisation du Sharigan, ainsi que les autres arts du shinobi. Leurs duels quotidiens au Kenjutsu, soit l'art martial des armes de poing, tournaient toujours en faveur de ce dernier.

La journée d'hier avait été probablement l'une des seule fois où Itachi avait vu son cousin être poussé au temps à bout. C'était aussi l'une des premières fois où il avait pu apercevoir un côté renfrogné de sa personnalité. L'adolescent avait pris peur lorsque Shisui avait sombré dans la boisson, mais il l'avait retrouvé souriant cette mâtinée, si bien que ses craintes s'étaient au final éclipsées. Itachi se demandait comme il aurait réagi si le jour suivant, il aurait appris que son père s'était retrouvé assassiné chez lui. Ce n'était pas quelque chose qu'il voulait envisager.

Fugaku n'était certainement pas l'homme le plus commode au premier abord, mais Itachi savait que c'était une façade nécessaire lorsque la responsabilité en tant que chef des Forces de l'Ordre et chef de clan se cumulaient sur les épaules d'une même personne. Les récents troubles au sein de leur clan avait provoqué des insomnies à son père, qui se retrouvait encore plus maussade que naturel. Itachi faisait confiance en sa mère, Mikoto, pour appuyer son père dans l'ombre.

Et Itachi savait pertinemment, à la manière dont se jouer les combats entre ninjas, qu'il ne fallait parfois qu'une goutte pour inverser la vapeur.


X


Il a été retrouvé dans un casier de sa chambre des lettres anonymes, le menaçant de mort si celui-ci ne se rangeait pas du 'bon côté'.