-
Captain ! Enfin te voilà, toi qui es reconnue comme étant la plus
grande DJ de tout Londres ! s'écria David en levant les bras, prêt
à l'enlacer.
Il ne fit que la gifler violemment, mais non sans
un certain amusement. Kate lâcha un faible gémissement, la joue
rougie, les larmes aux yeux. Elle tenta bien malgré elle de
s'enfuir, mais fut malencontreusement retenue par les gorilles de
son employeur qui lui serrèrent durement les avant-bras afin de la
maintenir en place.
- Hey ! s'écria alors le Docteur à ses
côtés.
- Qui êtes-vous, vous ? s'insurgea l'autre
excentrique.
- Je suis le Docteur.
- Bah voyons ! Un Captain…
et un Docteur. Le parfait accord si je puis me permettre !
Cunnighan, un jeune homme grand et roux, les yeux verts et
l'allure très élégante apparaissait alors comme un
perfectionniste insatiable de pouvoir et d'ambition. Voilà des
années qu'il se prétendait être le plus noble de sa famille,
traitant ses amis comme de simples passe-temps et ses femmes comme
des objets utiles à son bon fonctionnement physique. Des rumeurs de
meurtre et de torture traînaient ça et là dans son ombre, sans que
quiconque ne puisse jamais rien prouver. En termes clairs : mieux
valait-il ne pas le fréquenter de trop près, et encore moins vivre
à ses dépends. Il se retourna vers Kate et l'attrapa par les
épaules, enfonçant profondément ses doigts dans sa chair.
- Tu
vas te préparer, et tu vas mixer. Presque tous mes invités sont
présents, ainsi que les envoyés spéciaux de toutes les radios de
Londres.
- Tu… tu… me fais mal…, geignit l'autre.
-
Lâchez-la ! éclata le Docteur qui ne supportait pas que l'on
maltraite une femme.
- Elle m'appartient ! Elle fera ce que je
lui demande -et à meilleure raison je pense- si votre vie en dépend
!
- Qu… Quoi ?
- Attrapez cet homme et exécutez-le !
Ses
hommes de mains s'avancèrent à l'encontre du Docteur, près à
faire feu. Ce dernier ne montra aucune résistance, peu désireux
d'être blessé par balle, sachant pertinemment que cette manoeuvre
n'était qu'un coup de bluff de la part de leur hôte. L'un lui
donna un violent coup dans les jambes, l'obligeant à
s'agenouiller. L'autre tira ses cheveux en arrière, l'incitant
à lever la tête et à faire face à sa mort prochaine.
- Non !
cria Kate, complètement dépassée par les évènements. Arrête !
Je… je… je ferais… tout ce que tu voudras.
- Parfait !
Le
jeune homme sortit une pochette CD de sa veste et la lui tendit :
-
Voilà le CD que je t'avais recommandé d'acheter. Prends-le et
utilise-le. Je veux l'entendre ! Je le veux !
- Bien…
Elle
regarda tristement le Docteur, puis s'éloigna d'un pas rapide,
les larmes aux yeux. Le prisonnier leva le regard vers le « neveu de
sa majesté » et chercha tant bien que mal à atteindre sa pitié :
- Pourquoi elle ? Pourquoi l'utilisez-vous ainsi comme une
esclave ? Elle n'a jamais fait de mal à qui que ce soit !
-
Kate Wilson est quelqu'un de très spécial. Elle n'entend pas le
son, elle le vit ! La légende veut qu'elle n'ait suivi qu'un
seul cours de piano étant jeune et que ce cours lui fut une
révélation totale dans le domaine musical ! Vous verrez… Elle est
capable de beaucoup avec un simple disque, notamment de mettre fin à
ce monde de dégénérés !
Cette déclaration pour le moins
apocalyptique -et très paradoxale pour un fou assoiffé de pouvoir-
pouvait sans aucun doute prêter matière à confusion, mais le
Gallifréen comprit bien assez vite de quoi il en retournait et,
dévisageant sévèrement son interlocuteur, il s'écria :
- Le
Portail des Spectres ! La fréquence par laquelle ils peuvent entrer
dans notre dimension… elle est sur ce CD pas vrai ? C'est ainsi
qu'ils ont pu s'introduire dans la boutique de Music-Mega Store !
Quelqu'un avait malencontreusement diffusé la musique à travers
tout le magasin !
Cunnighan hocha la tête et fronça les
sourcils, visiblement surpris.
- Vous semblez bien connaître les
Spectres Tartariens !
- Pas plus que vous il me semble… Vous
êtes l'un des leurs !
- C'est exact ! s'exclama l'autre
fièrement. J'ai pris possession de mon hôte aussi facilement
qu'on enfile une chemise !
- Vous vous apprêtez à décimer
toute la planète ! Ces gens ne vous ont rien fait, laissez-les
tranquilles !
- Je suis navré Docteur, mais c'est impossible !
Voilà trop longtemps que notre communauté souffre en silence dans
un Enfer qu'elle ne méritait pas. Maintenant c'est aux humains
d'en payer le prix ! Mouahahahahahahhahahahahaha !
A
quelques étages de là, une jeune femme se préparait pour cette
soirée inoubliable, dans une salle de bain que le maître des lieux
avait daignée de lui prêter. Kate fit couler la douche et laissa
l'eau ruisseler sur sa peau blanche, couverte ci et là de quelques
vieilles cicatrices. Elle se savonna, et profita de cet instant de
répit pour changer sa couleur de cheveux, passant du violet discret
au rouge flashant. Dix minutes s'écoulèrent ainsi, dans le calme.
Kate se laissa bercer par le chant mélodieux de l'eau qui perlait
sur les murs et les vitres, sous les caresses chaudes du doux
liquide, sans pour autant parvenir à l'oublier. Oui, elle ne pouvait
chasser son visage de son esprit, sa voix solenelle, ses yeux noirs
intenses... Le Docteur était définitivement quelqu'un d'inoubliable
qui causait de grandes peines de coeur...
A contrecoeur, et
surtout à l'idée qu'une homme était menacé de mort par sa
faute, Kate sortit de la douche, s'habilla et commença à se
maquiller. Tout à coup, alors qu'elle faisait face au miroir, elle
constata que le reflet qu'elle y découvrit n'était pas le sien,
et hoqueta d'effroi :
- Rose !
- Salut Kate ! sourit
l'autre les mains dans les poches de son jean.
La jeune femme
se recula de trois pas en arrière, et referma la porte de la salle
de bain, de peur que quelqu'un n'entende leur conversation.
-
Non, c'est impossible, tu étais partie ! Tu avais dit que tu
reviendrais plus !
- Je suis sincèrement désolée, avoua
l'autre femme en secouant la tête, mais je ne le fais pas exprès
tu sais… J'ignore vraiment ce qui se passe ! J'étais à table
avec ma famille et voilà que je me retrouve transposée dans ton
reflet…
- Tout le monde m'a crue folle à cause de toi ! Je
n'ai pas réussi à trouver du travail !
- Je te jure que je ne
l'ai jamais voulu…, soupira Rose visiblement attristée par le
sort déplorable de son amie. Que se passe-t-il ?
- Ce qu'il se
passe ? Oh rien ! David menace de tuer un homme si je n'anime pas
sa petite soirée !
- Quel homme ?
- Un type que je viens de
rencontrer… enfin bref peu importe. Il risque de mourir.
- Je
t'avais dit de ne plus fréquenter ce type ! Il est dangereux !
-
Il m'a retrouvée ! Et puis… si tu étais si inquiète de mon
sort, tu n'avais qu'à venir m'aider !
- Je te l'ai déjà
dit, soupira l'autre. Je suis coincée dans une autre dimension !
Tu es le seul lien qui me lie à celle-ci ! Bien que j'ignore encore
comme et pourquoi...
- Oui bien sûr ! Une autre dimension ! Mon
psy lui, dit que tu n'es qu'une hallucination !
- Il a tort,
je suis bien réelle !
- Non tais-toi !
La jeune femme se
boucha les oreilles et ferma les yeux, espérant de tout son cœur
que ce fantôme disparaîtrait une fois pour toute de son existence.
Rose la contempla un long moment, les bras croisés et jeta un coup
d'œil à sa montre. Kate se risqua à ouvrir une paupière et
constata qu'elle était toujours là, attendant qu'elle
redevienne raisonnable et adulte.
- Pourquoi es-tu ici ?
soupira-t-elle finalement. Je me suis séparée de toutes tes
affaires. J'ai donné tout ce qui t'appartenait ! Je ne devrais
plus avoir aucun lien avec toi !
- Peut-être que tu as récupéré
sans le savoir quelque chose qui m'appartenait, ou que tu as
rencontré quelqu'un que je connaissais, supposa Rose.
Kate
réfléchit une minute à la seconde solution et pensa immédiatement
à cet homme étrange, avant de rejeter l'hypothèse Non, Rose
n'était vraiment pas le genre de personne à côtoyer un prétendu
Docteur, à moitié givré et possédant deux cœurs… non
certainement pas.
- La seule explication logique à tout ceci est
que tu n'existes pas, et que tu es réapparue parce que j'ai
besoin d'aide et de soutien pour m'échapper d'ici une bonne
fois pour toute.
- Kate…, soupira le reflet.
- Oui, tu as
toujours été mon amie par le passé, tu étais toujours sympathique
avec moi, même si bégayais à longueur de journée. C'est pour ça
que tu es là, dans mon imagination, tu es la seule sur qui je
pourrais compter en cas de pépin. Tu es quelqu'un de bien Rose.
-
Comment expliques-tu que j'ai disparu sans laisser de trace ? Avec
tous mes amis et ma famille ?
- Probable que tu sois partie à
l'étranger, à l'autre bout du monde… la Terre est vaste !
-
Pas autant que l'Univers !
- Qui plus est, poursuivit Kate dans
son raisonnement, avec les évènements étranges d'aujourd'hui à
la boutique de Music-Mega Store…
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il
s'est passé ?
- Une attaque de Spectres Soniques Tartariens…
Sortis eux aussi d'une autre dimension.
Rose ouvrit de larges
yeux et la regarda bouche bée, reconnaissant sans mal le vocabulaire
de son ancien compagnon :
- Comment peux-tu savoir ça ?
- Un
type me l'a dit.
- Quel type ? insista l'autre la gorge
nouée.
- Le…
Quelqu'un tambourina à la porte de la
salle de bain. Kate sursauta et secoua la tête, sortant soudainement
de sa rêverie.
- Hey ! Magnes-toi au lieu de chanter ! grommela
un gorille visiblement bourru.
Kate regarda Rose une dernière
fois puis sortit de la salle de bain sans mot dire.
