Au lendemain des hostilités, les deux compagnons marchaient le long de la Tamise, profitant des reflets dorés du soleil levant sur le long fleuve tranquille. Kate souriait, contente de constater que le Docteur s'était parfaitement rétablit –comme il l'avait prévu.
Voilà près d'une heure qu'il lui relatait une de ses aventures sur Eris, une planète pour le moins périlleuse… mais en réalité, elle ne l'écoutait pas, s'amusant plus à détailler chacune de ses nombreuses mimiques qu'à comprendre le comment du pourquoi les Erisiens -et une race appelée les Snwoworse- se faisaient la guerre depuis deux cents ans.
- Kate ! hurla une voix féminine. Oh mon Dieu j'y crois pas : le Docteur ! Hey Docteur ! Docteur vous m'entendez ? Docteur !!
La jeune femme aux cheveux rouge se stoppa net, sous le regard plus que surpris du gallifréen qui s'arrêta également. Elle scruta alors l'eau, et découvrit non pas l'image de son reflet mais celui de Rose, rayonnante de joie à l'idée de revoir celui qu'elle chérissait tant.
- Que se passe-t-il ? demanda le Seigneur du Temps qui ne voyait visiblement pas le miracle.
Kate s'affola, comprenant soudainement que sa paranoïa reprenait le dessus. Elle secoua la tête et se remit en marche, sans autre explication. Le Docteur fronça les sourcils, mais s'abstint de toute autre question.
- Où… où m'emmenez-vous ? s'enquit-elle alors, curieuse de cet homme étrange et mystérieux.
- Je crois que j'ai ma petite idée sur la réponse, remarqua Rose sans les quitter.
- Chez moi ! sourit le Docteur sans l'entendre.
- Effectivement, c'est bien ce que je pensais… Quel tombeur ce Docteur ! Et moi qui imaginait qu'il continuerait son chemin seul…
- Chez… chez vous ? balbutia Kate en ignorant la jeune femme.
Il s'arrêta enfin et tendit le bras en direction d'une cabine bleu, de petite taille et visiblement vétuste –quoique entretenue on devait l'admettre-, datant probablement des années 50.
- Ce n'est guère pratique pour recevoir des cartes postales, néanmoins c'est très agréable à vivre !
- Vous vivez… là… là dedans ? Désolée mais… mais… je ne peux pas…
- Pourquoi ?
- Je suis claustrophobe !
- Tu as tort ! s'écria Rose dans l'eau. C'est trop génial pour passer à côté ! Et puis, si tu refuses de le suivre, je ne pourrais jamais plus le revoir ! Je t'en prie Kate ne joue pas les poules mouillées, toi qui as sauvé la planète il y a à peine quelques heures !
- Je le nomme le TARDIS, signala alors le Docteur en ouvrant la porte. Regardez par vous-même, on est loin de s'y sentir à l'étroit.
Kate fronça les sourcils et se risqua à y jeter un œil pour découvrir une vaste salle au centre de laquelle une console aux commandes complexes s'animait de quelques bruits étranges et signaux lumineux. Elle se recula de quelques pas pour mesurer la cabine de l'extérieur et rentra finalement, complètement stupéfaite.
- C'est… c'est… c'est plus…
-… grand à l'intérieur ? soupira le Docteur peu surpris de la remarque.
- Oui !
- C'est moins commode pour le ménage, c'est sûr…
Il sourit de toutes ses dents et, tout en sautant vers le centre de la pièce, demanda tout jovial et sans détour :
- Bon, où voulez-vous aller ? Quand voulez-vous y aller ? Je peux vous emmener partout et n'importe quand dans l'Univers, sauf peut-être en l'an 12999 à Thalesia.
- Pourquoi ?
- Longue histoire, grimaça-t-il sans donner davantage de détails.
Kate fronça les sourcils. On pouvait la traiter de schizophrène, ce type n'en était pas moins paranoïaque ! Trop de phénomènes étranges s'étaient produit ces dernières 24 heures pour qu'elle se hasarde une fois encore à des expériences trop insolites.
- Allez-y sans… sans moi, déclara-t-elle finalement tête baissée.
- Quoi ? s'écria le Docteur.
- Non mais t'as perdu la tête ? intervint Rose dans le reflet du tube central d'énergie.
Il la contempla longuement, le visage défait par la déception –déception qu'on aimerait tellement consoler pour ne plus avoir à affronter ses grands yeux chocolat- et stoppa sa machine, ne comprenant en rien cette attitude peu conventionnelle, ce refus soudain.
- Pourquoi ?
- Parce… parce que j'ai… j'ai des problèmes… Je… je… ne suis pas quelqu'un de… de bien.
- Kate, commença le Docteur d'une voix grave et solennelle, si vous insinuez par là que vous vous considérez comme inférieure à cause de votre bégayement, sachez que vous avez tort !
- Je te l'ai toujours dit ! renchérit Rose avec un sourire. De toute façon, si c'est pour raconter des âneries telles que « allez-y sans moi », autant rester bègue et la boucler !
- Ce… ce n'est pas ça… Je… j'ai eu des problèmes psychologiques récemment… des hallucinations et je… je…
- Vous ne me croyez pas capable de traverser les époques et l'espace à bord d'un vaisseau ressemblant à une cabine bleue, comprit alors le Docteur.
La jeune femme hocha la tête, honteuse d'être ainsi rébarbative, mais il fallait dire que ces nuits à l'asile, ces nombreuses séances de thérapie, et puis son enfance assez violente, n'avaient guère arrangé la situation. Elle ne voulait pas s'embarquer dans un autre délire tel que celui qu'elle avait partagé avec Rose deux ans auparavant. Non, plus maintenant.
- J'ai une idée ! s'exclama alors le Docteur, toujours aussi spontané. Si je vous donne la preuve de ce que j'avance, vous accepteriez de venir, pas vrai ?
- Oui…
- Bon très bien, attendez-moi dehors, je reviens dans une minute ou deux !
- Une… une minute ?
- Mais oui, tout est question de relativité ! Quoi, vous n'avez pas vu Einstein à l'école ? C'est pourtant simple comme bonjour !
La jeune femme l'observa avec de grands yeux, perplexe.
- Je vous l'expliquerai plus tard ! Aller, dehors ! Ouste ! Laissez-moi vous prouvez que j'ai raison –comme toujours !
Kate haussa un sourcil et sortit du TARDIS sans mot dire, surprise. Le Docteur la suivit du regard non sans un adorable sourire et secoua la tête :
- Décidément, les femmes sont toujours aussi soupçonneuses… voilà une vérité que même les plus grands esprits de la galaxie ne pourront changer!
Il actionna les diverses commandes du TARDIS, et se remémora à voix haute :
- 9 ans elle a dit…
A l'extérieur, Kate put observer le meilleur tour de magie auquel il lui fut donné d'assister. La cabine s'évapora dans les airs, sous une forte brise qui souleva ça et là quelques papiers volatiles et effraya les pigeons.
Intriguée elle s'approcha de l'endroit où se tenait la blue box quelques secondes plutôt et chercha en vain un mécanisme caché… mais aucun trucage ne semblait s'apparenter au phénomène inexpliqué qu'elle venait d'observer.
- Ce n'est pas un phénomène inexpliqué ! C'est le Tardis ! rappela Rose toujours piégée du reflet de l'eau.
- Ca me dépasse !
- Moi aussi, au début, j'étais dans ta situation et franchement, il y a certaines fois où je me pinçai pour être bien sûre d'être réveillée.
Kate n'eut pas le temps de répliquer qu'une nouvelle bourrasque de vent ébouriffa ses cheveux, elle se recula, de peur d'être engloutie par la machine. Le Tardis refit son apparition à sa place initiale, toujours aussi petit d'apparence et toujours aussi bleu. Le Docteur en ressortit indemne, enthousiaste comme à son habitude.
- C'est fantastique ! s'écria-t-il alors.
- Quoi ?
- Ne me dîtes pas que vous avez oubliez ça aussi !
- Mais… mais quoi ?
- Vous les humains vous vous souvenez toujours de ce qui va mal, mais jamais de ce qui est bien ! A croire que « bonheur » n'existe que dans les dictionnaires !
Il leva les yeux au ciel et sortit un papier de sa poche où l'on pouvait aisément admirer un joli dessin au crayon de couleur, basique en somme, élaboré par des doigts d'enfant, représentant un homme portant un long par-dessus marron et jouant du piano…
- Oh mon dieu, souffla Kate en reconnaissant sa propre écriture en bas de la feuille.
FLASH BACK
