Tous les joueurs rejoignirent leur poste en quelques secondes. Les balles furent lâchées. Andria resserra les mains autour de sa batte pour s'assurer une prise optimale. Elle plongea vers un Cognard qui fonçait sur Warrick et le renvoya de toutes ses forces vers une Poursuiveuse de Gryffondor, Empton. Elle avait l'impression de revivre. Le Quidditch était son royaume. Le seul qu'elle partageait avec Jam… Elle secoua vivement la tête pour chasser cette pensée. Inutile de s'embourber l'esprit avec ça. Elle évita de justesse un Cognard qui arrivait droit sur elle et se servit du poids de sa batte pour dévier sa propre trajectoire et expédier la balle enragée droit sur le Gardien de Gryffondor, Gordon. Il plongea à droite pour l'éviter et Wayne envoya le Souaffle dans l'anneau de gauche.

But de Serpentard. Excellente coordination d'équipe. Andria releva la tête juste assez vite pour voir le pouce de Jérémia se lever dans sa direction. Les tribunes étaient secouées d'exclamation incompréhensible. Les bruits de la foule n'étaient que des échos lointains et indistincts se mêlant indiciblement au rugissement du vent aux oreilles des joueurs.

Un Poursuiveur vêtu de rouge fila devant elle, le Souaffle sous le bras, en direction des buts verts. Andria l'identifia comme étant Hashley, un des meilleurs éléments de l'équipe rouge. Elle plongea vers un Cognard providentiel et l'expédia de toutes ses forces vers celui-ci. Malheureusement, il était bien plus habile joueur que Cliffer. Il exécuta une roulade du paresseux assez approximative, tout en maintenant fermement l'énorme balle rouge sous son bras. Le Cognard continua dans sa trajectoire vers le gardien de Serpentard. Celui-ci dévia maladroitement sur le côté pour l'éviter. Hashley en profita pour expédier le Souaffle en direction des anneaux. Nouveau Cognard bien plus providentiel de Hellsington, qui vint percuter juste avant son entrée dans les buts. Elle tomba directement dans les bras de Johnson qui repartit comme une flèche vers les buts adverses. Le batteur de Serpentard leva le pouce vers Andria pour lui faire relativiser son erreur. Cliffer était à blâmer, pas elle. Elle repartit vers l'intérieur du terrain en une fraction de seconde.

Alors qu'elle s'apprêtait à expédier un Cognard bien senti vers le Poursuiveur rouge du nom de Finney, Andria sentit quelque chose lui caresser la joue. Elle se retourna brutalement, oubliant tout à fait le Cognard qui fonçait droit sur elle. Personne. A quoi s'était-elle attendu ? A James, comme un ange sur un balai, en train de lui caresser la joue, s'apprêtant à lui déclarer sa flamme ? La balle noire arriva en un éclair et percuta le manche de son balai dans un craquement sinistre. Andria manqua d'être désarçonnée et se rattrapa de justesse. Elle jeta un bref coup d'œil à son balai et exécuta une manœuvre de recul osée pour frapper de toutes ses forces le Cognard qu'elle n'avait pas su éviter.

Mais malgré tout, elle n'avait pas rêvé. Quelque chose lui avait touché la joue. Elle réarma sa batte pour ne pas refaire la même erreur et replongea au milieu du terrain. Elle ne devait pas se laisser déconcentrer. D'un rapide coup d'œil, elle analysa la situation actuelle du match. 10 – 0 pour les Serpentards, Empton qui fonçait vers Cliffer, Hellsington occupé à envoyer un Cognard sur Hashley, Jérémia et…

Jérémia et James volaient tous les deux côté à côté, en rase-mottes, bras tendus droit devant eux.

Si Potter attrapait le Vif d'Or, ils perdaient. Andria fila au niveau du Cognard le plus proche et frappa dedans de toutes ses forces vers le bas. Direction James. Celui-ci, trop concentré sur les mouvements de la petite balle dorée et accessoirement de sa congénère Serpentarde qui se faisait de plus en plus gênante, ne sentit rien venir. La balle noire le percuta au niveau des reins. L'Attrapeur se retrouva cloué au sol sous le choc, et le Cognard se renvola en direction du jeu. Jérémia, alertée par le craquement sourd, lâcha le Vif d'Or des yeux un instant. James, plié en deux par la douleur, donna un coup de pied sur le sol pour re-rentrer dans le jeu sans que les professeurs n'aient à siffler un arrêt ou une faute. Il s'était fait avoir comme un bleu, il assumait.

Jérémia se retourna brusquement, se rappelant qu'elle poursuivait le Vif d'Or. Mais la balle dorée avait disparu, bien évidemment. En revanche, un Cognard de Davey, le batteur le plus habile de Gryffondor, fonçait droit sur elle. Elle remonta en piqué et se remit à effectuer des tours de terrains, dans le sens inverse de celui qu'avait choisi Potter.

Un nouveau mouvement de foule se détacha un peu du bruit du vent. Gryffondor venait de marquer un but. Le score était donc de 10 – 10. Andria expédia à nouveau un Cognard sur Hashley qui filait vers les anneaux verts sans laisser à Cliffer le temps d'encaisser les violentes remontrances de Jérémia qui passait devant à ce moment-là. La balle percuta juste le Souaffle qu'il s'apprêtait à lancer. Celui-ci tomba droit dans les bras de Wayne qui fonça vers les buts de Justine Brown. Elle plongea du côté droit, où Wayne semblait décidé à tirer. Mais il attendit un instant de plus et tira habilement dans l'anneau gauche. Mais le Souaffle ne passa pas.

Potter, qui lui aussi passait devant les buts à ce stade-là de son tour, expédia un grand coup de pied dans la grosse balle rouge qui repartit vers le centre du terrain.

Manœuvre qui agaça Andria au plus haut point. De quel droit se permettait-il un tel coup ? Il n'était pas Gardien mais Attrapeur ! Elle verrouilla son épaule et frappa de toutes ses forces dans un Cognard qui passait par lui. Celui-ci monta en flèche vers James qui exécuta une sublime roulade du Paresseux pour l'éviter. Tandis qu'Andria était occupée à pester sur ce joueur particulièrement habile et crispant, elle sentit à nouveau quelque chose lui caresser la joue. Décidée à ne pas se faire avoir deux fois, elle tourna tout doucement la tête. Là, à quelques centimètres de sa joue, le Vif d'Or battait de ses longues ailes duveteuses. Etrangement, ça la déstabilisa un peu. Savoir que la chose que convoitait tant James était aussi près d'elle… Elle secoua la tête pour chasser cette pensée. Mais ce mouvement soudain et incontrôlé fit fuir le Vif d'Or. Sans réfléchir, Andria plongea à sa poursuite, décidée à ne pas le quitter des yeux.

Hellsington, intrigué par la manœuvre de sa camarade, plongea juste devant elle. Alors qu'il allait toucher le sol juste devant elle, il remonta en piqué en lui criant au passage :

« T'es Batteuse, pas Attrapeuse ! »

Histoire de souligner sa réplique, il asséna un formidable coup de batte dans un Cognard qui fila droit sur Finney. Andria avait freiné brutalement, persuadée qu'elle allait percuter son camarade. Elle avait perdu le Vif d'Or de vue. Mais il avait raison, c'était pas son problème. Elle jeta un regard furtif au tableau de score. Sans qu'elle ne s'en rende compte, le score était passé à 30 – 10 pour Gryffondor. Effectivement, il fallait qu'elle se remue et qu'elle fasse son boulot. Elle remonta en flèche et frappa au passage un Cognard qui filait en direction de Wayne.

Hellsington n'était pas le seul à avoir trouvée étrange la manœuvre d'Andria. Jérémia, en la voyant faire, avait immédiatement plongé dans sa direction, suivie de près par James. Elle scruta rapidement le sol, histoire de voir si le Vif d'Or n'avait pas décidé d'être contrariant et de se cacher parmi les brins d'herbe. Soudain, à quelques mètres d'elle, elle le vit sortir de la pelouse. Elle se coucha sur son balai et fonça à sa poursuite. Malheureusement, la petite balle disposait d'une capacité de mouvement bien supérieure à celle d'une Sixième Année sur un balai. Elle bifurqua brutalement sur la droite. Jérémia, qui louchait sur le Vif depuis une bonne dizaine de mètres, fut plutôt surprise de trouver les gradins aussi près derrière lui. Elle remonta en piqué et aperçut James dans son champ de vision. Vraisemblablement, il avait profité de son retard sur elle pour anticiper les mouvements du Vif d'Or et n'avait pas perdu sa trace. Dès qu'elle eut reprit un peu de hauteur, elle fonça à sa poursuite. Elle remarqua alors qu'un Cognard fonçait droit sur elle. Si elle manoeuvrait pour l'éviter, elle perdait pendant trop longtemps la trace de James et du Vif d'Or.

Andria remarqua qu'un Cognard menaçait Jérémia. Elle remonta brusquement et lui asséna un coup de batte furieux. La balle noire et couturée continua sa course en direction opposée, en plein vers James. D'une pierre, deux coups, comme on dit. Se rendant compte qu'il était trop haut pour qu'un Batteur ait le temps de venir l'aider avant l'impact, James bifurqua brutalement, laissa le Cognard passer et reprit sa course.

Mais celui-ci sembla soudain étrangement ralenti. Comme s'il venait de percuter quelque chose. L'Attrapeur de Gryffondor écarquilla les yeux. Le Cognard avait percuté le Vif d'Or. La petite balle ailée venait d'être frappée par un Cognard en pleine course. En montée. La hauteur à laquelle elle avait pu être projetée était absolument imprévisible. Et impossible de prévoir quel comportement avait adopté le Vif. James se coucha un peu plus sur son balai. Tant pis. Il devait tenter le tout pour le tout. Jérémia l'imita, toujours quelques mètres en dessous de lui.

Puis soudain, James vit quelque chose tomber juste à quelques centimètres de ses mains crispées sur le manche de son balai. Une toute petite balle dorée qui avait vraisemblablement rentrer ses ailes pour mieux encaisser le choc de l'impact du Cognard. Par réflexe, il la suivit du regard sans vraiment penser qu'il venait d'indiquer sa position à Jérémia. Celle-ci, évidemment, compris le signal et tendit le bras pour l'attraper. Mais, tout aussi évidemment, c'est ce moment-là que choisit le Vif d'Or pour rouvrir ses ailes et reprendre le contrôle de sa chute.

Andria renvoyait Cognard sur Cognard, faisant tout son possible pour viser la Gardienne de Gryffondor. Le score était à nouveau une égalité, à 40 – 40. Elle ne se souciait plus de James. Jérémia avait la situation bien en main, elle lui faisait confiance. Elle devait se concentrer sur son rôle de Batteuse au lieu de se préoccuper du Vif d'Or.

Mais Jérémia et James géraient la situation nettement moins bien que ce que pouvaient penser leurs équipes. Le Vif d'Or avait décidé d'être extrêmement contrariant. A plusieurs reprises, ils avaient failli se percuter tous les deux à cause des manœuvres osées de la balle dorée. Mais la poursuite restait acharnée. Ni James ni Jérémia n'avait vu un Vif d'Or aussi… Vif, justement.

Les changements de direction brusques de la balle donnaient l'avantage tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Il était absolument impossible de prédire quand elle bifurquerait. Le problème, désormais n'était plus repérer le Vif d'Or, mais bel et bien de l'attraper. Et celui-ci n'avait pas l'air décidé à se montrer coopérant.

Jérémia avait réussi à prendre un peu d'avance sur James. La balle était pratiquement à sa portée. Elle tendit le bras et agita ses doigts assez inutilement. Elle ne vit pas le Cognard de Davey arriver droit sur son bras. Seul le craquement sonore qui s'en suivit l'alerta. La douleur lancinante qui transperça son bras, aussi, un peu.

La jeune fille s'attrapa immédiatement le bras, le visage crispé. Elle resserra les jambes autour du manche de son balai. Hors de question de se rendre. Immédiatement, elle se remit en quête du Vif d'Or. James n'avait pas réalisé ce qui était arrivé à sa rivale et avait profité de son arrêt forcé pour reprendre la tête. Bras tendu en avant, il coursait la petite balle. A quoi bon se préoccuper de Jérémia ? Ils n'étaient pas sensés être compatissants, ils jouaient au Quidditch !

Celle-ci, cependant, était bien décidée à ne pas lâcher l'affaire. Vraisemblablement, les professeurs n'avaient pas remarqué son bras qui pendait lamentablement le long de son corps. Au moins, elle gagnait du temps avant qu'ils sifflent un hypothétique arrêt de jeu.

Andria non plus n'avait pas remarqué ce qui venait d'arriver. A vrai dire, personne, pas même l'expéditeur du Cognard meurtrier. Elle se concentrait sur le match. Il ne fallait vraiment pas qu'elle se laisse déborder comme au début. Le score était désormais de 60 – 40 pour Gryffondor, et toute l'équipe de Serpentard comptait sur Jérémia pour rattraper la piètre performance de Cliffer. Elle expédia un Cognard vers Brown avec une force phénoménale. Warrick en profita pour marquer un nouveau but. Gryffondor était toujours en tête, mais il devait y avoir une faille à exploiter en visant la Gardienne avec des Cognards très régulièrement.

La jeune fille fit un signe à Hellsington. Autant être en phase, entre membres d'une même équipe. Et après tout, il avait pris un gros risque pour la rappeler à l'ordre. Elle lui devait bien ça, surtout si leur victoire pouvait en dépendre.

Un Cognard fonçait droit sur Jérémia. Sans réfléchir trop stratégique, Andria fonça dans sa direction et planta un grand coup de batte dans la balle qui s'approchait d'un peu trop près de son amie. Et elle remarqua. Elle remarqua les yeux mouillés de larmes et le bras ballant de son amie. Elle se stabilisa à son niveau, l'air épouvanté. Elle la stoppait dans sa course ? Tant pis.

« Jérem', pose toi ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu dois arrêter de jouer si ça va pas !

- Non ! On doit gagner le match, je dois rester ! Même avec un bras en moins, je peux l'avoir ! »

Elle se dégagea de son amie d'une jolie roulade du Paresseux et repris sa course d'un air encore plus décidé.

James lui, avait à nouveau perdu le Vif d'Or. En effet, il s'était retrouvé pris en traître par les deux Cognards, lancés habilement par Andria et Hellsington. Il avait dû se rabattre vers le sol prestement et n'avait pas eu le temps de noter la direction prise par le Vif d'Or. Il recommença par conséquent à tourner autour du terrain en scrutant le moindre petit reflet doré. Du coin de l'œil, il continuait à surveiller Jérémia. Des fois qu'elle ne soit plus vive, malgré son bras qui… Son bras qui pendait étrangement. James renonça à ses tours de terrain pour se rapprocher de l'Attrapeuse adverse.

« Jérémia, t'as fait quoi à ton bras ?

- Que dalle. Et n'essaie pas de faire copain-copain avec moi. On n'est pas amis. »

Elle se dégagea en roulant sur le côté, comme elle l'avait déjà fait avec Andria. Et James remarqua le mince filet de sang qui coulait le long de son bras. Vraisemblablement, il était cassé. Et si ça saignait, l'os avait peut-être même transpercé la peau. Pourquoi continuait-elle à jouer malgré ça ?

A cet instant précis, il l'aperçut. Le Vif d'Or voletait plus haut, en plein milieu de la mêlée des Poursuiveurs et des Batteurs. Il remonta en flèche, sachant pertinemment qu'il n'était pas vraiment en position d'essayer de raisonner Jérémia Somerset. Il tendit le bras, plus décidé que jamais à mettre fin au match. Personne ne pouvait jouer au Quidditch dans cet état. Elle devait aller à l'infirmerie…

Il sentit les ailes de la balle battre un instant contre sa main. Il la referma juste assez vite pour la sentir s'enfuirde justesse. Il se mordit la lèvre. Dire qu'il était passé aussi près…

Jérémia le dépassa en un instant, filant comme un boulet de canon, poursuivant le Vif d'Or dans la moindre de ses trajectoires. Son bras pendant n'avait pas l'air de trop l'handicaper… Le jeu pouvait reprendre… Et il avait intérêt à se montrer à la hauteur, parce que la jeune fille avait l'air décidée à exploiter toutes ses ressources.

Andria avait suivi fébrilement l'augmentation du score. Désormais, les Serpentards affichaient fièrement leurs 90 points, là où Gryffondor n'en avaient que 70. Mais malgré tout, si Potter arrivait à attraper le Vif d'Or avant Jérémia, ils perdaient. La jeune fille, tout en passant un Cognard à Hellsington pour dévier le Souaffle qui se dirigeait vers leurs cages, repensa à la blessure de son amie. Une telle obstination à vouloir gagner n'était pas vraiment étonnante venant d'elle, ça, c'était sûr. Mais d'ordinaire, elle savait plutôt bien reconnaître la défaite malgré tout. Là, elle semblait animée d'une véritable rage de vaincre les Gryffondors…

Comme pour confirmer les pensées de son amie, Jérémia passa sous son nez en trombe, son bras indemne tendu droit devant elle. Andria prit cela comme un rappel à l'ordre et expédia un Cognard bien senti sur James, qui décidément suivait l'Attrapeuse verte de beaucoup trop près. Elle ne devait surtout pas se déconnecter du jeu en si bon chemin.

Au bruit qui s'était à nouveau mis à agiter la foule, la jeune fille devina qu'un nouveau but devait avoir été marqué. Elle regarda le tableau des scores : 90 – 80. Jérémia devait impérativement attraper le Vif d'Or. Le plus vite possible. Mais Andria craignait qu'avec son bras en moins, malgré toute sa motivation, elle ne puisse pas avoir le dessus sur James.

Elle jeta un regard en coin aux deux Attrapeurs. Apparemment, le Vif d'Or avait encore disparu, puisqu'ils avaient repris leurs tours de terrains. Soudain, un bourdonnement quasi-imperceptible lui chatouilla l'oreille. La balle dorée battait des ailes à quelques centimètres de son visage, elle le savait.

« Jérémia ! Go ! » Hurla-t-elle.

Andria verrouilla ses épaules, recula brusquement et asséna au Vif d'Or un formidable coup de batte qui le redirigea droit sur Jérémia. La balle tenta furieusement de battre des ailes pour réussir à reprendre le contrôle de sa trajectoire, mais en vain.

En entendant le cri lointain de son amie, l'Attrapeuse Verte freina net et la chercha un instant des yeux. Elle ne la vit pas. En revanche, elle vit parfaitement le Vif d'Or foncer sur elle à une vitesse saisissante. Sans trop se poser la question de comment, elle leva les bras pour l'attraper. La balle cogna sa main droite. Nouveau craquement. Son bras se tordit dans une position assez inhumaine et la balle continua sa course. Le visage de Jérémia se tordit de douleur. Elle ramena son bras contre elle, se plia un peu plus sur son balai et bifurqua pour poursuivre la balle.

Le visage d'Andria se figea. Avec son habitude de renvoyer des Cognards, elle avait tapé comme une bourrine dans le Vif d'Or. Et avec la force de l'impact, il avait pris suffisamment de vitesse pour bousiller un peu plus le bras de son amie. James, qui était posté une dizaine de mètres derrière Jérémia, plongea à la poursuite du Vif, qui n'était désormais plus qu'à quelques centimètres de sa main. En gros, elle avait merdé sur toute la ligne.

Elle tâcha de concentrer toute sa colère dans ses bras pour gagner en puissance. Elle reçut d'un solide coup de batte le premier Cognard qui eut le malheur de passer à sa portée. Celui-ci se retrouva projeté à une vitesse impressionnante en direction de Justine Brown. Elle voulut cabrer pour l'éviter mais la balle couturée la désarçonna de son balai.

La jeune fille s'accrochait de toutes ses forces à son balai. Une de ses mains lâcha, l'autre glissant logiquement vers l'extrémité du balai. Elle tenta de se raccrocher, en vain, ne faisant que rapprocher inexorablement le moment où la sueur sur ses doigts aurait raison de son dernier point d'accroche. Elle tenta dans un espoir fugace de faire passer sa jambe par-dessus le manche.

Brusquement, elle sentit le poids de son corps se dérober sous son bras, comme si elle n'avait plus à supporter sa propre masse. Elle jeta un regard fugace en dessous d'elle, surprise. James était en train de soutenir la hanche de la jeune fille pour qu'elle remonte plus facilement. Après tout, qu'est-ce qu'une équipe sans gardien ? Un sourire fugace se dessina sur son visage tandis qu'il cherchait Andria des yeux.

L'espace d'un instant, leurs regards se croisèrent. La seconde d'après, Justine Brown était de retour dans le match et James fonçait sur la batteuse de Serpentard, littéralement couché sur son balai pour aller plus vite. Andria, paniquée, regarda autour d'elle et réalisa que le Vif d'Or était encore venu voleter autour d'elle. Elle soupira et plongea en avant. Lorsqu'elle se stabilisa à nouveau pour renvoyer un Cognard, elle remarqua que la balle ne l'avait pas quitté. Elle gratifia la grosse balle noire d'un coup de batte colérique et chercha à semer le Vif. Elle avait l'étrange impression que James la poursuivait elle. Et si elle pouvait, l'éviter, c'était quand même mieux.

Une idée lui vint. Le Vif d'Or avait cette particularité de systématiquement se débiner si un Attrapeur était dans le coin. Il lui suffisait donc de ne pas y faire attention jusqu'à ce que James se pointe et qu'ils s'en aillent tous les deux. Elle hocha la tête, fière de son plan, et verrouilla ses épaules pour renvoyer un nouveau Cognard. La petite balle dorée voletait toujours au dessus de sa tête, comme si elle s'était trouvée une amie. Mais la jeune fille n'y prêtait plus attention. Elle continuait à jouer comme si de rien n'était.

Un certain temps, tout du moins.

James arriva sur elle en trombe, et pivota sur son balai, pour attraper le Vif d'Or au dessus de sa tête sans la percuter. Raté. La petite balle, comme à son habitude, se débina au dernier moment. James freina avec agilité et bifurqua à nouveau vers Andria.

Le Vif d'Or, en effet, n'avait pas opéré à un changement de direction franc. Il ne s'était déporté que de quelques centimètres sur le côté pour éviter que l'Attrapeur n'arrive à s'en saisir. Ainsi, il pouvait continuer à voleter tranquillement autour de la jeune Serpentarde. Et ça devenait difficile d'en faire abstraction. A fortiori quand le garçon qui l'avait humiliée comme jamais moins d'une heure auparavant lui tournait autour comme la mouche autour du pot de miel. Andria ferma les yeux et soupira. Elle renvoya un Cognard vers Empton et tenta de se re-concentrer sur le jeu. Tant pis pour James qui bourdonnait au dessus d'elle. Il suffisait qu'elle se penche s'il s'approchait trop de sa tête.

Jérémia, elle, avait beau avoir repéré le Vif d'Or, elle ne pouvait pas se permettre d'entamer une mêlée avec James. Son bras cassé l'empêchait de prendre trop de risques. Elle avait donc choisi de décrire des cercles au dessus de lui, du Vif d'Or et par conséquent de son amie. Elle aussi trouvait l'attitude de la balle étrange. Mais bon. Contrairement à Andria, il ne lui était pas trop difficile d'en faire abstraction. Elle avait plus l'habitude de fréquenter le Vif d'Or que son amie.

L'Attrapeuse repéra une faille. La balle stagnait devant Andria. Si elle manoeuvrait bien, elle arriverait à l'avoir en passant à une distance raisonnable de son amie, simplement en tendant le bras. Elle plongea et prit sa position. James le remarqua et plongea à son tour. Andria, elle, n'avait rien remarqué.

Les deux Attrapeurs se croisèrent juste en face d'Andria. Leurs bras se dévièrent mutuellement. Le Vif d'Or, sans issue, sauta dans l'entrebâillement du maillot de la Batteuse. Celle-ci rougit violemment et se débattit maladroitement. Jérémia ne put réprimer un petit rire nerveux mais pouvait imaginer la gêne de son amie. James, lui, ne retenait pas son rire. Ce match s'avérait décidément plein de surprises.

Son rire s'interrompit quand il reçut quelques gouttes sur le visage. Il pleuvait ? En cette saison ? Il se passa le doigt sur le nez pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé et regarda ses doigts. Trois petites coulures rouges. Du sang. Il se retourna brusquement. Jérémia, triomphante, tenait le Vif d'Or entre les doigts.

James s'était laissé distraire par la manœuvre du Vif d'Or, sans prêter attention au fait qu'évidement, Andria avait réussi à l'expulser, à un endroit qui arrangeait Jérémia pour le cueillir à la sortie.

Et elles avaient réussi. On siffla l'arrêt de match. Victoire des Serpentards par 240 à 120. Jérémia poussa un hurlement de joie. Ou de douleur. Son bras saignait de plus en plus, et personne n'avait réagi dans le public. A cette distance et au beau milieu de l'action d'un match, aucun spectateur n'avait fait attention aux gouttes de sang tombant à intervalles réguliers de la manche de la Serpentarde, ni même à son bras qui pendait. Elle se posa et se laissa tomber par terre, le visage figé dans son sourire triomphal. Elle ferma les yeux. En fait, elle n'aurait peut-être pas dû tant forcer pour continuer à jouer…

Le reste de l'équipe se posa. Tous se précipitèrent sur elle pour la féliciter. Andria, elle, s'inquiétait plutôt pour sa blessure. Elle souleva délicatement le bras de son amie et releva la manche de son maillot tâché de boue et de sang. Flash-back. L'image du visage de Lucius se superposa à celle du bras de Jérémia. En effet, les deux blessures semblaient être faites pareilles… Le sang coagulé donnait à la plaie un aspect encore plus rebutant. Le plus horrible était cependant évidement le morceau d'os qui avait traversé la peau de son bras. Andria retint un hurlement et plaqua la main devant sa bouche. Le cri qu'elle avait retenu, en revanche, Justine Brown le décupla. En retournant aux vestiaires, elle était passée à côté de l'attroupement de Serpentards et avait jeté un coup d'œil au milieu.

Les professeurs accoururent rapidement. La première terreur passée, Jérémia fut transportée à l'infirmerie.

Son interdiction de visite lui rappelait cruellement la journée de la veille, à ceci près que Alessandra Nalen ne serait plus là pour rentrer dedans avec un nez énorme et en ressortir avec une dent qui bouge.

Mais les deux journées comprenaient des similitudes troublantes. Ou alors elle se faisait des idées.

Une troupe de Gryffondors passèrent devant l'infirmerie alors qu'Andria se rongeait les ongles en attendant de savoir si Jérémia allait mieux. Ils la montrèrent du doigt en émettant des bruits grossiers. Frustrés par leur défaite, sans doute. Elle soupira. Ils étaient pathétiques. Un deuxième groupe de gens vêtus de rouge traversèrent devant elle. Ils avaient la mine plus sincèrement désappointée. James et Sirius ouvraient la marche, suivit de près par quelques chanceux qui avaient toujours réussi à faire croire qu'ils étaient leurs amis. L'Attrapeur était occupé à détailler son échec lamentable, sans prêter attention aux quolibets de son ami. C'était pas très difficile de se moquer de ce genre de situation. Vous prenez un Vif d'Or, une jolie fille et un décolleté et un des meilleurs Attrapeurs de l'Histoire de Poudlard est réduit à l'état de jeune labrador écervelé. Il ne fait plus attention à rien et rigole pour masquer son excitation. Même s'il a humilié la jolie fille en question moins d'une heure auparavant.

Andria regarda Sirius, u peu plus intensément qu'elle ne l'aurait cru. Il avait sa mine de tous les jours. Qui aurait pu croire que ce garçon-là était à ses pieds pendant la nuit ? Il se retourna brièvement vers elle, mais par égard vers son ami, il n'esquissa pas même un geste. Mais elle avait bien vu que s'il avait été seul, il serait venu la voir. Mais elle ne savait quand même pas comment interpréter ça. Puisqu'au final, il ne l'avait pas fait.

Il fallait qu'elle arrête de tergiverser, comme ça. Elle se faisait pas du bien. La jeune fille secoua la tête et essaya de ne pas les regarder s'éloigner. Sans grand succès. Elle surprit même son regard à courir sur les reins de Sirius. Non. Fallait vraiment qu'elle arrête son délire. C'était fini, maintenant. Et le fait que Jérémia est attrapé le Vif d'Or aussi facilement à cause de son décolleté ne risquait pas d'améliorer leurs relations. Les choses allaient vraiment rentrer dans l'ordre. Elles seraient juste pire qu'avant. Ca s'inscrivait dans la logique des choses, après tout.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit et Madame Pomfresh lui fit signe d'entrer. Non, c'était pas comme hier. La journée de la veille resterait un beau souvenir, mais c'est tout.

« Vous avez des amis plutôt casse-cous, vous, hein ? »

Andria ne se donna même pas la peine de répondre à l'infirmière. Elle était plus sympathique qu'hier et faisait visiblement un effort pour entamer la conversation. Mais la jeune fille avait les yeux rivés sur le lit au fond de la pièce.

Jérémia arborait un sourire triomphal. Elle esquissa un mouvement pour accueillir son amie d'un grand signe de la main et son visage se crispa soudainement. Sous son bras s'étalait une immense tâche de sang. Son pyjama à pois était également teinté d'un rouge sombre. L'avant-bras, à l'endroit de la fracture, était emballé dans un immense bandage. Il prenait ainsi des dimensions de Popeye encotonné, l'ancre en moins. Mais étrangement, lorsqu'elle ne faisait pas de faux mouvements évidemment, Jérémia rayonnait.

Madame Pomfresh pointa inutilement le lit du doigt et s'éloigna vers son bureau. Andria s'avança jusqu'à son amie et s'assit au bout de lit.

« Ca va comment alors ? demanda-t-elle en serrant les dents.

- Bin écoute, on fait aller. Pomfresh m'a fait boire une potion de Cicatrisation Accélérée, mais je serais obligée de passer la nuit à l'infirmerie et de me farcir une fiole entière de Pouss'os, grimaça la jeune fille.

- Si t'en es juste à te tracasser pour ça je suis rassurée. »

Andria sourit. Comme prévu, Jérémia gérait étonnement bien.

Malgré tout, une question lui brûlait les lèvres. Mais la réaction de son amie n'était absolument pas prévisible. Aussi la jeune fille était en proie à un trouble assez saisissant.

« Hum. Et toi, t'es sûre que ça va, Andy ? »

Andria rougit violemment. Elle n'était même pas capable de contenir ses afflux sanguins, alors comment cacher à l'une de ses meilleures amies qu'une question la taraudait ?

« Oui, oui… assura-t-elle avec le plus de conviction possible.

- Pose ta question, tu sais, je vais pas te bouffer. »

Là, quand même, c'était impressionnant. Elle était déchiffrable à ce point ? La jeune fille se mordit la lèvre et ferma les yeux l'espace d'un soupir. Elle avait plus vraiment le choix, elle devait se jeter à l'eau.

« Hum… Bin voilà, écoute, toi qui es d'habitude une fille assez… Consciente de tes limites, je me demandais pourquoi…

- J'avais tenu à poursuivre le match en prenant le risque et de le perdre d'encore plus, et d'endommager mon bras encore plus aussi ?

- …

- T'es vraiment une courge, alors, tu fais pas juste semblant.

- Quoi ?!

- Sans rire, ça m'étonne que quelqu'un d'aussi subtil que toi n'ai pas compris.

- Mais compris quoi ?

- C'est pour toi, pomme à l'eau ! »

Andria était estomaquée. Jérémia avait pris de tels risques pour elle ? Juste pour elle ?
Mais à la réflexion, la réponse n'était toujours pas d'une limpidité extrême.

« Mais pourquoi ?

- A ton avis, tu aurais été dans quel état si James avait gagné ? Tu crois vraiment qu'il serait resté les bras et qu'il n'en aurait pas profité pour te rabaisser ? Je le vois bien que ta situation est pas facile en ce moment, alors excuse moi de pas avoir envie de donner aux Maraudeurs une raison de plus de se foutre de toi. »

Jérémia croisa les bras et fit la moue, comme si ça excluait toute prolongation du débat.

Andria écarquilla les yeux un instant. Sans trop qu'elle s'en rende compte, une paire de larmes roulèrent sur ses joues. C'était la première fois que quelqu'un lui disait quelque chose du genre. Evidemment, la déclaration d'amour implicite et timide de Sirius, ça rentrait pas dans la même catégorie. Et vu son comportement aujourd'hui, elle n'avait pas vraiment envie de se montrer parfaitement objective. Toujours était-il qu'elle ne se serait jamais attendu à un tel sacrifice de le part de Jérémia Somerset, la jeune fille sublime à qui tout réussit, la préfète, l'Attrapeuse brillante et la Capitaine respectée. Ca collait pas au personnage.

« Mais que… Je… Enfin, tu…

- Mais pourquoi tu as fait un truc pareil ? Prendre un risque aussi inconsidéré juste pour moi ? Railla Jérémia d'une voix faussement aiguë.

- …

- Fais pas cette tête, Andy ! A ton avis, pourquoi j'ai fait ça ?

- …

- Peut-être, voyons voir… Parce que je suis ton amie ? »

A cet instant précis, la lèvre d'Andria fut prise de convulsions. Vous savez, ce phénomène étrange où la lèvre inférieure n'arrive plus à s'arrêter de trembler. Et bien voilà. La jeune fille avait réussi à contrôler ses larmes, mais la lèvre, s'en était trop.

Jérémia poussa un profond soupir et leva les yeux au ciel. Elle prit son amie par les épaules.

Jamais Andria n'avait autant regretté d'être aussi proche de la jeune fille…

Sa bouche à quelques centimètres à peine de l'oreille de la Batteuse, elle avait poussé un hurlement déchirant. En un instant, ses yeux se brouillèrent de larmes et son bras retomba dans un craquement sinistre sur l'oreiller sur lequel il reposait.

Andria se retourna brusquement vers son amie et la prit par les épaules à son tour, la gorge nouée.

« Mais qu'est-ce que vous avez encore fait, toutes les deux ? On peut vraiment pas vous laisser seules ! Merton, sortez immédiatement ! Vous voulez qu'elle se remette comment si vous nous la castamez tout le temps ? »

L'index vengeur de Madame Pomfresh était pointé sur la porte de sortie et Andria ne se sentait d'humeur à affronter son regard. Elle déposa une bise sur la joue de son amie et se dirigea vers la sortie. Juste avant de la laisser à nouveau seule, elle lui adressa un signe de main et un sourire un peu mélancolique.

La porte se referma sur elle, sans appel. Andria se laissa tomber sur une des chaises le long du mur. Elle en avait un peu marre de toujours se sentir inutile et impuissante dans ce genre de situation…

Et par-dessus tout elle en avait marre que les gens pour qui elle se découvrait un intérêt soudain et dévorant se retrouvent cloîtrés à l'infirmerie. Elle poussa un long soupir et s'essuya les joues du revers de la main.

« Alors, comment va-t-elle ? »

Andria se retourna en sursaut. Hellsington était penché sur elle, un sourire un peu inquiet barrant son visage. La jeune fille lui rendit un sourire, un peu plus détendue. Bizarrement, elle s'était attendue à ce que James soit venu prendre de ses nouvelles. Elle secoua la tête pour chasser cette idée.

« Bin écoute, elle a l'os en charpie, la cassure n'est pas nette du tout. Elle va rester à l'infirmerie cette nuit et aura droit à un traitement au Pouss'os. Et elle vient de se recraquer le bras en essayant de me prendre les épaules. »

Hellsington esquissa un rire et s'assit à côté de la jeune fille.

« Bon, ben ça va, alors. Normalement, demain, ça ira. On peut compter sur Pomfresh, même si elle est un peu revêche. Et puis bon, on a gagné grâce à elle, donc on peut être sûr que le moral sera au beau fixe.

- Ca c'est vrai. Et même, là, elle avait l'air plutôt bien.

- En tout cas, beau match. Bon évidemment, tu nous as fait quelques manœuvres originales mais bon…

- Oh écoute, c'était assez énervant que le Vif d'Or ne me lâche pas. D'ailleurs, j'aurai bien aimé voir comment tu aurais réagi à ma place.

- Oui, mais moi j'ai pas autant de poitrine. »

Andria rosit et croisa les bras par-dessus ses seins. Elle fit la moue, sans pouvoir tout à fait réprimer un sourire. Hellsington avait toujours su la faire rire.

« Je crois que ça aurait quand même pu faire rire James de se voir te secouer. C'est que ça chatouille, des ailes de Vif d'Or.

- Ca je veux bien te croire. J'ai auditionné pour être Attrapeur avant de me rabattre sur le poste de Batteur. C'était dur de rivaliser avec Jérémia, pendant les séances d'essais.

- J'imagine. Non, moi j'ai été engagé uniquement parce que j'avais aligné un type de septième année à coup de pilon à salamandre. Jérém passait à côté à ce moment-là et à saluer la performance. Chance pour moi, c'était déjà elle la préfète et j'ai pas eu d'ennuis. Elle a lancé un sortilège d'Oubliettes à mec pour qu'il n'aille pas se plaindre.

- Whaou ! Et bin, faut pas te chercher, toi ! Déjà en te voyant manier la batte, ça me serait pas venu à l'idée mais bon.

- Arrête, je suis pas non plus un tank !

- Tu te défends très bien, crois-moi. Mieux que la plupart des autres Batteurs que j'ai vu défiler dans l'équipe avant toi.

- Merci. Je trouve que c'est un bon défouloir… Et ça évite en prime de se cogner des ennuis avec les profs.

- C'est une façon de voir ça. J'avoue que personnellement, je prends plutôt ça du côté symbolique. Puisque je ne peux pas me castagner vraiment avec les gens que je méprise dans les autres Maisons, je me sers de ce poste. Un bon Cognard règle plus facilement les problèmes que de provoquer vraiment les gens. Et en plus, on prend moins de risques. J'ai pas forcément la carrure pour battre Hashley, ou même Potter. »

Andria se raidit. Elle ne s'attendait pas vraiment à ce que son nom débarque sur le tapis.

« Pourquoi tu frissonnes ?

-Non, rien.

- C'est Potter ?

- …

- C'est Potter. Qu'est-ce qui se passe ? Il t'a fait un truc ?

- Non, non… C'est que… Laisse tomber, c'est un pauvre crétin. »

Hellsington fronça un peu les sourcils, mais un sourire ne tarda pas à se redessiner sur son visage. Même ses yeux se radoucirent un peu.

« C'est dommage que je n'apprenne ça qu'à la fin du match. Je lui aurai envoyé plus de Cognards si j'avais su… »

Andria rougit un peu plus. Plus par réflexe que par vraie coquetterie, elle arrangea une mèche de cheveux derrière son oreille et son sourire s'agrandit un peu.

« Hum… Excuse moi, mais… Je peux savoir pourquoi tu poses ta main sur la mienne ? »

Hellsington la retira brusquement et la mit dans sa poche, histoire de montrer à la jeune fille qu'il avait l'intention d'éviter les fuites. Celle-ci le regarda, un peu interloquée, puis glissa sa propre main vers la sienne.

« Tu sais, j'ai pas dit que ça me dérangeais… »

Le jeune homme la regarda, étonné. Puis ce fut son tour de rougir. Il attrapa la taille d'Andria et la rapprocha de lui. Sa deuxième main remonta le long de son dos et il approcha son visage de celui de la jeune fille. Il caressa ses cheveux, un sourire paisible et rassurant suspendu aux lèvres. Puis il déposa un baiser dans son cou, sur son menton, sur sa joue et enfin sur ses lèvres.

Andria ferma les yeux, se laissant porter par cette scène irréelle. Un bruit de pas brusquement arrêté la ramena à la réalité. Elle rouvrit les yeux et jeta un coup d'œil sur le côté. Elle se décolla vivement de la bouche insatiable du jeune homme qui marqua un temps avant d'ouvrir les yeux à son tour.

Sirius était debout en plein milieu du couloir, figé.

Andria se rassit sur sa chaise et regarda successivement les deux garçons, le visage crispé. Comment avait-elle pu laisser la situation dégénérer à ce point-là ?