Toujours cloitrée derrière la porte de l'infirmerie, Andria attendait dans le couloir le moment où elle pourrait aller voir Lucius -et James éventuellement-. En attendant que Madame Pomfresh l'autorise à entrer, elle s'était installé sur un des bancs du couloir et regardait avec nonchalance les allées et venues des élèves et des profs. Depuis une heure, peut-être plus, qu'elle était là, elle avait vu passer deux premières années de Pouffsoufle en train de se faire tirer les oreilles par Rusard, une fille rousse avec des tresses qu'elle identifia comme la troisième année de Serdaigle Alessandra Nalen mais dont le nez aurait triplé de volume -elle était entré dans l'infirmerie l'air malicieux pourtant-, Slughorn en grande discussion avec McGonagall, quelques groupes d'élèves des différentes Maisons sortant de cours, et à plusieurs reprises Dumbledore, le front barré par le souci, qui faisait les cents pas devant l'infirmerie et repartait, pour revenir quelques minutes plus tard.

Rien de réellement intéressant. Rien qui pouvait détourner son attention de La Question : Est-ce que James et Lucius allaient bien ?

Les fourmis commençant à gagner ses jambes, elle se leva et fit quelques pas dans le couloir. Les bruits de l'agitation frontalière lui parvenaient comme d'imperceptibles murmures semblables à ceux du vent. Les seuls bruits qu'Andria s'efforçait d'écouter étaient ceux qui parvenaient, encore plus faibles, de derrière les lourds battants de bois.

La Serpentarde se rassit. Faire les cents pas ne l'avançait à rien. Et visiblement, faire les cents pas n'apaisait pas non plus les tracas de Dumbledore. Il revenait, pour la énième fois, tourner un peu devant la porte de l'infirmerie. Sauf que cette fois-ci, il ne se contenta pas de tourner.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée, libérant une Alessandra Nalen au nez à nouveau tout à fait normal, accompagnée des foudres sans queue ni tête de madame Pomfresh :

"Non mais vraiment ! Faire grossir des nez ! Les élèves de cette école doivent avoir un problème de QI ! Vraiment n'importe quoi ! Et cette urgence ! CES urgences dont je peux pas m'occuper convenablement ! La prochaine fois que vous vous faites grossir les nez, vous n'aurez qu'à utiliser n sortilège de réduction ! Et si après votre nez ressemble à un cartilage amoindri, ça vous évitera peut-être de recommencer vous gameries ! Entrez professeur... Je vous en prie... Le cas l,..."

Le bruit du claquement de la porte sortit Andria de sa léthargie. Dumbledore n'était plus là. Il avait cédé sa place à une Serdaigle aux ridicules tresses rousses de petite fille modèle, au petit nez en trompette qui lui donnait l'air plus jeune, aux immenses yeux noisettes bien à l'abri derrière une impressionnante paire de lunettes rondes (O.O) et aux dents posées sur sa lèvre inférieure prohéminente, principales responsables de son sourire idiot.

" Falut Andria ! Tu permets que ve t'appelle comme ça ? Franfement, ça m'étonne...

Andria leva les yeux aux ciel, l'air déconcerté. Elle zozotait...

- Quoi ? répondit la Serpentarde, ne faisant strictement aucun effort pour masquer ou contrôler le ton méprisant de sa voix.

- Bin ve fais pas... V'étais perfuadée que dès que ve fortirai tu me le demanderai...

- Quoi ? répéta Andria avec la même nonchalance, non sans un profond soupir d'exaspération.

- Bin... F'est facile... Regarde d'où ve sort ! Ve penfai que comme ve sortai de l'infirmerie, tu aurai peut-être envie de favoir... des foves !"

Andria la regarda dans les yeux, perplexe. L'obstination de petit chiot de la Serdaigle lui rappellait sa petite soeur, Mélusine. Mais la Serpentarde ne pensa pas très longtemps à sa petite soeur. Elle se dressa sur ses deux jambes en étouffant un cri. Elle attrappa Alessandra par les épaules et entreprit de la secouer consciencieusement par les épaules jusqu'à se qu'elle se décide à cracher le morceau.

" Espèce d'idiote, ça va pas de tourner autour du pot comme ça ! T'as pas encore capté que je me faisais un sang d'encre ! Et toi t'es là, plantée, avec tes fines allusions ! Et que j'te fais des "foves" et gnagnagni et gnagnagna ! Alors maintenant imprime ! Je veux tout savoir ! Et arrête de faire des ronds de jambes ! Parle ! C'est tout ! Comment vont-ils ! Et QUE font-ils ! "

Malheureusement pour Andria, Alessandra cracha le morceau. A force de se faire secouer vertement par la Serpentarde, la Serdaigle avait perdu une dent qu'elle venait de cracher en essayant de répondre. D'un geste vif, Andria repoussa la petite et poussa un juron de dégoût. La langue tirée, elle commença à se tortiller dans une danse effrénée. Alessandra haussa les sourcils et débuta un polissage sensationnel du trou qui avait élu domicile dans sa jeune mâchoire avec sa langue.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau, pour la deuxième fois dans un laps de temps assez court. L'imposante silhouette du professeur Dumbledore s'avança sur le seuil et son regard se posa sur Andria qui se débattait furieusement contre Merlin sait quoi.

Il eut un de ses sourires énigmatiques et se retourna vers l'infirmière qui fixait les deux filles d'un oeil inquisiteur.

" Pom-pom s'il te plait... Je pense que tu devrai prendre cette jeune fille dans ton service. Il me semble qu'elle a un petit problème...

- Mais professeur, que fait-on des ?...

- Allons Pom-pom, tu ne laisserai pas sur la sellette une élève dans le besoin ?" termina t-il, comme si cela clôturait toute négociation. Ce qui n'était visiblement pas de l'avis de madame Pomfresh. Elle gromela dans le col de sa blouse et attrappa le bras d'Andria qui se raidit visiblement. La petite dent encore ensanglantée tomba de sous sa chemise et au petit bruit, elle aurait juré voir Dumbledore se retourner et lui sourire

Andria se laissa entraîner par le bras ferme de l'infirmière. D'un geste rapide et sourd, elle claqua la porte qui séparait l'envirronement impur extérieur et la stérilité d'hôpital de l'infirmerie.

La pièce était vaste et d'une propreté presque clinquante. De grands pans de tissus aussi épais qu'opaque entouraient des lits où reposaient les malades qui avaient besoin de calme, d'oscurité ou de ne pas se faire voir (rappellez-vous Cat-Hermione ). Leur couleur violette sombre aportait une touche sombre et chic à la pièce trop tape-à-l'oeil. Derrière le seul baldaquin tiré, on entendait des gémissements entrecoisés de couinements et de grognements. C'était probablement derrière ce rideau de velours que se tapissait Lupin.

Mais dans toute l'infirmerie, aucune trace de James et Lucius... Andria haussa un sourcil et continua à se laisser entraîner par madame Pomfresh, en faisant de son mieux pour paraître un peu agitée de spasmes comme elle l'était dehors.

La Serpentarde balada son regard sur les étagères emplies de potions diverses, aux couleurs toutes plus saugrenues les unes que les autres. Certains bocaux contenaient des onguents, d'autres des pansements en peau d'animaux non-identifiés. Mais ce qui attira le plus le regard de la Serpentarde, c'était cette petite porte exigue au fond de la pièce. La porte vers laquelle l'emmenait l'infirmière.

Arrivées devant la porte, madame Pomfresh tira sur le poignet d'Andria et la plaça face à elle. En la regardant droit dans les yeux, elle lui conseilla d'une voix qui sonnait entre la menace et le reproche :

" Alors toi, ma petite dent-seuse, je te conseille de ne rien dire sur ce que tu vas voir ici, sinon je serai obligé de te faire des misères... Certes, c'est Dumbledore qui m'a demandé de te mener ici mais moi, je suis moins tolérante que lui. Alors tu regarde ton ami Lucius et tu déguerpis ! Et surtout ne parle pas fort. Si jamais tu fais le moindre bruit, ça ralentira l'action de la potion Curative Accélérée et ils ne seront jamais remis pour ce soir... Sirius Black est déjà là-bas mais ne vous parlez surtout pas... Silence total si vous ne voulez pas que je vous sorte par la peau du cou..."

Sur ce, l'infirmière ouvrit la petite porte moisie dans un grincement. Elle poussa du coude Andria qui s'avança dans la petite pièce noire et exigue.

La première chose qui frappa la Serpentarde, ce fut l'odeur. L'odeur de renfermé qui semblait émaner des murs-mêmes. Et une petite lumière, qui venait du fond de l'âtre et qui projetait sur le mur nu une grande ombre élancée. De petits chuitements parvenaient du fond de la pièce. Ils cessèrent dès que la clarté de la pièce principale fut rentrée dans la sinistre annexe, et recommencèrent à peine la porte refermée. Visiblement, les bavards n'avaient pas remarqué la nouvelle personne dans la pièce.

Andria s'avança de quelques pas, sortant ainsi de la pénombre. James rentra la tête sous ses draps et commença à ronfler d'une manière totalement grotesque, absolument pas convaincante. Sirius lui, arrêta de parler et regarda dans la direction de la porte, essayant de voir si Dumbledore revenait ou si madame Pomfresh venait faire sa ronde.

" Alors ? souffla Andria en s'efforçant de ne pas attirer l'attention de madame Pomfresh.

Tout d'abord, Sirius ne répondit rien. Comme s'il voulait être sûr que c'était elle. Et il ajouta, l'air un peu frustré :

- Cornedrue pourra..." Sa voix se cassa.

" Cornedrue pourra pas venir ce soir... Et on a besoin de lui..."

Andria s'approcha du lit de James, qui sortit la tête du drap. Les traces de sang sur son visage avaient disparu mais il restait des marques de blessures et de morsures. Il avait l'air fièvreux et tremblait. La Serpentarde lui sourit, et, après un moment de silence et d'immobilité, il lui rendit son sourire.

Elle quitta le chevet du Gryffondor et s'approcha d'un autre lit, dans un angle pleins de toiles d'araignées et de champignons. Il semblait vide au premier abord et personne ne semblait s'être préoccupé de le rendre plus agréable.

Andria poussa un peu les jambes de Lucius à traver les draps et s'assit sur le matelas. Les couvertures recouvraient complétement le Serpentard et lorsqu'elle essaya de les rabattre, il les retint. Comme animé seulement par une sorte de pudeur. Mais elle força un peu et les couvertures lui glissèrent des mains.

Le visage de Lucius était tuméfiée, noir d'ecchymoses. Sa bouche était recouverte de croutes de sang comme si personne n'avait pris le temps de le nettoyer. Chacun de ses yeux était entouré d'un coquard bleu-violet et son nez semblait cassé. Son front était recouvert de bosses irrégulières. Il avait l'air d'avoir subi de nouveaux dommages depuis qu'il avait quitté la buanderie. Ses paupières tressautaient nerveusement comme s'il ne pouvait plus les contrôler. Il regardait Andria comme s'il ne la voyait pas.

Délicatement, elle remit derrière son oreille une de ses mèches collées de sang.

" Lucius..." murmura t-elle. Mais elle n'ajouta rien. Elle mourrait d'envie d'ajouter quelque chose mais de sa gorge, aucun mot ne voulait plus sortir. La vue de son ami balançant entre la vie et la mort lui avait coupé les cordes vocales. Alors, elle se releva du lit, borda Lucius comme un enfant et déposa un baiser sur ses doigts et caressa sa joue. Du bout des lèvres, elle murmura "remets-toi... je m'occuperai toujours de toi maman...".

Andria se redirigea vers le deuxième lit de la pièce. Sirius fixait Jmaes avec une telle intensité qu'on aurait dit qu'ils communiquaient par la pensée. Il tira son tabouret sans faire de bruit et laissa Andria s'appuyer contre le mur (la galanterie Siriusienne a ses limites tout de même). Il baissa la tête, ses cheveux masquant son visage. James s'était visiblement rendormi. Sirius releva ses yeux de chien battu vers ceux d'Andria. Il semblait si différent quelques heures auparavant, au bord du lac, quand il l'avait embrassé. Mais il fit malgré tout l'effort de commencer un semblant de conversation.

" Alors ?"

Ca n'avait pas vraiment de sens pour Andria, qui était au chevet des garçons depuis moins de temps que Sirius. Mais elle ajouta tout de même d'une voix qui se voulait réconfortante :

" Ca ira..."

Sirius regarda la Serpentarde intensément. Elle avait l'impression qu'il scrutait à l'intérieur d'elle. Il lui adressa un sourire énigmatique et continua.

" Non, je sais que ça ira... Je parle pas de ça. Je me fait pas de souci pour Cornedrue. Mais ce soir... Tu vois, annonça t-il en prennant un ton beaucoup plus assuré, ce serai beaucoup plus simple si tu t'en fichait ou si tu étais dans la confidence. Mais je peux pas t'y mettre par moi-même. Mais bon, tu sais déjà pour la lycanthropie de Remus... Franchement ça va être très compliqué ce soir..."

Soudain, les yeux de Sirius s'enflammèrent d'une lueur presque malsaine, gourmande. Déjà beaucoup plus proche de l'attitude qu'il arborait quelques heures auparavant. Il se leva du tabouret et attrapa Andria par les épaules. La Serpentarde se vit cracher un dent dans le col du Maraudeur et réprima un rire, qui fit se hausser le sourcil droit de Sirius. Il se racla la gorge pour se donner une contenance.

"Andria, est-ce que tu pense être en mesure de nous aider ?"

La Serpentarde regarda Sirius, à la fois intriguée et méprisante. Ah oui, tiens, dans la buanderie, on la qualifiai de "Serpentarde" et on l'accusait de vouloir vendre Lupin et voilà qu'à peine une heure et demi plus tard on lui demandait son aide.

Mais toutefois, par égard pour James, elle fronça un sourcil et demanda des précisions.

" De quoi tu parle ? Il s'agit d'une mission secrète pour que James séduise Evans malgré son état ou juste libérer la belle des griffes du Dragon Platine ?

Devant l'air perplexe de Sirius face à sa déconcertante ironie, elle ajouta, une pointe de frustration dans la voix :

- En décodé, pourquoi vous avez tabassé Lucius alors qu'il était si vulnérable ? Et surtout pourquoi après avoir fait ça, tu viens me demander de l'aide pour TON macchabé ? Tu crois vraiment que je vais vous aider après ce que tu as fait à MON ami ?"

Sirius prit un air sombre. Mais surtout il avait l'air de réflechir. Comme si la déclaration d'Andria le plongeait dans un immense désaroi et une incompréhension des plus totales. Il releva des yeux interrogatifs vers elle.

" De quoi tu parles ? J'en ai ren à faire de Lucius, mais je suis pas suffisament débile pour le tabasser devant Dumby !"

Ce fut au tour d'Andria de ne rien comprendre. Si ce n'était pas Sirius qui avait frappé Lucius, qui était-ce ? Il était bien plus fringant après la bagarre contre James, et elle l'avait soutenu pendant le chemin du retour. Ce qui avait mit Lucius dans cet état s'était forcément déroulé dans l'infirmerie...

" Tu veux dire que... Que ce n'est pas toi ou James qui avait frappé Lucius ?... Mais que... que... Qui ? Quoi ?"

Andria cilla plusieurs fois, sans comprendre. Elle était hébétée. Comment Lucius s'était-il retoruvé à cet état zombifié sans l'intervention d'un des Maraudeurs ? Mais soudain, elle comprit. Ou du moins crut comprendre.

A son tour, elle attrappa Sirius par les épaules et le regarda fixement.

" Sirius, ça va être à toi de m'aider ! Comment Lucius est arrivé ici ? Je veux dire, il est arrivé en même temps que vous, ou plus tard ? Ou plus tôt ?

Sirius chancella et se dégagea de l'étreinte de la Serpentarde en vacillant.

- Que ? De quoi tu parles ? Qu'est-ce qu'il a Lucius d'abord ?"

Andria soupira. Alors ils ne s'en étaient pas occupé du tout. L'état du Serpentard leur était égal. Avec un geste d'une infinie lassitude, elle attrappa Sirius par la main et le tira vers le sinistre lit dans le recoin calfeutré et moisi. Elle ressoupira et le Gryffondor se pencha sur le lit. Le drap mité était rabattu sur le visage de Lucius qui était donc entièrement caché. Elle posa délicatement la main sur le drap en se retenant de respirer. Lorsqu'un mince filet d'air le sépara de Lucius, elle tira d'un coup sec.

Sirius recula d'un pas, l'air étonné. Andria haussa les sourcils et posa une main contre la joue ecchymosée de Lucius en soupirant. Elle posa l'autre sur sa poitrine pour sentir son faible mouvement, seul signe apparent de la vie de son ami. Pendant quelques minutes, seul le bruit rauque de la respiration saccadée de Malefoy résonnait dans le silence. Sirius se rapprocha du lit et prit Andria par les épaules. Il rebaissa le drap sur le visage de Lucius et tourna la Serpentarde pour lui faire face. Elle avait l'air hébété mais il ne lui laissa pas le temps de rouspeter.

"Ecoute, quand on l'a vu arriver plus tard que nous, on s'est pas posé de questions. C'est Dumbledore qui l'a amener et qui lui a conseillé de se coucher... On était dans l'obscurité, on a rien vu ! Et comme tout à l'heure il allait bien, on s'est juste dit que Dumby voulait quand même qu'il se repose, et surtout qu'il reste enfermé avec nous pour éviter de répendre la rumeur de la lycanthropie de Lunard. Donc on a rien fait, et on s'est pas préoccupé de lui. Mais c'est pas nous qui l'avons tabassé. Ca tu peux me faire confiance on est pas stupides à ce point."

Il secoua un peu Andria, dont les yeux se brouillaient de larmes. Voir à nouveau ce Lucius qui balançait entre la vie et la mort lui avait fait trop de mal...

"Hé, Andria tu m'écoute ? Pourquoi tu dis rien ? J'en sais rien, pardonne-moi, accuse-moi de mentir mais fait pas la morte ! Entre Cornedrue-le-comateux et Malefoy-le-mort-vivant, je crois que je vais perdre la boul si toi tu dis rien ! Tu réagis pas, hein, tu t'en fiche ? Si j'avais dit que c'était moi qui avait frappé Mal au foie, tu vas me dire que tu n'aura pas réagi non plus ? Tu es à Serpentard et tu crois aveuglément les paroles du plus fourbe des Maraudeurs ? Tu me prend pour qui ?"

Andria releva des yeux implorants vers lui et il se tut. Entendre Sirius, qu'elle pensait compréhensif et compatissant, lui parler de la sorte n'améliorait en rien son état. Elle était fatiguée, elle avait mal aux reins et aux bras. Les larmes saccadaient sa respiration et elle serrait sans réflechir ses petits poings qu'elle tapait sans force ni volonté contre le torse de Sirius. Elle baîlla au milieu de ses sanglots et le Maraudeur leva son visage par le menton.

"Ecoute-moi. Je te demande pardon. Je suis désolé si je suis blessant... Je suis comme ça. Je pense que je suis comme ça parce que je n'ai rien connu d'autre."

Il soupira et se tut. Il avait à son tour la gorge nouée. Il ne pleura pas et aucune larme ne vint à ses yeux aussi durs qu'à l'ordinaire. Le silence était tombé cette fois sur la petite pièce exigue. Un silence aussi envelloppant qu'un épais brouillard étouffant même la respiration de Lucius et James.

Seul un bruit vint troubler ce silence. Un grognement. Sirius pesta et Andria pensa à Remus. Le grognement cessa et le silence retomba. Mais, ne supportant plus le poids du silence, elle releva les yeux vers Sirius et dit d'une voix cassée.

" Sirius... Pourquoi tu m'a embrassé ?"

Le Maraudeur ouvrit des yeux grands comme des soucoupes. Andria sourit, d'un air narquois qui lui donnait à nouveau une allure de Serpentarde. Le garçon bafouilla une poignée de mots tous plus incompréhensibles les uns que les autres et continua de fixer la Serepente qui lui faisait face avec des yeux particulièrement globuleux.

"Pourquoi tu me demande ça maintenant ? Je veux dire... J'étais persuadé que tu me demanderai des informations sur l'état de Mal au foie ou quelque chose dans le genre..."

Sirius avait vraiment l'air troublé, et Andria vraiment l'air satisfaite. Le petit sourire narquois qui s'était installé sur ses lèvres n'avait pas bougé d'un pouce. Elle avait une confiance absolu en Malefoy (bien que l'incident du philtre l'ai un peu étayé) et savait pertinement qu'il allait s'en sortir et pourrait tout lui raconter. Mais là, ce qui l'importait, c'était de mettre Sirius aussi mal à l'aise que lui avec son baiser. Son sourire carnassier ne perdait rien de son effet troublant sur le Maraudeur. Et le regard vainqueur qu'elle lui juxtaposait le renforçait encore. Une goutte de sueur coula sur le front de Sirius mais il parut soudainement se resaisir, comme frappé par un éclair invisible.

"Ah ouais... Tu veux savoir... Et qu'est-ce que tu ferai si moi, je préférai conserver le mystère ?"

A son tour, le Gryffondor arbora une expression dominatrice et méprisante. La Serpentarde poussa un soupir exagérément faux et leva les yeux au ciel. A l'instar des grandes sociétés de contrebande et d'espionnage, Andria "possédait" un réseau d'information sur les élèves impressionnant. En réalité, elle savait juste quelques trucs sur les proches de James mais bon... Toujours est-il qu'elle savait ainsi pas mal de choses sur les Maraudeurs, et encore plus sur Sirius (je vous rappelle que sa meilleure amie est la cousine de Patmol). Par la même, elle savait donc qu'il ne levait pas la main sur les filles de l'école, toutes Serpentardes exaspérantes qu'elles soient.

Andria posa donc sa main sur sa cuisse, laissant ressortir le volume de sa baguette à la vue du Gryffondor. Elle releva des yeux menaçants vers le garçon. Celui-ci avait maintenant un visage qui dénotait une certaine aisance de mauvais comédien. En gros, il faisait semblant d'être rassuré. A son tour, il montra sa baguette en la pointant entre les deux yeux d'Andria.

Elle était longue, assez claire mais sale et semblait poisseuse. Une de ses extrémités, celle par laquelle Sirius la tenait, semblait cassée. Elle était recouverte par endroits de profondes marques de griffures. Pour finir, une forte odeur s'en dégageait, comme si cette baguette était traîné régulièrement dans du purin.

Andria éclata d'un rire clair à la vue de l'outil de son "adversaire". Elle brandit alors sa propre baguette. Propre en effet, était le mot. En comparaison de la baguette moisie de Sirius, son morceau de bois était resplendissant. Sombre, presque noir, il reflettait la lumière de la minuscule torche au dessus du lit de James. L'air d'être lustrée tous les soirs, elle dégageait un parfum de cirage, mêlé à la douce odeur du bois neuf. Cependant, une faible odeur de sang en émanait. La Serpentarde pointa à son tour sa baguette vers Sirius. Celui-ci fit mine de prendre l'air ennuyé qu'Andria arborait quelques secondes auparavant. Mais avec une conviction telle que ça paraissait réel.

"Ecoute-moi bien ma petite, t'es peut-être doué pour le cirage, mais le combat c'est autre chose. Alors si tu veux faire la lessive, j'te passe ma baguette, mais je le ferai après t'avoir éduqué. On est d'accord là-dessus ?"

Andria haussa les sourcils. Son assurance fondait comme neige au soleil face à l'attitude déconcertante du garçon.

Il renchaîna.

"Je pense que tous les pètes-secs qui font "style" avec leur baguette bien brillante sont les plus incapables. En fait, je crois que tu sais beaucoup de choses sur moi, sauf les plus importantes... Tu cherches simplement à te rassurer en me provoquant. Tu sais que j'ai des principes et tu comptes en abuser c'est ça ?"

Andria cligna des yeux avec violence, tentant vainement de masquer sa déstabilisation.

"Mais figure-toi que si j'ai des principes, je peux leur faire des entorses quelquefois... Les règlements sont fait pour être transgressés... Même ceux qu'on se fixe tout seul."

Andria prit une grande bouffée d'air et décida qu'il était tant de faire quelque chose au lieu de se laisser piétiner allègrement par un Gryffondor prétentieux.

"Dis-moi, il me semble qu'on s'égare du sujet premier, non ? A quoi ça servirai de se battre, je te le demande ? Oui oui oui... je suppose que tu as raison au sujet de l'état des baguettes. Mais ce n'est pas parce que je la salit aps que je ne sais pas m'en servir. Mais revenons-en au sujet. Je t'ai posé une question et tu as habilement détourné la conversation... Alors maintenant, si tu ne veux pas me le dire, libre à toi mais offre moi quand même l'honneur d'une justification..."

Elle respira un grand coup à la fin de sa tirade et recommença à soutenir le regard du garçon. Le sourire carnassier était de retour sur son visage. Elle avait réussi à reprendre le dessus dans ce duel verbal. Sirius ne cilla pas, et ne baissa pas le regard. Il se mit à sourire aussi.

"Oui, tu as sans doute raison. Oui, je vais me faire un plaisir de te répondre. Pourquoi je ne te le dirai pas ?"

Il fit quelques pas et s'approcha de la Serpentarde.

"Et bien c'est tout simplement que ça ne te regarde pas !"

Andria commençait à avoir envie de faire manger des pissenlits au Gryffondor.

"Et pourquoi ?" recommença t-elle.

Sirius poussa un bruyant soupir d'exaspération.

"Parce que c'est juste un problème entre James et moi !"

Immédiatement après avoir dit ça, il plaqua sa main sur sa bouche et parut appeuré. Il semblait avoir dit ce qu'il ne fallait pas.

Andria de son côté, semblait de plus en plus intéressée par l'affaire, mais une pointe d'inquiétude était apparue au fond d'elle. Pourquoi James voulait-il -si c'était ça- que quelqu'un d'autre l'embrasse ? Alors... il ne ressentait rien du tout pour elle...? Elle déglutit, la gorge nouée. Tous ses espoirs fondaient comme neige au soleil mais néanmoins, sa curiosité restait intacte. Elle voulait savoir.

"Qu'est-ce que James a à voir avec tout ça ? demanda Andria d'une voix à la fois douceureuse et décidée.

Sirius soupira bruyamment.

"En fait, je n'aurai jamais dû évoquer ce sujet avec toi. On est en train de s'égarer sur des terrains glissants. Et je ne sais pas lequel des deux glisse le plus..."

Andria fronça les sourcils et fit la moue.

"A ta guise."

Elle s'approcha à grands pas du lit de James et tira le drap sans ménagement. Le garçon, en T-shirt long aux armoiries de Poudlard, se secoua comme un ver et essaya de le maintenir baissé et d'attrapper le drap en même temps. Il gémit et la Serpentarde afficha un sourire narquois et pointant Sirius du doigt.

"Oh, mon pauvre Jaaaaames... Rends-toi compte des extrémités auxquelles me pousse ton meilleur amiii... N'est-ce pas scaaaaandaleux ?

- Arrête ton char Andria ! Qu'est-ce qui se passe ici ?"

Sirius s'approcha à son tour, visiblement un peu honteux quand même de la tournure que prennait les évènements. Andria sourit narquoisement. Elle fit une boule avec le drap et le leva en l'air.

Si quelqu'un d'étranger à la scène était rentré dans la petite pièce exigue au fond de l'infirmerie de Poudlard, ce qu'il aurait vu aurait été des plus cocasses. Une jeune et jolie fille à la chevelure argentée et au visage plutôt dur en train de soulever et de secouer une boule de tissu chiffoné d'un air provocateur et amusé ; un beau jeune homme égratigné de partout et quasiment nu en train de se tortiller comme un ver sur un matelas miteux ; un autre jeune homme aussi beau en train de s'agiter nerveusement pour rattrapper le drap à la fille comme un gmain qui cherche la queue de Mickey dans un manège.

La porte s'ouvrit, laissant place à un grand homme barbu contraint de se pencher en avant pour franchir le seuil. Sirius lâcha le col de Andria qui lâcha le drap qui tomba sur James qui tomba du lit. Tous (sauf le drap) regardaient nerveusement Dumbledore. A cet instant, il était impossible de prévoir la réaction du professeur. Celui-ci s'avança de quelques pas vers les élèves, poussa un profond soupir et éclata d'un rire franc et clair.

"Vraiment, vous trois, je n'aurais pas dû vous laisser ensemble..."

Le professeur se passa un doigt sous la paupière pour en chasser une larme de rire. Il se râcla un instant la gorge et reprit son habituelle voix sérieuse.

"Bon, les enfants. Pompom m'a informé de quelque chose de grave concernant...

- C'est rapport à Lunard ! coupa James d'un air soudainement très anxieux et sérieux.

Dumbledore poussa un long soupir si différent du rire qu'il avait eu quelques instants auparavant. Lui aussi avait désormais l'air grave.

- Oui."

Sirius aussi quitta l'état d'euphorie dans lequel la petite bataille de draps l'avait plongé. Il entrouvrit la bouche et écarquilla les yeux d'un air inquiet.

"Que s'est-il passé ? commença t-il.

Dumbledore baissa les yeux, les releva et continua à parler.

- Monsieur Lupin a dû être transféré de toute urgence à Ste Mangouste."

James manqua de s'étrangler. Il soutint avec force le regard de son professeur et cria.

"C'est pas possible ! Qu'est-ce qui s'est passé ! Ca se passe toujours bien d'habitude !"

Andria n'avait pas prononcé un mot depuis que Dumbledore était dans la pièce. Le professeur posa sur elle un regard à la fois grave et bienveillant et hocha la tête comme s'il llisait dans ses pensées. La Serpentarde le regarda, horrifée et murmura :

"Le philtre..."

Sa voix s'étrangla. Elle ignorait totalement la nature de l'état de Lupin mais le seul facteur qui avait cette fois différé des précendentes, c'était que Remus avait absorbé du philtre d'amour. Cependant, même si elle ignorait tout de ce qui était arrivé à Lupin, de si c'était grave ou pas, long ou pas, guérissable ou pas, elle ne pouvait se résoudre à rejeter la responsabilité sur Lucius. Lucius qui lui aussi aurait dû être transférer à Ste Mangouste pensait Andria avec fougue. Une idée lui vint. Peut-être que de plus, ce serait un bon prétexte pour accompagner James et Sirius (elle ne pensa pas une seconde à Pettigrow qui devait être terré quelque part dans un recoin du château depuis qu'il avait quitté la buanderie avec ce faux air conquérant).

L'étrange regard du professeur était toujours posé sur elle et la transperçait de part en part. Elle détourna le regard en achevant de parfaire sa mise en scène. Tout était parfait. Elle fit quelques pas vers le deuxième lit de la pièce, toujours suivie des yeux par Dumbledore, dont le regard brillait d'une étrange lumière. Elle s'arrêta devant le lit de son ami, ravala sa salive et tira le drap, exibant ainsi le corps tuméfié de Lucius Malefoy au vue de tous.

Dumbledore se râcla la gorge d'un air un peu suspect et carressa sa barbe. Il semblait être déjà au courant de l'état de Lucius. Andria le regarda, l'air suspicieux. Il releva les yeux du corps de Malefoy et les planta dans ceux de la Serpentarde, l'air un peu honteux.

" Andria, j'étais déjà au courant de l'état de Lucius. Il est comme ça à cause de Remus."